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 Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]

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Tancrède de Léjante
Humain
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MessageSujet: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Ven 29 Avr 2016 - 18:32

An 8 du 11ème Cycle.
Sixièmème journée de la neuvième énnéade
Castel d'Alonna



« Ma Dame, une dépêche vous est destinée de toute urgence et le sceau estampillé sur la cire est celui de vos cousins les Léjante. Un coursier est arrivé à l’anjorner, se disant porteur de bien mauvaises nouvelles. Il semble déraisonnablement éreinté, il a mauvaise mine. Serait-il avisé que nous lui offrions logis pour la nuit ?  »



Moi, Chevalier de Léjante, fils cadet d’Adélard le Grand, première lance de Léjante, surnommé aussi le « hardi »,

Vous, Baronne d’Alonna, Chatelaine de Broissieux, Grande protectice de l’Alonnan, Première Dame de l’Alonna,

Je vous salue bien bas.

D’abord, avant d’en arriver au vif du sujet, il me faut quémander votre pardon. En connaissance de cause, j’imagine sans doutances que la pesanteur de ma faute ne jouera pas en ma faveur, mais tentez de trouver en votre cœur une onze d’indulgence lorsqu’il vous faudra m’octroyer votre pardon. Oui, j’ai négligé de prendre de vos nouvelles et ce, pendant fort trop longtemps! Je me meurs un peu plus chaque jour de vous savoir si loin, sans nous témoigner de votre état. Êtes-vous bien? Êtes-vous seulement en santé? Comment se porte vos sujets? À cela je m’en repens sans respit et souhaite savoir de vos nouvelles, dans un avenir plus que rapproché. Je le jure, comme il me ferait grande joie de revoir votre sourire, le temps d’une partie de cachette, mordioux!

Je me hâte d’ores et déjà d’avoir de vos nouvelles, si tant bien que j’entends piéter au triple galop jusqu’en Alonna afin de pouvoir constater de moi-même de votre état. Je pourrai dès lors pallier à ma faute et répondre de mon odieux crime. Après tout, n’est-il point devoir de cousin que de préserver le lustre d’une amitié d’enfance? Aussi devrais-je par le fait même me faire tristeusement le héraut d’une journée pour ma très Sainte Mère, en vous apportant de bien sombres nouvelles. Le cœur lourd et fracturé en menu morceaux, il m’incombe de vous tenir au courant que le ciel s’est assombri au-dessus de Léjante.

Je me ferai concis, mais sachez que vous aurez tout, dans les moindres détails, lorsque je serai enfin arrivé. D’ici là cousine, tâchez de garder le sourire. Icelui vous sied mieux qu’à quiconque et, si j’ai souvenance, fait fondre les cœurs avec une aisance accablante

Votre obligé, Tancrède de Léjante dit le « hardi ».  


Au bas de la missive y était déposé le sceau officiel de la maison ainsi que la griffe personelle du Hardi.
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Dim 1 Mai 2016 - 18:02


Le sixième jour de la neuvième énnéade de Vérimios, de l'an de Grâce huit du onzième Cycle.

La baronne leva les yeux vers Hugues. La missive sagement posée sur le petit secrétaire, elle garda un instant le silence. Qu'il était curieux combien les choses autour changeaient, et combien elles étaient finalement si peu différentes à chaque fois. Elle ne s'attendait pas à une pareille lettre et les mots sagement calligraphiés lui faisait battre le coeur plus vite. Ces phrases couchés là dessus comme tant d'années écoulées lui rappelait qu'à présent tout était méconnaissable. Elle-même ne savait trop dire qui était elle et qui ne l'était plus. Elle se voyait dans cette petite office, confortablement assise à son écritoire dans des lieux qui, pourtant, lui était encore étranges. Elle avait grandit pour sûr. Elle était à présent une femme faite et accomplie, une mère qui veillait jalousement sur les quelques biens qui lui seraient concédés après son trépas. Elle aurait voulu – oh oui, par la Sainte Néera en soit témoin ! - que ses lèvres se dérident en un charmant sourire mais elle ne pu. Ces mots jetés à la volée lui avait retourné les entrailles et le cœur. Une nausée qu'elle chérissait au fond, bien qu'elle fût plus blême qu'un mourant.
Elle se souvenait de ce petit garçon de deux ans son cadet. Il riait souvent, ce petit polisson. Tancrède avait été plus qu'un parent mais un ami qu'elle eu chérit toute sa tendre enfance. Desmond, lui plus attaché à son grand frère malgré la différence d'âge, n'avait jamais réellement compris l'attachement de la baronne pour ce petit garnement plus prompt à la punition qu'aux leçons. Léjante était un petit domaine fort coquet dans son souvenir de petite fille et les champs alentours paraissaient ne jamais trouver de fin. Une vision bien sûr biaisée mais qu'elle gardait profondément enfouie, comme un îlot de tendresse au milieu de sa jeunesse perdue. La dernière fois qu'elle avait rendu visite à sa famille Serramiroise, elle n'avait pas plus de quinze ans et déjà se préparai le mariage avec son cousin.
Elle se releva en regardant le héraut qui attendant sans un bruit les directives de sa suzeraine. Il était comme d'habitude tout enchevêtré de tissus chatoyants et sa mine coquette aurait tôt fait d'amuser la plupart des gens d'Alonna. Loin des conventions entendues dans le Nord, il préférait à l'austérité la chaleur de couleurs improbables et clinquantes, à mille lieues de la coutume alonnaise. Mais la baronne n'avait cure de ses préférences vestimentaires: il la servait bien et c'était tout ce que cela importait.
« Offrez donc au coursier son dû, il a été bien prompt pour parvenir avant mon cousin. Que le maître d'écurie s'occupe bien de sa monture. Et préparez une chambre pour le chevalier de Léjante. J'ignore s'il arrivera ce jourd'hui ou demain, mais soyons prévenant. ».
« Bien votre Honneur ».
Il s'inclina bien bas et disparut aussi vite qu'il était entré, secouant les quelques breloques qui pendaient sur sa graisse. Comment un homme si volumineux pouvait-il marcher si vite ? Il s'agissait là d'un fait qu'il l'avait toujours intriguée et même si elle n'osait lui poser la question, elle continuer à observer sa démarche grotesque dans les couloirs du castel. Le soir se passa sans nouvelle de son invité tant attendu et elle fini par s'endormir à la faveur de la brise fraîche de l'été scintillant.
Au levé, on ne lui annonça rien de nouveau. Sa fille occupa une partie de sa matinée tandis qu'elle s'enquérissait avec diligence de son ami son Altesse d'Altenberg qui avait trouvé refuge chez elle quelques jours auparavant. Elle s'en voulait de ne pouvoir lui accorder plus de temps, lui qui avait été si bon et gentil avec elle lorsqu'elle se trouvait loin de son foyer. Un homme intelligent qu'elle respectait de part ses engagement envers ses obligés comme envers tout le peuple du Royaume. Il était rare de rencontrer encore des hommes aussi bons qu'il l'était. Il n'y avait chez Niklaus aucune once de méchanceté et d'arrière pensée, ce qui en faisait un ami de choix mais une oreille précieuse à qui elle pouvait confier son cœur sans retenue.
Il n'était pas encore midi lorsque Hugues s'empressa de venir à elle. Il était rouge et essoufflée, certainement avait-il traversé tout le château à sa recherche pour suer à si grosse goutte. La journée était belle et chaude, mais l'air n'était pas si étouffant.
« Eh bien ? Pourquoi un tel empressement Hugues ? ». Elle le regardait d'un air interrogateur, plus pressée qu'il crache le morceau qu'il reprenne son souffle.
« Votre ». Sa respiration forte lui empêchait de parler trop haut, ni même de dire plus d'un seul mot à la fois sans s'arrêter. « Votre cousin est à la porte ».
A l'annonce de l'arrivée de son confident d'enfance, la baronne étala sur ses joue un sourire radieux. Quelle belle journée que celle qui s'annonçait ! Elle était tellement excitée à l'idée de revoir son parent qu'elle en avait oublié la teneur inquiétante du papier reçu. Les yeux brillants comme ceux d'une petite fille, elle envoya le grassouillet bonhomme le mener dans son salon privé. Un endroit plus intime pour des retrouvailles. Elle voulait faire bonne impression. Les choses avaient-elles tant changées depuis leur dernière rencontre ? A quoi pouvait-il bien ressembler à présent ? Par les Cinq, jamais elle n'avait un jour imaginer recevoir une visite si enthousiaste ! Il était un rayon de soleil dans sa vie morne et triste et une bouffée d'air frais dans les intrigues politiques qu'elle menait jusqu'alors – et qui n'auraient de cesse de croître autour d'elle.
Elle s'arrêta un instant pour lisser les plis de sa robe et arranger ses cheveux de jais qui courraient dans son dos comme une cascade. Elle était ravissante et pour sûr, c'était bien la seule qui en doutait encore. Que penserait-il d'elle si elle était moins jolie qu'enfant ? De si longues années séparaient leur dernière rencontre et pourtant, elle se revoyait ans ces champs interminables à courir et jouer sans se soucier du temps ou de gens. Ils étaient jeunes et la voilà à présent mère. Le chemin jusqu'au salon où elle l'attendait n'était pas long. La pièce elle même n'était pas très grande et disposait à peine de deux sofas confortable, d'une petite table ronde où trônait une carafe de vin et deux godets, de belle facture, et d'un bureau assorti où était toujours posé encre, plume et vélin. Les grandes fenêtres donnaient sur la cité en contrebas, ajoutant à la pièce une luminosité particulière.
Elle n'eut qu'à peine le temps de s'installer lorsque l'on frappa à la porte. Hugues pénétra en premier et bien que ses yeux furetaient, elle ne put discerner qu'une silhouette d'un valeureux gaillard au coin de la porte. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine si bien qu'elle croyait défaillir.
« Votre Honneur, messire Tancrède de Léjante dit «Le Hardi » attend à la porte. Dois-je le faire entrer ? ». Pour une fois qu'il faisait son travail, elle le trouvait trop long et mille dois trop cérémonieux. Elle aurait voulu le pousser et se retrouver face à son parent mais elle ne le pouvait. Elle était baronne à présent et cela comptait beaucoup.
« Faites Hugues ! Et allez quérir de quoi se sustenter aux cuisines, ce chevalier à fait longue route ! ». Tout sourire, elle se tenait droite, resplendissante dans cette belle journée d'été. Elle était prête à faire face à un bout de son enfance.
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Tancrède de Léjante
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Lun 2 Mai 2016 - 16:44


Le chemin s’était avéré fort bien plus fastidieux que dans ses lointains souvenirs. Il lui semblait si court le trajet vers l’Alonna alors qu’il s’amusait à embêter son grand frère dans la carriole, lorsqu’il n’était encore qu’un petit jeunot. L’astre diurne trouvait bientôt son zénith et notre duo commençait à apercevoir quelques paysans s’occupant de leurs terres, des terres qui jouxtaient les murailles de l’imposante citée. Un sourire au passage, une pièce lancée à la volée question de les encourager, et ils pénétraient enfin l’arche de pierre menant au cœur de la citée. Mouston accompagnait son maître en piétant un peu devant le canasson de Tancrède, s’assurant qu’aucun piéton ne lui bloque le passage. Lunatique, le preux n’avait d’attention que sur le décor qui s’offrait à lui depuis peu. Toutes ces habitations, ces décorations, cette ambiance … Il ne s’en souvenait plus. Il se mordait la joue d’agacement à savoir que tout avait tant changé et s’en voulait à outrance de n’avoir jamais tenté d’en connaître d’avantage sur cet endroit qui occupait un endroit si important en son cœur.

Vint finalement le Castel … Mouston fit arrêter le destrier de son maître en tiraillant un peu sur ses rênes, laissant la liberté à Tancrède de fouler le sol à pieds joints. Quelques lacets furent dénoués afin de s’emparer de son acier qu’il attacha aussitôt à son ceinturon. Il se dirigea ensuite vers son écuyer auquel il dicta ses ordres :

« Escuyer, va porter Naros aux écuries et voit à ce qu’il soit toiletté et nourrit. Une fois fait, tu as ma bénédiction si tant l’envie te tenaille d’aller te pochetronner à la taverne la plus proche. Mais ne cours pas la gueuse, je n’ai pas l’envie qu’on fratrouille que mon escuyer leur a refiler la chaude pisse.»

Il laissa un petit silence flotter et poursuivis en ajoutant, concis :

« Peut-être irais-je moi aussi lever le coude, une fois la brune arrivée. D’ici là, soit sage et ne fait pas de bêtises ou je te pèlerai le jonc, tudieu !

Esseulé, il s’en retournait au Castel où il se fit mettre dare-dare des bâtons dans les roues par deux grands gaillards aussi harnaché qu’il l’était. Deux bardiches vinrent se croiser l’une devant l’autre comme pour former une barrière devant le portail d’entrée. L’un d’eux s’adressa à lui d’une voix rauque et autoriraire :

« Halte-là ! Nul n’est admis de piéter dans l’enceinte de son honneur la Baronne d’Alonna sans y être formellement invité. »

Tancrède froissa un peu son nez et son regard avenant changeât du tout au tout, répondant derechef sur un timbre de voix sévère et pratiquement acerbe :

« Pfft ! Marauds ! Je porte le nom de Tancrède de Léjante et suis connu sous le surnom du Chevalier « hardi », première lance de Léjante, mais surtout cousin de la Baronne et Maîtresse de ces lieux. Guerpissez de ma vue avant que l’envie de vous creuser un troisième œil au niveau du front ne me tenaille ! »

Et pour ajouter à sa menace un peu de poids, sa main dextre vint épouser le pommeau de son épée qui sommeillait encore en son fourreau. Les deux lourdauds s’accordaient un regard complice l’un envers l’autre en se consultant rapidement puis, obtempérait en abaissant les yeux en guise de soumission. La voix libérée, le hardi déambula en y faisant de pesants pas. Loin d’être à même de faire dans la subtilité compte tenu de son armement, il attira nombres de regards curieux qui au final l’indifférait complètement. Seul le regard d’une personne en particulier lui soutirait de l’intérêt et il était toujours en chasse de l’obtenir, elle qui se terrait on-ne-sait où dans ce labyrinthe qu’était le Castel. Une prompt rencontre envers le gras du bide qui servait d’annonceur à sa cousine lui indiquait que l’heure était enfin arrivée pour lui d’exaucer les vœux qu’il lui témoigna plus tôt en missive. Son cœur était chamboulé et tintamarrait contre son poitrail, surexcité à l’idée de pouvoir poser les yeux sur elle pour une nouvelle fois. L’obèse annonça le chevalier en bon et due forme et suite à cela, il emboita le pas en entrant au salon …

Il se présenta vêtu d’un harnois d’acier aux armoiries de sa patrie, celui-ci brillant comme s’il n’avait jamais été atteint de coups ou même de saletés. Une longue épée dont le pommeau représentait une tête d’ours pendouillait à sa taille et sous son aisselle, y était coincé son heaume dont il ne s’était pas séparé. Une pousse de barbe taillée d’il y a quelques journées, un sourire avenant et un air fier, le torse bombé et les yeux brillants de joie, dont ces deux dernier se posèrent sur sa cousine bien-aimée. Si à priori il avait fière allure, il se fit trahir par la surprise lorsqu’il eut contact visuel avec la maîtresse des lieux. Icelle n’avait plus rien à voir avec la petite pousse qu’elle fût jadis, jamais il n’aurait cru qu’elle puisse devenir si belle femme. Il cligna plusieurs fois des yeux et un peu sous le choc, tenta de reprendre le dessus en s’approchant d’elle. Il ôta l’un de ses gantelets de fer puis tendit la main, paume vers le ciel, afin de quérir la sienne, si tant elle le voulait. Il posa un chaste baisé sur cette dernière et ajoutait :

« Ma très chère cousine … J’eus cru qu’on se raillait de moi, lorsque l’on m’a décrit l’étendue de votre beauté … L’Alonna peut se compter chanceuse d’avoir comme Maîtresse un joyau aussi précieux. Les années séparés loin de vous auront valu la peine, parce qu’en ce jourd’hui, j’en reste pantois face à autant de charme. »

Il marquait une pose en lui souriant et en lui rendant sa main.

« Cousine, j’ai le cœur si léger à vous voir aussi rayonnante qu’un souffle seul pourrait le faire s’envoler.  Dites-moi tout, je vous en prie, je me meurs à outrance d’avoir de vos nouvelles. »
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Mar 3 Mai 2016 - 14:51

Et il apparût enfin. Tout d'acier fait, ses mouvements laissait tinter le métal qui entourait son corps. Il était devenu fort charmant, elle ne pouvait le nier. Les années avaient fait leur œuvre pour le mieux et l'image du petit garçon intrépide se mua rapidement en celle du chevalier accomplit. Il n'était pas tel qu'elle avait pu l'imaginer la veille alors qu'elle lisait la missive dans sa petite office. Il avait perdu un peu de sa blondeur d'antan et son visage poupin s'était mué avec grâce en une bouille d'homme qui n'avait rien à envier à d'autres. Il semblait tout aussi rayonnant qu'elle dans cette pièce chargée d'émotion. Les retrouvailles après un si long silence ne pouvait que présager une belle journée – et a fortiori une excellente soirée.
Hugues s'éclipsa rapidement en fermant derrière lui la lourde porte. Ils étaient seuls dans ce modeste cabinet qu'elle aurait volontiers voulu plus confortable pour son cousin. Par les Cinq ! Ils en avaient des choses à se dire, peut-être même que cet émouvant moment s'étendrait à toute l'après-midi. Elle aurait, en d'autre circonstance, suggérer à l'homme d'enfiler une tenue plus confortable mais son emportement prenait le pas sur la raison. Elle avait tant envie d'entendre ce que la sainte Mère avait donné à son parent qu'elle n'y pensa même pas. Offrant sa main, un sourire accroché à la mâchoire, elle ne put décoller ses mirettes de l'élégante corpulence. Il était fort charmant et elle gageait qu'il devait faire tourner la tête à plus d'une femme, roturière ou noble dame. Il avait du bagout et de l'éloquence, et elle n'aurait su se rappeler s'il en allait de même lorsqu'ils étaient enfants. A son souvenir, il était plus enclin à l'aventure qu'aux belles paroles mais cela avait pu changer depuis qu'il s'était découvert assez mature pour courir la donzelle. Au final il n'était pas bien différent des autres garçons, si ce n'est qu'il était de son sang.
D'un geste délicat de la main, elle l'invita à s'installer face à elle. Ils seraient bien mieux assis que debout et l’échanson servit aussitôt quelques effluves d'une bonne gnôle alonnaise. Celle-ci était faite non loin du domaine de ses parents, dans le sud de la baronnie. C'était une boisson forte qui convenait d'avantage aux hommes du Nord qu'à tout autre personne. Prenant la coupe avec délicatesse, elle sirota la boisson âpre avant de la reposer sur la table. Le regard malicieux, elle observait son cousin avec intérêt. Le cœur en joie, elle aurait bien volontiers fait durer ce moment une année et même plus !
Elle réfléchit. Une décennie était bientôt passée entre leur dernière rencontre et le moment présent. Des choses s'étaient produites et beaucoup avaient changé. Elle n'était plus la petite Dame de Broissieux, élevée par son oncle non loin de la frontière Serramiroise. Elle était baronne et cela faisait beaucoup. Elle avait connu deux guerres et deux époux, qu'elle n'avait pas eu la chance ou le regret d'aimer un peu. Puis ses pensées dérivèrent à Pénélope qui dormait certainement quelque part dans les bras de sa nourrice. Oui, tant de choses avaient changé et elle avait peur d'effrayer son cousin en lui annonçant de pareilles nouvelles. Alanya doutait que la vie du gaillard ait pu virer autant que la sienne. Le petit domaine de Léjante était un coin tranquille où rien ne se passait – ou presque. Il y avait ces champs à perte de vue et quelques petits hameaux charmants de paysans pour la plupart, bien que quelques artisans subsistaient encore lorsqu'elle avait rendu visite à sa famille. Qu'en était-il ce jourd'hui? Comment se portait son oncle et ses autres cousins ? Tudieu, le temps passait si vite qu'elle n'avait pas eu l'obligeance de prendre des nouvelles d'eux.
« La Sainte Néera m'en sois témoin, je suis tout autant responsable que vous. J'aurais pu prendre de vos nouvelles plus tôt et j'espère que vous trouverez le temps de me pardonner ». Elle affichait un sourire penaud. Elle pensait ses excuses et même si elle ne l'avouerait certainement jamais, elle était triste d'avoir été si longtemps silencieuse. Ses cousins n'étaient en rien responsable des troubles de sa jeunesse et des actions de son protecteur.
« Ô Tancrède, tant de choses se sont passées depuis notre dernière rencontre. Vous n'étiez – à l'époque – pas encore plus grand que moi et vous aviez la fougue de vos quatorze ans. Que le temps passe... Je vous retrouve aujourd'hui en homme fait et chevalier accomplit ».
Elle avala une nouvelle lampée, les yeux brillants de malice. Il avait longtemps été un ami et malgré les années, il lui semblait que rien n'avait réellement bougé entre eux deux.
« Avant que notre oncle commun ne rejoigne le royaume de Tyra, il m'a fait épouser son fils – notre cousin – Desmond ». Elle serra les dents à l'évocation de ce souvenir amer. « Vous n'y étiez pour rien mais je crois que j'aurais brûlé la terre entière ce jour-là. Moi qui ne rêvait que de preux chevaliers et d'aventures, je me suis retrouvée femme bien trop tôt et sans amour ». La baronne lui offrit tout de même un bref sourire. Elle lui faisait là un résumé bien prompt, elle le savait, mais il serait libre de la questionner plus tard.
« Nous avons ensuite connu la guerre, et l'engagement de notre famille nous a valut le trône de l'Alonnan. Desmond n'a certainement pas supporté les responsabilités, il avait une santé fragile... Il a trépassé il y a quelques mois de ça, me laissant en souvenir de lui une adorable petite fille ».
L'évocation de Pénélope adoucit l'air qui était devenue pesante. En y regardant de plus près, la vie de la Belle n'était qu'une immonde succession de désillusion. Il y avait ce mariage forcé qu'elle avait vécu comme une véritable trahison. Elle adorait son cousin – et plus encore son oncle – mais l'annonce des fiançailles avait brisé quelques chose en elle. Elle n'avait que seize ans à l'époque et déjà avait-elle dû apprendre et grandir, devenir une femme dans les bras d'un homme qu'elle n'aimait pas. Quelle tristesse. Puis la guerre avait fait son œuvre et si elle avait été un temps heureuse, elle n'avait pas oublié le passé. Desmond s'était éteint puis Duncan aussi. Peut-être n'était-elle tout simplement pas faite pour les choses de l'amour...
« Je me suis remariée il y a peu, mais la guerre contre les Puysards l'a emporté loin de moi une fois de plus. Et vous me retrouvez là, mon cousin. Votre présence fait battre mon cœur d'allégresse et j'en oublierai presque ma peine ». Elle lui offrit un sourire sincère. « Et vous ? Toutes ces années vous ont transformé ! Contez moi je vous prie, je suis pendue à vos lèvres ».
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Tancrède de Léjante
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Mer 4 Mai 2016 - 5:52


Il est vrai qu’eux deux avaient été autrefois liés d’une indéniable amitié. Ses souvenirs lui dictait qu’ils avaient été un jour confidents, partenaire de jeu et qu’ils savaient tous l’un de l’autre. C’était bel et bien chose du passé parce qu’à l’entendre énumérer toutes les grandes lignes de ces dernières années, Tancrède en restait bouche-bée. Il eut voulu commenter chacun des faits, démontrer de son enthousiasme, peu importe … Mais il ne s’en trouvait pas la force, à constater comme la vie de sa cousine était trépidante comparée à la sienne. Il était effectivement natif d’une région où l’agriculture dominait, où par endroits les animaux dominaient en nombre sur les humains et de ces faits, il fallait se l’avouer, une ennuyeuse paix régnait depuis au moins le jour où le Chevalier poussa son premier criement de poupon. Il tenta autant faire se peut de garder sa bonne humeur, même s’il envisageait que tôt ou tard, il se devrait d’accomplir la basse besogne dont il s’était lui-même incombé. De temps à autres, ses yeux quittaient Alanya pour épier le verre de vin qui lui avait été réservé, s’en privant pour le moment avec malheureusement, une envie grandissante. Il n’avait pas levé le coude depuis plusieurs lunes et de se tremper les lèvres dans un bon cru lui aurait changé de ses habitudes, lui qui avait prit habitude de boire son saoul à même des jacquelines de vinasse.

« Et vous ? Toutes ces années vous ont transformé ! Contez moi je vous prie, je suis pendue à vos lèvres ».

Il affronta finalement Alanya  de ses iris pers puis répondit en empruntant un timbre de voix se voulant de pair avec la gravité de la nouvelle dont il allait lui annoncer.

« Tous les Dieux m’en sont témoins, rien au monde ne me ferait d’avantage plaisir que de converser avec vous à propos de mon cheminement, cousine … Mais le temps s’écoule à vue d’œil et force est d’admettre que je suis venu ici pour deux raisons particulières. Aussi me garderais-je de vous faire languir plus longtemps, puisqu’elle ne vous attisera sans l’ombre d’un doute, aucun de vos si jolis sourires … »

Tous les jurons lui passaient par la tête lorsqu’il zieutait une énième fois sa coupe de vin, mordant ses joues pour s’empêcher de la désirer d’avantage. Il marqua ce petit silence en un menu soupire qu’il expira par le nez, juste avant de poursuivre en déposant un triste regard vers la maîtresse des lieux :

« Adélard, le Seigneur de Léjante, n’a pas su ouvrir les yeux aux matines. Il s’en est allé aussi silencieusement qu’il s’est assoupi et laisse dans le deuil toute sa famille depuis maintenant cinq journées. Mon frère Magneric détient désormais les rênes de Léjante et ira tôt ou tard ployer le genou devant son suzerain. Je tenais à vous le signaler de vive voix, cherchant à terme à vous éviter quelconques malaises si, de mauvaise fortune, vous aurait-il fallu vous entretenir avec feu mon père. »

Sa main allait se frotter contre sa joue, un brin agacé par le sérieux de ses propos. Lui qui avait vécu en moins d’une dizaine de minutes, tant et tant d’émotions positives. De toute manière, il fallait bien qu’il le lui dise un jour où l’autre. S’aurait été pi encore s’ils s’étaient fait la conversation en mémoire du bon vieux temps et que du tac au tac il avait dû le lui annoncer. Encore restait-il une autre nouvelle à lui dire, certes beaucoup plus joyeuse mais qui se voyait mal intronisée compte tenu du ton de la conversation. Il se garda de lui annoncer qu’en fait, il avait souffert du titre de paria et cherchait à offrir son épée à sa cousine. En temps adéquats, la chose serait faite et vite dite, mais pas maintenant.

Il était arrivé en trombe, tout sourire au visage et se faisait désormais contagieux de tristesse. Ses traits se froncèrent un peu mais ne laissaient pas à Alanya le privilège de le voir sous le joug des émotions. Il respira un bon coup, question de reprendre de son calme puis enchaîna, question de détendre l’atmosphère :

« Enfin … Plusieurs guérisseurs lui avaient annoncé que son pauvre cœur cèderait d’ici la prochaine lune, chose qui finalement s’est produite plus tôt que tard. Ce ne fût pas surprise pour personne et maintenant que mon aîné dirige désormais, la prospérité de nos terres ne peut que s’en voir bonifiée. »

Le chevalier déposa presque aussitôt son index et son pouce contre l’arrête de son nez, comme pour tenter très maladroitement d’en masquer l’exagération qu’il venait de déclarer. Les gens seront éduqués au bâton et les travailleurs saigneront des pieds et des mains avant de pouvoir compter sur une journée de repos : bien sûr qu’elles seront avenantes, ces terres, en ces conditions ! Il inspirait finalement très lourdement puis se raclait la gorge. Ses yeux retrouvèrent les siens une fois que la dernière nouvelle avait passé puis se redressait de son siège pour ployer le genou et venir le poser contre le sol. Le tintement de son harnois témoignait des efforts qu’il lui fallait pour exécuter cette manœuvre et posa par le fait même son heaume près de son pied. Une main sur la garde de son épée, l’autre contre son cœur, il ajouta sereinement :

« Aussi me faut-il vous demander une faveur, une faveur dont vous avez tout le loisir de chasser du revers de la main. Mon paternel ayant trespasser, les vœux qui me rattachaient à icelui ne sont plus.  Votre Honneur, ici ce jour’dhui je ploie le genou devant vous dans le but de vous faire présent de mon acier. Je chéri en mon cœur l’entreprise de vous servir, de vous accompagner et de vous défendre, au prix de ma vie s’il le faut. Vous avez toujours tenue une place plus qu’importante en mon cœur et sous le soleil de midi, je vous fais don de toute ma personne, à juste titre de Chevalier. »

« Si vous refusez, je m’en irai aussi prestement que je suis venu et ne vous en tiendrai rigueur. Plus jamais vous n’aurez ouïe dire de quoi que ce soit en relation avec cette dernière déclaration et disparaîtrai en d’autres territoires, pour servir un Suzerain qui hélas, ne saurait vous égaler en aucuns points. »

« Si vous acceptez, jamais vous n’aurez sous la main un homme aussi fidèle, passionné et intrépide que je ne le suis. Je ferai de ma lame l’extension de votre voix et d’un ordre, agira comme tel. Chaque secondes de ma vie, jusqu’à ce que j’en pousse mon dernier souffle, vous sera solennellement dédié. »

Et la première lance de Léjante, une fois sa déclaration officielle terminée, abaissait la tête en guise de soumission, se laissant le loisir de ne pas assister aux réactions d’Alanya. Toujours un genou contre le sol, le Chevalier patientait le temps d’être jugé.  
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Lun 9 Mai 2016 - 15:16


La morne mine de son cousin ne laissa rien présager de bons. Sainte Néera qu'il était devenu triste avec le temps ! Pourtant ses souvenirs lui rappelaient un petit gamin guilleret – qui même durant les moments graves – savait s'amuser d'un rien. Il n'était certes pas venu pour ses beaux yeux, le ton de sa missive n'avait laissé planer aucun doute là dessus et pourtant, elle aurait pu l'oublier un temps en l'embrassant après tant d'années. Elle rêvait de pouvoir s'asseoir un instant à ses côtés et parler à s'en fatiguer la langue. Finalement, sa famille lui était chère malgré les lieues et les ans qui la séparait d'eux. La baronne veillait à alimenter la flamme de l'amour fraternel avec parcimonie, afin d'un jour pouvoir retrouver le bonheur d'antan où ils jouaient sans se soucier de qui était le chevalier et de qui était la roture. Alors, avec une tendresse toute nouvelle, elle écouta son invité.
Adélard était un homme dont elle n'avait que peu de souvenirs. Il lui semblait bon étant enfant mais peut-être était-ce là que son jugement puéril. Il aimait ses fils, comme un père le doit et sous son règne Léjante avait su rester prospère. Alanya afficha une petite moue triste en apprenant son trépas et elle aurait aimé exprimer à Tancrède toutes ses condoléances. Si elle ne se souvenait plus bien de son père, elle était sûre que l'amour que le chevalier lui portait était justifié. Elle enverrait dès leur entretient fini un pli à Magneric, lui aussi avait perdu son géniteur et même s'il avait toujours été préparé à la gouvernance de la province, elle savait à quel point cette tâche était ardue.
Elle plantait ses mirettes sur la stature imposante du Hardi qui malgré tout semblait plus touché que de raison par la nouvelle. Peut-être n'avait-il point eu le temps de pleurer son pauvre père, quand bien même les médecins et autres guérisseurs l'auraient prévenu de la mort prochaine du géniteur. C'était là une chose à laquelle rien ne pouvait nous préparer, pas même les quelques palabres savantes de scientifiques désolés. Sans dire un mot, elle partageait sa peine – même si le flou de sa mémoire ne lui permettait pas de se souvenir du vieil homme. Il reposait à présent dans le royaume de Tyra et elle gageait qu'il serait largement accueillit par ses pairs.
Ce n'était que lorsqu'il parla à nouveau de son aîné qu'elle décela derrière le ton grave et les paroles plutôt bienveillante un trouble plus profond. En dehors du chagrin, il semblait sincèrement agacé par ce dernier. C'était sûrement là un différend de fratrie comme les enfants en vivaient tout les jours. La Lance de Léjante était-elle un brin jaloux de son nouveau suzerain ? Allons, ils avaient passés les querelles enfantines et malgré les maigres brides de sa mémoire, Magneric n'avait jamais été trop sévère avec son cadet. Il l'était certes, mais comme tout les aînés le sont : il n'aspirait au fond que le meilleur pour le jeune aventurier qui préférait courir dans les champs que suivre ses cours d'escrime. Au final il avait fini par s'illustrer dans l'art du combat et elle ne doutait pas de son talent. On lui avait simplement mis le pied à l'étrier, afin qu'un jour il puisse trouver sa voie.
Et le cœur de la Belle eut un raté lorsqu'il posa le genoux face à elle. Il avait la même mine grave que plus tôt et sa voix ne trembla pas lorsqu'il demanda à se mettre à son service. D'abord surprise, elle ne répondit pas, le laissant terminer de déclamer les quelques paroles habituelles. Un sourire illumina son visage un instant. Il avait fait le chemin qui séparait les deux terres non seulement pour annoncer la mort de son patriarche mais aussi pour lui offrir sa lame. Une initiative touchante qui raviva encore l'image de l'intrépide petit garçon Serramirois. Ce n'est qu'alors qu'elle réfléchit, laissant le silence se faire dans le petit salon. Ils étaient seuls et l'épaisse porte de bois ne laissait filtrer que quelques brides de son, pas assez pour perturber le mutisme des deux jeunes gens.

« Allons mon cousin, relevez-vous ! »

Gênée de ne pas savoir quoi répondre, elle l'aida à se remettre sur ses deux guibolles dans un concert de fracas métalliques. Elle arborait un petit sourire niais qui était le parfait écho de sa profonde sympathie pour ce geste inopiné ainsi que de son désarroi de ne connaître le fin mot de tout cela.

« Je ne puis accepter sans que vous m'expliquiez plus avant de votre venue ici. Votre frère n'aura-t-il aucun besoin de vous à ses côtés ? Il me paraît fort déraisonnable de l'abandonner sitôt votre bien aimé père envoyé au royaume de la Dernière Maîtresse. Il était son géniteur à lui aussi et la nouvelle charge qui lui incombera sera d'autant plus ardue seul.. »
Ses yeux se posèrent dans les siens, plus grave que lorsqu'ils discutaient joyeusement du bon temps. Et puis que dirait Aymeric de tout cela ? L'histoire était bien étrange pour une simple visite courtoise d'un cousin qu'elle avait un jour aimé comme son propre frère. Trop d'années étaient passés sans qu'ils ne se virent pour qu'il vienne ce jourd'hui ployer genoux avec pour seul bagage que son cheval et son armure. Elle fronça les sourcils, un peu plus sévère encore. Elle pensait comprendre à présent ce qui avait poussé le Hardi à rendre visite à la baronne. Elle se tenait droite, la même tête que lorsqu'elle l'admonestait quand ils étaient enfants. Ses petits poings clos, posés sur ses hanches, elle avait la même allure qu'une mère qui s'apprêtait à gronder son fils. Par le saint con de Néera, était-il à ce point entêté ?
Elle aurait voulu sourire un bref instant. Au final, tout n'avait pas changé et le garçonnet n'était pas loin, derrière cette armure rutilante et ces belles phrases. Il était toujours aussi têtu et fougueux.

« Par les Cinq ! Tancrède, ne me dîtes pas que ce que je pense est vrai ?! »
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Tancrède de Léjante
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Lun 9 Mai 2016 - 18:52


Agenouillé devant elle, il eut devant les yeux l’ombrage d’un souvenir lointain. Il avait souvenance de l’émoi qu’il avait créé à la cours le jour où il gagna ses éperons, les femmes en pâmoisons devant lui, ses compatriotes fiers à outrance et son père qui le regarda de haut, tout sourire au visage. Il espéra, lorsqu’il déblatéra à sa cousine ses vœux de servitude, qu’elle ait la même réaction. S’en était loin, malheureusement. Peut-être avait-il déclaré tout cela trop hâtivement, après tout, il avait enchaîné deux nouvelles l’une à la suite de l’autre, tous deux porteuses d’intenses émotions contradictoires. Il se redressa et son visage empruntait l’air que son interlocutrice avait adopté. Son faciès était sérieux mais encaissait difficilement la pique qu’elle lui lança. Il froissa son nez et ses lèvres s’agitèrent, comme s’il voulut s’expliquer sur le champ. Il n’en fit rien.

Elle avait raison, du début jusqu’à la fin. Comme il avait été sot de croire qu’elle ne se douterait de rien, après tout ce qu’il se souvenait d’elle. Perspicace à souhait, intelligente plus qu’outre-mesure et de surcroît, elle connaissait le dur labeur d’un bon Suzerain. En vérité, s’aurait été malheureux qu’elle ne se doute de rien et qu’elle aurait pensé que Magneric n’ait en fait, point besoin de l’aide de quiconque.

En toute franchise, loin était l’idée de lui cacher qu’il avait été cible d’un fourbe bannissement. Il n’était pas venu dans l’espoir de le lui cacher et de le lui mentir : il en aurait été d’ailleurs incapable. Son frère avait entaché son honneur en le prétendant incapable de servir quiconque autre que lui-même et pour cela, Tancrède avait trouvé l’occasion idéale pour lui prouver le contraire. Quitte à offrir son glaive à quelqu’un dont le visage ne lui revenait pas, lorsqu’il avait étalé les quelques mots à sa cousine pour lui annoncer le décès de son père, il eut souvenance de sa bonté. Si quelqu’un était prête à concevoir ce qu’un homme pouvait faire pour redonner le lustre d’antan à son honneur, c’était elle.

Il affronta son regard sévère, un regard qu’il connaissait trop bien : son frère l’ayant emprunté par moult occasions. Impossible de lui mentir, il aurait préféré avaler sa langue et se taire à jamais, plutôt que de prendre la chance de la décevoir. Il inspira profondément, redressait l’échine et lui fit face en homme qu’il était. Il avait l’impression de se faire réprimander par sa mère alors qu’icelle avait pratiquement son âge : comme quoi personne ne vieillissait au même rythme …

« Cousine, tout ce que vous dites fait preuve d’une profonde et triste véracité. Mon frère possède désormais le fardeau d’une Seigneurie sur ses épaules et il aurait été de bonne coutume que son cadet lui porte main forte, vous avez en cela, totalement et entièrement raison. Mais, force est d’admettre que mon frangin a préféré se passer de mes services et m’a octroyé congé de sa présence. Il m’a fait mander et m’a ordonné d’aller offrir ma lame, ainsi que mes services, à un autre Suzerain qu’icelui. Les raisons qui l’on poussé à me lancer à l’exil m’échappent toujours à ce jour, mais sachez que je ne lui en tient rigueur et m’en tiendrai à ses recommandations. Étant l'aîné, il possède en effet le droit de disposer de ma présence à son bon vouloir, ainsi va le monde ...

Vous voilà au fait de toute la pleine histoire. Je comprendrais, si vous préfériez prendre exemple sur Magneric et que, du revers de la main, vous balayeriez mon nom de votre cours. Je le comprendrais, je vous le jure ... Sachez seulement ceci, si vous acceptez ma lame comme étant la vôtre, j’épouserai l’Alonna comme Patrie et ferai d’elle la mienne. En ceci, je vous en fait la promesse sur ma vie.»


Il termina son plaidoyer en redressant le nez vers elle, fier comme toujours, profitant du moment pour y constater ses réactions. Le ton de la conversation avait monté d’un cran et s’était éloigné des réjouissances mais il espérait toujours qu’il puisse, à terme, trinquer avec elle. Il n’était pas dupe, il savait que la décision n’était pas des plus aisées et c’est ce pourquoi il se fit plus formel que jamais, n’ajoutant pas un mot, ne pipant pas le moindre son. Sa main venait se marier au pommeau de son épée et il patientait, sagement, silencieusement, à la réponse de sa cousine qui, il espérait, s’était vue réconfortée en sa réponse.

Comme le temps semblait long, en ce genre de situation … Le soleil plombait, là dehors. Il eut l’impression, pendant qu’elle le fixa, que la course de l’astre diurne avait freiné son éternelle course en les cieux de l’Alonna.
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Jeu 2 Juin 2016 - 15:27

La Sainte Néera, que sa bienveillance protège la famille ! Silencieuse et imperturbable, la baronne écoutait avec attention son cousin. S’il n’était pas aisé de venir ici après tant d’années, il l’était encore moins d’avouer son honneur bafoué. Pourquoi les choses devaient être toujours si complexes ? Elle avait connu Tancrède et Magneric alors qu’elle était enfant et si déjà la discorde régnait entre la fratrie, jamais elle n’aurait pensé qu’un jour – le corps de leur défunt père toujours chaud – ils seraient capable d’une telle querelle. L’air sérieux de son cousin ne parvenait pas à dissimuler dans sa voix la profonde tristesse qu’il éprouvait et elle le comprenait si bien. Qu’est-ce qui semble plus affligeant et humiliant que d’être rejeté de l’endroit où sa famille avait toujours vécu ? Il était à présent un chevalier sans terre et sans maître, esseulé par la perte d’un être cher et de sa patrie. Alanya fronça les sourcils, un instant soucieuse. Qu’était donc passé dans la tête de l’aîné pour ainsi répudier son frangin sans plus amples explications, alors même que le jour où il avait le plus besoin des siens était arrivé ? Bon sang, elle lui aurait collé une bonne correction s’il avait été devant elle. Il était stupide de laisser passer ses ressentiments avant le bien de sa terre, et plus encore il lui semblait inconcevable qu’une quelconque querelle puisse scinder un foyer ainsi. Sans quitter l’homme des yeux, elle savait déjà qu’une fois celui-ci congédier dans des appartements, elle se pencherait sur la rédaction d’une lettre au nouveau seigneur de Léjante. Une copie serait sagement renvoyé à son suzerain car un homme avec si peu de considération pour les siens ne pouvait se montrer digne d’être seigneur – qu’importe la taille de la terre. Avec douceur, elle saisit le bras tout de fer harnaché de son cousin. C’était un geste tendre et rassurant, celui d’une proche mais surtout la bienveillance d’une amie. Il était dur d’accepter de s’en aller de chez soi, plus encore où l’on avait nulle part où aller ensuite.

« Mon cousin, sachez que je tirerai au clair cette sordide histoire. Magneric a bafoué le nom de votre père et plus encore, il a craché sur l’honneur de toute notre famille en agissant avec un tel empressement. N’ayez crainte jusqu’alors, l’Alonnan sera ravie et plus qu’honorée d’accueillir en son sein de nobles chevaliers comme vous. Que votre épée serve justement notre terre, car la Justice est l’épée noble. ». Elle esquissa un sourire. La devise des Broissieux n’avait jamais été aussi bien employée qu’en ce jour et elle espérait que Tancrède puisse trouver à Alonna l’amour qui lui avait toujours été refusé par son aîné. Il était libre à présent de rester à ses côtés. « Vous avez toujours été un homme bon Tancrède et je gage qu’il ne s’agit là que d’un triste malentendu. Vous serez libre de reprendre la route une fois tout cela mis au clair mais si d’aventure vous décidiez de ne plus repartir, sachez que je ne m’y opposerais pas ».

Le sourire accroché aux lèvres, elle ne détourna pas un instant ses mirettes de la silhouette massive du chevalier. Il devait mourir de chaud sous ces couches de fer, plus encore qu’elle n’avait pas pensé une seule seconde à ouvrir la fenêtre pour laisser entrer la douce brise des plaines du Nord. Il n’avait certainement pas eu de repos depuis son départ de Léjante et même s’il gardait bonne figure, elle se doutait qu’il était exténué. Pourtant la baronne n’était pas prête à le laisser se reposer encore, un acte bien égoïste mais toute ces années de silence avait laissé la place aux souvenirs de l’affection profonde qu’elle éprouvait pour ce vaillant gaillard. Il avait été durant sa prime jeunesse son confident et son ami le plus précieux et malgré le temps qui avait filé, elle conservait secrètement l’espoir de retrouver l’entente qui lui plaisait tant. La baronne n’avait pas réellement d’amis proches, ni même de personne à qui se confier librement sans craindre – jamais – d’être jugée d’une quelconque manière. L’air était plus détendu à présent aussi, invita-t-elle le jeune homme à se rasseoir face à elle, récupérant avec délicatesse la coupe qu’elle avait abandonné un peu plus tôt. Le vin était doux et sucrée, un très bon cru choisit à merveille pour cette journée d’été par l’échanson. Tapis dans un coin de la pièce, ce dernier n’avait pas bougé, observant le mutisme rigoureux que l’on attendait de lui. Alanya pouvait être heureuse de son personnel car d’aucun n’avait jamais remis son autorité en question et a fortiori, tous savaient à peu près convenablement tenir leurs langues. Après tout, peut-être craignaient-ils qu’elle ne les renvois dans leurs taudis, à moins que le sénéchal Lesdiguières n’ait une fois encore pensé à la sécurité de la Belle. Voilà d’ailleurs un moment qu’elle n’avait eu le privilège de le recroiser, c’était là un homme fort occupé. La gorgée avalée, l’alcool brulant un peu sa gorge, elle se reconcentra sur son invité. Elle l’observait avec débonnaireté, soulagée de le savoir sauf. Sa lettre avait été plus qu’alarmante et sans qu’elle ne l’eut avoué à voix haute, elle avait craint bien pire qu’un exil forcé. Avec langueur le calice d’argent retourna sur la petite table qui les séparait dans un tintement métallique mélodieux.

« Vous ne m’avez pas tenue informée de la santé de votre sœur. Magnéric n’a pas banni Amilie n’est-ce pas ? Voilà bien des années que je n’ai pas eu le plaisir de la revoir. Elle doit être une jeune femme en pleine fleur de l’âge et je parie qu’au vu de la lignée de Léjante, elle est surement devenue une bien belle fille fortement courtisée ! ».

La petite avait la tête blonde lorsqu’elle était encore qu’une enfant. Alanya connaissait l’amour que portait son cousin pour les siens et le ton léger employé engageait une conversation bien moins lourde que la précédente. Il était certain qu’il aurait un pincement au cœur en pensant à Amilie, mais au moins ses pensées s’éloignait un tant soit peu du seigneur de Léjante. Le pauvre homme avait vécu assez de choses douloureuses pour le moment et elle espérait que sa présence apaiserait les plaies de son cœur.
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Tancrède de Léjante
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Dim 12 Juin 2016 - 17:36

« …Vous serez libre de reprendre la route une fois tout cela mis au clair mais si d’aventure vous décidiez de ne plus repartir, sachez que je ne m’y opposerais pas. »

Ces paroles n’étaient pas celles qu’il espérait mais il trouva tout de même l’attention assez délicate. Son sourire renaquit à la commissure de ses lèvres et il remercia sa cousine en abaissant les yeux bien bas, hochant le chef au même instant. Il avait espéré une cérémonie en et bon et due forme, genoux ployé et épée à l’épaule. Il aurait tiré du plus profond de son cœur quelques sacrements envers elle, mais peu importait après tout, elle le recueillait chez elle comme un membre à part entière de sa famille rapprochée et cela avait aussi bien de la valeur. Et bien que ce ne fût pas l’exacte représentation de ses espoirs les plus profonds lorsqu’il chevaucha vers chez elle, ces quelques mots retirèrent l’épine qu’il avait de planté au cœur. Elle était le baume qu’il lui fallait pour oublier un peu ses menus soucis familiaux, alors que d’autres moins bien nantis mourraient en leur pissaille, là dehors.

Son attention avait été attirée comme le fer à un aimant, vers le calice contenant le bon cru auquel elle s’abreuvait depuis son entrée. L’envie de descendre une complète jacqueline de picrate commençait à le démanger et pour faire fi de cette cuisante envie, il prit place près d’elle, sur un siège juxtaposant le sien. Elle évoqua le nom de sa sœur et du tac au tac, il fût pris en tenaille par une nostalgie passagère. Il eut sitôt dit, un souvenir d’elle embêtant quelques soldats surveillant la cours. Elle passait le plus clair de son temps à mener la vie dure aux boniches qui s’occupaient de ses appartements ou des génitrices qui cherchaient tant bien que mal à l’éduquer. Maintenant qu’elle approchait la vingtaine, on pouvait dire qu’en effet, c’était désormais chose faite. Elle était femme à marié et même qu’autrefois, n’eut été du fait que son père refusa toutes les demandes en mariage auquel elle fût soumise, un annel aurait été passé à son doigt depuis moult années.

« Courtisée, dites-vous ?! Les petites genses seraient prêts à meurtrir le premier venu pour lui tenir une simplette conversation! Et je ne fais pas même mention des Seigneurs qui parcourent nuits et jours les landes afin de lui demander sa main! Fichtre, n’avez-vous point eu vent ne serait-ce qu’un tant soit peu de l’étendue de sa beauté ? On m’a même dit qu’elle avait fait tomber sous son charme un homme à homme, imaginez! »

On le reconnaissait bien là, faisant enfler la vérité si tant forte qu’on devinait la plaisanterie de ses propos. La conversation tenue à quelque chose de bien plus léger, Tancrède se permit de tergiverser allègrement à propos des charmes de sa sœur. À nouveau, il lorgna vers le gobelet posé près de lui et déglutit lourdement, quelques sueurs à peine perceptibles venant perler à son front. Il poursuivit ensuite en allant d’une réponse de meilleur goût, plus à même d’épouser la réalité :

« Mais certes, vos mots sont jutes et bons, elle a joliment fleurit depuis votre dernière visite. Récemment, j’'eus ouïe dire qu’elle batifolait avec un riche marchand de la région mais à savoir si elle lui offrira sa main, on ne peut que le présager. J’ai toujours eu à cœur les amourettes de ma sœur et ce jourd’hui, alors que je me tiens à des lieux d’icelle, je ne peux m’empêcher de croire qu’on profitera de son innocence. Elle pourrait bien s’amouracher d’un vil profiteur, un homme à femme ou même, d’un sodomite! »

Il fit une grimace et referma son poing sur lui-même, sans donner suite à la conversation mais se révisa, en rassurant sa cousine d’un sourire. Cette mauvaise habitude de toujours s’exprimer avec une débordante passion prouva à nouveau qu’il n’avait en fait, pas tant changé de son enfance. Il était resté le même, à quelques détails près …

« J’eus ouie dire qu’un prochain tournoi s’organiserait en Serramire ... Sont-elles des festivités auxquels la plus adorable de mes cousines serait intéressée ? Pour tout vous dire, avant même de fouler la route vers l’Alonna, je chérissais nombres d’intérêts quant à la joute qui s’y donnerait. La première lance de Léjante pourrait peut-être, avec un peu de bonne fortune, faire connaître d'Avantage son patronyme. Si l'envie vous en dit, seriez-vous en mesure de m'accorder l'immense honneur de chevaucher à vos côtés jusqu'en ces terres éloignées ?»

Ses yeux pers s’étaient dirigés vers les siens, intenses et sincères. Ses deux mains s’étaient jointes ensembles, se soudants de sorte à ne pas avoir plus d’envie encore à se saisir du gobelet de vin qui lui, n’avait toujours pas été touché.
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Mar 21 Juin 2016 - 15:16

Elle écoutait avec attention les mots de son cousin. Le temps avait fait son œuvre et pourtant, tandis qu’ils bavassaient librement dans le petit salon elle se revoyait des années en arrière. Que le temps était bon à cette époque : elle vivotait d’insouciance et de jeu, s’amusant à reproduire les grandes personnes dans un rire cristallin. Là, il n’y avait plus d’enfant mais bien une belle femme épanouie qui avait cessé depuis longtemps les imitations bancales pour vivre la grande aventure de la vie. Pourtant – et bien malgré elle -, elle ne pouvait s’empêcher de languir les quelques amusements dans l’écho des réprimandes des adultes. Elle se revoyait courant dans les champs, salissant ses robes dans les écuries, jouant au seigneur avec tant de conviction que souvent ses affabulations devenaient une espèce de réalité pour elle. Et l’homme qui fièrement engoncé dans son armure rutilante lui faisait face avait été de ce monde. Plus fripouille sauvage que garçonnet bien éduqué, elle ne l’aurait jamais imaginé aussi cérémonieux. Quid de l’enfant chez l’un comme chez l’autre ? Une flamme éteinte au profit de ce que font les grandes personnes, s’animant d’une autre manière, chassant le rire du quotidien pour des tâches plus affables qui leur apporterait d’autres choses : le savoir, le pouvoir, l’ambition…

« N’ayez crainte Tancrède, je gage qu’elle saura discerner le butineur de l’amoureux. Vous avez toujours veillé sur elle et sur son éducation : ce doit être une fille fort maligne qui ne s’emmourachera pas du premier gredin venu ». Sa voix se voulait apaisante. Après tout, elle pouvait comprendre la détresse du chevalier : elle aspirait à la même crainte pour ses cadets et devrait bientôt s’en inquiéter pour sa propre fille. Elle ne tolèrerait jamais qu’elle aille perdre sa fleur dans les bras du bonimenteur bienheureux et pire encore, elle ne saurait trop comment elle pourrait y réagir lorsqu’elle l’apprendrait.

Chassant ces drôles d’idées d’une lampée de vinasse, elle se raccrocha aux paroles de Léjante. Elle avait effectivement reçu l’invitation de son suzerain et malgré les temps obscurs qui la plongeaient dans l’autarcie, elle se devrait d’y aller. Duncan l’aurait certainement voulu ainsi – non pas pour glorifier le Corbeau Serramirois mais pour imposer son inéluctable présence dans le beau monde. L’Alonnan avait bien trop souffert de moqueries acerbes et sa relative instabilité n’avait jamais réellement permis aux nouveaux barons de figurer dans hautes sphères de la noblesse. Bien sûr Alanya s’était attelé à se faire connaitre et le coup d’éclat à la bataille d’Amblère du Lys aidant grandement, elle savait qu’il était venu le temps propice des alliances et des marchandages. Muselée par la haine, la douleur et l’envie, elle se libérerait bien assez tôt de ce carcan au profit de ce qu’elle était réellement : une femme de poigne, à l’ambition brulante que rien ne semblait pouvoir arrêter. Elle se releva en tournant sa coupe entre ses doigts graciles, observant le nectar rougeâtre en son sein. Elle esquissa un sourire en plongeant son regard gris dans les mirettes de son cousin.

« J’en serais comblée. J’avais bien peur de ne trouver aucun chevalier pour l’Alonnan mais il faut croire que le sort m’est plus favorable que je ne le pensais. Seriez-vous mon ami prêt à porter les couleurs et la bannière de ma baronnie ? ». Elle s’accouda contre le buffet, l’air moins morose que la minute d’avant. « Je ne sais pas si vous avez appris la nouvelle d’une quelconque façon, mais depuis la dernière bataille contre les Puysards, son Excellence de Brochant est devenu mon propre suzerain. Si les liens qui nous lient son encore fébriles, je suis certaine de pouvoir néanmoins vous présenter. ». Elle marqua une pause en finissant sa coupe. Elle avait la descente des femmes du Nord. « Il pourra peut-être vous aider quant à votre différent avec Magnéric et quelques bons partis seront là tant pour vous que pour votre sœur ! ». Il ne l’avait point informé de quelconque fiançailles et même s’il n’était que le second de la fraterie, il demeurait chevalier noble de naissance et plutôt beau garçon. Les festivités dans la capitale voisine serait l’endroit rêvé pour se dégoter une jeune femme.
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MessageSujet: Re: Dichotomie entre désarroi et réjouissance [ Alanya ]   Mar 26 Juil 2016 - 2:41

Le temps filait et avec celui-ci, les tensions aussi. Nulle place n’était allouée à d’autres émotions qu’à celle de la joie, chose qu’eux deux semblaient partager. Qui plus est, la Baronne n’avait pas perdu son sens de la répartie. Elle semblait toujours avoir le fin mot pour résoudre interrogations et questionnements, chose qui n’était pas pour déplaire au Hardi, lui qui aimait qu’on lui tienne tête. Quant à la suite des choses, la réponse de sa bien-aimée cousine germaine lui fit pousser un sourire bien franc. Un sourire fendu jusqu’aux oreilles. C’est qu’après une rencontre aussi tumultueuse que l’avait été la leur, les doutes planaient quant à l’envie qu’elle puisse avoir à tenir Tancrède à sa dextre.

« Par Tyra! Me voilà allégé d’un poids! Je me croyais condamner au refus, pensant que votre frère Fulcran ait été tout désigné à cet effet. Ne serait-il pas lui aussi belle figure pour l’Alonna ? »

Évidemment, on devinait tout de même l’excitation dans sa voix. La nouvelle ne l’avait pas frappé délicatement, car ses pupilles brillaient de mille feux, prêt à embraser la foule qui tôt, le verrait en lice.

« Oui da, en fait, la nouvelle a volé jusqu’à mes oreilles, mais a perdu en cours de route moult de son plumage. Nous avions ouïe dire que vos liens s’étaient ramieutés … Vous m’en voyez franchement affligé d’être informé de l’inverse, cousine. S’il y est quoi que ce soit que je puis faire, pour vous aider, pour vous assister, vous êtes désormais au fait que je suis désormais votre fidèle vassal et prêt à obéir. »

Il lui était reconnaissant et redevable, certes. Mais avec tous les évènements qui chamboulèrent sa fratrie, il se voyait plus près d’elle que jamais et, serait prêt à l’aider de toutes les manières qu’elles soient. Qui plus est, le départ était imminent. Ses doigts frétillaient d’envie à la simple idée de chevaucher à ses côtés jusqu’à de nouvelles contrées.

« Hahh … Comme je reconnais là votre naïveté de jeunesse! Il n’est point d’arguments qui sauraient faire flancher mon frère. À l’heure qu’il est, pour des années à venir, je vous le dire ici et maintenant, Léjante ne me verra plus de sitôt. »

De son côté, Tancrède flancha. Il s’était défendu à l’alcool depuis son premier pas dans la chambrette, mais décida finalement de goûter à son godet. Évidemment, une bonne lampée était inévitable. Il zieuta ensuite Alanya, déposant coupablement son verre sur la table, pour se redresse en toute lenteur. Il s’éloigna d’un pas puis, d’un sourire toujours aussi grand que large, franc et fidèle à sa bonne humeur, il s’inclina devant elle.

« Avec votre permission, j’épouse l’idée de vous offrir congé de ma personne. Est-il possible de me retirer en mes appartements? Nous nous reverrons tôt, je vous en fais la promesse. »
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