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 Le vieil univers

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Le vieil univers   Mer 4 Mai 2016 - 0:35




Le vieil univers




Regrettez-vous le temps où d’un siècle barbare
Naquit un siècle d’or, plus fertile et plus beau ?
Où le vieil univers fendit avec Lazare
De son front rajeuni la pierre du tombeau ?
Regrettez-vous le temps où nos vieilles romances
Ouvraient leurs ailes d’or vers leur monde enchanté ?
Où tous nos monuments et toutes nos croyances
Portaient le manteau blanc de leur virginité ?



Panahos de la 2ème énnéade de Karfïas de la 9ième année du XIème cycle


Niklaus avait repris du poil de la bête. Cela au moins était certain. La conclusion plutôt positive qu’il avait réussi à donner à l’instabilité chronique de la fin du printemps lui avait redonné l’appétit et le sommeil. Si d’autres sujets accaparaient à présent son esprit, ils étaient bien moins graves pour l’avenir des habitants des domaines dont il avait la charge, ou tout du moins étaient gérables. Et il était de ceux qui adoraient gérer.

Ses contacts au sud, pour la plupart d’anciens collègues ou personnes rencontrées alors qu’il officiait encore pour les domaines royaux, avaient été ces dernières énnéades une aide précieuse pour arriver à contacter ceux qui ne pouvaient être contactés directement. Outre l’aide que cela lui avait donné pour pouvoir discuter en tête à tête avec le régent, cela lui avait également donné les clefs pour pouvoir prendre un contact discret avec le prince de Merval.

L’organisation de sa discrète visite avait été rendue quelque peu complexe. Déjà par la route, ensuite par le temps d’obtention d’un sauf conduit. Certains n’auraient pas accepté une telle visite sous la simple protection d’un document, mais Niklaus était de ceux qui pensaient que l’on devait faire une confiance relative dans la parole des hommes.

La descente avait été au final plutôt agréable. A l’exception qu’après tant de temps à parcourir la péninsule de haut en bas le jeune baron commençait à sentir ses cicatrices se réveiller le long de sa peau meurtrie du dos. Il était descendu dans une sorte de grande auberge aux airs de manoir. Tout cela lui rappelait l’époque de ses descentes par navire vers la côte sud. Une vie en arrière, dans un monde plus simple et plus doux.

A présent il attendait un personnage qui pour le jeune homme était aussi insaisissable qu’énigmatique. Un homme sur lequel courait bien des rumeurs, chose dont Niklaus se méfiait par habitude. Et ce dernier ne devait plus tarder. Il s’était installé dans le grand hall de chasse de la bâtisse. Un lieu au frais dans cette chaude journée d’été. Les voilages berçaient son regard sous l’action bienfaitrice d’une brise estivale. De l’autre côté s’étalait un petit paysage de campagne. Quelques arbres, des champs, une ferme au loin, et surtout un ciel d’un bleu chaleureux où roulait de gros nuages moutonnant.

Finalement on lui annonça la personne qu’il était venu voir. Aucun nom ne fut donné, mais la chose était claire. La porte se referma.

“ - Bonjour Messire. Merci de me recevoir sur vos terres.”
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Le vieil univers   Sam 7 Mai 2016 - 1:25


La route était poussiéreuse. Les pas du cheval éclaboussaient la pelisse d'un mélange de sable, de terre et de glaise, lui ôtant sa vive robe écarlate. On passera pour l'élégance. Sur ce morceau de littoral, petite presqu'ile jetée dans les flots monstrueux de l'Eris, il n'y avait que de la lande et une bicoque. Cossue, certes, mais sa cour, ses hauts murs et ses quelques tours paraissaient maigres au milieu de cette mer de bruyères et de hautes fougères battue par les vents. On le savait, le nord du Soltaar n'avait rien d'un paradis mais toutes les caractéristiques des chaos érisiens où la roche érodée est saignée à blanc, laissant apparaître crûment sa multitude de ridules, de cicatrices et de vergetures. L'endroit idéal pour rencontrer quelqu'un qu'on considérait comme un indésirable. De fait, si tu n'étais pas hostile au personnage, le reste de la cour, ces nobles spoliés de leurs terres et de leurs trésors,  ne le portait pas dans son cœur et c'est pour éviter rixes et murmures, que tu pris la décision de le retrouver ici. Dans cette bicoque sans prétention, ancienne demeure d'un marchand de breloques qui avait, comme beaucoup d'autres, fait faillite lorsque les routes commerciales entre le nord et le sud de la péninsule ont été coupées. Combien de ces martyrs méconnus de la guerre avais-tu reçu à Diantra déjà, et aujourd'hui encore à Soltariel. Ces pauvres âmes endimanchées réclamaient des grâces, des délais, de l'argent - tout ce que le Royaume n'avait plus. En tout cas, pas pour ce genre d'affaires. Tu les congédiais, la mine affectée de ceux qui veillent les mourants, la main sur l'épaule en leur présageait -sans en rien savoir- des jours meilleurs. Cela étonnait encore les étrangers que les rues du Soltaar pussent être maculées de sang alors que la guerre n'y a jamais fait rage...s'ils savaient.

Il aurait été de mauvais goût de raviver des plaies toujours ouvertes en t'affichant ouvertement avec un des artisans de leur ruine. Si le sieur d'Altenberg n'était pas directement responsable de la guerre et de ses atrocités, seuls fruits de l'amé immonde du manchot de Velteroc, il avait au moins pose les bases de leur spoliation. Quel aurait été leur destin s'ils n'avaient pu fuir à Soltariel ou à Merval ? Auraient-ils finis crucifiés comme apparemment l'était le reste de Diantra ? Ou affamés dans les caniveaux ? On lisait la déchéance sur leurs fronts, la détresse au fond de leurs pupilles : et toi, tu n'avais rien à répondre.

Tu voyageas avec une maigre escorte. La route étant à peine plus longue que le bras de certains intrigants, mieux valait prendre quelques précautions. A ton arrivée, tu découvris que le sieur d'Altenberg n'était pas encore là. Tant mieux, cela te laisserait un moment pour te dégourdir - tu détestais toujours autant les voyages à cheval- et surtout, tu profiterais de cette minute délicieuse ou la silhouette d'un inconnu se profile à l'horizon et s'avance, tantôt menue, tantôt trapue ; tantôt lente et Sylvaine, tantôt rapide, décidée, humaine. Ce moment fugace pendant lequel tu scrutais sans être vu, ces secondes délétères à la place de tous les assassins tapis dans l'ombre qui savourent l'instant précédant leur apocalypse et tout ce qu'elle impliquera. A ta grande surprise, le bougre avait une certaine allure...un reste de sang suderon devait couler dans ses veines.  Tu ne le voyais qu'a peine mais il était loin de ressembler à cette idée que tu te faisais de lui, à savoir un vieillard robuste, terre derrière ses sourcils broussailleux et une barbe ou se trouvaient pêle-mêle des restes de vin, de spiritueux, de pellicules et de pain. Il ne paraissait pas installé dans un pourpoint de velours, une ceinture soutenant son embonpoint forgé au fil des ans en enchaînant les visites aux seigneurs pour ratifier traité sur traité. A mesure qu'il s'approchait tu te demandais ce qui, en lui, parlait de son expérience car à dire vrai, plus tu le voyais, plus tu redoutais de te trouver nez à nez avec une face d'éphèbe. A cette perspective, tu décidas qu'un peu d'alcool ne serait pas forcément de trop.

Un page le fit entrer et le conduisit dans une salle plus intime qui occupait tout un étage, de quoi s'assurer qu'il n'y ait pas d'oreilles cachées derrière une porte. On le fit asseoir, un page vint te confirmer qu'il était là. Alors tu attendis. Cela était mal perçu dans ton petit pays de se précipiter sur un invité lorsque l'entrevue était en privé. Parfois même, l'hôte pouvait passer sa journée à vaquer dans les jardins et le palais avant que quelqu'un se présentât à lui. Certes la salle n'était pas aussi ornée que le Porphyrion, ni aussi vaste que les jardins, ni aussi intéressante que la bibliothèque, ni aussi amusante que les caves à alcool ; cela dit, tu avais toujours pensé que le silence valait plus que des monceaux d'or, surtout lorsqu'il s'agissait des autres. Aussi tu en devins impatient toi-même. On t'annonça, la porte s'ouvrit et tu te retrouvas face au fieffe diplomate qui avait réussi l'exploit de faire taire les ruines fumantes du Médian et première surprise, tu avais vu juste -ce qui relevait presque de l'exploit peu physionomiste que tu étais. Le jeune homme, saisi d'une bouffée d'affabilité que tu trouvas rafraîchissante s'adressa à toi. Un sourire te traversa le visage.

« Mes terres, mes terres… Je ne suis que le gardien du Royaume, n'exagérons rien. Ces terres appartiennent de droit au duc de Soltariel, lequel a tragiquement décédé. Une sombre affaire entre sa femme, lui et une fiole de poison. Mais asseyez-vous donc mon ami, rafraichissez-vous ! Je sais quelles sont les rudesses d'un voyage à travers la lande et depuis mon voyage à Hautval, en des temps pas si reculés, je me suis jure d'offrir au moins le couvert et la boisson à tous mes hôtes »

Tu te souviendrais toujours de la rudesse avec laquelle la dame du Val, cet obélisque d'ébonite, t'avait reçu. En une soirée tu t'étais retrouvé affamé et au bout des lances de son frère, un homme qui était en fait un preux. La rudoyante diablesse osait encore clamer que sa demeure était hospitalière, ce morceau de roche plante au cœur d'une région dédaignable. N'était le vin, le Val n'aurait jamais acquis telle renommée et partout on savait qu'Aetius par sa mésalliance avec cette terre et son sang vicié avait apporté la malédiction au Royaume. Ce jeune homme malgré lui te rappelait de funestes souvenirs, ceux dont tu te serais bien passé. Ta consolation tenait à ce que contrairement à ceux dont il servait les intérêts, le sieur d'Altenberg paraissait et sensé et serein. Deux qualités qu'on ne trouvait même plus chez les prêtres en ces temps.

« Vous me pardonnerez les conditions dans lesquelles je vous accueille. Si nous nous étions retrouvés à Merval, j'aurais pu vous rendre un digne hommage mais Soltariel et sa cour ont quelques...griefs à votre égard et je n’ai trouvé d’endroit plus approprié que celui-ci. »

Tu lui servis une rasade de vin d'orange. La boisson était épicée, sirupeuse comme du miel, délicate comme une sucrerie d'enfant. Il n'y avait rien de mieux, disait-on, pour conduire des parlements dans la paix.

« D'ailleurs mon invitation a du vous surprendre. Voilà bien longtemps que je me languissais de pouvoir mettre un visage sur cet homme qui a réussi à pacifier le Médian. En l'ôtant de la main du Roy, certes, mais à le pacifier tout de même. Feue la duchesse et gardienne Kahina n'avait pas beaucoup d'estime, ni pour vous, ni pour votre projet. Il en est différent de moi...j'ai de l'estime pour vous. Pour tout vous dire chère âme, je ne connais que peu de choses à votre sujet, sinon ce que tout le monde connaît : la Ligue. Je ne prétends pas devenir votre ami de confiance, les Dieux savent si ce mot est galvaudé de nos jours, mais je crois que vous et moi, à défaut de partager la même vision de l’unité, partageons au moins celle de la paix… »

Cela tu n’en savais rien, tu l’espérais seulement. Tu l’espérais car c’était le seul moyen pour la péninsule de sortir de cette crise dans laquelle elle a été plongée par l’hubris de quelques nobliaux appuyés par on ne savait quelle magie noire. Au nord on avait pratiquement perdu le souvenir des grandes heures à peine a-t-on eu une image de sa gloire passée quand Goar Ier dit l’Insensé s’était épris d’une fantaisie royale, se couvrant de blasons, de dais et de parures de soie élimée, simulacre de roi pour ce qui était devenu un simulacre de fief. Quant au Berthildois, il décidait de supporter les prétentions que tu croyais éteintes de la dame du Val. Décidément, elle ne comptait pas rater une occasion de piétiner le Royaume sans jamais se rendre compte que ces terres qu’elle saignait, ce sont elles sur lesquelles elle comptait régner. Un vent de folie s’emparait tour à tour de tous les seigneurs au nord de Diantra prêt à plonger la péninsule dans un maelstrom d’où elle ne ressortirait certainement pas indemne et ce bonhomme d’Apreplaine te paraissait le dernier homme sensé en dehors des quelques-uns qui t’entouraient.

« Voyez, je parle, je parle et je ne vous laisse même pas le temps de répondre. Cela viendra, ne vous inquiétez pas, mais j’ai une dernière question à vous poser. Dans toute cette histoire de Ligue, d’usurpation, de lèse-majesté…où réside votre intérêt ? »

Sans qu’il ait commencé à répondre, tu compris qu’il serait de bon ton de remplir ta coupe avant qu’il s’exprime. Oh, Cléophas…tu n’étais peut-être pas physionomiste, mais tu étais au moins perspicace.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Le vieil univers   Lun 20 Juin 2016 - 20:40

Niklaus d’Altenberg était attendu. L’homme qu’il avait en face de lui avait fait beaucoup parler de lui. Il était bien délicat de saisir la nature des hommes de pouvoir. D’autant que ces derniers n’étaient que peu accessible, surtout pour des entrevues en seul à seul. Dans le grand théâtre symbolique qu’était la cour ou dans les représentations officielles chacun s’efforçait à tenir son rang, avec plus ou moins de réussite selon l’éducation et la nature des gens.

Face aux personnages qu’ils rencontrait dernièrement, Niklaus d’Altenberg était un parvenu. Un homme dont la famille avait réussi à s’accrocher à une fonction. Surtout par compétence - tout du moins l’espérait-il - mais aussi nécessairement par intrigue. Cela personne ne pouvait l’enlever. Il avait pleinement conscience de sa condition. Il n’était pas du cénacle. Et ne le serait jamais. Cette condition ne lui donnait pas honte. Il était au contraire fier de ce que ses aïeux avait accomplis et ne se laissait pas influencer par ce que la noblesse de haut rang pouvait penser de lui.

Dans les cours de la Péninsule, on devait le traiter d’arriviste et d’opportuniste. En cela chacun avait raison. Il avait des ambitions et il tentait d’exploiter la moindre opportunité. Il n’était pas de ceux qui se reposaient sur leurs lauriers en attendant le gui tomber. De fait il ne prenait donc pas ombrage à ce qu’on le traite de tout cela. Il avait pour lui un minimum d’honnêteté intellectuelle. Tout du moins le pensait-il. Là où les choses deviennent plus complexes, et là où chacun était en droit d’imaginer ce qu’il voulait était sur ses motifs. De fait ses mouvements politiques ne devaient pas sembler tous cohérents vu d’un observateur extérieur. Et en particulier la spirale politique ayant suivi le premier conseil de Diantra et ayant vu l’éclatement de l’union entre le Langehack et le Médian avait certainement été une énigme. Le jeune homme avait volé en cercles concentriques vers l’idée qu’il s’était fait de l’issue à donner, donnant de fait l’impression extérieure de nombreuses incohérences. En conséquence la plupart des personnes qu’il rencontrait lui posait cette question en premier. Nul doute qu’il en serait à nouveau de même.

En face de lui se tenait un homme qui semblait ne pas être en accord avec les lieux. Il ne savait pas quelle image il renvoyait lui-même, mais l’on entrevoyait dans les traits et les manières silencieuses du chancelier que ce dernier était un homme de goût, à son aise en dehors de son élément. Mais tout de même en dehors de son élément. Telle une statue de marbre au milieu d’une basse cour. Pour d’autres gens, la chose serait passée inaperçue. L’essentiel des personnes, quelles qu’étaient leurs niveaux dans la société, ne disposaient pas de solides manières. Sans cette même éducation, on ne s’apercevait de rien, tout comme il était malaisé de reconnaître un héron d’une cigogne pour un citadin.

La rencontre se devait d’avoir lieu dans un lieu tenu à l’écart. Outre le fait qu’il serait ainsi bien plus pratique pour la discussion d’éviter les postures nécessaires à la proximité d’auditeurs trop simples pour être diplomates, cela permettait de conserver de façade la distance politique officielle de leurs deux ensembles. Mais l’intelligence du prince décidément diplomate par rapport à celle du prince décidément militaire était de conserver la capacité et l’opportunité du dialogue. Il ne fallait jamais s’acculer à ne plus pouvoir parler. Et Niklaus reconnaissait naturellement à sa juste valeur la raison qui éclairait ces hommes du nord ou du sud qui le recevaient malgré la situation politiquement difficile. Et Cléophas d’Angleroy était de ces derniers.

Il comprenait également que ceux qui avaient quittés leurs postes dans les terres royales devant l’avancée des troupes médianes et qui s’étaient attendus à voir Niklaus pendu haut et court par ces dernières n’en avaient eu pour leurs frais. A cette heureuse manœuvre de leur ancien collègue s’était ajouté la constitution d’un nouvel ensemble territorial qui ne devait pas être de leur goût, puisqu’ils n’y prenaient pas part. Mais Niklaus qui n’avait pas de patience pour la couardise politique n’avait que peu faire des pleurnicheries de ses anciens semblables. Il ne connaissait pas le prince de Merval, mais le simple fait qu’il avait accepté de le recevoir démontrait que ce dernier acceptait leurs jérémiades pour la bonne cause politique et non parce qu’il compatissait.

Oui… On pouvait bien espérer pouvoir discuter en pareille circonstances.

L’homme n’était apparemment pas venu avec une grande escorte, tout comme Niklaus, bien que le premier avait l’avantage d’évoluer en terrain maîtrisé. L’homme parut affable et fit un accueil bien mesuré, visant certainement à en dire le moins possible pour jauger le personnage. C’était là le propre de toute première rencontre, surtout de ce niveau. Il fallait observer et juger. Prendre la mesure des hommes. Un jeu habituel et bien orchestré dont Niklus avait maintenant l’habitude.

Il n’avait pas réussi, il le savait bien, à récupérer totalement la forme physique dont il avait disposé avant l’été. Mais ces dernières semaines il avait réussi, malgré ses longs voyages, à reprendre du poil de la bête et ne devait pas porter tant que cela sur lui sa fatigue dont il remédierait sous peu par une pause dans les affaires politiques, faisant enfin passer ses problèmes familiaux en premier.

L’homme plaisanta dès sa première phrase sur l’état des choses ce qui le rendit sympathique. Niklaus appréciait beaucoup la manœuvre de tourner au ridicule des choses bien sérieuses. Il crut un instant que l’homme était déçu de son interlocuteur. Mais il avait du le rêver. Ou bien l’homme s’était-il fait une autre idée de Niklaus. Ce qui était bien possible. Lui même fut très intéressé de découvrir l’homme sur lequel les rumeurs couraient également. Au final il était presque un peu amusant de constater que l’on pouvait être aux deux extrémités de l’échiquier politique dans une situation quelque peu semblable.


“ - Je vous remercie Messire de votre accueil. La descente du nord de la Péninsule fut effectivement assez longue. Madame de Hautval est une amie très chère mais je suis navré d’entendre que vous avez été mal reçu en Hautval. Quels que puissent en être les raisons. ”

Le baron attendit naturellement que l’homme fasse un geste pour l’inviter à s’asseoir, comme le voulait l’étiquette puis s’installa. Il laissa l’homme faire le service, en le remerciant naturellement. D’autres étaient plus méfiants. Il l’avait vu avec M. d’Asnozia. Niklaus était peut-être inconscient, mais il considérait que son meurtre était chose facile. Avec ou sans poison. En conséquence si quelqu’un souhaitait l’empoisonner, le poignarder ou simplement l’enlever, cela pouvait se faire sans trop de difficultés. A plus forte raison si M. d’Angleroy l’avait souhaité, il n’aurait pas fait plus de deux pas sur ses terres avant de se retrouver en prison ou de voir de malheureux brigands se jeter sur lui. Un accident était vite arrivé surtout pour un rendez vous secrets.

“ - Ne vous excusez pas. Je comprends naturellement la nécessité que nous puissions réaliser ces discussions à huis clos. Je devine aisément l'opinion que peuvent avoir nombre de vos courtisans à mon sujets. Tout comme vous pouvez naturellement imaginer l’opinion que certains peuvent avoir de vous parmi la Ligue ou même simplement le Garnaad. J’ai naturellement la conscience d’être à la source de la disparition d’un certain nombre d’espoir pour certains de mes anciens collègues. Ce lieu convient parfaitement à l’atmosphère informelle que nous avons voulu, je pense de manière commune, pour cette discussion. A la manière de celle que j’ai pu avoir avec M. d’Asnozia il y a quelques jours.”

Il ne souhaitait pas prendre au piège l’homme, ce dernier disposait peut-être par ses espions ou ses informateurs de l’information de cette rencontre. Si c’était le cas, il préférait crever l’abcès immédiatement. Si ce n’était pas le cas, et bien au moins pouvait-il espérer gagner l’estime de l’homme en étant honnête avec lui. Il but donc après avoir suivi l’exemple de son hôte, selon que ce dernier ait proposé de trinquer ou non.

“ - Je vous remercie naturellement de votre invitation. J’avais depuis quelque temps déjà fait savoir aux quelques amis qu’il me reste au sud que j’étais tout disposé à répondre à une telle invitation. Je suis de ceux qui considère que même dans les moments de brouille politique, le dialogue doit être maintenu. Maintenant que nous avons atteint une cessation des hostilités dans l’essentiel du Médian et du nord, il convient de tenter d’assurer un peu mieux qu’une simple pause de la guerre vers le sud. Vous pouvez effectivement considérer que nos intérêts sont alignés en la matière. ”

Il eut un sourire à la question de l’homme. La question des motifs revenait encore.

“ - Il m’est bien difficile de répondre à la question de mes motivations. Je dois bien vous avouer que ces dernières ont évoluées au cours du temps. Néanmoins une seule reste inflexiblement la même et est le cœur du reste : j’essaye d’améliorer la vie des gens dont j’ai la charge. Les territoires du centre de la Péninsule ont été pour la plupart épargnés des plus grands maux de ces dernières années. En tout cas bien plus que le reste de la Péninsule ne l’a été. Je suppose qu’il s’agit également pour partie de la situation du sud. Je ne souhaite pas voir des siècles de gestion rigoureuse de ces territoires tomber en quelques ennéades.

On reconstruit bien plus lentement que l’on ne détruit. Il faut par conséquent veiller à détruire le moins possible. C’est cela que je tente de faire. J’ai conscience que cela s’est passé au détriment de certains, ainsi qu’au détriment de la Couronne. Mais cette dernière n’est pas nécessaire laissé à jamais. Les organisations que j’ai mises en place ou que j’ai aidé à mettre en place, que cela soit le duché du Garnaad, ou la Ligue, sont des organisations palliatives se voulant force d’efficacité mais pas nécessairement de pérennité politique.

Nous verrons rapidement si ces idées vaudront la peine d’être poursuivies…”


Il fit une brève pause.

“ - Dans tous les cas je ne me suis approprié aucun territoire en mon nom au nom du moindre des hommes sous ma direction. Le mandat initial a été conservé, sans changement de fond des statuts des mandats, en ce sens la propriété des territoires ne nous revient pas. Et cela je le dis clairement. Cela changera peut-être un jour, mais pour le moment c’est le statu-quo que j’ai souhaité conserver. Le seul grand changement a été d’accepter d’adhérer à la Ligue, et en conséquence de mettre en place une forme de coordination supérieure, se substituant en son absence à la royauté. Je ne présage pas de son avenir. Il s’agit d’un outil permettant de conserver un certain statu-quo et de donner une certaine forme d’équité entre les principaux seigneurs. Et pour ce qui est de mes titres, dont aucun est ma propriété, il est clair que je rendrai ces derniers à moyen ou court termes, dès que la situation des territoires dont j’ai la charge sera stabilisée.

Si la Péninsule doit s’unir à nouveau à moyen terme, la Ligue n’aura également peut-être plus sa place. Mais en attendant, elle nous permet de prescrire des politiques à une échelle raisonnable.

Au titre de leur organisation il serait impossible pour un petit ensemble comme les anciennes terres royales de subsister sans une forme quelconque de gouvernement d’échelon supérieur. C’est la raison de la création du Garnaad. Et du fait de nos positions géographiques respectives, il allait de soit que le Garnaad ne pouvait subsister de manière neutre sans la création d’une entité plus large avec une direction politique a minima. Voilà - de manière très brève - les raisons personnelles d’une part et politiques d’autre part de ma conduite.

Et j’en profite pour vous retourner la question… Car je dois avouer que je suis quelque peu perplexe suite à ma discussion avec M. d’Asnozia. Quel est l’état politique du sud ? J’ai le sentiment que les forces politiques louvoient. Ma réunion avec M. d’Asnozia s’est mal déroulée, et pour cause j’ai souligné les points de contentieux que j’entretenais avec les méthodes faites à Diantra. La réunion s’est soldée malheureusement sur les accusations en retour de M. d’Asnozia à ce que la révolte était de notre fait et que nous agissons dans l’ombre pour tenter de récupérer Diantra. Nous nous sommes arrêté là.

La Ligue n’a aucun intérêt en Diantra en elle-même. Nous n’avons aucune prétention et si j’aurai préféré à titre personnel que Diantra trouve le statut de ville libre auquel le compromis négocié en son sein était parvenu, la Ligue ne cherchera pas à assiéger ou prendre la ville. En revanche, je suis personnellement - et avec moi la Ligue- très choqué des méthodes de l’occupant pour maintenir l’ordre. Ces méthodes compromettent également les chances de dialogue futur, car le flot de réfugié que nous avons accueillis verrait d’un mauvais oeil que nous nous rangions du côté de leurs oppresseurs… Je vous parle de tout cela de manière pragmatique. J’ai tenu à M. d’Asnozia un discours plus passionnel, mais j’étais également plus fatigué. Je suis habituellement plus retenu.”
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