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 Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]

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Arthur
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MessageSujet: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Sam 21 Mai 2016 - 3:42

Celui qui s’était pris à rêver de dragon ; n’en concevant que l’image d’un géant dominant le ciel, la terre et la mer, se serait retrouvé fort déçu – et épuisé – par la réalité qui s’imposait quotidiennement à Arthur depuis l’éclosion du dragonnet.

Il n’avait lui-même pas fait un tel rêve, celui-ci appartient à qui prétend gouverner, ou entend dominer les hommes, ce qui n’était pas son cas. Néanmoins, la fatigue, il la connaissait, elle s’accumulait mais il lui paraissait en ajouter une moindre quantité – ou tout au moins, la supportait-il mieux – chaque jour passant. Une routine s’était installée depuis la naissance du petit glouton, et si il n’avait pas intégré des moments pour lui-même, il eut été probable qu’il se serait perdu davantage, alors même qu’il considérait ce dragon comme une opportunité, une raison de poursuivre, de se reprendre en main.
Chaque jour il chassait, des lapins la plupart du temps, plus gros quand il avait de la chance, ce qui le soulageait, un peu, ou pêchait, ce qui lui permettait de se reposer un peu, sans quoi son corps n’aurait pas suivi. Tout ceci finissait pour une bonne part englouti par le dragonnet, et chaque jour, il fallait recommencer.

C’était une vie parfois éprouvante, même pour celui qui avait autant voyagé, et passé deux ans à errer sans cesse, mais la créature savait remotiver son nourrisseur. La reconnaissance autant que le plaisir primitif, élémentaire, dans son expression, qui se propageait à travers leur lien donnait une raison à ses efforts, ou tout au moins, cela adoucissait ce qu’exigeait ces derniers. Il serait récompensé, d’une façon ou d’une autre, à l’avenir, en attendant, il devait prendre sur lui le temps qu’il offrait à cette nouvelle vie.
Quand le dragonnet ne mangeait pas, il dormait et digérait, au soleil quand il y en avait. Ces instants de pause, Arthur les mettait à profit, ayant appris à connaitre leurs durées. Confiant la garde du petit à Monarth – les deux se relayaient désormais à cette tâche, et l’autre prenait du bon temps – il se rendait dans les tavernes de village, les auberges de voyageurs pour discuter, se détendre, jouer…

Ces instants étaient nécessaire pour garder un contact avec le monde, préserver son humanité autant qu’il était possible, et il en profitait pleinement. Le plus souvent, il se contentait de la détente, parfois il saisissait des nouvelles du monde, à la volée, ou bien prenait quelques conseils de chasse de locaux. Chaque jour, il s’éloignait de sa vie d’avant… Que restait-il du courtisan ? Du baron ? Du chevalier ? Des idéaux, mais c’était à peu près tout. Un jour, certainement, reprendrait-il en main sa propre existence, mais encore aujourd’hui, on exigeait qu’il la laisse entre parenthèse. Il fallait que le dragonnet grandisse, tôt ou tard, il volerait, il chasserait par ses propres moyens, et alors, il aurait davantage de temps à se consacrer… En attendant, la gratitude qu’éprouvait le dragon, autant que sa joie, envers l’homme qui, chaque jour le nourrissait serait le ciment de la relation à venir.

Depuis le jour de l’éclosion, il avait régulièrement bougé… Par sécurité autant que par nécessité, le gibier se faisait plus rare ou prudent, lorsqu’il restait dans une même zone. Si bien que de Lourmel, il s’était retrouvé dans la campagne berthildoise, non loin de l’immense lac, d’où il apercevait, au loin, les Monts Corbeaux.

A chaque nouvelle région, à chaque nouvelle taverne, il était toujours des curieux pour s’interroger sur son masque, la chose était peu courante. Il invoquait une blessure le défigurant – ce qui était exacte, même si la blessure et la défiguration n’était pas physique, mais que voulez-vous… - y contant quelques aventures estréventines, mêlant la vérité de son propre périple à l’imaginaire qui se trouvait renforcé dans son récit. Il racontait toujours la même, y ajoutant simplement des détails, des anecdotes pour l’enrichir…

Parfois, lorsqu’ils pouvaient se le permettre, Monarth l’accompagnait, rajoutant d’autant plus de crédit aux aventures exotiques de l’homme au masque qui s’amusait de ce jeu.

Il ignorait encore en cet instant qu’un homme y avait reconnu un fantôme du passé, courtisan et conseiller d’un roi.

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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Ven 27 Mai 2016 - 20:00


Des yeux, une voix, une démarche. C'était tout ce qu'il fallait. Le masque dissimulant une identité, le dräke et le léger soupçon de mélancolie n'étaient que cerises sur un gâteau aux contours déjà agencés depuis plusieurs semaines. A partir de là, la démarche était claire, et les rôles parfaitement définis. Quelqu'un tapota l'épaule d'un homme mal rasé, qui quitta immédiatement l'auberge, non sans avoir fait un discret signe de tête désignant l'homme masqué. Les espions, avait-il un jour expliqué à une femme encapuchonnée aux doigts vernis de rouge, travaillaient toujours en paire. Et cette paire travaillait toujours en relation avec un service de messagers. La gestion était peut-être onéreuse, mais gérée efficacement, elle permettait d'avoir les yeux, les oreilles et le contrôle sur une grande partie du territoire à contrôler. Tout ce dont un Roi aurait besoin, madame. Il sourit en souvenir de cette phrase, qui allumait dans le regard de la mystérieuse dame et femme de confiance de Godfroy comme un air de convoitise.

Devant l'auberge, une vingtaine de gardes vêtus de noir et de vert attendaient. La garde de Jais, garde personnelle de la Marquise, qui ne pouvait se déplacer sans une escorte, dernière volonté d'un père bien trop protecteur à son beau-fils. Un homme à l'allure altière et à la figure athlétique s'approcha de l'espion. Il avait déjà eu affaire à lui. De fait, il avait eu affaire à lui à chaque fois qu'il avait du faire affaire avec la Marquise. Âme damnée de Judith d'Hardancour, William de Herstaal était très protecteur de la femme à qui il devait tout.

"Êtes-vous seulement certain du personnage ? Madame la Marquise a tenu à le voir personnellement. J'espère -pour vous- que votre 'intuition' a été bonne, espion."


Mais l'homme mal rasé était nullement impressionné par le hobereau qui se voulait désespérément menaçant. Il avait servi bien plus effrayant, et autrement plus puissant. La brave fille d'un châtelain, tout aussi maline soit-elle, n'était sûrement pas de la trempe d'un Fiiram.

"Vous avez fait le voyage jusqu'ici,
fit-il en soupirant. Si vous aviez un doute, il valait mieux me le préciser avant. Où est la marquise ? L'homme peut sortir d'un instant à l'autre."

"Je suis ici, messire Nuit. Je suppose que notre bon sire est dans cet établissement à cette heure ?"


La voix venait de derrière lui. Une voix féminine aux airs de velours, qui aiguisèrent sa méfiance comme un lapin à l'approche d'un prédateur.

"Oui. Ne rentrez point avec trop de gardes, au risque d'effaroucher le personnage,
conseilla-t-il, mais postez-en autour de l'établissement. Et ne vous annoncez pas en entrant - Si l'homme se dissimule ainsi, c'est pour une bonne raison."

Judith d'Hardancour avait la réputation d'être une personne sympathique et raffinée, mais l'homme aux nombreux noms (et qui utilisait actuellement celui de 'messire Nuit') ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'elle cachait sous ce masque. Godfroy son mari cherchait la royauté, c'était un fait avéré. Mais que cherchait-elle, elle ? Et en quoi un homme qui n'avait plus aucun rapport avec les intrigues des grands Péninsulaires lui serait utile ? Elle lui sourit alors, mais il ne sut si c'était parce qu'elle avait lu ses pensées ou si elle le faisait en signe de reconnaissance pour sa dernière suggestion.

"Nous en ferons ainsi. Merci, messire Nuit, vous pouvez disposer, déclara-t-elle en lui donnant son salaire pour son effort. Herstaal, vous pouvez ouvrir la porte. J'emboîte le pas. J'en ai des frissons... Pas vous ?"


Mais Nuit, ancien espion du roi, avait déjà disparu. D'autres missions requéraient son expertise, et d'autres bourses attendaient d'être reçues. Mais ni Herstaal ni Judith ne pensaient à lui actuellement, tandis que tout les clients de la taverne voyait le noble en armure et la femme en tenue noire entrer dans la salle.

"Mon cher monsieur
, commença-t-elle en s'asseyant à côté d'Arthur, tandis que Herstaal chassait les roturiers. L'on utilisait autrefois un dicton en ces belles contrées de Sainte-Berthilde, que l'on aimait attribuer à un fameux pirate mécan, né non loin d'Eyroles..."

Elle fit signe au tenancier de lui servir un verre de vin.

"Les morts ne mentent pas, avait-il dit. Ceci dit, pardonnez mon manque de délicatesse. La... Nouvelle de votre présence ici m'a prise au dépourvu, et je n'ai pu trouver phrase d'introduction satisfaisante sur la route depuis Cantharel. Je suis Judith d'Hardancour, marquise de Sainte-Berthilde, et je viens en amie. Une amie qui voudrait comprendre de quoi et de qui vous vous cachez, vous, l'un des derniers symboles vivants d'une Humanité autrefois unie."
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Arthur
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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Sam 28 Mai 2016 - 5:48

« Les morts ne mentent pas… Mais il est rare qu’ils nous répondent. » Ceci n’était pas du tout un message qu’il lui envoyait, il allait lui répondre, ça ne lui posait pas de souci. « Pour ce qui est de votre manque de délicatesse, ma foi, se serait à ces pauvres bougres ainsi mit à la porte qu’il faudrait les présenter, je n’ai pas l’impression d’avoir été malmené, jusqu’à présent. » Il jeta un œil au chevalier l’accompagnant, et supposa la présence normale d’une escorte plus nombreuse. Il se leva doucement, pour ne pas inciter l’homme d’arme à réagir trop brutalement, et se mit à marcher vers une des tables voisines, où les clients avaient été en pleine partie.

Il se tourna un instant vers elle, une chose lui trottait encore dans la tête avant de pouvoir se consacrer complètement à elle, ce qui pourrait sembler une hérésie pour son compagnon. S’était-il éloigné à ce point du grand monde pour avoir ainsi oublié ses manières ? Possible.

« Je suis enchanté de vous rencontrer, quoique surpris d’avoir l’honneur de vous voir vous déplacer pour moi. » Il acheva de rejoindre l’autre table et se contenta de retourner le jeu de cartes de l’un des participants, et sous son masque, sourit en ayant vu juste. L’homme bluffait plutôt bien, et s’il avait pu fini, il aurait plumé son ami, avant de payer une tournée. Oui, c’était juste ça qui lui occupait l’esprit, depuis le début de la soirée, il observait les cinq compères jouer, et il avait voulu savoir comment cette histoire se serait terminée.

Là-dessus, il cessa d’être ailleurs, et pu en revenir à la marquise, dont certains mots le firent sourire, et en même temps, il savait où elle voulait en venir, du moins, quel chemin elle semblait vouloir prendre avec ces mots…
Un symbole vivant d’une humanité unie. Une formule imprécise et incorrecte, pour qui a autant voyagé, mais il savait ce qu’elle voulait dire… Aujourd’hui, pour ce qu’il en savait, ce qui fut le Royaume de Diantra, la « Péninsule », était éclatée, mis en pièce par les guerres de pouvoirs et de révoltes. Il était l’un des rares à avoir participé à un pouvoir royal régnant sur l’ensemble des duchés et marquisats. Et quand bien même des barons s’unirent pour faire tomber la Couronne, que des ducs se mirent à rêver d’un royaume, le pouvoir su l’emporter et tint encore des années durant. Aujourd’hui, pour ce qu’il en savait, il ne restait qu’un mirage, un nourrisson évoquant un souvenir vague des Fiiram, mort pour les uns, figure de proue pour les autres, où fils d’un régicide indigne d’une couronne qu’ils ne voulaient pas au-dessus d’eux pour les derniers.
Il y avait une paix fragile née de la nécessité de l’ensemble des parties de se remettre des guerres précédentes, mais ils verseraient à nouveau le sang, tôt ou tard, et c’est sur une pile de cadavres qu’un trône serait dressé, à supposer qu’ils parviennent à se départager.

Quand il fut réinstallé face à la marquise, il décida de lui répondre… Les morts ne mentent pas, hein ? Alors il serait sincère et dirait la vérité, il était découvert, nulle raison de jouer un jeu qu’il ne pratiquait pas, de toute façon.

« Vous semblez croire que je me cache, pourquoi ? » Il laissa un temps, où il sembla réfléchir, et d’un coup, comme frappé par la grâce, il se toucha le front. « Mais oui ! Le masque ! » C’était un peu gros, mais que voulez-vous, il faut parfois se contenter de la solution la plus simple plutôt que de se perdre dans les méandres d’une manière confuse.

« Un masque sert-il nécessairement à se cacher ? Comme noble, vous connaissez la nécessité des apparences, le jeu des faux semblants. Une telle pratique est-elle différente d’un tel accessoire ? Personnellement, je ne l’ai jamais cru, l’accessoire a même pour lui d’être honnête, il joue franc jeu, ne s’en cache pas, justement. » Cela l’amusait, oui, mais pas au dépend de la marquise, il naviguait simplement dans ses souvenirs… Un bal masqué, dans le Soltaar… Où il s’était amusé à pousser plus loin, quand chacun gardait une part d’eux-mêmes. La première occasion qu’il eut de discuter avec celle qui devint plus tard une dragonnière, d’ailleurs.

« Pour vous répondre, et puisque les morts ne mentent pas… » Il ôta le masque, qu’il posa devant lui, sur la table, jouant avec les symboles, il serait cet autre, cet homme du passé qu’elle suggérait un symbole vivant… qui ne l’était plus, pour lui. « C’est un mort qui s’adressera à vous. »

« Ce qui fut ma vie d’antan, je l’ai perdu… Roi, amis, épouse, les titres que j’ai pu posséder, les terres qu’on me confia, la famille à laquelle j’avais consacré une vie entière, irrémédiablement perdu. » Il n’y avait plus de tristesse, il avait passé un cap, il avait fini par l’accepter, se délestant d’une charge qui, sinon, l’aurait empêché de poursuivre. « Moi-même, je me suis perdu, ou bien ai-je simplement poursuivi sur le chemin qui se présentait, et qui m’éloigne de celui que je fus. Arthur de Melasinir fut l’héritier d’une digne famille de chevaliers, serviteurs des ducs d’Erac depuis de nombreuses générations, le conseiller de la couronne, le baron d’Ancenis. A bien des égards, il honora finalement son nom, l’auréola. N’est-il pas une meilleure conclusion que de dire qu’il disparut avec son roi et d’en rester là, plutôt que d’y ajouter qu’il devint un vagabond, renonçant à sa noblesse pour poursuivre une idée folle ? » Elle comprendrait, il voulait le croire, la noblesse donne de l’importance aux noms, à l’héritage, à l’image qu’ils véhiculent, alors elle comprendrait. « Avec ce masque, je suis un autre, je n’entache pas davantage mon nom et son histoire, c’est mieux ainsi, vous ne croyez pas ? »

C’était aussi bête que cela, il n’y avait pas d’autre adversaire que lui-même, d’autre menace dont il voulait se cacher que son propre idéal. Il aurait peut-être davantage plu à cette noble d’en faire un martyre persécuté, mais les morts ne mentent pas, n’est-ce pas ?

« Est-ce que cela permet à cette amie de comprendre ? »
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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Sam 28 Mai 2016 - 19:46



"Je mentirai si je prétendais comprendre toutes vos motivations, concéda la dame en noir,mais croyez bien que je les respecte. Vous voulez agir à votre guise et sans subir nul jugement... C'est une vie que beaucoup envieraient."

Durant toute la discussion, elle avait observé l'homme.Judith n'était point physionomiste, mais elle ne pouvait dénier à l'homme son port altier. Presque joueur, avec un léger soupçon de condescendance, et bien trop théâtral, son air était celui d'un homme intelligent, se servant d'un manteau d'ironie comme protection contre l'absurdité de la vie. Judith s'essaya à imaginer, l'espace d'une seconde, une vie semblable, un masque et sans attaches. Elle ne le put. S'il fut un temps où elle rêvait vivre une vie champêtre et d'aventures, la marquise se plaisait à répondre à ses lettres et à lire ses livres. Et depuis la mort de son fils aîné, il n'y avait plus de rêves. Projets et objectifs, plans et travaux avaient supplanté l'imagination abstraite et les lubies distrayantes. Mais peut-être que...


"Vous êtes bien plus modeste que ce que vous voulez nous faire croire, mon ami. Les héros de notre imaginaire sont rarement rois et barons. Souvent sont-ils amnésique, afin de se remémorer à la fin leur royale lignée... Mais vous n'êtes pas un personnage de conte de fée. Ni même un personnage de théâtre, n'en déplaise à vos talents."


Les paroles venaient à elles comme l'eau venait à un moulin. Tout était clair. Cette rencontre n'était sûrement pas due au hasard... Cela faisait plusieurs mois qu'elle tâtonnait dans le vide, et en fait trouvait-elle une solution à son questionnement. La fin à un cycle de faux rois à la légitimité auto-proclamée pouvait s'achever ici et là, pourvu qu'elle trouvât les bons mots.


"Ce qui m'amène à la raison de ma visite. La route a été longue; et si je n'ai pas trouvé d'introduction adéquate, c'est également parce que j'avais autre chose sur quoi méditer en arrivant ici. Je ne suis point venue avec la certitude que vous fussiez traqué par une force ésotérique qui veut dépecer chaque symbole du vieux Royaume, vivant, mort ou inanimé. Nous autres nobles excellons déjà à cela. Non. Je suis venue ici car les seules personnes susceptible de m'aider en Péninsule se comptent sur les doigts d'une main. Je méditais encore les différentes alternatives alors, mais dès que j'ai reçu la nouvelle de votre présence ici, j'ai été forcée de prendre une décision rapide."

Elle leva un index brusquement, avant de le poser brusquement sur ses propres lèvres.

"Je vais aller droit au but. Il y a maintenant un moment de cela, l'héritier Fiiram, le prince Eliam, a disparu, mon beau-cousin par alliance, Aetius d'Ivrey... Ainsi que le reste d'une tour renfermant un savoir magique millénaire. Cet accident est resté sans suite. Jusqu'à des jours récents, où un fou se donna la mort dans un hospice néerite, à Diantra."


Le tenancier posa un verre de vin devant la Marquise, qui y trempa ses lèvres.

"L'histoire aurait pu s'arrêter là. Un fou qui se suicide n'est point chose étrange. Mais un fou qui arrive à faire disparaître la partie inférieure de son corps jusqu'à ses poumons... Disons que cela n'est point commun. Mais même ainsi, occupée comme je l'étais, je n'accordai point d'attention à l'affaire, jusqu'à ce que ma curiosité ne fut piquée en entendant que le suicidé avait été témoin de la disparition du fils Fiiram, raison de sa folie. Profitant du chaos qui régne à Diantra, j'y ai profité pour y envoyer quelques hommes enquêter, et voilà mes trouvailles. L'homme était arrivé à l'hospice en ne cessant de répéter deux mots, les deux mêmes mots, des mois durant, qu'il était allé jusqu'à les marquer sur sa propre chair. Oeil Bleu. Il possédait également un livre."


Elle fit un signe à Herstaal, qui, d'une sacoche, sortit un épais livre relié de cuir rouge.

"Réflexions sur la résidualité de la magie et sur les arcanes propres à la dévoiler,
lit-elle à voix haute. A en juger par le titre du livre et par sa teneur, Cet homme tentait de reproduire le phénomène ayant conduit à la disparition d'Aetius d'Ivrey. Ce qui veut dire qu'Aetius, et plus important pour nous tous, Eliam, Roi et fils du Roi votre ami... N'est peut-être pas encore perdu. Lorsque je trouverai la signification et la teneur de cet 'Oeil Bleu', Il nous faudra deviser d'un moyen de secourir les disparus. Nous aurons besoin de braves et de visages familiers et réconfortant, et sur le long terme, d'une épaule amie et loyale sur qui le Roi devra se reposer. Je suis venue donc pour vous proposer un choix."

Judith posa le livre à côté du masque.

"Eliam aura besoin d'une main amie pour le secourir, et d'une épaule loyale pour le conseiller. Et si Eliam se fait régenter, il aura besoin d'une voix dévouée pour faire valoir les intérêts du Royaume. Je ne suis qu'une femme de campagne qui tente de se frayer un chemin parmi les grands, messire Arthur. Je ne puis prétendre à être le Champion du Roi. Vous, si. Aidez-moi à sauver la Péninsule, Arthur. Aidez-moi à sauver le roi."
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Arthur
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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Sam 28 Mai 2016 - 21:48

Et en cet instant, il aurait voulu que Monarth soit à ses côtés… Il l’aurait aidé, supporté tandis qu’il lui semblait perdre un peu pied. Peu de choses pouvaient encore l’affecter, mais ce qu’elle venait de lui apprendre, quand bien même ça n’était qu’une idée qu’elle avait formulé à partir de quelques faisceau d’indices, cela en faisait partie.

Mais à mesure que les mots défilaient, qu’il les intégrait aussi bien que possible au tableau qu’elle peignait, un curieux sentiment lui vint. Il écouta, se raccrochant à ce qu’il pouvait pour ne pas décrocher et perdre le fil, et laisser s’échapper quelques détails susceptibles de lui servir…
Dans cette veine, l’idée qu’Aetius puisse être retrouvé suscita chez lui quelques intentions dont il tairait le contenu à la marquise, ignorant son point du vue de ce triste personnage.

Le récit lui-même, les détails, il les écarta, se reposant sur les intentions que dégageait la dame devant lui. Elle semblait sincère, et porteuses d’une volonté louable d’améliorer les choses… Pour autant, il n’était pas dupe, et si il savait peu de choses des actuels hommes et femmes au pouvoir, il savait tout de même que son époux le Marquis de Sainte-Berthilde était surnommé l’Effroyable, et traînant une réputation brutale… Cela, il devait le garder à l’esprit… Les hommes et femmes de bonnes intentions peuvent provoquer pire en croyant faire au mieux.

Quand elle eut terminé, il se borna au silence, fermant les yeux, réfléchissant… Intégrant ce qu’elle lui avait appris à ce qu’il savait… Quelle réponse apportée ? Autrefois, il n’aurait que peu hésité, car son devoir, ses engagements allaient à cette famille. Mais il n’était plus cet homme. Il se considérait libéré de ses obligations, et soumis à de nouvelles. Vis-à-vis de celle qu’il s’était choisi, ses idéaux et principes en tête, et celle qui était apparue, comme ce dragon dont la Gardienne avait confié la garde. Cet avenir-là comptait pour lui davantage que celui de la Péninsule, qu’elle avait l’audace de prétendre sur ses épaules.

« La Péninsule peut-elle seulement être sauvée, Madame ? » Furent finalement les premiers mots qu’il choisit de prononcer. Ils étaient durs, et il allait s’en expliquer, mais il avait décidé de ne pas mentir, d’être franc… Les morts ne mentent pas, c’était presque un vœu qu’elle avait prononcé, et il allait l’exaucer, pour le meilleur et le pire.

« Retrouver un jeune garçon ne changera pas les hommes actuels, qui sont la source de tous les maux que connait la région. Dans le meilleur des cas, il repoussera l’inévitable, mais son apparition provoquera une guerre. » Qu’elle vienne de ceux qui auront gagné les premiers ses faveurs et le conduiront sur ce sentier ou de ceux qui, n’y ayant pas trouvé leur compte, invoqueront la tromperie et se soulèveront, une guerre semblait aussi inévitable que celle qui couve déjà.

« Et dans cette histoire qui se profile, vous minimisez votre importance et grossissez exagérément la mienne, usant de flatterie pour me convaincre que je suis l’homme de la situation… Le sauveur providentiel. » Là-dessus, il était plus critique, il n’avait pas apprécié la manœuvre. « Je ne suis pas cet homme, Madame, et je ne veux pas le devenir, je ne veux pas de cette responsabilité, de la culpabilité qui en découlera… Je ne sacrifierais, ni la vie que je me suis choisis, ni les idéaux et principes qui sont les miens, ni ne mettrait en péril les engagements que j’ai prononcé pour épargner aux puissants irresponsables, incapable de réfréner leurs appétits, d’assumer la  pleine conséquence de leurs actes devant les Dieux. »

Il était regrettable que des innocents aient à payer de leurs vies pour qu’un jour soit puni les coupables, mais il était insignifiant dans cette histoire, et qu’importe combien elle tentait de flatter son ego, ou faire jouer son sens des responsabilités, il n’était pas idiot ou naïf. Toutefois, il n’allait pas simplement tout refuser d’un bloc.

« Aussi vous aiderais-je à retrouver Eliam, si il y a une petite chance de le faire » Et accessoirement tuerait-il pour de bon Aetius si ce dernier devait également en revenir. « par égard pour celui qui fut mon ami, mais je ne ferais pas plus, je ne suis revenu en Péninsule que pour régler les dettes que j’ai contracté... Considérez ceci comme un bonus, la modeste contribution d’un vagabond à cet ambitieux chantier qu’est le sauvetage des royaumes humains. »

Elle serait déçue, mais espérait-elle réellement le convaincre en le faisant passer pour le héros en devenir sur lequel reposait l’avenir de la Péninsule ? C’était un peu trop gros, non ?
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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Dim 12 Juin 2016 - 14:24


Un peu trop gros, sans doute, mais bien moins éloigné de la vérité que le voudrait le cynisme. Il serait bien évidemment naïf de croire qu'il n'y avait point de contrepartie, mais Judith ne trouvait aucune utilité à la mentionner pour l'instant, car il s'agissait pour l'instant de sauver le Roi, après tout.

"Cette analyse de mes intentions peut sembler très correcte au premier abord, mais vous aurez tout le temps de la mettre à l'épreuve. Quant à faire plus que sauver le Roi... A votre place, je me garderai le temps de reconsidérer l'option une fois cette quête terminée. Passons aux choses concrètes."

Judith repris le livre rouge, et le tendit à Herstaal qui le rangea aussitôt dans sa sacoche, avant de s'asseoir sur une chaise, les coudes sur la table et les mains croisées sous son menton, fixant tour à tour le masque, puis l'homme qui l'avait porté.

"Ainsi que je l'ai déjà expliqué, ma marge de manœuvre est très limitée, tant en influence qu'en temps imparti, et ce pour diverses raisons, la principale étant que mon mari Godfroy n'est pas au courant de cela."


Judith entretenait avec son ombrageux époux un accord tacite de non-ingérence dans ses affaires personnelles. Elle pouvait donc agir selon bon lui semblait pourvu d'avoir l'aval de son époux. Or la course au pouvoir de Godfroy et cette quête allaient directement en opposition. Retrouver le fils de Trystan ? Celui qui avait promis le marquis aux Saint-Aimé avant de le confier à une autre ? Son époux lui aurait ri au nez, et elle le savait bien. Mais l'immobilisme de tout ceux que Godfroy avait d'ores et déjà contacté était assez ennuyeux. Le Médian gardait ses réserves, et bien que le Langehack affirmait un relatif soutien, elle ne savait quoi penser du mari de Méliane. Restaient Serramire, Odélian, Soltariel. Odélian ne saurait être un parti déterminant, et le Soltaar serait le principal opposant à un roi autre que Bohémond. Et bien que Serramire et Sainte-Berthilde entretinssent des relations cordiales... L'équation possédait bien trop d'inconnues pour être confiant sur l'accession de Godfroy à la royauté. Mais avec Eliam roi, le raisonnement pourrait complètement changer. Mais alors, que pourrait-elle bien gagner dans cette affaire ?

La marquise reprit en souriant.

"C'est pourquoi je ne puis vous laisser partir seul dans cette aventure. Je pense déjà à quelqu'un pour vous assister, néanmoins, une coterie de quelques hommes nobles et valeureux nous sera bien utile. Et quoi de mieux pour juger de la valeur d'un homme que le grand tournoi organisé par le sire de Brochant, à Serramire... Ce qui, en terme de temps... Nous laisse environ trois à quatre ennéades. D'ici là, je m'emploierai également à trouver un mage qui pourrait nous aider à résoudre cette énigme de l'Oeil Bleu. Soyez libres de régler vos affaires personnelles avant, mais sachez que Cantharel sera ouverte à celui qui portera ce...masque"
, conclut-t-elle en appuyant sur le dernier mot d'un sourire amusé.

Car il était des masques bien plus impénétrables que celui des arlequins, et elle le savait pour elle-même. Herstaal entra dans la salle où s'était réfugié le tenancier après avoir servi le vin, et le dédommagea, tandis que Judith restait à attendre la décision finale d'Arthur.

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Arthur
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MessageSujet: Re: Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]   Mar 14 Juin 2016 - 17:37

Etait-il réellement nécessaire de creuser davantage les intentions de la jeune femme ? De les éprouver, de chercher à en discerner les véritables contours ? Il pouvait le faire, mais pensait-elle qu’il serait convaincu par ce qu’il découvrirait ? Mieux valait, probablement, qu’il s’abstienne… Sans quoi, la conclusion finale, quoiqu’il arrive, serait toute trouvée. D’une façon ou d’une autre, elle y chercherait un intérêt personnel supérieur à l’intérêt commun qu’elle invoquerait… Et si ça n’était pas elle, ça serait son époux, qui, devant le fait accompli tenterait d’en tirer le plus grand profit…
Dans tous les cas, à ses yeux tout du moins, il n’y avait pas d’avenir satisfaisant pour le jeune garçon, mais quelle valeur au regard d’un idéaliste, conscient de sa nature aberrante ? Non, mieux valait-il ne pas creuser… Il le ramènerait, mais s’en tiendrait là.

« Une condition tout de même… Jamais vous ne me mentionnerez, pas même pour rajouter un semblant de crédit à cette histoire. Arthur de Melasinir est mort, que la chose soit dite, aussi ne pourra-t-il pas reconnaître en le jeune homme que nous ramènerons, si cela se termine ainsi, le Prince Eliam, fils de son roi et ami, de son souvenir. »

Il ne voulait pas se trouver associer à ce qui arriverait, il avait renoncé à son nom précisément pour ne pas l’entacher, et cette histoire ne ferait pas exception.

« Si ce dernier point est clair dans votre esprit » Il ne posait même pas la question de savoir si cela lui convenait, ça n’était pas un point négociable… « il semble que nous puissions faire affaires… » Oui, affaires…

« Vous comprendrez qu’un homme dans ma situation ne peut œuvrer sans contrepartie… » Il ne pouvait se nourrir avec le seul sentiment d’avoir accompli une chose juste, et même si il l’avait laissé de côté pour courir après un dragon, il s’était fait mercenaire, et refusait la gloire ou tout profit « publique », la contrepartie était évidente. « Et je ne me reposerais pas sur votre seule bonne foi à la conclusion, positive ou non, de cette quête, pour m’assurer d’un gain dans cette histoire. » Non pas qu’il soit nécessairement à courir après l’or, mais il se projetait déjà vers l’avant… Tôt ou tard, quand le dragon sera en âge de chasser par lui-même, il avait l’intention de repartir vers l’Est. Il lui faudrait avoir réuni une somme suffisante pour acheter la traversée autant que d’éventuelles garanties pour s’épargner de passer par l’Aduram, et donc, succès ou échec, la certitude que le temps investit ne soit pas perdue. « Mais si nous sommes d’accord sur le principe, nous aurons tout le temps de nous accorder sur la somme plus tard, je vous laisse estimer la valeur de mes services. »

Il allait devoir se préparer, et peut-être envisager un départ de la Péninsule plus… précipité, ainsi qu’une ou plusieurs options de repli pour disparaître. Il lui faudrait accepter de se mêler à d’autres hommes auxquels il accordait peu de crédit, et il ne pourrait pas éternellement cacher son dragon, exigeant de sa part une attention au quotidien, aussi fallait-il être prêt à se défendre et à tuer, si ces derniers se montraient trop… intéressés.

« Vous laisserez un message à ce tenancier, d’ici trois ou quatre ennéades, j’y passerais régulièrement jusqu’à ce que vous soyez prête. »

En gros, et quand bien même il appréciait l’invitation, il s’épargnerait un séjour dans une grande cité. Il disparaitrait dans les terres jusqu’à ce que le moment soit venu. Conscient qu’il avait laissé de côté la dimension idéaliste pour quelque chose de plus pragmatique et froid… Mais que voulez-vous, il avait beau être idéaliste, il n’en était pas pour autant naïf.
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Lorsque le Passé nous rattrape... [Judith]
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