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 Sur quel pied danser ? [Réunion des Grands du Duché]

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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Sur quel pied danser ? [Réunion des Grands du Duché]   Mar 24 Mai 2016 - 22:01


« Allons messeigneurs ! Un peu de tenue, l’heure est grave ! »

Guilhem de Tall se rassit doucement, le visage méprisant, mais aussi calme qu’une mer sans vent. En face de lui, Alcion d’Amderran, totalement maître de lui-même, qui fixait le Seigneur de Tall avec une légère lueur dans l’œil. L’échange avait été houleux, mais les deux Grands de Langehack devaient se calmer, car ils n’étaient pas seuls sur cette grande table rectangulaire. A l’avant de celle-ci, présidant l’auguste assemblée, Luther de Bone, Intendant du Palais, se tenait droit comme un i, vélin à la main. A sa droite étaient respectivement assis ; Walter d’Ausal, Intendant de Léliande, Ashal d’Amderran, Amiral du Duché, et Alcion son frère, Grand Argentier. A gauche, Uthar de Brevise le Grand Chambellan, et Guilhem de Tall, Grand Escuyer. Absent de la réunion, le sénéchal d’Olside avait laissé son siège vide, pour aller à Diantra. Trop affaiblie, la Duchesse Méliane était restée dans ses appartements, clouée au lit, alors que le conseil se déroulait dans une salle annexe.

Alors que des serviteurs prodiguaient vin et pâtisseries aux grands seigneurs de Langehack, la plupart se regardaient en chiens de faïence. Le regard d’Uthar faisait l’aller-retour entre Guilhem et les frères Amderran, tandis que Walter tentait d’ignorer ceux que lui lançait Ashal. Guilhem était d’une humeur massacrante en ce jour, et ce depuis qu’il avait appris la terrible nouvelle leur parvenant de l’ancienne Capitale des Hommes. Tels deux aspics, les frères Amderran, quant à eux, jaugeaient froidement leurs compagnons de table. Uthar de Brevise était maussade, préférant la compagnie de son gobelet à celle des autres sires, bien qu’il fut bien obligé de rester à la réunion… En réalité, dans tout ce tas de nerfs et de ressentiments, Walter d’Ausal détonnait un peu. Le visage apaisé, l’œil vif, il semblait être à des ennéades de toute confrontation comme celle qui se déroulait silencieusement dans la salle.

Luther de Bone, profitant du calme relatif s’étant installé, continua.

« Comme vous le savez, des nouvelles inquiétantes nous sont parvenues de Diantra. Nos sources ont déclaré que le Duc Oschide serait tombé… dans le coma. »

Guilhem fit un peu plus la moue, tandis qu’Uthar soupirait brièvement.

« En cette heure sombre à laquelle notre propre Duc est inconscient, et à laquelle notre bien-aimée Duchesse Méliane est affaiblie par sa grossesse, le sire d’Olside a décidé de partir pour la Cité des Hommes. Néanmoins, si je vous ai réunis tous ici, c’est parce que certaines choses doivent être discutées… »

Walter se recala sur son siège, et dit :

« Comme, par exemple, la sempiternelle question que vous nous posez à chaque réunion, sire de Bone ? »

Alcion ricana, et Guilhem lui jeta un regard noir. Ce dernier se tourna ensuite vers Walter, impassible.

« Ce n’est pas seulement une bête question, une simple problématique, sieur d’Ausal. Non, c’est vital, et vous le savez fort bien. Quel avenir pour le Langecin, s’il ne peut même pas se prononcer sur une allégeance claire ? »

Uthar acquiesça, mais Alcion d’Amderran leva la main, avant de dire sur un ton très léger :

« Vous avez jeté à bas notre meilleure allégeance possible, le jour où vous avez suivi le Duc dans sa décision de cracher sur Harold du Lyron. Il aurait pu être roi. Et nous aurions dès lors pu nous tailler la part du lion ! »

Uthar partit dans un grand rire, qui s’étouffa peu à peu alors que son vieux souffle ne pouvait supporter davantage de puissance dans sa gorge. Il but un peu de vin, avant de dire :

« Allons bon, mon cher Alcion. Harold a insulté notre suzerain, et en faisant ainsi, il nous a tous insulté. Qui plus est, où se trouve le Lyron, maintenant ? Terré dans le fond de son lit, c’est ainsi que vous voyiez le futur Roi des Hommes ? »

Alcion perdit son petit sourire narquois. Ce fut son frère qui répondit.

« De toute façon, Harold et le Royaume, c’est du passé. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que cette histoire de Ligue est une vaste blague… »

Uthar devait bien l’admettre, et hocha la tête. Mais Guilhem resta silencieux. Il n’aimait pas approuver les paroles d’un serpent comme Ashal. Il digérait encore mal que ce dernier soit devenu l’amiral, au détriment d’Enrico di Montecale, qui ne pouvait plus vraiment prétendre au titre. Si Guilhem ne portait pas forcément cet opportuniste soltari de la dernière heure dans son cœur, il avait l’immense qualité de ne pas être un foutu Amderran. Muré dans son silence, il croisa les bras, attendant la fin de la discussion. Pourtant, celle-ci commença à s’amplifier, à mesure que chacun défendait ses véritables positions politiques. Ashal était le plus véhément.

« Et dire que vous aviez fricoté avec l’Ogre du Médian… Regardez-le à présent, moribond blanchâtre qui se contente de miettes alors qu’il a volé le pain ! Le Royaume aurait pu lui appartenir, mais Néera ne le voulait pas. »

Guilhem frappa du poing sur la table.

« Ignorant ! La Haute-Prêtresse a été désavouée par le clergé ! Et Harold s’étouffe dans ses remèdes et ses sueurs froides, pendant qu’une bande de hobereaux expérimente un odieux projet politique ! Était-ce là, le puissant Roi que vous recherchiez ? »


Luther de Bone cogna de son godet en métal la table à plusieurs reprises, élevant la voix.

« Il suffit ! Du calme, messeigneurs, du calme ! Allons, mettons donc nos différends de côté ! Nous palabrons, alors que Langehack est à un tournant de son histoire ! Au lieu de se jeter mutuellement la pierre à la figure, tentons de trouver une solution viable pour tous ! »


« Viable pour tous ? »

Tous se retournèrent. C’était Walter qui venait de parler. Cet homme était resté calme durant l’échange houleux entre tous les autres nobles. Et là, après avoir englouti une délicieuse part de tarte missédoise, il se décidait enfin à s’exprimer.

« Nous savons que le Royaume du Médian est mort dans l’œuf. Que Nimmio a accepté son destin, que Harold est faiblard, et que rejoindre la Ligue serait un outrage. Après tout, les Cinq eux-mêmes ne nous ont-ils pas donné des Rois et des Reines, depuis des temps immémoriaux ? »

Tous se regardèrent. Puis, ils acquiescèrent. Uthar plissa les yeux, souhaitant entendre la suite. Walter, prit d’un soudain élan de courage en voyant que tous l’écoutaient sans rien dire, se levant, posant les mains sur la table.

« A l’heure actuelle, Langehack n’a pas de camp. Ça ne l’empêche pas d’être gagnant. Dois-je rappeler que votre prédécesseur, messire Ashal, a conquis avec brio l’archipel de Nelen ? Ou que nos fiers alliés de Missède ont capturé le manoir d’Edelys, et occupent les terres alentours ? Mieux encore, nous possédons les clés de la ville de Diantra elle-même ! Bon, certes, elle pose des problèmes. Mais symboliquement, nous ne pouvions rêver meilleure position ! Nous n’avons pas perdu une seule bataille, ni une seule guerre. Nous commerçons avec tout le monde, et les Duchés péninsulaires souhaiteraient nous avoir comme alliés ! Alors, si cette solution viable, était de rester ainsi pour le moment ? Nous n’avons aucun problème, en réalité ! »

Un grand silence parcourut la salle après ça, alors que tous le regardaient en arquant un sourcil. Même Guilhem, d’habitude inexpressif, le regardait de travers. Luther de Bone, alors, lui intima de s’asseoir, ce que Walter fit sans poser de question, quoiqu’un peu plus penaud.

« Monseigneur, loin de moi l’idée de vous manquer de respect. Mais ce que vous venez de nous pondre est… hors de propos. Nous ne cherchons pas à rester éternellement neutres. Cela nous réussit bien, en effet. Pour l’instant. Pourtant, il nous faudra prendre parti tôt ou tard… »


Uthar leva le doigt.

« Et je gage que ce sera avec le Sud ! Nous négocions déjà avec eux, et c’est le choix le plus logique. Tout le monde sait que le véritable détenteur du pouvoir là-bas, c’est le père de son Altesse, Arichis d’Anoszia ! »

Alcion grinça des dents.

« Et cette ordure de Princillon mervalois… »

Uthar grogna.

« J’avais réussi à l’oublier, celui-là… Peut-on faire confiance à un homme qui nous a ainsi tourné le dos ? »

Luther de Bone réfléchit un instant.

« Rappelez-vous qu’il avait également une charge royale… Il servait d’abord Bohémond, avant d’être vassal de notre Duché. Sa fidélité au Roi fut plus grande… peut-on l’en blâmer ? »

Guilhem gronda. Alcion, quant à lui, hocha doucement la tête.

« Cela me fait un peu mal de l’admettre, mais vous marquez un point, intendant. »


Luther de Bone sourit.

« Alors, messeigneurs. Je vais demander aux serviteurs quelques nouveaux rafraîchissements. Après cela, nous nous remettrons au travail. »


Tous acquiescèrent. Tous venaient de trouver une voie commune plus ou moins praticable. Ils pouvaient en parler sans réellement trop diverger de l’avis de l’autre. Du moins, en théorie. Car les fondations de Langehack, rongées par le fiel des ambitions personnelles et des inimitiés entre lignages, étaient plus divisées qu’il n’y paraissait au premier coup d’œil…
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