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 Où l'Oesgardie retourne au sérail.

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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Où l'Oesgardie retourne au sérail.   Où l'Oesgardie retourne au sérail. I_icon_minitimeSam 28 Mai 2016 - 21:56

4ème jour de la 5ère énéade de Verimios, 8ème année du 11ème cycle.

Une fois de plus, l'inexpugnable Oesgard voyait une armée étrangère passer ses portes. C'est qu'une fois de plus, on les leur avait ouvertes. Toutes flétries, réduites au plus extrême dénuement qu'elles étaient, les milices oesgardiennes auraient assurément pu tenir la ville, dont on disait qu'elle pouvait être défendue à un contre dix. Pourtant, lorsqu'au petit matin, l'ost serramirois, entouré de ses alliés, avait paru à l'horizon, il n'avait pas été accueilli par des volées de viretons, mais par des vantaux grands ouverts.

Il aurait toutefois été présomptueux de parler de triomphe. Harassée, épuisée par le labeur guerrier qui avait accompagné le règne des Falkenberg, Oesgard avait rendu les armes de mauvaise grâce. On savait son peuple opiniâtre, et à l'évidence, les mois de guerre seuls avaient su venir à bout du désamour local pour le suzerain serramirois. C'est la contrainte, engendrée et accrue à chaque revers du parti royaliste, qui achevait de faire plier les pourtant réputés inflexibles habitants de la cité. Oesgard, comme une putain assaillie de toute part, quoi qu'acariâtre, se rendait.

Les ambassades entrèrent ainsi sans pompe ni fanfare dans une cité dont les volets demeuraient clos, et dont les habitants avaient déserté les rues. Ce désamour trouvait-il sa source dans la rancœur tenace envers le voisin serramirois, ou la seule peur de voir le moindre morceau de pain happé par cette ogre fait armée ? Quoi qu'il en soit, celle-ci n'eut d'autre choix que de rester sur sa faim, et au copieux banquet que l'on avait promis aux vainqueurs s'étaient substituées les rations militaires.

Malgré la franche hostilité envers l'ost assemblé sous les murs, on trouvait toutefois encore quelque instant d'humanité entre ces peuples. Le va-et-viens des putains sur la Bir Maark témoignait ainsi du seul lien qui unissait encore les gens. Hélas, après la première journée, on dénota une certaines réticence à battre le pavé chez ces parangon d'ouverture. C'est que dans la nuit, il s'était trouvé quelque coquillard bien patriote pour tondre les donzelles.

C'est dans cette ambiance d'amour œcuménique que n'aurait certainement pas renié le baron Baudoin qu'Aymeric, depuis son arrivée, négociait dans la citadelle d'Oesgard, loin des turpitudes de la rue, mais au plus près des intrigues de château. C'est que dans ce dernier, à l'instar de la populace, tous n'approuvaient pas le retour en force du parrain serramirois. Ainsi, après trois jours de palabres, l'ambassade menée par Aymeric descendit à nouveau de la citadelle oesgardienne avec de vagues promesses pour seul résultat.

Gagnant l'hôtel particulier où lui et ses hommes avaient établi leurs quartiers, le marquis fit rassembler son conseil de guerre. On retrouvait là les habituels compagnons d'Aymeric : son fils, qui l'avait suivi tout le long du conflit, son frère, les hommes de la maison Versmilia, ainsi que plusieurs autres bannerets serramirois, que la récente entrevue avec le Primat d'Oesgard avait passablement échaudé.

"La peste soit de ce vieillard! Combien de temps lui faudra-t-il pour reconnaître sa défaite et plier le genou ? Des semaines ? Des mois ?
- Et sa manière d'en référer à son Roi, parbleu! La seule mention est une insulte, pas étonnant qu'il se garde bien de nous montrer la personne.
- Le Primat tient son neveu sous bonne garde car c'est son seul atout. Tant qu'il le contrôle, il sera en mesure de nous accorder ou nous refuser ce que nous sommes venus chercher.
- Alors pourquoi ne pas nous en emparer, mon oncle ? Donnez moi l'ordre, et j'emporterais avec un plaisir certain la citadelle d'Oesgard!
- Silence, Nestor, le marquis n'a que faire de tes rodomontades. Imbert nous a peut-être ouvert sa ville, mais il a encore bien assez d'hommes pour rester maître de son château. La seule gloire que tu récolteras sera un carreau dans la poitrine.
- Là n'est pas la question, Roland. Nous avons passé les portes d'Oesgard en tant que héros. Nous sommes le fléau des puysards, et je suis le suzerain légitime du baron - pourvu qu'il plie le genou. Je n'entends pas bouter le feu une fois de plus à la ville d'un de mes vassaux.
- Pourvu qu'il plie le genou, lâcha laconiquement Evrard.
- Ils le feront. Le Primat peut gagner le temps qu'il souhaite, il est dos au mur. Ses armées ont été saignées à blanc, ses châteaux conquis. Que peut nous opposer ce vieux fou ?
- Si vous me le pardonnez, mon oncle, Krahof est toujours fidèle aux Falkenberg, et de Flourens, leur connétable, nous n'avons aucune nouvelle.
- Je n'en suis que trop conscient, neveu ; cette absence moi aussi me préoccupe. Que l'on envoie des éclaireurs au Nord, vers Krahof, si c'est là que se terre le bâtard de Kahark. Quant au Primat, je retournerais le confronter demain."

La discussion fut cependant interrompue par l'irruption de Jaljen, le valet du marquis. Se faufilant parmi l'assemblée, le factotum vint glisser quelques mots à l'oreille de son maître. Un inconnu s'était présenté aux portes de l'hôtel, proposant à Aymeric de se rencontrer au plus vite, alléguant de pouvoir faire plier la volonté du Primat. "Fort bien, que l'on fasse monter cet homme" répondit aussitôt notre héros, pour mieux se faire objecter par son valet que l'inconnu avait aussitôt filé, ne laissant qu'un morceau de vélin. L'emblème dessiné sur le papelard - deux femmes enlacées autour d'un satyre - et le nom paraphé ne laissaient guère de doute quant au lieu de la futur rencontre.

On retrouvait ainsi, quelques heures plus tard, le marquis pousser, nuitamment et encapuchonné, la porte des "Madones de Sharas", bordel de son état, dont la dernière nouveauté demeurait d'avoir été acquis par un certain Montsoupir. Malgré les regards louches des matons, et après que l'on eut copieusement arrosé d'insultes les nouveaux venus, au son de leur accent serramirois, Aymeric finit par trouver le chemin vers l'antre de son ancien porte-glaive - et nouveau taulier. Ce dernier, affalé dans un coquet salon, baguenaudait en compagnie d'une replète virago.

"Ne reçoit-on pas les hommes de Serramire, ici ? lança le marquis pour attirer l'attention de son commensal
- C'est que la soldatesque est mauvaise payeuse. On n'accepte plus cezigues : trop ont payé à crédit, gageant le butin qu'ils n'avaient pas pillé. Je m'en serais voulu d'être à l'origine des rapine des soldats de messire, m'voyez ?
- Il est vrai, l'acier noirelfique ne paye guère les putains.
- Pas de quoi amadouer ceszigues non plus, hein ? Je gage que le Primat vous aura pas donné du Aymeric fléau-des-puysards - pas plus mal, non plus.
- Assez, Montsoupir! Vous vous êtes suffisamment joué de moi, en me trainant dans vos lupanars, en m'affligeant la vue de vos putains. Si vous avez un moyen de faire plier le Primat, venez en au fait, à la parfin!"

Congédiant sa madone d'une claque au cul, le sicaire aux yeux vairons s'exécuta. S'attablant, Montsoupir farfouilla dans sa besace, cherchant visiblement quelque chose de capital. Bientôt rejoint par le marquis, dont le regard - à la fois inquisiteur et curieux - tentait d'identifier l'objet de la recherche, notre roué compère extirpa finalement quelques cartes et six dés. Avisant la morgue de son interlocuteur - qui devait très certainement s'attendre à une clef, ou quelque objet magique - Montsoupir ne le laissa pas le temps de parler, embrayer sans attendre de toute sa gouaille :

"Là, j'ai quelque chose, puisque je vous l'ai dit : mais ça n'empêche pas, hé. Parlons d'abord de ma récompense. Vous jouez toujours, je suppose ?
- La peste soit de votre avidité, misérable. Je vous avais promis un château, n'est-ce pas assez ? Jetez les dés.
- Ce château, je n'en ai pas vu les pierres, je...
- Vous avez fui.
- Vous m'aviez confié une mission et...
- Et vous avez disparu, tout comme a disparu ce château promis.
- La bonne nouvelle est que vais en gagner un nouveau, en vous ouvrant cette fois-ci les portes d'Oesgard."

Il n'en fallut pas moins pour attirer l'attention du marquis, et faire en sorte que ce dernier oublie les errances passées de son homme de main. Montsoupir, une fois de plus, prévalait par sa rouerie : les semaines passées à Oesgard l'avaient instruit des rouages locaux. À vrai dire, pour un homme tel que Montsoupir, il ne fallait guère plus qu'un pied dans un bordeau pour intégrer le monde de la pègre.

Ce vivier cordial d'hommes aux multiples talents frémissait cependant d'un bruit insistant, et cela depuis quelques jours. Il se disait, parmi les sicaires, que le Primat offrirait une coquette somme aux dévoués oesgardiens prêts à seriner l'envahisseur serramirois ; et à entendre l'enthousiasme des sorgnats, on se demandait comment le marquis en avait encore réchappé.

Il n'en fallait guère plus à ce dernier pour reconsidérer ses intentions pacifiques envers son vénérable voisin, et dès qu'il fut assuré de la rumeur, Aymeric se jura d'envoyer ad patres l'ineffable Primat. Pour autant, il ne pouvait se résoudre à donner l'assaut sur la citadelle d'Oesgard, encore moins maintenant qu'il avait été accueilli dans la cité. Montsoupir proposa bien de s'introduire nuitamment dans la chambre d'Imbert, pour y introduire tout aussi nuitamment quelques pouces d'acier dans le corps, mais la chose - répugnante de surcroit - risquait la réputation du parti serramirois. Qu'avouerait le sicaire, soumis à la question ? Il n'était pas connu pour sa fiabilité, à défaut de sa langue bien pendue. On se résolut dès lors de trouver un autre stratagème - si possible, avant que les oesgardiens n'en fassent de même.

Deux matins plus tard, la ville se réveillait au son des lamentations serramiroises.

Durant la nuit, nombre d'hommes s'étaient massés sous les portes de l'hôtel du marquis, auquel on avait bouté le feu sans sommation. Les flammes en avaient léché la façade jusqu'au petit matin, et c'étaient désormais devant une ruine fumante que se rassemblaient les badauds. Le marquis et ses gens demeuraient introuvables, ou pire ? méconnaissables. C'est qu'au milieu des décombres, on trouva nombre de corps calcinés, et pour la plupart, passés au fil de l'épée auparavant.

La rumeur ne tarda pas à enfler, l'attroupement se faisant toujours plus nombreux. Bientôt, s'ajoutant au brouhaha de la foule, ce furent les oliphants venus de la citadelle oesgardienne qui tonnèrent. Faisant irruption de son château pour attester de l'ennemi vaincu, le Primat Imbert, dit le Vieux, paradait en ville comme jamais auparavant. Acclamé de la foule, il s'en vint au devant du brasier éteint où s'étaient tantôt crânement installé le marquis, cet envahisseur étranger. Ordonnant que l'on trouve les braves s'étant acquitté de ce haut-fait, Imbert, dont la prudence avait rythmé cette guerre, fit également donner le mot de fermer la ville, prenant la direction de la porte Sud.

S'il ignorait comment les armées massées sous ses murs réagiraient à la nouvelle, le Primat savait cependant une chose : elle en dévasterait le moral. Il se gaussait intérieurement de ces beaux seigneurs qui avaient galamment tenu tête aux puysards, pour finir rôti par la plèbe oesgardienne. Assurément, feu le roi Goar n'aurait pas agi différemment. Montant les marches du corps de garde, Imbert se figurait la tête des serramirois, sûrement bien semblable à celle des partisans de Norman, après que le sanglier d'Amblère lui eut ravi son fief.

Les hommes semblaient partager son enthousiasme : détachés du rempart, tournés vers un brasero où il faisait nonchalamment rôtir quelques saucisses, le sergent du guet arborait un sourire gouailleur. Accueillant le Primat avec tout le cérémonial idoine, il assura s'être occupé du nécessaire quant aux défenses de la villes, et enjoignit l'homme à monter au sommet de la tour de guet pour mieux embrasser son triomphe. Il n'en fallait guère plus pour le Primat, qui, au comble de la félicité, entreprit de gravir les marches en compagnie de ce soldat bien zélé. S'il avait autrefois douté de la fiabilité de ses milices, Imbert s'était résolut à confier la défense de la ville au commun des mortels après la perte d'Amblère, où ses armées avaient été saignées à blanc. Le zèle du grognard n'effaçait pas la répugnance du vieillard pour ces hommes de peu - et le ladre en question, illustrait de ses yeux vairons mieux que quiconque la laideur de la roture ; il en chassa toutefois l'appréhension envers leur loyauté.

Le triomphe du Primat fut cependant de coute durée, quand faisant irruption au sommet de la tour, il découvrit, nimbé dans un nuage de poussière, les armées en marche de ses ennemis. En rangs ordonnés, les ostes de Serramire et ses alliés avançaient droit sur la ville, bannière au vent. Se retournant, effaré, vers le sergent, Imbert découvrit celui-ci avec un sourire toujours plus grand, tandis qu'il pointait une dague effilée au creux de sa gorge. "Si cezigue veux bien me suivre", lâcha un Montsoupir au sommet de sa gouaille.

La redescente fut lente et pénible, aussi vrai qu'il est malaisé de marcher une lame au creux des reins, quand on est un vieillard, et que l'on vient d'essuyer une trahison patente. Dans le corps de garde, les cadavres des hommes du Primat offraient leurs tripes à l'air frais, tandis que les sicaires de Montsoupir, grimés de tabards oesgardiens, entreprenaient d'ouvrir les portes de la ville. Un quart d'heure plus tard, Aymeric faisait irruption en ville à la tête de ses hommes, et l'on jetait à ses pieds le Primat Imbert.

"Quand j'ai appris le sort que vous me réserviez, je n'osais le croire. Pourceau, félon, je vous ai sauvé du drow, et c'est ainsi que vous me repayez ? Ingrat, race de vautour! lança-t-il sans ambages, faisant signe pour que l'on entrave le vieillard.

La procession reprit son chemin, qui la mènerait in fine aux portes de la citadelle d'Oesgard. Là, aux pieds des hauts murs, le marquis prit ses quartiers, faisant envoyer une enseigne jusqu'au Roy. On offrait aux oesgardiens le choix : ou bien Geoffroy sortait enfin de son donjon, et venait rendre la justice envers les forfaits de son régents, ou bien ce serait l'assaut sur la citadelle, et la mise à mort de tout ceux refusant de se rendre. Privés de leur chef, ce vieillard qui avait confiné à la fermeté le camp oesgardien durant toute la guerre, ou de leur connétable, dont la disparition avait acornardi les soldats, les oesgardiens, devant ce choix qui n'en était pas un, ouvrirent les portes du château.

Entouré de ses gardes, de ses précepteurs, le jeune Goeffroy, couronne en tête, avança sur la place, se portant au devant du marquis et de ses gens. "Doux Sire, il me chagrine grandement que nous ne nous rencontrions qu'en de si grave circonstances. Cet homme, Imbert, votre parent et régent, s'est acquitté du forfait le plus grave en attentant à ma vie, moi, votre allié, votre protecteur, celui qui a sauvé Oesgard du drow. Qu'avez vous à dire de cela ?" Aussitôt, la coterie oesgardienne se referma sur leur sire, et, par la silence du Primat, que l'on avait commodément bâillonne, chacun voulut conseiller son seigneur en même temps. "Assez! Je me suis adressé à votre sire, canailles! Qu'avez vous à dire, Godfroy ? Un silence s'ensuivit, rompu seulement quand le Roy prit timidement la parole :
- je crois que mon grand oncle est innocent, votre Excellence. L'incendie de votre hôtel doit être un accident, vos gens ont du renverser quelque chose.
- Vous croyez ? Les corps des incendiaires jalonnent encore les ruines, vous plairait-il de les voir ? Il nous a fallu en tailler plus d'un pour échapper aux flammes.
- Des brigands, Excellence! Jamais mon parent n'aurait voulu vous intenter, j'en suis sûr!
- Assez, que l'on fasse venir le prisonnier!"

Devant les hésitations du jeune Roy - que le régent avait visiblement tenu à l'écart de la chose politique pour mieux s'en occuper lui seul - Aymeric avait décidé de couper court à la mascarade. Couvert de sang séché, traînant à même le sol, on fit amener un captif méconnaissable, et visiblement déjà passé par plusieurs heures de question. Après quelques minutes de silence inquiet, le supplicié avoua ses méfaits : la conspiration, l'attaque sur l'hôtel, l'incendie. Quand il fut pressé d'en nommer l'incitateur, c'est dans un bégaiement qu'il lâcha le nom : Imbert, le Primat d'Oesgard. Sans attendre, le marquis reprit la parole, s'adressant à un Roy dont le visage témoignait de plus en plus de la détresse.

"Cher ami, la faute de votre régent est manifeste. En conspirant contre moi, pour la perte de votre allié et protecteur, Imbert s'est acquitté de forfaiture, et de trahison. Si nous étions sur mes terres, je mettrais à mort ce félon, mais il vous appartient de rendre justice ici. Quel sort Oesgard réserve-t-il aux traîtres ?" lança un Aymeric certain de la réponse à venir. Il était arrivé à ses fins : dresser le roy et le régent l'un contre l'autre, et avec cette dissension, c'était le dernier rempart oesgardien qui s'effondrait. Quand il ordonnerait l'exécution de son grand-oncle, Geoffroy n'aurait d'autre choix que de se tourner à nouveau vers le suzerain Serramirois.

Le jeune homme, cependant, hésitait. L'assemblée, elle, en comprenait le drame : en refusant la justice au marquis, le Roy s'exposait légitimement à sa vindicte, et présentement, rien ne pourrait le protéger d'Aymeric. Pour autant, personne n'aurait voulu avoir à condamner son parent, et Geoffrey ne faisait pas exception à la règle. L'adolescent, cependant, fit preuve d'intelligence, quand trouvant une astuce, il finit par répondre au marquis : "Excellence, quand le seigneur de Mizar, félon qui avait suivi Norman, offrit sa reddition, et fit amende honorable, feu mon oncle Goar lui accorda la vie, l'envoyant dans la bienheureuse maison de Nééra. De grâce, épargnez mon parent!
- Soit. Le Primat renoncera à ses titres, et sera envoyé en Serramire, pour vivre dans le plus total dénuement, sous le regard de la Damedieu. Ainsi, je ne chercherais point revanche pour ses forfaits.
- Le promettez vous ?
- Je le promets. Imbert vivra. Avançant vers le Roy, Aymeric reprit, d'un voix plus douce : doux sire, j'ignore ce qu'il vous a été dit de moi, mais je ne suis pas venu ici pour vous nuire. Aurais-je chassé les drows de vos terres, si cela avait été le cas ?
- Non, Excellence.
- Bien. Votre grand-oncle vous a-t-il expliqué les raisons de ma venue, et l'accord que nous avions ?
- Me marier à la fille du Baudrier d'Argent, oui. Mais je ne l'accepterais pas! C'est une enfant, une petite fille!
- Et dans quelques années, ce sera une belle dame, cher ami, je vous l'assure.
- S'il le faut... Soit, si cela peut apporter la paix à mes terres, je consentirais à ce qu'elle devienne ma reine.
- Doux sire... Je crains que votre parent ne vous ait pas tout dit.
- Comment cela ?
- Le Primat s'est engagé à ce que vous renonciez à la Royauté. Vous serez baron, et comme tout ceux qui vous ont précédé, me rendrez l'hommage.
- Impossible! Je suis de sang royal, Imbert me l'a assez souvent répété!
- Vous n'avez pas plus de sang royal que votre oncle Goar, cher ami. N'oubliez pas cela : le sanglier s'est fait lion par la guerre, non la naissance. Ce qu'il a fait peut être défait de la même manière. Aujourd'hui même, vous n'avez d'Oesgard plus que sa capitale. Je vous offre une baronnie, le retour de vos vassaux, et une épouse du meilleur nom. Une couronne vaut-elle plus que cela ?
- C'est la couronne de mon oncle.
- Vous pourrez la garder. En guise de souvenir.

Ainsi, l'Oesgardie rentra une fois de plus dans le rang. Plus d'un an après la rébellion de Goar, la baronnie regagna le patronage bienveillant - mais ferme - du voisin serramirois. Les jours suivants virent se faire les fiançailles des deux barons, Geoffroy Falkenberg, l'héritier du Roy Goar, et Ansleubane Heinster, la petite fille du baron Baudoin. Les jeunes seigneurs rendirent l'hommage au marquis, et d'Oesgard partit nombre de missives, en direction de chaque château que pouvait compter l'Oesgardie.



Citation :

• Édit •

Premier

de la

BARONNIE D'OËSGARD


*
* *

Au premier jour de la cinquième énéade.
Au mois de Verimios, de l'an 8 du 11ème Cycle.

*
* *

Sous le regard des hommes, des dieux, et de Sainte-Remacle, nous, Geoffroy Falkenberg, Roy de Sgardie et seigneur d'Amblère,

Renonçons à la couronne qui fut nôtre, et celle de notre oncle Goar 1er,

Reconnaissons comme seigneur légitime et suzerain Aymeric de Brochant, marquis de Serramire, et lui jurons fidélité, aide et conseil,

Consentons à épouser Ansleubane Heinster, dès lors que nous seront en âge, pour qu'elle trône à nos côtés en tant que baronne et épouse,

Choisissons pour nous aider dans l'entretient de nos fiefs, jusqu'à ce que nous soyons en âge,
Comme régent, le seigneur Jérôme de Clairssac, baron d'Etherna et maréchal de la Couronne,
Comme connétable, le chevalier Flourens de Kahark,
Comme intendant Etienne Mare-Sel, bourgmestre d'Hasseroy,

Reconnaissons, pour leurs personnes et leurs descendances, les fiefs à titres de vassaux,
Godrick de Courreau, seigneur de Dormmel,
Arnaud de Raisse, seigneur de Nebelheim
Renaud de Chassur, seigneur d'Adelagny
Armand de Chastellon, seigneur d'Erbay
Bertrand du Bertou, seigneur de Nulhadon
Hagen de Mizar, seigneur de Krahof
Flourens de Kahark, seigneur d'Essenburg
Conrad de Lonsville, seigneur d'Aatenach
Hildouin Zollern, seigneur d'Haurse-Porc

Reconnaissons, à titre de villefranche, le droit d'élire leurs bourgmestres,
Aux bourgeois de Hasseroi
Aux bourgeois d'Andelheim

Puisse la Damedieu et Sainte-Rémacle veiller sur nous.


*
* *


Le lendemain, on put voir la procession effectuer en sens inverse l'entrée de la veille. Après plusieurs mois de campagnes en Oesgardie, le marquis avait finalement obtenu ce qu'il était venu chercher : l'hommage. Il s'en retournait ainsi dans ses pénates, fort aise de pouvoir quitter ce pays de géhenne, dont il emportait nombre de mauvais souvenirs. Cependant, s'il ne ramenait que bien peu de butin de cette guère, et seulement beaucoup d'amertume, Aymeric avait prit le soin de rapporter un trophée important : rien de moins que les jeunes barons et baronnes. Les enfants seraient ses pupilles, tandis que la régence s'occuperait du pays, et le marquis tenterait de se faire aimer d'eux comme s'il se fut agit de ses propres enfants. Et à défaut de cela, il les tiendrait sous sa coupe un certain nombre d'années, ce qui était un moindre mal.

Quittant la tête du cortège une fois les portes passées, Aymeric vint trotter aux côtés de celui qui avait précipité la reddition d'Oesgard, et qui désormais chevauchait parmi les hommes du marquis, en direction du château promis. "Vous sentiez vous prêt pour la vie de seigneur, Montsoupir ?
- Ma foi, je devrais m'en accommoder.
- Il vous faudra des gens, je suppose... Après ce qui est arrivé aux derniers, dans l'hôtel.
- Je tâcherais d'en trouver de plus calmes. Ceux là s'enflammaient trop souvent.
- Certes. Et le dernier ?
- Il avait ce qu'il avait à dire... Je crains qu'il ne dise plus grand chose d'autre.
- Bien. Je crains que vous ne rejoignez vos terres tout de suite, Montsoupir.
- Et pourquoi donc cela ?
- Je pourrais bien avoir l'usage de vos talents, à Serramire. La cour ne vous a-t-elle jamais attiré ?"

Les deux hommes se séparèrent d'un sourire complice et gouailleur, quand talonnant sa monture, Aymeric galopa jusqu'à la tête de la colonne.

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