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 Affaires parallèles | Judith

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Jys
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MessageSujet: Affaires parallèles | Judith   Sam 2 Juil 2016 - 11:11

      Jys était arrivé tard à Sainte-Berthilde, la cité du Marquisat aux lacs. Le soleil plongeait à l’horizon derrière les arbres, tandis que la première lune rattrapait la seconde dans le ciel. Le voyageur, venu d’Ys, fourbu par les longues ennéades de voyage, eut toutefois le scrupule de remonter les rues pavées de la ville, jusqu’à apercevoir au loin les tours et murs du manoir du Marquis. C’était une bâtisse qu’il jugea anguleuse et acérée, comme hérissée de dagues ; à la voir, Jys perçut que les maisons généreuses d’Ys, avec leurs remblais rebondis, et leurs pierres de toutes les teintes, lui manquaient vaguement. Il retint un soupir, et rentra là où on l’attendait. Il était accueilli chez un négociant en poteries, qui faisait venir de l’Estrévent lointain des ouvriers habiles, pour qu’ils pratiquent leur art ici, dans les marches du Nord. En effet, les routes maritimes étaient instables, et les pirates étaient reparus avec l’été ; on rapportait qu’ils sévissaient à présent jusque dans les eaux de Nelen.
      Sans penser pour l’heure à ces soucis de commerçant, Jys gagna rapidement la petite suite qui était mise à sa disposition, dans la maison du marchand. Les serviteurs avaient apporté là ses malles, brunies par le long périple. Jys ouvrit le première : il y trouva sans peine une petite cassette de tissu, qui renfermait une dizaine de livres, reliés de cuirs colorés. C’étaient des répliques de volumes assez communs dans les domaines de Thaar ou d’Ys ; mais sûrement qu’aucun de ces frustres péninsulaires n’en avait lu un seul, songea Jys avec une once de tristesse. Il promena ses longs doigts fins, tannés au soleil de Mathaora, sur la tranche des ouvrages, et en retint deux.
      Alors, malgré l’heure déjà avancée, Jys fit appeler le fils du marchand, pour qu’il se tînt prêt à porter une lettre au Manoir. Le voyageur d’Ys s’assit à une table, où il tira une plume, une bouteille d’encre et une épaisse feuille de papier de coton. Il se pencha en avant, vers la lumière de la chandelle posée devant lui, et il écrivit :

     
A Madame d’Hardancour, Marquise de Sainte-Berthilde, salut et amitié.

      Appelé par les hasards du négoce sur vos terres du Nord, j’y ai dépêché mon serviteur, Jys, auquel je confie cette lettre, afin qu’il vous adresse mon respect, depuis l’autre extrémité des terres connues.

      J’y joins un Traité, écrit par les anciens érudits de Nisetis, qui vous décrira les bêtes formidables qui peuplent nos contrées d’Orient. Puisse-t-il vous délasser.

      Je me réjouirais sans retenue de trouver, dans la main de mon serviteur Jys, à son retour en Ys, une missive de votre main.


      Jys signa alors, d’une main habituée à falsifier : Buhasaiah, Seigneur du Domaine des Plaines Multicolores en Ys.

      Voilà de longues années que Jys assurait la correspondance de son maître, qui passait ainsi pour un grand savant, éclairé d’une belle instruction. Cet état de choses se maintenait dans l’indifférence générale de Buhasaiah : il était trop heureux qu’on lui rendît des honneurs, pour prendre la peine d’en rechercher la cause. Parfois seulement, il s’étonnait devant Jys qu’on le célébrât tant pour sa correspondance, alors qu’il ne se souvenait pas avoir écrit depuis de longues années. C’étaient des accrocs dans la grande toile, que Jys parvenait toujours à rapiécer, au prix d’un demi-mensonge, ou d’une vérité arrondie. Lui y pensait distraitement à cet instant, tandis qu’il approchait le papier de la flamme de la chandelle, pour qu’elle lui donne l’aspect usé et craquelé d’un message déjà écrit depuis de nombreux jours.
      Sa lettre achevée, Jys considéra les deux livres qu’il avait retenus. Le premier était le Traité de ce qui est dans nos plaines, traduit par les savants thaaris depuis les manuscrits retrouvés à Nisetis. Cela devrait contenter un esprit supérieur du Nord, songea aimablement Jys. Le second, plus audacieux, avait la tranche rouge et le cuir épais des pamphlets obscènes. C’était une tradition, en Ys et dans les domaines du Delta, de s’échanger ces éloges sur les merveilles des corps lorsqu’on les combine. A l’Est, on regardait comme un grand honneur de recevoir, d’un seigneur éminent, les poèmes les plus outrageants.
      Jys plaça la lettre sur les deux petits ouvrages, et entoura le tout d’un ruban blanc. Puis il appela le fils du marchand et il lui remit le tout, en lui intimant de courir sur le champ, malgré la nuit, porter ces présents à Madame d’Hardancour.
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MessageSujet: Re: Affaires parallèles | Judith   Dim 3 Juil 2016 - 20:03

C'était cette époque du mois de Karfïas qui était riche en espoirs et en avenirs radieux. Les paysans commençaient une moisson prometteuse, et Judith d'Hardancour venait de rentrer des joyeux évènements ayant pris place en Serramire. Rien, absolument rien, semblait pouvoir à la prospérité durable que Judith d'Hardancour tentait d'établir depuis maintenant plusieurs mois.

Et pourtant, la marquise était plus à vif qu'une plaie purulente. La quête du Roi, la route ethernienne, les vassaux frustrants et le mari frustré... Et les premières nausées matinales, l'avaient poussé à ses derniers retranchement, et elle ne faisait même plus semblant d'être calme. Judith contempla la bouteille de vin, encore fermée, devant elle. La prêtresse et Ma-Jeanne, sa nourrice, l'avait déconseillée de s'en approcher, mais la tentation se faisait de plus en plus grande. Et tandis que sa main s'approchait dangereusement de la bouteille posée sur la table à la demande d'un jeune domestique naïf, Judith pensait à son mari parti au Langecin. Rien de bon ne pouvait sortir d'un Effroyable entouré par autant de suderons. Elle attrappa la bouteille.

La porte s'ouvrit. "Madame."

C'était Herstaal, et son sempiternel salut. Sous la pression de son regard perplexe, Judith desserra son étreinte sur la boisson.

"Will," fit-elle d'un ton égal. Herstaal fut légèrement déstabilisé par le ton pris par Judith, d'ordinaire à l'air si attentif et accueillant. Mais légèrement était le mot-clé de cette phrase; cela faisait plusieurs jours qu'il devait supporter l'humeur atypique de la dame, et il avait pris son parti.

"Du courrier, madame. Du seigneur Buhasaiah. Jamais entendu parler de cet homme.."

"Je me doute bien qu'un nom pareil n'est point courant en Arétria ou à Sainte-Berthilde. Merci pour ce précieux commentaire, Will. Vous pouvez disposez."

"Bien, madame."


"Et... De grâce, prenez cette bouteille avec vous."

Sans aucun mot, il s'en fut. Le courrier était accompagné d'un paquet. Judith avait tenté maintes fois de tenir une correspondance avec certaines dames de Thaar. La chose était amusante un moment, mais fatigante à la longue. Mais une correspondance avec un homme de l'Est... Voilà qui était autrement plus intéressant. La marquise déposa la lettre et parcourut le paquet. Deux livres, dont un qui attira son attention.

"Tiens, ce livre m'est familier."

Le livre en lui-même, non, le titre néanmoins... Elle se leva et chercha dans sa bibliothèque personnelle. Judith hocha la tête, contente de découvrir qu'elle possédait le deuxième tome de cette oeuvre, mais non le premier. Ce Busaiah était un gentillhomme, c'était le cas de le dire. Satisfaite du premier présent, et oubliant le second, elle entreprit la lecture de la lettre à voix haute, comme il était coutume.

"Jys," répéta-t-elle après en avoir terminé le contenu. Le nom avait une sonorité telle qu'on en entendait que très rarement en Péninsule. Judith vérifia le vernis de ses doigts graciles, qu'elle avait refait ce matin, et appela un domestique d'une cloche.

"Avons-nous un quelconque moyen de retrouver l'expéditeur de cette lettre ? Un certain Jys, originaire...d'Ys ?"

"Sans doute. C'est le fils de Caleb qui a apporté cette lettre. Il travaille dans le..."

Judith soupira tandis que le domestique se lançait dans des explications et des description. Ces roturiers avaient vraiment une manière de rendre les choses compliquées, et si en temps normal elle pouvait le supporter armée d'un sourire poli. Mais aujourd'hui, elle garda le regard rivé sur la table de son bureau en demandant, coupant court aux explications à rallonge de l'homme :


"Dites-moi, suis-je sensé connaître ce Caleb ? Parce que, si ce n'est point le cas, ayez, par pitié, juste...L'amabilité de retrouver ce Jys d'Ys. Merci. (Le domestique ne bougea pas, interloqué, et Judith le congédia d'une main) Vous pouvez y aller, maintenant."

Choqué par l'attitude de la marquise, il s'exécuta néanmoins, maugréant son innocence en route. Judith s'exécuta alors à la rédaction de la réponse, cherchant d'abord sa plume du regard, avant de remarquer le second présent. Elle s'arrêta alors, fixant la reliure d'un air curieux, avant de l'ouvrir. Le livre n'était pas traduit, mais Judith, possédant des notions d'estréventin, tenta néanmoins l'entreprise de le lire. Comme tout pamphlet érotique digne de son nom, les allusions commencèrent de manière vague. Puis, petit à petit, le livre prenait de son sens, et la marquise commençait à se rendre compte de ce qu'elle était en train de lire. Judith d'Hardancour était une femme de morale. Loyale, fidèle, au sens du devoir développé.

Ou du moins, c'est sur cette croyance qu'elle se raccrochait actuellement en continuant pourtant la lecture du livre, négligeant totalement la réponse à Buhasaiah. Et plus tard dans la journée, le livre à la reliure rouge caractéristique était encore dans sa main lorsque l'on annonçait la venue de celui qu'elle attendait. Elle s'en fut alors en ce salon, où elle avait récemment accueilli l'archimage Nakor, aux tapisseries et à la décoration orientales et aux thaaresques élegamment prononcées. Deux femmes étaient également présentes, affairée à brûler les deux bâtons d'encens et à attendre d'autres ordres de la marquise.


"Salut à vous, Jys,
fit-elle d'un ton guindé propre à de telles rencontres.
Je suis Judith d'Hardancour, marquise de Sainte-Berthilde. Croyez-bien que nous sommes honorés de voir l'attention que votre maître porte pour Cantharel, je serais personnellement reconnaissante si vous acceptiez notre hospitalité en notre demeure, et ce durant tout le temps que durera votre séjour."

Aux femmes, Judith fit signe d'apporter des rafraîchissements. Et durant tout ce temps, le livre rouge carmin entre ses mains, l'index plongé à la page où elle s'était arrêté de lire.

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Jys
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MessageSujet: Re: Affaires parallèles | Judith   Mer 13 Juil 2016 - 20:16

      Si Madame d’Hardancour avait le sens de la plume, elle possédait tout aussi certainement celui de la mise en scène. La composition devant laquelle elle avait placé Jys, presque innocemment, était saisissante. Le voyageur venu d’Ys gourmanda d’un œil charmé les dorures de ce salon aux inclinations thaaries, aux tentures filées dans la toile des pays d’Orient. C’était pour le regard une tempête ordonnée de rouges, d’ocres et de vermillions, savamment unis, mêlés et mélangés avec un goût affirmé, que Jys n’aurait jamais cru trouver ailleurs que dans les palais d’Ithri’Vaan. Mais, depuis les tapisseries tombantes, jusqu’aux dais dressés, tout convergeait vers l’élégante Marquise, qui se tenait droite au cœur du tableau. Elle avait un visage empreint d’érudition, sans toutefois être dépourvu de grâce. Ses yeux, précis et concentrés, rehaussaient l’attrait magnétique que recèlent les cœurs disciplinés. Sous ses robes sages et sombres, Jys devinait des courbures et des évasements que la Marquise devait prendre plaisir à suggérer, comme lui à les deviner.
      Elle parla, dit quelques mots. C’était formel et sans intérêt. Pourtant, il y avait dans la voix, dans ce timbre ferme mais austère, un charme délicat qui retenait l’esprit. Jys observa ces lèvres couleur carmin qui articulaient les banalités du protocole, et il fut séduit par le reflet des dents blanches qui chatoyaient entre deux mots.
      Tenu par l’étiquette et les bonnes manières, qui avaient fait la renommée du Domaine des Plaines Multicolores, Jys inclina profondément, et la tête, et le buste entier, devant cette maîtresse femme qui lui ouvrait les portes de son manoir. Mais, hasard de la gravité, déplacement des masses, il ne savait quoi, le voyageur sentit, alors qu’il s’inclinait, une nouvelle tiédeur gonfler en lui. Cela montait depuis ses cuisses, ou bien descendait le long de ses côtes, ou encore irradiait entre ses hanches, il ne pouvait le dire, mais c’était doux à subir. Lui qui s’était toujours connu eunuque, ses graines arrachées par Buhasaiah de longues années plus tôt, lorsqu’il n’était encore qu’un enfant, et avant qu’il ne connût une femme – soudain, il se sentait presque homme. Depuis sa position inclinée, les épaules penchées vers le sol, il voyait encore les tapisseries rouges et riches de ce salon dédié à l’Orient. Même, il distinguait l’ourlet de la robe de Madame d’Hardancour, et la pointe de ses pieds ; mais le reste de son corps, ses jambes longues, sa taille fine, sa gorge rebondie, tout cela restait dans le domaine des rêves colorés.
      Alors Jys répondit, d’une voix chaude et presque fébrile : « Merci, Madame d’Hardancour. »
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