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 Tempête dans un cerveau

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Aranos
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MessageSujet: Tempête dans un cerveau   Mar 19 Juil 2016 - 21:40

      De la forteresse qui étirait ses tours sous le soleil, lui ne voyait que les meurtrières d’où la mort pouvait cracher. La forêt qui montait en rampant jusqu’aux falaises, c’était une masse de fourrés où embusquer ses soldats, et sur la courte plaine qui plongeait vers la mer, il aurait disposé ses bataillons d’archers. Le piton rocheux était un promontoire à prendre ; la plage de galets, une grève où débarquer des troupes ; et la mer tout entière, un territoire à ceinturer d’un blocus. Les falaises n’étaient là que pour recevoir des balistes, la terre n’était inclinée que pour mieux dévier les flèches ennemies. Quant à l’étroit pont de pierre, ce mince ruban de grès qui reliait le sol de Naelis à l’îlot fortifié, il en dévorait déjà toutes les arêtes, il le soupesait, le calculait, l’étudiait. L’Aurore dressait paisiblement ses murs de pierre vers le ciel d’été ; mais Aranos, face à la forteresse, ne voyait que les dix mille batailles qu’il aurait pu y livrer, et toutes les stratégies qu’il aurait su y déployer. L’Elfe déchu dut se rendre à l’évidence : plusieurs mois après avoir déserté l’Anaëh et son armée, il demeurait, du tréfonds de ses tripes, un officier alerte.

      C’était précisément pour cette raison qu’Aranos avait entrepris ce long voyage, qui l’avait conduit depuis le bas-port de Thaar jusqu’à la côte de Naelis. Ses plaies, les déchirures dans sa chair, le tribut pris par la Forêt sur son fils frondeur, tout cela le lançait encore ; le moignon de sa main droite, qu’il avait bandé soigneusement, du mieux qu’il avait pu, enfin, au départ de Thaar, suintait à nouveau le sang, par grosses goulées noirâtres. Il était plus que temps qu’il parvienne à l’Aurore, afin de quêter le savoir auprès des érudits – et s’il échouait à y trouver la sagesse, au moins y obtiendrait-il de la gaze fraîche.

      L’Elfe claudiqua vers le haut des falaises, d’où partait l’étroit pont qui reliait la terre à l’Aurore. Ses souvenirs de stratège se bousculaient en permanence dans son esprit, et avec plus de force encore, à cet instant où il s’engageait sur la voie étroite, si cruciale pour assiéger une telle citadelle. Six siècles de guerre tempêtaient dans les entrailles d’Aranos, lui obscurcissaient l’esprit. Il ne s’aperçut même pas qu’il avait forcé le pas ; il ne sentit pas sa main droite qui plongeait à son fourreau, et qui soulevait, du bout de ses deux doigts restants, sa lame à présent rouillée ; il ne s’entendit même pas, chargeant sur le pont, hurler des vœux de mort à Calimenthar le Guerrier, tandis qu’il montait seul à l’assaut de l’Aurore.
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Nakor
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MessageSujet: Re: Tempête dans un cerveau   Jeu 21 Juil 2016 - 19:31

Au sommet de la plus grande tour de son château, Nakor lisait de nombreux rapports, des commentaires sur l'évolution des pratiques des membres de sa guilde, les échanges, les connaissances, les nouveaux livres classés dans la bibliothèque de plus en plus fournie, les demandes des apprentis adressées au Magistère et une foule d'autres choses encore. C'est en pleine lecture d'une demande d'un magicien elfe qui souhaitait une entretien avec le vieux fou que sa porte vola presque en éclat tant elle fut ouverte avec vigueur par Alfirin, un elfe de niveau de magie élevée qui avait de grandes responsabilités dans la guilde en l'absence du vieillard à la barbe blanche. Cela fut si soudain que Nakor bondit sur place et lança à la volée

"Mais ... enfin, laissez moi au moins le temps de lire la demande de rendez-vous avant de l'accepter fichu bon sang de ....
-Magistère du Firmament, un elfe en approche, aussi mal en point qu'hostile!"

Cette phrase fut lancer en elfique, preuve en était que la situation perturbait le posé et habituellement très respectueux Alfirin. Cassant presque son bureau sous le choc de ses deux mains qui vinrent le frapper avec violence tout en se relevant de son siège en l'envoyant valdinguer contre le mur

"Quoi? Et personne ne vient me prévenir! Imbécile!"

Hurla-t-il avant de se jeter presque sur sa grande fenêtre afin de voir ce qui se passait tout en criant

"Quiiiiiiiiii? Qui vient en ennemie de la ..."

Mais la précipitation du vieux mage était comme bien souvent trop grande, il tomba à la renverse par la fenêtre et chuta dans le vide alors que l'elfe en approche se lança à l'attaque de l'Aurore. Ses jambes passèrent par dessus sa tête et son corps se retrouva donc à tomber en pleine ligne droite, comme s'il était debout dans les airs, son chapeau très étrangement inamovible malgré la force du vent qui soulevait sa robe. Heureusement qu'il avait mit son plus beau caleçon violet à étoile jaune. Il pu alors voir l'elfe qui courrait vers lui. Il semblait être en mal en point, et c'était un doux euphémisme.

"Tiens donc ... qu'est-ce que c'est encore que ça?"

Puis voyant le sol se rapprocher étrangement vite, il dit tout haut

"Ho ... voilà le sol!"

Mais ce fut sans aucune panique qu'il releva ses mains avant de donner un coup sec en les replaçant le long de son corps, se tenant bien droit. Une énorme impulsion d'air qui stoppa presque nettement la chute du vieillard à cinq centimètres du sol. Il resta là en suspend quelques instants, avant de se poser, les pieds bien droit sur la terre et faire face à l'elfe armé, qui courrait en hurlant à la mort et à l'appel aux armes et à la guerre. Nakor se demanda comment faire pour ne pas tuer d'un coup net cette créature au bord de l'étourdissement voir de la mort. Il usa de nouveau de son pouvoir de manipulateur de l'air pour amplifier avec puissance la force de sa voix. On pu presque entendre ce qu'il balança au visage de l'inconnu, en elfique, jusqu'aux abords de l'Anaëh

"Veuillez cesser cette folie en ce lieux de paix et de magie!"

Puis, ne voulant tout de même pas prendre le risque qu'un pauvre fou vienne l'occire, il usa de son pouvoir de manipulation de l'élément eau quand l'elfe fut sur le ponton qui menait à la presque île, étroit et sans cachette possible, entouré par la mer. Deux vagues de tailles non négligeables vinrent complètement tremper le nouveau venu. Nakor marmonna dans sa barbe

"Peut-être qu'une petite douche froide viendra ramener un peu de calme chez cet elfe qui ne semble pas au meilleur de sa forme!"

Se tenant près à balancer un dernier point d'air dans la tête du belligérant, Nakor attendit là, bien droit, attentif à la moindre réaction et au moindre changement de comportement! Qui diantre était ce fou?
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Aranos
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MessageSujet: Re: Tempête dans un cerveau   Mar 26 Juil 2016 - 10:30

      Trempé, il le fut ; deux vagues échappées de la pleine mer balayèrent l’étroit ponton sur lequel se tenait Aranos, lui sapant l’équilibre. Il manqua de peu de tomber vers ce bras de l’Olienne qui entourait l’Aurore, et où le reflux découvrait des rochers comme une babine se retrousse sur des dents. Aranos béait, hagard ; ruisselant d’eau salée, il regardait avec un air de vague stupidité la silhouette vibrionnante du magicien qui planait dans les airs, à quelques pas devant lui.

      La colère s’était dissipée, et avec elle la folie. Mais même une lame de pleine mer ne pouvait suffire à araser six siècles d’une nature endurcie à la guerre. Lorsque les yeux d’Aranos distinguèrent nettement le vieillard qui lévitait en face de lui, son regard, éteint l’instant précédent, se ralluma soudain ; ses pupilles pétillèrent. En stratège confirmé, il détailla l’homme, comme en arrivant il avait scruté la forteresse de l’Aurore : il jaugea les capacités physiques, il estima les puissances arcaniques, il soupesa la solidité de cet élément à la guerre. Cette inspection martiale du personnage fit éclater un nouveau sourire, sensiblement carnassier, sur les lèvres minces de l’Elfe. Face à lui, dans ce bonhomme tombé des remparts, il ne devinait aucune résistance que n’auraient pu surpasser sa force, son agilité, et sa ferveur. Un nouveau remous de colère prit aussitôt naissance, depuis les tréfonds de ses tripes ; il banda ce qu’il lui restait de doigts sur la main droite, et releva son épée.

      Mais Calimenthar s’était-il lassé de son pantin dévastateur, qu’il refusa de le déchaîner une nouvelle fois ? Ou bien les seuls embruns oliens, l’air frais venu des mers, et les brumes et les bruines portées par le vent, est-ce que tout cela vint soudain éteindre la rage dans le cœur de l’Elfe ? Ou bien un autre prodige magique encore ? Toujours est-il que l’épée retomba doucement, le long du flanc du guerrier ; quelques gouttes de sang noir, suintant de sa plaie ouverte, coulaient sur le ponton et tombaient pour se dissoudre dans les vagues, des dizaines de pieds plus bas. La vision d’Aranos s’était à l’instant élargie considérablement : derrière le magicien, au-dessus et au-delà de sa silhouette pointue, il contemplait à présent l’armature puissante de l’Aurore, bastion de l’érudition. Les siècles de guerre n’avaient pas délié l’intuition de son âme d’Elfe : il pressentait, sans pour autant voir, il humait les parfums raffinés du savoir, cultivé dans ces hauts-murs. Son cœur jamais en paix s’embaumait à présent d’une vaste douceur, puisqu’il avait découvert ce rayonnant lieu de science.

      Tout cela eut lieu en quelques instants à peine, et les mille nuances des émotions durent filer confusément, presque en même temps, chaotiquement, sur son visage déjà couturé de cicatrices ; à observer, du point de vue du magicien, le spectacle de cette trogne en plein recomposition devait étonner. C’était regarder un illusionniste ivre rebattre ses cartes, mais sans aucun ordre précis. Néanmoins, lorsque tous ces émois eurent achevé de défiler dans l’âme d’Aranos, l’ombre d’une petite sérénité vint poindre sur ses joues laiteuses. Il étira sa bouche ridée, esquissa un sourire.

      Rasséréné, pour l’instant du moins, Aranos s’exprima ; et dans sa voix gutturale, durcie de n’avoir que très rarement parlé ces derniers mois, il tenta d’imprimer des accents adoucis :

      « Paix, homme. Je suis venu de loin pour trouver le savoir ici. J’ai connu des siècles de guerre et de ravage, là-bas, aux lisières des forêts. Mes mémoires de stratèges m’ont gangrené l’esprit, plus que je ne puis le contenir aujourd’hui. Dis-moi que tes compagnons et toi, les sages, saurez me délivrer de mes souvenirs de guerre. »

      Puis il cessa de parler, il y eut un silence ; toutefois il ajouta, certainement pour lui-même :

      « Pourtant ils ont une grande valeur, ces faits d’armes que je connais ; ils méritent d’être conservés là où l’on préserve le savoir, ici. »

      Il avait parlé, en deux traites successives, sans prendre gare à sa main droite qui n’en finissait pas de saigner. Une petite mare rouge s’était faite à ses pieds, sur le ponton, et elle dégouttait comme une longue larme vers la mer, où elle tombait en crépitant sur la crête des vagues. En se penchant, on aurait vu, dans l’écume, s’agglutiner les plus voraces des créatures côtières.
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Nakor
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MessageSujet: Re: Tempête dans un cerveau   Mer 10 Aoû 2016 - 11:11

L'eau sembla avoir quelques effets sur le belligérant. Nakor avait pour habitude de dire que parfois, il faut d'abord donner un sens physique aux événements pour qu'ils prennent ensuite corps dans l'esprit. Passer sous l'eau un individu pouvait bien avoir pour effet de lui nettoyer un peu, et l'esprit et l'âme. En tout cas, le Magistère pu abaisser sa garde légèrement, redescendre sur le sol sécurisé et faire face en toute tranquillité à l'elfe. Le vieux fou avait vécu son lot d'épreuves, de batailles, d'échanges verbaux et autres affrontements en tout genre. Cette petite source d'expérience lui permettait de ne pas être, au coeur de la bataille, soumis à ses propres émotions. Lui qui était bougon à souhait, il valait mieux. Il en profita, toute distance gardée, pour observer le nouveau venu. Un visage déformé, des émotions qui semblèrent passer par toutes les phases possibles et leur inverse, une épée qui se lève, du sang qui coule et soudain, un visage qui semble illuminé par une forme de compréhension avant que l'épée ne s'abaisse et qu'il accepte d'entrer dans un dialogue. Le pauvre elfe semblait torturait par une vie accablante de batailles, de guerres et surtout, accablante de souvenirs qui lui rongeait le cerveau. Tout en continuant de parler elfe, Nakor s'approcha très lentement, main vers l'avant, paume ouverte, comme pour inviter à la paix et la tranquillité.

"Je me nomme Nakor, je suis le maître des lieux. Vous êtes à l'Aurore, la maison mère de la guilde du Firmament. Nous sommes un regroupement de mages érudits issu de toutes les régions de notre monde. Ce lieu n'est que peu, étude et découvertes. Nous avons le moyen de vous délivrer de vos souvenirs de guerres et ... peut-être même de les consigner pour le bien des générations futures."

Nakor réfléchissait en même temps qu'il parlait. S'il brusquait l'elfe, il pourrait réveiller ses réflexes de guerrier, il fallait donc que les mots donne substance à ce qui permettra un début de guérison. Encore plus chez le peuple elfique, les mots avaient une importance considérable, les noms aussi. Lui vint alors l'idée suivante dans la foulée de son discours.

"Peut-être pourriez-vous commencer par me dire votre nom. Celui qui vous fut donné à la naissance, celui qui fit de vous un elfe parmi les elfes. Pas celui rattaché aux batailles, aux affrontements et à la mort, non, celui qui vous fut donné avant tout cela, par la nature même."

Nakor essayait tant bien que mal de rattacher l'esprit du pauvre fou à quelque chose d'aussi lointain que possible. La naissance, la vie pleine et forte, l'amour de deux parents, le plus lointain possible afin que ne puisse surgir des images de morts et de combats. La venue au monde chez le peuple éternel était quelque chose de précieux, de significatif et emplie d'émotions pour le moins bénéfiques et chaleureuses. Après avoir fait quelques pas, il s'arrêta et tenta de voir dans quel état se trouvait son interlocuteur. Etait-il capable de faire lui-même quelques pas vers Nakor, symbole de coopération et de confiance? Il allait vite le savoir.

"Mais je vous en prie, ne restons pas ici, les embruns salées de la mer Olienne vont pénétrer votre blessure et ne faire que l'empirer. Vous perdez beaucoup de sang, alors qu'il est précieux. Permettez-moi de vous bander la main et de vous faire d'abord voir un guérisseur. Qu'il puisse stabiliser votre état de santé. Nous vénérons la vie et y accordons une grande importance ... sans elle, le savoir n'est que perdition. Nous parlerons en chemin et je vous aiderai à vous défaire de vos souvenirs douloureux."

Nakor tendit alors la main, une étoffe de tissu violet enserrée entre ses vieux doigts d'archimage.
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