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 Le brame du Cerf | Louis

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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Le brame du Cerf | Louis   Sam 6 Aoû 2016 - 7:48

Fin 6ème énnéade de Karfias, 9ème année, XIème cycle.


Et la nouvelle tomba, celle dont on riait, dont on ne simulait point la surprise sinon l'intérêt. Les moins intéressés se contentaient d'un « Pourquoi pas ? » là où les plus proches de la famille se complaisaient dans des « Celle-là, on ne l'avait guère vue préparée. » Toutefois, ce qui liait tous ces commentaires était l'hilarité de la situation, et, dans certains moments d'égarement, on riait un peu du « malheur » de la nouvelle venue à Cantharel, Azénor. On haussait les épaules en souriant lorsqu'on évoquait son « invitation » dans la famille marquisale de Sainte Berthilde, et certains, quelques acteurs plus braves, allaient jusqu'à faire quelques traits d'humour, simulant grossièrement un dragon, pris vigoureusement par un cerf. L'absence de dot semblait être un bien lointain problème - et, après tout, qu'est ce que l'on pouvait bien offrir à une famille possédant déjà tout ce dont elle avait besoin ?

Outre ce retournement, peu de choses animaient la vie à Cantharel, hormis la préparation de la guerre. Les tensions étaient à leur paroxysme et les affrontements se rendaient plus inévitables chaque jour qui passait. Beaucoup de messagers circulaient, beaucoup de nobles berthildois, arétans et olysseans, chacun œuvrant à leurs tâches sous le commandement de leurs suzerains respectifs. Mais l'attention du marquis était concentrée sur son fils.

Il ne lui avait guère trouvé le pire des partis, mais bien que vu les circonstances de biens meilleurs auraient pu être conçus, il estimait que le tacle politique que cela représentait valait la chandelle. Qui plus est, la fille n'était pas un laideron, et elle connaissait fort bien Judith. Mais depuis que le marquis avait prit la décision - sans grande concertation familiale, mais cela était de coutume - il ne s'était point entretenu avec son fils à ce sujet, ni même avec son épouse. Les journées étaient longues et denses, les soirées courtes et reposantes, ne laissant guère le temps à la discussion. Mais le temps était venu. La porte s'ouvrit, brisant la courte et légère somnolence de Godfroy, reposant ses pieds sur la table.

« Ah, fils. C'est toi, entre donc. Mais ne devrais-tu pas être en train de t'entraîner, ou de converser avec tes futures gens ? Ou avec ta fiancée ? »



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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Mar 9 Aoû 2016 - 19:44




Cet heureux temps où la clarté abondait, où l’astre diurne nous couvait de l’anjorner jusqu’au-delà de la brune, était désormais révolu. Ce temps où les journées ne finissait plus de finir, où le soleil était tenace et freinait de peine et misère son interminable course, là-haut dans les cieux. Le solstice d’été était chose du passé et pour ces pauvres petites genses, majoritairement agriculteurs, se devait de fournir les bouchées doubles afin de mettre à terme les basses besognes que leur incombait leur terre. Cette année d’avantage encore, les récoltes s’annonçaient plus que généreuses. Certains champs étaient même assujettis à quelques railleries de gamins, affirmant que la paille était si tant haute, que l’épi caressait les nuages. Or, un certain jour, plus d’une vingtaine de vaillants s’étaient rassemblés pour la moisson. Tous armés de serpes, de cordages et de chevaux attelés à quelques carrioles, c’est sous un soleil ardent et un temps horriblement sec, que le blé passait sous coupe à blanc. À eux se mêlait des hommes de tous âges. Frôlant la dizaine d’années, les jeunots conduisaient les chevaux jusqu’à la grange, ceux-ci surtout chargés de besognes secondaires. Âgés de la trentaine ou voir même de la quarantaine, les « vieux » nouaient la paille en botte puis les chargeaient sur les chariots afin qu’ils soient transportés, incapable de soutenir l’effort physique requis afin de battre le foin du matin jusqu’au soir. Enfin, les jeunots, pour la plupart dans la vingtaine, sarclaient avec hardiesse et ténacité, sans relâche et efficacement. Après tout, leur labeur était une course contre la montre, se devant d’achever avant la nuitée. Les agriculteurs ne pouvaient se permettre d’attendre une journée supplémentaire, de peur que la pluie s’acharne sur les céréales et qu’elles ne soient alors plus récoltables. Parmi eux, admiré des tout jeunes et respecté par les plus sages, un sang-bleu ouvrageait depuis les matines. Le fils hériter des Saint-Aimé brillait de sa présence parmi les petites genses, mettant cœur à l’ouvrage et démontrant par l’exemple qu’il n’était pas de ces nobles à se vautrer dans ses richesses.

L’altruisme à son apogée, le bénévolat était une activité à laquelle Louis avait pris habitude de s’adonner régulièrement. Il y avait dans le don de soi-même quelque chose de réconfortant, quelque chose de rassurant. Certains foyers où les enfants pullulent à outrance n’ont même pas quoi à mettre sur la table, or donner sans rien attendre en retour, sachant qu’un travail a été fait et que ce dernier, pourrait permettre au petit dernier de se mettre de quoi sous la dent, était réconfortant. Aussi fallait-il ajouter que le labeur, aussi laborieux et éprouvant qu’était celui de l’agriculture, aidait à oublier ses soucis, du moins à se changer les idées temporairement. Parce que, oui, même les plus nantis ne sont pas prémunis de tourments. C’était d’ailleurs le cas de Louis qui, baigné d’une cuisante infortune, n’avait pas eu les moyens d’apostropher son père afin de s’entretenir avec, ce depuis trois jours déjà.

Il ne faisait pas encore nuit noire, mais des torches éclairaient les vaillants qui achevaient la moisson. La toute dernière botte de blé fût soulevée par Louis qui, sous les encouragements du groupe, mit fin à cette corvée plus qu’éreintante. Les yeux aussi pesants que des enclumes, les pieds en compote et les bras douloureux, c’est de peine et misère que l’ourson de Saint-Aimé se traînait jusqu’au castel. En passant devant le bureau de son père, son faciès changea du tout au tout. Il était là, enfin. D’abord décidé à trouver son pieu, il se résout à aller régler l’affaire. Il obliqua et tomba nez à nez avec son garde qui, à sa venue, lui céda le passage sans poser de question. Sa main tourna la pognée et il fit son entrée sans autres cérémonies. Le faciès poussiéreux, les bottes boueuses, vêtu d’un accoutrement ravagé par la dureté de son labeur, empoissé par sa sueur odorante, il se présenta à lui avec un air franchement désapprobateur. « Ah, fils. C'est toi, entre donc. Mais ne devrais-tu pas être en train de t'entraîner, ou de converser avec tes futures gens ? Ou avec ta fiancée ? »  Lança son père, à demi-somnolent. Alors son le jeune ourson ne fit ni une ni deux, omettant de le saluer pour mettre l’accent sur la raison de sa venue. « Ma fiancée, justement! Parlons-en. M’est-il permit de te demander quand avais-tu planifié de m’en faire part ? T’ai-je un jour donné raison de me cacher quoi que ce soit ? Ou t’ai-je seulement, ne serait-ce qu’une seule et unique fois désobéi ? » Jappait-il, en haussant le ton dangereusement. « As-tu seulement un cœur, pour faire subir telle épreuve à une si pauvre créature ? » La porte était close derrière lui et, heureusement, parce qu’eux deux n’avaient pas terminés de converser. Le jeune ourson commençait seulement à gronder.

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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Mer 10 Aoû 2016 - 7:03

Voir la colère d'un fils après son père était un événement auquel Godfroy s'était rapidement habitué. Et tant que celle-ci subsistait, tant qu'elle était animée et nourrie par les sentiments du devoir et de la morale, le marquis ne pouvait s'inquiéter pour son fils, car alors il demeurait fidèle à lui-même, loyal envers ce qui lui avait été inculqué - même si parfois, on doutait, par leurs esprits, que Louis soit le fils de Godfroy. Ce dernier posa ses yeux, calmes tout comme son être, sur sa progéniture, répondant :

« Une pauvre créature ? Parles-tu d'Azénor, ou de toi ? » demanda le marquis en levant les sourcils, comme pour appuyer son doute.
« Et non, tu ne m'as jamais désobéi. » répondit le marquis. « C'est d'ailleurs pourquoi je n'ai pas eu besoin de t'en parler. En plus du fait que je ne l'avais pas prévu moi-même avant son arrivée. »

Car le secret était là, fatal mais pourtant bien réel : il n'avait jamais prévu de le fiancer à une fille du Sud. L'opportunité s'était présentée d'elle-même, presque trop belle pour être fiable, celle d'une jeune et innocente fillette, prête à tout pour sauver les siens de la poigne de l'Effroyable. Le message politique et la gifle assénée au Sud étaient un bonus - un inestimable atout, s'inscrivant de plein droit dans les objectifs de Godfroy : décrédibiliser le Sud politiquement.

« Quant au fait que j'ai un cœur, ou pas...Dans tous les cas, votre union humiliera le Sud qui verra la fille de l'un de ses représentants le déserter et le désavouer, là où j'ai toujours ta sœur pour tisser une alliance avec une autre terre. Qu'importe la dot et les richesses, nous n'avons besoin de rien. Quant à vous deux, je pense qu'il y a pire destin pour elle que d'un jour être à la place de ta mère, et si tu la plains d'être bientôt ton épouse...Et bien, ce n'est pas vraiment mon problème, fils. »

Le marquis avait prononcé ses dernières paroles en se levant, puis il avait parcouru le bureau par de grandes enjambées pour aller s'asseoir sur la pierre du balcon, par lequel on voyait la roche sur laquelle Cantharel était bâtie, et en contrebas, la cité de Sainte Berthilde. D'un geste, il invita son fils à venir le rejoindre.

« Un jour tu comprendras, que dans chaque décision que tu feras, tu devras agir et penser avec ta tête, non avec ton cœur, et qu'à chaque instant, c'est l'avenir et le royaume qui priment. Nous sommes des pions, des poussières face à l'importance de notre pays, Louis. Gouverner n'est pas un plaisir. C'est une tâche. Et aucune tâche n'est plaisante, sinon on ne les appellerait pas des « tâches ». Apprends à la connaître. C'est à toi de rendre son séjour...enfin, sa vie, agréable. Après tout, elle est ici pour quelques années encore... » lâcha-t-il avec une note de légèreté sur la fin.


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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Ven 12 Aoû 2016 - 2:03




Après tout, à quoi bon lutter ? L’histoire était une roue qui tournait sans cesse, repassant sur les mêmes chemins et aboutissant immanquablement au même constat : il avait raison. Aussi imposant qu’un immuable monolithe, dressé dans l’unique but de dominer, seul son regard suffisait pour intimer le silence. À l’opposé de son rejeton qui cracha son fiel, Godfroy quant à lui, ne donnait pas suite à cette lancée de venin et opta d’avantage à le ramener à l’ordre en gardant son calme. S’il glissa quelques vannes en relations aux dernières remarques de son fiston, le restant de son discours était fidèle à lui-même; franc et concis. Il fallait s’en douter, le fils héritier repartirait non seulement les oreilles basses, mais aussi avec une leçon enfoncée dans le fond de sa gorge. Leçon qui lui laissait la plupart du temps un arrière-goût âcreté, considérant qu’il avait quant à lui, une manière différente de voir les choses. D’un part, l’Anoszia, livrée sur un plateau d’argent sans qu’aucunes vies n’aient été enlevées, était une bénédiction du ciel pour le conflit qui régnait. Elle serait bridée, montée –Godfroy l’espérait-, puis dirigerait le jour venu, pour le bien de leur Patrie, Sainte-Berthilde … Tandis que d’une autre part, inoffensive créature qu’elle était, fût arrachée à son nid familial et injustement contrainte aux vœux sacrés du mariage. Pis encore, acculée à son nouveau titre, là où elle aura droit à tout et où elle pourra exiger la moindre chose, se verrait tout même refusé la venue de son paternel.

Tout de même, Louis écouta son père l’oreille grande ouverte, avec toute l’attention du monde, car, bien qu’il fût pour la majorité en désaccord, ses conseils étaient d’or. Chaque fois Louis redoutait le moment où son père trépasserait, où il pousserait son dernier souffle, car à ce moment, il deviendrait non seulement le Marquis, mais plongerait également tête première dans une bassine remplie à ras-le-bord de décisions déchirantes. Que devrait-on faire, lorsqu’il nous faut choisir entre le juste et l’injuste, dans l’intérêt du plus grand nombre ? Heureusement, ce moment n’était pas à venir, pas maintenant.

Une enjambée plus tard, il se retrouva à la dextre de son aïeul, où il admira comme il le faisait depuis sa prime jeunesse l’imposante Citée. Soudainement, d’innombrables images défilèrent devant ses yeux, se remémorant les interminables conversations père-fils qu’il avait entretenu à cet endroit même avec Godfroy. La manière qu’il fallait se comporter, autant dans le privé qu’en publique, l’art de guerroyer, comment courtiser la gente féminine … Puis, quelques paroles lancées l’interloqua. Alors, une fois qu’il en eut terminé, il lui répondit, empruntant un timbre de voix beaucoup plus calme et posé, comme si la tempête éphémère s’était dissipée : « Penser avec la tête, et non avec le cœur … » Affirmait-il, en levant le menton vers lui, pour établir un contact visuel. « Lorsque tu lui a passé les fers aux mains, as-tu seulement hésité, entre le cœur et la tête ? » La chose lancée non comme un reproche, mais plutôt comme un questionnement personnel, comme pour juger la bienveillance de son père. « Et oui, c’est effectivement ce que je vais tenter de faire. Au moins qu’elle ne soit pas malheureuse, pour le temps qu’elle aura à passer ici, ce serait dommage … »
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Dim 21 Aoû 2016 - 9:22

Le marquis leva les yeux un instant.

« Non, je n'ai pas hésité. »

Et c'était vrai. Aurait-il dû le faire ? Ce n'était point les questions qu'un dirigeant devait se poser. La chose était faite, et bientôt l'acte serait acquis aux yeux de tous, pour le meilleur ou pour le pire. Quant à rendre le séjour de la gamine agréable, c'était à présent la tâche de son héritier, et non celle du marquis. Cela, Godfroy s'en lavait dorénavant les mains. La main du colosse se posa sur l'épaule de son fils, qui avait encore fort à apprendre en, si les dieux le voulaient, peu de temps.

« Être un bon dirigeant, et être une bonne personne sont deux choses différentes, fils. Être l'un, ou l'autre, est déjà difficile. Mais être les deux sera l'oeuvre d'une vie. Tes vassaux seront habitués à tes bonnes décisions et à ta bonté, et au moindre de tes faux pas, on te blâmera pour milles maux, en oubliant tout le bien que tu as pu apporter à cette terre. Ta bonté ne doit pas exclure de la fermeté. Tes vassaux doivent t'admirer pour ton exemplarité, mais aussi te craindre pour ton sens de la justice. N'oublie point cela. »

Louis rappelait à Godfroy son propre aïeul dont il avait entendu les histoires, Aimé, le premier du nom, canonisé, dont la morale et la vertu forçaient l'admiration, même chez ses ennemis, si tant est qu'il en avait. C'était, sous des biens aspects, l'héritier d'un grand nombre de qualités de toute les branches de sa famille, et s'il en avait hérité des défauts, ceux-là tardaient à se montrer sous leur plus vilain jour.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Mar 23 Aoû 2016 - 22:32





Tous ces mots dictés avec autant de sagesse que de justesse étant lancés dans l’espoir non pas de corrompre son fils à la rigueur intransigeante d’un chef d’état, mais qu’il comprenne les sacrifices qu’il lui faudrait faire le moment venu. Sa mère avait peut-être trop déteint sur lui après tout. Peut-être aurait-il préféré avoir l’échine faite de fer, à l’instar de son paternel, qui jamais n’hésitait ni ne fléchissait lorsque de graves décisions se devaient d’être prises. Louis soupira lorsqu’il dû se rendre à l’évidence que la tâche serait fastidieuse et laborieuse avant d’être en mesure d’agir au même titre que son géniteur. Quant à la justice, Godefroy pouvait dormir à poings fermés car si sa progéniture fût considérée comme bienveillante, icelui n’en est pas moins très rigoureux en ce qui concerne le crime. La rédemption d’un homme dont les crimes entachent le nom se devait d’être purgé par la punition et en ceci, son avis ne divergeait pas de son père. Lorsque qu’une patte se posa contre son épaule, son menton se redressa en sa direction et croisa son regard, acquiesçant quelques fois à ses enseignements. « Tout cela fait du sens … Mais j’aurais aimé être à l’image de Jean … Eut été a ma place, il n’aurait jamais questionné, ni n’aurait eu le moindre remords. » Affirmait-t-il, le visage un brin tourmenté par la pression qu’il sentait grandissante. On attendait déjà de lui tant, que de savoir qu’un jour peut-être, tomberait sur sa tête toutes les responsabilités d’un Royaume, le rendait franchement anxieux. Ne pouvait-il pas se contenter d’exceller dans l’art de la guerre, qu’il fallait aussi performer en politique ?

Il soupira un moment, puis convint de lui donner raison sur toute la route et de tenter, au mieux, de le rassurer sur sa position. « Vous avez raison, sur toute la route … Il n’en tient qu’à moi de tracer adéquatement la ligne entre ce qui est bon et ce qui doit être fait, au nom des genses qui nous portent leur confiance. » Retrouvant un ton de voix plus respectueux, une fois que sa rage s'était complètement dissipée, le vouvoiement de nouveau au rendez-vous. Au moins laissa-t-il l'image qu'il avait compris les enjeux et sacrifices auquel il serait un jour l'instigateur.


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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Mer 24 Aoû 2016 - 8:13

Le marquis, adossé à la pierre, demeura silencieux un instant. Puis, après avoir émis un son grave, sans que l'on puisse savoir s'il s'agissait là d'une approbation, Godfroy se redressa.

« Suis moi. »

Godfroy quitta son bureau, laissant la porte cloutée entrouverte derrière lui. Il s'élança dans le dédale des couloirs de Cantharel, longeant la salle du trône par un passage escarpé, et, ouvrant une toute petite porte, s'engagea dans un escalier sombre sans prendre la peine de s'emparer d'une torche. Descendant d'un pas assuré les marches qu'il avait dévalé un si grand nombre de fois, il perçut au bout du tunnel les lumières réconfortantes de la sûreté visuelle, et là, son fils devinait où ils se trouvaient ; car devant eux, un grand nombre de stèles étaient là, de caveaux et de statues, de mausolées et de monuments, du plus humble au plus raffiné, tous alignés entre les poutres qui soutenaient la salle du trône.

« Ici reposent nos aïeux, ceux ayant dirigé cette terre. La première tombe est celle de Basthold l'Ancien, ayant régné au début du 7ème cycle. Reposent ici des hommes, et des femmes - parfois même des enfants, qui, à eux tous, sont un exemple de l'échec, parfois de la réussite, de leurs années de règne. Certains d'entre eux étaient adulés, mais leur mort laissa un vide sur la terre qu'ils avaient mal dirigés pendant des années. D'autres étaient haïs, mais le temps forgea l'empreinte d'un bon dirigeant. Mais la plupart étaient obsédés par le souvenir et la place qu'ils occuperaient après leur mort, à tel point qu'ils oubliaient d'en être le principal acteur.

Aucun, ici, n'a fait preuve de gravité, de fermeté, de justice ou de bonté simultanément. Certains ici inspiraient la peur de partir en guerre contre eux, mais peinaient à maintenir leur autorité stable à l'intérieur de leurs frontières. Et si un jour tu dois choisir, si un jour tu devais avoir à choisir de contenter ceux qui vivent dans les châteaux, ou ceux qui vivent dans les chaumières, n'oublie jamais qu'il n'existe point de chose plus versatile qu'un homme, mais que le peuple, s'il t'aime pour ta bonté, mais te craint pour ta justice, sera toujours plus enclin à te soutenir que les nobles : car il te craindra, plus qu'il ne t'appréciera, sans que l'un n'obscurcisse le second, ou que le second n'atténue le premier. »



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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Jeu 25 Aoû 2016 - 20:08




L’époque où son père jactait avec allégresse était désormais six pieds sous terre avec son aîné de frère. Les sourires s’étaient raréfiés, sorties père-fils à la chasse où à dos de canasson étaient révolues et il était vain de penser aux fois où il démontra à sa progéniture la fierté qu’il avait en son égard, puisqu’il semblait à priori, que ces moments ne se manifesteraient plus jamais de nouveau. Le respect qu’il lui vouait n’en était pas pour autant émécher ou entaché, seulement, le ton que prenait chacune de leurs discussions commençait à peser sur le fardeau qui pesait à ses épaules. Le rôle qu’il avait à jouer en cette histoire commençait à se concrétiser et les desseins qu’on lui réservait le dépassaient.

Endroit usuellement barricadé de gardes, la crypte lui avait toujours été proscrite à lui et à sa sœur sous raison qu’un jour viendrait où ils auraient à y aller en d’autres dessin que d’assouvir leur curiosité débordante. Il sembla que ce jour était enfin arrivé, car à leur approche, deux hallebardes s’écartèrent pour laisser libre accès au Marquis qui, dévalant les marches, aspirait à fouiner dans les entrailles de Cantharel afin de lire une page d’histoire à son fils.

Ainsi débuta un récital en l’honneur de leur illustre lignée. Tout petit encore, sa sainte Mère Judith lui racontait parfois l’histoire de ceux qui parmi la légende, s’étaient dessiné une place pour les décennies à venir. Or, il connaissait – pour la plupart, du moins – non pas comment ils sont décédés, mais comment ils ont vécus. Et alors que son père relatait la différence entre eux tous, lui expliquant concrètement ce qu’attendait le peuple de leur Suzerain, passant par les attentes des patriciens qui même en sous-nombre, se devaient aussi d’être contenté, la chose semblait de moins en moins évidente. Il en comprenait le sens et le besoin, en saisissait les subtilités, mais commençait à remettre en question ses agissements immédiats. « Me faut-il changer, Père ? J’entends, suis-je trop bon envers le peuple qu’à votre trépas, on ne me prendrait au sérieux ? Que dois-je changer ? » Lui demandait-il, alors qu’il se questionna quant à son comportement face à la menuaille.


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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Ven 26 Aoû 2016 - 14:04

Le marquis caressa un buste, siégeant sur le piédestal d'une des tombes. « Je ne sais pas, Louis. Je...je ne sais pas. Quoique tu fasses, restes toi même, sois un bon dirigeant et une bonne personne. Je ne serais plus là pour le voir, mais...Je suis déjà fier de ce que tu es, et de qui tu es. »

Le marquis sourit, avant de joindre ses mains au bas de son dos. Puis, continuant sa route parmi le dédale des tombes, Godfroy poursuivit son apprentissage, parlant d'une voix calme et basse, comme s'il ne souhaitait nullement déranger le repos des morts, comme si ces âmes en perdition l'écoutaient, bénissant ses dires, approuvant ses pensées, ou, au pire, ne manifestant leur désaccord que par le silence de leur mort.

« Un jour peut-être devras-tu juger un voleur, s'étant emparé d'une pomme pour nourrir sa fille n'ayant pas mangé pendant deux jours. Un jour, sûrement devras-tu juger l'un de tes proches conseillers pour avoir volé le coffre du marquisat alors que certains peinent à subsister. Et peut-être, par peur de représailles, ne le jugeras-tu même pas. Tu devras, un jour, te résoudre à des mauvaises actions, faites ou envisagées pour de bonnes raisons. Diriger n'est pas une affaire de bien, ou de mal, mais de nécessité, de résultat, et d'efficacité. Ta morale devra venir après cela, et si conflit subsiste, alors opte pour ce que ta tête te dicte de faire, non ton cœur, et si tu estimes avoir commis une erreur, alors rattrapes-toi sur ta prochaine décision. Voilà pourquoi une jeune fille suderonne partagera ta couche à partir du mois suivant, car ce qui compte c'est le mal que j'inflige à mes ennemis, la honte qui sera la leur quand le ventre de ta femme grossira, alors que moi, moi, mon fils, je serais fier de t'avoir donné une épouse, et satisfait d'avoir enfoncé ma botte dans la gorge de mes ennemis. Cela, mon fils, tu t'y résoudras tôt ou tard, car de nombreuses décisions sont encore à venir, des décisions que ni toi, ou ta mère, ou mes vassaux, ne pourront comprendre, mais que le temps et la sagesse illumineront comme l'aube éclaire la plaine. Et cela, mon fils, seul le temps te l'apprendra. »

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Sam 27 Aoû 2016 - 0:15





Au fil d’enchaîner les débats à propos de la droiture, de la vertu, du devoir, du bien et du mal, Louis commençait à entretenir quelques appréhensions quant à son houleux avenir. Si tant, qu’il commençait hélas, à négliger les belles années dans lesquelles il était présentement impliqué. Les récoltes allaient de bon train, plus que jamais sa relation avec sa sœur s’était renforcée et, ses deux parents, toujours vivants, ne semblaient souffrir d’aucuns maux, que pouvait-il demander de mieux ? Pourtant, un cumulus d’ennuis planait sur Cantharel et sous ce dernier, un Louis qui se devait d’apprendre à jongler avec soucis qui seraient un jour les siens.  De nouveau, toute ce que dictait son père faisait du sens, bien qu’il sut deux fois plutôt qu’une angoisser son puceau de fils.

D’abord, jamais il n’avait approché la chose de cet angle. Son paternel avait raison, il avait le doigt sur le vif du problème : Que devrait-il faire en de tels occasions, alors qu’une personne faute mais, qu’au détour de ce crime, en aurait découlé une noble raison ? Calquant le ton de voix de Godefroy, dans l’espoir de préserver l’ambiance respectueuse dans laquelle sommeillait les illustres macchabée de sa famille, Louis enchaîna : « Je vois où vous voulez en venir Père … Certaines décisions, supplantant ce qu’aurait voulu la bonté, la miséricorde où le devoir, se devront d’être prises parce qu’elles se doivent d’être prises, tout simplement. » Il laissa planer un silence alors que son regard vagabondait sur une des statues, celle de son grand-père, où il ajoutait comme pour défendre son ignorance. « Comprenez que ma situation n’est pas des plus aisées … Les temps sont troubles et agités, pour apprendre à son fils l’art de gouverner … Mais, quand bien même n’en aurais-je point compris toutes les subtilités dans les années à venir, je vous en fais ici la promesse, j’apprendrai. » Alors que son menton se redressait pour s’adresser à lui, dans l’espoir qu’icelui constate la franchise qui planait en sa voix, mais aussi en son regard. Vraiment, Louis comprenait mais ne savait s’il allait être en mesure de faire preuve du même discernement que son père, le jour venu.

Arrivé au fin fond de la crypte, alors que le cadre, ni le moment ne s’y prêtait, le jeune cerf ramena sur la table un sujet auquel son géniteur n’avait seulement frôlé la surface : « Et … Hmpf … Quant à cette suderonne … J’entends, hmpf … » Vraiment, le pauvre jouvenceau s’était éloigné de sa zone de confort, alors que son front commençait à s’empourprer. Sa main venait se gratter la nuque, inconfortablement positionné dans la discussion qu’il avait amorcée. « Me faudra-t-il vraiment lui faire un enfant? Je veux dire, les épousailles ne sont-elles pas suffisantes pour le message que vous désirez lui envoyer ? » Gauchement dit, alors que sa vue semblait fuir celle de son inquisiteur paternel. Loin d’être ignare du fait que son fils était toujours puceau, et sachant de surcroît ses compétences nuptiales légendaires, Godefroy pouvait dès lors faire des liens avec sa question singulière. « D’autant qu’on m’a affirmé qu’icelle était inconcevable, je ne peux me résoudre à lui ouvrir les cuisses contre son gré … » Ajoutait-il en argument ultime, dans l’espoir de se préserver d’elle et par le fait même, de sa timidité abondante.


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MessageSujet: Re: Le brame du Cerf | Louis   Sam 27 Aoû 2016 - 11:11

Le marquis leva un sourcil durant un court instant. Il avait oublié à quel point son fils pouvait être couard quand il s'agissait des femmes. Regardant son fils d'un air sévère, il avait tourné son visage derechef.

« Oh, oui, fils. Tu l'engrosseras. Et tu lui feras l'honneur de se joindre à l'une des plus grandes lignées du Nord, d'abandonner son misérable nom suderon, et d'être ta future marquise, et la mère du prochain marquis après toi. »

Le marquis s'en retourna entre les stèles, reprenant l'obscur sentier de la sortie, s'aventurant entre les faibles torches, ses pas lourds résonnant sur le marbre. « Et n'aie crainte à ce propos. Tu trouveras seul, en toi, la force de vaincre ta peur, et en bonne épouse, elle consentira à porter tes enfants. Après tout, elle consent à cette union, convaincue de la maquette de paix que cela pourrait édifier. J'espère qu'elle n'a pas tord. »

Posant la main sur l'épaule droite de son fils, il planta ses yeux anthracite dans les siens, parlant d'un ton ferme et sans appel. « Je ne tolérerais pas que le siège du marquisat échoue à quelque cousin éloigné, s'agrippant à notre lignée comme une putain à une bourse. En tant qu'homme, que mari, et suzerain, des héritiers tu concevras. Car elle, tout comme toi, aurez ce devoir d'ici peu, en tant qu'époux. Et n'aie crainte, fils. Tu y prendras goût bien assez tôt. » Riant à lèvres closes, le marquis reprit les escaliers qui l'avaient mené, quelques minutes plus tôt, au caveau dynastique.

« As-tu besoin d'autre chose ? »


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