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 Blocus du port de Sharas

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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Blocus du port de Sharas   Lun 15 Aoû 2016 - 19:41

8ème ennéade de Karfïas,
Sharas, port d'Olysséa



Une douzaine de galères fendaient les flots à une vitesse prodigieuse, les fiers dromons, fleurons de la marine, en tête de formation. Derrière venaient les galées de tonnage inférieur, mais non moins mortelles lorsque venait l’heure de la bataille. Suivaient huit autres navires de la Marine Royale, battant pavillon d’argent parsemé aux lys d’or. Les rames plongeaient dans la mer pour la labourer, toutes synchrones grâce au son guttural du chant du céleuste. Les pauvres hères qui trimaient tout le jour durant à faire se mouvoir ces mastodontes l’avaient tous mérité, forçats qu’ils étaient. Tous des repris de justice, des proscrits, des gibiers de potence. Ils avaient pensé que leurs actions pourraient leur octroyer un éphémère bonheur. Et depuis le fatidique jugement divin, ils n’avaient connu que l’enfer. Celui du pont inférieur, des entraves brûlantes, et des rames lourdes et harassantes. Sous le regard sévère du garde-chiourme, les hommes se mouvaient en parfaite harmonie, dans l’ordre et la discipline. Tous craignaient la morsure du fouet, et le terrible supplice de la quille…

Sur le pont supérieur, loin des horreurs du contrebas, un homme faisait les cent pas. Il n’avait rien d’ordinaire, dans son armure d’officier langecin, et ceint de sa bande rouge d’amiral. Sa jambe de bois résonnait sur les planches du dromon, alors qu’il attendait patiemment quelque chose. Son nom était Enrico di Montecale, et il était le Baron de Nelen. Son visage était crispé, à la fois par l’impatience, et par la crainte d’arriver trop tard. Tout chamboulé qu’il était d’apprendre que son suzerain s’était fait kidnapper par l’infâme Marquis du Berthildois, voilà que l’Amiral Amderran lui posait un lapin. Enrico avait bien remarqué que cette vipère n’avait pas apprécié qu’il prenne la tête des opérations. Il ne voulait sans doute pas passer pour un faiblard ne méritant pas son titre, et faisait comprendre au Baron qu’il n’était pas maître de cet escadre. Pourtant, n’avait-il pas été nommé commodore de la flottille ? Lorsque la nouvelle était tombée, tous avaient voulu le meilleur sur le coup. Et il se trouvait qu’ils en avaient un à disposition.

Venu en urgence depuis Diantra, le Démon à Jambe de Bois n’avait pas chômé. Il avait passé plusieurs nuits à peaufiner son plan, avec l’aide de son frère Albano, qui lui servait dès lors de bosco. Amderran n’avait rejoint la flotte que lors de l’embarquement, snobant avec superbe les frères Montecale pour annoncer qu’il prendrait la tête des opérations. Mais, les ordres ducaux étaient clairs ; Enrico avait carte blanche, Amderran devrait le suivre. Si officiellement, c’était l’amiral qui était aux commandes, dans les faits, c’était le héros de Nelen qui s’occupait de tout.

Perdu dans ses pensées, Enrico en fut sorti brutalement par le vigile du nid-de-pie.


« Sharas, monseigneur ! »


~ Terre en vue ~


L’ancien amiral leva la tête, avant de se diriger à grands pas vers la proue, suivi de près par Albano et quelques sous-officiers aux visages déterminés. Enrico concentra son regard froid sur le port olysséan. Il était beau, sous le soleil d’été, avec les navires de pêche qui paressaient doucement à l’entrée de celui-ci. A la vue des dromons, les pêcheurs remontaient vite leurs filets, pour essayer de s’en aller. L’une des petites embarcations fut néanmoins trop lente, et le rostre métallique du navire de guerre la percuta avec force et rapidité. Les planches volèrent en éclats, et le cri du pêcheur fut noyé dans l’écume, alors que son corps passait sans doute sous la coque.

Enrico n’y fit pas attention. Il était concentré sur son objectif. Derrière ce port se trouvait son suzerain. Sharas était la première étape du périple, qui le mènerait à libérer celui qu’il avait juré de protéger. La mort attendrait ceux ou celles qui se mettraient sur son chemin, jusqu’à ce que Tyra en décide autrement. Se tournant à moitié, les mains posées sur le bastingage avant, Enrico dit à ses officiers :

« Formation en demi-cercle, les dromons au centre. Je veux voir les armes chargées et braquées sur le port. La flotte olysséane est sans doute déjà avertie, elle ne tardera peut-être pas à tenter une sortie. Cavard, faites passer l’ordre aux galères royales de se tenir prêtes sur le flanc droit. Merlot, prenez deux barques, et allez répandre notre arme secrète entre notre formation et le port. N’allez pas trop loin, mais prenez garde à ne pas non plus être trop près de nous. »

Les deux hommes s’en allèrent promptement. Ne restait plus qu’Albano et Calibaci.

« Calibaci, prenez une chaloupe. Vous irez réclamer la reddition de Sharas. Cela m’étonnerait qu’ils acceptent déjà maintenant, mais cela devrait retarder leurs préparatifs, au cas où ils tenteraient une sortie. Le parchemin de sommation est cloué sur la porte de ma cabine. »

L’homme fit la moue, mais s’exécuta sans discuter. Albano était encore là, et dès que l’ombre de Calibaci disparut derrière le mat principal, Enrico lâcha un soupir.

« Les renforts viendront d’Isgaard et du sud. Notre écrasante supériorité va clouer la marine olysséane sur place. Nos plans sont infaillibles, Albano. Infaillibles. Tu t’en souviens ? »

Le cadet acquiesça vivement, la main sur la poignée de son épée.

« On a passé des journées à les répéter, Rico… Je crois que je les connais aussi bien que toi. »

L’estropié sourit un instant, tapotant l’épaule de son frère, avant de l’attirer à côté de lui. Albano regarda le port de Sharas, où des petits groupes de personnes semblaient s’agiter. Il vit la chaloupe s’avancer vers Sharas, portant haut et fier la bannière de Langehack. Soudainement intrigué, il plissa les yeux.

« Et pourquoi écouteraient-ils les termes de reddition ? Ils pourraient tout aussi bien leur rire au nez et se préparer à l’attaque… »

Enrico secoua la tête.

« Réfléchis deux secondes, Albano. Ils sont en infériorité numérique, face à un ennemi expérimenté, qui débarque avec des vaisseaux neufs et parés au combat. Seul un imbécile n’écouterait pas au moins ce que le chef d’une telle force aurait à dire. Qui plus est, j’ai été assez indulgent et honorable pour que mon offre puisse les intéresser… »

Albano regarda son frère dans les yeux.

« … Et qu’ils l’acceptent ? »


Enrico ricana.

« Bons dieux, non. J’ai assez d’expérience pour savoir qu’ils refuseront. Mais cela ne pourra que nous donner du temps pour notre petit plan. Tu saisis ? »

Le cadet sourit, hochant de la tête. Les deux frères Montecale tournèrent finalement le dos à la proue, pour se diriger vers le centre du dromon, qui organisait la mise en place de la formation, alors que les barques de Merlot se chargeaient de répandre un liquide poisseux au nord de leur position.

Sous le soleil radieux de l’été, le blocus de Sharas pouvait commencer.

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Dernière édition par Enrico di Montecale le Dim 16 Oct 2016 - 13:18, édité 1 fois
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Blocus du port de Sharas   Mer 31 Aoû 2016 - 23:56

Le blocus était déjà bien en place, et si les navires Langecins tenaient le port de Sharas, ceux du roi semblaient s'en donner à cœur joie dans les raids côtiers. Dans le port, la substance noirâtre qui flottait laissait présager le pire, quant à la toile de surveillance des eaux Missédoises qu'Arnaut et Renard avaient mis en place, elle s'était resserrée sur toute la côte entre Beaurivages et Isgaard. Seuls les navires marchands Etherniens en direction de Missède ou du Langehack avaient le droit de franchir la ligne de navire par respect pour Jérôme de Clairssac. Des navires lourdement armés avaient été amenés jusqu'aux abords de Sharas comme soutient... Et à leurs bord, sous bonne escorte, les quelques mages que Missède avait accueilli ces dernières années, que ce soit lors de la débâcle de Diantra ou par la simple inclinaison d'un Baron sensible aux possibilités qu'offrait l'art des arcanes.

Le nombre de troupes présentes sur les navires pour un blocus naval et quelques échauffourée pouvait semblé aberrant... mais Arnaut n'était pas homme a se contenter d'une vengeance à armes égales. Son objectif était bien sûr de récupérer le duc en vie... Mais cela ne se ferait pas sans que Sainte Berthilde paye le prix du sang et de la trahison.


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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Blocus du port de Sharas   Dim 9 Oct 2016 - 22:30


3ème ennéade de Favriüs,
Sharas, port d'Olysséa



L’aube embrasait à nouveau l’horizon. Sharas se réveillerait à nouveau avec morne et amertume. Cela faisait bien trois ou quatre ennéades déjà que les marchands rebroussaient chemin, ne pouvant embarquer leurs denrées au port de ce qu’ils appelaient ‘Ydril de l’Est’. Les bateaux n’avaient pas bougé, et du côté des coalisés, l’attente ne posait pas de problème. Enrico di Montecale avait prévu quelques barriques, dont la consommation était à surveiller, mais qui permettait aux hommes de ne pas perdre le moral. Beaucoup jouaient aux osselets, certains pêchaient ou se racontaient des histoires. Ils savaient très bien que leur nombre faisait réfléchir à deux fois les Olysséans quant à une possible attaque, alors, tant qu’à faire, ils profitaient de l’accalmie pour bâiller aux corneilles entre deux séances d’entretien du pont.

Sortant de sa cabine, le jeune Albano, frère du Baron de Nelen, se dirigea vers le petit groupe d’officiers réuni sur le pont. Ils étaient trois, et discutaient de choses et d’autres. L’un d’eux se retourna, pour voir saluer le cadet Montecale. Les autres firent alors de même, et Albano leva une main.

« Rompez. Où est le seigneur Amderran ? Calibaci ? »

Le jeune officier se gratta la nuque.

« Hum… Il a préféré faire la grasse matinée, commandant. »


Albano en resta bouche bée.

« Mais… il sait que c’est aujourd’hui que… »


Il soupira. Il savait au fond qu’il ne faisait ça que pour le tourner en ridicule. Néanmoins, il s’était attendu à autre chose de la part d’un homme doté d’un pareil titre. Posant une main sur le pommeau de son épée, il reprit contenance.

« Bon. Merlot, vous savez ce que vous avez à faire. Allez avertir les autres avec le code. Tous les bateaux, langecins et royaux, doivent être opérationnels au point du jour, quand le soleil est complètement sorti de la mer. Calibaci, avertissez les navires missédois, qu’ils se tiennent prêts à agir si le blocus est forcé. »

Les officiers saluèrent, et se mirent tout de suite à la tâche. Albano souffla un instant, agrippant la poignée de son arme. Son cœur commençait à battre plus fort, et une étrange sensation s’emparait de lui. Il se dirigea vers le bastingage, sortant un vélin d’une de ses manches. Il le relut de long en large, puis le jeta par terre. Enrico avait eu raison. Ils n’avaient pas accepté du premier coup. Leur fierté et leur moral encore au beau fixe les faisaient tenir. Ils pensaient avoir une chance de victoire, même infime, à moins que ce ne soit la lassitude du blocus qu’ils espéraient avec tant d’ardeur ? Néanmoins, Albano allait changer cela. Son frère lui avait expliqué plusieurs fois ce qu’il devrait faire. Et c’est avec une grande excitation qu’il allait s’acquitter de sa tâche, prêt à anéantir la flottille adverse.

Il sourit en regardant le port seulement garni de quelques sentinelles.

« Un réveil plus efficace qu’un son de cloche… »






Deux sentinelles rêvassaient en Sharas, alors que l’aurore s’étendait peu à peu dans le ciel, comme un thé infusant dans de l’eau. Ils étaient assis sur deux petites chaises de bois, une table entre eux deux, à l’endroit du port où d’habitude passaient des centaines de personnes chaque jour. Aujourd’hui, bien évidemment, pas un chat. Et les deux hommes s’ennuyaient sec. Le plus moustachu des deux, un grand brun nommé Joris, finit le fon de son godet d’hier soir, emmitouflé qu’il était dans une sorte de grosse couverture, qu’il avait passée par-dessus son armure. Il regarda l’ami Jasper, son compagnon d’armes depuis bientôt six ans, et lui dit tout à coup :

« Moi, j’trouve que c’est bien un blocus comme ça. »

Son ami releva sa grosse tignasse blonde de la paume de sa main, et regarda le moustachu d’un air suspicieux.

« J’avoue, j’te suis pas là, Joris… Qu’est-ce qu’y a de bien dans un blocus ? »

L’intéressé reposa son godet, et fit claquer sa langue.

« Moi j’vois pas tout ce qui est commercial, coconomique, paulitique et toutes ces conneries qui m’concernent pas. J’vois plutôt un port tranquille, zen, et calme comme il l’a jamais été auparavant ! Plus facile à surveiller, c’t’un poste simple à tenir, et ça permet de se détendre pendant qu’ils s’engueulent plus haut dans la ville. T’en penses quoi ? »

Jasper lui lança un regard interrogateur, avant de rouler des yeux.

« J’en pense que t’es un gros flemmard, Jo’. Ça t’fait ni chaud ni froid de savoir qu’y a des gens à même pas deux cent pas venus pour pourrir notre ville ? T’as une femme et trois chiards j’te rappelle. Tu devrais plutôt penser à leur protection qu’à boire toute la journée et tirer au flanc ! »


Joris posa sur lui un étrange regard, intrigué. Il se lustra la moustache, le coude posé contre la table.

« Dis, tu m’as l’air bien de mauvaise humeur ce matin, mon gars. »


Jasper soupira, se frottant les tempes.

« C’est la cuite d’hier soir qui m’a mis mal. J’ai un peu trop chargé la mule, j’crois. Je sens comme un gros marteau qui me défonce le cr… »


Un bruit tonitruant retentit, et Joris fut projeté sur le côté, hébété et confus. Un nuage de poussière s’élevait devant lui, alors qu’il était à terre, tentant de se relever en se dépêtrant de la couette qui le maintenait au chaud. Une fois à genou, la tête tournant encore légèrement, il chercha son ami du regard, qu’il devait plisser à cause de la poussière.

« … Jasper ? »

Il regarda à l’endroit où ils étaient, et, en se relevant, il eut un haut-le-cœur. Le corps de Jasper semblait aller très bien. Sa tête, bon, légèrement moins bien. Il sentit ses tripes se soulever lorsqu’il vit l’œil de son défunt compagnon à ses pieds. Il se retourna, cherchant un appui quelque part. Soudain, une compagnie de soldats arriva en trottant à l’endroit de l’impact, hurlant des questions, demandant des explications. La main de Joris s’agrippa à une épaulière, et il rendit tout son casse-dalle du soir sur de belles bottes bien cirées. Il sentit qu’on le poussait vers l’arrière, et en relevant la tête, reconnut avec horreur le commandant Agénor… Oh par les dieux… Il venait de dégobiller sur les chaussures d’Agénor Kalsder… La boulette.

C’était un homme grand et malgré tout bedonnant. Il avait de longs cheveux noirs, et une barbe poivre-sel, encadrant un visage rendu furieux à la vue de ses magnifiques bottes souillées par le vomi d’un soldat. Il grogna.

« Ha NON ! J’les ai faites cirer y a une heure ! »

Plusieurs sifflements retentirent au-dessus du port. Les hommes levèrent les yeux, pour voir avec horreur des boulets s’abattre avec force sur des parties du port… et sur les bateaux mouillant sur les quais ! Les yeux d’Agénor s’écarquillèrent, lorsqu’il vit le Margoulin recevoir un gros boulet en travers du pont, descendant plusieurs étages, et causant des dégâts irrémédiables à la fière galéasse… Il jeta un regard empli de colère vers les galères ennemies, faisant un pas vers les quais.

« D’abord, on vomit sur mes chausses… ensuite, on tente de couler mon précieux petit trésor… »

Il regarda sa compagnie, entendant siffler à nouveau le boulet d’un des couillards langecins, qui alla s’écraser contre le mât d’une galère. Levant le poing, Agénor lança :

« Tous aux scorpions, les loupiots ! J’resterai pas assis à les regarder massacrer nos bateaux ! On va les fumer, ces enculés ! »


Une grande acclamation générale retentit, alors que des groupes de servants sortaient des casernes sous le bruit du tocsin pour rejoindre les armes de trait, et tenter de sauver les galères prises sous le feu ennemi. Beaucoup avançaient avec prudence, s’attendant à finir comme le pauvre Jasper. Mais le charisme de leur commandant leur insuffla le coup de pouce nécessaire pour investir les postes de tir, et tenter de charger les armes le plus vite possible, avant que les dromons ennemis ne fassent machine arrière.

Le port se remplissait à vue d’œil, soumis au pilonnage des coalisés. Port qui avait été si calme, ce matin. Port désormais transformé en une véritable bouilloire, et un futur enfer pour tous…

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MessageSujet: Re: Blocus du port de Sharas   Dim 16 Oct 2016 - 15:25


Albano regardait les Olysséans, tels des fourmis, qui arrivaient peu à peu aux postes de tirs des fameux et terrifiants scorpions. Il sourit. L’heure était venue. Il avait fait assez de dégâts. Son frère lui avait bien dit qu’il faudrait être prudent, et mettre au plus tôt la plus grande distance entre les engins de mort ennemis et les coques des dromons qui avaient osé s’approcher si près. Ils devaient à présent reculer, pour espérer que les traits meurtriers ne se plantent que dans les pavesades. Albano tonna un ordre :

« On m’active ces chiourmes de rameurs, on cule ! Tous synchrones ! »


L’ordre fut relégué de navire en navire, et tous firent ainsi machine arrière, s’aidant de leurs puissantes rames, et de la sueur de leurs prisonniers pour s’extirper de la zone de tir. Car bientôt, la mer serait couverte de barbillons, plongeant vers la mer comme pour aller blesser Tyra elle-même. Albano regarda avec attention les dromons se retirer tout doucement vers l’arrière, à l’abri, près des navires royaux et missédois. Puis, il se rendit compte qu’ils allaient bien vite, comparé à eux, et il plissa les yeux. Son regard passa sur Calibaci, qui regarda les rames. Ce qu’il vit le laissa perplexe, et il se dirigea en courant vers l’entrée du pont inférieur. Il dévala les escaliers quatre à quatre, et disparut de la vue d’Albano, qui commençait à se demander ce qu’il pouvait bien se passer.

Il entendit des bruits étranges. Comme des cris, des échauffourées. Il jura entendre le tintement des lames, et, mu par la curiosité et la peur, il dégaina son épée et prit le même chemin que son enseigne. Lorsqu’il fut en bas, une scène horrible se déroulait devant lui.

Calibaci était blessé, mais vivant. Autour de lui, trois hommes gisaient, panses ouvertes. Et plus loin encore, dans les rangs de la chiourme, des rameurs avaient été massacrés sans pitié. Des hommes s’agrippaient aux rames en gémissant, ou tentaient de s’arracher leurs entraves, paniqués à l’idée de subir le même sort que leurs compagnons d’infortunes. Albano était paralysé par ce qu’il voyait. Que c’était-il donc passé, par les Cinq ?! Il interrogea Calibaci du regard. Ce dernier se faisait un garrot avec un pan de sa chemise. Il avait une fois paniquée.

« Merlot est mort ! Quand j’ai vu les rames s’immobiliser à vue d’œil, ou être secouées dans tous les sens, j’ai tout de suite su qu’il y avait un problème, mais de là à… Par les dieux, Albano ! C’est du sabotage infâme, Albano ! »


Ses yeux fous étaient posés sur le jeune capitaine. Ce dernier avait les mains qui tremblaient, il commençait à sentir de la sueur dans son dos. Non, ce n’était pas possible… Pas maintenant ! Il rengaina son épée, après s’y être pris à trois fois pour trouver le chemin de son fourreau, puis remonta les escaliers avec les jambes plus lourdes que du plomb. Dès que sa tête dépassa le pont, il regarda le ciel matinal, en direction de Sharas. Ce qu’il y vit le glaça d’effroi.

Des traits retombèrent avec force sur le navire, perforant par surprise les planches, les mâts, et les hommes. De nombreux matelots ne s’y attendaient pas, et finirent transpercés de part en part par les javelines mortelles, qui clouaient leurs proies au pont du navire dans un ignoble gargouillis. La panique se généralisa, à la vue des corps mutilés. Certains traits s’étaient si bien fichés dans le pont qu’ils l’avaient traversé. Un rapide coup d’œil en contrebas, et Albano entendait les cris de douleur des galériens touchés. Il tomba à la renverse, roulant en bas pour atterrir à nouveau dans le pont inférieur. Là, Calibaci regardait avec horreur les traits plantés entre les homoplates des morts et des vivants… Albano se releva avec peine, les membres toujours lourds.

« Calibaci… CALIBACI ! Regarde-moi… »


L’homme eut peine à détacher son regard du spectacle, mais finit par être accroché par le regard d’Albano.

« Allons-nous en ! Allons rejoindre les autres dromons ! Ils auront vu que le bateau a des problèmes, ils enverront peut-être une fuste récupérer des survivants ! Vite ! »

L’officier blessé acquiesça, et se dirigea vers Albano vers le pont supérieur, qui devait ressembler à un véritable enfer. Entre les cris, les râles, et les pleurs, certains hommes sautaient à l’eau, bien que la plupart ne sache pas du tout nager. Albano inspira un grand coup, et se dirigea vers le bastingage, en compagnie du dernier homme de confiance qui lui restait. Soudain, une réalisation le frappa.

« Où est le seigneur Amderran ? »

Son regard passa vers l’arrière du navire. Le canot manquait. Il calcula froidement ce que cela pouvait annoncer. Personne ne l’avait vu l’emprunter, il était donc parti bien avant le début des opérations. C’était donc cela, sa ‘grasse matinée’… Albano sourit malgré lui.

« Ha, l’enflure… »


Soudain, une nouvelle pluie s’abattit sur le navire perdu. Des traits se plantèrent partout sur le pont, fauchant encore de nouvelles vies, même de pauvres naufragés qui tentaient leur chance à la nage. Une douleur aigüe explosa dans la jambe d’Albano, qui hurla, et se jeta à terre, ne pouvant plus bouger. Calibaci jura, et évita de justesse un trait de mort qui alla se ficher entre ses jambes. Lorsqu’il releva la tête, son capitaine était cloué au pont, le mollet rougi de son propre sang. Il voulut l’aider, mais dès qu’il vit une autre salve s’élever dans les airs, il y renonça bien vite, et sauta par-dessus la pavesade pour atterrir dans l’eau avec la grâce d’un sac de farine.

Le capitaine Albano ne faisait plus qu’un avec le dromon. Sa jambe et l’un de ses bras étaient entravés, et le sel de ses larmes ne tarderait pas à rejoindre celui de la mer. Il le savait. Il était condamné. Faiblement, il agrippa son petit talisman, celui qu’il avait acheté à cinq pièces sur un petit marché. Un pendentif censé représenter un symbole de Tyra. Il murmura une petite prière, entrecoupée de sanglots, avant d’entendre un bourdonnement sourd filer le vent au-dessus de ses oreilles…





Lorsqu’une dernière salve s’abattit avec force sur le dromon sabordé, Alcion d’Amderran plissa légèrement les yeux. A cette distance, il entendait parfaitement les cris de souffrance des marins. Pourtant, il ne regrettait nullement son action. Qui était-il, ce jeune freluquet, pour penser lui donner des ordres ? Être le frère du héros de Nelen n’était pas une raison assez valable pour qu’il puisse imaginer pouvoir commander au véritable amiral ! Il avait payé son erreur de sa vie… Mais le monde continuerait de tourner, et le blocus resterait en place. Son seul regret était de ne pas avoir eu les deux frères en même temps, sur ce navire. Voir ce parvenu devenir baron sous prétexte que le duc Oschide était un grand ami, voilà une perspective qui lui avait retourné les entrailles.

Il se tourna vers l’un de ses serviteurs, qui avait les yeux rivés sur l’odieux spectacle. Il tenait une lettre en main. Alcion l’attrapa.

« Donne-moi ça. »


L’homme lâcha la lettre, que le seigneur d’Amderran ouvrit. Le cachet était le dragon des Systoli. Il parcourut les quelques lignes à voix basse, avant de relever la tête. Il se fendit d’un petit sourire, et rit légèrement, attirant des regards interrogateurs sur lui. Le vieillard jeta alors la lettre à terre, s’appuyant sur le bastingage.

« Ha, ces Ydrilotes… »


Les renforts promis par Arichis d’Anoszia ne viendraient pas. Ils avaient rebroussé chemin. Le blocus ne se transformerait donc jamais en siège, non… Et la tentative de cet arriviste de Montecale tombait à l’eau. Il se gratta la barbe.

« Nous resterons à bloquer ce port autant de temps que le désirera la Duchesse, mais pas question de me risquer à attaquer le port et à finir comme ces pauvres bougres… Hum, Gislain ? Notez. »

Un gratte-papier se présenta dans le dos du seigneur langecin, qui dicta ses mots avec clarté, et en se tirant légèrement sa moustache blanchie.

« C’est de sa propre initiative saugrenue que le capitaine Albano Montecale, sous le conseil de son frère, se décida à venger le Duc Oschide d’Anoszia en prenant le commandement d’un dromon, et en tentant un assaut désespéré contre le port. Par la grâce des Cinq, j’ai miraculeusement survécu à cette folie guerrière, et repris en main le commandement sur un autre navire. Faites-moi une belle lettre de tout ceci, Gislain. Et, n’oubliez pas de mentionner que l’assaut a non seulement coûté la vie à des marins langecins, mais également à l’illustre capitaine Albano. Allez… »


Le greffier courba l’échine, puis se dirigea vers la cabine. Au loin, alors que les cloches de Sharas sonnaient les matines, des hommes arrivaient à la nage vers les galères langecines. Alcion regarda ces hommes froidement.

« Edalric, vous veillerez à questionner ces hommes sur ce qu’ils ont vu. Je veux des rapports complets… entendu ? »

Le lieutenant acquiesça, et s’en alla également. Alcion embrassait du regard une vision apocalyptique. Un navire percé de nombreux traits, penché sur le côté, flottait à présent comme un cimetière effrayant. Les cadavres resteraient longtemps sur le navire, avant de pouvoir rejoindre les flots de Tyra. Et parmi eux, certains agoniseraient encore des heures, voire des jours, avant d’être emportés par la mort, ou que l’eau ne finisse par envahir le pont, noyant les survivants, et précipitant le lieu du drame vers les tréfonds du Royaume sous-marin…

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MessageSujet: Re: Blocus du port de Sharas   Dim 5 Mar 2017 - 22:58


3ème ennéade de Barkios,
Sharas, port d'Olysséa

Cela faisait un mois et demi que le blocus tenait les alentours de Sharas et ralentissait le commerce de tout le golfe en contrôlant  un bon nombre de navires marchands non langecins pour vérifier qu'aucune marchandise associée de près ou de loin à Sainte-Berthilde ne franchissait le barrage qu'ils avaient mis en place. Et pourtant, chacun avait pris soin de ne mettre aucun zèle dans cet étrange stationnement. Le vent se faisait plus froid, le soleil plus timide, et les esprits devenaient de plus en plus fébriles à l'idée de rentrer à bon port.

Depuis quelques ennéades déjà, les navires de Missèdes avaient commencé à mouiller à Isgaard sur des périodes de plus en plus longues pour s’approvisionner… et au final la tendance avait gagné toutes les factions présentes, que ce soit en direction de Chiard ou d'Isgaard. Aucun ordre de la duchesse ou de l'un de ses grands vassaux ne vint reconsolider l'armada. Les Capitaines étaient de plus en plus livrés à eux-mêmes… et le cœur ne semblait plus y être.

Puis arriva la nouvelle de la mort de Godefroy. Celui qui avait enlevé et causé la mort du duc l'avait rejoint dans des circonstances que les messagers ne semblaient pas vouloir expliciter. Certains disaient qu'il avait été empoisonné, d'autres qu'il était mort d'une maladie particulièrement violente, d'autres enfin qu'il avait été assassiné par des espions langecins ou qu'il aurait attrapé la chtouille en déflorant la jeune Anoszia avant sa nuit de noce ; raison pour laquelle, d'après eux, elle se serait donné la mort.

Mais qu'importe la cause, le décès était avéré. Et sans ennemi fédérateur, les vassaux reprirent peu à peu leurs navires, laissant le blocus s'effilocher jusqu'à ce que même les plus fervents langecins soient obligés de se rendre à l'évidence : cette longue attente était terminée.

Ainsi les navires regagnèrent leurs ports d'attaches : Isgaard, Chiar, Nelen, Tall, Azalie, Amderran.

Sur le château arrière de son dromon, Alcion d'Amderran regardait avec satisfaction la cité portuaire s'éloigner. Les travaux de reconstruction des tours et murs éreintés par le suicidaire coup d'éclat de ces arrivistes de Montecale étaient déjà bien avancés mais, étrangement, il ne gardait aucune rancune de ce long automne passé sur les flots. Au moins, les tournants désastreux que prenaient la politique langecine étaient restés de lointains nuages pendant quelques ennéades supplémentaires...

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Ombre fugace
Maître de ton destin

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Blocus du port de Sharas
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