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 Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn

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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn   Lun 22 Aoû 2016 - 16:38


Quel est le temps Cléophas ; et l’heure à laquelle se lèveront les corps de tous ceux tombés au Nom d’une cause dont ils ne savaient rien ? A voir les terres, les landes, les steppes foulées, retournées, labourées par les soldats et les morts, il te venait la certitude que bientôt s’extirperaient de la tourbe encore gorgée de sang, les cadavres de ceux qui y avaient succombé. Du haut de cette tour de Soltariel, il te semblait voir l’entière Péninsule s’avachir à tes pieds, ses collines boisées et ses bois giboyeux, ses hautes montagnes aux reflets de jaspe et derrière les steppes battues par l’iode et les vents – ce pays de Sainte Berthilde qui n’avait connu que les prophètes et le sang. Plus loin encore, passées les campagnes austères où l’on distille la foi en nombreuses piétés, la lande serramiroise et l’épave qu’on appelait encore pays de Sgarde. Ce rempart, naguère fier, maintenant branlant, tenait tête à l’Adurie ténébreuse, ce territoire mi-bois mi-mort qui servait d’orée au Royaume Eternel. Plus loin, tu ne voyais plus rien…

Que connaissais-tu de ces terres, de ces forêts immenses où, disait-on, s’élèvent des cités plus blanches que la neige et des tours plus hautes que les cieux ? L’Olëandir, ses rives inaccostées, ses côtes mouillées par des eaux glaciales que nul navigateur n’a jamais goutées, ses futaies épaisses où se côtoient dans une symbiose préternaturelle fauves et troupeaux ; cette terre où la lune est comme un deuxième soleil, déposant sur le visage de ses enfants immortels son éclat d’argent, discret apanage de ce peuple dont on ne connaissait plus même la langue ni l’apprêt. Entre les Elfes et les Hommes, le sang coulait, moins sans doute que les rigoles qui empourpraient la Péninsule, mais il restait une plaie toujours ouverte qu’on tentait tant bien que mal d’oublier. Cette terre humaine en se retournant sur elle-même retourna aussi sur elle-même son désir de conquête, sa soif de chaos, de rupture et de sang.

Lorsque les Drows attaquèrent ce qui fut encore il y a quelques temps la marche septentrionale du Royaume, tu eus le maigre espoir de voir s’unir les seigneurs félons pour contrer l’offensive. Tu eus l’espoir de voir surgir des bois enchantés d’Olëandir des légions d’Elfes qui seraient la digue ultime contre laquelle se briserait la déferlante ennemie. En vain. Les victoires se firent dans le silence, la nuit, sans gloire aucune, sans alliances non plus. L’invasion ne fut rien moins qu’un nuage sombre dans un horizon déjà chargé, dispersé par le vent, il laissa la place à d’autres panaches obscurs et leurs lots de grêles et de calamités. Le ciel du Grand Soltaar tenait encore sa couleur, mais déjà tu voyais poindre l’ombrage de conflits larvés, de querelles qu’on crut enterrées mais qui se relèveraient bientôt. Le Sud, plus que n’importe quel autre endroit dans ce monde, tenait au sang, au rang et à l’honneur ; pas de cet honneur chevaleresque que l’on défend dans les lices, mais de cet honneur pour lequel on serait prêt à crucifier, torturer et mourir. Sous les arcades blanchies à la chaux des palais soltaris se dressaient cabales et ignominies, en ce pays où les hommes ne se battaient plus pour des terres ou des titres sinon pour défendre leur fierté. Ah, Cléophas ! Y avait-il encore en ce monde un lieu qui respirât la paix ? L’Estrévent faisait comme si les Drows ne se massaient pas à leurs portes, les Nains tentaient toujours de retrouver une gloire dont ils savaient perdue à jamais et les Elfes, les Elfes enfin se disputaient –à ce que disaient les rumeurs colportées par les druides et les caravanes- sur des questions qu’eux seuls pouvaient comprendre.

Les troubles pouvaient agiter la Péninsule, tu ne parvenais à détourner ton attention de ce Royaume, refuge d’énigmes et d’illusions qui pouvait bien être la clef aux problèmes qui écharpaient le monde. Sans le savoir, ce peuple désengagé de tout, sur lequel le temps ne trouvait nulle prise, cachait –qui sait- une vocation messianique héritée de leur parenté plus divine que la tienne. La seule chose qui retenait les Sombres de déferler sur le reste des peuples était encore leur impossibilité à s’unir, eux-aussi, preuve que la désunion ne pouvait rien enfanter de bon. Tu ne verrais sans doute pas le jour que les légions de tous les peuples s’affronteraient face à face et après tout, tu ne souhaitais pas qu’il arrivât. Par la grâce des Dieux et par la folie de certains hommes, tu étais devenu le Gardien d’un Royaume qui ne te reconnaissait pas. Toujours était-il, Cléophas, que tu désirais mener à bien cette mission que les Rois défunts, dans leur sagesse d’après la mort, t’avaient confiée. A défaut de pouvoir garder le Royaume de ses sapeurs, tu aspirais à le défendre de ceux qui l’assiégeraient plus tard en évitant tout simplement qu’ils pussent un jour atteindre les remparts de cette forteresse exténuée qu’était la Péninsule car derrière cette carcasse qui commençait à s’effriter, il n’y avait plus un homme qui vaille. Pas un seigneur qui s’intéressât à autre chose que son trône éphémère, pas un maréchal qui fît autre chose qu’engloutir les privilèges que son titre lui conférait, pas un chevalier qui cherchât autre chose que les chaudes cuisses d’une damoiselle à remplir.

Sans doute restait-il des vertueux mais où étaient-ils ceux-là alors que le Royaume, plus que jamais, avait besoin d’eux ? Exilés, désabusés, ils formaient le lot de ces paladins errants échangeant leurs talents et leur compassion aux paysans et bannerets en échange de quoi passer le jour et la nuit. Tu les connaissais, ceux-là, pour les avoir longtemps reçus à Merval puis Diantra, pour les avoir croisés dans les auberges éraçonnes, pour les avoir aperçus sur les champs de bataille à chercher parmi les montagnes de cadavres en putréfaction quelque bijou à revendre. On les disait sans honneur, tu les savais sans serments. Plus nobles que d’autres, ceux-là refusaient les galanteries, les fards et les mensonges de la cour pour une vie dans laquelle un oui soit oui et un non soit non. Conscients de l’ambivalence des seigneurs et de leurs humeurs changeantes ils comprirent comme les serments sont prompts à être trahis, oubliés, contorsionnés en même temps que les hommes auxquels ils s’attachent. En prêtant serment à la Couronne, tu jurais fidélité à son immuabilité. En prêtant serment à Bohémond, tu te mettais au service de son innocence. Mais l’un comme l’autre étant muet, le moment venait, Cléophas, de voir au-delà du palais, de la Péninsule, des frontières, des félons, des serments – et de regarder là où la réponse t’attendait, sûrement.

Et toi, qu’attendais-tu ? Qu’attendais-tu pour te saisir d’une plume et d’un vélin, d’un peu d’encre, d’un sceau et d’un peu de cire ?

Les mots, pour la première fois, te manquaient. Comment s’adresse-ton au Roi des Sylvains ? C’est à peine si tu te rappelais de son nom, les nouvelles se déformant à la mesure de la lenteur avec laquelle on les colportait. Les mots…il faudrait trouver les mots, peser les mots, tracer les mots. Et prier. Prier pour qu’ils soient reçus comme tu les écrirais : avec bienveillance. Une table de bois noir acculée contre un mur percé d’une vitre – elle donnait sur l’horizon soltari et ses plaines bleuissant dans l’horizon. Vue de haut, la canopée sylvaine devait avoir des teintes similaires aux premières lueurs du crépuscule. Verrais-tu un jour, Cléophas, les couleurs du Royaume Eternel ? Verrais-tu le soleil se coucher sur les eaux glacées qui le bordent ? Le verrais-tu se lever et réchauffer la pâleur de ses cités ? Pourrais-tu déambuler dans ces bois où le jasmin est sans cesse ouvert, où la rosée ne s’évapore pas et ces clairières légendaires traversées par la lumière et les senteurs spectrales de fleurs inconnues en Péninsule ? Verrais-tu enfin l’inhumaine clarté accrochée au visage du Roi des Elfes et des Sylves tandis que tu lui apporteras la parole de paix perpétuelle ? Anorn ! Son nom te revint ! Dans la seconde, l’encre de ta plume frôlas le vélin lissé à l’extrême.

La lettre, rédigée dans un Elfique presque parfait, disait ceci.

« A l’Illustrissime Altesse, l’Eternel-Seigneur, Régent des Elfes et des Sylves et Protecteur de la Quatrième Saison, Anornedellon Nedi Lûcannui : salut !

Quels que soient les mots écrits, sachez qu’ils ne seront toujours que trop faibles pour exprimer la profondeur de mes sentiments à l’égard des temps que nous traversons.

Je suis aujourd’hui par la grâce des Dieux, dépositaire d’une bénédiction autant que d’une malédiction car en tant que Gardien du Royaume, ce m’est une grâce de veiller sur la terre des Hommes mais je souffre d’être aussi l’héritier des erreurs commises par ceux qui m’ont précédé à cette charge et c’est en tant que Gardien du Royaume des Hommes par la grâce du bon Roy Bohémond Ier que je vous écris.

Je suis innocent du sang qui a été versé dans le Grand Bois, n’étant jusque-là que l’impuissant témoin des frasques passionnelles du sieur d’Ivrey, des calomnies lancées à l’encontre de votre peuple et des persécutions dont souffrent vos frères, çà et là sur notre péninsule. Que n’ai-je déploré, ô Seigneur, ce tissu de glace dressé entre nos deux nations ! Que n’ai-je pleuré sur la rupture consommée entre nos deux peuples, hérauts de la Lumière Divine, appelés à s’unir pour prospérer, enfin ! Comme vous, j’ai vu comment nos peuples se sont perdus à la recherche de la Vérité – celle de la succession dynastique, celle de votre vocation première de frères des Sylves – sacrifiant à son autel, l’unité, sans comprendre qu’elle est le principe de toute vérité. Lorsque le sieur d’Ivrey rompit une fois pour toutes l’alliance qui jusque-là n’avait été que distendue, il favorisa sans s’en rendre compte, la pourriture de nos deux nations. En se tournant sur elles-mêmes, elles dirigèrent contre elles-mêmes leurs volontés belliqueuses, sapant leurs fondations et s’attaquant à leurs frères tandis que l’ennemi, comme une peste invisible, continue de prospérer en Orient.

Inexplicablement pourtant, je le sais et le sens, que les destins de nos deux Royaumes sont liés – d’un lieu mystérieux dépassant l’entendement humain et le contrôle même des Dieux. En rompant ce lien, nous avons coupé la branche de ses racines et la main du reste du corps. Vous savez, n’est-ce pas, ce qu’il advient lorsque la sève ne circule plus dans une branche ; lorsque le sang ne circule plus dans une main : tous deux se figent, se glacent et se nécrosent doucement avant de se laisser manger par la pourriture et les vers et n’être plus qu’une poussière noirâtre sur le sol. Je vois déjà le peuple humain suffoquer et se roidir – je ne puis le supporter. Je ne laisserai pas l’Anaëh et l’Atral s’alanguir et mourir, rongés par la lèpre de l’orgueil, sous l’œil affamé des vautours d’Elda !

Aussi j’en appelle, paradoxalement, à votre humanité et à tout ce que vous avez de bon et de compatissant, vous que vos frères ont nommé premier parmi vos pairs et vous prie d’entendre mon appel à renouer le lien mystique rompu par des siècles de silence et d’incompréhension. Entendez, frère et père, l’appel du jeune homme que je dois être à vos yeux car si quelques années de guerre ont pu tracer en mon âme des sillons si profonds, qu’en est-il pour vous de siècles d’horreur ? Je vous conjure d’entendre et de répondre à mon invitation, pour le bien des Elfes et des Hommes et pour que cesse enfin de sévir la mort dans les rangs de nos enfants car si nous ne mettons pas fin à ces ravages, il ne restera bientôt plus d’âmes assez vaillantes pour se dresser contre les Drows quand ceux-ci se masseront de nouveau à nos frontières.

En gage de bonne volonté et en signe d’ouverture, je vous envoie ainsi que cette missive, l’épée du Seigneur de Daranovar, dérobée par le sieur d’Ivrey lui-même et qui enterra définitivement l’espoir de voir la paix entre nos deux peuples consommée. Ainsi j’accomplis la mission secrète qu’il m’avait confiée avant son trépas, de rendre droit le chemin qu’il avait tordu, de réchauffer ce qu’il avait refroidi.

Puissent les Dieux, dans leur divine commisération, vous être de bon conseil, qu’ils gardent vos pas et vous fortifient dans votre charge terrible et honorifique dès maintenant et à jamais au travers des vicissitudes de la vie et des rets de la mort.

Par Son Altesse Gloriosisimme, le très bon, le très juste, le Nobilissime Protobasile Cléophas d’Angleroy, le Serafein, Prince de Merval et Vicomte de Corvall, Petit Maître des Vertus, Gardien et Grand Chancelier du Royaume par la grâce de Notre Seigneur et Roy Bohémond, premier de son nom et de la Damedieu, Toute Protectrice et Toute Providentielle. »

Tu laissas l’encre sécher puis fit entrer le Protasecrétis, un homme discret qui ayant manqué devenir le Chartulaire de l’Encrier du Porphyrion, devint un des secrétaires les plus serviables et érudits de la cour jusqu’à ce que tu le choisisses pour te seconder à la Grand Chancellerie. Son expérience parlait à sa place, relisant, triant, classant les jugements, les décrets, les ordonnances et les bulles que tu avais édictées. C’est lui qui, lorsque tu t’absentais à Merval ou ailleurs, prenait en charge le bon fonctionnement de la Chancellerie, dirigeant d’une main de faire son armée d’asecrétis, jeunes éphèbes dont la seule responsabilité était le classement des archives et l’entretien des cires et des métaux. Le Protasecrétis s’inclina bassement et se chargea de nouer les lacs pourpres et dorés qui pendaient de part et d’autre du vélin tandis que tu sortais de leurs coffrets respectifs la Sainte-Empreinte de Clavel VIII, sur laquelle figurait le Gryffon de Merval ainsi que le Grand Sceau Royal, présentant le Petit Roy revêtus des insignes et des regalia, assis sur son trône. Embrassant chacun des sceaux, il versa la cire puis l’argent, le Roy et le Gryffon s’écrasant alors dans ces flaques pareilles à du mercure et du mauvais sang. Pour plus de sûreté et comme le voulait le protocole, ce fut lui qui apposa les contresceaux et qui plia le vélin. Entra alors, à la lueur des chandelles maintenant que la nuit était haute, le Protovestiaire, tenant entre ses mains l’épée de la discorde, exhumée du fond du Trésor royal où elle était restée cachée depuis la mort du prince d’Ivrey,  enveloppée dans un pan de velours orange aux franges de fil d’argent. Maintenant polie et lustrée tu comprenais pourquoi Aetius, amant des belles femmes comme des belles lames, s’était risqué à la dérober, quitte à rompre un pacte qui l’avait déjà été depuis longtemps…Heureusement pour les Elfes, tu n’avais jamais eu d’yeux pour ce genre de trésors.

On confia l’argyrobulle et le trophée à un légat, le perfectissime Théophylacte de Ruvère, meilleur cavalier que diplomate ce qui, au vu de la mission, était préférable. On lui fit grâce de quelques frumentaires et d’un Elfe qui le garderaient en toutes ses voies, et elles seraient nombreuses jusqu’en Olëandir. La maigre coterie battrait pavillon blanc et longerait le littoral de l’Olienne avant d’obliquer en pays de Sgarde sans porter la bannière du Roy pour ce qu’il n’y avait pas en péninsule meilleure façon de se faire attaquer par les roitelets félons et leurs bandes de chevaliers renégats. Quant aux Elfes rebelles, il n’y avait qu’à espérer qu’ils se tinssent loin des routes durant leur périple jusqu’à la capitale.

Ils quittèrent Soltariel dans la nuit, tandis que le reste de la cour endormie pansait les blessures de leurs journées passées et se préparaient à essuyer d’autres coups, plus vicieux ceux-là. Le frais manteau de la pointe suderonne enveloppa les émissaires et leurs maigres silhouettes, cachant remarquablement leur attirail, ne donnant aucune idée de la mission historique qu’ils allaient accomplir. Tu ne savais pas exactement ce que tu venais de déclencher, tu ne savais pas non plus si tu en verrais les fruits, quels qu’ils soient. La seule chose dont tu étais certain c’est que pendant que la Péninsule se laisserait envoûter par ses propres mensonges et qu’on tenterait sûrement de te renverser de ton siège, des hommes mandatés par toi et toi seul œuvreraient à la paix, la seule qui vaille vraiment. La mort, maintenant, pouvait te saisir Cléophas, car aussitôt que l’argyrobulle atteindrait Olëandir, ta mission en ce monde plus intangible qu’une chimère aura été accomplie…
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Anorn
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MessageSujet: Re: Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn   Ven 9 Déc 2016 - 23:18

Panahos de la première ennéade de Bàrkios
De la neuvième année du onzième cycle.

Le soleil s'était couché depuis un moment déjà, mais cela n'empêcha aucunement Anorn de poursuivre ses lectures. Ce jour était un de ceux où il s'enfermait dans son bureau, pour tenter de rattraper le retard accumulé, notamment quant aux missives, mais surtout par rapport à l'actualité. Que se passait-il à ce jour dans le monde ? Y avait-il une quelconque opportunité pour son peuple là dehors ? Qu'il aurait pu manquer, faute de temps de sa part. Faute d'organisation encore un peu trop précaire à son goût, puisqu'il avait été pris d'urgence par Eraïson. Sans même parler de la Quatrième Saison qui se retrouvait sans Seigneur Protecteur tout entier dévoué à sa cause. Il savait avoir du retard, il savait avoir manqué à son poste le temps d'un instant. Certes il n'aurait pu faire mieux. Mais il regrettait tout de même de ne pas avoir réussi à se poser ainsi plus tôt. Arwain lui aurait sans doute dit qu'il avait fait au mieux et qu'il n'aurait pas pu en être autrement. Elle aurait eu raison, à n'en pas douter. Seulement il n'arrivait pas à faire autrement que de se blâmer. Il avait du mal à se contenter du nécessaire quand il avait la certitude profonde de pouvoir faire mieux. D'avoir raté quelque chose quelque part, un créneau de libre, un instant où il avait préféré se reposer. Mais trêve d'apitoiement, c'était une fois de plus une perte de temps.

Attrapant la première missive qui lui tombait sous la main, il la parcourut rapidement. Comme des centaines d'autres, elle venait de parents de mage. Ils avaient été très nombreux à lui envoyer à peu près les mêmes demandes. Celle de prendre soin de leur enfant, membre de leur fratrie ou compagnons, celle de ramener leur proche en vie ou au moins de ne pas le laisser souffrir si Tari avait décidé que son heure était venue. Toutes ces missives étaient répétitives mais, pourtant, derrière chacune il sentait la présence d'un frère ou d'une sœur. Il n'aurait su dire pour chacun s'il était désormais consumé par le chagrin ou au contraire s'il était immensément heureux d'avoir retrouvé l'être aimé mais il le pouvait dans la plupart des cas. Il reconnaissait des noms, revoyait des visages. Se remémorait leur tempérament. Souriait légèrement parfois. Certains l'avaient amusé, certains l'avaient agacé. Mais ils étaient pour la plupart sous sa protection, il les avait emmené lui même, ces elfes dont il lisait les missives. Il les avait convaincu de se battre pour Anaëh quand l'Académie n'avait pas souhaité les encourager dans le processus. Il ne répondait pas forcément à chaque missive, à vrai dire il ne répondait à presque aucune. Elles n'en avaient pas besoin, parce qu'elles n'étaient là que pour exprimer les attentes de chacun. Attentes qui avaient été, à l'heure actuelles, réalisées ou non.

Alors après en avoir ouvert un nombre certain, sachant tout de même qu'il devait en rester quelques unes dans les piles ci et là, il tomba sur une missive provenant de la Péninsule. Il resta interdit un instant, se demandant ce qui pouvait bien pousser les enfants de Nééra à écrire une missive à ceux de la Mère. Les derniers échanges qu'ils avaient eu n'étaient pas amicaux, loin s'en fallait. Alors c'était étrange qu'aujourd'hui, à peine revenu d'Eraïson, avant même d'avoir pu pleurer leurs morts, il trouve sur son bureau un tel courrier. Beaucoup de ses frères étaient encore très frileux à l'idée de communiquer avec les humains. La majorité les considérait à peine, si elle ne les méprisait pas. Mais Anorn n'était pas de ceux là. Et s'il l'avait été, il ne se serait pas laissé aveugler par tant de ressentiment. Ce qu'il voyait là, entre ses mains, était une opportunité. Quelque chose qui ouvrirait peut-être la voie à bien plus grand, d'ici quelques siècles. Il était hors de question qu'il laisse passer une telle occasion. Mais bien avant de l'ouvrir, bien avant de prendre sa plume pour y répondre, suivant le contenu, il fit venir un de ses conseillers. Notamment en charge d'intercepter le courrier et les demandes exceptionnelles. Il était en quelques sortes le filtre, ne faisant parvenir au Régent que ce qui ne pouvait être réglé autrement.

- Dites moi, quand cette missive est-elle arrivée ? Depuis combien de temps repose-t-elle dans cette pile ?
- Elle est arrivée pendant que vous étiez à Eraïson mon régent, elle aurait du être seule, sur votre bureau. Je ne comprends pas pourquoi elle se retrouve au milieu des lettres des familles. Veuillez m'excuser.
- Non, ce n'est pas bien grave. Si elle ne date que de quelques ennéades, c'est comme si elle était arrivée ce matin. Quelque chose d'autre à me dire à ce propos ?
- Euh, oui, évidemment, autre chose. Elle est arrivée avec l'épée du Seigneur Daenor Thoràndrion. La fameuse Calan, celle qui a été dérobée il y a quelques années par les humains. Nous l'avons mise de côté, en attendant votre retour, mais nous sommes tout de même arrivés à la conclusion qu'il faudrait sans aucun doute la remettre à Daranovar.
- L'épée nous a été remise, intéressant. Vous pouvez disposer, je vous remercie pour vos informations.

Attendant seulement de se retrouver seul à nouveau, il finit par ouvrir le sceau pour découvrir avec grande surprise des lettres tracées dans un elfique presque parfait. Il s'était attendu à voir apparaître le langage commun, dans des lettres si caractéristiques tant elles étaient aplaties, compactes et disgracieuses. Mais il n'en était rien et Anorn en fut ravi. Il appréciait l'élégance des courbes ainsi que celle des mots. Le tracé parfois incertain était non sans lui rappeler celui d'un jeune elfe à qui la pratique manquait. Le contenu quant à lui était assez clair. Malgré la grandiloquence parfois inutile, voire même étouffante, il était simple d'isoler le message. La volonté de renouer le lien jadis créé entre le peuple éternel et les éphémères. Alors attrapant du papier, trempant sa plume dans l'encre, il se mit à écrire une réponse.


 
Principauté de Merval,
Royaume du Soltaar,
Péninsule.


Du Palais d'Alëandir
Première ennéade de Bàrkios
De la neuvième année du onzième cycle.

Au prince de Merval, Grand Chancelier du royaume humain, Cléophas d'Angleroy.
En lui retournant ses salutations.

A ce jour, ma surprise est grande. Je ne pouvais m'attendre à recevoir une telle missive, surtout en des temps si particuliers. Vous savez l'aversion que mon peuple a pour le votre et j'admire le courage qu'il vous aura fallut pour me faire parvenir ce courrier. A vrai dire, depuis que la Communauté de la Lumière n'est plus, depuis que le Seigneur Daenor Thoràndrion a échoué à ramener l'Ivrey sur le chemin de la paix, nous sommes que très peu au fait de ce qui se passe au sein de votre royaume. Cependant, nous savons que les sombres ne vous ont pas épargnés. Nous savons qu'ils ont forcé vos frontières comme ils ont forcé les nôtres. Nous savons qu'ils ont répandu le sang et la terreur, mués par une soif de violence qui dépasse notre entendement. Aucun peuple ne mérite de subir une telle horreur. Aucun peuple ne mérite de voir son sol jonché de frères et de sœurs.

Je ne peux m'empêcher de penser que tout ceci aurait pu se passer autrement. Malheureusement, nous avons perdu notre alliance, non pas de notre fait mais du votre. De voir que vous souhaitez renouer le lien entre nos peuples me touche. Seulement je sais que c'est là votre désir. Qu'en sera-t-il de celui de l'homme qui vous remplacera ? Aucun de nous ne peut le savoir. Il y a peu, nous faisions le choix de nous allier à votre peuple. Il y a peu, ce dernier nous a tourné le dos. J'entends qu'il serait souhaitable pour vous de ne plus nourrir cette haine. Comme il serait souhaitable pour nous. La haine n'apporte rien de bon. Elle aveugle et fourvoie, s'érige en seul moteur de nos actions. A titre personnel, je souhaite sincèrement qu'elle s'évapore. Seulement nous avons l'habitude de prendre notre temps, nous agissons lentement. Le temps est un des piliers de notre société. Vous aurez donc compris que le règne de l'Ivrey est pour nous encore frais dans notre mémoire.

Cependant, vous nous avez rendu Calan, la fameuse épée disparue du Seigneur Protecteur de Daranovar. Je ne peux m'empêcher de voir là un geste qui retranscrit la sincérité de votre demande. Il m'est pour cela bien difficile de vous formuler une réponse claire et précise. Comme dit plus haut, attiser la haine n'est pas dans notre intérêt. Je ne peux cependant vous promettre monts et merveilles. Toute ma bonne volonté n'est rien sans celle de mes frères et de mes sœurs. Je crains fort que beaucoup voient dans ce geste une tentative désespérée, un dernier recours pour protéger votre peuple d'une future attaque sombre. Même si je serais tenté de leur répondre que c'est uniquement parce que vous reconnaissez là notre grandeur, il est évident que cela ne fera pas taire leurs inquiétudes.

Quant à votre peuple, ne nourrit-il pas une même aversion pour nous ? La route qui nous permettra de marcher côte à côte est loin et le sentier pour l'atteindre, sinueux et semé d'embûches. Peut-être n'aurez-vous pas le temps d'en venir à bout. Peut-être devrais-je convaincre celui qui succédera de ne pas rebrousser chemin, de ne pas abandonner une fois encore en si bonne voie. Ce que je vous dis là peut vous sembler au delà de l'entendement, être une inquiétude ridicule qui n'a pas lieu d'être, du moins aujourd'hui si ce n'est demain. Seulement, c'est très clair pour chaque membre de notre peuple. L'inquiétude qui les prendra tous si je décide de les entraîner, à ma suite, sur ce sentier. Je veux croire que tout ceci pourrait aboutir. Parce que sans cela, je ne pourrais décemment essayer. Il vous est peut-être impossible de m'assurer une stabilité pour les siècles à venir mais c'est ce dont le peuple aura besoin. Tant que rien ne leur aura été prouvé, tant qu'aucune action ne sera venue perturber leur vision des humains, il serait bien périlleux de vous assurer une alliance telle que celle que nous avions au temps de Trystan. Vous le comprendrez.

La seule chose que je peux vous assurer est que cette volonté de votre part et qui me touche personnellement soit rendue publique. Que l'initiative que vous avez pris, que le risque de vous avez encouru, soient connus de tous. De leur faire voir là l'audace qu'il vous aura fallu et surtout, l'opportunité que vous nous offrez. Quant au reste, il viendra sans doute en temps voulu. Mais sachez que je ne souhaite pas la discorde. Bien au contraire.

Que les dieux vous gardent et guident vos pas,
Dans l'espoir d'un avenir serein,


Anornedellon Nedi Lûcannui, Régent du Royaume elfique et Seigneur Protecteur des terres de la Quatrième Saison.



_________________


Estiam Faerin : Bah j'ai très envie d'Anorn mais j'essaie d'être réaliste quand même

Aldartha & Arwain

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MessageSujet: Re: Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn   Mer 5 Avr 2017 - 1:04

Un courrier te fut adressé, comme bien d’autres. Celui-ci portait le sceau du pays des Elfes, auquel tu avais envoyé une argyrobulle il y a plusieurs ennéades, sans vraiment espérer de réponse. Ce peuple disait-on avait perdu tout le loisir du négoce et la joie de la diplomatie, se retranchant derrière sa muraille d’émeraude avec plus de talent que les nains n’en ont eu pour se recroqueviller derrière les leurs. Simplement, au milieu de tes appartements, tu lus, non sans un certain vertige, les mots de ce seigneur plus vieux que le Royaume. Qui étais-tu pour lui écrire ? Quelle était cette expérience que tu revendiquais, toi qui étais plus jeune que les arbres de l’Öleandir ? Epris d’idéaux d’unité tu lui avais écrit sans en entretenir tes collaborateurs mais maintenant que tu tenais sa réponse entre tes mains, tu te rendais compte quelle avait été ton erreur : celle d’un jeune homme.

Or, à mesure que tu lisais, tu découvrais un peu mieux la personnalité de cet être énigmatique dont tu ne connaissais absolument rien, bien loin des clichés que l’on se faisait des Elfes, froids comme la pierre, austères comme la mort et drapés d’une condescendance millénaire qui leur avait valu la haine de leurs frères eldaïques. Sans attendre, tu t’armas d’une plume et d’un vélin et griffonnas une réponse. Tu la scellas toi-même et te hâtas par les passages dérobés vers le colombier posté à l’extérieur du Palais au milieu des jardins. C’était une tour trapue, bien loin de celles qui s’élèvent à des hauteurs vertigineuses et rivalisent en détails flamboyants, mais simplement taillée dans le granite rose de la région. A quelques pas déjà on entendait piailler les pigeons et les corneilles, tous ceux pour qui tu ne venais pas. Gravissant les marches de l’escalier, jaugeant les cages sur lesquelles on avait inscrit le nom des cités de partout en Péninsule et ailleurs, tu cherchais l’un des derniers volatiles du pays des hommes qui ait souvenir de l’Anaëh. Le Maître du Colombier, un homme aveugle et sénile qu’on appelait tantôt Nil ou Ephrem te devançait, marchant lentement et courbé, un énorme trousseau de clés pendant à sa ceinture de cuir monastique, dernier vestige de son passage à l’Ordre de Velyn quand il entendait mieux qu’aujourd’hui. Son doigt osseux pointa une cage, il t’en donna la clef – il ne pouvait plus continuer, ses genoux grinçants supportaient mal les escaliers, à se demander pourquoi on l’avait laissé ici. Tu montas et tu le vis : un corbeau majestueux, blanc comme la neige, occupant une niche ouverte sur le colombier et l’extérieur. Sur une petite plaque était écrit en langue pharétane le nom d’Öleandera –car c’est ainsi qu’on appelait la capitale du pays sylvain. Le rapace avait fière allure malgré son âge évident. On aurait dit un vieux sage à la barbe longue et aux yeux plissés dont le silence et la lenteur disaient toute son expérience. Tu ouvris la grille et tendis le bras sur lequel il se posa, sans crainte. Après tout, ton bras mort valait bien une branche. Délicatement tu accrochas le vélin à la bague, le caressas et lui donnas de quoi manger puis tu ouvris la grille qui ouvrait sur Merval et le reste du monde. L’oiseau attendit, il mangea, il comprit et s’envola.

En descendant, tu croisais Nil l’Innommé qui te demanda indiscrètement mais sans arrière pensée ce que tu avais d’écrit dans cette lettre. Tu te contentas de lui répondre :

- Oh mon pauvre ami, il me faudrait toute une journée pour vous l’expliquer.
- Ca tombe bien, je n’ai rien à faire.

Vous restâtes là, assis sur une marche derrière le colombier à l’abri des indiscrets, devisant du monde et de ses égarements. La simplicité de ce vieillard te surprenait, toi qu’on avait habitué aux métanies, à l’encens, à la stupeur et aux tremblements, tu t’étonnas de ce qu’on puisse encore te parler comme à un petit enfant. Cela tenait sans doute au fait que l’homme, grandissant en âge, avait perdu en vue et à ses yeux, Cléophas, tu n’étais rien qu’un enfant.


Au Seigneur Anornedellon Nedi Lûcannui, Régent du Royaume elfique et Seigneur Protecteur des terres de la Quatrième Saison : paix à vous !

C’est bien tardivement que nous vous écrivons, tardivement car la route est longue qui sépare Merval de l’Anaëh et voilà justement pourquoi nous vous écrivons car ces voies qui reliaient nos peuples et nos cités, maintenant rattrapées par la flore sauvage et les brigands doivent être restaurées dans leur première beauté. Trop longtemps, trop longtemps nous avons laissé grossir entre nos peuples cette haine tenace, d’abord étrangère, un sentiment procédant de rumeurs perverses, maintenant arrimée aux cœurs de ceux qui la nourrissent. Ce que nous craignons, Seigneur, c’est que ce qui était naguère extérieur s’immisce en la nature et la corrompe définitivement, que cette inimitié factice s’accroche à nos races pour ne s’en plus défaire.  

Nous sommes heureux de trouver en vous un interlocuteur illuminé, transpercé par les rayons d’une grâce toute venue des cieux et nous espérons compter sur vous pour entamer la guérison urgente de cette folie qui s’est emparée de nos races.

Ce que vous dites est vrai, Seigneur : nous avons fauté. Notre race a échoué, elle s’est laissée entraîner dans les dédales de la mort, elle s’est laissée corrompre par sa soif de pouvoir, son ambition démesurée, son désir irrépressible de conquérir. Nos pères ont commis l’offense mais nous refusons de croire que cela soit irréparable. Nous le refusons aujourd’hui et le refuserons toujours car autant que nous comprenions vos réticences et que je sache combien l’histoire et le temps vous paraissent dérisoires, à vous la race immortelle, nous savons aussi qu’il y a chez les hommes un espoir, cette étincelle constituante de nos êtres qui nous fait encore rêver à mieux. Dans les flammes de la lumière divine, cet espoir se mue et devient espérance et cette espérance a pour fondement le cœur des Dieux, ce cœur qui aspire à la concorde de leurs enfants.

Certes il y a des hommes qui, déviant de la voie qui leur fut tracée, transforment la flamme de l’espoir en une flamme de pouvoir, changeant le feu en eau et la vie en mort. Mais ces hommes là sont défigurés, ce sont des monstres. L’homme pieux est comme la goutte d’eau d’un lac qui s’évapore et retourne aux cieux, où il fut créé, pour descendre à nouveau, riche de bénédictions, se mêler aux fleuves et aux rivières et irriguer les terres arables afin qu’elles portent du fruit. Mais l’homme défiguré est comme la goutte de pluie qui tombe au milieu de la plaine, elle ne s’évapore mais elle se mêle à la boue où se roulent les porcs. Elle n’irrigue point les vergers fleuris mais donne à croître à l’ivraie. Ceux-là qui règnent portant l’hostilité dans leurs cœurs, Seigneur, ils mourront avant même d’avoir pu poser un regard sur le trône de la Péninsule.

S’il est vrai que nous avons des dispositions favorables à votre égard, vous faites bien de mentionner que nous ne sommes pas immortel et pourtant notre race possède quelque chose de l’immortalité. Notre Couronne est immortelle, Seigneur, et notre Roy est bon. Après nous viendront d’autres hommes, oui, qui se feront les serviteurs de cette Couronne impassible et immuable qui se tient comme un rocher au milieu des tempêtes. Les voix qui s’élèvent contre elle ressemblent aux vagues qui se précipitent contre les falaises, aussi impressionnantes qu’elles soient, elles finiront par se briser en un nuage d’écume. Oui après moi viendront d’autres hommes que nous nous appliquons déjà à choisir, ne regardant pas leur âge, moins encore leurs mérites mais sondant leurs cœurs et la vigueur de leur vertu.

A l’heure que nous vous écrivons, un autre a reçu l’office de la Grand-Chancellerie, un homme digne de confiance, pieux et fidèle, rustre de ce qu’il est berthildois mais il ne peut être tenu comptable de cela. Nous vous donnons son nom, Roderik de Wenden, ceci afin que vous sachiez qu’il n’y a pas d’homme plus saint que lui dans le Nord de notre Péninsule. Les autres s’écharpent pour des lopins de terre dans lesquels ils finiront par reposer mais lui a prouvé sa fidélité et son attachement à la vérité au temps opportun. Il a démissionné de lui-même et de ses croyances pour embrasser la seule réalité et reconnaître le seul Roy, Bohémond, que les vipères de son pays proclamaient mort, dans une vile entreprise sécessionniste. Quels que soient ses sentiments à l’égard de votre peuple, nous savons qu’il saura à nouveau faire preuve d’assez d’humilité pour privilégier l’intérêt de nos peuples et la sauvegarde et l’intégrité de la Couronne.

A l’heure que nous vous écrivons, enfin, nous sommes grièvement atteint par un mal incurable. Il n’est parmi les hommes ni les fils des hommes et des Elfes aucun être qui sache nous délivrer de cet horrible fardeau et nous sommes contraint de vous demander une faveur : celle de nous recevoir afin que nous puissions trouver en vos terres celui qui pourra nous obtenir la guérison. L’Anaëh est une terre mystiquement préservée des horreurs et de la pourriture du monde, là nous savons que le mal ne progressera plus et nous connaissons la réputation de vos druides, de vos mages et de vos guérisseurs. Si votre peuple a encore quelque mauvaise image du nôtre, alors nous vous en prions, acceptez notre requête afin qu’ils voient que nous ne sommes pas ici pour conquérir ni asservir mais pour consommer pleinement l’union dont nous vivions et qui nous a gardé des malheurs pendant si longtemps.

Car il n’est pas naturel que deux frères cultivent entre eux une inimitié, rompant les liens sacrés de la famille et du sang qui les protégeaient. Ce lien, nous l’avons laissé se déliter, nous l’avons rompu mais, Seigneur, il existe encore. Laissez-nous prouver à votre peuple que nous avons autre chose à leur apporter que des haches et qu’Öleandir et Diantra sont et seront toujours les deux piliers sur lesquels repose notre monde.

Par Son Altesse Gloriosisimme et Illustrissime, le très bon, le très juste, le Nobilissime Protobasile Cléophas d’Angleroy, le Serafein, Prince de Merval et Vicomte de Corvall, Petit Maître des Vertus, Seigneur-Eparque des Trois Ports, Protecteur de Diantra et Régent du Royaume par la grâce de Notre Seigneur et Roy Bohémond, premier de son nom de la maison Phyram, Marquis de Sainte-Berthilde, Comte de Scylla, Baron d’Olyssëa, Seigneur-Protecteur de la Roseraie, Gardien fidèle de la foi, le Sérénissime Soleil Noir de la Rayonnante Ys, Archonte d’Ydril, Vicomte de Calozi, Seigneur de Velmonè, Seigneur consoeur de Beronia, Seigneur-dragon de Calozi, Sénéchal d’Ydril, Grand Chambellan d’Honneur de la Grande Traverse, Erudit de Prestige de la Destinée de l’Aube, Maître des Enfants de la Nébuleuse Ecarlate, Grand Voyer du Duché et Grand Argentier du Royaume, par la grâce de la Damedieu, toute bonne et toute providentielle.
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MessageSujet: Re: Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn   Jeu 18 Mai 2017 - 19:41

Quatrième ennéade de Verimios
De la neuvième année du onzième cycle.

Palais d’Alëandir

Anorn avait reçu une réponse de l’humain qui lui avait déjà écrit auparavant. Non plus en tant que chancelier cette fois. Il le priait encore de croire en la bonne foi de ceux qui viendraient après lui. De tous ceux qui viendraient ensuite, qui feront de la race des hommes ce qu’elle est destinée à être. Lui la croyait destinée à de grandes choses. Lui, régent des elfes, la croyait apte à devenir plus éclairée, plus sage, en somme plus grande. Mais il était certain qu’ils ne pourraient le devenir seuls. Etait-ce parce qu’il avait vu cela, lui aussi, que Cléophas d’Angleroy lui avait écrit ? Etait-ce parce qu’il s’était aperçu de la nécessité que son peuple soit guidé par un autre qui avait su, lui, s’élever seul ? Peut-être. Il lui demandait, implicitement, de continuer toute cette discussion avec celui qui l’avait désormais succédé. Roderik de Wenden. Il nota ce nom quelque part. Comme les hommes étaient rapides. Comme tout changeait si vite, en dehors de la Prime Forêt. Il s’en étonnerait toujours. N’y avait-il donc que si peu de temps ? Il relisait la missive pour la troisième fois. Assis dans le fauteuil de la chambre de son frère, devant l’âtre dont provenait une douce chaleur, il était pensif. La suite était bien plus personnelle. Elle demandait réflexion.

Il demandait son aide. L’aide de son peuple. Décrivant l’Oeuvre de la Mère comme terre préservée des horreurs et de la pourriture du monde. A la lecture de ces mots, il ne pouvait s’empêcher de sourire tristement. Si seulement il pouvait dire vrai. Si seulement la haine, l’avidité et la violence pouvaient ne pas les avoir atteints, jamais. Il parlait aussi de leur réputation. Certes, elle n’était pas volée. Certes, il était dans le vrai. Mais dans la tournure de ses phrases, dans l’agencement de ses mots, il en vint à se demander s’il ignorait qu’il était lui même Archimage de la Vie. C’était étrange comme il en appelait à tout son peuple pour quelque chose qu’il décrivait comme étant personnel. S’empêchait-il de demander directement de l’aide ? Lui était-il nécessaire de garder ce ton impersonnel, pour ne pas risquer d’être déçu s’il essuyait un refus ? Il n’en savait rien. Mais quelque chose le chagrinait. Quand il évoqua la famille, quand il relut le mot « frère », il ne put s’empêcher de jeter un regard à Aldartha.

- Je suis presque certain que je peux le soigner. S’il s’agit réellement d’un mal et non d’une malédiction. Je suis à même de lui redonner les années que la vie semble lui avoir pris avant même qu’il n’ait pu les vivre. Mais faire venir un humain, que dis-je une délégation jusqu’ici… Est-ce bien sérieux par les temps qui courent ? Il m’intrigue, cet homme. Il m’intrigue et je ne sais si ma curiosité ou ma raison s’exprime quand je pense à lui demander de venir. Sous escorte, il ne devrait pas rencontrer trop de problème.

A vrai dire, il n’en savait rien. Le climat avait dégénéré si vite en Eteniril, comment pouvait-il être certain que ce ne serait pas le cas ailleurs ? Il ne pouvait pas. Mais il ne pouvait pas non plus trop tarder dans sa réponse. Si le cas de Cléophas était assez désespéré pour qu’il en appelle à leur aide, alors il ne devait plus avoir tant de temps devant lui. Ce qui apparaîtrait comme un simple moment pour Anorn. Incapable de se décider, il prit la résolution de lui envoyer une réponse au second mois d’hiver. Dans un mois au plus tard, il saurait ce qu’il allait faire.

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MessageSujet: Re: Vitrail d'argent [Correspondance] - Anorn   Mar 20 Juin 2017 - 17:49

Première ennéade de Karfïas,
De la dixième année du onzième cycle.

Il s’était décidé. Il devait répondre à Cléophas, ne pouvant plus se permettre de tarder. Parce que son état devait se dégrader de jour en jour et parce qu’il n’avait lui pas tout ce temps dont les enfants de Kÿria jouissaient. Il avait pu réfléchir sur le sujet, il avait eu des nouvelles d’Eteniril et surtout il avait vu naître ses fils. Tout cela avait joué sur sa décision et sur la réponse qu’il allait donner. Trempant sa plume dans l’encre, il commença à tracer les premières lettres.


 
Principauté de Merval,
Royaume du Soltaar,
Péninsule.


Du Palais d'Alëandir
Première ennéade de Karfïas
De la dixième année du onzième cycle.

Au prince de Merval, Protecteur de Diantra et régent du royaume humain, Cléophas d'Angleroy,
mes salutations.

Il n’y a pas d’excuse à présenter quant au délai de votre réponse. Il m’apparaît très correct, voire même rapide, cependant j’entends bien que ça puisse ne pas en être de même pour vous. Je suis ravi de recevoir cette missive, il m’est tout aussi cher qu’à vous de renouer un lien, si mince soit-il, entre nos deux peuples. Je ne demande donc qu’à croire ce que vous me dites ensuite sur vos frères, que ceux qui empoisonnent les vôtres ne pourront jamais qu’évoluer dans les basses sphères sans jamais atteindre cette place tant convoitée de laquelle ils pourraient nous nuire. Seulement si j’ai foi en mes propres frères et sœurs, il m’est difficile de l’accorder aux paroles de quelqu’un que je ne connais pas, dont tout ce que je sais n’est qu’encre sur papier. Cela me demandera du temps, plus encore à mes confrères, mais vous me paraissez assez lucide pour ne pas espérer un changement tout aussi rapide que spectaculaire. Beaucoup sont au courant que les régents s’échangent des missives, certains sont sceptiques, d’autres s’y opposent violemment. Très peu y voient finalement quelque chose de positif, sans doute parce qu’ils ne peuvent pas voir ce que nous voyons.

Il m’est d’ailleurs fort agréable de lire que celui qui vous succède à l’office de la Grand-Chancellerie est un homme que vous jugez être bon et de confiance. Je ne saurais m’attarder sur les désaccords entre vos seigneurs, je sais les hommes penser assez différemment de nous pour que je puisse critiquer justement la chose.

Quant à votre état, permettez moi de vous souhaiter courage et bonne fortune. Il ne serait rien de plus agréable pour moi que de vous inviter demain en nos terres. Seulement je crains qu’il ne soit pas possible de vous faire venir si vite. Non seulement à cause de l’hiver qui rend les routes impraticables, qui agite Anaëh et qui, si on souhaite tout de même s’aventurer en dehors, rend les voyages si pénibles qu’ils n’en valent jamais la peine, mais aussi parce qu’à ce jour, je ne suis que régent. Il me sera bien plus facile de vous accueillir convenablement lorsqu’il en sera autrement. Nous convoquerons un Haut-Conseil dans les mois à venir et j’ai bon espoir qu’au printemps votre venue soit chose réalisable. Si votre affliction est purement physique, alors il nous sera chose aisée que de vous en soulager. Si cependant elle ne l’est pas, je pense tout comme vous que nous serons votre meilleure chance de guérison. Nos archives ne sont plus ce qu’elles ont pu être fut un temps mais elles restent tout de même bien plus fournies que celles de n’importe quel autre peuple.

C’est dont dans l’espoir de pouvoir répondre favorablement à votre requête et de pouvoir organiser convenablement votre venue que je clôture cette lettre.

Que les Cinq vous gardent,

Anornedellon Nedi Lûcannui, Régent du Royaume elfique et Seigneur Protecteur des terres de la Quatrième Saison.




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