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 Un rayon de soleil dans la brume [Alanya]

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Jena Kastelord
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MessageSujet: Un rayon de soleil dans la brume [Alanya]   Mar 23 Aoû 2016 - 9:35



Serramire – Temple de Néera

« - On me croit forte, inébranlable… on me regarde comme si je détenais la solution, la réponse à tous les maux du monde… On attend mes miracles comme s’ils s’agissaient de pain frais distribué à des affamés … On me croit faite d’acier mais je suis épuisée… La folie des hommes ne cessera jamais … Elle a raison. »

Ces mots, je les avais prononcés avant de m’écrouler alors que je quittais la grande salle en compagnie du Prêtre Ulrich.  J’avais passé de longues heures au cœur du temple de Néera à Serramire. Nombreux étaient ceux qui espéraient une réponse, et ils étaient plus nombreux encore ceux qui avaient souffert de la récente guerre, qui espéraient une guérison, un miracle, le retour d’un proche disparu…
Frère Ulrich était comme toujours à mes côtés, pour m’épauler autant que pour s’occuper d’organiser les visites. Et à présent il me déposait une nouvelle fois sur un lit après m’avoir porté dans le dédale de couloir. Cela arrivait trop souvent ces derniers temps mais il ne disait jamais rien… Du moins jamais jusqu’à ce soir.


« - Vous devez vous reposer. Partez quelques jours, ressourcez-vous auprès des vôtres. Depuis le Conclave… vous ne vous êtes pas encore totalement remise et votre intervention à Lourmel n’a rien arrangé à votre état. Et à présent vos paroles sont bien sombres… »
« - Sombres dis-tu ? Il est regrettable que tu ne puisses pas voir ce que je vois … Mes nuits sont remplies d’images sombres, les cœurs de ses hommes qui s’esclaffent aux banquets, fiers de leur puissance, sont sombres… Ici comme ailleurs il n’y a qu’un tourbillon de ténèbres et si peu de lumières … Comment ne pas se détourner de tout ça ? Pourquoi continuer à lutter dans un monde où il est si facile de jeter une enfant par une fenêtre, où une guerre se termine au matin pour qu’une autre débute l’après-midi ? Cela n’aura jamais de fin…  »
« -  Vous devez faire entendre votre voix. Sa voix. Vous devez vous élever au-dessus de ces hommes et les éclairer. Les guider. »
« - Je suis épuisée Ulrich. Cette charge… je ne suis plus sûre de pouvoir la porter… Même Elle …. Même Elle, Elle s’est détournée de notre Destin. »

* * *


Alonna - Val Néera

Depuis Diantra, ma vie n’avait été qu’une succession de voyage, d’agitation et de crise. Le Conclave m’avait laissé épuisé après que la Déesse ait utilisé le fidèle avatar que j’étais pour s’adresser directement à mes Frères et Sœurs rassemblés, le voyage jusqu’en Serramire avait été agité, et à Lourmel j’avais une nouvelle fois usé de mon Don, et la magie de Néera m’avait permis de ramener la Dame d’entre les morts. Malgré la fatigue, je m’étais relevée, comme à chaque fois parce qu’il fallait continuer, parce que je ne voulais pas la décevoir, parce qu’il y avait tant à faire maintenant que le Conclave était terminé.
Mais là où j’aurais dû trouver la motivation qui me faisait défaut ces dernières ennéades, je sentais le poids sur mes épaules s’alourdir un peu plus. A quoi bon tout ceci ? Pourquoi continuer alors qu’elle-même s’était détournée ? Le Tournoi m’avait plongé un peu plus dans le mutisme et l’affliction… oui il y avait encore des gens qui avaient foi en la Déesse, des âmes brillantes et lumineuses qui me donnaient presque envie de pleurer tant elles se faisaient rares… mais depuis mon retour des Monts Corbeaux, il ne se passait pas une journée sans qu’une image violente ne m’apparaisse… Des morts, des affamés, de la souffrance, des chaînes sanguinolentes… J’aurais voulu ne rien voir mais c’était inutile de fermer mes yeux voilés, rien ne les effaçaient …

Face à mon silence et à mon état, Hanegard avait décidé de reprendre la route sitôt le tournoi terminé. Je me doutais qu’Ulrich avait glissé quelques mots à mon époux au sujet de ses inquiétudes. J’avais passé les portes de Val-Néera sans manifester la moindre joie et je m’étais enfermée dans cette chambre qui avait été la mienne. La nôtre.
Il respectait mon silence, comme toujours, même s’il ne le comprenait pas. Nous avions traversé tant de choses, je ne voulais pas m’éloigner à nouveau de lui alors je profitais de ses visites pour essayer de lui parler, de lui expliquer. Et à chaque fois il faisait preuve d’une infinie patience, ne posant que rarement des questions et sans jamais lâcher ma main. Généralement, je me sentais mieux après mais à peine m’avait-il quitté que mes pensées s’assombrissaient à nouveau.

Pourtant, s’il y avait bien un seul endroit au monde où je pouvais me sentir apaisée, s’était bien ici...à Val-Néera. J’avais gagné le jardin, laissant mon bandeau et mon bâton de marche dans ma chambre. Ici les gens étaient habitués à me voir me déplacer sans mal, certains détournés encore le regard lorsque le voile gris de mes yeux se posait sur eux, mais je ne pouvais que les comprendre.
Assise sur le banc qui faisait aux bosquets de fleurs, je restais là de longues minutes, silencieuse. Du moins en apparence, parce que Néera n’était jamais loin et que je pouvais lui confier mes doutes sans crainte. Si elle ne répondait pas toujours, je savais qu’elle m’entendait et cela me suffisait.  

Des bruits de pas me tirèrent de mes réflexions. Je savais, sans savoir expliquer comment, qu’il s’agissait de ma chère et fidèle amie.


« - Un coursier vient d’arriver. Il apportait un pli de la Baronne Alanya qui fait route vers Broissieux et qui souhaitait… »
« – Fais-moi simplement savoir quand elle sera arrivée. Tu me trouveras encore ici. »

Alanya. Je l’avais brièvement croisé lors du Tournoi, j’avais été déçu de ne pas pouvoir m’entretenir plus longtemps avec elle, c’était donc sincèrement ravie que j’attendais sa venue. Un fin rayon de soleil dans la grisaille qu’était devenu mon quotidien.
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Un rayon de soleil dans la brume [Alanya]   Jeu 25 Aoû 2016 - 16:59


«Encore ».
L'intendant grassouillet se triturait nerveusement les mains. Il était moite et bégaya en fixant la baronne. Il n'avait plus cet air goguenard et satisfait – trônant habituellement sur son faciès grotesque. Bien plus réservé, il semblait vouloir rapetisser au point de disparaître de la vue de son bourreau. Lamentablement échoué sur le divan de son appartement, la baronne lui lança son godet à la figure.
«J't'ai dit encore Hugues ! Alors par le saint con de Néera, ramasse moi ce verre et sers moi, j'ai soif ! »
Tremblant comme une feuille, il s’exécuta avec une lenteur excessive ; ce que la Belle n'était déjà plus à même de remarquer. Il aurait voulu se planter devant elle et la secouer pour ramener ses esprits mais il ne le pouvait. Personne dans ce château maudit n'y était parvenu, pas même son sénéchal qui s'était vu raccompagné à la porte sans délicatesse. Le tournoi était fini depuis une demi énnéade déjà mais elle ne semblait pas s'en remettre tout à fait. Le Faucon avait perdu plus de plumes qu'elle ne voulait bien le concéder. Moins d'une année était passée et elle traînait sur son sillage des amas de cadavres : la guerre, la bêtise, ses maris. Tous avaient succombé de sa faute et si elle n'avait pleuré encore, ce jourd'hui elle se retrouvait à expier ses fautes d'une bien curieuse façon. Quelques unes des dames de la cour lui avaient gentiment proposé une visite au temple mais elle les avait rabroué et, depuis deux jours, n'avaient pas mis un pied au dehors de sa chambre. Le liquide rouge coula dans le calice une fois encore. Alanya eut un petit rire, fixant son regard noir sur le petit être devenu échanson un peu malgré lui.
«Tout meurt ici. Desmond est mort là, Duncan est mort là, mon amour est mort dans ce même lit et bientôt... ». Elle explosa d'un rire clair qui aurait donné des frissons à n'importe qui passait par là. «C'est moi qu'on retrouvera ! Et toi ! Et tout le monde ! On mérite tous de crever ! ».
Fébrile il lui ramena sa boisson qu'elle s'enfila d'une traite. «Encore ». Une grosse goutte dévala sa tempe pour s'écraser entre sa joue rondelette et le doigt gracile de la baronne qui s'était relevé. « Tu as peur Hugues ? Après tout ce que j'ai fait pour toi ? ». Il pouvait sentir son souffle. Elle était si près que même son odeur chatouiller ses narines. Elle était belle. Pas d'une beauté conventionnelle, non : elle avait ce côté animal au fond d'elle, si attirant et si terrifiant. Ses prunelles grises le fixaient comme si elle allait le manger ; ses tremblements gagnèrent en intensité. Elle se saisit du poignet du gros bonhomme et le posa sur sa poitrine, lui faisant suivre lentement les courbes. «N'as-tu jamais rêvé de ça, Hugues ? ». Elle rit à nouveau. «Bien sûr que tu en as rêvé. Toi et tout les autres. Ne suis-je pas désirable ? »
«S... Si... Si si vous l'êtes, ma... votre Honneur ».
«Ma, ma, maquoi ? Je te trouble à ce point mon petit ? ».
Elle se penchait, la respiration du courtaud personnage s'était accéléré quand la porte s'ouvrit à la volé. La baronne leva les yeux, un sourire torve étirant sa bouche avinée. Son frère avait pénétré la pièce en trombe, accompagné d'Hermance. Elle lâcha théâtralement la main d'Hugues qui se recula si vite qu'il manqua de se prendre les pieds dans le tapis qui recouvrait le sol. Elle s'esclaffa à nouveau, dardant un regard haineux sur les deux hommes qui lui faisaient à présent face. Le visage fermé, Fulcran avait le regard luisant. Etait-il à ce point touché de voir son aînée dans cet état ?
«Eh bien eh bien ! Ne vous a-t-on point appris à frapper avant d'entrer dans les appartements de votre suzeraine ? »
«Cela suffit Alanya ! La sainte Néera nous pardonne mais regarde toi ! ».
Elle se fichait des remontrances de son cadet, cherchant plutôt du regard son ancienne victime qui avait pris les jambes à son cou, fermant soigneusement la porte après sa sortie discrète. Vexée d'avoir perdu son jouet, elle serra la mâchoire.
«Cela suffit dis-tu ? Mais qui es-tu pour te permettre un tel ton ?! Tu mériterais que je te fasse rosser pour ton insolence ! ».
«Eh bien fais ! Cela me fera bien moins de mal que de te voir aussi pitoyable ».
Le ton montait et Hermance observait la scène, atterré. Il s'était déjà confronté à la Belle quelques heures auparavant mais elle avait été bien moins vindicative. A présent, il n'aurait su si la vinasse l'avait rendu risible ou simplement plus amer. Avec précaution, il se saisit de la carafe et du verre, et la vida sur le sol sans qu'elle ne put l'en empêcher.
«Mon vin ! Qui t'a permis de faire ça Lesdiguières ? Tu vas me le payer... ». Elle leva la main mais il lui attrapa au vol.
«C'est fini votre Honneur. Un médecin va passer sous peu se rendre compte de votre état ».
«Lâche mon poignet ! ». Elle se débattait avec force et vigueur mais le sénéchal ne broncha pas. Il était bien plus costaud qu'elle ne le serait jamais, et si elle n'avait pas cette mesure à l'heure qu'il était, elle le découvrait à ses dépends. «Je n'ai pas besoin d'un médecin ! ».
Fulcran fit un pas en avant, s'approchant de sa sœur avec douceur. Il avait réellement l'air affligé de la situation et, impuissant, il lui replaça simplement une mèche volage.
«Si votre Honneur, vous en avez besoin ». Il se mit à fredonner, caressant sa joue et peu à peu elle se débattait moins, jusqu'à tout simplement abandonné la bataille qui était perdue depuis son commencement. L'air était mélancolique mais profond, une chanson que leur mère leur fredonnait sans cesse durant leur enfance – ou du moins, c'était là ce dont il se souvenait. Hermance desserra progressivement sa prise et la lâcha finalement : il ne restait dans la pièce que les notes qui s'envolaient, s'écrasant comme autant de plaintes sur les murs de pierres. Le jeune frère poursuivait ses caresses réconfortante et, sans qu'il ne le releva, les larmes roulèrent sur les joues de la Belle. Des gouttes salines qu'elle avait longtemps refusé de livrer et qui aujourd'hui traçaient un parfait sillon sur ses joues jusqu'à tomber sur le sol.
Et elle s'effondra.
A genoux, les mains sur les yeux, elle pleurait de tout son soûl.
«Vous pouvez y aller sénéchal, je m'occupe d'elle. Guettez le guérisseur et menez le ici au plus tôt ». Il avait murmuré ces quelques mots pour ne pas troubler la baronne. Elle avait ce besoin viscéral d'expier ses douleurs et il le comprenait. Sans demander son reste, le sénéchal disparut laissant pour spectacle la pauvre esseulée dans les bras de son cadet qui tentait, malgré tout, de la réconforter.

«Ils m'ont dit que prendre l'air me ferait le plus grand bien ».
«Ont-ils tord ? ».
Le carrosse bringuebalait sur les chemins terreux de l'Alonnan. L'air y était meilleur maintenant qu'ils s'en allaient vers les montagnes. Elle regardait d'un air distrait le paysage, oubliant parfois que les yeux inquisiteurs du sénéchal étaient fixés sur elle. Il s'était refusé à envoyer quelqu'un d'autre à ses côtés. Les mésaventures de l'avant-veille lui rappelait la fragilité de sa suzeraine ; et si elle n'avait pas besoin de protection là où elle se rendait, elle aurait certainement besoin d'un ami.
Ils partaient pour quelques jours au castel de Broissieux, qu'elle n'avait eu la chance de revoir depuis son accession au trône. Elle y avait songé pourtant, au retour de la guerre mais l'état préoccupant du Lys lui avait ôté l'envie de prendre l'air. Ils n'y resteraient pas plus de cinq jours mais cela était bien assez long pour l'éloigner un temps soit peu des tracas de la baronnie.
«Lorsque je le pourrais, je prendrais des mesures pour paver ces routes ». Elle fronça les sourcils. «Elles vont bientôt devenir importantes, Hermance. Il faut faire les choses bien ».
Il sourit un peu et lui serra la main avec douceur. Malgré son air bourru, il était d'une profonde gentillesse. «Je n'en doute pas ma Dame, mais cela attendra bien quelques jours ».
«Je ne faisais qu'y songer... ». Elle lui retourna qu'une bien maigre grimace. Elle était fatiguée de tout cela et le poids de sa peine rendait chaque jour plus difficile que le précédent. Tout cela, il le savait. Elle n'était plus la même depuis ces derniers temps. «Avez-vous fait parvenir ma missive ? »
«Oui votre Honneur, nous y serons dans peu de temps, regardez ».
A quelques lieues de là se dégageait déjà Val-Néera. Elle était à la fois pressée de retrouver Jena mais terrifiée. C'était une femme remarquable – non pas seulement grâce à son Don mais parce qu'elle avait une âme si pure qu'il était difficile de ne pas se sentir souillée à ses côtés. Elle l'avait connu du temps de son règne et si elle n'était alors qu'une petite fille, elle en gardait un souvenir intacte. Voilà bien longtemps que l'ancienne baronne n'était point venue sur ses terres. Alanya ne craignait que peu de choses et pourtant, elle avait peur de décevoir cette femme. Il ne faudrait pas longtemps à la religieuse pour s’apercevoir des ténèbres qui l'entourait alors. Et elle ne pourrait se justifier. Approchant à allure moyenne, ils furent accueillit près d'une heure plus tard. Le fief était splendide : un écrin verdoyant si paisible que même le cœur d'Alanya parut moins lourd. Les jambes engourdies par le voyage, il lui fallut quelques minutes pour qu'elles ne la fasse plus souffrir. L'Alonnan était une terre magnifique et pourtant si désolée. Elle serra les dents. Peut-être ne craignait-elle pas le jugement de la femme mais des Dieux.
Elle avait renié les Cinq voilà un an et si elle n'était pas non plus dévote du Karamstra, elle en adhérait la philosophie. Pourquoi faudrait-il que des êtres si puissants prennent possession de corps mortels ? Peut-être un peu sceptique, la baronne avait surtout peur d'affronter le monde tel qu'il était ; seule comme jamais, quelle place avait-elle ? Un avenir se dessinait-il devant ou était-ce simplement là une plaisanterie divine ? Les doutes l'assaillaient. Elle n'était plus la même, pour sûr, et si c'était cela que ces Dieux voulait, alors c'était à ne rien y comprendre. L'âme morose, ses yeux sondaient la coquette battisse. Elle n'était jamais venue ici auparavant, non pas qu'elle n'en ai pas eu le temps mais qu'aurait-elle pu faire ?
Qu'y ferait-elle aujourd'hui ?
C'était là une bien amère constatation : elle ne savait ce qui l'attendait, ou même la raison pour laquelle elle était venue ici. Bien sûr, elle avait croisé Jena lors du tournoi – et échangé quelques mots polis – mais ce n'était point une raison suffisante pour frapper à sa porte. Le Faucon semblait perdu. Elle n'avait pas encore bougé de l'entrée, fixant sans ciller les murs. Elle ne parvenait pas à avancer. Peut-être lui parlait-on d'ailleurs à ce moment là : il y avait une grande agitation. Les domestiques déchargeaient les paquets, les palefreniers conduisaient les montures aux écuries... Autant de monde qui passait inaperçu à ses yeux : elle était aveugle de tout cela. Pourtant, une main réconfortante se posa sur son épaule. Elle était chaude et ferme, celle d'un ami à n'en pas douter.
«Vous allez vous remettre ». La voix grave d'Hermance résonna dans son être.
«Je ne sais si l'on peut se remettre de tout cela ».
Sans qu'elle n'eut à se retourner, elle savait qu'il souriait. Un sourire bienveillant. Son sénéchal avait toujours été proche. Il l'avait conseillé avec justesse dans les moments les plus durs et toujours il l'avait accompagné durant ses chagrins. Peut-être était-ce là son plus loyal sujet.
«L'on y parvient toujours votre Honneur, il suffit d'un peu de temps... »
«Mais chaque seconde qui passe me prive un peu plus d'air ».
Elle ferma les yeux en serrant la mâchoire. Les sanglots se bloquèrent dans sa gorge et ses yeux se mouillèrent sans qu'une larme ne soit pourtant versée. Elle tapota sa poigne en soupirant. Aujourd'hui, elle devrait faire bonne figure. Elle devait être telle qu'on se l'imaginait, telle qu'elle avait toujours paru être : forte et sans faille. Elle remarqua alors la femme qui semblait l'attendre depuis des lustres. Il ne s'était passé que cinq minutes et pourtant, elle semblait un peu anxieuse à l'idée de voir partir la baronne qui n'avait esquissé un pas en sa direction.
«Souhaitez-vous que je vienne ? »
«Non Hermance. Jena est une amie et en ces lieux, rien ne pourra m'arriver ».
Le pensait-elle vraiment ? Rien n'était moins sûr. Mais elle avança, suivant la femme à travers la demeure des anciens barons. Elle était à leur image : simple et d'une beauté raffinée. Si elle ne savait en apprécier toute l'étendue, Alanya ne pouvait que trouver l'endroit charmant. Il y régnait une paix certaine, à mille lieues du castel d'Alonna. Cela devait-être reposant de vivre ici.
Lorsqu'elles arrivèrent dans le jardin, elle ne remarqua pas de suite la dame de Kastelord : elle se fondait dans le paysage à la perfection. Tyra ne pourrait lui enlever l'amour qu'elle portait à sa terre lorsque de telles beautés s'étendaient devant ses yeux. Le jardin était bien entretenu et il respirait la même ambiance que le reste de la maisonnée. Assise non loin l'attendait son hôte. Ses yeux voilées percevaient le monde mieux qu'elle ne pourrait jamais le voir. Un maigre sourire se dessina sur les lèvres de la Belle qui, après s'être fait introduire se courba respectueusement devant sa prédécesseur, lui serrant la main avec douceur. Ce contact la rassura un peu, comme Hermance avait su le faire quelques temps avant. Prenant son courage à deux mains, elle inspira pour que sa voix ne tremble.
«Navrée de vous informer de ma venue si tard ma Dame. Je suis une bien piètre invitée ».
Les apparences étaient préservées.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rayon de soleil dans la brume [Alanya]   Ven 26 Aoû 2016 - 12:38



« - Dame Clarys m’a demandé de vous apporter quelques rafraichissements. »
La petite voix aiguë de la jeune servante s’éleva à quelques pas de moi. Elle hésitait à avancer mais après une petite respiration, qu’elle crut discrète, elle s’approcha. Une poignée de seconde après je sentis ses doigts hésitants se saisir de ma main, probablement dans l’intention de me donner le verre d’eau qu’elle était venue m’apporter. Mais surprise par ce contact, je reculais ma main vivement. Un peu trop vivement, peut-être.
« - Excusez-moi… je ne voulais pas vous… »
« - C’est à moi de m’excuser… je ne m’attendais pas à ce que tu.... me touches… »
« - Je ne savais pas que c’était vrai… je suis navrée Dame Jena. Hector, le palefrenier, me l’avait dit mais je pensais qu’il se moquait de moi… enfin, pas que votre Don soit … une plaisanterie… je ne voulais pas dire ça… pardonnez-moi…»

Si seulement ce don pouvait être une simple plaisanterie, en effet…
Non, je ne pouvais pas penser une chose pareille. C’était un cadeau. Son cadeau. Je devais voir le meilleur de cette magie, grâce à ce don je pouvais mieux comprendre le cœur de ceux que je touchais, je pouvais les aider… ou désespérer. Je n’avais pas été préparée à voir tant de noirceur.


« - Ce n’est rien ne t’en fais pas. »
Je sentis que la jeune fille debout près de moi hésitait à repartir. Elle semblait vouloir dire quelque chose et je ne fis aucun commentaire, lui laissant le temps. Elle n’était pas à Val Néera lors de mon précédent passage, je n’étais même pas sûre de son prénom et je m’apprêtais à le lui demander lorsqu’elle posa enfin la question qui lui brûlait la langue.
« - Et…. Avez-vous quelque chose ma Dame ? »
Un sourire amusé étira mes lèvres. Nombreux étaient ceux qui auraient souhaité connaître la réponse à cette question et qui n’auraient jamais osé la poser. Etait-ce sa façon à elle de chercher à vérifier que je ne mentais pas ou était-elle simplement curieuse ? Je penchais pour la dernière hypothèse et je me tournais vers elle, planta mon regard gris sur elle.
« - Oui. Tu attends une petite fille et je demanderai à Clarys de s’assurer que tu n’aies pas trop de travail les prochaines ennéades parce que tu vas avoir besoin de te reposer. Mais dis-moi si je me trompe … mais je crois que mon invitée arrive. »

La jeune fille resta une seconde muette avant de me confirmer que Clarys arrivait en compagnie de la Baronne, qu’elle s’empressa de saluer avant de s’éclipser avec ma fidèle amie.
Cette fois j’étais préparée à ce que la Baronne d’Alonna me touche et malgré cela je restais sans voix un peu trop longtemps pour que cela paraisse normal.
Malgré son ton calme et posé, je percevais la profondeur de son âme tourmentée. Un immense chagrin semblait s’être ancré en elle. Et il y avait cette étrange conviction que la mort la suivait à chacun de ses pas… J’avais vécu des choses terribles, violentes et choquantes durant le mois qui venait de s’écouler, pourtant je parvenais encore à être surprise. Je connaissais Alanya depuis plusieurs années, je l’avais croisé à plusieurs reprises du temps où je portais le titre de Baronne, également depuis que j’étais devenue la Gardienne de Néera. Même au Tournoi je n’avais pas souvenir de l’avoir senti aussi tourmentée. Peut-être parce que j’étais  trop entourée à ce moment-là pour pouvoir ressentir quoi que ce soit.


« - Jena. Appelez-moi simplement Jena. Nous n’avons pas besoin d’être aussi formelle ici. Et vous n’avez aucun excuse à formuler, vous êtes la bienvenue ici à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. »

Par je ne sais quel miracle j’avais réussi à afficher un sincère sourire malgré mon humeur tout aussi maussade que la sienne. J’étais réellement heureuse de retrouver la jeune femme bien que je ne parvenais pas à ignorer le flot d’émotion qu’elle ressentait. Malgré tout, par respect et par amitié pour la femme qui se tenait près de moi, je gardais sa main dans la mienne et sans même m’en rendre compte je m’appliquais à apaiser son âme avec la même douceur qu’une mère aurait eue en berçant son enfant terrifié. Je voulais lui faire sentir la tendresse infinie de Néera.

« - Que me vaut le plaisir de votre visite ? Vous semblez être tourmentée. Puis-je vous aider d’une quelconque manière ? »
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