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 Le cri de la Banshee

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Le cri de la Banshee   Ven 16 Sep 2016 - 21:49



1ere ennéade de Favrius de la 9ième année du XXIième cycle - Jour 1 [Automne]


Les carreaux étaient par endroit éclatés, les gonds avaient cédé et Blanche se tenait là… là devant l’hôtel particulier appartenant à sa mesnie. Les lieux avaient été pillés. Un regard avait été lancé à Ansaldo puis à sa Garde obsidienne. Sans un bruit, ses talons avaient foulé la pierre de taille du hall afin de constater l’ampleur des dégâts. Les billes roulaient inlassablement sur le paysage désolé. Aucun chandelier en argent n’avait survécu, tous emportés par les plus démunis ou simple escrocs. Même le lustre laqué de feuilles d’or avait été décroché et la carcasse rongée par les scélérats bloquaient désormais l’escalier. Le cristal avait naturellement été emporté. Les illustres toiles des différents grands hommes et femmes de la famille avaient pour la plupart été désencadrées et parfois même le tableau éventré. Face à l’état pitoyable du hall, Blanche n’espérait pas le moindre salut pour les appartements. La petite troupe armée faisait suite à la baronne qui s’enfonçait un peu plus parmi les murs froids.

« Que fait-on, votre Altesse ? »
« Remettre de l’ordre. Où est Astrid et Lewis ? » Tonna-t-elle d’une voix d’une virulence que rare lui connaissait.

Sans attendre la réponse, l’Aéromancienne s’élança à travers les derniers mètres qui la séparaient des marches menant à l’étage. Concentrée et déterminée, la tisserande des arcanes bondit magiquement par-delà l’imposant plafonnier et disparut à travers les couloirs. Les portes étaient pour la plupart toutes ouvertes et son lot de désolation concassait de seconde en seconde les traits de son minois. Mais une seule chose pour l’instant la préoccupait : la disparition d’Astrid et de son vieux père Lewis. Le cœur était lourd. Non, ils n’auraient tout de même pas oser. Elle avait décidé de commencer par les plus hauts étages, à savoir qu’en cas de problème, c’est sans doute là qu’elle se serait cachée en premier. Ses lèvres les appelaient mais seul l’écho de sa voix persistait. Puis vint l’odeur… Un parfum putride qui vous prenait aux tripes et les retournait par la même occasion. Elle avait déjà senti ce relent, celui de la mort. Les doigts vinrent faire barrage comme si cela suffirait à amoindrir cette puanteur. Elle en redoutait la cause… si bien que les pas s’accélérèrent dans ce couloir, c’était celui menant aux appartements nobliaux. Les portes étaient entrouvertes comme toutes les autres et celles-ci gardaient même des vestiges de lutte. Des lattes de bois étaient défoncés, laissant un grand trou béant.  Les yeux se baissèrent vers le sol sur ce genre de trace qui ne trompent pas… Du sang…

« Astrid ! Lewis ! » Pourquoi les appelait-elle ? Elle savait ! Mais elle se refusait d’y croire. Pas encore. Que cela cesse. Les pas précipités envahirent la pièce des appartements et là… Deux corps inanimés baignant dans leur sang coagulé. Les amas de chair étaient dans un état de décomposition avancé. Depuis quand étaient-ils là ? Bien trop longtemps. Ce qu’elle présuma être le corps du vieil intendant était recroquevillé sur lui-même, enserrant les vestiges d’un coffret, elle le reconnaissait. Jusqu’à ses derniers instants, il veilla à la protection de la famille qu’il servait. Astrid reposait non loin du bureau, près de son père. Ses vêtements avaient été arrachés et un sein décharné menaçait de céder dévoré par les vers. A en juger par les jupons retroussés, elle avait été violée avant qu’on ne l’égorge comme une truie.

Du rez-de-chaussée, un hurlement abyssal se fit entendre. Le cri était d’une rare puissance si bien qu’il aurait assourdi un elfe. Les hommes virent filer Odeline qui traversa littéralement le lustre tel un spectre pour s'éclipser à l’étage à la vitesse de l’éclair, sans doute était-ce là les talents que la magelame nourrissait. Bientôt les murs se mirent à trembler tandis que la complainte déchirante résonnait. Dans un regain d’adrénaline, les chevaliers de l’Obsidienne basculèrent le plafonnier pour rejoindre la lieutenante qui se voyait astreinte à la porte d’entrée des appartements. Le spectacle faisait peine à voir autant qu’il faisait froid dans le dos. La Dame du Val était là à tenir les corps putréfiés de ses domestiques, elle hurlait à la mort à s’en rompre les cordes vocales mais là n’était pas le problème… Par la DameDieu non ! Elle avait totalement perdu le contrôle et tandis que les larmes ruisselaient le long de ses joues, on élément se déchaînait. Le vent était né. Elle était le vent, elle était l’avatar de son affinité dans sa forme la plus ravageuse. Le mobilier était désormais prisonnier de cette tornade dévastatrice. Les rideaux s’agitaient sous la tempête grondante jusqu’à ce que finalement ils se décrochent, emportés. Les carreaux qui avaient subsistés volaient désormais en éclat et Blanche continuait de pleurer et de crier. Là était le fruit de toute cette frustration qu’elle avait emmagasiné. Là était l’enfantement de toute sa colère. Là était la naissance de sa démence.


Pantois, Friedich abboya sur Odeline. « Que fait-on ! C’est toi la sorcière ici ! Maitre Nohan n’est pas là ! »

Odeline lança un regard désapprobateur à Friedich. Que faire ? Elle ne savait pas. Elle s’abaissa de justesse pour éviter une commode venant se fracasser contre la porte qui tomba définitivement au sol. Il fallait agir et vite avant que Blanche ne se consume et n’en meurt. Mais s’aventurer dans ce cyclone était suicidaire. Elle réfléchissait et réfléchissait encore et encore.  Avant d’inspirer un grand coup.

« N’approchez surtout pas. » Un craquement alarmant provenant tout droit des murs lui signifia qu’il fallait se lancer. Mais avant, elle eut un dernier regard pour Clyde… Sa main attrapait son encolure et Odeline l’attira à lui pour sceller ses lèvres aux siennes dans un baiser passionné. Le seconde d’après, elle le relâchait et s’élançait dans la tempête, laissant les hommes dans l’expectative. Courant à travers la bourrasque, sa silhouette se troubla de manière surréaliste par réapparaître un mètre plus loin bien tangibles. L’Ensorceleuse évita de justesse le lit qui manqua de la décapiter en se baissant, par malchance, une table de chevet vint la heurter de plein fouet qui la jeta avec violence contre le mur où une latte de bois défoncée s’enfonça dans son flanc. Un hurlement de douleur s’extirpa de ses lippes et quelques perles de sang moucheta sa chair tant le choc fut rude. Clyde voulut lui venir en aide mais la consigne était clair « n’approchez pas ! ».  Friedich s’interposa, épaulé bientôt par Irving qui contenaient désormais le Chasseur vociférant. La magelame se redressa malgré la douleur et entreprit de ramper en direction d'une Blanche anéantie. Plusieurs objets valdinguèrent et martelèrent le corps de la soldate qui enfonçaient désormais ses ongles dans le parquet. Il ne restait plus qu’un mètre… Encore un petit peu. La douleur irradiait désormais tout son flanc. Et bientôt un « crac » retentissant se fit entendre, le châssis d’une fenêtre venait de céder, défenestrant par la même occasion le bureau de la pièce et arrachant un léger pan de mur. Odeline ramena toutes les forces et la concentration dont elle pouvait faire preuve pour devenir à nouveau immatérielle-éther. Sa main tangible se posa sur la cheville de l’Obsidienne. Elle se hissa sur le corps dépossédé de toute conscience de sa Maitresse sous la clameur de ses collègues, célébrant son œuvre.

« Blanche ! Reprends-toi ! Blanche ! BLANCHE si tu continues je ne pourrais pas te ramener ! BLANCHE REVEILLE TOI ! » Sans ménagement, la Sorcière secouait l’Ancenoise dont la raison s’était tue.

Elle ne répondait plus. Elle n’avait plus le choix…. Odeline leva alors le plat de sa main pour l’asséner avec force sur la nuque de l'Aéromancienne qui s’évanouit. La tempête cessa aussitôt et avec l’envol du mobilier menaçant de les écraser toute les deux, la soldate ramena tout contre elle son corps pour le protéger des meubles qui battaient son dos.

Alors que les objets s'écroulaient désormais sur tous ses membres et que la douleur lui faisait peu à peu perdre conscience, sa vision se troublait. Était-ce la fin ? Au loin, Odeline entendait les échos de voix, parmi elles, il y avait celle de Clyde. Il l’appelait. Ça la réconfortait. Une vague de chaleur naissait en son ventre. Un gout métallique empestait désormais sa bouche. Bientôt les éclats de lumière en devenaient éblouissant et vint le noir. Était-ce là la mort ?


Dernière édition par Blanche d'Ancenis le Lun 28 Nov 2016 - 22:42, édité 1 fois
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Mar 20 Sep 2016 - 14:11


1ere ennéade de Favrius de la 9ième année du XXIième cycle - Jour 2 [Automne]


Nohan observait le vélin posé là sur le bois. Les coudes sur la surface plane, les mains jointes, il finit par délaisser lentement ses phalanges dans le but de caresser sa barbe blanche. Trois frappes le tirèrent de ses rêveries et ses yeux d’un bleu délavé se posaient alors que le seigneur Hermann qui fit irruption et l’invita d’un geste à s’asseoir.

« Du nouveau ? »
« Pas des moindres. » fit Nohan.

Les deux hommes soupirèrent alors que le général s’enfonçait davantage entre les serres de bois. Après quelques laps de seconde, le commandant de la garde Obsidienne reprit.

« De notre côté, les ordres ont été donnés et une missive envoyée. Nous attendons les hommes de Monsieur le Duc. Le sire Ansaldo prépare les derniers détails afin de nous passer la main. Avez-vous informé Monsieur le Duc de l’état de son altesse ? Nous n’avons personnellement rien dit à ce sujet. »
« Non pas encore. Mon avis que Blanche ne désirerait pas qu’on l’informe… Mais il finira bien par le savoir. »
« Certes… »
« Nous enverrons la missive demain si elle n’est pas encore sortie de ce coma. »
« Est-ce que ce genre d’accident arrive souvent dans votre … domaine ? »
« Pas de cette ampleur. Il est normal que nous nous blessons quand nous exerçons notre art. Mais notre apprentissage est ainsi fait pour éviter ce genre de cas. Voilà déjà un mois que je l’ai trouvé changeante… Et je ne parle même pas de ce… Comment expliquer… »

Nohan grimaça, essayant de mettre des mots à ce qu’il qualifierait d’erreur de la nature. Il avait des doutes. Il suspectait. Jusqu’à présent, il avait fermé les yeux. Il était au courant des cauchemars de son élève. Il avait naturellement remarqué que, dernièrement lorsqu’elle s’emportait, quelques manifestations ésotériques anormales étaient à l’œuvre. Et qu’en était-il de ce soudain rajeunissement. C’était étrangement louche.

« Vous avez comme moi vu cette transmutation physique. Elle nous cache quelque chose et je présuppose que la lieutenante Odeline dont je salue le courage, est au courant. »

Le commandant Hermann de Hautval acquiesça d’un air pensif. Il avait vu les deux femmes évoluées. Il était au courant. Certes n’avait-il pas été témoin de la scène mais Friedich lui avait rapporté les faits.

« Il va falloir tirer cela au clair pour le bien de son altesse. »

Le vieux conseiller hocha la tête alors que le Commandant de l’Obsidienne se redressait.

« Bien, tenez-moi au courant. Je prends congé, les préparations ne sont pas finies. »

Après un salut militaire, le vétéran tourna les salons pour sortir de la pièce en refermant la porte. Alors seulement, Nohan se redressa pour faire face à la fenêtre et observer les ruines de la Cité, inquiet.


₪₪₪



Nimmio de Velteroc, Archiduc du Médian, Comte de Velteroc & Baron consort de Hautval salut.


Nous, Hermann de Hautval, sénéchal des armées de son altesse, Blanche d’Ancenis, commandant suprême de la Garde d’Obsidienne vous prions d’accepter de rapatrier les troupes en surveillance autours des contrées de Diantra au sein de la Cité-même afin d’agréer une passation.
Nous soumettons à Monsieur le Duc, la demande d’exercer le plein pouvoir de consort avec l’officier en commandement de Monsieur le Duc.
Nous vous invitons Monsieur le Duc à rejoindre au plus vite Diantra.
Nous demandons à Monsieur le Duc de disposer comme l’a concédé, Monsieur le Duc électeur de la Garnaad, Niklaus d’Altenberg, des forces en présence afin de nous aider.

Par la force, par l’honneur, que les Cinq vous garde.





₪₪₪


Le soleil déclinait et était pas loin de s’être couché. Dans la pièce, une partie des membres de la Garde d’Obsidienne s’était rassemblé. Chacun avait cet air grave figé aux traits. S’il avait pour habitude de se retrouver pour une partie de carte et s’envoyer quelques choppes de bière. Aujourd’hui, chacun attendait posément son tour de garde. Clyde aiguisait ses lames, l’expression tirée. Roderik observait la cour par la fenêtre et Neith soufflait quelques notes à sa flute. Le bruit sourd d’une porte claquant contre le bois tendit davantage la troupe qui était prêt à bondir sur qui osait les tirer de leur occupation morne. Ils se détendirent lorsqu’ils virent Ivring rentré, trempé des pieds à la tête et jurant comme le plus rustre et trivial des charretiers.

« Par le con de cette puterelle ! Chiabrena ! MORDIABLE ! ARCAMENEL BOURSEMOLLE ! Je chie sur ces truandailles ! »

Les sourcils s’arquaient un brin à ces diatribes fusant de toute part. Puis vint l’odeur, une senteur de merde.

« Effectivement tu t’es chié dessus. » fit Roderik d’un air plaisantin.
« Et toi aussi je t’encule ! » répondit Ivring.

Les ricanements reprirent de plus belles.

« Ces diantrais sont des couillesmolles ! V’là que j’explorais les environs en toute quiétude, j’entends un cri ! Evidemment, homme vertueux que je suis, je m’empresse d’aller secourir la donzelle. »
« En espérant la piner… »
« LA FERME ! Donc v’là que j’arrive devant les deux saligauds tentant de détrousser la dinde. Alors je m’écrie. HALTE MORBLEAU ! Que Othar guide ma lame ! Rendez-vous et vous aurez la vie sauve. Ces truands tirent leur lame. Avec bravoure je m’élance, s’en suit un combat… d’une facilité déconcertante… Je les arrête… Pas même la jouvencelle ne m’accorde un baiser et prend ses jupons à son cou. V’là que ces fripouilles commencent à beugler comme des porcs en appelant à l’aide, satanée boursesmolles ! V’là qu’ils réveillent toutes les maisonnées aux alentours et v’là que les habitants ouvrent leur fenêtre pour demander qu’est-ce-qui se passe ! V’la que ces manants m’accusent de les avoir agresser et voler ! Pas même ils écoutent mes paroles ! É c’ti pas qu’ils commencent à me jeter toutes les affaires à la gueule ! Et que les enfoirés me rouent de coups ! Je me retrouve à terre ! JE ME RAMASSE LES POTS DE CHAMBRE ! ARGH satanés diantrais. »

Face à l’histoire, les gardiens commencent à éclater de rire à ne plus savoir s’arrêter.

« Vous ne moquez pas ! Je pue la chiasse et la pisse ! Mais vous inquiétez pas. Je les ai rattrapés. Ils entendent bien sagement dans le couloir là, donc allez les foutre au trou que je puisse aller me récurer. »
« Oh par le con de Néera, c’est moi qui vais me pisser dessus là. »

Les yeux d’Ivring roulèrent d’exaspération.

« Quand vous vous ramasserez des pots de chambre dans la gueule, je ne vous manquerais pas, les gars. Bref, c’est votre tour et faites pas chier ! »

Clyde consentit finalement à se redresser abandonnant l’affûtage de sa lame en attrapant au passage Roderik toujours secoué par son fou-rire.

« Allez princesse, on y va. On aide le frère. »

Cet incident avait au moins déridé pour la nuit la Garde Obsidienne et comme un jeu de dominos, au petit matin, cette malheureuse histoire avait fini aux oreilles de tous.





Légende :

Clyde  
Irving
Hermann
Roderik
Nohan


Dernière édition par Blanche d'Ancenis le Lun 28 Nov 2016 - 22:42, édité 1 fois
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Nimmio de Velteroc
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Mar 20 Sep 2016 - 15:14

Synéan de Monts-Mélian était un homme plutôt austère dont le visage demeurait en grande partie dissimulé par une pilosité toute montagnarde. Aussi était-il difficile de lire ses émotions en générale et sa surprise en particulier lorsqu’il vit la garde d’Obsidienne arriver devant son camp et demander son concours afin d’investir Diantra.

Il avait bien vu que des préparatifs de départs s’y déroulaient. Ses observateurs avaient rapportés des allées et venues des occupants de la cité en direction de leurs navires, chargés des vivres nécessaires à un voyage de retour vers Ydril sans doute. Il s’attendait donc d’un instant à l’autre que s’ouvrent des discussions quant à une éventuelle passation de pouvoir car une cité de cette taille ne pouvait rester sans garnison.

Cependant, que ce soient des hautvalois qui viennent le lui demander le surprenait fortement. Aussi attendit-il une réponse de son Duc, en tant que sénéchal de la ligue, à la requête du Sénéchal de sa femme. Cette dernière lui parvint le lendemain et il se rendit personnellement auprès d’Hermann de Hautval afin de l’assurer du soutien de ses troupes et de l’ensemble des garnisons qui encreraient Diantra depuis que les événements avaient aboutis à la sécession de Langehack de la Coalition.

Après de nombreuses ennéades à construire et fortifier des points d’appuis le long des frontières et du sud, les garnisons qui surveillaient la capitale déchue furent plus qu’heureuses de se dégourdir les jambes, ne serrais que pour parader dans la ville qu’ils observaient avec un mélange de crainte et de convoitise.

Ils amenaient avec eux des vivres et des biens de première nécessité dont il était dit que la population manquait. Le Duc du Garnaad avait insisté pour que la dimension humanitaire soit d’avantage prise en compte dans les futures actions de la ligue et le Duc du Médian étaient parfaitement d’accord avec cet état de fait. Il fallait gagner les cœurs à l’entreprise et, sauf contrordre de la Duchesse, les soldats de la ligue s’y emploieraient activement.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Mar 20 Sep 2016 - 17:34


1ere ennéade de Favrius de la 9ième année du XXIième cycle - Jour 3 [Automne]

Lentement les paupières s’ouvrirent. La lumière du jour baignait la pièce et éblouissait ses yeux. Le plafond était beige et quelques poutres s’y logeaient. Elle pouvait distinguer quelques taches plus foncés ayant éclaboussées la surface. Elle se sentait faible. Ses muscles étaient encore douloureux, meurtris mais elle voulut se redresser afin de voir où elle était. Dans un élan, le buste imprima un geste et une douleur brûlante lui rongea alors le flanc mais aucun son ne marqua l’environnement. Un bruit sourd attira son attention, c’était une femme dans une robe blanche juchée d’un linge couvrant entièrement sa chevelure. Un chapelet pendait le long de son buste terminé par une plume, le symbole de la Damedieu. Elle plissa alors les sourcils. Une voix douce vint bercer ses oreilles.

« Que la Sainte-Mère soit louée. Vous vous êtes réveillée. »

Son sourire était tendre et sincère. Sa simple présence et toute l’innocence et la bonté qui émanait de cette prêtresse lui mettait du baume au cœur. Elle se laissa aller. Elle se sentait bien. Elle ne pensait plus à la douleur. Elle était sereine.

« Ménagez-vous, la blessure n’est pas totalement résorbée. Tenez, buvez. »

La sœur tendit une coupelle remplie de ce qu’elle aurait cru pour du lait. Cela en avait l’aspect et l’odeur mais lorsqu’elle trempa ses lippes dans le breuvage, le gout était amer. Elle grimaça un instant mais but docilement.

« C’est un peu amer. Je suis désolée. »

La religieuse se tourna en direction de sa consœur et s’adressa à elle avec tendresse.

« Lila, pourrais-tu aller prévenir le Commandant Hermann, s’il te plait. »

Elle entendit une seconde voix, un brin plus juvénile caractérisée par la même gentillesse puis quelques bruits de pas et le son d’une porte refermée avec délicatesse. La sœur s’approcha et glissa sa main contre le front de la convalescente. Le contact était rafraîchissant.

« Vous n’avez plus de fièvre. Je suis rassurée. Vous guérissez incroyablement vite, vous savez. »

Mais quelque chose n’allait pas. La souffrante fronça les sourcils. Les quelques brides de souvenirs s’insufflaient à nouveau en elle. Elle se raidit. Un vent de panique la submergea si bien que ses pupilles furent réduites à deux fentes. La main chassa avec violence les draps tandis qu’elle voulut se redresser avant de chanceler et retomber sur le lit.

« Comment va Blanche ?! »

Odeline put lire l’inquiétude au seins des prunelles de la prêtresse.  Cette dernière se saisissait de sa main.

« Son altesse Blanche d’Ancenis est toujours inconsciente. Son état est stable. Ne vous inquiétez pas. Vous devez rester au lit. »
« Hm. »
« J’insiste. »

Odeline se recoucha sans un mot. Les paupières papillonnèrent encore quelques instants jusqu’à se clore et elle s’endormit.


Des éclats de voix tirèrent bientôt Odeline de son sommeil. Les paupières se rouvrirent sur ses ambres et lentement, elle tournait son minois en la direction de ce remue-ménage. Un grognement s’extirpa d’entre ses lèvres et elle fut surprise de retrouver Clyde à son chevet dont le soulagement et le ravissement se lisaient dès à présent sur ses traits. Elle décelait même un certain enthousiaste et bonheur sincère. Il lui offrait un doux sourire en saisissant sa main et pour le rassurer, la gardienne lui répondit de la même manière. Ses yeux filèrent en direction de la voix de son général qui terminait de s’entretenir avec la prêtresse de Néera. Elle finit par redresser le buste.

« Mon commandant, je veux voir Blanche ! »

Le seigneur Hermann se stoppa net et tourna bientôt les talons en la direction de son officier. Il arqua un sourcil, un brin perplexe.

« Depuis quand es-tu en droit d’exiger quoique ce soit ? »

Clyde tiqua et voulut protester mais le commandant enchaîna lui coupant l’herbe sous le pied.

« Les blessés sont censés se reposer. Si la lieutenante Odeline ne se remet pas vite sur pied, elle est inutile à celle à qui elle a prêté serment. Je salue sa bravoure certes… Mais nous savons tous qu’elle est aussi responsable de ce qui s’est passée, n’est-ce pas ma chère ? »

Les paroles étaient gorgées de sous-entendus et la magelame savait pertinemment ce à quoi il faisait allusion. Les yeux se baissèrent en signe de soumission.

« Bien, tu vois où je veux en venir. Maitre Nohan et moi-même devrons te parler en privé. Sur ce, j’ai à faire. »

Clyde et Odeline ramenait leur main en visière pour saluer leur commandant.

« Clyde, je t’autorise à rester encore un peu mais ne tarde pas à reprendre ton poste. Rompez soldat. »

Le sénéchal eut un mouvement de tête en direction des deux chevaliers, il remercia poliment la guérisseuse qui s’était sagement éclipsée puis sortit. Ceci fait, Clyde en revint à Odeline.

« C’est quoi cette histoire ? »
« J’ai pas envie d’en parler. Je suis fatiguée… Comment va Blanche ? »

Clyde soupira mais respecta le souhait de sa supérieure.

« Difficile à dire. On dirait qu’elle dort d’un sommeil sans fin… et… »
« Et quoi ? »
« Je ne connais pas grand-chose à la magie mais on dirait que cela a eu des répercussions sur son corps. »

Odeline marqua un court moment de silence, avant de chasser à la volée les draps.

« Je vais la voir ! »

Elle se redressa sans attendre, glissant une main contre son flanc encore douloureux. Le corps vacilla, justement rattrapé par Clyde. Il la recoucha.

« Il faut que tu te reposes… Comme l’a dit monseigneur Hermann, tu nous es inutile si tu ne guéris pas vite. »
« Tout ceci m’angoisse. »
« Nous sommes nous aussi inquiets, Odeline. » Le silence s’installa à nouveau jusqu’à ce qu’il reprenne sur une note plus joviale. « Ivring s’est ramassé des pots de chambre sur la tête… Tu aurais dû voir sa tête, c’était amusant. »
« Pourquoi s’est-il ramassé de la merde sur lui ? »
« Il a voulu secourir une demoiselle sauf que les nigauds n’étaient pas aussi idiots… Ils ont fait semblant que c’était Ivring qui les a attaqués… Et puis tu sais bien avec ce qu’ont vécu les diantrais, ils n’aiment pas franchement les étrangers armés. »
« Oui… Cela avance ? »
« Calmement… Hm à propos de ce baiser, tu… »

Odeline l’interrompit aussitôt.

« Je n’ai pas envie d’en parler maintenant, nous ne sommes pas seuls et je suis fatiguée. Va reprendre ton poste. »

Le chasseur fixa longuement la magelame avant de se pencher vers elle pour lui voler un baiser ce qui la laissa muette comme une carpe.

« Bien ma lieutenante, remettez-vous vite. »

Il se redressa et quitta la pièce tout de même pensif.

₪₪₪



Nohan, Maitre des Clés de la Citadelle, Intendant en chef de Hautval, Gardien du Conseil de Hautval salue Nimmio de Velteroc, Archiduc du Médian, Comte de Velteroc & Baron consort de Hautval.

Monseigneur le Duc nous vous écrivons ces quelques lignes car nous avons le regret de vous informer que votre épouse est actuellement souffrante. En effet, suite à un accident, son altesse Blanche d’Ancenis dort d’un sommeil profond depuis maintenant deux jours. Nous mettons tout en œuvre pour la guérison de votre épouse. Sachez que son état est stable. Nous avons fait appel aux meilleurs prêtres de Néera et guérisseuses.

Nous vous tiendrons informer de son réveil, le cas échant.

Que la sagesse guide vos pas. Que les ailes de la DameDieu vous protègent, que les Cinq vous garde.




₪₪₪

Alors que le soleil était au Zénith, le sénéchal Hermann de Hautval observait en silence, les garnisons passées les portes de Diantra. Ansaldo était naturellement à ses côtés. Les yeux bruns du vétéran se posaient sur le sudiste. Avec la proclamation de bannissement des Anoszia, il n’était pas de bon ton de les côtoyer surtout au vu de la situation actuelle. Il ne fallait pas non plus aggraver son cas. Mais jusqu’à présent, le vétéran sudiste ne lui avait pas donné une quelconque raison de mal le considérer. Au contraire, ce dernier paraissait droit dans ses bottes et plutôt sage. Il avait même de la sympathie pour lui et regrettait qu’un homme de sa trempe soit lui aussi banni. Prochainement, il penserait naturellement à parler de ce qu’il comptait faire après tout ça. Il était désormais au même titre que tous les mâles de la mesnie condamné à séjourner loin de sa patrie. Des cliquetis métalliques l’arrachaient à ses pensées alors qu’il se tournait en direction de l’auteur qui n’était autre que Synéan de Monts-Mélian. Les deux hommes le saluèrent comme il se doit.

« Sire Synéan, c’est un plaisir de vous revoir. Je vois que le Duc a donné l’ordre d’apporter des vivres. Son altesse Blanche d’Ancenis nous avait préalablement demandé d’en faire acheminer. Les caravanes sont à l’heure où je vous parle en marche vers Diantra. Mais je suppose que le seigneur d’Altenberg ne nous laissera pas non plus sans rien. »

Le « montagnard » salua les yeux, sans doute surpris de croiser une tapette sudéronne aux côtés d’Hermann.

« Madame la Duchesse est actuellement souffrante, Maitre Nohan a fait parvenir une missive à son époux pour l’informer de son état. Il fait aussi falloir parler de cet évènement à venir, celui de l’élévation de la Haute-Prêtresse de Néera. Nous attendons énormément de personnes… Enfin, discutons de tout cela à l’intérieur, je vous prie. »

Après un vague acquiescement de la part des deux guerriers, les trois hommes firent route jusqu’au ruine du palais diantrais.



Dernière édition par Blanche d'Ancenis le Lun 28 Nov 2016 - 22:43, édité 1 fois
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Nimmio de Velteroc
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Mar 4 Oct 2016 - 14:33


Au seigneur Nohan, Maitre des Clés de la Citadelle, Intendant en chef de Hautval, Gardien du Conseil de Hautval,

Seigneur, les nouvelles que vous me faites parvenir m’inquiètent au plus haut point. Pouvez-vous me donner de plus amples informations concernant son état ? Que disent les prêtres ? Sa vie est-elle en danger ? Pensez-vous que je doive me rendre à ses côtés au plus vite ?

Dans l’attente de votre retour, que la Damedieu veille sur mon épouse et sur vous-même, que les cinq vous gardent.

Sa Grâce Nimmio de Velteroc, Sénéchal de la Ligue, Archiduc du Médian, Comte de Velteroc et Baron de Hautval.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Lun 10 Oct 2016 - 21:30






1ere ennéade de Favrius de la 9ième année du XXIième cycle - Jour 5 [Automne]



Nohan avait les traits tirés, ceux d’un homme dans une position délicate. Sa missive avait trouvé réponse mais il présupposait qu’il aurait eu un certain laps de temps pour retourner une heureuse nouvelle à Nimmio de Velteroc. Cinq jours s’étaient écoulés et sa protégée était toujours endormie. A côté de ces funestes nouvelles, l’introduction des troupes sous le joug du Duché du Médian se déroulait sans accro notable. Le prétexte avait été naturellement celui de l’élévation d’Irys d’Arosque. Blanche d’Ancenis d’une réputation très pieuse avait fait mandé à ce que la passation de pouvoir soit sous haute surveillance en ces temps troubles où on ne se savait plus en sécurité. Les Diantrais avaient accueillis cette irruption d’un regard somme tout méfiant mais la distribution de vivres, l’édification d’un nouvel hôpital et d’un autre bâtiment à des fins sociales les avaient radoucis. De plus, les réjouissances prochaines participaient grandement à des arrangements propices. Le Grand Intendant avait fait garder sous silence, l’accident de la Dame du Val. Là était un secret bien gardé entre les mains d’un très petit nombre.
Machinalement, il déposait le vélin sur le bois en prenant une grande inspiration. Se saisissant de sa plume, il humecta sa pointe d’un peu d’encre et entreprit d’écrire ces quelques mots.





Nohan, Maitre des Clés de la Citadelle, Intendant en chef de Hautval, Gardien du Conseil de Hautval salue Nimmio de Velteroc, Archiduc du Médian, Comte de Velteroc & Baron consort de Hautval.

Monsieur le Duc, sachez que l’état de votre épouse est stationnaire. Ses jours ne sont normalement pas comptés. Les Prêtres et guérisseuses disent que Dame Blanche a besoin de beaucoup de repos ce pourquoi elle dort si profondément.
Au vu de son état, nous estimons qu’il n’est pas nécessaire de vous rendre à son chevet. Nous pensons que Dame Blanche aurait apprécié que vous ne vous détourniez pas de votre tâche. Néanmoins, si vous insistez, nous ne sommes ici personne pour vous empêcher de voir vote épouse.

Sachez qu’elle est entre de bonnes mains.  Dès qu’elle se réveillera, nous enverrons aussitôt un missive pour vous prévenir.

Que la sagesse guide vos pas. Que les ailes de la DameDieu vous protègent, que les Cinq vous garde.








Ceci fait, Nohan relut un instant le parchemin avant de le sceller du sceau de la Maison Hautval-Anvenis.



₪₪₪



Odeline était à nouveau sur pied même si elle devait se ménager. La première chose qu’elle entreprit de faire une fois qu’elle put sortir de son lit, d’aller voir sa princesse endormie. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle ne s’y attarda pas. Au lieu de cela, elle prit son cheval et quittait le château car oui, on avait fait installer Blanche dans une dépendance du Palais Fiirman, son propre hôtel étant dévasté, le temps que les travaux soient terminés, il fallait bien lui trouver un toit. Alors que les murailles de la capitale étaient loin derrière elle. Après avoir chevaucher durant quelques heures. Elle s’arrêta à l’orée d’un bois et fit ce qu’elle avait à faire pour rentrer en contact avec – Lui – car pour elle, seul – Lui – était sans doute capable de lui venir en aide à ce jour. Mais alors qu’elle tentait de se concentrer, la magelame sentit que quelque chose n’allait pas. Elle plissa les yeux avant de se racler la gorge.

« Montre-toi. »

Un craquement de bois attira son attention alors qu’une main se tendait en direction du bruit et que l’autre s’était posée sur la poignée de son épée sagement rangée dans ses fourreaux dorsaux. Qu’elle ne fut pas sa surprise de trouver Clyde face à elle.

« Tu sais que j’aurais pu te tuer ? »
« A moins que je ne te tue avant ? »
Elle leva les yeux au ciel et le pisteur lui offrait un sourire charmeur en s’approchant d’elle, les mains en l’air, signe de retraite.
« Évite d’utiliser tes talents de chasseur pour me pister… »
« Pourquoi ? »
« Car j’ai des choses à faire. »
« Quel genre de choses ? »
« Des choses que je dois faire seule. »
« Des choses en rapport avec Blanche. »
Odeline resta interdite.
« Je suis fort tout de même. »
« La ferme. »
« Une présence de plus ne sera pas de trop. »
« Si… J’ai besoin d’être seule pour … »
« Pour ? »
« Faire quelque chose. »
Un sourire en coin étira alors lentement les lèvres de Clyde.
« On fait des choses en cachette alors. »
Clyde était parfois un peu trop perspicace à son gout. Odeline levait les yeux au ciel.
« C’est important… S’il te plait… »
Face aux yeux suppliants d’Odeline, Clyde perdit son sourire et acquiesça.
« Très bien, je te laisse faire… tes cachotteries mais… tu me donnes une heure et un lieu pour qu’on se retrouve une fois que tout sera terminé. »
Odeline resta incrédule face à la compréhension de Clyde. Il n’insistait pas. Il la laissait libre. Ses instincts étaient-ils aussi développés ? La magelame acquiesça.
« Très bien, à la croisée du chemin à cinq lieues d’ici dans trois heures. Maintenant pars. »

Un sourire énigmatique étira à nouveau les lèvres du chasseur qui s’enfonça entre les buissons et disparut aussitôt. Odeline attendit quelques minutes. Elle ne sentait plus sa présence mais il pouvait facilement la lui masquer. Par précaution, elle se redressa et s’enfonça davantage dans la forêt pour réitérer ses gestes abandonnés plus tôt. Au bout d’une heure, un rire qu’elle reconnaitrait d’entre mille émana dans son dos. Elle se retourna en se redressant sans rien dire. – Lui – était là.

« Ihihi, c’était du beau spectacle ! »

Odeline ne dit mot, faisant face à l’hybride. Alors il y avait assisté ? Non, ce n’est pas possible. Elle ne l’avait pas senti. Il n’aurait pas pu. Elle garda le silence.

« La petite fleur se fane. Pauvre d’elle. Elle est frêle. On pourrait en faire une chanson. »

– Lui – fredonna quelques notes jusqu’à être stoppé par l’agressivité latente d’Odeline.

« Vous savez pourquoi, je suis ici. Alors faites quelque chose. »
« Tu as vu son visage ? »

D’une voix hésitante, la magelame abdiqua. « Oui. » Un rire dément résonna alors dans la forêt, jubilant sans pareil. Les longs doigts squelettiques de l’Archimage vinrent saisir une mèche de cheveux de la protectrice qui resta silencieuse. Odeline l’observait, les yeux plissés. Elle lui aurait bien mis sa lame sous la gorge mais pensant que c’était sans doute le seul salut pour sa maîtresse, elle demeura inerte. La langue du Diable racla sa lippe inférieure dans un geste purement obscène alors qu’il déglutit d’excitation.

« Et donc ? »
« Vous savez pertinemment ce que je veux, alors venez avec moi. »
« Crois-tu que cela n’a pas de prix ? »
« Je ne suis pas née de la dernière pluie. Tout a un prix. Cependant, je sais que vous trépignez d’impatience de la voir se réveiller et constater… »
Il gloussa.
« Il est vrai mais cela ne sera pas suffisant. Ihihihi. »
« Vous aurez tout le loisir de prendre ce que vous voudrez ensuite. »
– Lui – se mordilla la lèvre inférieure, grisé.
« Par contre, il va falloir vous cacher. J’ai un… bref quelqu’un m’accompagne. »
« Ce mignon ? Il a l’air succulent. »

Odeline réprima une moue de dégout. Elle savait que les drows appréciaient la chair humaine mais cette chose-là avait franchement hérité de toutes les tares des noirelfes. Elle se demanda bien où était ce côté elfique à part dans son physique. A moins qu’il ait hérité de la mentalité daedhels et que la coquille renfermant cet ignoble personnage était celle d’un elfe. Cela était plus plausible. Subitement ses griffes se comprimèrent sur le menton de la jeune femme dont il approcha le minois du sien.

« Il ne remarquera même pas ma présence, je peux te l’assurer, petite chose. »

Écorchant légèrement la peau de la demoiselle qui ne broncha pas le moins du monde. Il la relâcha et ils se mirent en route. Aussi étrange que cela puisse paraitre, Clyde ne posa pas de questions sur la personne qui l’accompagnait comme s’il ne le voyait tout simplement pas. Odeline donnait de temps à autre quelques petits coups d’œil en direction de l’Hybride bien silencieux tout du long. Une fois arrivés au palais et après avoir confié leur monture.

« Je vais voir Blanche, je te rejoins plus tard, d’accord ? »

Clyde plissa les yeux. Il avait l’air tendu durant tout le voyage. Après un haussement d’épaules et un regard dans la direction du Diable qu’il sembla chercher des yeux, il alla retrouver ses congénères. Odeline haussa les sourcils avant d’avancer. Après quelques minutes de silence.

« L’instinct de ton beau-brun est très développé Ihihi. »
Elle arqua un sourcil, un brin interrogatif.
« Hm ? »
« Rien. Rien.  Ihihi. »
Passons donc, Odeline ne lui prêta pas plus attention et gravit les marches jusqu’aux appartements aménagés de la Duchesse. Elle jeta un coup d’œil aux sentinelles postées qui firent un salut militaire qu’elle rendit aussitôt.

« Allez-vous reposer, c’est mon tour. »
Tous deux se regardèrent, hésitants. Il fallait normalement être deux.
« C’est un ordre. » Tonna-t-elle.
« Bien, ma lieutenante. »

Ils partirent encore dubitatifs et lorsqu’ils n’étaient plus dans leur champ de vision, Odeline ouvrit la porte et entra, accompagnée du Mage toujours silencieux. La nuit était tombée depuis déjà une ou deux heures et une prêtresse de Néera gardait le chevet de Dame. Odeline s’approcha de cette dernière.

« Pourriez-vous nous laisser seule, je vous prie ? »

Très pieusement et docilement, la Guérisseuse se redressa et après une inclinaison, quitta la pièce.

« Mhhh les adoratrices de cette catin de Déesse ont vraiment l’air succulente, celle-là a un sacré cul que je prendrais plaisir à bourriner cela m’excite. »

Odeline lança un regard en biais à l’hybride qui naturellement égal à lui-même se pourléchait les lèvres, bavant presque. Elle ne releva pas l’insulte vis-à-vis de la DameDieu. Il ne fallait mieux pas, pensa-t-elle. Les yeux se posaient sur le minois de sa princesse endormie et un air mélancolique lui grima alors les traits.

« Allons, allons, ne fais pas cette tête ma chère, nous allons redonner de l’éclat aux pétales de notre petite fleur. Assieds-toi. »

Odeline ne bougea pas. Les traits de l’Hybride se déformèrent alors en mécontentement et colère sourde. Les yeux perçants se posaient froidement sur la protectrice. Il reprit d’un air glacial.

« C’est un ordre. »
Une décharge la prit toute entièrement alors qu’un sentiment de peur serra ses tippes. Odeline s’assit aussitôt.
« Bien. »
Attrapant les draps couvrant la Dame il découvrit le corps de cette dernière et détacha la fibule retenant sa cape. Un pourpoint de cuir habillait une partie de son torse qui était ouvert sur sa peau diaphane où trônait quelques scarifications énigmatiques. Des épaulières rendait sa carrure encore plus imposante qu’elle ne l’était. Le corps était musclé, loin du physique fin des elfes. Odeline le détailla en silence alors qu’il ricanait. D’un geste indécent, il souleva la camise de Blanche pour y passer ses paumes. Odeline se racla la gorge alors qu’elle extirpait une dague d’un fourreau à ses cuisses. Il s’interrompit et releva ses yeux machiavéliques sur elle en arborant un large sourire carnassier.

« Crois-tu me faire mal avec tes aiguilles ? »

Un premier avertissement lui rafla la joue, laissant une trainée de sang coulé de long de son menton. Encore plus excité, l’Infâme gloussa. Il attrapa le col de la chemise qu’il déchira sans ménagement jusqu’au nombril du corps endormi. Odeline se tendit, prête à l’étriper.

« Tout doux, la furie, c’est pour son bien. »

Voyant qu’il ne s’attardait pas plus sur les courbes et qu’au contraire, il ramassait la dague tombée plus loin, elle se rassit toujours sur la défensive. Il s’ouvrit la paume et versa quelques gouttes de son sang dans le puits trônant au centre du ventre de Blanche. Par après, il inscrivit plusieurs signes sur le front, le cœur, le creux de ses paumes, l’intérieur de ses cuisses et sa voute plantaire. Odeline le surveillait en silence, ne comprenant pas franchement quel était le but de tout ceci. Il leva un instant un œil attentif sur la magelame puis entama une litanie dans une langue qu’elle ne connaissait pas, même si elle croyait pouvoir reconnaitre quelques mots, ceux-ci mit de bout en bout n’avaient franchement aucun sens. Odeline se prit à admirer l’Infamie dont la concentration était si parfaite qu’elle le jalouserait presque. Il finit par fermer les yeux et au bout de quelques secondes, son corps retomba inerte.


Dernière édition par Blanche d'Ancenis le Lun 28 Nov 2016 - 22:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Lun 28 Nov 2016 - 15:04


Deux grands yeux bleus fixaient ce plafond qu’elle ne connaissait pas. Ou était-elle ? Qui était-elle ? Une vive douleur balaya ses tempes si bien qu’elle grimaça. Ses sens s’éveillèrent à nouveau. Le premier fut la vue. Elle voyait cette immense pièce semblant paisible. Elle n’entendait rien. Non pas encore. Vint le toucher. Une sensation pesante pressait son corps si bien qu’elle descendait lentement son regard inquisiteur sur l’objet de ce contact. Un homme était étendu sur son ventre nu. A y regarder de plus près… Pourquoi sa chemise était-elle éventrée de la sorte ? Quel était ces tâches rouges ? Qu’est…-ce que tout ceci. Une vague d’angoisse remontait lentement dans sa gorge tandis que son cœur s’accélérait. La caresse latente d’une peur certaine lui hérissait désormais le poil.
Subitement, le corps étendu se redressa et l’hybride planta ses yeux d’ambre dans les siennes. Ses doigts se crispèrent, froissant d’effroi les doigts. Elle voulait fuir. Loin. Très loin. Vint l’ouïe.  


« Ce ne fut pas facile d’aller te chercher, ma petite-fleur. Je ne savais pas qu’un esprit humain pouvait être aussi tortueux en si peu d’année. Ihihi. »

Vint le gout. Sans attendre, les mains de l’Infâme se saisirent de ses joues. Il poussa sa langue au fin fond de sa gorge, laissant l’âpre gout du métal. La panique rongeait désormais tout son être. Les membres tremblants s’affolèrent, gesticulant alors que la Dame poussa son premier cri. Vint la naissance.

« VOUS lâchez là ! »

La douce voix fleurit en une chaleureuse réminiscence qui anesthésiait déjà son esprit. Les yeux cherchèrent cet écho et trouvèrent bien assez tôt la silhouette d’Odeline qui repoussait sans attendre la chose. Cette femme se saisissait de ses mains, en caressant le revers.

« Blanche ! Blanche ! Ecoute-moi. Calme-toi. Tout va bien… Tout va bien… là… Là… Je suis là. »

Les tressautements s’amenuisèrent jusqu’à disparaitre entre les bras réconfortant de sa protectrice. Elle ferma un instant les paupières, prenant une profonde bouffée d’oxygène, le temps de rassembler les dernières chimères de ses souvenirs.

« HRUM… HRUM… HRUM. »

Les yeux vacillèrent de concert jusqu’à l’Antique.

« Vous avez fini ? Ma chère et tendre, si tu allais te voir dans un miroir. »
« Il est trop tôt ! »
« Vraiment ? »

Les sourcils de Blanche se froncèrent tandis que sa silhouette se détachait lentement du corps d’Odeline.

« Me… voir ? Que… ? »
« Il est trop tôt, Blanche… Il est trop tôt… »
« Écarte toi ! »
« Voilà qui va être intéressant. »
« J’ai dit, écarte-toi… »

Le regard réprobateur, la magelame relâcha la menue silhouette qui chassa le reste des draps. Les pieds nus rejoignirent le sol et d’un pas mal avisé, elle s’approcha du miroir sur pied. Timidement, les billes fixaient le sol pour lentement se redresser. Qu’est-ce que redoutait tant sa sentinelle. Les billes se stoppèrent sur cette large cicatrice remontant de son bas-ventre jusqu’au-dessus de son nombril.

« Ohohohohoho. »

Ne se détournant pas du sujet de son examen malgré les exclamations de l’hybride, elle s’attarda ensuite sur ses mains fripées. L’anxiété nouait désormais sa gorge bien sèche. Les yeux se révulsèrent, poursuivant son escalade jusqu’à son minois ridé. Quelle ne fut pas l’horreur de découvrir cette chose. Elle poussa un cri qui s’accompagnait par l’hilarité de l’Infâme se tordant littéralement de rire. Les jambes tremblotantes cédèrent sur le poids trop lourd à porter ce qui fit redoubler d’intensité la jubilation de l’hybride.

« Non… Non… Non… »

Odeline se précipita sur le corps larmoyant de la Dame pour tenter de la rassurer.  

« C’est rien… Blanche… C’est rien, c’est la magie… Cela va s’estomper. Ne t’inquiète pas. »
« Ou pas… »
« Taisez-vous ! »
« Mais moi je connais un moyen pour que… »
« TAISEZ-VOUS ! »

Brusquement Blanche repoussa Odeline.

« Je veux le savoir ! »
« Ne fais pas ça Blanche ! »
« JE VEUX SAVOIR. »
« Ihihi. Très bien. Pas aujourd’hui. Je vais de ce pas me préparer. »

Sur ces mots, l’hybride se redressa et d’une révérence théâtrale s’évapora.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Le cri de la Banshee   Lun 28 Nov 2016 - 22:38


1ere ennéade de Favrius de la 9ième année du XXIième cycle - Jour 8 [Automne]


« Vos Excellence… »
« Hm… »
« Pardonnez-moi de vous déranger alors que vous vous reposez mais… Nous avons à parler. »
« J’ai lu les rapports… »
« Certes mais ce qui nous importe ici ne figure pas dans les rapports. »

Le minois se redressait lentement en direction de Nohan. Elle poussa un soupire puis repoussa le plateau de lit.

« Bien je vais m’apprêter. »
« Par contre, je vous prie de cacher ses bandages. »
« Allons, Nohan, je ne vais pas m’afficher ainsi. Tout sera masquer. Soyez rassuré. »

Le viel homme s’inclina et prit la direction de la porte. Il voulut se retourner.

« Non, n’envoyez aucune camériste. »
« Ce n’est pas cela que je désirais ajouter, votre Altesse… Ce qui nous préoccupe à un rapport avec le Dragon déchu. »

Un long silence plana alors que les billes cérulées observaient le sol, pensive.

« Ne prononcez pas son nom ici. Les murs ont des oreilles. Je… Merci, Nohan. »

Vint alors une légère inclinaison de la tête avant de s’éclipser. Blanche descendit de son lit et s’en tourna vers Odeline qui prit le relais pour l’aider à s’habiller.

« Blanche… »
« Oui ? »
« Les rodeurs ont de mauvaises nouvelles… »
« Je n’ose savoir ce que me réserve le destin en fin de parcours… Raconte. »
« Les noces de la fille d’A.. »
« Shhht. Je sais. »
« Non. C’est ce qui a été rapporté que tu ne sais pas. »
« Hm ? »
« Le colosse a encore changé. »

Les sourcils s’arquèrent un brin interrogatif.

« Les accords sont désormais caducs. Son allégeance va à B.. »
« Non. Non. Foutre dieu. Couille molle. Petite bite. Enculé. »

Les épaules se mirent à trembler alors que sa respiration devint saccadée.

« Calme toi, Blanche. Calme… On va trouver une solution. »

La frêle silhouette redevint aussi calme qu’à l’accoutumée. Machinalement, elle se délestait de sa camise pour dévoiler les membres couverts de bandages d’où émanait une odeur assez forte de plante mentholée. Non sans attendre, Odeline lui apporta sa robe et l’enfila.


₪₪₪







Nohan, Maitre des Clés de la Citadelle, Intendant en chef de Hautval, Gardien du Conseil de Hautval salue Nimmio de Velteroc, Archiduc du Médian, Comte de Velteroc & Baron consort de Hautval.

Par la Grace de Néera et des Cinq, je suis heureux de vous informer que votre épouse, Blanche d’Ancenis, est éveillée. Elle se sent encore très faible mais ses jours ne sont plus comptés. La Dame du Beau Val se porte à merveille.
Nous tenons à vous informer que nous la tenons malgré tout à l’œil, par précaution.

Que la sagesse guide vos pas. Que les ailes de la DameDieu vous protègent, que les Cinq vous garde.







₪₪₪

Les portes ne tardèrent pas à s’ouvrir sur quatre silhouettes. Trois étaient vêtue de noire et escortait Blanche. Celle-ci avait les mains gantées et une coiffe agencée de telle façon à ce que pas une seule mèche de sa chevelure n’échappe à l’écrin. Une voile barrait son minois, brouillant ainsi ses traits. Une robe brune et beige boutonnée jusqu’à son cou ne laissait rien transparaitre de sa peau. Elle put découvrir assis dans un siège une jeune garçon, Ansaldo d’Anoszia, Nohan, Hermann de Hautval.
Un sourcil s’arquait de surprise.


« Messires… »
« Votre Excellence… »
« Je suppose que ce jeune garçon dont j’ignore le nom est la cause de ma présence ici. »
« Il se nomme Arichis. »

Un petit cri s’échappa de ses lippes, perdant subitement l’équilibre. Fort heureusement ses chevaliers servants l’empêchèrent d’heurter le sol.

« Je… Je vous prie de m’excuser. »
« Je ne vous avais pas encore confié cette lettre, votre Altesse… »

Nohan se redressa pour lui apporter la missive. Elle s’empressa de lui arracher des mains pour la lire.

« Ce sont les volontés de mon frère » Fit Ansaldo « D’ailleurs, je m’étonne qu’Oscario ait accepté cela… »

Elle jeta un petit coup d’œil à l’auteur de ses mots avant de replier fébrilement le parchemin et le tendre à Odeline.

« Comment peut-il me demander cela ! COMMENT ! »

Un grognement jaillit de sa gorge alors qu’elle faisait désormais les cents pas dans la pièce jusqu’à s’immobiliser devant la fenêtre, ronchonnant dans ses tulles.

« Shhhhhhh… Petit scélérat, lui aussi je le pendrais bien par les couilles. »
« Votre Altesse, malgré toute l’estime que j’ai pour le sire Ansaldo d’Anoszia. Nous ne pouvons acc… »
« Il suffit, Hermann ! Il suffit. »
« Mais votre Altesse, il a rai… »
« Nohan, n’en rajoutez pas une couche. »

Pivotant lentement sur ses talons, la Dame se rapprocha du jeune garçon qui était à mille lieues de comprendre les enjeux de sa présence ici-même.  Elle finit par s’agenouiller devant lui et glisser sa main gantée contre sa joue.

« Je t’élèverais comme un de mes fils. » Même si Arichis pensait plutôt à veiller à ses intérêts. « En ce jour, le nom de ta maison est déshonoré. Tu portes un nom maudit désormais. »

L’agitation du frère de vieux Dragon attira un instant son attention. Apparemment ce dernier réunissait tout son self-control pour ne pas s’emporter. Après tout, Blanche n’était pas entrain de « cracher » si on puit dire sur le nom de sa mesnie. Et seul les Cinq savait ô combien un Anoszia était attaché à son nom.

« Je risque énormément à te garder auprès de moi. Aujourd’hui et cela en déplaise à ton grand-oncle et ton grand-mère, tu ne t’appelleras plus Arichis. Puisses-tu un jour retrouver ton vrai nom. Ton grand-mère m’a laissé là un bien grand fardeau à porter seule et m’a chargé d’une bien triste quête. Je ne garantis pas son succès. Tu es promis à ma fille, Astrée. Elle est de quelques années ta cadette… Je te la présenterais. Mais puisque tu seras élevé comme mon fils, puisque tu seras ma pupille. Je t’octroie le droit d’épouser qui tu le souhaites. Jamais je ne t’imposerai… »

Un bruit sourd la fit taire. Elle fixait désormais Ansaldo l’observant avec un regard mauvais et colérique.

« Jamais je ne t’imposerais ton épouse. Tu es libre de choisir celle que tu aimeras. »
« Traîtresse. » Vociféra le Blond.
« Vous, asseyez-vous. Nous avons à parler aussi. » Naturellement, il ne l’écouta pas le moins du monde. « Très bien, faites comme vous le voudrez. » Elle reposait les yeux sur le jeune enfant. Ses lèvres voilées vinrent embrasser son front. « Friedich, je te charge toi et tes hommes de son éducation guerrière. Allez donc faire connaissance. »
« Bien votre Excellence. »

Ansaldo amorça un pas pour quitter la pièce.

« Vous, vous restez là. »
S’emparant de la main du presque adolescent, elle le confia à son deuxième commandant qui s’improvisait en nourrice.
« Odeline… »
« J’ai bien compris votre Grâce. »

Attendant qu’ils quittent la pièce, Blanche reprit sa ronde pensive.

« Messires… Comme, vous le savez… Ce cher et tendre serpent des marais putrides à disgracié le nom des Anoszia. Je suppose, sire Ansaldo que vous n’échappez pas à la règle. Ou a-t-il trouvé refuge ? »
« A Langehack, ma Dame. »
« Bien. Avant tout, je vous prie d’accepter mes plus sincères condoléances vis-à-vis de votre neveu et votre nièce. Je n’ose imaginer dans quel état se trouve votre frère… Mais c’est une personne forte. Je sais qu’il… Hm.. Soit… »

Elle agita vaguement sa main dans les airs comme pour souffler ses derniers balbutiements.

« Je vous offre une place. Je vous offre une chance de pouvoir, peut-être venger votre maison. Je vous propose de renoncer à votre nom. Mais pour cela, vous devez me prêter allégeance. Vous serez l’un de mes cerbères. Vous serez l’une de mes ombres. Vous serez l’un de mes chevaliers. Vous pourrez ainsi veiller à votre petit neveu. Vous devez oublier qui vous étiez. Vous… »
« Votre Excellence, je ne suis pas certain que le sire accept… »
« Accepterait mon offre ? Car il était Capitaine ? Car il était général ? Il n’est plus rien aujourd’hui ! Vous n’êtes plus rien ! »

L’Anoszia se redressa prestement, poings serrés avec un air de défiance. Sans doute, comprenait-il en cet instant pourquoi Arichis avait jeté son dévolu sur l’Ancenoise. Elle lui rappelait tant Hélène. Ne se démontant pas, la Dame du Val amorça un pas en sa direction. Pressant son frêle buste contre celui de l’homme qui la dépassait d’une tête. Fort heureusement, il n’était pas de ceux qui frappe les femmes.

« Je n’essaye pas d’insulter votre nom ! Détrompez-vous, Ansaldo ! J’ai du respect pour votre maison et de l’affection mais selon la pénitence du Grand-Chancelier de MonCul, sous la gérance baveuse de notre très cher Faux-Roi très estimé gazouilleur, factice-demi-frère de mes très saintes filles, celui-là même auquel vous avez prêtez serment… Vous êtes hors-jeux. Donc par ma main, je vous offre l’opportunité en reniant votre nom d’aller très chastement tordre les boyaux de notre Gorge-Profonde. Êtes-vous miens ? Vous êtes un élément précieux et surtout de par l’excellence votre domaine… La guerre. »
Certainement à contrecœur, il murmura un vague :« J’accepte. » Blanche ne tarderait pas à revenir vers lui pour davantage poussée le sujet.

Saisissant ses joues entre ses mains gantées, elle attira lentement son visage vers les lèvres voilées. Et d’un baiser l’enchaina à sa destinée.

« Vous recevrez sans plus attendre vos vêtements. Vous deviendrez mon ébène. Vous cacherez votre visage et vous seconderez le sire Hermann en tant que tacticien. Plus personne n’entendra parler de vous. Je laisserai le choix à ma Garde de vous administrer votre nouveau nom ou sobriquet… A votre convenance. »

Les billes azurées s’encastraient désormais dans le regard désapprobateur de son sénéchal. Elle pouvait très clairement lire « Il n’est pas des nôtres. »

« Seigneur Hermann, vous devrez désormais œuvrer avec cette réalité qu’elle vous plaise ou non. Néanmoins, vous savez quels sont les étapes à suivre. Maintenant… Laissez-nous, j’ai à parler au Maitre des Clés. J’espère que votre nouvelle vie vous plaira, Sans-Nom. »

Se détournant, elle laissait les deux silhouettes quitter la pièce, demeurant Clyde et Roderik.

« Vous aussi. Je n’en ai pas pour longtemps. »

Après un regard échangé, ils firent de même. Blanche rangeait religieusement ses bras dans son dos et s’approcha du mage vieillissant.


« Tu m’as fait peur. J’ai cru que… Enfin. Il faudrait que je me rende à Soltariel auprès des kabbales… à moins que la Firmament… soit une meilleure idée. »
« Tu ne peux pas aller à Soltariel, c’est trop dangereux… Et ce firmachinchose compte parmi eux… ce vieux fou. »
« C’est peut-être un mal nécessaire. »
« Non ! Odeline m’a dit que cela pouvait être passager. Attendons un peu. Si cela ne s’estompe pas… Alors tu pourras aller voir le Firmetrucmuche. »
« La Guilde du Firmament… Je sais que tu hais ce Nakor… Mais je pense qu’il n’est pas le vil personnage que tu penses qu’il est. »
« IL A DESAVOUE MES FILLES NOHAN !! IL LES A DESAVOUE ! MES FILLLLES ! IL A INJURIE LA MÉMOIRE DE L’HOMME QUE J’AIMAIS NOHAN ! PERSONNE NE TOUCHERA A MES ENFANTS ! PERSONNE TU ENTENDS ! JE LES TUERAIS TOUS S’ILS OSAIENT BAFFOUER L’HONNEUR DE MES ENTRAILLES ! ELLES SONT INNOCENTES NOHAN IN-NO-CEN-TES ! »

Silencieux, le chancelier observait sa pouliche. Il plissait un instant les yeux, ne ressentant pas les conséquences régulières de la colère de son élève. Ce pourquoi, il tenta de pousser le vice à son paroxysme.

« Tu sais, Blanche… Peut-être qu’Aetius a réellement tué le roi… Peut-être qu’il a réellement tué celui qui fut son frère de sang… »
« TAIS-TOI ! TAIS-TOI ! PAS UN MOT DE PLUS OU JE TE TRANCHE LA LANGUE ! »
Rien.
« Tu as aimé un régicide, Blanche… un Ré-gi-ci-de. »
Toujours rien. La main s’était emparée d’un buste taillé trainant par-là, à deux doigts de lui fracasser le crâne avec son arme improvisée. Mais elle se fit aussitôt arrêtée, incapable de bouger le moindre membre comme si des liens invisibles l’enchevêtraient.
« Chut ! »

Face à ces gestes incompréhensibles, la Dame n’en croyait pas ses yeux et se tut, observant autour d’elle.
« Tu ne vois pas ? »
« Quoi ? »
« Et ben justement rien ! C’est bien ça le problème… »
« Comment ça rien ? »
« La rage te dévore et … Pas de bourrasque, ni de tornade… Pas un poil de quette de vent. Rien ! Quedal ! Nada ! »
« Euh… Ben… Je… Euh… »
« Je t’ai savamment énervée exprès et… rien. »

Elle sentit son corps se relâcher alors qu’elle était désormais libre de tout mouvement. Tombant pratiquement des nues. Elle observait autours d’elle, lâchant la petite statuette.

« Essaye de m’envoyer ce buste à travers la pièce…. Allez dépêche-toi, concentre-toi. »

La colère était désormais totalement retombée et faisait place pour la énième fois dans sa vie à l’angoisse. Elle tenta de faire le vide dans son esprit pour déplacer le dit buste par le biais d’un courant d’air mais rien.

« Je n’y arrive pas ! »
« Mets y du tien, ma grande. »
Elle redoubla d’effort mais toujours rien.
« J’y arrive pas ! Oh nononononononooooooooon »
Agitant mains et pieds dans le vide, elle avait l’air d’un espèce de canard désireux de voler mais incapable de s’élancer et pris dans du goudron.
« Calme toi. Calme-toi ! »
« Que je reste calme ! TU PLAISANTES ! JE NE PEUX PLUS FAIRE DE LA MAGIE ! »
« Procédons par méthode. Il faut qu’on parle à Odeline. C’est peut-être passager aussi. Et cela ne m’étonnerait pas. Tu es restée presque une semaine endormie ! Sans jamais te réveiller, j’ai bien cru que tu avais consommé toute ton énergie vitale ce jour-là. »

Des larmes débordaient bientôt, roulant le long de ses joues alors qu’elle éclatait en sanglot comme une gamine. Nohan se redressa pour venir la prendre dans ses bras et tenter de la bercer comme il la faisait autrefois en caressant délicatement sa tête.

« Laaaah…Lahhhh, ce n’est rien ma fille. »


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