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 Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]

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Glinaina
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MessageSujet: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Lun 19 Sep 2016 - 19:25


Premier jour de Favriüs, neuvième année du XI° Cycle,
Temple d'Arcamenel, Naelis.

Aujourd'hui était un jour de fête, l'extériorisation d'une joie comme il ne pouvait y en avoir qu'en tant de paix. Une joie tout à fait religieuse puisqu'il s'agissait de mettre en avant une personne chère au coeur des plus croyants en Arcamenel : l'un de ses avatars. Le royaume étant particulièrement croyant en ce dieu du fait de son apparition au sein de la cité de Naelis pendant le Voile, une grande cérémonie ainsi qu'une belle procession avaient été organisées. En partant de quartier du Voile, où se trouvait le grand temple, les prêtres ainsi que l'avatar parcourraient la cité en passant par le quartier de l'Aigle puis la ville haute, pour ensuite redescendre vers le château où s'arrêterait leur parcours. A partir de là un retour vers le temple se ferait et les festivités autres commenceraient, comme des spectacles, un marché dans le quartier de l'Aigle... une belle soirée bien remplie, en somme. Et moi, en tant que reine, je me retrouvais à suivre comme une fervante - ce qui n'était pas particulièrement le cas - le haut-prêtre d'Arcam et l'écouter. Carmin, c'était le nom qu'il se donnait. J'eus un sourire lorsqu'il parla avec passion, parfois avec un peu d'exubérance, vantant le fait qu'ils avaient réussi à trouver un avatar de leur dieu adoré. Je me demandais si le pauvre avatar, appelé Livanek, était vraiment là de son propre chef... je n'avais pas à me mêler plus que de raison aux affaires du clergé, mais je devais avouer que cette histoire m'intriguait.

Le bébé que j'avais dans les bras commença à gigoter tout en babillant, se réveillant certainement d'un songe que seuls ceux de son âge pouvaient comprendre. Tout en continuant à marcher dans l'un des couloirs du temple d'Arcamenel, je berçais doucement ma petite Ehleria qui grandissait bien rapidement, tout en écoutant Carmin.

"Une adorable enfant ! Je vous remercie d'avoir accepté de venir avec vos deux enfants Majesté. Les habituer à rendre hommage à Celui qui les protège, eux qui sont de deux sangs forts nobles mais différents, est une bonne chose.
- Ils sont encore trop jeunes pour de telles choses, Carmin... mais il est vrai qu'une telle fête les concerne d'une manière ou d'une autre. J'espère que tout se passera bien.
- Bien sûr, bien sûr... même si notre dieu peut parfois provoquer des faits étonnants par le biais de son visage.
Je regardais droit dans les yeux le haut-prêtre, peu rassurée par ses dires.
- Ne vous inquiétez pas. De plus cela vous permettra de montrer les héritiers de notre roi au peuple ; beaucoup attendent cela, les premiers mois ayant été pour vous plus difficiles qu'escomptés.
- Je le sais..."

Nous continuions à discuter tout en rejoignant le lieu de la cérémonie, qui ne tarderait d'ailleurs pas à avoir lieu. Déjà je pouvais entendre que beaucoup de monde était entré dans l'édifice religieux. Alors que nous allions nous séparer, retournant avec les chevaliers qui nous suivaient là où j'étais attendue et où se trouvait déjà Aldarian avec la nourrice, Carmin glissa une phrase qui ne me laissa pas indifférente : il lui semblait que j'étais plus liée à Arcam que par mes enfants. Partageant mon corps avec un esprit drow, cela pouvait en effet correspondre... mais je n'avais aucunement l'envie que ça aille plus loin. De même, je me demandais sincèrement s'il savait ou si ce n'était qu'une impression. Il allait falloir que je me méfie... Sans répondre, je partis m'asseoir dans la grande salle à la place qui m'avait été réservée. Les prêtres commencèrent, le silence se fit pour tous les non-religieux ; allait bientôt arriver le si précieux avatar.



Carte de Naelis :
 


Dernière édition par Glinaina le Jeu 16 Fév 2017 - 10:26, édité 1 fois
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Brashen Geridald
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Mer 21 Sep 2016 - 6:47

Jour quelconque, semaine indéfinie, mois inconnu et année superfétatoire



J'ignore pourquoi je prend la plume. Sans doute pour laisser une trace, une preuve de mon passage. Pourtant, je n'ai jamais été vaniteux. Je n'ai personne à qui adresser ces lignes, tout  mes liens de sang ont étés tranchés par le destin, il me reste bien série de compagnon, mais je ne pense pas que cela les intéressaient pas plus qu'il ne sachent lire.. je doute même qu'ils ne trépassent avant que je ne finisse mes mémoires. Cette magie qui emplit mon corps, l'a renforcé, sans précédent à ma connaissance. J'ignore combien de temps je vais subsister. A une époque, je sentais mes forces décroître, mais c'est passé à présent. Que suis je parvenu à accomplir par cette perfide magie ? Me donner la longévité d'un elfe ou d'un nain ? Me soutirer du temps ? Parfois, quand je m'observe, j'en viens à croire qu'une statue s'est substitué à mon corps, il na plus changé depuis vingt ans. L'unique chose qui me convainc que je ne suis pas aux commandes d'un cadavre inaltérable est la pousse de mes poils et le fonctionnement de mes organes.

Il y a des fins et des commencements, parfois, ces deux opposés ne font qu'un. Comme si la pièce jetée par le destin, tombait sur la tranche, interloquant même celle qu'il la lancée. Du moins, c'est ainsi que pensent série de gens auquel je n'ai jamais adressé la parole à ce propos. A mon humble avis, aucune fin n'existe, il ne s'agit que d'une lecture erronée du monde. Il n'y a que des commencements, parfois, un rose se déploie au bout d'une tige épineuse, parfois, cette tige est tranchée pour que d'autres fleurs s'épanouissent. Ni le rosier, ni la fleur ne cessent d'exister pour autant. Une fleur dans la main d'une amante à autant de valeur que celle dépendant de la terre. Elle peut même s'en retrouver magnifié. J'aurai aimé avoir cette philosophie dans l'âme lorsque Iolla me quitta. A l'époque, il fallut un temps long et interminable, une période où le temps s'écoulait paraissant comme fini et infertile de tout renouveau. Il n'y avait rien pour apaiser ma douleur, si ce n'est abrutissement à force de travail et de boisson, action creuses, n'ayant d'autres raisons que me détourner de la douleur vers l'oubli.

Je me souviendrai à jamais du premier jour. C'était une nuit d'été, nous étions dans une taverne et ...



Je repose ma plume et soupire me massant l’arrête du nez. Je déplie mon corps noueux et fais quelques pas raides jusqu'à la fenêtre. J'écarte d'un geste lent le rideau occultant la fenêtre, déjà le jour ? Au fil des ans, mon besoin de sommeil s'est réduit de plus en plus. Si mon corps n'est pas éprouvé par la journée, je ne parviens qu'à passer les heures les plus sombres de la nuit. Je me réveille alors inexorablement, après 3 ou 4 autres de sommeil. Impossible d'y revenir passé ce cap. La ville était en pleine effervescence, et aujourd'hui il semblerait qu'il en soit arrivé à son paroxysme. Une fête religieuse... incroyable, parfaitement intéressant. Pour peu que je me réfère aux enseignements de Neera, je devrais faire des doigts à tout le monde. Désolé frangin, mais je n'ai pas vraiment l'intention de faire ce genre de connerie. Pas tant que les fourmis ou les souris ne se mettent à me faire des offrandes et me vénérer, je ne conçois pas l'utilité de faire pareil. Suivre quelques préceptes que mon expérience considère comme bon, ça passe... me foutre en rogne car deux dieux ont eu la mauvaise idée de pas se porter en odeur de sainteté... ça dépasse un peu ce que je suis prêt à accepter. Néanmoins, je ne peux nier que je suis pour le moins, intrigué. D’après un gamin que j'avais rencontré la veille, ce serait la visite d'un avatar divin. Paysan illuminé, erreur de la nature, orphelin au destin volé au profit de la société, dieu qui avait envie de goûter au plaisir de la chair ou simple escroc, qu'est t'il ?

J'enfile prestement une vieille tenue de cérémonie empestant le repousse bestiole et le cuir du sac. Je suis surpris de retrouver ces frusques, j'étais persuadé que je les avait jetée. A moins qu'au dernier moment, pris de nostalgie, j'avais décidé de conserver cette tenue frappée du blason de ma seigneurie, une mouette argent sur fond d'azur bordé d'ocre. Je flotte légèrement dedans, heureusement que ces vieilles fripes sont munies de sangles pour suivre une mode de l'époque. Me voici donc affublés de manches et de braies bouffantes ornée de crête en dentelle resserrée aux articulations. Tu rajoutes à ça la chemise à jabot beige, un pourpoint sombre et un galurin visé sur le crâne, et t'auras l'air aussi con que moi. je n'ai jamais compris la mode. Comme il n'y a que les vieux pour porter des fripes si dépassées... personne ne doutera de mon âge, pour le moment ça ne me dérange pas.
Je pourrai très facilement rendre à mes cheveux leur couleur d'antan et en me taillant la barbe je passerai pour un homme dans la quarantaine, ou la trentaine mal conservée avec beaucoup d'optimisme. Mais pour le moment, je désire simplement ressembler à l'âge que je possède réellement. Je m'empare  également d'une canne de marche pour compléter mon apparence de papy inoffensif. Je glisse simplement dans les plis de mon vêtement un stylet. Du moins, c'est le terme le plus « approprié » auquel je pense pour définir cet ustensile. On me l’avait forgée il y a plusieurs dizaines d'années. C'est une lame sans garde surmonté d'une pointe en forme de feuille. Objet très pratique pour inciser la peau de mes patients ... en fait, très pratique pour n'importe quelle coupe et estocade... qu'elle qu'en soit la raison...

Je salue le tenancier de l'établissement, un homme on ne peut plus banal et sort de la gargote avançant à petit pas mesurés. Faut aller au temple, c'est ça ?  Je remonte les rues restant à distance respectable des troupes bruyantes, je n'ai pas particulièrement envie de me faire aborder. Un petit-vieux habillé comme à un mariage mais pas le sien qui déambule dans les rues armé d'une canne est en règle général une attraction rare, voir attristante. Il est assez rare que les maris survivent à leur compagne... cela attire généralement peu de mauvaises intentions. Ensuite, à présent, la question qui tue... elle est par où cette sauterie. Foutus Rhis qu'est en voyage d'affaire, je peux même pas squatter ta baraque et avoir un guide digne de ce nom. D'ailleurs, je me refuse à demander... je vais trouver tout seul. Si ce que mon frère disait est vrai, alors les arca-crétins sont des glandus... donc faut les trouver là où se trouvent les glandus, à savoir chez les pauvres. A la gueule de la villes, les pauvres, ils sont par la ! Je continue à progresser lorsqu'une calèche, ou n'importe quel machin qui transporte des gens, j'ai jamais été très porté sur la chose, s’arrête à ma hauteur.

-Besoin d'aide pour aller au temple grand père ?


Je fais sauter ma canne dans mon autre main, et rentre dans l'habitacle avant de remercier l'inconnu qui me regarde quelque peu étonné. Un gamin, probablement à la dernière mode, ou alors une fille... son accoutrement est ridicule de toute façon. Les vieux ont tout les droits, leur précepteurs ne leur apprennent plus ça ?

-Euh... qui vous a donné l'autorisation de monter ?
-Vous même en me proposant votre aide.

Devant ma logique irréfutable et probablement par flemmardise, mon hôte ne reprend plus la parole si ce n'est pour demander au cocher quand nous allions arriver. Son action la plus énergivore étant probablement de s'asperger de parfum, j'ai pris un bain hier, connard.
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Aleth
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Mer 21 Sep 2016 - 9:08

Aleth ouvrit un œil, vit la lumière du jour, ronchonna et se retourna en se recouvrant le visage avec sa couverture. Malheureusement, elle se rendit rapidement compte que ce n'était pas les rayons du soleil qui perçaient à travers ses volets qui l'avait réveillée mais l'espace d'abruti qui gueulait comme un veau sous sa fenêtre. Elle lâcha un juron. Il n'y avait donc pas moyen de dormir dans cette ville ?
Elle rejeta subitement ses draps et se leva. Le pas lourd, elle alla ouvrir ses volets, ayant dans l'idée de demander poliment au gars de la fermer. Voyant l'agitation dans la rue et les décorations qui ornaient déjà la maisons, elle se ravisa. Apparemment, une fête se préparait et le gueulard faisait partie de ceux qui achevaient les préparatifs. De plus, le jour était déjà bien avancé et elle n'aurait récolté que des protestations des gens des environs. Autant ne pas se faire remarquer. Elle referma alors la fenêtre et alla se poster devant son petit coin de toilette.

Les mains appuyées de part et d'autre d'une bassine vide, elle demeura ainsi quelques instants. Dès le lendemain de la bagarre au Sanglier d'Anduram, elle avait trouvé du boulot. Avec deux autres mercenaires, ils se relayaient pour assurer la sécurité d'un marchand de la Péninsule. Un crétin paranoïaque qui, victime comme d'autres d'attaques sur ses convois, craignait pour sa vie et souhaitait bénéficier d'une protection jour et nuit jusqu'à la signature d'un contrat qui lui rapporterait gros. Aleth était persuadée qu'il ne risquait rien du tout et qu'il payait trois personnes pour rien mais elle n'allait certainement pas le lui dire. Mais la belle n'avait pas eu de chance et devait assuré la garde de nuit. Elle était debout du coucher jusqu'au lever du soleil et dormait une bonne partie de la journée. Elle n'avait donc jamais eu l'occasion de repasser par la taverne où elle avait donné rendez-vous à Hendrick. Son contrat se terminait dans deux jours mais, après une ennéade, elle ne s'attendait pas à l'y recroiser. Dommage, elle aurait aimé pouvoir vérifier s'il lui plaisait autant qu'elle en avait eu l'impression durant les quelques minutes où ils avaient pu discuter seul à seul.

Après un soupir plein de sens concernant son état de fatigue, elle se redressa, attrapa la cruche d'eau froide et en versa dans la bassine. Elle fit un brin de toilette puis défit sa tresse avant de se déshabiller. Epuisée, elle s'était couchée directement en rentrant sans prendre la peine d'enlever davantage que sa veste et ses bottes. Elle prit des vêtements propres, laissant les autres à l'endroit prévu par l'établissement pour le linge sale, et les enfila. Elle brossa ensuite ses cheveux et les coiffa en un élégant chignon. Si c'était un jour de fête, autant se mettre dans l'ambiance...
Elle descendit ensuite dans la salle, non sans avoir pris soin de placer chacune de ses dagues dans l'emplacement qui leur était destiné, et commanda un repas. En attendant d'être servie, ses doigts triturèrent l'emplacement vide dans sa manche. Il était peut-être temps de remplacer l'arme qu'elle avait perdu dans la bagarre quelques jours plus tôt. Elle avait tellement l'habitude de toutes les avoir...

Après avoir mangé, Aleth sortit faire un tour. Elle arpenta les rues pour voir ce qu'il se préparait exactement. Il lui avait fallu plusieurs minutes après son réveil pour se rappeler la raison de toute cette agitation. Elle avait entendu parler de l'avatar d'Arcam et de la fête qui serait donnée en son honneur. Il était facile de deviner quel serait le parcours qu'il allait emprunter, toutes les façades sur son chemin étaient décorées... La belle ne put s'empêcher de penser que cela faisait un joli fléchage de cible. Mais qui irait s'en prendre à la figure d'un dieu ? Il serait foudroyé sur place.
A plus d'un carrefour, on trouvait quelques saltimbanques qui profitaient de l'occasion pour venir faire leur spectacle, non sans avoir adapté leur costume ou leur représentation pour s'accorder avec la thématique du jour. Certains arboraient la couleur du culte d'Arcam, d'autres orientaient leur prestation sur son avatar ou sur l'amour fantasque. Elle sourit à un spectacle comique mettant en scène un homme collectionnant les femmes et qui, face à toutes ses conquêtes réunies, leur sorti comme excuse qu'il ne faisait que célébrer le dieu de l'amour. Evidemment, ça n'avait pas marché et elles l'avaient toutes réprimandées d'un coup mal simulé dans les parties...
En s'approchant d'une placette, Aleth entendit de la musique. Un petit groupe de quelques musiciens jouaient un air très entraînant dans un coin de l'esplanade. Devant eux, trois personnes -probablement membre de la troupe- dansaient en rythme. Un grand nombre de passants s'étaient déjà arrêtés pour les regarder, certains frappant des mains de manière régulière. L'ambiance était bon enfant et les danseurs ne tardèrent pas à impliquer les spectateurs, les embarquant sur la piste. Ils durent un peu insister au début puis les gens se laissèrent prendre au jeu et le mouvement toucha de plus en plus de monde sur la petite place. Les bras croisés, Aleth observait la scène, amusée, prenant soin de se tenir en retrait.
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Ven 23 Sep 2016 - 22:21

Les ténèbres laissèrent place à une sensation de déjà-vu. L’odeur d’abord, celle de la pierre et de l’air rance, et puis le manque de lumière et l’humidité de la pièce ; Liv n’avait pas bougé qu’il savait déjà où il se trouvait. Comment était-ce possible ? Est-ce que tout n’avait été qu’un rêve ? Ne s’était-il jamais échappé du temple ? Il se rappelait une plage, des gens et un âne. Il se rappelait qu’il avait essayé de se rappeler, très fort. Sur cette plage, il avait tenté de saisir un souvenir, quelque chose dans sa mémoire qui lui glissait des mains. Il y était presque parvenu lorsqu’il avait été frappé, de l’intérieur, comme si quelqu’un lui avait subtilisé toutes ses forces, à la dernière minute, alors qu’il touchait au but. Quelqu’un… Le danseur des faubourgs de Thaar commençait à savoir ce que cela signifiait. L’Appel l’avait soutiré au petit bout de monde qu’il connaissait, à sa simple misère et sa puanteur familière, et depuis, n’avait eu de cesse de le traîner, comme une bête, ici et là, au gré du bon vouloir de… de quelqu’un.


Texte?

Alors qu’il se retournait sur sa paillasse posée à même le sol, un visage se dessina dans un coin de la pièce. Carmin, haut-prêtre d’Arcam et gardien du temple, se leva et fit quelques pas vers Liv.
« - Arcam soit loué de vous avoir ramené parmi nous.
Le jeune homme le regarda un moment avant de soupirer.
- Comment vous m’avez retrouvé ?
- Arcam, notre guide, nous…
Liv interrompit le prêtre d’un éclat de rire frénétique.
- Je n’arriverai jamais à m’en sortir, hein ? s’esclaffa le danseur de manière euphorique. Les meilleurs voleurs sont ceux qui n’ont rien à perdre, vous savez. J’étais un très bon voleur. Jusqu’à ce que quelqu’un me vole l’involable. La seule chose que les pouilleux de Thaar prennent pour acquis.
- Il faut le voir comme un don.
- Vous savez ce que c’est ? demanda Liv sur un ton de défi. La perte de contrôle, les douleurs, le tambour que personne n’entend, les rêves… Un don ? Je vous le donne ! Voilà. Et pourquoi pas vous, d’ailleurs ? Pourquoi IL ne vous a pas choisi, vous ? Son fervent serviteur, finit-il, moqueur.
- Il ne nous revient pas de remettre en cause les décisions du dieu aux milles visages. Lui seul connaît le destin du monde.
- Cinglé. murmura Liv pour lui-même avant de se retourner sur sa paillasse et de fermer les yeux. Il entendit les pas de Carmin s'éloigner en direction de la porte.
- J’ai bien peur qu’il ne soit plus temps de dormir. Il faut vous préparer. Une célébration en l’honneur d’Arcam a lieu aujourd’hui. La Reine sera présente. L’Avatar aussi.
- Non. »


Quelque minutes plus tard, nu et allongé sur une table dans une autre pièce des tréfonds du temple, le regard de l’Avatar s’abîmait dans les irrégularités du plafond de pierre. Ils avaient dû l’attacher ; de toute évidence ils ne comptaient pas le perdre une seconde fois. Trois prêtres présents dans la pièce s’attachaient à laver le corps du danseur avant de l’oindre d’huile parfumée. Travaillant en silence, ils n’étaient toujours pas à l’aise avec le fait de le toucher et s’assuraient de toujours avoir un bout de tissu entre leurs mains et le corps du jeune homme. Dans un élan d’espièglerie et de curiosité, Liv agrippa subrepticement le bras d’un des prêtres. La réaction ne se fit pas attendre ; les yeux de l’homme s’écarquillèrent et il tomba à genoux, murmurant rapidement des paroles incompréhensibles. Il se retira finalement de la pièce. Les deux autres prêtres, après un moment d’hésitation, reprirent leur office et un nouvel homme vint leur prêter main forte quelques minutes plus tard. Liv reprit sa contemplation du plafond, atterré.


La toilette terminée, ils procédèrent à le parer de l’accoutrement cérémoniel. Une tâche difficile car ils avaient dû le détacher et on n’habille pas un prisonnier aux tendances fugitives si facilement, surtout sans le toucher, surtout lorsque l’habillé titille les deux mètres de haut, surtout lorsque les vêtements et parures sont d’une si grande délicatesse. L’Avatar portait des bas de tissus fins, tellement fins qu’il se sentait toujours aussi nu. Seule leur superposition jetait un voile pudique sur ses parties intimes. Les bas étaient amples et très colorés avec quelque prédominance de bleu, rouge et jaune. Son torse bien découplé était laissé nu, garni d’un long collier au bout duquel était attachée une plaque sur laquelle était gravé le symbole d’Arcam : le reflet d’une lyre dans un miroir. Ses cheveux tombaient dans son dos et des multitudes de longs rubans de couleurs y étaient tressés. Finalement, alors que les trois hommes s’apprêtaient à l’éconduire hors de la pièce, la porte s’ouvrit et un nouveau prêtre fit irruption. Liv le reconnut ; il était un de ceux qui l’avait recueilli aux abords de la cité alors que son voyage forcé en provenance de Thaar avait presque eu raison de lui. « Pour la sécurité de l’Avatar, le haut-prêtre a décidé que celui-ci ne participera pas à la procession à travers la ville. Il sera présenté à la Reine et au reste des fidèles dans la grande salle du temple.  » Visiblement Carmin n’avait nullement l’intention de prendre des risques. Liv savait combien il était important pour le temple de remonter la pente après la perte du Miroir d’Arcam. Le jeune homme avait remplacé la relique.


Reconduit dans sa chambre, Liv fit les cent pas. Toutes ses pensées étaient accaparées par le fait de trouver une solution à cette situation impossible. Car il ne s’agissait pas seulement de réussir à s’échapper du temple, à fuir Naelis et à se tenir éloigner du culte d’Arcam ; la question ultime résidait bien dans la possibilité d’échapper au dieu aux milles visages. Il se trouvait déjà assailli de maux de tête à cette idée, et il savait ce que cela voulait dire. Il décida finalement de s’allonger jusqu’à ce qu’on vienne le chercher. La procession devait avoir eu lieu et la cérémonie ne saurait tarder de commencer. La porte s’ouvrit un peu plus tard. On vint le chercher. Entouré de plus d’une dizaine de prêtres, l’Avatar était déplacé à travers les couloirs sinueux et escaliers sombres des profondeurs du temple. Ils marchaient rapidement et, les rejoignaient, au fur et à mesure, d’autres prêtres, si bien que les rangs grossirent rapidement pour atteindre la trentaine d’individus qui se bousculaient tous – toujours en évitant soigneusement de le toucher – dans les entrailles tortueuses de l’édifice afin d’accompagner l’Avatar dans son ascension vers la grande salle. Des chants lointains commencèrent à parvenir aux oreilles mutilées de Liv. La cérémonie avait démarré. Au détour d’un dernier couloir, le jeune homme eut l’opportunité d’entrevoir la grande salle. Elle était bondée, regorgeante de dévots. Il se sentit mal. La nausée. Son estomac se retourna. Il vomit sur les pieds du prêtre le plus proche.


Il n’eut pas le temps de reprendre ses esprits qu’on lui essuya la bouche d’un revers de manche. Puis, il fut amené dans la grande salle sans ambages. Les chants s’étaient tus. Le silence n’était brisé que par les pas des prêtres qui l’avaient accompagné et qui se dispersaient pour rejoindre le reste de la foule. Seul, au milieu de la grande salle, Liv fixait le sol de pierre. Il avait l’impression que sa respiration résonnait dans tout l’édifice et ne pouvait se résigner à relever la tête. D’autres pas résonnèrent soudainement. Du coin de l’œil, Liv vit Carmin s’approcher. Le haut prêtre courba l’échine devant le jeune homme de dix-sept ans avant de murmurer : « Dansez, Avatar. » Ces mots le firent frissonner. Il sentit son visage, déjà pâle de son haut-le-cœur, blêmir d’autant plus. Le vieil homme rejoignit les côtés de la Reine. Liv savait danser. Dans les faubourgs de Thaar, la danse lui gagnait sa vie. Mais depuis l’Appel, elle avait pris un autre sens. Cet art était devenu lourd de conséquences. L’Avatar releva finalement la tête. Son regard évitait soigneusement d’en croiser un quelconque autre. Il respira profondément. Les joueurs de vielles reçurent le signal de recommencer à jouer tandis que les chants de prêtres s’élevèrent de nouveau. Il fallait danser.


Un pas, puis un autre, Liv enchainait les mouvements avec une grâce et volupté ineffable. Ses longs cheveux le suivaient dans chacun de ses sauts, ses pieds semblaient à peine toucher le sol. C’est lorsqu’il dansait que ses traits racés s’accentuaient le plus ; ces lignes de visage et de corps dont seuls ceux qui ont le sang pluriel peuvent se targuer. L’Avatar incarnait la jeune beauté masculine d’Arcam, son inclination pour les arts et la passion qu’il exhumait. Ses grandes qualités de danseur permettaient à Liv de dissimiler la chute sans fin à laquelle il se sentait sujet au plus profond de lui. Il avait peur. Depuis l’Appel, ses danses avaient eu des effets accablants : son audience perdait volontiers toute raison et se livrait à des actes des plus lubriques. Liv redoutait ce même effet au sein du temple, la boule au ventre et la mâchoire serrée. Tandis qu’il vrillait d’un bord et de l’autre de la salle avec suavité et finesse, ses pensées continuaient de s’obscurcir. Le piège d’Arcam se refermait sur lui. Il prenait d’autant plus conscience de sa position et du fait que rien ne l’en sauverait ; rien, si ce n’était la mort. Mais il savait aussi que le dieu aux milles visages ne le laisserait pas se donner la mort ; il avait déjà essayé, en vain ; le Barde était joueur. La mort, il faudrait que Liv aille la chercher. Alors qu’il tournait sur lui-même à une vitesse folle suivant le rythme emballé des chants des religieux, son regard humide et vert se posa sur la Reine. A chaque tour qu’il faisait sur lui-même, les yeux dérangeants de l’Avatar ne manquaient pas de l’accrocher. Elle lui apporterait ce qu’il désirait le plus : la peine capitale. Elle était sa délivrance. Il fallait estourbir la Reine.

 

Liv mit abruptement fin à ses pas de danse. Des larmes coulaient le long de ses joues. Il s’élança à grandes enjambées en direction de la souveraine du royaume. Il courait à sa propre mort.

 
   


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Hendrick
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Sam 1 Oct 2016 - 12:27

Hendrick était sorti de chez lui assez tard. Parfois, lors des chaudes matinées, il allait aider dans les scieries à l’extérieur de la ville, ou partait chasser pas trop loin d’ici. Ça lui permettait souvent de se faire un peu plus d’argent, ou de ramener un bon morceau à manger. Contrairement à la Péninsule, les cerfs et les sangliers n’étaient pas réservés à la chasse seigneuriale. Il avait goûté pour la première fois de la biche il y a une ennéade. Depuis, il s’était mis en quête de proies à ramener à sa sœur. Elle aussi méritait de goûter pareille viande, au goût si particulier.

Mais aujourd’hui, c’était la fête. Il avait vu les préparatifs se constituer au petit jour. Danyal lui avait demandé d’aller acheter des fournitures. Ils vivaient beaucoup mieux depuis quelques temps, même si Danyal était toujours à l’affût d’une mauvaise surprise. Ce matin, pourtant, et comme la plupart des matins depuis des jours, il avait la tête ailleurs. Il passait ses soirées au Sanglier d’Aduram. Souvent en compagnie de ses amis, mais plus occupé à observer discrètement la porte. Ils ne l’avaient peut-être pas remarqué cela dit. Néanmoins, Hendrick attendait toujours de voir quelqu’un. Quelqu’un qui lui avait promis de se montrer, un de ces jours. Et malheureusement, la porte ne s’était jamais ouverte sur la silhouette qu’il s’attendait à voir passer.

Ça faisait longtemps, pourtant, qu’il n’avait pas ainsi souhaité qu’une femme passe cette porte. Leur rencontre avait été courte, et pourtant, il avait espéré qu’elle se poursuive. Curieusement, il n’avait pas oublié la sensation de la main de la demi-elfe sur sa poitrine, ni le léger baiser sur sa joue drue. En fait, il avait vraiment espéré la revoir, que ce soit au détour d’un chemin, ou au comptoir de la taverne dans laquelle ils avaient déclenché cette fameuse bagarre qui les avait un tant soit peu rapprochés. Lorsqu’il marchait dans les rues de Naelis, Hendrick flânait, l’esprit concentré sur autre chose. Il avait même passé le marché, ignorant les achats qu’il avait à effectuer.

Longeant les allées de la Cité, il pénétra dans une rue plus large, où les badauds côtoyaient des artistes de rue, danseurs, jongleurs et autres saltimbanques, qui chantaient ou se trémoussaient dans un désordre joyeux. Il regarda les banderoles et les décorations. C’était très coloré, et Hendrick n’avait pas tant l’habitude de voir autant de couleurs au même endroit. C’était presque hypnotisant… Puis, il continua sa marche, observant les différents musiciens qui prenaient place çà et là. Il savait que Thierry la Frange interpréterait sûrement des morceaux de cromorne, comme il l’avait déjà fait en Oësgard. Et alors qu’il cherchait du regard son ami, il pénétra sur une petite placette, où quelques musiciens s’adonnaient à leur art.

Parmi les danseurs et les curieux, il lui fallut quelques secondes pour repérer quelqu’un qu’il semblait connaître. Une silhouette déjà vue, qui se tenait un peu à l’écart, les bras croisés. Dès qu’il vit ses cheveux blonds, il sut tout de suite de qui il s’agissait. Il s’arrêta tout de suite de marcher, et l’observa un instant. Il regarda ses cheveux d’or, et son petit sourire. Elle semblait amusée par le spectacle. Doucement, il se rapprocha d’elle, avant de se placer à côté, les bras croisés lui aussi. Là, il lâcha à son intention :

« Si tu voulais un endroit avec plus de musique que l’Sanglier, fallait me l’dire. »

Il regarda Aleth tourner son visage vers lui, et sourit. A mon avis, elle devait être assez étonnée et surprise de le voir ici. Il continua.

« Je t’ai attendue au Sanglier d’Aduram. Mais je n’t’ai pas vue. Mais bon, comme t'es ici en ce moment… ça rattrape le coup, non ? »

La musique battait son plein en face, et un homme portant une guiterne avait fait irruptin dans le groupe, accompagnant leur musique avec la sienne.
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Sam 8 Oct 2016 - 22:30






Le jour que la reine dit, mais avant.






« Quand tu verras ton reflet dans Arcam. »

C'était toujours la même rêve. Gaston, des rêves, il en avait plein sa caboche. Chaque nuit était une invitation à rejoindre le royaume du seigneur des songes. Chaque songe était dès lors une nouvelle facette de la réalité, un nouveau reflet de sa personne, un tesson de cette grosse poterie qu'est le tout. De ses cauchemars les plus humides où il prenait sa mère jusqu'aux plus perturbants où les loups le chassaient à travers les forêts, ils offraient tous un message que le grand blond s'échinait à comprendre, à retourner en tous sens et à embrasser de tout son esprit. Leur diversité ne le troublait plus, leur décor n'arrêtait pas sa clairvoyance. Plus les années passaient, et plus il rêvait consciemment, plus il s'aventurait loin au travers d'eux, pour essayer, dans le mensonge, de trouver l'issue du labyrinthe, de faire éclater la lumière au sein des ombres. La mort est cousine du sommeil, et là où certains cherchent le beau décès comme ultime raison de bien vivre, d'autres cherchaient dans le rêve et l'ivresse et l'état second ce que leur existence voulait dire. Comme si, dans les ténèbres, on pouvait trouver la clarté.  

Mais ce rêve-là, c'était toujours le même rêve. Or Gaston, des rêves, il en avait plein sa caboche. Chaque nuit, il y en avait des humides, des troublants, des terrifiants, des rigolards. Tous cryptiques, mais tous toujours différents. Sauf celui-là.

« Quand tu verras ton reflet dans Arcam. »

Celui-là, il n'était pas très récurrent. Trois, quatre fois, Gaston l'avait vécu ; peut-être plus, il ne saurait pas dire, lui qui était pourtant si bon rêveur. Des fois, il avait l'impression de s'en souvenir seulement. De seulement se rappeler de celui-là, qui à chaque fois l'avait bouleversé fort, l'avait mis plus que bas que terre. Celui-là, il l'avait rêvé pour la première fois dans les étables de son père, le seigneur de Dens, auprès d'un grand destrier noir, trophée d'un chevalier bandit. Peut-être bien que c'était son premier rêve, celui-là, en tout cas, ce fut son plus fort.

Dedans son rêve, il faisait nuit. Il chassait. Des chiens innombrables criaient la venue du seigneur Gaston, des forestiers anonymes, parfois, accompagnaient sa procession. Parfois, aussi, des taureaux puissants meuglaient, des cerfs anciens bramaient, amis du cortège qu'ils escortaient dans les ombres des futaies. Le chemin, ils se le faisaient en évoluant difficilement et à grand train sur un sol traître, hérissé de troncs immenses et de racines protubérantes. On galopait à peine dans ce souk tant la nature était envahissante. Pourtant Gaston usait de la voix, il excitait ses chiens à la pourchasse, encourageait ses alliés les cerfs et les taureaux à ne pas en démordre. Sus ! Hourva ! Hourva ! On ne fera pas buisson creux, cette nuit ! Il est à vue ! Il faiblit, il fatigue ! Mirez seulement !

Et à quelques pas de là, on voyait de nouveau l'étalon noir qu'on courrait disparaître au hasard d'un bosquet, en trottant. Les bois étaient inconnus et noirs à chaque fois, mais le cheval plus noir et plus inconnu encore. Pourtant on ne désirait que l'avoir, toute la meute ne rêvait que de ça. Mais alors, mille fois après qu'il les eut perdus, ils touchaient au but. Ils le tenaient, ils l'encerclaient, ils l'acculaient. Il était à eux, il était à lui, à Gaston. Il arrivait, ses chiens hurlaient à l'hallali, ses hommes criaient le voir : mais au lieu du grand cheval sombre, un chien errant, immobile, trônant au milieu d'une clairière, lévitant statiquement au dessus d'un étang argenté, le fixait, lui, Gaston.

« Quand tu verras ton reflet dans Arcam. Alors... » disait-il sans jamais finir la fin de sa prophétie. Il était alors mis en pièce par les chiens et les bœufs et les cerfs ; ou se noyait dans l'étang, couinant un dernier son inintelligible avant d'être englouti par les eaux ou dévoré par ses frères.

Gaston se réveilla subitement.



*



Ce réveil subit, quelques instants avant que le marin ne le secoua pour le sortir de son sommeil Gaston, surprit celui-là. D'un coup, les yeux du seigneur s'ouvrirent et sa grosse carcasse se redressa. Le regard de l'ex-dormeur fixa le marin avec un air d'outre-monde qui ne lui fit pas le meilleur effet. Il laissa passer un temps de flottement avant de dire :
« On est arrivé à bon port, docteur Vigouroux, comme vous y aviez instamment demandé, ainsi que l'autre marchand... Bon séjour à Naelis. Oubliez pas, on repart bientôt...»

Ceci dit, le loup de mer se retira prudemment, en jetant des oeillades curieuses au 'docteur'. Docteur en quoi ? Gaston n'avait pas poussé le mensonge jusque-là. Il s'était contenté d'un pseudonyme et d'un prédicat pour seule couverture lors de ce voyage. Un peu d'henné dans les poils, aussi, venaient parachever son déguisement. C'était un homme au cheveu châtain, un 'docteur' vêtu sobrement, qui mettait le pied sur le bois glissant des quais de la ville d'Arcamenel, Naelis. L'agitation du port était réduite à son minimum, car on arrivait au début de la nuit. Malgré les grognements du capitaine de la « Dive Estel », une des rares embarcations éthernais, les insistances de ses clients de ne pas passer la nuit au large avaient produit leurs effets, et le navire avait poussé pendant quelques heures dans une obscurité dangereuse jusqu'aux feux de la cité septentrionale d'Estrévent.

Le chevalier fait docteur pour l'occasion abandonna la galée marchande d'un pas volontaire, trop heureux d'abandonner et le roulis de l'olienne et le rêve qui l'avait de nouveau ébranlé. Il marchait au gré des rues, sans souci de sa destination. La balade lui faisait du bien, l'air saturé d'iode s'abâtardissait enfin de remugles plus terrestres. Un relent de poiscaille exhalait partout, se mêlait, passé quelques venelles, aux parfums capiteux de putains à marins. Et plus il s'enfonçait dans la ville, plus le crépitement d'une vie rendue discrète par les ténèbres apparut. Le son d'un luth était gêné par les marchands de vin qui appelaient à la consommation, « au nom d'Arcam, qui est nous est revenu ! », par les éclats de voix des soldats qui garnissaient les murs de cette pauvre ville. Au hasard des coursives foisonnantes d'une peuplade de pèlerins et de va-nus-pieds et d'artistes, l'écho d'une chanson se faisait entendre. Des fois une jeune fille à louer poussait un cantique à propos de son con, plus bon qu'Isten, souvent, un trouvère entonnait quelque hymne à la gloire d'Arcam dieu des passions. Tout le monde s'amassait sous les galeries des auberges et des hôtelleries, où le sol était en dur, contrairement à la rue boueuse, et cela favorisait les frictions. Entre mercenaires avinés, mais aussi entre les deux sexes.

Une atmosphère libidineuse avait envahi le bourg, s'était aperçu Gaston après une énième friction adornée d'un regard luisant et noir qu'une provocante au sourire à damner un saint homme lui jeta en guise de défi. Les veilles précédant les manifestations d'Arcam étaient toujours chargées d'un je-ne-sais-quoi de subversif, de terriblement... séduisant. Comme il s'était tourné un peu pour voir la belle poursuivre son chemin, Gaston heurta quelqu'un.

« Hé là, t'es bien gourd, mon colosse ! Y t'y faut une bonne nuit de repos, à toi, c'est sûr !... C'est ton jour de chance, y me reste une paillasse. » La voix dégoulinante coupée d'un fort accent alonnais venait d'un petit bonhomme trapu au regard éborgné qui souriait requinement avec les quelques dents jaunies qu'il lui restait. A peine Gaston eut-il le temps de comprendre ce qu'on lui proposait que l'aubergiste lui passait le bras dans le dos et le menait sirupeusement vers l'entrée de sa maison. L'établissement était un bouge sans nom, mais l'agitation était telle et la musique si bonne que Gaston, sans plus de résistance, se laissa convaincre. Les modalités de paiements conclues, notre grand blond brun pour l'occasion, gêné en ce qu'il tenait depuis sa sortie du bateau un énorme fût de bière sur l'épaule, posa sa bourse pleine d'or sur le comptoir huileux du tenancier qui, devant un tel spectacle, resta un instant bouche-bée. Un silence sacré s'établit du côté du tavernier, interdit devant une escarcelle si garnie. Gaston paya.
« Bienvenue au « Charmont Dragon », Messeigneur. » conclut l'Alonnais une fois le séjour payé.
« Docteur. » rectifia Gaston, dans son rôle.
« Ca s'ra Messeigneur pour vous, Messeigneur. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, criez, qu'y vente ou qu'y pleuve, j'serois là pour Messeigneur. »



**



La nuit fut courte. La nuit, honnêtement, fut inexistante.
La (pas si) noble société qui occupait « le Charmont Dragon », l'établissement (pas si) noble d'Houarve Charmont, vétéran alonnais et (pas si) héros des Centaures, avait tenu Gaston éveillé  une bonne partie de la nuit. Le marquis ayant une tête sympathique (sa grande malédiction) s'était fait offert quelques cornes par le propriétaire. La manœuvre du tenancier porta ses fruits, et au bout de la cinquième coupe, le seigneur commença à payer ses tournées. L'assemblée salua le geste, ce qui enfla l'orgueil du grand blond fait brun. Lorsqu'il fut assez ivre, il les intima tous de se taire et, montant sur une table, entonna, à la suite du trouvère qui faisait la chanson en ce bas lieu, un beau chant d'Odélian. Beaucoup succombèrent à la beauté du cantique mais un mauvais plaisant, jaloux de voir sa mie-putain n'avoir d'yeux que pour le crooner des temps naguère, jeta un « DLAMERDE » sonore. La bagarre fut inévitable. Et quand l'aubergiste mit dehors l'importun cabossé, Gaston n'eut qu'une envie, lui finir son compte à grand coup de pains dans la gueule.

Ainsi se perdit-il dans les ruelles du port, d'abord à la recherche de l'ennemi de la musique, puis en suivant les troupes de noceurs qui parcouraient la bourgade. Il eut, peut-être, sa mémoire n'étant plus très fiable, une belle discussion sur ce que ça signifiait de perdre le Miroir avec des barbus imbibés avant de se joindre aux récriminations de jeunes gens à qui la garde refusait l'entrée dans la vraie ville. Il les suivit jusqu'à un pan du mur qu'ils escaladèrent pour pénétrer l'honnête bourgade avant d'être pris en chasse par la maréchaussée. Le groupe s'égailla dans la fuite, lui se retrouva à fuir vers l'ouest, où les ruines assiégeaient l'immense bâtiment du Temple d'Arcamenel. Les sergents abandonnèrent leur traque, et Gaston, une fois seul, erra au travers des vieux bâtiments. Il trouva de nouveau du vin et des compagnons, plus affreux que les précédents, fit l'amour trois fois et fut réveillé dans son coma par un aigrefin qui cherchait à lui dérober ses biens. Quelques châtaignes plus tard, le bougre fut tout à fait réveillé et continua son errance jusqu'au jour.



***



Le jour que la reine a dit.


Le marquis d'Odélian, Protecteur de l'Est et Vainqueur des Eldéens, n'était donc pas très frais quand la procession en l'honneur d'Arcam se mit en marche. Pourtant quand, partout dans la ville, on annonçait la venue du dieu, un souffle nouveau prit le seigneur, qui se dirigea sans attendre vers le Temple, où devait apparaître Liv. Usant de sa puissante carcasse, il écartait avec une douceur toute nordique les malandrins qui se rendaient trop lentement jusqu'au sanctuaire où devait avoir lieu le prodige. Et une fois passé les multiples colonnes qui ceignaient le Temple, il joua toujours des coudes dans une foule toujours plus pressée pour entendre l'homélie du haut prêtre et voir la danse de l'Incarnation divine.

Il était là. Là, le prétendu émissaire du Barde, au milieu d'une estrade qui le faisait si petit, dans un silence qui le rendait si sacré. Les yeux rougies de Gaston n'en croyaient pas leurs yeux. Ils fixaient cet adolescent à peine sorti des langes de sa mère, placé au rang d'idole devant cette foule muette. Il était vêtu comme un oiseau, de trois couleurs chatoyantes et presque criardes, dans des tissus amples, presque translucides. Ce petit bout d'homme, voilà le vaisseau du dieu de la discorde ? Gaston voulut crier son scepticisme, mais sa mâchoire se contractait, comme tant d'autres dans la grande salle, incapable d'articuler quoi que ce soit. Seul son regard perçait les chairs du jeune danseur, incrédules et durs. Il commençait à croire que son voyage n'avait été qu'une pure perte de temps ; comme à propos du Miroir, les prêtres de Naelis avaient menti, ils exhibaient céans un épouvantail, un élu fantoche pour essayer de redorer leur blason. Ni relique, ni saint homme, le haut prêtre n'avait rien, il était abandonné par le beau dieu. Le marquis faisait mine de s'évacuer quand Carmin prononça quelques mots à l'oreille du supposé Gardien.

La foule eut un mouvement, ce qui retint Gaston. Il s'arrêta, fixa, une moue goguenarde figée sur les lèvres, ce petit bonhomme propulsé « avatar ». Et puis ce dernier dansa.

Il fallut quelques seconde à Gaston pour se laisser happer à son tour par le charme. Habitué qu'il était, le barde blond (fait brun), se distancia dans un premier temps de la chorégraphie. Autour, la masse s'agitait, des cris étouffés fusaient. Un mouvement doux, indolent, les entraîna tous. Ils dodelinaient, entendaient un chant silencieux. Les corps se touchaient sans le vouloir. Une étrange magie s'empara de l'assemblée. Tous les cœurs étaient prisonniers de la même chaîne. Les souffles, accélérés, rencontraient les regards des autres. Ah ! Ces autres... ces autres par tous temps ennemis, ces autres qui portaient les Enfers dans leur regard. Ces autres, à cet instant même, avec leurs visages et leurs regards et leurs corps n'appelaient qu'à la tendresse, la volupté, la passion.

Un vieillard embrassa Gaston comme s'il fût son père. Un homme le serra entre ses bras comme s'il fût son frère. Une femme lui sourit comme s'ils fussent séparés depuis deux ans. Ce sourire le fit fondre, il tomba amoureux, se jeta vers elle en ôtant ses frusques. Elle alla à sa rencontre. Leurs deux corps se retrouvèrent sans pudeur, l'amante baisa les lèvres de l'amant avec une ivresse qu'il partageait. En un instant, au milieu des couples éparses qui commençaient à se former, ils se découvraient, se redécouvraient. Il l'humait comme si ce furent les esprits du calice de Néera qui se dégageaient d'elle, il parcourait sa peau avec l'intensité de ses premières fois. Elle lui rappelait son ancienne femme, Méroflède, et sa nouvelle, Madeleyne. Elle les lui rappelait toutes, ses épouses, ses maîtresses et ses amantes. Elle était le condensé de tout ce qu'il avait pu aimer, de tout ce qu'il avait pu désirer. Oh ! Ses baisers, ses baisers ! Ils étaient le miel et l'ichor réunis. Il l'allongea et l'entreprit passionnément.

Autour, un choeur de soupirs et de cris les environnait, et quand Gaston relevait la tête pour embrasser d'un regard la grande orgie, il ne trouvait pas une seule créature dont il n'était pas amoureux, pas une qu'il ne désirait, qu'il n'aurait voulu prendre. Sa partenaire était aussi de son avis, et lorsqu'il fut satisfait, elle s'éprit d'autres. Une fois relevé, le marquis enivré embrassa d'un regard ce par-terre de corps accouplés et accrocha la silhouette de la reine. La couronne des belles occasions luisait dans la lumière du Temple, et Gaston, hypnotisé, marchant vers elle. Il bousculait d'autres prétendant à Glinaina quand la danse de l'élu s'interrompit. Le charme se défit peu à peu, Gaston reprit ses esprits, partiellement. Le danseur, d'un mouvement brusque, s'était jeté jusqu'à la régente d'un pas vif, ce qui éveilla d'un coup le sang du guerrier.

« Hé ! Hé, toi ! » s'écria Gaston, entièrement nu, à l'adresse de Livanek en courant pour l'intercepter. 




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Dernière édition par Gaston Berdevin le Sam 22 Oct 2016 - 13:35, édité 3 fois
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Glinaina
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Dim 16 Oct 2016 - 15:08


Après toute une psalmodie et une demande ressemblant quelque peu à un ordre, Carmin alla s'asseoir auprès de moi. Serrant ma petite Ehleria dans mes bras, je la regardais un instant essayer de découvrir le monde étrange dans lequel elle se trouvait en tournant la tête un peu partout. Au fond de moi, je ressentais Ust'kor suivre avec attention l'émerveillement de la petite. Il n'en disait rien mais j'avais depuis longtemps compris qu'il s'était attaché aux jumeaux. Je le soupçonnais même de contrôler mon corps pour être auprès d'eux lorsque je dormais. Enfin... je n'avais pas à penser à cela en ce moment-même puisque déjà l'avatar d'Arcamenel faisait ses premiers pas de danse. Je le regardais, un peu inquiète quant à les effets que pourrait avoir ce spectacle tout en admirant déjà les talents de danseur du dénommé Livanek. Quelques pas suffirent pour que déjà les passions se ravivent au sein du temple... passions qui, pour beaucoup d'humains, relevaient de l'amour et du sexe. Ainsi semblaient être les Hommes.

Me concernant, je ne compris pas ce qu'il se passa. Je regardais Livanek tourner avec légèreté et adresse, prendre une place de plus en plus importante malgré la scène qui tentait vainement de le rendre ridicule. Mes yeux ne pouvaient plus se détourner de lui, s'accrochant à chacun de ses regards ; mes oreilles n'entendaient que de manière bien trop floue ce qui se passait autour, que ce soit la musique ou les gens qui s'abandonnaient peu à peu à leurs passions les plus enfouies ; mes sens étaient brouillés, hormis un qui me donnait l'impression que les vibrations provenant d'un tambour heurtaient directement mon être intérieur. Mais surtout, chose étrange, je n'arrivais plus à me concentrer pour retourner dans la salle intérieure où Ust'kor et moi-même pouvions nous retrouver sans que l'un n'empiète sur l'autre. Cela ne m'empêcha pas de ressentir cette autre entité qui était en moi, de plus en plus présente, de plus en plus forte, enserrant mon âme et lui transmettant une chaleur que je n'avais que trop peu connue. Je me sentais bien, trop bien même. Livanek arracha une dernière fois mon regard, mon esprit s'envola alors vers le monde de l'immatériel, vers cet espace si particulier et intime où se trouvait Ust'kor.

Il était là, magnifique comme d'habitude, ayant hérité métaphysiquement de son père même si on pouvait retrouver une partie de moi en lui. J'étais comme dos contre un mur et lui se tenait simplement devant moi, face à face, ses yeux plantés dans les miens. Je sentis sa main se poser sur mon épaule nue lacérée de marques magiques puis glisser sur mon cou, ma joue, mes lèvres, mon oreille... L'envie de me rapprocher de lui me brûla de l'intérieur, des larmes douloureuses coulèrent sur mes joues. Je ne comprenais pas, ne savais que faire. Ses yeux reflétaient le même état d'esprit, et pourtant... Et pourtant il me prit dans ses bras, je le pris dans les miens, son "corps" comme le mien commencèrent à disparaître, permettant un rapprochement entre nous tel qu'il aurait été impossible dans le monde extérieur. Il n'était pas moi. Je n'étais pas lui. Pourtant, Arcam semblait vouloir que nous ne fassions plus qu'un.


~~~~~~~~


Tu voles, tu virevoltes, tu doutes, tu refuses... Ta volonté se renforce et les idées fusent dans ta tête. Tu ne veux pas regarder le résultat de ce que tu fais, la joie qu'apporte Celui qui t'a choisi comme avatar, qui t'a choisi tel que tu es pour ce que tu es. Livanek... Tu refuses de me suivre, n'est-ce pas ? Tu refuses de vivre encore sous mon aile ? Pourtant je t'ai bien des fois protégé, aidé même, sans que tu ne t'en rendes compte. Alors soit, tu cherches la mort comme si elle pouvait être libératrice. Tu souhaites que tout s'arrête. Alors tout va s'arrêter, pendant un moment je vais te faire comprendre ce qui se passerait si je n'habitais pas en chacun d'entre vous. Juste un moment. Peut-être te rendras-tu compte de ce qu'est la véritable mort de l'âme et des passions, quelles qu'elles soient.



~~~~~~~~


"Hé ! Hé, toi !"


Les mots étaient lointains, comme provenant de derrière un mur de verre. Je fus brutalement arrachée à la réconfortante étreinte d'Ust'kor et mes yeux revirent l'avatar d'Arcam. Avatar qui courrait vers moi, mettant fin au doux sort qui m'avait prise, réveillant la puissante volonté de ceux qui veillaient sur moi, faisant brûler en eux la flamme du devoir. Alors le monde sembla s'éteindre au sein du temple. Plus aucun bruit, plus rien. L'avatar tomba immédiatement sur le sol, dépourvu de toute envie. Les armes dégainées tombèrent sur le sol. Les passions amoureuses s'arrêtèrent net, les gens se rendirent alors compte qu'ils s'étaient laissés aller à leurs sentiments les plus profonds et que certains même s'étaient entièrement dévêtus. Mais tout n'était plus que vide. Un immense vide qui me glaçait intérieurement et qui rendait chacun d'entre nous amorphe. Des larmes coulèrent sur mes joues. Je n'eus même pas envie de les réfréner ou encore d'essayer de comprendre ce qui se passait. Toute volonté, tout amour, toute passion avaient disparu. Je regardais mes propres enfants. Ils n'étaient plus que des enveloppes vides à mes yeux, aucun sentiment et encore moins de l'amour maternel n'essayait de raviver mon coeur. Encore une chance dans ce malheur, mes bras ainsi que ceux de la nourrisse ne tombèrent pas, gardant mes deux enfants saufs... comme si Arcam continuait à les protéger malgré le fait qu'il ait décidé de nous enlever toute envie de vivre.

Arcam :
 
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Brashen Geridald
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Jeu 20 Oct 2016 - 15:33

Ainsi, le plus naturellement du monde, j’emboîte le pas de Mauricio. Du moins, c'est le nom dont je l'ai gracieusement affublé. Mauricio s'est contenté de m'ignorer durant tout les voyages et ce d'autant plus quand je l'ai traité de « radin prolétaire » lorsqu'il a refusé de partager avec moi un biscuit. J'ai comme l'impression qu'il ne m'aime pas vraiment, mais ce n'est pas important, les vieux ont tout les droits après tout ! Je prend quelques secondes pour détailler l'immense bâtiment. Franchement, j'ai déjà vu mieux, la taille laisse à désirer, les décorations sont vulgairement esthétiques et la roche utilisée n'est pas des plus agréables. L’intérieur n'est pas plus impressionnant. On a juste une rangée de péquenots et des culs-terreux qui pètent pas plus haut que l'orifice précédemment mentionné. Mes rêves de banquets, de repas gratuits et d'alcool sont définitivement massacrées par ces rangées de bancs couvertes de postérieurs tous les plus médiocres les uns que les autres. On m'avait parlé de lucre d'abondance, d'orgie et d'hédonisme, elle est où la bouffe putain ?

Pour éviter de me retrouver contaminé par cette sainte dégénérescence et ce sans oublier mon objectif principal:Étudier en détails les mœurs d'individus aux croyances déviantes et primitives. Je prend place à l'extrémité du banc qui me paraissait le plus excentré. Peu à peu les fidèles prennent place dans une sorte d’excitation on ne peut plus populaire. Finalement après quelques minutes d'attentes interminables à supporter les émanations fétides de mon voisin, les curetons font leur apparition. A leur coté, un gamin aux goûts vestimentaires plus que douteux. D'après les trépidations confabulantes de mon voisin, le zigue de l'avant scène va se mettre à danser. Bon avec un peu de chances on va vite le remplacer par des donzelles, Pour m'aider à patienter qu'un spectacle plus intéressant apparaisse, je me concentre sur une activité intensément plus enrichissantes:la spéléologie nasale. Alors que je bataille glorieusement contre un adversaire plus tenace que les autre, une série de choses me frappent. La première est que le mec à ma droite bave abondamment et me couvre de regard langoureux. Tu crois vraiment que j'ai envie d'échanger mon haleine avec toi ! La seconde est que mon adipeux voisin n'est pas le seul à éprouvé des bouffées de chaleur. Bordel, nous sommes cernés pars les pédérastes. Nous avons trouvé un nid Iolla, que l'on m'apporte de l'huile et une torche, nous devons faire disparaître cette engeance ! Néanmoins, la dernière chose qui me frappa m'interdit toutes truculentes opérations pour éradiquer le problème.

En tant que mage, j'ai toujours eu un rapport particulier à la magie. Je l'ai toujours sentie remuer paresseusement autour de moi. Il est impossible de décrire ce sentiment, tout comme on ne peut pas dire à un aveugle ce qu'est une couleur ou ce qui rend le son d'un pet si disgracieux à un sourd. J'ai donc souvent utilisé la métaphore de la mer calme lors d'une marée basse pour donner une idée aux gens lambda. A présent, si je devais expliquer ce qui se passe à un auditoire de miséreux dénué de dons magique je dirais ceci : C'est comme si un petit merdeux s'était mis à danser dans l'eau et à t'éclabousser. Il y avait une très forte perturbation du flux magique engendrée par le mec qui danse. D'un coup d'épaule je me défais des élans affectueux du béotien à ma droite et me lève subitement. Je rabat mon galurin sur mon visage pour éviter tout contact avec le mage de cabaret. Comme si un contact visuel risquait de raviver ma libido éteinte depuis quelques années déjà. Mes yeux se promène sur le reste de la salle, partout les fidèles participent à une orgie grotesque. Çà me rappelle un village que j'avais visité il y a bien 10 ans. Une série de personnes étaient réunies dans une salle enfumée par des vapeurs issues de drogues hallucinatoires et aphrodisiaques... déclenchant ainsi un pareil type d'orgie.J'étais la pour Bacchus, pas pour une bacchanales qui réunit une bande d'abstèmes putains !


Bordel, le monde était bien mieux quand les dieux restaient dans leur coin. A présent, ils donnent des pouvoir absurdement puissant au premier venu. Imaginez qu'une telle puissance de persuasion tombe dans les mains d'un chef de guerre. Ce gars peut transformer une armée en une pantomime sexuelle. Ne restera plus qu'à les rincer des flèches ou les charger en retirant les danseurs et ce sera un glorieux massacre...
Je passe deux doigts sur mes tempes douloureuses , pas question d'utiliser la magie dans un tel remugle magique. En plus, tout ces culs blancs, la bas ? Ils ont pensés aux maladies vénériennes ? C'est ainsi qu'on chope des maladies vénériennes. J'avais constaté il y a quelques années le danger de ce type d'infections. A l'époque où j'étais encore mercenaire, on avait découvert quelques prostituées atteintes d'une infection sexuelle assez violente. J'avais soigné leur lésions cutanées avant de les envoyer tapiner dans la troupe mercenaire en face. Quelques semaines plus tard, lorsqu'il fallut mener à bien notre contrat, l'ennemi était tellement affaibli que l'on réalisa un massacre. Entre nous, l'on appela crûment cette stratégie « le coup de pute ».

Le flux se fige, plus rien et silence puis les pleurs.

Je soulève mon chef pour aviser le danseur au pied de gardes armés. Ce arcamachins possèdent réellement des coutumes barbares. On produit une orgie puis on sacrifie son origine. Jusqu'il y a peu, je doutais de ces contes de marins. Mais finalement, qu'une civilisation d'hommes à la peau sombres vivant sur une île tropicale sacrifie et mangent des vierges...ça me semble assez plausible. Ce qui signifie qu'il existe aussi un homme nommé Bryan qui a rendu la parole à un muet et à fait apparaître des buissons de baies. Avant de mourir en chantant la bonne parole. Pour me remettre de mes « émotions », je m’envoie une rasade d’alcool. Ne me reste plus à attendre que les fidèles reprennent leur esprit et que la messe se termine. En moins d'une heure, il y a déjà eu une série de choses qui confirment ma théorie que les fidèles d'arcam sont des mal-baisés. J’attends avec effroi et impatience la suite de leur lubie.
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Sam 22 Oct 2016 - 13:38



Tandis que le divin danseur s'élançait à la rencontre de son invitée d'honneur la reine du patelin, Gaston lui s'était élancé à l'instinct à sa poursuite. Encore traversé par les maléfices dans lesquels l'élu du dieu avait plongé toute l'assemblée, il jetait, dans sa course, quelques oeillades vers Sa Majesté dans l'espoir tout libidineux d'accrocher un regard qui lui promettrait un petit coup vite fait. Hélas, Sa Majesté pour mieux profiter des bienfaits du Barde, ou forcée par lui à les goûter le plus optimalement possible, avait les yeux clos. Hermétique au monde extérieur, elle jouissait d'un rêve qui semblait aussi intense que les coïts que s'offrait à qui mieux-mieux le parterre des adorants rassemblés dans le Temple. Et si ce bon Gaston était déçu par cet onanisme solitaire, les ardeurs voluptueuses qui lui fouettaient les sangs l'empêchaient, même pendant l'éphémère pourchasse de Livanek, de se résigner à ne plus jeter de coups d'oeil en sa direction.

Mais comme elle demeurait absorbée par ses rêveries érotiques malgré la distance qui s'écourtait entre eux, le marquis déguisé et pourtant nu accrocha un autre regard. C'était la petite princesse, une fille menue à peine sortie du landau qui le fixait effrontément. Ehleria, que sa maman maintenait brusquement avec son frère contre son sein par un mouvement maternel que n'avait pu ou voulu défaire le dieu des masques, embrassait la scène sans en perdre une miette. Elle avait, elle, les yeux grands ouverts et brillants d'une lueur qui aurait fait rougir une maquerelle sharassienne. « Sangdieux, mais cette enfant a un regard de garce ! » s'écria en lui Gaston, secoué par un mélange malsain de sentiments contradictoires devant ce spectacle de la pouponne irradiant d'une lubricité digne des plus grandes putains de Thaar.

Cette diversion troublante détourna son attention de sa première proie. Elle s'effondra sur le sol lisse. Ce ne fut pas le bruit de la chute qui rappela Gaston à sa chasse, mais l'impression fugace et puissante que quelque chose n'allait pas. A peine eut-il fixé le danseur abattu, surpris et confus, cherchant déjà à voir la trace d'un coup ou la présence d'une flèche dans le corps du divin vaisseau, que toute son agitation s'éteignit. Sa surprise disparut, son front se déplissa, sa mine recouvrit une parfaite sécheresse.

La chaleur bouillonnante qui avait fusionné les corps un instant plus tôt s'évanouit. La géhenne orgiaque et les vieilles braises qui torturaient délicieusement les cœurs se volatilisèrent. Il ne resta plus que le froidure du temple de marbre. Tout était plus clair, tout était plus fade, tout était plus gris. Une gamine se mit à sangloter, rejointe par d'autres gens que le marquis ne voyait pas. Son regard ne démordait pas du gisant de Livanek, la dernière chose qu'il avait regardé avant ce maudit ascenseur émotionnel. Le corps resta immobile un instant, ou plusieurs, Gaston n'en avait cure. Qu'il se relève ou qu'il soit mort, ça ne lui importait plus. Il ne voyait simplement pas l'intérêt de regarder autre chose. Ses sens transmettaient désormais des informations dénuées de valeur. Son esprit, englué dans une apathie absolue, ne traitait plus les pleurs qui s'élevaient sous la bâtisse du temple vide, ni l'élu mis à terre par une force inconnue. Pleurer pour quoi faire d'ailleurs ?

Il repensa beaucoup à ce laps de temps dans le Temple d'Arcamenel. A chaque fois qu'il se remémorait ce calme étrange qui l'avait saisi, il en éprouvait des frissons. Etait-ce cela, l'ataraxie, l'absence de troubles ? Il s'était évoqué une armée d'images pour tenter de saisir la mort de l'âme qui l'avait enveloppé alors. C'était une espèce de mer sans lune, privée de son ressac, une grande tache d'huile tranquille que n'animaient plus les marées. L'exemple était bâtard et ne satisfaisait pas Gaston. Il lui manquait l'impression délétère qu'il ressentait à chaque fois que cet instant mystique se rappelait à son souvenir, la disharmonie.

Il se souvint des cent jours où le dieu avait masqué le soleil. Ce parallèle l'avait frappé. Il illustrait au mieux ce qu'il avait été : une graine de topinambour que plus rien n'amenait à grandir et croître et vivre. Plus de désir, plus d'élan, la tension qui forme une existence ne s'était pas résolue, elle s'était tout simplement évaporée. Ce n'était pas l'absence de troubles parce que les troubles n'existaient plus. Plus d'Equilibre, plus de Choix ni de Volonté. Sans Arcam, point de Néera. Point d'endroit sans envers.
« Dur dur, » avait habilement synthétisé un homme sur qui Gaston avait épanché les angoisses métaphysiques que produisait cette vérité sur sa conscience.

Les ombres réapparurent aux pieds des êtres, la vie revint. Et de nouveau, cette question : Livanek était-il mort ?


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Finnegan Sidhe
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Dim 13 Nov 2016 - 14:54

Murmure remorquait Zem par la main. Pas que la gamine lambinait mais parce qu’elle n’allait pas assez vite à son goût. Il avait eu tort… Il savait qu’il avait eu tort… C’était une très mauvaise idée. Murmure regarda nerveusement par-dessus son épaule. Nerveusement parce que Murmure ignorait ce qui lui ferait vraiment péter les plombs. Qu’il ait essayé de lui fausser compagnie? Ou qu’il ait cru si facilement l’abuser?

Murmure louvoyait, se coulant dans la foule, certain que dans la masse des gens qui était rassembler dans la ville, se trouvait quelque part une menace terrible et qu’elle s’appelait Barbaque. Par les juges, qu’est-ce qu’il lui avait pris?

- Logiquement, si la fête bat son plein, c’est que l’avatar est présent et qu’ils ont repris cet olibrius.

Se cacher? Si Livanek était l’avatar du dieu Arcamenel, Murmure, lui, était le dieu de la dissimulation et de l’évitement. Peur? Bien sûr que Murmure avait peur. Ils avaient perdu un temps précieux à faire des détours. Murmure était persuadé que Barbaque serait venu directement en ville.

- Il risque d’y avoir des gardes, n’est-ce pas
?
- Pourquoi l’avatar d’un dieu aurait-il besoin de garde?
- Dans les Wandres, on a coutume de dire que pour vivre vieux, vaut mieux ne pas trop compter sur les dieux…

L’éclaireur regardait sans arrêt derrière son épaule, inquiet, et pourtant il parvint aux portes du temple sans encombre. Murmure sera les dents, l’angoisse pesant lourdement sur ses épaules. Barbaque était vicieux, il lui ferait payer son élan d’émancipation. Et le pire, c’est que Murmure savait que Barbaque avait d’avantage d’imagination que lui pour être désagréable.

L’éclaireur entrouvrit une petite porte de service et fit passer Zem avant de la suivre.

- Oh… fit murmure en butant contre la silhouette de la gamine immobilisée sur le seuil.

Le premier réflexe de l’éclaireur fut de poser ses mains sur les yeux de sa cadette pour la soustraire à ce spectacle. Qu’est-ce que tous ces gens fichaient à poils? Ah bon? Sérieusement? D’accord… Bon… Murmure avisa le voleur enrubanné, effondré sur la scène, et la foule, inerte et apathique qui les séparait de lui. Bien des questions sur les dieux, la magie et la nature humaine lui traversèrent l’esprit mais Murmure était trop  pragmatique pour laisser passer une pareille aubaine.

- Vient, faut le sortir de là…

Murmure se glissa entre les corps à grande enjambée, sur la pointe des pieds, foulant des vêtements abandonnés, trébuchant à grand renfort de « Excusez-moi… Pardon…OUPS! Vraiment désolé… » prononcé d’un timbre sans voix parce que murmure était parfaitement muet. Il rejoint l’estrade profondément mal à l’aise de se trouver aussi exposé aux regards de toutes l’assistance et balança un bon coup de pied dans la masse inerte du danseur. Pas de réaction. La frustration lui donnait envie de le rouer de coup. L’abandonner là, dans l’indifférence. Sale voleur! Sauf que l’amocher d’avantage ne servirait pas sa cause. Murmure se saisie d’un de ses bras, se ménagea une prise sur son poignet, et s’arc-bouta pour le trainer en bas des marches.

- Zem, prends son autre bras… Aide-moi…


TOC… TOC… TOC… Faisait le crâne du danseur en heurtant les degrés de pierre. Une délicatesse toute Wandraise... Et marche par marche, pas à pas, ils progressèrent vers la sortie la plus proche.
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Dim 13 Nov 2016 - 21:39


La coutume voulait qu'on morde son orteil au supposé mort pour se fixer sur son trépas.
Le minet qui venait de mettre un coup de latte dans le cadavre de Livanek était visiblement de la nouvelle école. A savoir si le danseur avait décédé, il avait adopté une attitude beaucoup plus proactive que Gaston, qui se contentait de regarder le corps inerte sans savoir quoi faire. La méthode soulevait quand même quelques protestations du côté du marquis, mais il n'eut pas le temps d'expliquer au damoiseau pourquoi on n'essuyait pas ses bottes dans un gardien que déjà une jeune fille aidait l'aventurier à traîner le macchabée jusqu'à l'issue la plus proche. L'aventurier et sa complice essayaient de subtiliser le divin corps encore chaud !

Cette farce morbide laissa Gaston pantois. A peine le jeune rouquin avait-il été invité par son dieu à le rejoindre que les vautours se jetaient déjà sur sa dépouille mortelle. L'Odélian se doutait que des brigands et des voleurs de reliques assistaient à cette messe dédiée à la divinité des parias mais jamais il n'aurait pensé qu'ils seraient aussi prompts à foncer sur la belle affaire que composait le cadavre d'un élu d'Arcam. Après la danse hypnotique qu'il avait représenté sous les dômes du Temple d'Arcamenel, tous sauraient bientôt que le divin s'était incarné dans le corps de Livanek. Dans trois semaines, un de ses yeux vaudrait un destrier et son harnachement, dans deux ans, son fémur pourrait acheter un manoir et dans dix ans une seule de ses dents équivaudrait au poids en or de son receleur. Bien conservé, ce gars-là était une véritable mine d'or pour qui savait s'adresser aux bons sorciers et aux riches chapelles. Mais tout de même ! Dérober un cadavre devant des centaines d'adorateurs, dix minutes après sa chute et dans le temple de son dieu qui plus est ? Ca manquait clairement de classe.

Le crâne de Livanek finissait juste de rencontrer la dernière marche qui séparait la tribune de la nef du sol du Temple quand Finnegan vit un colosse faire un pas vers elle, attraper sa dague qu'elle avait au fourreau d'une main et la repousser brutalement en arrière de l'autre. L'appareil d'un dieu n'avait peut-être pas de gardes, les protecteurs de la reine étaient peut-être occupés à dissiper les vapeurs libidineuses qui l'agitait et la foule était peut-être trop lâche pour agir, mais Gaston refusait de voir le plan sinistre de cette enfant et de ce gringalet se réaliser. Finn se retrouva donc à affronter un colosse à la barbe et au cheveu châtain et au reste de la pilosité blonde comme l'or, ce qu'elle remarqua, il était entièrement nu. Visiblement pas remué par ce détail, Gaston pointait la dague qu'il venait de dérober à Finn avec un regard menaçant et une posture de garde en renfort.

« Laisse l'élu aux siens ou prépare-toi à manger ton propre couteau, mon beau ! » Gronda-t-il d'une voix féroce.

 



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Finnegan Sidhe
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Lun 14 Nov 2016 - 3:06

C’était une erreur. Une autre.

Murmure ne portait pas de dague. Occasionnellement Marion, mais Sickert refusait de la lui laisser depuis qu’elle l’avait balancé à la gueule du lieutenant. Et puis le lieutenant avait raison. Rien ne sert de porter une arme si on n’est pas prêt à tuer quelqu’un. Murmure était encore indécis sur ce point.

Murmure leva les yeux sur l’homme qui venait de lui faire perdre son élan. Les sourcils froncés dans une expression de légitime frustration. C’est que livanek faisait son poids et avait de l’inertie. Il leva littéralement les yeux sur celui qui lui barrait le chemin. Ah bon? Il y en avait donc un qui avait gardé ses esprits. Murmure baissa ensuite les yeux, de haut en bas, passant rapidement sur le centre, et remonta à la main qui la menaçait. L’éclaireur eut l’air surprit.

La lame que l’homme avait dans la main avait quelque chose de décevant. Elle ne faisait pas plus que la longueur d’un doigt. C’était un objet usuel en acier commun forgé dans les Wandres; un pele-patate, un objet de ménagère, une petite lame à rouler dans les plis de son tablier. Finnegan l’affutait plus que le voulait l’usage habituel, mais ça restait un pele-patate. Une arme bien mal adaptée à la main du géant. Murmure fronça les sourcils et parla à son acolyte…

- Est-ce que tu crois qu’il réalise qu’il parle en vers?

- Les siens, c’est nous, crétin!

Murmure avait peur. Mais peu importe la menace qui se dressait devant elle, Murmure avait d’avantage peur de Barbaque que de tous ces illuminés. Quitter le temple et vite. Disparaitre.

- Et vous avez l’intention de me faire du mal??
Fit silencieusement l’adolescent avec un sourire goguenard.

Murmure était un poids plume. Un adolescent famélique qu’on avait entrainé à avoir le pied léger et à se faufiler sur les champs de bataille. Un gamin des Wandres. Jouer les charognards? Pourquoi pas? Tous ces gens étaient encore complètement sonnés et apathiques. Ils le contournèrent sans cérémonie, progressant rapidement.

- Allez, poussez-vous, on est pressé!
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Mar 15 Nov 2016 - 19:41


Le tableau était irréel.
Sous les arches du Temple, une foule amorphe finissait de pleurer le sentiment de cendre qu'avait mis Arcam en elle. Tandis qu'elle reniflait ses derniers sanglots et rougissait de sa nudité, le garçon et la fille reprenaient comme si de rien n'était leur dérobade. Finn avait d'abord fixé d'un air interdit l'alcide nu qui lui faisait face puis repris le bras de Livanek. Les deux voleurs poursuivirent leur chemin en traînant le corps ! Gaston, qui trouvait déjà cette journée assez pleine d'étrangetés, arrondit les yeux ; partagé entre l'incrédulité et la stupéfaction, il serra l'arme maigrelette et s'aperçut enfin qu'il s'agissait d'un vulgaire canif. Sa fin d'ivresse n'était visiblement pas terminée, et il se demanda si ce tandem d'adolescents qui tractaient Livanek n'étaient pas le fruit de ses hallucinations eux aussi.

Peut-être menaçait-il deux gardes de la reine qui ramenaient le danseur dans ses appartements ou pire des prêtres qui tentaient de l'emmener au cœur du Temple. Le doute lui fit immédiatement lâché l'arme qu'il brandissait dans ce lieu sacré. Le dieu l'illusionnait peut-être, se pourrait-il qu'il rêvât en cet instant précis ? Tout lui paraissait pourtant si réel... et si irréel.

Zem et Finn avaient eu le temps de se creuser un passage parmi la masse encore pataude quand le marquis mit un terme à ses questionnements. Les deux crapules s'échinaient manifestement jusqu'à une issue dans le flanc du Temple, vers la sortie la plus proche. Ils cherchaient à extirper Livanek de la maison de son dieu le plus rapidement possible. Quels gardes auraient fait ça ? Quels prêtres ? Si le Barde souhaitait jouer avec son intuition, soit ! Gaston suivrait son instinct, juste ou pas. Il avait tiré une arme, aussi risible fut-elle, dans l'enceinte du Temple. Le dieu était déjà courroucé. Qu'importe qu'à ce grief s'ajoute la rossée d'un garde ou d'un membre du clergé ? Son cerveau encore embrumé confirma cette logique. Le grand blond s'élança jusqu'à Finn.

Elle put apercevoir cet homme bizarre fendre la foule et la rejoindre d'un pas qui s'accélérait. Le but de la rencontre était clair mais quand il fut à sa portée, elle eut à peine le temps de se mettre sur ses gardes. Emporté par son élan, l'Odélian en profita pour lancer un crochet qui aurait balayé la jeune mercenaire dans le lointain si elle ne s'était écarté instinctivement. L'évitement lui épargna une jolie commotion sans lui permettre de prendre l'initiative : comme elle recouvrait l'équilibre, le bélier avait freiné sa charge et jetait ses poings contre elle. La muette à temps partiel esquivait les coups qui pleuvaient comme elle put. La fréquence à laquelle Gaston servait sa salade de gnons était rapide et la rendait imprécise. Et quand elle remarqua que cette tempête de pains n'était pas destinée à la toucher mais à l'empêcher de reprendre son souffle, son adversaire était déjà trop près d'elle. Il ne voulait pas la toucher, il cherchait à la capturer ! Elle le réalisait soudain ; elle sentait une des énormes pognes de son agresseur enserrer son épaule qui cria à cause de la force exercée par cette mâchoire de main.


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Finnegan Sidhe
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Jeu 17 Nov 2016 - 2:16

S’il est une chose que l’éclaireur avait apprise en vivant 3ans au sein d’une compagnie de mercenaire dont les lieutenants était Elow et Barbaque, c’était de toujours rester sur ses gardes. Il entendit la cavalcade du grand blond et le vit s’élancer du coin de l’œil. C’était une baffe d’homme; le genre de coup qu’ils s’échangent dans les bagarres de taverne. Et vivre auprès de son frère lui avait également appris à faire face à ce genre de situation.

Murmure fit volte-face, s’écarta et fléchit vers l’arrière, exécutant un pas prudent pour se mettre hors de portée. Ce faisant, il abandonna Livanek à Zem. Finnegan n’avait pas l’habitude qu’on s’en prenne à lui. Naturellement, Sickert faisait écran. Murmure leva instinctivement les bras pour protéger sa tête, s’exposant à une avalanche de coup à l’abdomen. Et plus le géant frappait, plus Murmure se repliait sur lui-même, pivotant pour faire dos rond. Il aurait du courir. Courir était toujours la meilleure défense. Sauf qu’il y avait Zem, il y avait Liv, et il est très malaisant de courir dans un lieu aussi encombré.

Le colosse se retrouva donc dans le temple du désir, de l'amour et de la passion, nu, brutalisant un pauvre adolescent, sous les cris d’angoisse d’une enfant. Que voilà un spectacle réjouissant! De quoi rendre sa mère si fière!

- AAAAAAAAAAAAAAAARGL!!!
Hurla silencieusement l’adolescent en se tordant de douleur.
- Hey! Fit Zem dans un élan de solidarité sans précédent.

L’un des points sur lesquels la plupart des gens se trompaient, au sujet de Murmure, outre son âge, était qu’elle était en fait une fille. Et une fille, c’est méchant!

Il lui enfonçait les doigts dans l’épaule? Soit… Murmure était un gamin des Wandres et il avait la manière douce d’être ferme. S’il prenait des libertés sur sa personne, elle allait en faire de même et l’instruire sur l’importance de porter des sous-vêtements. Murmure se saisi de ses organes reproducteur et serra en amorçant une torsion. Elle évita de penser à ce qu’il venait de faire avec… La situation était assez grave pour ne pas se préoccuper de l’hygiène.

- Quand j’aurai son attention, dis-lui que s’il ne me lâche pas tout de suite, je le priverai de descendance!
- Elle dit que si tu lâche pas, elle arrache tout!

- Allez, vas-y, dit quelque chose! Rien qu'un mot de travers! Bouge rien qu'un poil... Respire trop fort... Donne moi un prétexte... Et je te ferai regretter de ne pas être aussi gazé que les autres.
- Euh...
- Qu'est-ce qu'il me veut?
- Il a dit qu'il voulait qu'on laisse Livanek tout à l'heure,
expliqua Zem, empathique vis à vis les émotions que vivait le monsieur. Dieu sait ce qu'il voulait lui faire...
- Ew! C'est d-é-g-o-u-t-a-n-t... grimaça l'adolescent sans relâcher sa prise.
- Il est même pas conscient... On ne vous laissera pas faire...
- Certainement pas!

Même si murmure dominait en apparence la situation, ça revenait à tenir le tigre par la queue.

- Dis lui que je vais sortir Livanek de ce temple et que s'il veut m'en empêcher, je vais lui infliger des choses terribles!
promit l'adolescent en s'efforçant d'avoir l'air malfaisant.
- Elle dit qu'on va partir avec notre ami et que si tu essaies de nous en empêcher, tu vas le regretter!
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Jeu 17 Nov 2016 - 3:37


C'était la quatrième fois de la journée qu'une femme lui agrippait les couilles, et cette fois-ci était certainement la plus désagréable. Le seigneur n'avait pas vu la perfidie venir. Avant d'avoir fini de neutraliser le malandrin avec une bonne clé de bras, lui avait jeté une main que Gaston sentait petite à l'assaut de son sexe sans défense. L'ordure dans sa précipitation attrapa le paquet sans faire de distinction, pressurant testicules et hampe dans une prise peu efficace que les doigts rectifièrent rapidement en empoignant bourses, poils et noyaux avec une brutalité qui donna une suée froide au grand type. Comble de la bassesse, Finn tourna le poignet comme elle put, arrachant un peu du crin blond et un couinement craintif au mâle. Cette pression fut de trop, et comme elle s'amusait cruellement avec la santé de ses joyeuses, Gaston referma d'autant plus la prise qu'il avait maintenu sur l'épaule de ce qu'il prenait pour un adolescent et, maintenant, un pervers dangereux. Son autre main vint agripper le bras qui emprisonnait ses valseuses, ce qui raffermit à son tour la pression exercée sur elle.

Ce statu quo bizarre s'installa. La gamine, l'adolescent et le gars avec ses précieuses dans un étau se regardaient en chien de faïence, et à l'étrangeté de la scène vint s'ajouter plus d'étrangeté encore. Gaston n'avait pas eu le temps de le remarquer auparavant, mais celui dont la main servait d'écrin au plus grand trésor de tout le marquisat d'Odélian semblait incapable de parler, sinon à sa complice, la gosse d'une douzaine d'années. Il bougeait les lèvres, certes, mais ne produisait aucun son. Il était muet comme une carpe, et l'enfant lui servait de truchement autant que d'interlocutrice. A un moment, l'idée folle que ce petit individu fluet et muet n'était autre que Néera traversa son esprit. Imaginez la chose, Néera venue à la rescousse d'Arcam à Naelis et qui au passage rembarquait une paire de couilles en trophée, ça aurait pu être cocasse pour quelqu'un d'autre que Gaston.

Néera ou pas, le marquis se promit de faire passer le goût de jouer avec les affaires des autres à ce muet. En attendant, le nœud gordien ne se démêlait pas, il se resserrait douloureusement. Et Gaston hésitait entre relâcher carrément son assaillant ou tenter de le cogner jusqu'à l'inconscience quand la petite eut un mot qui l'interrogea. Leur ami, disait-elle. Quel ami ? Le gardien d'Arcam, l'incarnation temporelle d'un dieu, le copain de ces deux jeunes vauriens ? Sangdieux, il avait de l'imagination, mais il n'arrivait pas à se formuler quelque chose d'aussi capillotracté. Pourtant, l'enfant ne cessait de clamer qu'il était des leurs, qu'il était leur ami. Et dernièrement, il remarquait que ses repères étaient tout à fait inutiles dans cette maison de fous qu'était Naelis. Il se mettait à douter. La pression de ses mains autour de Finn se relâcha un peu – si peu – comme pour convenir d'une trêve. « Qu'est-ce que tu racontes, gamine ? »


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Finnegan Sidhe
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Sam 19 Nov 2016 - 2:49

- AAARGL!

Finn hurla silencieusement lorsque son agresseur lui tordit un bras dans le dos. Parce que l’adolescent avait une structure osseuse délicate, toute en longueur, promettant un grand gaillard s’il se décidait un jour à grandir. Murmure ne grandirait plus, mais sous l’épaisseur de ses vêtements, rien n’était moins évident. Et puis clef de bras ou pas, le rapport de force n’était pas en sa faveur.

- Fais quelque chose, il va m’arracher le bras!
- Mais quoi?
- Sers-toi de Liv comme appât, traine-le vers la porte, s’il est vraiment motivé il va me lâcher pour s’en prendre à toi!
- Oui eh bien… fit la gamine avec un manque de motivation évident à l’idée du transfert d’intérêt…
- Je ne le laisserai pas faire!

En cet instant précis, même Barbaque lui manquait… Le sort que le lieutenant lui réservait n’était probablement pas plus enviable… C’était difficile à imaginer… Surtout parce que Barbaque avait fait la démonstration qu’il avait beaucoup plus d’imagination que les autres dans le domaine de se montrer désagréable. Mais les tortures de Barbaque étaient plus familières. C’est ce moment que le géant choisi pour lui couper la parole et converser avec Zem…

- Qui ça? Moi?
Fit Zem, dépassée par la nécessité de partager son attention entre deux interlocuteurs.

C’était frustrant. L’évasion du danseur avait bien commencé. Les fidèles tout autant que les religieux étaient frappés d’une étrange apathie… Il suffisait de ramasser Livanek et sortir de la ville avant que Barbaque leur tombe dessus. C’était simple jusqu’à ce que cet imbécile décide de s’en prendre à eux.

Excédée, Zem rejeta sèchement le bras de livanek. Finnegan lui murmurait des questions à la place des réponses. Et la gamine qui était la docilité incarnée sentit naitre en elle l’envie d’en découdre. Elle referma ses deux poings .

- Ce que je raconte? De quel droit vous vous interposez dans le sauvetage de notre ami? Il ne vous est rien! Rien du tout! Comment pouvez-vous cautionner son enlèvement, espèce de dépravé! Déjà qu’il n’était pas bien fort, ils se sont servis de lui, l’ont exploité pour servir leur dessein et ils l’ont brisé. Que feront-ils encore de lui? Le sacrifier sur l’autel de leur dieu?


Murmure ne croyait en aucun dieu. Il savait que la magie et la sorcellerie existait… Elle courrait dans son sang sans qu’il puisse la retenir d’aucune manière. Elle sourdait de ses expressions, de ses gestes et de ses actes. Parce que Daoine Ingrid l’avait touché et avait laissé sur son âme une marque sombre. Il y avait du pouvoir en Finnegan et il lui était impossible d’en user, il restait confiné à son esprit, englué dans sa voix et dans tous les mots amers qu’il ne pouvait pas énoncer. Mais en cet instant, Zem parlait pour lui.

- Je ne vous laisserai pas faire! Nous ne vous laisserons pas faire!
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Mar 6 Déc 2016 - 1:56


La gosse en avait gros sur la patate. Prise entre le feu croisé des ordres de son adolescent de comparse et la question du marquis, elle semblait visiblement ne pas savoir où donner de la tête. En la voyant, Gaston l'aurait presque prise en pitié : il n'était pas aisé à un tel âge de se retrouver en charge d'un enlèvement d'élu divin qui dérapait sur une prise de lutte entre un géant nu et son complice, les deux s'agrippant mutuellement dans un entrelacement douteux. Alors elle décida de ne pas décider, ou plutôt désobéit-elle manifestement à son compagnon, qui eut un sursaut quand elle lâcha finalement le bras de Livanek et fit front face à Gaston. Les poings serrés, les joues rouges de colère, elle laissa parler son agitation.

Elle parlait vite, elle parlait fort. Son accent, que le marquis n'arrivait pas à situer exactement, s'épanouissait comme une fleur tandis qu'elle tempêtait contre eux. Son plaidoyer était incompréhensible, elle parlait d'eux avec une rage qui la rendait cependant étonnamment persuasive. Ils l'avaient enlevé, ils l'avait humilié, ils allaient le détruire. Elle tenait à Livanek autant qu'elle haïssait ses mystérieux captureurs, et bien qu'elle ne connaissait goutte aux us du culte d'Arcamenel (c'est dire, elle croyait qu'on allait le manger comme un vulgaire Christ), sa verve saccadée et furieuse donnait à penser au marquis. Il ne doutait désormais plus du curieux compagnonnage qui avait uni ces trois-là. Et pourtant, quoi qu'ait pu vivre Livanek avec ces amis, Gaston ne pouvait laisser des profanes l'emporter contre la volonté des serviteurs d'Arcam. De plus, qui sait à qui répondaient ces deux puceaux ? Ils n'avaient pas une tête à diriger quoi que ce soit, ces morveux, et leur chef risquait de se chauffer d'un autre bois qu'eux. Les enfants étaient peut-être les dupes d'un homme bien plus dangereux pour Livanek que le Temple, et ça, ça achevait de dissuader le seigneur nu.

Il hésitait quand même un peu, la véhémence de la petite jouait en cela son effet. A peine sorti de la torpeur dans laquelle Arcamenel avait plongé la foule, il doutait de tout et était prêt à croire le plus bizarre, car il était ce qui s'approchait le plus de la réalité ici bas. Mais comme il ne disait rien et ne faisait rien, la foule autour sortait elle aussi de son absence. Ils sentaient des dizaines d'yeux sur leur nuque, et une tension croissait dans la salle. Le temps jouait contre eux, la gamine le savait et se révolta une dernière fois, promettant qu'elle ne les laisserait pas reprendre Livanek. Et comme elle tonnait cela, derrière elle, des aboiements soutinrent ses paroles.

Un chien. Un chien à l'extérieur trônait au soleil. Bien visible dans l'encadrement de la porte ouverte par où on voulait échapper Livanek, il avait aboyé pour encourager Zem et s'était tu avec elle. Maintenant il ne faisait rien, il restait assis sur son cul en silence et le fixait, lui, Gaston. Lequel fut frappé par cette vision pourtant banale d'un chien errant traînant autour du Temple. Ses yeux s'écarquillèrent et il pâlit sans que l'on comprenne pourquoi. Car pour le marquis, c'était le chien de ses songes, c'était un signe.

Soudain il relâcha Finnegan et la repoussa un peu de lui. Ses couilles éloignées du péril mortel, il fondit d'un pas décidé jusqu'à la carcasse de ce grand zouave de danseur divin et le mit sur ses épaules dans une traction fastidieuse. Sans plus attendre, il se rua vers la porte, où le chien avait disparu. « Allez ! » ordonna-t-il au tandem des enleveurs dont il devenait le complice.







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Finnegan Sidhe
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Dim 15 Jan 2017 - 17:39

Zem avait clairement exposé leurs intentions et leurs motivations. Et l’homme nu, lui? Rien du tout... ‘Allez’? Qu’est-ce que ça veut dire, allez? Et le voilà qui se sauve avec Livanek…

Oh! Hé! Un instant!!!

Finn s’élança à sa suite, laissant la gamine en plan et franchit la porte. Dehors, se tenait un grand chien assis. Pas n’importe quel chien. LE chien… Encore? Pensa Murmure sans prendre le temps de s’étonner. Mais l’homme nu avait lui aussi dû mettre les freins parce que ce foutu chien lui barrait la route.

Sickert lui avait appris à se battre. À sa manière. Elle frappa en mobilisant l’ensemble de son poids et de ses forces. C’est-à-dire peu de chose pour un colosse de cette taille… Le rapport de force n’était pas en sa faveur. L’homme fixa sur elle un air hébété, comme si son cerveau mettait du temps à analyser l’information et à se décider si l’intention du gamin était vraiment d’en finir d’une manière aussi brutale. Suicidaire? Certainement! Pour Livanek? Dieu du ciel, est-ce qu’il venait vraiment de signer son arrêt de mort pour ce voleur? Eh merde…

Murmure se dissimulait sous de nombreux faux semblant. Entre autres choses, en faisant abstraction des tentatives d’éducation contraignante de Daoine Ingrid, Finnegan Sidhe avait l’habitude de faire ses choix et d’entrainer les autres. Sickert la laissait toujours décider. Bon, et bien tant qu’à y aller, autant y aller jusqu’aux bout!Finn signa pour un deuxième round! En s’en prit une nouvelle fois à son entrejambe, y balançant un genou bien ajusté, lui fit valser les joyeuses! L’homme, chargé du corps ploya doucement et Finn en profita pour l’abattre d’un grand coup sur la nuque… Enfin un coup aussi grand qu’elle le put…

- Aïe!!!! Fit-elle en hurlant silencieusement. ARGL! Cet abruti m’a brisé la main…

Le chien, insensible au drame qui se jouait, alla débarbouiller la figure du danseur à grand coup de langue baveuse.

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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Ven 27 Jan 2017 - 8:09




« Ouaf ouaf ouaf ! »
« La ferme sale bête ! Et après, qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Après ça, cette sale garce m'a mis son genou dans les couilles... »
« Ahaha, ce qui a clos votre petite rencontre, j'imagine. »
« Exact... »

C'était les heures creuses au « Dragon Charmont, » l'auberge où Gaston avait élu résidence la veille, une éternité plus tôt. Il ignorait comment il avait réussi à rejoindre l'établissement sans se faire alpaguer par la garde, il ignorait d'où provenait le long drap rugueux qui recouvrait sa nudité. Le sort de Livanek et de ses enleveurs lui était inconnu aussi. Ces dernières heures, un état second les rendait inaccessibles. La brume qui obscurcissait son jugement s'évaporait peu à peu, depuis qu'il avait pris siège sur l'un des tabourets de l'auberge. Ses couilles, au moment où il s'était assis, s'était douloureusement rappelées à lui. La souffrance l'extrayait progressivement de sa torpeur. La souffrance et les questions d'Houarve Charmont, son aubergiste.

« Et comment une gamine d'un tiers votre masse a pu vous asséner une telle botte ? »
« Elle m'a eu par surprise, évidemment. »
« Evidemment, ouais... » Houarve eut une moue sceptique. La version de Gaston ne collait pas, et le vieil Alonnais se doutait que son client ne lui disait pas tout. Celui-là avait d'ailleurs tout le passage où il participait de son plein gré à l'enlèvement de l'élu divin.
« C'était la confusion la plus pure dans ce foutu temple, la magie d'Arcam nous possédait tous, plus personne n'était maître de ses actes. »
« Y paraît, ouais, » ricana Houarve, qui avait entendu des choses. « Y paraît que ça s'est confusionné bien comme y faut, héhé. » Ses yeux étincelaient de lubricité.
« Ca ne prête pas à rire, Houarve. Ce qui s'est passé là bas, c'était... c'était... »
« Terrible ? Magnifique ? Les deux à la fois ? Ouais, Arcamenel se chauffe de ce bois-là. C'est son plaisir de nous mettre la tête dans les nuages et puis de nous plonger le nez dans la merde. Et je ris pas... »

En effet Houarve ne riait pas à ce moment précis. Cet ancien des Centaures, la compagnie de celui qui s'était proclamé roi du bled, tirait même une tronche morose tout d'un coup.

« Je ris pas parce que c'est drôle que pour le dieu, toutes ces choses... Mais pour Naélis, ça n'augure rien de bon. Certains disent déjà qu'Arcam nous punit, et que ce n'est que le début. Et qui sait de quoi il est capable quand il n'est pas d'humeur, celui-là ? D'abord on a perdu son miroir, maintenant voilà qu'on perd son élu dans la nature. Non, ça ne sent pas bon. Je parierai ma tête que tous ses échecs coûteront à Carmin la sienne dans les mois qui viennent. Et qui veut d'un nouveau haut prêtre ? Carmin a beau être un abruti, il est un abruti utile à la royauté. Son successeur sera probablement pas aussi bonne pâte. Le roi est toujours cloué sur son lit, et on dit que la reine a pris une sacrée claque ce matin, dans le Temple. Ca murmure, savez-vous. Les Centaures, les Arcamenites, les Messaliera, la Tour Ombreuse, ils fourbissent tous leurs armes. Naelis est une ville salope, les coups d'Etat, c'est une espèce de sport par ici. Et avec les Septmont qui roulent des mécaniques juste à côté, les reliques d'Arcamenel qui disparaissent les unes après les autres, combien de temps faudra-t-il pour que le peuple appelle un homme fort à ceindre la couronne ? Pas tellement de temps, si vous voulez mon pronostic. »

Un silence morbide suivit les présages d'Houarve. Gaston ne connaissait guère le bonhomme, mais il le soupçonnait de laisser rarement libre cours à son abattement.

« Foutrecieux, je vous parle de mes couilles et vous me déballez un article sur la géopolitique locale. »
« Héhé, c'est l'âge ça, messeigneur. On divague, on ressasse et on radote, il faut pas faire attention. » se reprit l'aubergiste avec un sourire bravache. « Mais vous, messeigneur, c'est quoi vos plans ? Vous retournez au bateau, cap sur la Péninsule ? »
« J'hésite.. »


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Glinaina
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   Jeu 16 Fév 2017 - 10:24

Cette fête... était sans grand intérêt. Dans l'ombre de l'Autre je suivais vaguement le bruit des tambours comme celui de son coeur qui frappait ma pensée comme une infatigable berceuse. Ce son que les deux petits ont partagés avec moi pendant quelques mois et qui les calme toujours si vite lorsqu'ils s'éveillent en pleine nuit...

Mais déjà elle détournait son regard d'Ehleria pour regarder un imbécile faire des moulinets sur une estrade. Coincé derrière ces minuscules carreaux, je me contenais. Comme je me contenais toujours depuis l'accord que nous avons passé. C'était nécessaire et je ne pouvais rien faire de plus de toute façon... Alors avec douceur, je tournais mon attention vers la petite qui continuait à s'agiter pendant que les quelques perceptions filtrant à travers les sens aiguisés de notre enveloppe et réussissant à passer l'esprit au commande me parvenait presque malgré moi.

Le simple fait de la sentir en vie était une petite joie. Et lorsqu'elle regardait dans cette coque, je sentais qu'elle me différenciait de l'autre sans problème. Je le sentais. Imperceptiblement, le son du tambour s'accentuait.

Projeté dans l'espace qui n'appartenait qu'à Nous, identifié comme un être entier malgré cette absence de corps, je me retrouvait soudain coupé de toute insidence extérieur... excepté ce battement sourd qui semblait provenir de nulle part et de partout à la fois. De Moi.

Entier...

Mais seul...

Je prenais cette place infini qui interdisait à tout autre d'entrer en contacte avec moi.

Car j'étais entier.

Une rage terrible grondait en moi à un rythme de plus en plus fou. Une colère immense. Une soif de sang. De Justice. De Vengeance.

Tout ce qu'on m'avait fait subir. Toute cette lutte. Toute cette douleur. Toute cette souffrance. Tout. TOUT SE PAYERAIT !

Seul, je hurlais de rage. Incapable d'extérioriser ce maelstrom d'émotion d'une autre façon. Détruire. Conquérir. ENFIN.

Ce que j'avais attendu! Ce que j'avais voulu!

La colère qui bouillait en moi explosa. La cible? Le seul être qui pouvait cristalliser toute la haine, tout l'amour, toute la colère, toute la rancune que j'avais envers ce monde incarné. Je la Briserai. Je la Prendrai. Je l'Enchainerai. Je lui ferait au centuple toutes ces heures d'horreur qui avaient été le prix de ma survie.

Je m'étendais vers elle. Autour d'elle. En elle. Cherchant à l'arracher à ce monde extérieur.

Un contact.

Un premier contact.

Un coup de tonnerre silencieux. Tous ces souvenirs commun comme une déferlante. Plus de solitude. Plus d'entièreté. La colère? Orienté. Expurgée. Magnifiée.

Elle était déjà près de lui, dans cette pièce qui n'appartenait qu'à nous.

Juste là.

Et j'étais perdu...

Je savais qu'elle sentait exactement ce que je ressentais. Mais ce que je ressentais ? Aucune idée. Tout. Et rien à la fois. La Colère justifié ? L'Apaisement mérité ? Moi ? Elle ?

Je voulais la tuer de mes mains. La faire souffrir. Lui arracher ce cri lancinant que mon Créateur avait placé comme une graine au fond de mon être. Mais tout à la fois, j'en étais incapable.

J'avais mal. J'avais peur. Comme elle avait mal à cause de moi. Comme elle avait peur à cause de moi.

A cause de nous?

Je l'ai prise dans mes bras. Un réconfort autant pour moi que pour elle.

Le tambour continuait à battre.

Egale.

...

Jusqu'au moment ou il n'y eu plus rien.

Inconscient, je me laissais sombrer. Sans un geste. Sans même la perception de ma propre déchéance. Sans même la volonté de vivre.

Sans colère

Sans rancune...

Sans existance...





Un temps infini? Une seconde?  Pour moi cela n'avait simplement pas eu lieu.

Mais lorsque j'ouvrit les yeux sur le monde du dehors. J'avais la douloureuse impression qu'on venait de m'enlever quelque chose de précieux. Quelque chose d'iremplaçable. Sous le choc, les personnes autour ne bougeaient pas. Excepté quelques humains agissant sans aucune rime ni sens... Peu importait.

Sans réellement me rendre compte que j'avais pris le pas sur l'Autre, je me levais, ma fille toujours aux creux de mes bras. Je seouait la foutu nourisse. Mon instinct de survie me poussai vers quelque chose de simple : Je ne devais pas rester là... Et c'est ce que je parvint à faire. Les autres n'avaient aucune importance. Moi. Mes enfants. Nous serions en sécurité...

Ce ne fut que dehors que je sombrait à nouveau. Une sorte de lassitude nouvelle ayant raison de moi...
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur d'Arcam [terminé]   

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