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 [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.

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Halyalindë
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Lun 3 Avr 2017 - 22:51


Secouée par l'humain, Halya sortit de sous sa couverture, les côtes percluses. Ce sol était beaucoup plus dur que celui de la forêt… Les grottes c'étaient pas son truc…

« Je suis réveillée... » signala-t-elle, grognant à demi en se redressant à genou alors qu'il semblait décidé à la tirer rapidement du sommeil, quitte à lui infliger un mal de mer de tous les dieux à force de la secouer.

Elle se passa une main lasse sur le visage, jeta un coup d'oeil à l'attirail qu'elle avait enlevé pour tenter de mieux dormir et secoua la tête. Bof… Elle remettrait son armure plus tard. Elle vida donc la place et laissa l'humain s'installer à son tour dans la couverture dont elle venait de s'extraire. Ils en avait assez pour tout le monde théoriquement, mais avaient préférés trop chauffer les blessés que pas assez. D'autant plus que son blessé à elle était torse nu depuis que sa chemise, frappée de honteux coups de couteaux, reposait en paix pour la gloire de sa blessure à l'épaule après avoir servi de chiffon pour débarbouiller les deux inconscients du sang qui maculait leur peau.

Debout dans la caverne, elle s'étira de tout son long en baillant - loué soit le dieu qui avait décidé de faire en sorte que les grottes marécageuses soient hautes de plafonds ! - et s'installa une fois de plus contre le mur irrégulier et humide. Cette fois elle sentit poindre un frisson. Sa chemise laissait bien mieux passer le froid que son armure… logique. Et une fois de plus, elle se retrouva confronté à l'ennui. Étant donné leur emplacement et la présence de l'étrange meute, rester réveiller était plus une formalité qu'autre chose. Elle avait même plutôt tendance à surveiller le fond de la grotte que son entrée principale… Et a chaque fois qu'elle tournait la tête, ses yeux se posaient sur le squelette et son étrange livre. Tout cela l'intriguait un peu mais c'était surtout l'ennui qui avait failli l'envoyer récupérer l'ouvrage pour le feuilleter à son aise lors de ses précédentes veilles.

Ne pouvant pas passer le temps grâce à la présence de Randil, au risque de prendre un membre ou deux, et peu désireuse de s'appesantir sur l'accueil assez… spécial, qu'il lui avait réservé, elle avait fini par fouiller dans son sac a la recherche de deux choses qui lui avaient été quelques fois d'un grand secours pendant les nuits de veilles avec Sandriel ou lors de sorties en forêt avec Kaelan : du papier et un machin pour tracer des traits dessus. Le dit-machin le plus proche, rangé dans sa propre ceinture à côté d'une pierre crayeuse, se trouvait être un morceau de fusain.

La feuille en revanche fut plus difficile à trouver. Les deux ou trois pages pliées dans son paquetage étaient trempées depuis la traversée. Elle avait du se résoudre à chercher également dans les affaires de son compagnon et avait mis la main sur son carnet d'observation. Après une longue hésitation avant sa dernière sieste, elle s'était finalement décidée à l'ouvrir par la fin pour y poser quelques croquis rapides. D'abord sa main, puis la silhouette de Randil et les étranges dessins sombres qui maculaient à présent son pelage. Le squelette et son livre parsemaient quelques pages et l'avaient accaparée un bon moment. Elle s'était même déplacé plusieurs fois pour tenter de rendre au mieux et sous plusieurs angles ce qu'elle avait sous les yeux.

Dans la pénombre résultante de la grotte, de la pluie et de la fin du jour, elle profita des derniers rayons pour laisser encore aller sa main à quelques croquis moins précis, tout comme les deux premiers. Quelques lignes pour laisser aller son imagination. Le profile d'un équidé, le détail d'un mouvement. Puis une autre silhouette, laissant libre cours à ses pensées… peut-être un peu trop libres.

A défaut de lumière, elle fut bien obligée d'arrêter. On y voyait pas à cinq mètres. A peine pouvait-elle distinguer autre chose qu'une masse lorsqu'elle posait son regard sur les corps étendus en rang d'oignon, bien qu'elle s'était rapproché du fond pour que la  maigre lueur extérieur découpe a ses yeux le moindre mouvement. Résistant à l'envie de fredonner, ce qui aurait été bien peu charitable pour les dormeurs connaissant son incroyable capacité à chanter faux, ce fut finalement son estomac qui eu le courage de faire un solo retentissant.

Halya grignotait encore un morceau de pain ocre fourré de prunes salées lorsqu'une forme sombre s'éleva de la masse de grabataires. Étant donné la taille et la façon de bouger, il ne s'agissait surement pas de Fenris, mais dans le doute de l'identité exacte du ressuscité, elle se fendit d'un simple :

" ça va mieux ? "

_ J'ai connu mieux... Si j'avais eu vingt ans de moins... Soupira Garrick en s'étirant sur le chemin, dans un craquement d'os qui le fit pousser un soupir de soulagement. Et toi ? Lui demanda-t-il en venant s'assoir à ses côtés.

" J'ai pas à me plaindre. Les elfes ont l'habitude de dormir sur de la pierre nue. " répondit-elle avec le plus grand sérieux en farfouillant dans le sac le plus proche.

_ Sur de la caillasse ? Bon sang qu'vous manque avez un truc qui monte pas là-haut... Lâcha le vieux bonhomme en tapotant sa tempe de l'index. Vous avez jamais rêvé d'piquer un roupillon sur un matelas rembourré d'plumes d'oie ? Demanda-t-il en émettant un léger rire gras.

" Je plaisantais Garrick... " sourit-elle en jetant un regard goguenard à l'humain.

L'ancien soldat eu comme léger flottement, avant d'esquisser un sourire. Son regard se perdit un instant sur le macchabée qui serait son bouquin entre ses doigts squelettiques.

Sortant un... truc comestible pas trop détrempé du paquetage dans lequel elle fouillait, elle le tendit au grand bourru.

" ça vous dit ? " demanda-t-elle en suivant par réflexe son profile mal éclairé tourné vers le fond de leur abri.  " Si ça peut vous rassurer, il a pas bouger. "

_  M'aurait étonné ! S'exclama-t-il dans un rire, avant de pencher le nez sur ce que lui tendait l'elfe. Pourquoi pas... Dit-il en refermant la main sur ce qu'on lui proposait. M'enfin après cette nuit... Des morts qui bougent ça m'suprendrait qu'à moitié, j'vous l'dis.

L'homme tourna les yeux vers la boule caché sous la couverture de fourrure.

_  Est-ce que les noirauds dorment comme des hérissons ? Demanda le vieux en arcquant un sourcil.

L'elfe haussa les épaules avant de mordre dans son pain. " Vous dites bien que les humains dorment comme des buches, non? "

_ Eh... Peut-être. J'en sais rien. Mais c'est ben possible qu'ça s'dise quelque part en Péninsule. Affrima Garrick en croquant dans son bout de pain détrempé. Mh... Fameux ! La boischon et le plat, en même temps ! Lâcha-t-il en riant la bouche pleine avant d'avaler.

" C'a fait gagner du temps." railla l'elfe en échos. " Alors comme ça, vous venez de la Péninsule ?"

_ Exact, Oësgardie. Et toi, c'est quoi ton coin chez les elfes ?

" Ardamir. Une Cité beaucoup plus vers le sud. " 

Ils continuèrent de discuter à voix basse durant un bon moment Une conversation légère entrecoupée de quelques silences, jusqu'à ce qu'une autre voix se fasse entendre... enfin  'voix' c'était peut-être un bien grand mot.

Gallen émit une sorte gémissement, mais d'ancun aurait pu entendre dire « Faim... ». Garrick se leva d'un bon et jeta un oeil vers l'elfe, avant d'approcher du jeune blondinet. Il était encore très fatigué, mais au moins, il était tiré d'affaire et arborait un très léger sourire rassurant.

Halya échangea un regard et un large sourire avec Garrik en entendant le jeune humain. " Attend de voir ce qu'il y a à manger; Tu n'aura pas faim bien longtemps." lança-t-elle en sourdine  tout en s'approchant de lui avec un fragment de ce qu'ils avaient pu sauver le matin même.

_ Comment tu t'sens gamin ? S'enquit le vieux en osant à peine le toucher.

_ Comme quelqu'un qui se serait fait fouiller le torse par une mage sombre... Souffla-t-il un brin moqueur à l'attention de Garrick, avant de tourner le regard la rouquine qui approchait. Merci, merci... Dit-il en s'appuyant sur ses coudes pour se redresser à moitié, le tout dans une grimace douloureuse.

" En parlant de mage sombre, elle n'a pas ouvert les yeux une seule fois depuis ce matin. Vous l'avez déjà vu dans cet état ? "

_ On a appris que c'était une sombre en même que vous les gars. Expliqua Garrick en jetant un oeil à Gallen.

Le jeune homme répondit d'un hochement tête en tendant la main vers la nourriture que lui apportait l'elfe.

_ Je sais pas quoi penser. En Oësgardie... Les drows on les aime pas trop, mais... Hésita-t-il en palpant de l'autre main son torse.

_ Puis elle y r'ssemble pas trop non plus. Dans mes souv'nirs c'étaient de grandes bringues ces gens là. V'la la tronche qu'elle se tire la p'tiote. Ajouta l'ancien soldat en désignant la daedhel roulée en boule sous sa couverture.

" C'est vrai qu'elle ne ressemble pas à ses pairs... "
repris Halya en posant les yeux sur la crinière noire qui aparaissait sous la couverture. " Et c'est bien mieux comme ça si vous voulez mon avis. On a aussi pas mal de problèmes avec les drows chez nous... " ajouta-t-elle comme pour expliquer son avis.

_ Faut dire qu'des belliqueux comme ça, avec leur magie d'merdasse là...

_ En tout cas elle m'a sauvé la peau. Lâcha le jeune homme de but en blanc, refermant la main sur le bout de pain que lui tendait l'elfe.

" Et celle de Fenris. Elle a tout ma reconnaissance... Mais je m'étonne, c'est tout. " 

La nuit continua, un peu moins lente grâce à ce peu de compagnie, même mal réveillée. La pluie continuait de  tomber, ininterrompue...
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Fenris Nöldorion
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Mer 5 Avr 2017 - 10:24


Les heures s'écoulèrent pour Fenris en l'espace d'une seconde. Il dormait d'un sommeil dépourvu de rêve, simplement assommé par l'épuisement. Aucune douleur ne vint perturber son repos à demi réparateur. Ses plaies étaient refermées et il restait immobile. Allongé sur le dos, il ne sentait même pas la dureté du sol en dessous de lui.

Tandis que le petit groupe d'éveillés discutait, quelques froissements presque imperceptibles de la couverture se firent entendre à plusieurs reprises. Lentement, l'esprit de l'elfe reprenait contact avec la réalité. Si Halyalindë s'en était aperçue, elle aurait sans mal pu reconnaître les signes d'un éveil proche, tels qu'elle avait déjà pu les observer chez son compagnon à plusieurs reprises. Au début, il ne s'agissait que de petits mouvements de tête et d'inspirations parfois un peu plus fortes que les autres.
Finalement, Fenris bougea. En temps normal, cela ne l'aurait pas réveillé mais, cette fois, ce simple geste le tira du sommeil de manière assez désagréable, comme en témoignait la grimace de douleur qui se dessina sur son front. Rapidement, l'Aigle reprit conscience de son environnement. Le sol dur et froid en dessous de lui. La langue abrupte des humains parlée à quelques pas de lui. Le son qui se répercutait sur des parois rigides et dans un espace restreint.
Les Humains, la caverne, son épaule déchirée... Tout lui revint en mémoire en l'espace de quelques secondes. Mais il n'avait plus aussi mal qu'à leur arrivée. Des images de ses soins se rappelèrent alors à lui. S'il avait pas été en état de réagir sur le moment, son esprit les avait néanmoins emmagasinées. Il se rappela le sang qui s'échappait de la drow, détruisant son propre corps pour soigner le sien.
Il ne sentait pas de sang sur lui. On l'avait nettoyé.

Fenris ouvrit ses lourdes paupières. Il ne s'était pas pleinement reposé mais cela irait mieux la prochaine fois. Il testa son épaule en grimaçant. Elle lui faisait mal mais bien moins qu'auparavant. Il passa une main sur sa peau désormais parsemée de plusieurs cicatrices légères. Quelques jours d'immobilisation et tout rentrerait dans l'ordre.
Le cavalier se redressa, prenant appui sur son bras gauche. La couverture tomba à mesure qu'il se relevait, découvrant son torse nu pour le laisser endurer le froid ambiant. Sa chemise était là, en boule et couverte de sang. Halie avait dû l'entailler pour parvenir à la lui retirer. Elle était donc hors d'usage. Son sac était un peu plus loin. On avait pris soin de le refermer mais il avait été ouvert. Fenris avait une idée de l'identité du curieux. Ou, dans ce cas précis, de la curieuse.
S'aidant du sol et du mur, l'elfe se leva. Il ramassa la couverture et la mit sur ses épaules. D'aucun aurait pu penser que c'était pour se protéger du froid ou bien par pudeur mais l'Aigle ne craignait pas le froid et il était majoritairement entouré d'hommes, la seule femme consciente dans cette caverne ayant déjà vu bien plus que son torse. Cela faisait tout simplement partie des conventions sociales qui lui avaient été enseignées : rester présentable autant que faire se peut. Passant près de la drow, toujours endormie, il approcha du petit groupe et reconnut sans mal les visages de chacun. Dagobert était couché dans un coin.
L'arrivée de Fenris reporta l'attention sur lui.

-Comment allez-vous Gallen ?

-Je pourrais vous retourner la question. Feris c'est ça ?

-Fenris. J'ai cru comprendre que c'était votre première blessure. Rétorqua-t-il calmement tout en s'asseyant aux côtés de sa compagne.

-Il est perspicace dites donc. Lança-t-il en direction d'Halyalindë.

-Et ma vie n'était pas menacée. Ajouta-t-il avec un fin sourire aux lèvres.

S'il n'avait pas pu lui témoigner plus d'attention auparavant, il comprenait néanmoins sa situation. Gallen hocha la tête. Il marquait un point. Enfin... Un deuxième.

-Ça va. Merci.

Fenris inclina la tête, satisfait. Puis il porta son regard sur Garrick qui répondit à sa question silencieuse de la même manière. Etant donné la situation, tout le monde avait l'air d'aller bien pour le moment.
Enfin, le regard asymétrique de l'Aigle se posa sur sa bien aimée. Elle était restée mais l'envie d'aller courir après Randil alors qu'elle venait d'entendre son hurlement avait dû la tenailler toutes ces heures durant. Il ne pouvait que se montrer reconnaissant envers elle de le placer si haut dans son cœur. Il semblait bien loin le temps où elle ne voulait plus de lui à ses côtés, bien qu'elle doive s'en vouloir de ce qu'il lui était arrivé. Ils en parleraient lorsqu'elle en ferait la demande et, le moment venu, il saurait quoi lui répondre.

- Ton épaule ? sourit-elle en se décalant, elle et les sacs, pour lui faire de la place contre le mur.

-Je vais devoir l'immobiliser quelques jours mais j'ai eu de la chance.

Fenris tourna la tête vers la drow l'espace d'un instant. Il n'aimait pas sa magie, ou plutôt, la façon dont elle l'utilisait. Il devait néanmoins reconnaître qu'elle en faisait parfois un usage honnorable. Il lui devait la vie, son bras, et le fait qu'Halie soit toujours à ses côtés. Il finirait bien par lui exprimer sa pensée tôt ou tard. Mais pas maintenant...
L'Aigle posa à nouveau son regard sur sa compagne.

-Et toi, comment vas-tu ?

Il n'ajouta rien mais sa question avait un double sens. Comme chacun d'eux, elle était faitguée par les évènements récents mais le hurlement qu'ils avaient entendu juste avant qu'il ne sombre l'avait probablement affectée. Il lui offrait l'occasion d'en parler sans pour autant aborder directement le sujet si d'aventure elle n'était pas prête à le faire.

Le sourire de la jeune femme vacilla une seconde alors qu'elle répondait, la voix vibrant d'un amusement ironique :

- ça va. J'ai pu dormir au sec, nous avons quatre gardes et le sol était tout a fait confortable.

Fenris fronça les sourcils à l'évocation de la protection dont il bénéficiait. Etant donné le nombre de valides, quatre personnes postées, ce n'était pas possible.
Halie hocha plusieurs fois la tête, détournant le regard des yeux asymétriques qui la scrutaient pour tenter de percer une fois de plus la pluie torrentielle qui tombait toujours sans discontinuée. Après un court silence, elle agita de nouveau le chef en soupirant. En sourdine, elle articula dans sa langue natale :

- Il a une meute. Ils sont quatre. Peut-être cinq. Tout ne s'est pas passé comme prévu... mais il n'est pas blessé...

Elle parvint à reporter son attention sur son compagnon, détaillant dans l'ombre les détails infimes de son visage avec un sourire qui se voulait rassurant.

- ... et moi non plus. Elle hésita une seconde avant d'ajouter. Je ne me suis éloignée que de quelques pas. Il nous a trouvé seul, peu après votre évanouissement.

Fenris eut une seconde de reflexion. Il venait de comprendre qu'Halie parlait de Randil mais les informations qu'elle lui communiquait ne s'arrêtaient pas là. Une meute. C'était assez inattendu pour un loup qui n'en avait pas eu depuis son enfance si ce n'était son frère.

-Que veux-tu dire pas "tout ce s'est pas passé comme prévu" ? Pourquoi l'un de vous aurait été blessé ?

- Il a une meute... Une meute de vrai loups. C'est compliqué à expliquer. Il n'est plus... Ou plutôt, je ne suis plus...

Elle s'arrêta, fuyant le regard de Fenris autant que celui des humains. Elle lâcha un éclat de rire nerveux en croisant le regard de Gallen.

- Pardonnez-moi. Leur lança-t-elle en repassant à une langue que tous ici pouvaient comprendre.

Happée un instant par le regard de son compagnon, elle tenta de se lever pour sortir de leur petit cercle. Fenris n'eut pas besoin de plus pour comprendre le message. Il se leva à la suite d'Halie et fit d'abord mine de fouiller dans son sac. Il y prit une chemise propre, bien qu'humide et lâcha sa couverture qui tomba sur le sol. Tandis qu'il commençait à enfiler la manche à son bras blessé, il se redressa et rejoignit sa bien aimée désormais à l'écart.

-Qu'y a-t-il ? Qu'est-ce qui te perturbe à ce point ?

Elle s'arrêta près de l'entrée, presque étonnée d'avoir été suivie... Et ne parvenant toujours pas à soutenir son regard.

- Rien... Je ne sais pas... Je... Il va bien... Tu va bien... J'ai juste besoin de respirer un peu.

Le cavalier passa la tête dans le vêtement qui ressortie aussitôt, bientôt suivie par son seconde bras. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait dans la tête de sa compagne concernant Randil. Mais pour lui, il n'avait pas de mal à le deviner. Elle avat du mal à exprimer ses émotions verbalement et, comme le père de la Protectrice le lui avait laissé entendre, elle ne parlait pas de ce qui lui importait vraiment... Il en conclut donc que ce qui la taraudait devait être bien plus important qu'elle voulait le faire croire.
Prenant à peine le temps de réajuster sa chemise, lui plaça deux doigts sous le menton d'Halyalindë et lui releva la tête, lui demandant de le regarder dans les yeux.

-Garde à l'esprit que j'avais l'intention de venir avec ou sans toi. Tu n'es pas responsable de ce qu'il m'est arrivé.

Il était calme. Aussi calme qu'elle avait l'habitude de le côtoyer. Et sur ses lèvres se dessina un sourire aussi tendre que sincère.

- Je sais... répondit-elle d'une voix à peine audible.

Sans un mot de plus, elle l'enlaça, enfouissant la tête dans son cou et prenant garde à ne pas appuyer sur son épaule blessée.
Fenris fut assez surpris et se figea l'espace d'un instant. Il ne s'attendait pas vraiment à cette marque d'affection en présence d'étrangers. Finalement, il referma ses bras autour d'Halie pour l'étreindre avec tendresse.
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Sam 8 Avr 2017 - 14:25

Été, Tariho, neuvième ennéade de Karfias, an neuf, onzième cycle.


Tandis que les hommes se reposaient et grignotaient ce qui restait de nourriture pour assouvir leur faim, discutant à voix basse, les elfes s'étaient écartés. Garrick les observait d'un air curieux mais discret, il les regardait s'enlacer. Finalement, humains et elfes n'étaient pas si différents, et le vieux esquissa un sourire en donnant un léger coup de coude à Gallen avant de désigner le couple d'un signe de tête. C'était bien le genre de scène qui vous réchauffait le cœur après les moments difficiles, et qui vous donnait le courage d'avancer quoiqu'il arrive face à l'adversité.

Le grondement de l'orage résonna dans la caverne, d'abord sourd comme venant de loin sous le couvert des nuages, puis un éclair déchira le ciel nocturne et pluvieux, suivit d'un coup de tonnerre tonitruant.
La daedhel fit un bond dans l'instant, comme un chat effrayé réveillé en sursaut. Sa couverture vola un peu plus loin, tandis qu'elle s'enfonçait précipitamment au plus profond de la caverne, s'éloignant le plus possible de l'entrée. La sombre se jeta contre la paroi, remonta ses genoux contre sa poitrine et enfouit sa tête dedans en enlaçant ses propres jambes.
Les deux humains se regardèrent avec des yeux ronds, avant de tourner à nouveau le regard vers la noiraude et sa réaction complètement dingue, puis Garrick se laissa aller à un rire moqueur.

_ Elle t'arrache le poumon à la main, mais elle s'écrase au moindre coup de tonnerre... Déclara l'homme plutôt perplexe.

_ Ça va aller ? Lui lança Gallen.

Pour toute réponse, l'arcaniste se contentait de se balancer d'avant en arrière et marmonnant les mêmes sonorités incompréhensibles en boucle. Et lorsqu'un nouveau coup tonna dans le ciel, elle tressaillit et s'appuya plus que jamais contre la paroi. Si elle avait pu s'enterrer vivante, elle l'aurait sans doute fait sans hésiter une seule seconde.

_ Bon, commença-t-il en se redressant, aller c'est que dalle. Puis on est bien tranquille ici et au sec ! Pas vrai les gars ? Demanda-t-il à tout le monde. Et les filles. Ajouta-t-il en désignant la rouquine d'un air désolé.

Le marchand finit par ouvrir les yeux, et il était agacé. Il essayait de dormir, parce qu'il avait monté la garde une bonne partie de la journée, mais forcément... Il fallait que tout le monde se mette à causer à ce moment là : Quand lui, il essayait de reposer.

_ Par la sainte paire de loches d'la Damedieu... Vous pensez pas qu'y en a qui tentent de pioncer ? Lança-t-il en s'asseyant, avec les yeux en trou de pine de biche et la coiffure à moitié aplatie.

_ Excuse-nous, on...

_ Oh !

Dagobert cligna deux fois des yeux avant de se les frotter. Il afficha un large sourire et se dressa d'un coup d'un seul sur ses guibolles aux appuis encore hésitants.

_ De retour parmi les vivants ! S'exclama-t-il en levant les bras. Ça pour une nouvelle, c'en est une bonne !

Gallen se fendit d'un sourire, tirant sur la grimace. Il était toujours fatigué et souffrant, et chaque mouvement et respiration le lui faisait bien sentir. Mais il était bien heureux d'être encore capable de souffrir.

_ Et c'est pas grâce à la Damedieu. Elle est où la noiraude d'ailleurs ? Demanda-t-il en tournant la tête de gauche à droite.

_ Là. Lui indiqua Garrick en la désignant.

_ Mais qu'est-ce qu'elle fout...

_ On dirait bien qu'elle a peur de l'orage.

Dagobert resta circonspect quelques secondes. Il regarda ses compagnons humains, puis tourna la tête vers les elfes, avant de s'écrouler de rire.

_ Minable... Lâcha-t-il en essuyant une larme, secoué de rire.


Dernière édition par T'sisra Do'ath le Mar 18 Avr 2017 - 22:55, édité 1 fois
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Halyalindë
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Sam 8 Avr 2017 - 16:32

« C'est exactement ce que j'aurais dit de tes cris pendant la bataille de la nuit dernière. » sourit Halya en mettant une légère calotte au marchand du haut de ses deux mètres, avant de continuer vers la daedhel prostrée.

Lorsque la foudre avait frappée pour la première fois, l'elfe avait sursauté presque aussi fortement que la drow. Seule la proximité de Fenris, et surtout la conscience de sa blessure, avait limité son geste de recule. S'écartant finalement pour voir ce qui se passait du côté des derniers endormis, elle n'avait pas été plus surprise que cela de voir l'arcaniste réagir à l'orage... Bien qu'elle ne se serait pas attendue à une telle disproportion.

Halya avait posé un regard tendre sur son compagnon, serrer une dernière fois ses doigts, avant de récupérer pleine possession de son corps pour tempérer à sa manière les railleries des humains. Ils en reparleraient sûrement plus tard, mais pour l'instant ça irait. Et si Fenris ne cautionnait ni la mage, ni sa magie, la rouquine, un peu plus pragmatique quant aux styles de magies, était on ne pouvait plus reconnaissante.

Dans les tréfonds de la l'ombre qui oppressait chaque silhouette dans leur abri de fortune, la noire-elfe et ses mouvements de balancier semblaient disparaître contre le mur du fond. L'elfe ralentie pour ne pas risquer de trébucher sur les inégalités de la roche.

« Je peux faire quelque chose ? » demanda-t-elle à voix basse, posant un genou en terre et une main sur l'un des bras de la drow, prête à reculer si sa présence se révélait être une gêne.
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Fenris Nöldorion
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Dim 9 Avr 2017 - 20:35

Le coup de tonnerre n'avait fait que faire tourner la tête à Fenris. En tant que mage de la foudre, même avec si peu de maîtrise, il n'avait pas peur de cet élément. Plus encore, il sentait l'orage dans l'air et cela avait sur lui un effet presque revigorant. C'était donc avec un calme indéfectible qu'il posait ses yeux bicolores vers l'extérieur de la caverne.
Sentant Halie se détacher de lui, il croisa son regard et lui renvoya la tendresse qu'il y lisait. Sa main accompagna son départ jusqu'à ce qu'elle doive lâcher prise puis il observa la masse dans l'ombre. Un nouvel éclair illumina temporairement les lieux et il vit la Daedhel prostrée dans un coin.

Ne pouvant compter sur l'appui de la Protectrice dans leur raillerie, les trois Humains se tournèrent vers son compagnon. Le marchand était un peu calmé par la réflexion d'Halyalindë mais il restait amusé par la scène, tout comme Garrick. Gallen, quant à lui, souffrait encore trop pour pouvoir rire vraiment de la situation.
Etant donné le ressentiment qu'il affichait depuis le début pour la drow, tous trois se seraient attendus à ce que Fenris se range de leur côté. Ils furent plus que surpris par sa réaction.

-Je suis sûr que quelque chose vous effraie de manière irraisonnée vous aussi.

Il posa sur chacun d'eux un regard appuyé qui dura quelques secondes. Devant sa posture assurée, son visage sérieux et ses yeux dérangeants, l'Aigle vit les rires devenir sourires pour finalement s'éteindre totalement. Satisfait, l'elfe s'approcha des affaires qui avaient été entassées dans un coin de la grotte et chercha une des bandes de tissu qui avaient été découpées la veille. Déjà, il sentait son épaule le tirer et avait grand besoin de quelque chose pour pouvoir poser son bras, à défaut de pouvoir immobiliser totalement l'articulation.
Se faisant, Fenris se retrouva suffisamment près des deux femmes et ne manqua pas d'entendre les paroles de la drow. Il y prêta l'oreille attentivement mais il lui fallut quelques répétitions pour parvenir à comprendre ce qu'elle bredouillait.

-Elle se répète qu'elle est à l'abri.

Curieusement, le jeune Nöldorion ne montrait plus aucun signe d'animosité. Ou, plutôt, il prenait sur lui pour ne pas les afficher car il savait pertinemment que cela ne servirait personne dans la situation présente. Lui-même ne s'était pas découvert de peur particulière mais il comprenait que l'on puisse en avoir. Il avait lu que certains nains qui n'étaient jamais sorti de leur montagne éprouvaient des craintes concernant la puissance des éléments que l'on trouvaient à l'extérieur. On devait sans doute retrouver aussi le cas chez les drows.

-Quel est son nom ?

Il était vrai que, malgré le temps passé près de la sombre et les soins qu'elle lui avait apporté, il ignorait toujours comment elle s'appelait. La réponse lui fut donnée et il mémorisa son prénom aussitôt. Puis il s'approcha un peu plus sans pour autant entrer dans son cercle de confort, déjà en partie occupé par Halie. Il prit sur lui pour essayer de se montrer aussi avenant qu'il lui était possible malgré son aversion pour sa magie.

-T'sira. Ce que je vais vous dire n'aura peut-être aucun impact mais je vais le faire tout de même. Comme vous l'avez peut-être vu hier, je suis mage de la foudre. Vous savez donc que vous pouvez me croire quand j'affirme que vous êtes en sécurité là où vous êtes. Même vos camarades, qui sont plus proches de l'entrée, ne sont pas en danger.

Fenris échangea un regard avec sa compagne. C'était quelqu'un de très raisonné. Sa réflexion pouvait avoir pour effet de ramener un semblant de raison dans la peur de la drow comme n'avait aucun effet. Cela ne coûtait rien de le tenter...
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Lun 10 Avr 2017 - 8:23

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Les éléments se déchaînaient toujours plus au dehors, et le déluge pluvieux avait fini par se transformer en véritable tempête, depuis que l'orage s'était joint à lui. Et les vents redoublèrent de violence, sifflant entre les arbres avec animosité et hurlant avec force.
Dans la caverne, les hommes avaient calmé leurs moqueries et invectives, sous l'impulsion du regard entendu du taledhel. Ainsi, Dagobert comme Garrick s'étaient recentrés sur Gallen, tout en gardant à l’œil la nécromancienne.

_ Faudrait pas qu'elle nous pète un coup d'folie celle-là... Souffla le marchand à Garrick, tout en observant du coin de l’œil les elfes qui approchaient la sombre.

_ Ça la foutrait mal, oui. Confirma l'ancien soldat dans un chuchotement.

Les deux hommes étaient sur la même longueur d'onde, mais ce n'était pas l'avis du plus jeune.

_ Sa magie me fait froid dans le dos, mais j'peux pas croire qu'elle nous fasse du mal après tout ça. Trancha-t-il en passant la main sur ses côtes.

Tous trois se regardèrent sans qu'aucun n'ajoute quoi que ce soit. L'attention se tourna vers les elfes, qui en dépit des disparités ethniques, faisaient l'effort d'apporter un peu de soutien à leur homologue à la peau cendrée.

-Elle se répète qu'elle est à l'abri. Avait avancé Fenris pendant que sa compagne s'était approchée.

« Je peux faire quelque chose ? »

T'sisra releva la tête pour fixer la Protectrice. Elle n'en menait pas large, et à sa façon de se tenir, on aurait pu croire qu'elle s'attendait à ce que le ciel s'effondre sur sa tête.
Rejoignant la rouquine, le taledhel expliqua sur un ton calme :

-T'sisra. Ce que je vais vous dire n'aura peut-être aucun impact mais je vais le faire tout de même. Comme vous l'avez peut-être vu hier, je suis mage de la foudre. Vous savez donc que vous pouvez me croire quand j'affirme que vous êtes en sécurité là où vous êtes. Même vos camarades, qui sont plus proches de l'entrée, ne sont pas en danger.

La nécromancienne acquiesçait lentement, ralentissant son balancement pour le cesser complètement, puis commença expliquer la réalité de son problème :

_ Je suis... Astraphobe. Dit-elle après avoir trouvé le mot qu'elle cherchait. Ce n'est pas la foudre qui m'effraie mais...

Coupée nette dans sa phrase par un nouvelle détonation qui illumina la grotte, la noirelfe ferma les yeux en abaissant le cou, la mâchoire crispée, et secouée d'un frisson à s'en décoller les vertèbres.
C'était bien le grand bruit et la lumière aveuglante produits tous deux par le tonnerre qui l'effrayaient, et pas forcément le concept de prendre un éclair sur le coin de la gueule.
La nécromancienne, aussi violente pouvait-elle être, n'avait pas grand chose d'effrayant, mais ressemblait plus à un chiot effrayé qu'autre chose à l'heure actuelle.

_ Ça va passer, ça va passer... Répétait la sombre pour elle-même.

Un autre son vint déranger les locataires de la caverne. Celui du métal qui frappait la roche. Ou plutôt qui tombait et rebondissait sur le sol. Et ce bruit fût accompagné d'un cri de surprise si lointain, qu'il fallait une très bonne oreille pour le discerner.
Les humains avaient très clairement entendu l'écho du métal remonter par la large fissure dans le fond de la caverne, et observaient la zone avec une curiosité qui se mua rapidement en méfiance.

_ Ça venait de là. Affirma Garrick en désignant le passage rocailleux étriqué. Vas-y, va voir toi. J'suis trop gros pour passer. Dit-il à Dagobert en l'encourageant d'une tape sur l'épaule.

_ Ça va pas non ! Protestait déjà le marchand. J'vais pas descendre là-dedans !
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Halyalindë
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Mar 18 Avr 2017 - 23:29

       « C'est le tonnerre... » souffla Halya à l'intention de son compagnon.

   L'elfe allait s'éloigner pour prendre une couverture lorsque le bruit étrange remonta par la fissure. Quelqu'un?! Elle avisa le profil squelettique de l'homme au livre qui semblait posé là comme un avertissement tout en tendant l'oreille. Rien a faire, les voix des deux gaillards, la pluie battante et le tonnerre sporadique couvraient tout autre son.

       « Il vaudrait mieux que personne n'y aille de toute façon. » ajouta-t-elle à la chamaillerie. « Nous avons trois blessés, un non combattant et pas la moindre idée de ce qu'il peut y avoir derrière. Autant éviter de perdre une personne de plus, vous ne croyez pas ? »

Fenris répondit à sa compagne par un simple signe de tête. Ce n'était guère le moment de se séparer. Puis il posa à nouveau les yeux sur la drow, recluse dans son coin.

-Je crois que je vous dois des remerciements. Et pas seulement pour mon épaule.

T'sisra releva la tête d'entre ses bras pour lui accorder un sourire, presque forcé au vu de son état de frayeur. Elle restait blotie dans son coin, contre la roche, comme un lapin au fond de son terrier.
Et tandis que les deux humains se volaient dans les plumes pour décider de qui allait devoir jeter un oeil, un autre tintement lointain retentit, comme un bardas métallique balancé contre terre.

Cette fois, Halya ferma un instant les paupières en soufflant lentement par le nez... Pourquoi fallait-il que le monde s'amuse à la contredire? Un regard à Fenris. Un autre à Gallen. Ils ne pouvaient pas non plus risquer que quelqu'un ou quelque chose débarque jusque là. Elle serra les dents... Mais elle devait se rendre à l'évidence.

« Quelqu'un à une idée pour sceller la brèche ? »

Dans le cas contraire, ils devraient se résoudre à aller vérifier avant que les entrailles de la terre ne leur tombent sur le coin du nez...  

Entre deux grondements de tonnerre, chacun pu entendre « ... Sang Bleu ! », avant que la pluie ne soit plus que la seule à faire valoir son droit sur le silence.

Quelqu'un... C'était bien leur veine... Halya se tourna tout d'abord vers Fenris pour le questionner du regard avant de se tourner vers les humains de leur groupe, incertaine. Il n'aurait tenu qu'à elle... mais ce n'était pas le cas alors inutile d'extrapoler.

En réponse au regard d'Halie, l'Aigle tendit son bras blessé vers ses armes et s'en saisit. Une légère grimace de douleur tira les traits de son visage mais ce geste, symbolique, montrait qu'il était prêt à la suivre. Son mal était bien là. Toutefois, il n'avait rien d'insoutenable.

Cependant, à peine avait-il esquissé son geste qu'elle l'interceptait, hochant négativement la tête pour l'encourager à reposer ses lames avant qu'elle ne s'empare du bandage qu'il gardait à la main. D'un geste fluide, elle le déroula, fit trois tours lâches de la longueur de son avant-bras et noua le tout avant de passer l'écharpe improvisée au cou du blessé pour qu'il puisse y poser son bras. Pas question qu'il continue à en faire trop. Ni elle... ni même la drow, n'en supporterait davantage.

Après avoir lâché un soupire, un fin sourire se dessina sur les lèvres de Fenris, non dénué d'une certaine tendresse face au geste protecteur de sa compagne. Son sérieux revint pourtant la seconde suivante.

-As-tu une meilleure idée ? Nous n'avons pas de quoi refermer cette brèche et il est hors de question que je te laisse descendre seule la-dedans si tu y vas.

- Alors nous avons un problème parce qu'il est hors de question que tu me suives dans ton état. Répondit-elle avec le même sérieux avant de se tourner à demi, une main sur la hanche. Garrick, vous tenez le coup ou pas ?

_ Ah pitié... Moi j'vais pas l'dedans. Répéta le marchand en croisant les bras, ferme dans son phrasé.

_ Eh ben... Je me sens un peu... Patraque. Répondit Garrick à l'elfe. Oui, c'est l'mot. Patraque.

-Garrick aura du mal à entrer. Et quand bien même, il aura sans doute du mal à se faufiler dans les galeries que j'imagine assez étroite. Quant à Dagobert, il ne te sera pas d'une grande aide en cas de besoin. Sans vouloir vous offenser.

Après un bref signe de paix en direction du marchand, le regard du jeune Nöldorion se posa à nouveau sur sa compagne, plus insistant cette fois. Personne n'était en état de l'accompagner, hormis lui.

_ Comment ça je ne serai pas d'une grande aide ?! S'offusqua Dagobert en posant ses mains sur les hanches.

C'était bien la vaine de Fenris... Ce dernier ferma les yeux dans un soupir : Il n'aurait pas pu se taire ?

Halya, elle, aurait bien voulu soupirer également mais la remarque de Dagobert lui servit une échappatoire de choix. Si elle acceptait que Fenris vienne, qu'importe ce qu'elle pourrait obtenir de lui avant la descente, il n'en ferait qu'à sa tête s'ils se retrouvaient tout deux en mauvaise posture. Elle n'avait aucun doute là dessus.

- Bien dit Dagobert. Vous êtes suffisamment agile pour descendre et remonter rapidement en cas de soucis. Nous n'avons pas besoin d'organiser une expédition militaire, juste d'aller voir. elle continua, plus à l'intention de Fenris, essayant sans succès de la laisser sans le pauvre marchand. Si tu ne veux pas que je descende seule, nous n'avons qu'à descendre, Dagobert et moi,  et au moindre signe de danger, nous remontons. S'il y a besoin de s'accrocher ou de repartir rapidement, tu pourrais être une gêne plus qu'autre chose. Et si je trouve quoi que ce soit, on avisera.

_ Euh... Bah... C-c'est à dire que... Balbutiait le marchand dont le courage fondait comme neige au soleil. Tu passes devant ?

- Bien sûre, assura l'elfe en jetant un sourire narquois par dessus son épaule.

Dagobert se passa la main sur le visage. Pendant qu'il se demandait dans quelle merde il s'était encore foutu, Fenris se relevait. Cela ne lui plaisait guère mais il n'avait visiblement pas le choix. Approchant d'Halie, il s'adressa à elle dans leur langue.

-Tu as conscience que je vais rester là à t'attendre, mes armes à la main ?

- Du moment que tu ne les portes que du bras gauche, je préfère encore ça.

L'Aigle conserva son sérieux une seconde mais la répartie de sa compagne finit par lui arracher un sourire amusé. Presque contrarié de lui céder, il détourna les yeux l'espace d'un instant avant de porter de nouveau sur elle un regard plus inquiet qu'irrité cette fois.

-Appelle si tu as besoin de mon aide.

Garrick affichait un fin sourire narquois en observant le marchand dont les guiboles tremblaient presque.

_ Bon, et bien... Commença-t-il en s'approchant de la fissure. Les dames d'abord ! Lâcha-t-il en désignant le passage, et s'inclinant maladroitement à l'attention d'Halya.

- Je n'y manquerai pas. Prit-elle le temps de répondre à Fenris avant de ramasser l'une de ses lames, l'épée qui la suivait depuis son entrée chez les Aigles.

       Elle sourit, radoucie, soutenant un instant le regard inquiet de son compagnon avant de porter son attention sur  la Daedhel, toujours recroquevillée. Elle se retint de demander à Fenris de veiller sur elle, consciente des efforts qu'il faisait déjà, et se tourna du côté du marchand, effectuant une révérence parfaite avec un air bien trop guindé pour être sérieux

- Je vous remercie, Messire. Puis elle ajouta juste avant de passer, Si ça commence à chauffé, n'hésitez pas à courir en sens inverse... Mais une grande question fit irruption dans son esprit... Par le plus grand des hasard, nous n'aurions pas de quoi confectionner une torche ?
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Dim 23 Avr 2017 - 2:07

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La daedhel avait observé les tractations des uns et des autres depuis son sombre recoin. Entre ceux qui ne voulaient pas y aller, et ceux qui souhaitaient vérifier de quoi il retournait, ce fût finalement la rouquine et le courageux qui s'étaient décidé à jeter un œil. Et ce au grand dam du taledhel, qui ne voulait pas laisser sa compagne s'enfoncer dans les méandres de la terre sans lui.

- Je vous remercie, Messire. Puis elle ajouta juste avant de passer, Si ça commence à chauffer, n'hésitez pas à courir en sens inverse...

_ Ne t'inquiète pas pour ça... Souffla le marchand tout en se rendant compte de ce qu'il venait de dire, pour ensuite se racler la gorge.

- Par le plus grand des hasard, nous n'aurions pas de quoi confectionner une torche ?

_ Tiens, en voilà une excellente idée !

_ Si on avait déjà de quoi s'allumer un feu... Intervint Garrick dans un soupir.

- J'ai des silex et des amorces dans mon sac, de l'huile pour mes lames mais c'est plutôt du côté du combustible qu'il y a un problème...

_ J'ai que dalle moi.

_ Moi non plus... Surenchérit le vieux.

Halya soupira. Même aller chercher du bois détrempé dehors ne servirait pas à grand chose. Il était hors de question de sacrifier leurs paquetages pour cela...

- Et bien j'espère que vous n'avez pas peur du noir...

_ Non... Non.

L'ancien soldat esquissait un fin sourire devant l'assurance hésitante du marchand qui n'attendait qu'une chose : Que l'elfe passe devant.

_ Non, évidemment qu'j'ai pas peur du noir. Insista-t-il en croisant les bras.

Il n'en fallut pas plus à l'elfe pour retourner à son intention première : se faufiler dans la brèche, lançant un sourire d'encouragement à Dagobert, pris dans cette affaire presque malgré lui. Menue, elle pouvait encore respirer à son aise sans poncer les parois... Mais attention à la tête.
Épais comme un fétu de paille, le marchand s'engouffra sans mal à la suite de la rouquine. Mais son grand nez s'accrochait de temps à autre quand il essayait de tourner la tête. Ils descendirent environ une dizaine de mètres.

_ Avance, mais avance bon sang... Ah ! J'me sens mal... J'peux pas tourner la tête...

- J'avance! répliqua l'elfe légèrement agacée. Ah...

Se servant de ses mains pour repérer les deux parois, l'une d'elle venait de rencontrer du vide... Enfin du vide, c'était peut-être un bien grand mot, mais la roche fracturée donnait plus d'espace pour avancer le bras. Quelques pas supplémentaires et le boyau devenait même trop large pour qu'elle touche le mur devant elle tout en gardant le dos contre son jumeau.

- Bonne nouvelle, tu vas pouvoir respirer. Souffla-t-elle par dessus son épaule.

Puis elle saisit à tâtons le bras du marchand.

Tirée vers l'avant, Dagobert ne manqua pas de s'écorcher le front en jurant comme un forcené, avant de profiter de l'espace. Il s'empressa d'avancer doublant même la rouquine, plissant les yeux dans la pénombre.

_ On y voit que d'chie bon sang...

Dagobert s'arrêta net lorsque ses pas se mirent à résonner dans un craquement sonore. Il piétinait sur obstacle friable.

_ Ah ! C'est pas stable ici, attention !

- Recule bon sang! Et arrête de gesticuler comme ça. Pose ta main sur le mur d'en face pour pas rater un croisement aussi, histoire qu'on ne se retrouve pas sans le savoir avec un truc entre nous et la sortie.

Prudemment, le nez froncé par l'incroyable absence d'instinct de survie de l'humain, elle fit quelques pas en avant pour trouver les limites de la fameuse 'roche instable' avant de se baisser pour en examiner rapidement la surface du bout des doigts. Et ils se refermèrent sur des fémurs et des tibias, des crânes et des côtes, ce recoin de la caverne était parsemé de restes de créatures vivantes. Animales, comme humaines.

-Dagobert... répéta-t-elle la voix soudain beaucoup plus sérieuse.

_ Qu'est-ce qu'y a ?

- Recule vers l'entrée.

_ Euh... Ouais. Commença-t-il en avançant vers la forme qu'il distinguait non sans mal dans la pénombre. C'est où l'entrée ? Demanda-t-il en agrippant l'épaule d'Halyalindë.

Attrapant la main qui trônait sur son épaule, elle la colla sur la surface rugueuse du mur.

- Longe le mur, je te suis.

_ C'est toi qui commande...

Et ils longèrent le mur, en faisant glisser leurs mains sur la paroi rocheuse et rugueuse. Trois pas, quatre, dix. Un angle. Mais cela ne semblait pas être la brèche, non. Plutôt un couloir à vrai dire.

- Parcalda, mais qu'est-ce qui se passe...

Modérant encore sa voix quoi que parlant plus haut, elle ajouta :

- Il y a quelqu'un?

Après tout, ils étaient quand même venus pour ça... et même si son cerveau commençait à évaluer toutes les probabilités magiques de ce non sens, il y avait fort a parier qu'ils n'étaient pas les seuls dans ce souterrain.

Aucune réponse.

_ A part nous, franchement, qui serait assez dérangé pour descendre ?

Aucun son, toujours. Mais une lueur vacillante au bout d'un couloir, véritable boyau rocheux, qui se dessinait entre ombre et clarté.

- Tu veux dire, a part la personne que nous avons entendu crier d'en haut? ...
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Jeu 4 Mai 2017 - 9:49


Ce fut avec un désaccord non dissimulé et une inquiétude retenue que Fenris regarda les deux silhouettes pénétrer dans la faille et ne plus faire qu'un avec l'ombre qui y régnait en maître. Il lui était difficile de nier que l'idée de voir sa compagne descendre dans le noir avec un novice en matière de combat ne lui plaisait absolument pas. Halyalindë n'en faisait toujours qu'à sa tête, cela était convenu, mais le fait de la savoir pour ainsi dire seule et de pas pouvoir l'accompagner ne l'aider guère à se détendre. Le détour qu'avait pris leur relation deux jours auparavant jouait sans doute pour quelque chose dans sa relation. Il tenait à elle, plus que jamais.

Comme promis, l'Aigle prit ses armes et alla se poster près de la faille. Accroupi, dos contre le mur glacé, il prêtait l'oreille aux sons provenant des entrailles de la terre. Lorsque rien ne se faisait entendre, il observait la pluie tomber inlassablement à quelques mètres devant lui. Mais dès qu'une pierre roulait, il tournait la tête à demi pour écouter plus attentivement encore.
À mesure que les deux explorateurs s'enfonçaient dans la faille, le son de leurs voix et de leurs pas se faisaient toujours plus légers. Pour devenir presque inaudibles. Parfois l'on entendait remonter un léger écho auquel le taladhel pouvait s'accrocher. Et les secondes passèrent, puis les minutes. Mesures temporelles qui d'ordinaire ne préoccupent pas tant que cela les elfes, mais aujourd'hui, elles étaient longues, pesantes et bien trop silencieuses.

La daedhel, qui se balançait d'avant en arrière depuis une bonne poignée de minutes désormais, se mit à fixer Fenris qui observait, quant à lui, l’eau couler sans cesse. Elle tendit l'oreille à son tour, pas pour ceux qui étaient descendus, mais plutôt pour le ciel en colère. La pluie battante donnait l'impression de ne jamais vouloir s'arrêter, le tonnerre déchirait toujours les nuages noirs de temps à autres.
L'arcaniste se redressa, le tonnerre ne s'était pas fait entendre depuis une bonne quinzaine de secondes, et elle se mit à avancer dans la direction du taledhel à pas de loup, le dos courbe et le regard inévitablement attiré par l'extérieur.

Arrivée à hauteur du jeune elfe, elle posa une main délicate sur son épaule. Bien sûr, Fenris l’entendit se lever. Bien sûr, il la sentit s'approcher. Mais il ne sembla réellement réaliser sa présence que lorsqu'elle posa la main sur lui. Il tourna alors soudainement la tête vers elle, l'interrogeant du regard sur l'origine de sa présence près de lui.

- Ils vont s'en sortir, et s'il y a un souci, ils appelleront à l'aide.

La surprise passée, Fenris quitta son masque de sérieux le temps d'esquisser un sourire de remerciement.

-"Ils vont s'en sortir" n'est pas vraiment la formule que l'on s'attendrait à entendre dans de telles circonstances. Cela suppose qu'ils sont forcément en danger. Lança-t-il sur un ton relativement léger étant donné les circonstances.
- Ne dit-on pas que l'on s'en sort bien lorsque l'on réussit quelque chose ? Demanda-t-elle en s'asseyant contre la paroi, aux côtés de l'elfe. Enfin... Je voulais vous rassurer...

Coupée dans ses paroles par un coup de tonnerre assourdissant, T'sisra se contenta de rentrer la tête dans les épaules par instinct sous l’œil de l’Aigle qui observa sa réaction sans un mot, analysant la situation le temps que sa torpeur passe.

-Vous venez du Puy d'Elda, n'est-ce pas ?

Elle répondit par hochement de tête, l'air maussade, sans quitter la sortie de la caverne des yeux.

- J'ai grandi là-bas, je n'en suis jamais sortie, avant Kafias dernier. Et me voilà maintenant ici, coincée dans une caverne par un orage. Mais au moins la compagnie n'y est pas désagréable. Ajouta-t-elle avec un regard complice pour son interlocuteur. Qui aurait cru que tout ceci finirait ainsi ?
-Drows et elfes s'entraidant ? Certainement pas deux vétérans de la guerre qui nous opposait encore le mois dernier. Commenta Fenris sur un ton calme.

L'Aigle marqua une pause, le temps d'écouter ce qui provenait de la brèche avant de poursuivre.

-Je me targue souvent d'être un des elfes les plus ouverts d'esprit mais il est certaines choses qu'il m'est difficile d'accepter.

Le regard vairon du jeune homme se posa sur la daedhel. Il n'y avait rien de vindicatif dans ses yeux ou son intonation et il n'ajouta rien de plus. En vingt-quatre heures, elle avait probablement compris ce qu'il dédaignait chez elle. Pourtant, il l'avait remerciée il y avait moins d'une demi-heure de cela. Il lui avait fallu prendre sur lui comme rarement dans sa vie.

- Quelle différence ? Demanda-t-elle en haussant les épaules. Vous, Gallen, Garrick, expliquait-elle en les désignant tour à tour, nous ne sommes pas définis par ce que nous sommes. Seulement par nos choix.

La sombre marqua une pause, brève, avant d'ajouter :

- Un jour, peut-être, le monde cessera de marcher sur la tête, et les races mortelles s'entraideront. En tout cas je l'espère.
-Je ne parlais pas de nos races.

Fenris marqua une pause avant de se tourner vers la daedhel. Contrairement à bon nombre de ses semblables, les autres races n’inspiraient pas à Fenris du dédain mais plutôt de la curiosité. Lui qui aimait tant apprendre trouvait les différentes créations des Dieux plutôt fascinante et avait pour premier réflexe de les observer plutôt que de les juger. Mais il n’en était pas de même pour le sujet qui le préoccupait présentement.

-Je parlais de votre magie.
- Ah. Dit-elle en levant un index qu'elle abaissa tout aussi rapidement. Je sais que bien des peuples sont effrayés et ne cautionnent que très difficilement cette façon de faire de la magie. Mais... Commença-t-elle avant de marquer une pause, le regard dans le vague un instant. Vous savez, je ne conçois pas le maniement de l'Art comme un don qui... Nous placerait au-dessus du reste du monde. À mon sens, elle n'est qu'un outil. L'important n'est pas le moyen, mais le but. Au même titre qu'un homme lève une lame, il peut l'utiliser pour faire le mal ou le bien. Tenez, le jour où l'on a inventé les épées, personne ne s'est dit qu'il fallait enfermé tout ceux savaient les utiliser.

T'sisra marqua une nouvelle pause, elle réfléchissait en sondant le plafond noir de la caverne.

- Mais je peux comprendre que chacun ait des limites. Moi-même je nourris une crainte et une inimitié quant à ceux qui déchirent le Voile et manipulent l'âme des défunts. Pour moi, un corps n'est qu'un amas de chair et de sang, un véhicule qui ne dure qu'un temps pour une chose plus... Pure et sacrée. Comprenez-vous ? Demanda-t-elle en posant ses yeux sur l'elfe.

La magie était un moyen et tout dépendait ce que l'on choisissait d'en faire, sur ce point ils étaient d’accord. Mais ce qu'elle en faisait ne respectait pas la volonté de Kÿria.

-Vous avez raison, tout ne dépend pas de ce que l'on est mais bien de ce que l'on fait et je suis ravi de voir que si vous savez manipuler les morts, vous répugnez à le faire. Les nécromanciens peuvent se prendre pour des Dieux, il est vrai, mais ils ne redonnent pas vie. Le Souffle ne peut quitter le Royaume de Tari ce qui ne fait pas de leurs créatures des êtres vivants. Vous voyez les corps comme des amas de chair. Pour nous, il s'agit de l'œuvre de notre Mère. Vouloir les relever est un sacrilège à nos yeux. Non seulement parce que cela porte atteinte à l'intégrité de l'être que Kÿria a créé mais aussi parce que c'est un acte contre nature. Les morts doivent le rester. En cela, je ne cautionne pas votre magie.
- J'exècre les religions, quelles qu'elles soient. Je n'ai foi en aucun dieu, et ne veux pas approcher leurs dogmes qui nourrissent leurs petites gens. Je ne crois qu'en la force des mortels à s'élever par eux-mêmes, et à s'émanciper de ces croyances. Dit-elle avec un air un brin dégouté. Mais soit, je comprends parfaitement l'attrait qu'on puisse y porter, et l'impact que cela peut avoir sur la culture d'un peuple, et par conséquent le rapport au monde que peut avoir un individu. Continua-t-elle se grattant la tempe. Mais à niveau de débat, chacun est porté par ses acquis culturels, ou contre-culturels. Aussi j'accepte les gens, comme ils sont, qui qu'ils soient, sans chercher les convaincre. Conclut-elle en haussant les épaules.
-Je ne cherche pas à vous convaincre de mon point de vue. Seulement à vous le faire comprendre. On peut avoir des opinions différentes et, pour autant, les respecter. Il m'est difficile d'accepter ce que vous êtes. Cependant, je n'oublie pas que nous vous devons d'être encore sur la terre des vivants.

À nouveau, Fenris tendit l'oreille. Cette conversation ne lui avait pas fait oublier la raison de sa présence près de la faille et il restait aux aguets du moindre son s'en échappant.

- Le respect de l'autre, c'est une des choses les plus importantes. Confirma-t-elle acquiesçant avec un léger sourire.

L'Aigle se tourna à nouveau vers la daedhel. Posément, il hocha la tête pour confirmer son adhésion à cette pensée. Puis, il entendit un bruit. Il tourna subitement la tête et fronça les sourcils. C'était la voix d'Halyalindë.

-On dirait un appel...

Il y avait trop d'écho pour qu'il comprenne les mots mais il était capable de reconnaître les intonations. Ce n'était pas un appel d'urgence, sans quoi il serait déjà en train de s'enfoncer dans le noir. Plutôt un appel qui dirait "Il y a quelqu'un ?"...[/color]
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Dim 14 Mai 2017 - 20:06

Été, Tariho, neuvième ennéade de Karfias, an neuf, onzième cycle.


Dagobert s'enfonçait dans le couloir caverneux, attiré par la lumière vacillante qui s'étalait sur la roche dans le fond. Mais il avançait prudemment, car ce n'était pas une lumière naturelle, non, plutôt celle d'une torche. Peut-être la personne qu'ils avaient entendu crier plus tôt comme l'avait souligné l'elfe ?

_ Prudence, prudence... Susurrait-il pour lui-même durant son avancée, poussé par la curiosité.

Halya avançait sur ses talons, attentive non seulement à ce qui se présentait devant, mais aussi à ce qui pouvait sortir de l'ombre tout autour d'eux.

- Tu es sûr de vouloir passer devant... Chuchota-t-elle en remarquant une fois de plus les manières aventureuses de son coéquipier du jour.

La marchand se plaqua contre le paroi, alors qu'il arrivait à l'angle, en posa sa main sur sa compagne d'exploration, se sentant l'âme d'un véritable héros.

_ Il arrive un jour, où un homme doit prendre ses...

Il s'interrompit, l'air benêt, et retira sa main, il venait de lui appuyer sur le sein.

Elle ne trouva rien de plus a dire qu'un simple :

- Je vois ça oui... Dit-elle assez désabusée.

Elle avait tenté de chasser sa main une seconde trop tard. Au moins, il avait des réflexes... Un sourcil froncé, l'autre levé dans une expression assez dubitative, elle l'observa un instant dans la chiche lumière. Vu leur différence de taille, il aurait été étonnant que quelque chose de ce genre ne se produise pas à un moment ou à un autre. Enfin... Elle secoua rapidement la tête avec un sourire amusé avant de reporter son attention sur les alentours plutôt que sur les mains maladroites de son comparse.

Il passa la main sur son front humide en tournant la tête vers l'angle du couloir rocailleux qui le séparait de l'inconnu, à quelques pas seulement. Il se mit à avancer, le dos contre la paroi, presque sans un bruit. Il était méticuleux dans chacun de ses gestes, comme s'il s'apprêtait à dépouiller un pauvre hère endormi sur le bord d'une route. Il jetait de temps à autre un œil à sa garde rapprochée. Avancer, certes, mais seul, jamais.
Arrivé au bout, il fit une halte, osant à peine passer le bout du nez. Ils pouvaient tous les deux entendre des bruits de pas, ainsi que le cliquetis métallique que font les armures des soldats en marche. Le marchand secoua la tête, puis se pencha vers l'avant pour observer ce qui se tramait.

_ Oh bon...

Il s'interrompit. Il y eu comme un léger flottement. Difficile de dire qui fut le plus effrayé, puisque deux cris de fillettes apeurées déchirèrent le silence pesant du dédale.

Deux cris qui firent sursauter l'elfe qui servait d'arrière garde. Ses phalanges se resserraient sur la garde de son épée par pur réflexe, tout comme elle fit un pas rapide sur le côté, basse sur ses appuis, pour ne pas rester derrière l'humain et voir au moins en partie se qui se trouvait dans le couloir perpendiculaire. Elle allait décidément de situation surréaliste en situation surréaliste...

Le bougre qui tenait la torche devait mesurer un mètre soixante quinze, tout aussi décrépit que son armure rouillée et morcelée l'était. Et à sa ceinture pendait tout le matériel de l'aventurier, une épée, une masse, des sacoches de cuirs rapiécées et trouées, et même quelques objets récupérés ci et là, dont un calice d'argent assez horrifiant.
Pendant que Dagobert fuyait à quatre pattes, le squelette en armure faisait de même dans l'autre sens.

Les yeux d'Halya s'étaient instantanément étrécis. Avant de voir la réaction de la créature, c'était sa nature même qui la frappait. D'instinct, son épée profita de son mouvement de placement pour continuer fluidement sa route dans la direction de la créature... Et si elle n'avait pas déguerpi aussi vite que Dagobert, le coup l'aurait sans doute décapité.

Un... squelette... Une créature nécrotique... La respiration d'Halya se fit plus mesurée, son attention encore plus à l’affût de la personne qui devait contrôler cette chose. Sa première pensée fut cependant pour ses camarades dans la caverne. Si un nécromancien était dans les parages, le squelette à côté de la fissure pouvait de mettre à bouger à n'importe quel moment... Puis elle revint à la situation qui l'occupait. Sa lame toujours brandie, le premier détail qui aurait du la frapper lui sauta aux yeux... Ce squelette avait hurlé de terreur avant de prendre la fuite...

- Qu'est-ce que c'est que ces Arcamenies...

_ En voilà une excellente question ! Il faut se tirer de là et vite !

Le squelette en amure avait abandonné sa torche sur le sol dans sa fuite, mais il devait pas être très loin, on entendait encore les cliquetis à quelques foulées devant.

_ A l'aide ! S'écria-t-il depuis la pénombre, sans pour autant trop élever la voix. A moi ! L'on tente de me pourfendre ici bas !

De mieux en mieux... Un squelette qui parlait en vers... Prudente, sans répondre au jérémiades paniquées de l'humain qui l'accompagnait, elle fit les quelques pas qui la séparait de la torche pour pouvoir la ramasser.

_ Crève monstre ! Hurla Dagobert en se redressant, ragaillardi depuis que la rouquine était passée devant lui.

_ Cessez donc ces menaces ! Et ne parlez pas si fortement, vous finirez par la réveiller ! Coquebert ! Répondit la voix dans la fond.

Dire qu'Halya était à cran aurait été un euphémisme. Un squelette qui parle... Les séquelles de la magie des drows étaient encore fraîches dans sa mémoire, tout comme les visages ravagés des personnes qu'elle avait connues. Elle n'avait qu'une envie, abattre sa lame sur cette aberration et sortir d'ici. La chose qu'ils risquaient de réveiller ne lui disait rien qui vaille non plus... Mais malgré toute la haine qu'elle pouvait ressentir, voir cette pauvre chiffe-molle prostrée au fond du couloir, recroquevillée contre la paroi lui faisait pitié...

Jamais dans aucun livre, de la part d'aucun prêtre, elle n'avait entendu parler d'un mort-vivant pouvant parler ou même penser. Jamais elle n'aurait cru cela possible... Mais depuis qu'on lui avait annoncé à elle qu'elle était dépourvue de libre arbitre et qu'elle était théoriquement déjà morte, bien des piliers immuables de la réalité semblaient avoir décidé de prendre des vacances.

- Qu'est-ce que tu es et qu'est-ce que nous risquons de réveiller ? Demanda-t-elle sur un ton tellement menaçant qu'elle en frissonna elle-même.

_ L'araignée par les Cinq !

Il se décolla de la paroi, gardant les mains levées vers l'avant.

_ Voyez, gente dame, je ne vous veux aucun mal. Aucun. Croyez-le bien. Je ne suis qu'un explorateur venant des lointaines terres au Sud. Connaîtriez-vous ce que nous appelons "Péninsule" ? Etant donné votre phrasé, je serai tenté d'y répondre oui-da.

Dagobert observait cette créature avec une telle incrédulité qu'il ne bougeait plus un cil. Il se demandait s'il allait se réveiller ou non.

- Qu'est-ce que tu es, toi? Répond. Je ne répéterai pas ma question une troisième fois.

_ Et bien... Un explorateur, vous dis-je céant. Robin de Parmeni, noble sans terre et sans le sou. Déclara-t-il dans une révérence à l'ancienne. Mais n'avez vous pas vu Enguerrand ? Il m'attend à l'entrée de cette grotte.

Un frisson secoua l'échine de l'elfe. Il lui semblait que la mine affable du squelette se raillait d'elle... Si on pouvait lui attribuer une quelconque expression...

- Depuis combien de temps explores-tu ce labyrinthe? Demanda-t-elle, la voix soudain légèrement blanche.

_ Cela doit bien faire deux ennéades que je suis égaré ici. J'appelle, encore et toujours, mais personne ne daigne me répondre...

Dagobert s'approchait d'Halyalindë, et venait lui chuchoter à l'oreille.

_ Tu crois qu'il parle du macchabée qui tient le bouquin ? Lui demanda-t-il en gardant un œil sur ce Robin.

Cette fois, l'elfe s'était tournée vers son compagnon en hochant la tête.

- Et je crois que ça fait beaucoup plus de deux ennéades qu'il est là...

A force, elle ne savait plus si la perspective la plus effroyable était de tomber sur un nécromancien, cette fameuse araignée ou de rester coincé dans ce dédale jusqu'à la fin de ses jours... Et même après... Une fois n'est pas coutume, la peur lui poignardait douloureusement le ventre. Que se passait-il ici...? Cela ne pouvait être qu'une illusion, un tour de magie de l'esprit. Une faribole. rien de plus...

- Tu as quel âge? Demanda-t-elle tout de même, son épée plus ou moins abaissée.

_ Et bien, trente deux années. Dit-il comme si cela tombait sous le sens, en désignant son faciès. Pardonnez-moi, je crains de ne vous comprendre totalement. Ou tout du moins votre démarche.

Le marchand s'était placé derrière l'elfe, et y allait aussi de son avis.

_ Cette chose est fêlée, chuchota-t-il, et il va nous découper dès qu'on aura le dos tourné.

Oh oui... Ce qu'elle pouvait être d'accord cette fois-ci... mais...

- Tu es un squelette... Ou c'est la façon dont je te vois... Lança-t-elle, tentant de ne pas trop laisser paraître son manque d'assurance.

Robin éructa un petit rire, qui s'étira en longueur à mesure qu'il regardait ses interlocuteurs.

_ Quelle est cette vile sorcellerie ? Demanda-t-il en regardant ses propres mains. Je vous vois bel et bien vivants. A moins que vous ne soyez... Une expression de cet endroit maudit...

Le squelette reculait d'un pas, il semblait méfiant à l'égard de ses interlocuteurs.

- Une expression ? De quoi tu parles ?

Les trois individus échangeaient des regards méfiants... Au moins, ils ne se sautaient pas à la gorge...

_ De cet endroit, commença-t-il en désignant le sol, ce tombeau est maudit, je le jure sur mon honneur. J'entends parfois les murmures des morts, je frissonne près de leurs sépultures. Ce cairn est l'antre d'une sorcellerie malévolante, j'en gagerai ma vie.

Le courageux Dagobert serrait une main sur le bras de l'elfe, ces histoires de malédiction ne lui disaient rien qui vaille... Et cette fois, Halya était plutôt ravie de savoir qu'elle n'était pas toute seule. Il fallait vraiment qu'ils sortent de là...

- Un dédale maudit avec un squelette qui parle... Chuchota-t-elle. La prochaine fois, ficelez-moi à un arbre et empêchez-moi d'aller voir ce qui se passe...

Reculant d'un pas, assez doucement pour ne pas prendre Dagobert de court, elle lui lança sans même faire en sorte que leur hôte ne les entende pas :

- Ne le quitte pas des yeux.

Puis elle leva un peu plus la torche pour observer le couloir par lequel ils étaient arrivé. Et il ne ressemblait à rien d'autre qu'un long couloir. Il y avait fort à parier qu'il était bien perdu, et que cet endroit était véritablement maudit.

- Parcalda...! Cracha-t-elle. Dagobert, je crois qu'on a un problème... de plus.
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Fenris Nöldorion
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Lun 5 Juin 2017 - 19:36

Fenris se redressa soudainement pour se mettre accroupi. Pivotant sur ses appuis, il se tourna vers l'intérieur de la caverne. Il avait entendu des cris, très distinctement. Nul doute que ses compagnons d'infortune aussi... Les cris ressemblaient à si méprandre à ceux de deux femmes. Pourtant, l'Aigle demeura relativement calme bien que ses sourcils soient froncés.

-Ce n'était pas la voix d'Halie.

Réalisant que ce n'était pas le nom qu'elle avait donné au groupe, il regarda très brièvement la drow avant de plonger à nouveau son regard dans l'ombre.

-Pardon, Arava.

T'sisra acquiesca puis tourna les talons pour aller récupérer son arme. Des cris n'annoncaient en général rien de bon. L'inquiétude pointait le bout de son nez, il n'y avait qu'à voir comment il avaient été acceuillis par les locaux, pour se préoccuper sérieusement de ce qui se tramait en bas.

- Autre chose ? Demanda-t-elle en commencant à revenir auprès de l'elfe.

Fenris tendit l'oreille. Après les cris, il y avait eu un moment de silence, puis une voix avait raisonné à nouveau. Comme un cri de détresse. Mais ce n'était ni sa compagne, ni le marchand.

-Je crois qu'ils ont trouvé l'homme que nous avons entendu tout à l'heure. Il appelle à l'aide.

De là où ils étaient, cela ne signifiait rien de bon. Peut-être l'individu n'était-il pas seul en bas... Auquel cas, il fallait espérer qu'ils soient peu nombreux car Halie était la seule vraie combattante à être descendue dans la faille.
Entendant de nouveau des voix mais sans parvenir à distinguer leurs paroles, il fronça les sourcils. Malgré l'écho persistant, il reconnaissait les intonations et timbres de chacun mais il aurait été bien incapable de retracer le contenu de leur conversation.

-Ils parlent avec lui... Arava et Dagobert.

La daedhel acquiesçait au fur et à mesure qu'on lui délivrait les explications. Puis elle posa une main sur l'épaule de l'elfe.

- Que fait-on ? J'hésite à descendre.

T'sisra se plaça en face son compagnon d'infortune, de l'autre côté de la brèche, pour tendre l'oreille à son tour, serrant de sa main libre le fourreau de sa lame.
Fenris restait concentré sur les échanges qui se déroulaient quelques dizaines de mètres plus bas. Lui aussi était tiraillé et, à bien des égards, bien plus que la sombre. Toutefois, l'Aigle, si jeune soit-il, était éduqué de telle manière qu'il savait mettre ses propres émotions de côté. L'exercice fut loin d'être facile pourtant...

-Arava appellerait à l'aide si elle avait besoin de nous... Ils discutent. Pas forcément de manière cordiale mais ils ne font que parler.

La drow ne distinguait guère plus de chose que des murmures qui ne lui parlaient pas le moins du monde. Comme un fredonnement qui s'insinue dans votre tête pour ne plus en sortir. Puis elle se tourna vers le cadavre décrépit qui tenait un livre sûrement aussi vieux que lui depuis des lustres.

- Cet endroit m'inquiète de plus en plus, dit-elle en prenant le livre des mains squelettiques du pauvre hère, personne n'a jeté un oeil là dedans ?

-Non, personne n'a dû oser y toucher.

Elle ouvrit l'ouvrage avec une précaution infinie, puis tourna quelques pages émiacées.

- C'est de l'Oliyan mais... Vieux dirait-on.

-De quoi parle-t-il ? Demanda l'elfe, constatant que les craintes de tous concernant le cadavre n'étaient pas fondées.

La noirelfe plissa le front, lire ces lignes pour la plus part à demi effacées par le temps, qui plus est dans un oliyan loin d'être des plus modernes ne lui facilitait pas la tâche. Elle cherchait, à défaut de pouvoir tout comprendre, une date. Puis finalement, à force de tourner les pages...

- On dirait que l'ouvrage date du dixième cycle, si je comprends bien. Deux cent et des poussières, le reste est illisible... T'sisra s'interrompit en levant les yeux vers Fenris. Pour situer, c'était un peu avant... Glorfindel.

A mesure qu'elle parcourait les pages, son air devenait de plus en plus sérieux. Ce qu'elle lisait n'avait pas l'air d'être de ces nouvelles qu'on apprécie.

- Cet endroit est appelé « Le Tombeau des Lieurs de Vie », je crois. Ils semblent qu'ils fussent des païens. Et si je ne me trompe pas, la famille De Parmeni souhaitait acquérir un certain prestige en mettant la main sur une relique. Et cet homme, dit-elle en désignant le squelette, ou plutôt ce qu'il en reste, attend encore et toujours le retour de son maître.

T'sisra marqua une pause, et leva l'index.

- D'expérience, ce qui touche à la vie, est rarement une bonne chose quand elle est utilisée pour la lier. Si vous voyez ce que je veux dire... C'est le genre de légende qui appelle le sang, car la convoîtise de certains mortels, toute race confondue, n'a aucnue limite.

Fenris avait pris à son tour un air grave tandis que la drow lui expliquait le contenu de ce qu'elle avait lu. A priori, ce livre n'était rien d'autre qu'un journal de voyage mais le contenu était assez effrayant. A l'évocation du nom du lieu, l'Aigle eut un regard en direction de l'ombre. Les lieurs de Vie... Il avait soudain l'impression que descendre là-dedans était la dernière chose qu'il aurait fallu faire.

-A quoi lie-t-on une vie ?

- Tout dépend de ce qu'on entend par là pour commencer. Ma traduction est approximative je suppose. Mais il faudrait déjà savoir si c'est un nom qu'on a donné aux morts qui sont enterrés ici, ou si c'est un nom qu'ils se sont eux-mêmes donné. La nuance est on peut plus différente si l'on se place du point de vue d'un mage ou à l'inverse d'un non mage.

La nécromancienne referma le bouquin, et le glissa dans son sac de cuir en reprenant :

- La vie peut-etre liée à un corps. Mais dans ce cas, quid de l'âme ? Vous avez vu de quoi sont​ capables ceux qui percent le voile. Très honnêtement, je commence à craindre pour nos amis en bas. Expliquait-elle, tout en s'approchant de la brèche.Je me demande surtout pourquoi des hommes ont tant convoité cette relique dont parle ce livre. À votre avis qu'est-ce qui attire la race des hommes et qui est en lien avec la Vie ?


T'sisra avait déjà une vague idée, mais rien de bien plus concret que des suppositions.

-Leur propre mortalité, je suppose. Leur vie elle-même est effémère. Répondit Fenris sans quitter la faille des yeux.

Quelque chose turlupinait l'elfe. A bien y réfléchir, Halie et Dagobert ne devait pas être si loin que ça... Et pourtant, ils entendaient à peine ce qu'ils se disaient.

-Ils sont partis depuis trop peu de temps pour avoir pu faire des centaines de mètres dans un souterrain sans torche. Mais leur voix semblent trop lointaines pour qu'ils ne soient qu'à quelques dizaines de mètres de nous...

- Nous nous tenons à l'entrée d'un tombeau de sorciers. C'est bien le propre de ce genre d'endroits de défier la réalité telle que nous la connaissons.

La daedhel suivit le regard de son comparse, observant les insondables profondeurs de la brèches.

- Très honnêtement, je ne serai pas surprise si cet endroit recelait quelques phénomènes difficilement explicables.

-Arava et Dagobert sont donc sous le coup de l'un de ces phénomènes. Même si j'en meurs d'envie, nous ne pouvons pas descendre sans être sûr de pouvoir remonter sans quoi nous serons piégés avec eux.

Fenris se tourna vers la sombre. Il avait lu bon nombre de livres dans sa vie mais moins sur la magie que sur les différentes cultures qui existaient dans Miradelphia. Elle était la plus à même de trouver la solution.

-Comment peut-on déjouer ce piège ? Peuvent-ils toujours se fier à leurs sens ?

- Rien n'indique la nature exacte de ce qui rampe dans les profondeurs de cet endroit. D'autant plus que les anciens savoirs sont moins... Conventionnels en général. La seule chose que je peux dire sans crainte, c'est qu'on peut défaire ce que la magie fait. Quand à comprendre comment, il faudrait d'ores et déjà en savoir un peu plus sur la nature même de ce qui se passe en bas.

L'arcaniste croisa les bras, et resta muette une bonne minute, les sourcils froncés et le regard ailleurs. Il y avait autant de chance pour que l'endroit soit maudit, qu'il y en avait pour qu'il ne le soit pas. Après tout, les vieilles légendes ont le don de déformer la réalité, parfois plus que la magie elle-même.

- Pour en avoir le coeur net, je crains qu'il ne faille descendre. Déclara-t-elle en relevant les yeux vers l'elfe.
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Halyalindë
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Mer 6 Sep 2017 - 17:32


- Comment ça « un problème de plus » ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Demanda Dagobert en se tournant vers l'arrière. Je ne vois rien. Conclut-il en mettant les mains sur les hanches.

Halya se tourna aussitôt vers le squelette en ronchonnant.

- Je t'avais dit de le garder à l’œil bon sang! Et justement, le couloir d'où nous venons ne devrait pas être si long...

- Pas si long... Soupira-t-il en se tournant de nouveau vers le squelette qui levait un doigt.

- Si je puis me permettre, j'ère ici bas depuis bien des jours. M'est avis que l'on ne quitte pas ces lieux oppressants si facilement ! Déclara Robin de Parmeni.

Le marchand ne répondit rien dans l'instant. Et le calme silencieux et pesant des lieux s'installa encore plus à son aise. Le bougre n'avait pas tord, l'endroit ne semblait pas le même qu'à leur arrivée. Dans quel pétrin s'étaient-ils fourrés ?

L'elfe laissa échapper un long soupire. Observant l'obscurité qui s'étendait d'un côté comme de l'autre... Et tendant l'oreille. D'une part pour éviter de se faire surprendre par la fameuse araignée qu'ils pouvaient réveiller, d'autre part pour tenter de comprendre ce que murmuraient les voix qu'elle entendait aux limites de sa conscience. Après quelques instants durant lesquels elle avait du paraître d'un détachement absolu, elle se tourna vivement vers le squelette.

- Je peux savoir où vous avez trouvé l'eau pour survivre durant deux ennéades ?

Le macchabée porta une main à son front. Comme paralysé l'espace d'une seconde, avant de se reprendre.

- En bas pardis ! J'ai bu l'eau des flaques, et aujourd'hui, mon ventre gronde. Je n'ai plus de vivre, combien de temps pourrais-je encore tenir ? Il nous faut parvenir à trouver la sortie de ce dédale avant que la mort nous prenne tous !

- Des flaques ?

Robin acquiesça, puis désigna le couloir dans son dos d'une main.

- L'humidité. Cet insupportable son de goutte qui s'écrase contre la roche... Soupira-t-il en secouant la tête dans un cliquetis d'armure. Ne sentez-vous pas la morsure du froid ? Plus vous descendez, plus les parois sont perlées d'eau, voire ruisselantes pour certaines.

Elle ignora l'indication de température. Non, elle ne sentait pas la morsure du froid et elle s'en portait bien... Enfin presque. Le problème était ailleurs : il n'y avait même pas de fissure ou de courant qu'ils auraient pu suivre pour forcer une sortie.

- Vous avez essayé de marquer les murs sur votre passage ?

S'il avait pu arcquer un sourcil, il l'aurait fait sans aucun doute. Mais il se contenta d'ouvrir béatement la machoire avant de la refermer.

- Par Tyra non... Mais en voilà une bonne idée dame elfe ! Nous pourrions sans doute nous y atteler céans, et je gage que nous trouverons la sortie ainsi ! S'exclama Robin de Parmeni en posant ses doigts squelettiques sur ses hanches.

- Et vous avez quelque chose qui puisse servir à marquer les murs sur notre passage ?
Demanda encore Halya sur le même ton en levant un sourcil.

Robin resta là, les bras ballants, se sentant un peu benêt. Dagobert jeta un œil à sa compagnonne elfe en se tapotant la tempe, d'un air de dire que ce type n'était pas très malin.

- C'est le pire non-mort que j'ai vu de ma vie. Chuchota le marchand à l'oreille de la rouquine. Le pire !

La réflexion eut au moins l'avantage de faire rire l'elfe... Qui dû d'ailleurs réprimer ses éclats pour éviter de réveiller qui que ce soit. Dire d'un mort-vivant qu'il manquait d'esprit était assez cocasse... Mais ça ne résolvait pas leur problème.

Sans quitter le non-mort des yeux, elle demanda à Dagobert en faisant un léger geste avec la torche :

- Tu peux tenir ça sans partir en courant ?

Dagobert s'empara de la torche en affichant une moue boudeuse, avant de ronchonner dans sa barbe.

- Où veux-tu qu'j'aille de toute façon hein ? En plus avec une saloperie endormie qui ne l'est peut-être pas et qui rôde dans le coin...

- Avec toi je préfère prévenir que guérir... Sourit l'elfe tout en levant sa lame.

D'un mouvement rapide, elle s'entailla l'extérieur de la paume droite et la tamponna deux fois sur le mur granitique.

- Lève la lumière, que je vois si ça sert à quelque chose.

Le marchand s’exécuta, tandis que le squelette se rapprochait pour observer. On aurait presque pu lire de la curiosité dans ses orbites vides. Cette tâche de sang sur la paroi rocheuse consistait en leur premier repère d'une série dont on ne saurait dire si elle serait longue ou non.

- Nous voilà dans de beaux draps. Commenta Dagobert, qui regrettait déjà d'être descendu.

- Par les jarretelles de Néra, je ne vous le fait pas dire ! Ajouta l'aventurier venu d'une autre époque.

Halya regarda successivement les deux énergumènes mais se retint de tout commentaire, rengainant sa lame pour récupérer la torche.

- Tant qu'à être perdu, autant y aller.

Voilà qui était bien parlé ! Il fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur, garder espoir et tenter le tout pour le tout. Robin entreprit de tourner les talons, et s'étrangla dans un cri. Une nouvelle frayeur, et pas des moindres ! Si bien qu'il fila droit derrière l'elfe et l'humain, la lame au clair.

- A moi ! A moi ! Sus à cette moribonde de noiraude !

T'sisra se contenta d'un regard perplexe à l'égard de ses compagnons, avant de poser ses yeux, dont les sourcils s’arquaient, sur l'explorateur squelettique. Puis se succédèrent la surprise et la curiosité, et enfin la méfiance.

De son côté, Fenris fronça les sourcils. Par réflexe, il avait porté une main sur le manche de l'épée se trouvant dans son dos. Toutefois, il ne s'était pas déplacé sans sa seconde lame et celle-ci ornait sa ceinture, l'état de son épaule ne lui permettant pas d'aller la chercher au niveau de sa nuque. Son instinct lui dictait de se méfier de cette créature. Un non-mort, encore. Cependant, il notait plusieurs incohérences qui l'avait empêché de tirer tout simplement son arme de son fourreau.
Tout d'abord, la chose parlait, ce qui n'aurait pas dû être possible. Les êtres rappelés à la vie par les nécromanciens n'étaient plus dotés de leur Souffle et n'avaient donc aucune conscience ni intelligence propre. Ensuite, la créature était on ne pouvait plus peureuse. Craignait-elle de mourir ? Ne se rendait-elle pas compte que c'était déjà le cas ? Enfin, Halie ne semblait pas s'en méfier autant qu'il l'aurait cru. Même Dagobert n'en était pas plus effrayé que cela. Alors l'Aigle se contenta de simplement garder une main sur son arme mais sans la tirer.

- On reste calme. Trancha Halya à l’intention d'à peu près tout le monde. T'sisra, Fenris. Je vous présente Robin. Il est convaincu d'être ici depuis deux ennéades et se voit comme une personne normale. Et étant donné qu'une magie étrange nous fait perdre, j'aurais tendance à penser qu'il est une sorte d'illusion étrange. Par conséquent j'aimerais aussi bien savoir pourquoi vous êtes descendus à notre suite !?

Si les débuts de ses explications avaient été les plus neutres et rapides possibles, sa dernière question était incroyablement moins distante... Surtout envers Fenris qu'elle fusillait à moitié du regard, ne sachant trop si elle devait être soulagée de l'avoir à ses côtés en plus de Dagobert et du squelette ou si c'était définitivement la pire nouvelle de la journée.

-Nous savons ce qu'il se passe ici. Dit Fenris d'une voix calme en réponse au regard qu'Halie lui avait réservé. Le meilleur moyen de vous venir en aide était de vous rejoindre.

L'Aigle se tourna l'espace d'une seconde vers la nécromancienne. Il avait accepté de la suivre aveuglément après qu'elle lui ait expliqué que toute chose faite pouvait être défaite. La logique selon laquelle la meilleure solution était par conséquent de se jeter dans la gueule du loup lui avait paru folle et pourtant bel et bien plausible.

Aux paroles de l'elfe à la chevelure rousse, la deadhel se retourna, pour se trouver face à un couloir bien sombre. Et elle ne se souvenait pas particulièrement de l'avoir suivi. Pas celui-ci non. Ce tombeau semblait être un piège bien efficace, et il faudrait dès lors comprendre ce qui l'active et ce qui le désactive pour en sortir.

- Un plaisir de vous rencontrer, Robin. Déclara l'arcaniste sur un ton plat. Peut-être sauriez-vous nous éclairer sur ce qui vous a mené dans le « Tombeau des Lieurs de Vie », tout en rangeant votre lame ?

Le squelette s'agitait dans son armure, il attrapa Dagobert par l'épaule.

- Mon frère ! Aide-moi toi !

Le marchand eu un mouvement de recul, effrayé par cette poigne morbide.

- Illusion mon cul ! S'exclama-t-il en jetant un regard désabusé à ses compagnons d'infortune.

Robin reculait lentement, pas après pas, ne sachant plus ou pointer son épée.

- Cette... Chose ! Beugla-t-il en désigna la noirelfe de son index décharné. Est avec vous ? Dites-moi que je rêve !

- Quoi cette chose ? Fenris et T'sisra sont nos compagnons de route. Vous la voyez morte elle aussi ? Je vous rappelle que rien de ce que nous voyons n'est exact alors quoi que vous pensiez voir, faite comme nous face à votre visage squelettique : Restez. Calme.

Vue l'exclamation de tout à l'heure, elle se doutait que c'était plutôt la vague ressemblance avec une drow qui devait troubler l'aventurier... Mais vu le contexte dans lequel ils étaient, mieux valait ne pas s'enfoncer dans des débats stériles. Quant à Halya, depuis les frasques de Dagobert, elle avait pris le parti de ne plus s'étonner de rien jusqu'à ce qu'ils aient trouvé la sortie... En parlant de sortie d'ailleurs...

- Le Tombeau de quoi ?

- Morte ? Mais pas le moins du monde, je la vois belle et bien vivante ! J'aurais préféré qu'elle ne soit plus qu'un amas de chair et d'os, je vous l'accorde. Déclara Robin en rengainant sa lame sans pour autant s'approcher.


- Le « Tombeau des Lieurs de Vie ». Répéta T'sisra qui ne quittait plus l'aventurier squelettique du regard.

Fenris lâcha le manche de son arme dans un geste lent et emprunt d'une méfiance plutôt contenue, voire maîtrisée. Tout comme la sombre, il fixait la créature des yeux, semblant ne plus pouvoir s'en détâcher pour le moment. Il ne lui sauterait pas dessus mais une foule de questions l'assaillaient concernant cet être ni mort ni vivant. Mais, de ce qui lui avait expliqué T'sisra, il pensait relativement bien comprendre ce qu'était censé faire la magie qui régnait ici maintenant qu'il avait son oeuvre sous les yeux.

-Et maintenant ? Demanda-t-il à l'experte dans ce domaine sans même se tourner vers elle.

- Maintenant il va falloir qu'on sache ce que notre aventurier poussiéreux est venu chercher très exactement. Répondit-elle en jetant un œil aux deux autres. Et s'il l'a trouvé et où, cela va de soit.

De Parmeni croisa les bras. Le silence tomba, puis fut interrompu par le tapotement des phalanges sur l'armure.

- Je parlerai lorsque l'on me dira ce qu'il est advenu d'Enguerrand, mon frère et ami. L'homme m'attend à l'entrée de la grotte. L'auriez-vous croisé ? S'enquit-il d'un ton ferme en passant d'un protagoniste à l'autre.

Situation délicate que de répondre à cet être étrange. Comme si son existence elle-même ne suffisait pas, son comportement était des plus inhabituels. D'aucun pourrait même dire "extravagant". Mais si la chose se croyait toujours vivante, alors mieux valait aller dans son sens. Ne dit-on pas qu'il ne faut jamais contrarier les fous ?

-Il prend son mal en patience.

Fenris prit grand soin de n'ajouter aucun terme équivoque qui pourrait mettre la puce à l'oreille de ce fameux Robin comme « Si on peut dire ça comme ça » ou « Enfin, si on veut »...

-Si vous vouliez bien répondre à la question. Je pense que nous avons tous hâte de sortir d'ici. Ajouta-t-il sur un ton calme et conciliant.

- Je... Et bien... J-je... Balbutiait le squelette qui cherchait ses mots. Mon compagnon de route et moi-même sommes venus ici bas pour nous emparer d'un artefact. L'on dit que celui qui le possède peut se cacher de la mort, éviter le regard même de Tyra ! Vous rendez-vous compte ? Demanda-t-il sur un ton des plus sérieux.

Alors là.... Halya restait interdite. Non seulement les deux arrivants semblaient parfaitement savoir ce qui se tramait ici, mais en plus il y avait visiblement une relique magique capable de rendre un humain immortel... ou plutôt à jamais mort... Son regard inhabituellement farouche depuis l'évocation de l’artefact sacré passait du squelette à Fenris en s'arrêtant de temps à autre sur la drow. Finalement elle aurait dû lire le livre que tenait ce macchabée, ils ne seraient pas à ce point dans le pétrin. En attendant l'aventurier reprit.

- Je me dois de rapporter cela chez moi, et l'offrir à mon suzerain, en gage de ma loyauté. Ma famille... Nous sommes des nobles sans terre, lorsque cette légende me parvint, j'y vis là l'occasion pour notre lignée d'accroître sa fortune et sa renommée.

Alors qu'elle se détournait un instant du groupe, un éclat de rire à la fois mauvais et désabusé échappa à la guerrière qui avait jusque là été plutôt calme malgré l'étrangeté de la scène. Voilà exactement ce pourquoi elle avait voulu retourner en Anaëh seulement quelques années après sa sortie des frontières. Ils n'avaient aucune conscience de leurs actes ! Respirant un grand coup pour ne s'énerver ni contre elle-même ni contre la créature, elle réitéra la question de T'sisra avant que quelqu'un d'autre n'ait à le faire

- Et cette relique, vous l'avez trouvée ? A quoi ressemble-t-elle ?

- Et bien je... Oui, parfaitement, répondit-il désignant le calice d'acier accroché à sa ceinture, je l'ai trouvée tout au fond de la caverne.

- Que personne ne touche à cet objet, intervint la daedhel, à part... Vous. Conclut-elle en désignant Robin.

Les regards se tournèrent unanimement en direction de Dagobert, les deux elfes ne se sentant nullement visés par l'avertissement.

- Quoi ? J'avais pas l'intention d'y toucher hein ? J'vous jure. Se justifia-t-il en enfonçant l'une de ses mains dans sa poche de pantalon.

- Conduisez-nous à l'endroit où vous l'avez trouvé. Intima la noirelfe au squelette.

- Soit, et après cela, vous m'aiderez à quitter cet endroit maudit ! Lança-t-il en tournant les talons, en faisant signe au groupe de le suivre.

Fenris se trouvant le plus à l’arrière, il emboîta en dernier le pas au reste du groupe. Étrangement, personne n'avait dans l'idée d'essayer de faire comprendre au dénommé Robin qu'il était déjà mort. Cela pour des raisons plus qu'évidentes... Tout d'abord, si jamais il acceptait d'y croire, il en deviendrait probablement fou et tous perdraient ainsi leurs chances de quitter un jour cette grotte. Ensuite, pour rompre le sort, ils allaient peut-être devoir défaire tout ce qui avait été fait, ce qui condamnerait sans doute l'aventurier... Et ils avaient besoin de son entière coopération pour réussir. Et enfin, qu'est-ce que cela apporterait à Robin ? Il était mort, son compagnon aussi ainsi que tous ceux qu'ils avaient connu. A quoi bon le faire souffrir inutilement si ce jour devait être son dernier ?
Alors tous se contentèrent de le suivre sans plus rien ajouter, deux membres du groupes ignorant encore qu'une autre créature séjournait apparemment dans ces profondeurs.

Halya, elle, avait suivit la créature assez vite. Plus précisément, elle avait suivit la créature à la vitesse de Dagobert, peu encline à le laisser seul aux côtés d'un squelette alors qu'il y avait une relique divine qui ne devait surtout être touchée par personne...Quelque chose lui disait que ça aurait été bien trop demandé à Dagobert de s'en tenir éloigné pour lui-même. Ils savaient tous deux à quel point ses perceptions dans le noir le menait à commettre des gestes imprévus...
Ils n'avaient fait qu'une vingtaine de pas lorsqu'elle jeta tout de même un regard par-dessus son épaule. Un vieux reste de ses équipées en groupe avec le caractériel et indépendant Sandriel. La daedhel et Fenris les suivaient bien... Mais de façon sensiblement dispersée. En cas d'attaque de la fameuse « chose » qui était réveillée, cela n'engendrerait rien de bon... D'ailleurs est-ce qu'ils étaient tout simplement au courant de ce détail?

Se portant entre T'sisra et Fenris pour éviter de trop élever la voix, elle préféra passer pour une idiote que de laisser les choses déraper.

- Il vaut mieux rester groupé. Nous avons trouvé des ossements en descendant et Robin prétend qu'il y a au moins une créature dangereuse.

- C'est à dire ? Demanda T'sisra qui posait une main sur la garde de son épée.

L'elfe était fixée. Ils n'étaient pas au courant.

- Une araignée. Ajouta-t-elle sobrement. Et quelque chose me dit qu'elle est de bonne taille. Si elle est seule ce serait déjà une bonne chose.

Fenris sortit la lame qui se trouvait dans son dos en prévention. Au vu des galeries qu'ils avaient déjà pu passer, il savait que le plafond ne lui permettrait pas toujours de le faire aussi préférait-il être préparé. Lorsqu'Halie évoqua l'araignée, il en identifia une correspondant à cette catégorie dans le bestiaire connu de Miradelphia.

-Manwe Lauron... Dit-il comme pour lui-même avant de se tourner vers ses deux compagnons à proximité. Que personne ne frôle la moindre toile d'araignée tendue sans quoi elle nous trouvera.

Tout le monde avait en tête l'image de l'araignée au centre de sa toile, une patte sur un fil, attendant qu'une proie tombe dans l'un de ses filets. C'était la même chose ici, mais à une autre échelle. Cette créature géante était connue pour tisser de grande toile lui permettant de détecter la présence d'un potentiel dîner. Aujourd'hui, c'était eux... Et Fenris n'avait pas vraiment l'intention de rester pour le petit déjeuner.
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: [Terminé] Une sombre clarté, une douce malveillance. Bienvenue dans les Hortles.   Sam 1 Sep 2018 - 15:48

Été, Tariho, neuvième ennéade de Karfias, an neuf, onzième cycle.


- Qu’escomptez-vous de moi noiraude ?!

- Que vous remettiez ce calice en place ! S’époumona T’sisra, les sourcils froncés.

- Renoncer à la quête d’une vie… Vous rendez-vous compte, un seul instant, de ce que vous mandez ? Objecta Robin en agitant un index décharné dans les airs. Ma famille, ma lignée, mon nom ! Tout repose sur la réussite de cette quête !

Le sang perlait de la tempe de la daedhel, roulait tout le long de sa joue pour disparaître dans son cou. Elle perdait patience, l’esprit accaparé par l’écho du combat qui se déroulait plus haut dans le boyau.

- Robin… Il me faut vous le dire tout net. Vous êtes mort depuis des siècles. Votre ami là-haut, Enguerrand, c’est cela ? Demanda-t-elle sans attendre de réponse. C’est un squelette sec comme la paille des mois d'été. Votre monde n’existe plus depuis des lustres.

Robin bégayait, semblant vouloir articuler quelque chose, sans vraiment y parvenir. La daedhel restait plantée là, les bras légèrement écartés, son regard plongé dans les orbites vides de l’aventurier squelettique.

- Calomnies ! Lança-t-il après un instant de silence pesant. Comment expliqueriez-vous telle sorcellerie ?

- Vous vous foutez de moi ? N’êtes-vous pas descendu ici-bas à la recherche d’un artefact qui permet de tromper la mort ? Artefact que vous avez touché et portez en ce moment même à la ceinture.

Un nouveau silence s’installa entre eux, il s’étira sur plusieurs secondes avant d’être interrompu par une horrible stridulation émise par l’araignée. La deadhel eu un frémissement, à peine avait-elle tourné la tête en direction du boyau que la main de Robin la saisissait par la gorge. Surprise, elle se retrouva plaquée contre la paroi rocheuse. L’aventurier d’un autre temps était furieux, mais à son tour, la surprise le prit de court.
Il retira lentement sa main, observant ses doigts sous toutes les coutures. Au fond de lui, il avait toujours eu ce doute, doute qui avait rongé petit à petit le voile de sa réalité, mais l’entendre avait brisé sa volonté de l’ignorer. La vérité crue avait brisé l’illusion. Encore un instant de flottement.

- Je n’ai point oublié le chemin pour l’autel ! S'exclama-t-il en faisant signe à la daedhel de lui emboîter le pas. Hâtons-nous avant que nos compagnons ne périssent dans d’atroces souffrances !

T’sisra opina du chef, s’élançant sur les talons de son guide. Elle n’osait imaginer à quel point cette pauvre âme souffrait, le sol avait dû se dérober sous ses pieds. Pourtant, il avait su garder la tête froide et faire passer les autres avant lui-même.

La daedhel et Robin déboulèrent dans la fameuse salle où se situait l’autel. Ils avaient atteint le point le plus éloigné de l’entrée de la grotte. Dans les murs avaient été creusés les tombeaux des « Lieurs de Vie », de simples couchettes accueillant chacune un squelette enveloppé dans des loques rongées par les mites.
L’explorateur s’avançait d’un pas décidé vers l’autel de pierre qui trônait au fond de la crypte. Déjà, il décrochait le calice de son ceinturon quand la daedhel interrompit son geste en posant une main sur son bras.

- Nous ne savons pas ce qui se passera.

- C’est le propre des aventuriers. Ne devriez-vous pas le savoir ? S'enquit-il avec un brin d'ironie.

Elle recula d’un pas dans un hochement de tête.

- Nous allons là où personne ne va, nous traçons la voie.

Robin eu un hochement de tête très discret, puis il déposa le calice à l’exact endroit où il l’avait pris. Le temps fut comme stoppé l’espace d’un instant, avant qu’un râle d’outre-tombe ne retentissent à travers tout le boyau. Le calice commença dès lors à tomber en poussière, tout comme Robin, qui regardait les os de ses mains se désagréger.
T’sisra n’eut que le temps de lever brièvement la main, comme pour le retenir quelques secondes de plus.

- Ne laissez pas mon nom tomber dans l’oub…

L’armure désormais vide s’effondra sur elle-même dans un fracas métallique. La daedhel s’accroupit pour refermer la main ce qui ressemblait à pendentif d’argent arborant des armoiries. Elle acquiesçait avec sourire discret et glissait le médaillon dans sa besace, bondissant en direction de la sortie.



◈ ◈ ◈



La disparition du calice avait aussi mis fin à l’illusion qui piégeait quiconque ayant eu le malheur de pénétrer cette grotte. T’sisra remonta le boyau jusqu’à tomber sur ses compagnons. Il avait déjà l’araignée, et à juger par la taille de la bête, cela n’avait pas dû être une mince affaire. En tous les cas, trouver la sortie ne fut dès lors pas une chose des plus difficiles. Sur le chemin vers la surface, Dagobert n’avait cessé de conter le combat qui l’avait opposé, lui et les elfes, à cette immonde araignée. Il va sans dire que le bougre devait enjoliver quelque peu son rôle, personne n’osa mettre en doute que ses encouragements avaient dû être – évidemment – d’un grand secours.
Une fois de plus, il eut fallu que les survivants pansent leurs plaies, mais au moins, le dénouement de leurs péripéties était heureux. Ainsi, c’est avec plus de légèreté que durant les jours précédents qu’ils purent profiter d’un repos, certes court, mais bien mérité, avant que les uns et les autres ne prennent le chemin qu’il leur faudrait suivre.
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