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 [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Lun 3 Oct 2016 - 14:18




Cité de Kelbourg

En se levant, Thibaud vit que la brume avait recouvert la cité et les champs alentours. L'automne avait gagné ses contrées et l'hiver le remplacerait bientôt. Les premières fraîcheurs matinales n'en étaient que les signes annonciateurs. Pourtant, ce temps de « merde » comme il aimait l'appeler n'était pas pour lui déplaire. Il y avait dans l'hiver un réconfort et une quiétude qu'il parvenait à retrouver. Était-ce parce que les grands feux de cheminée lui rappelaient son enfance et ses longues soirées à parcourir les récits des plus grands héros de la péninsule ? Bien sûr que non. Son frère Henri vint le trouver lorsqu'il eut finit de terminer sa petite collation du matin. En ouvrant la porte, le vent s’immisça et vint éteindre les quelques bougies qui permettaient d'y voir clair. L'allure grave et les pas lourds d'Henri vinrent perturber sa relative bonne humeur.

-Thibaud... dit son cadet.
-Que me vaut le plaisir de ta venue ?
-Les palefreniers ont retrouvé le corps d'une femme dans les écuries. C'est le douzième.

Il n'eut aucune réaction en entendant la nouvelle. A dire vrai, il s'en cognait comme d'une guigne.

-Et ? demanda-t-il en mangeant une tranche de lard.
-Il s'agissait de la femme du vieil Alfred. Il réclame que justice soit faite et que l'assassin soit pendu.
-C'est tout à fait respectable de sa part, reprit-il, toujours rivés sur les mets disposés sur la table.
-Dois-je en déduire que tu ne feras rien ?
-C'est une possibilité. La femme du vieil Alfred était aussi laide que mon épouse, explique lui que cette mort peut-être pour lui l'opportunité de trouver une promise bien plus jeune et belle.
-Pas sûr qu'il apprécie... Néanmoins, un homme dit connaître l'identité de l'assassin.

D'un coup, son attention fut titillée au point qu'il cessa de manger pour lever les yeux vers son frère.

-De qui s'agit-il ?
-L'un des palefreniers, un certain Tom.
-Que demande-t-il en retour ?
-Un sac rempli d'écus, dévoila Henri.
-Tiens donc ! Lâcha-t-il en laissant paraître son amusement. Amène-moi donc ce Tom que je vois s'il ne souhaite pas se jouer de nous.
                                                                   
*********

Un peu plus tard, Thibaud gagna la grande salle du castel. Le cul posé sur le trône fait en chêne, il s'était vêtu d'un pourpoint sobre décoré en son centre par l'ours de sa maisonnée. Quelques gens d'armes et chevaliers jouaient et buvaient aux quatre coins de la pièce. A cela, on les entendait gueuler et roter à tout va comme des bêtes mal éduquées. La grande cheminée peinait à réchauffer les lieux et l'on pouvait observait la buée sortir de la bouche des hommes lorsque ce n'était pas des crachats adressés aux voisins de tablée. C'était bien là sa fine équipe. Hommes de grands courages aux mœurs aussi inexistantes qu'un sauvage wandrais aurait pu avoir. C'était sans-doute pour cette raison que l'on ne croisait que très peu de dames dans les couloirs, à commencer par son épouse qui préférait siéger aux côtés de son fils aîné, Charles, à Villeroy. C’eut été bien mensongé de dire que son absence l'affectait. Au contraire, il appréciait que cette garce reste à bonne distance. Ses filles avaient également imité leur mère et ne restait plus que Frédéric, son deuxième fils, au sein du castel. Ce pauvre fils qu'il ne voyait qu'en de rares occasions. On le disait changé depuis son retour de sgardie à ses côtés. Peu d'hommes en étaient revenus indemnes, mais son cadet en était revenu bien plus troublé qu'aucun autre.

Henri le rejoignit une fois de plus et vint s'asseoir à ses côtés. Il fit signe ensuite aux gardes se tenant devant la porte de laisser entrer le palefrenier. C'est un jeune homme petit et costaud qui déambula maladroitement ensuite dans la grande salle, peu habitué à se trouver en un tel lieu.

-Avance gamin ! Ordonna-t-il sèchement.
Le jeune Tom s'exécuta et vint se figer droit comme un I en face de lui.
-Tu dis connaître l'identité de celui qui sème la mort dans notre cité, parle sans crainte.
-Il s'peut bien que j'lai vu, oui. Mais j'préfère vous l'dire qu'à vous seul sire.
Thibaud s'amusa brièvement de cette déclaration. Le jeune palefrenier ne semblait pas vouloir divulguer son secrets aux oreilles et aux yeux de tous.
-Soit. Sortez tous d'ici ! gueula-t-il assez fort pour être entendu. Ses hommes parurent eux aussi amusés par l'ordre donné mais il n'eut pas à insister plus longuement pour que les lieux soient vides. Sommes-nous assez seuls maintenant ?
-Oui sire, répondit Tom, méfiant.
-Alors dis-moi donc ce que tu sais, que je puisse te récompenser comme il se doit.
-Et ben... J'ai vu un gars la nuit dernière lorsque j'dormais.
-Tu dormais, mais tu as vu un homme ? Intéressant.
-Non sire, j'ai entendu du bruit et ça m'a réveillé, j'vous l'jure.
-Ne me fait pas perdre mon temps, parle ! reprit-il froidement.
-Ouais, du coup, le gars que j'ai vu sortir de l'écurie, je l'avais d'ja vu ici dans le château un jour de ripaille. Il était même à votre tablée sire, j'en mettrais ma main à couper.
-A quoi ressemblait-il ?
-J'dirais qu'il avait le même visage que l'vôtre mais en plus jeune si ma mémoire est bonne...
-Merci pour ces informations, coupa-t-il en restant impassible. As-tu divulgué ces informations à d'autres que moi ?
-Non sire, rien qu'à vous, j'vous l'jure.
-Tu mérites ton sac d'écus, Tom.
Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent et l'on pu deviner la salive qu'il devait avoir en pensant à ses futurs gains.
-Viens, suis-moi gamin.

Aussitôt, Thibaud se leva de son trône et invita le palefrenier à le suivre dans les couloirs annexes de la salle. Ils descendirent ainsi plusieurs escaliers et parcoururent d'innombrables pièces avant d'atteindre l'une des salles les plus sombres se trouvant dans les profondeurs du castel. En arrivant devant la porte avec une torche, Thibaud jeta un dernier coup d'oeil au gamin qui l'avait suivi sans broncher.

-Il est important de garder notre or en sécurité, n'est-ce pas ? Dit-il en déverrouillant la porte solidement renforcée.
-J'comprends sire. J'pensais pas voir un jour un pareil lieu.
Cela le fit sourire.
-Profite alors petit Tom, tu n'auras sans-doute plus jamais l'opportunité de revoir un tel trésor.

Il rentra alors et alluma l'une des torches se trouvant sur le mur à l'aide de la sienne. On n'y vit plus clair et le jeune Tom eut la bonne où mauvaise surprise de voir qu'aucun coffre fort ne l'y attendait derrière. Au lieu de ça, il vit une vingtaine de corps sans vie, soit en état de putréfaction, soit à l'état squelettique, entassés les uns sur les autres le long des murs. L'horreur put se lire sur le visage du jeune palefrenier qui tenta aussitôt de prendre la fuite. Mais Thibaud le rattrapa in-extremis et le fit décoller du sol après l'avoir plaqué contre un mur. Ses yeux, dénués de toute émotions, scruta ceux remplis d'effrois du gamin.

-Je suis désolé pour toi, jeune Tom, mais tu ne reverras jamais tes écuries, lâcha-t-il en forçant le jeune homme à venir s'allonger sur la grande table qui trônait fièrement en plein centre de la salle.
-Mais... sire... qu'est-ce que j'vous ai fait ?
-A moi ? Rien, rassure-toi.
Il lui attacha solidement les mains et les pieds sur la table grâce aux sangles en quelques secondes seulement, le palefrenier se retrouva totalement immobilisé.
-Vois-tu cette boîte tout au fond ? demanda-t-il, presque courtois.
Le gamin hocha de la tête, bien que la panique venait tout juste de l'envahir au point qu'il commença à s'uriner dans ses chausses.
-Mon plus fidèle ami se trouve à l'intérieur. Veux-tu savoir de qui il s'agit, jeune Tom ?
Cette fois-ci, il secoua la tête de droite à gauche.
-Tant pis, tu le sauras quand même.
Thibaud recula doucement jusqu'à la petite boîte en fer. On entendit quelque chose remuer fébrilement à l'intérieur jusqu'à ce que des petits bruits et des grincements le long des parois se fassent entendre. Il se présenta devant Tom avec la boîte dans les mains et la mit tout près de lui. Le jeune Tom s'était mit à pleurer de toute son âme en assistant à un tel spectacle.
-Voici Roger, un rat que j'ai adopté et nourrit comme une mère l'aurait fait à son nourrisson. Aujourd'hui, tu vas m'aider à le nourrir et pour cette raison, je t'en serai éternellement reconnaissant.  Voici ta récompense, jeune Tom.
Il plaça la boîte métallique au niveau de l'estomac du jeune homme et le regarda une dernière fois dans les yeux.
-Sais-tu pourquoi j'aime le froid ?
Complètement médusé, Tom fit de nouveau non de la tête sans pouvoir émettre un seul mot.
-Les corps se conservent mieux de la sorte, ils empestent moins, tu comprends ?
Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, Thibaud retira la trappe sous la boîte en la faisant glisser lentement.
-j'vous en supplie sire, n'faites pas ça !
-Je crains qu'il ne soit trop tard.
Le visage horrifié du gamin se transforma bientôt. Les premières griffures n'attendirent pas et Thibaud comprit que Roger s'était enfin mit à grignoter sa victime. Tom poussa aussitôt des hurlements et se débattu dans tous les sens pour tenter de faire tomber la boîte en fer. Rien ne se passa. Thibaud continua d'appuyer sans qu'aucun échappatoire ne soit rendu possible. Ce n'est que lorsque le gamin rendit son dernier soupir qu'il put atténuer la pression. Bien évidemment, sa curiosité le poussa à  la soulever pour apercevoir Roger. Il découvrit le rat plongé dans les intestins du gamin pour remplir les siens. Cette douce ironie l'amusa jusqu'à ce qu'il choppe la bête par sa queue pour la remettre dans sa tanière.

Il laissa derrière lui le corps maintenant sans vie de Tom et regagna sans attendre la grande salle. Là-bas l'y attendaient à présent ses hommes et son frère revenus sans-doute parce qu'ils avaient jugé la séance secrète trop longue. En retrouvant le confort de son trône en chêne, il les regarda un à un jusqu'à ce que ses yeux trouvent ceux de son frère.

-Faites dire au vieil Alfred que nous avons trouvé le meurtrier de son épouse et qu'il gît à présent dans nos cachots. S'il souhaite le voir de ses yeux, nous clouerons le corps du palefrenier devant sa porte.

Ses hommes acquiescèrent, mais Henri fut le seul à rester prostré devant lui.

-Était-ce vraiment le coupable ?
-Il a avoué ses crimes. Tous, sans exceptions. Sa culpabilité le rongeait. Telle est la raison pour laquelle il a souhaité mettre un terme à ses souffrances.
-Je...
-Où est mon fils ? coupa-t-il.
-Il dort dans ses appartements. Dois-je le réveiller ?
-Non ! Enfermez-le à double tour et que des hommes montent la garde devant sa porte jours et nuits.
Henri le regarda en exprimant quelques doutes vis-à-vis de ses derniers ordres. Pourtant, son obéissance reprit le pas et il finit par s'incliner devant lui.
 



 


Dernière édition par Thibaud de Kelbourg le Ven 4 Nov 2016 - 20:32, édité 1 fois
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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Lun 3 Oct 2016 - 19:45


Il passa plusieurs jours sans parler à qui que ce soit. Sa bouche, éternellement close, ne s'ouvrit que pour ingérer la viande où la bière qu'on lui apportait. L'appétit n'avait pas disparu, c'était déjà ça. La grande salle de Kelbourg où il présidait les doléances à l'habitude était elle aussi restée fermée sans que quiconque ne puisse y pénétrer. Même ses meilleurs hommes de mains prirent leur distance, sachant à la perfection ce qu'une telle attitude de sa part pouvait vouloir signifier. Était-ce pour avoir tué un jeune innocent qu'il ruminait de la sorte ? Était-ce le remord qui l'avait envahi ? Que nenni, c'était un sentiment bien pire : de la joie. Ainsi, après chaque mort, il devait se faire violence et contenir ses pulsions meurtrières. Jusqu'à la Sgardie, il y était parvenu tant bien que mal. Mais cette terre désolée avait finalement eu raison de lui et il avait finit par succomber à ses instincts de prédateurs. Épisodes sanglants qu'il tentait d'oublier où même d'effacer à tel point il avait sombré dans la plus grande folie animale.

Ce soir là, alors qu'il dînait de nouveau seul dans ses appartements, il comprit une chose. Son fils, Frédéric, qui l'avait accompagné durant la campagne sgardienne, avait probablement attrapé le même mal que lui. Bien qu'il ne puis avouer souffrir d'un quelconque mal, il réalisa que son fils était bien fait de la même trempe que lui. La pomme ne tombait jamais très loin, disait son père. Alors qu'il terminait son assiette en n'y laissant aucune miette, il laissa la chambre froide et obscure pour gagner les étages du haut. Après avoir emprunté l'escalier en colimaçon, il découvrit deux de ses hommes, visiblement fatigués. Il ne prit même pas la peine de les saluer et leur fit signe de lui ouvrir. Lorsque la porte s'ouvrit, il découvrit une faible lueur qui éclairait l'une des tables servant de bureau. Ce n'est que les gardes fermèrent derrière lui qu'il vit, assit au fond du lit, son fils cadet. Frédéric, âgé de dix-sept printemps, l'accueilli comme un animal en cage ayant fait les cent pas avant de se résigner à sa condition. Thibaud vint se dresser devant lui et le scruta de haut en bas sans que son fils ne lui prête la moindre attention.

-Allez-vous me punir pour ce que j'ai fait ? murmura son fils en restant statique.
-Je devrais vous tuer sur le champ.
Frédéric plongea ses yeux dans les siens. Il n'y vit que le néant. Son fils semblait être dépossédé de tout remord, ni même comprendre ce qu'il avait commis.
-Ôtez-vous la vie également, père, pour qu'il n'y ait point d'injustice. Cela me peinerait que l'on me juge plus atroce que vous.
-Personne ne saura jamais que vous avez tué ces hommes et ces femmes. Vos crimes resteront méconnus et cesseront à partir de maintenant.
Son fils parut amusé. Il crut presque voir son propre reflet à tel point leur ressemblance était flagrante. Même l'attitude de son fils était calquée sur la sienne. Bien plus que ne l'était Charles.
-Je suis tel que vous m'avez fait, père. Je suis votre héritage, soyez fier de moi et de mes actes, ne m'empêchez pas de devenir celui que je dois être.
Thibaud prit place sur une chaise non loin du lit et fit de nouveau face à son fils, les yeux bien plus perçants et froids.
-Je ne vous empêcherais jamais de devenir qui vous souhaitez, Frédéric. Ni vous, votre frère où vos sœurs. A dire vrai, je m'en contrefous. Néanmoins, s'il y a une chose qui me préoccupe, ce sont bien les retombées que peuvent causer vos actes. Un homme vous a vu lorsque vous étiez dans les écuries. Il vous avez reconnu et en payé de sa vie.
-Merci...
-Ne me remerciez pas. Ce n'est point pour vous que j'ai fait ça, mais bien pour notre nom. Vous apprendrez tôt où tard que votre existence médiocre sur cette terre n'a pour unique but que d'assurer à notre maisonnée sa survie. Alors, tuez autant d'hommes et de femmes que vous le souhaitez, mais ne faites plus cela sous mon toit, sinon quoi, je serai dans l'obligation de vous tuer à votre tour. Et croyez-moi bien que cela ne procurera aucune sorte de mélancolie où de regret. Vous n'êtes pour moi qu'une sombre merde n'ayant même pas eu l'intelligence de rester discret.
-C'est que j'ai encore beaucoup à apprendre, père.
-Alors vous apprendrez sur les chemins et ailleurs que chez moi.
Son fils acquiesça, comprenant ce que son dernier ordre allait impliquer. Thibaud se releva et regarda une dernière fois sa progéniture avant que l'obscurité ne recouvre son visage.
-J'éprouve toujours ce même sentiment lorsque les premières gouttes de sang m'éclaboussent.
-Quel est-il ?
-Je me sens vivre, répondit son cadet avec une simplicité déconcertante. Et vous, père, que ressentez-vous ?
-Je ne ressens rien.
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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Mer 5 Oct 2016 - 13:18

Charles de Kelbourg


Toute la cité de Villeroy était en émoi. Les badauds curieux guettaient l'arrivée des maîtres brasseurs. Elle se voulait imminente et pour l'occasion, la foule s'était amassée sur la place centrale de la ville pour réserver un accueil chaleureux aux précieux messies. Loin de cette effervescence, Charles se tenait dans ses appartements. Sur le bureau qui lui faisait face se trouvait d'innombrables vélins présentant les comptes de la seigneurie. Sans intendant où trésorier pour l'aider, il avait passé la nuit à la tâche. Ses yeux, cernés, accusaient le coup de la fatigue. Une simple berceuse aurait eu raison de son état et l'aurait plongé dans un profond sommeil. Pourtant, il résistait tant bien que mal, sachant parfaitement qu'il n'avait pas le droit de faillir. Charles était un jeune homme dans la fleur de l'âge. Sans pouvoir dire qu'il ait été un canon de beauté, l'on ne put dire au contraire qu'il ait été un laideron. Les demoiselles lui tournaient autour comme des abeilles autour d'une ruche, mais il s'était obligé à ne point céder aux avances d'une courtisane, par peur d'offenser son père. Aîné de la fratrie, il se devait encore d'attendre le bon moment pour trouver sa promise, peu importe  qu'elle fut intelligente où belle, elle devait être riche et de bonne engeance.

Contrairement à l'ours de guerre, son père, Charles était d'un naturel jovial et savait se faire aimer. Une faiblesse pour son géniteur, mais il était aujourd'hui bien loin de ce dernier et tout ce qu'il avait à faire était de régenter du mieux possible la cité familiale. Villeroy avait été gagné par les Kelbourg grâce à l'union qui avait lié sa mère, Hélène et son père. Si Cédric de Villeroy, qu'il n'avait connu qu'étant enfant, avait détesté le fils aîné de Frédéric III de Kelbourg, ce mariage eut au moins le mérite d'assurer la descendance. Alors qu'il s'apprêtait à fermer l'un des livres de compte, sa mère pénétra dans la pièce, un vélin à la main. Petite et robuste, Hélène avait donné la vie à quatre enfants. Ses deux sœurs étaient venue vivre à Villeroy, fuyant à tout prix la cité de Kelbourg, trop lugubre et surtout pour fuir leur père et ses crises incessantes.

-Qu'y a t-il mère ? Vous n'avez pas l'air bien... dit-il en voyant son regard apeuré.
-C'est votre père, Charles, il arrivera dans la soirée.
Il parut un peu hébété par la nouvelle. Lorsque le patriarche arrivait, la paisible vie de Villeroy s'en trouvait généralement bouleversée. Non pas qu'un seul homme ait réussi à retourner une cité entière, mais bien parce que les hommes qui le précédaient n'étaient point de bonne compagnie.
-Est-ce que notre frère sera avec lui ?
-Je ne sais pas, il n'en fait pas mention...
-Prévenez mes sœurs, mère, elles doivent être mises au courant de son arrivée.
-Elles le seront, reprit-elle en prenant place sur l'une des chaises qui faisait face à son bureau.
-N'ayez crainte, mère, je ne le laisserai pas vous faire du mal.
-Vous n'y pourrez rien, personne ne le peut. Chacune de ses venues est comme un coup de poignard que l'on m'enfonce dans le ventre.

Il savait que son père était violent. Certains le comparaient à un monstre, capable de tuer de sang froid sans éprouver une once d'amertume où de pitié. Il l'avait vu faire en sgardie. Les images le hantaient encore durant ses nuits, au point qu'il ne parvenait à trouver le sommeil qu'à l'aide de potions concoctées par le mestre du castel. Pourtant, il savait aussi que cela n'était rien comparé aux traitements que sa mère avait subi depuis ses épousailles. C'était même pour cette raison qu'elle était revenue vivre dans sa cité. Bien qu'elle l'aidait à gérer les lieux, elle fuyait son époux comme l'on fuyait la peste.

-Je veillerais sur vous, mère, je vous en fait la promesse.
Elle le regarda fixement comme un chien animal sur le point de se faire abattre. Il lut en elle une peur incommensurable.
-Savez-vous ce qu'il m'a fait durant notre nuit de noce ?
-Heu... je ne préfère pas le savoir, mère...
-Il m'a fait dormir nue sur le sol avec les chiens, prétextant que j'empestais leur odeur. « Les chiens avec les chiens » m'avait-il dit...
-Je...je l'ignorais... j'en suis navré, répondit-il en étant gêné.
-Ce n'est qu'une chose parmi tant d'autres, mais rappelez-vous Charles, le cœur de cet homme est aussi sec et dure qu'une pierre. Ne le laissez pas vous marcher sur les pieds. A sa mort, Kelbourg connaîtra de nouveau la joie d'avoir un suzerain aimé et respecté.
-Père est respecté par ses vassaux.
-Le respectent-ils vraiment ? Où est-ce de la crainte qui les inspire ? Votre père a déjà tué plus d'un homme lui ayant manqué de respect. Ils le craignent parce qu'il est imprévisible et capable de faire les choses les plus horribles sans se préoccuper de son image. Mais au final, le jour de sa mort, ce ne seront pas des pleurs que l'on entendra dans les ruelles des cités, mais bien des cris de joie.
-Ses hommes le pleureront.
-Ce ne sont plus des hommes, Charles, ce sont des animaux. Lorsqu'on en vient à empaler des femmes et des enfants sous les yeux de leurs maris et pères, c'est qu'ils ont perdu toute trace d'humanité.
-Comment êtes-vous au courant ?
-Sire Edmond m'a tout dit sur son lit de mort. Cet épisode l'a hanté jusqu'à son trépas.
-Il me hante aussi nuits et jours, mais je n'ai rien pu faire pour les en empêcher... Père n'était plus le même à ce moment-là...
-Au contraire, il était celui qu'il a toujours été et je crains qu'il ne succombe à sa folie si une nouvelle guerre éclate. Si une telle chose devait se produire, vous devrez agir.
-Agir ? Mais comment ?
-Vous devrez mettre un terme à sa vie, mon fils.
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Mer 5 Oct 2016 - 17:28

Une troupe de cavaliers, forte d'une vingtaine d'hommes arborant étendards et épées, défilèrent à travers la campagne sans prêter attention aux quelques paysans alertés par ce spectacle pas si inhabituel. Thibaud, à la tête de ses hommes, commandait la manœuvre. L'allure ordonnée était rapide et devait leur permettre de gagner Villeroy avant la nuit tombée. Son frère était resté à Kelbourg, gardant l'intendance de la cité en son absence. Après avoir prévenu les siens de son arrivée, il s'en était aller sans même prendre la peine d'adresser ses adieux à son plus jeune fils. Celui-ci avait eu pour ordre de quitter la seigneurie avant son retour, sinon quoi il s'en chargerait lui-même.

En arrivant sur les terres de Villeroy, ils croisèrent la route de quelques marchands qui durent s'écarter en toute hâte pour ne pas risquer de se faire broyer sous les sabots de leurs montures. L'un d'entre eux, le plus téméraire, s'injuria d'une telle impolitesse et Thibaud sonna la halte. Maintenant au trot, il quitta sa compagnie pour venir voir de plus près l'homme qui s'était plaint. En s'approchant de plus près, il vit que l'effronté était un jeune homme fort et hardi. Une tête de plus que la sienne et des épaules larges comme celle d'un bœuf. Il le regarda du haut de sa monture sans prêter d'excuses. L’œil aiguisé et le sourire au coin des lèvres, il invita le jeune couard à venir le voir, ce qu'il fit après une brève hésitation. Armé de son seul courage, le marchand respira un grand coup avant qu'un autre plus vieux ne le retienne par le bras et prenne sa place.

-Pardonnez-le mon seigneur, il ne sait pas ce qu'il dit.
Thibaud ne lâcha pas le jeune homme des yeux et garda son air amusé.
-J'admire ton courage marchand. Dis à ton fils de prendre exemple sur toi et d'apprendre la politesse.
Il vit de la fureur dans le regard du jeune homme qui ne le quittait plus des yeux. Il vit en lui l'envie de la frapper jusqu'à ce que la mort le délivre. Derrière, quelques-uns de ses hommes vinrent à sa rencontre, curieux de voir ce qui allait découler de tout ce remue-ménage. Ce fils de marchand devait penser que les nobles pétaient plus haut que leurs culs et s'appropriaient des privilèges, tels que la priorité sur les chemins. C'était bel et bien le cas !
-Que veux-tu, marchand ? Que je m'excuse pour avoir failli te renverser ?
Il quitta sa selle pour mettre ses pieds à terre. Alors, il marcha jusqu'au garçon, qui parut tout d'un coup bien plus grand qu'il ne se l'était imaginé. Ce dernier bomba le torse et fit son coq pour bien lui montrer qu'il n'était nullement impressionné.
-Vous me prenez pour un marchand, mais je n'en suis guère un. Mon nom est Vicente di Gribaldi, fils de Massimo di Gribaldi, grand notable d'Ydril. Cet homme que vous avez cru être mon père est mon serviteur et sachez qu'il n'aura point besoin de m'apprendre la politesse, mais je lui demanderais de vous l'enseigner à vous-même si vous le désirez.
De l'arrogance ! Il n'en avait point entendu depuis fort longtemps. Cela le mit en bouche et il inspecta le suderon comme s'il avait contemplé une bonne grosse tranche de viande bien saignante.
-Je me pose une question, messire Vicente. Souhaitez-vous la connaître ?
Le suderon acquiesça, tout en gardant cette même fierté dans son visage.
-Voyez-vous, une rumeur court à votre propos. Je parle de vous et de vos semblables habitant à la pointe de notre royaume, bien-sûr. J'ignore si vos voisins du médian sont aussi compris dedans. Quoique... dit-il, songeur.
-Que voulez-vous dire bon sang ?!
-Êtes-vous tous des sodomites ?
Il n'en fallut pas plus pour que le suderon lève le poing, mais avant même qu'il n'ait eut le temps de lui porter un coup, Thibaud sortit sa dague et l'enfonça sous l'aisselle de l'imprudent. Stoppé dans son élan, le buffle mit un premier genou à terre avant de s'effondrer de tout son long. Pendant ce temps-là, Thibaud essuya la lame sur son gambison avant de venir s'agenouiller aux côtés de l'ydriains.
-Bienvenue en Argonnois, messire Vicente. J'espère que votre voyage jusqu'en nos terres vous aura plu, malgré ce malheureux incident qui vient un peu ternir l'image de notre si bonne hospitalité.
Il se releva sous les regards incrédules des autres personnes qu'il avait pensé être des marchands. Certains d'entre eux sortirent leurs armes de leurs fourreaux, mais ses hommes à lui, en supériorité numérique, les en dissuadèrent assez vite. Il regagna ainsi son destrier après leur avoir tourné le dos. De nouveau en selle, il jeta un dernier coup d’œil aux suderons.
-Bon retour chez vous, mes sieurs !

Sans attendre, lui et les siens reprirent la route. Villeroy ne devait plus être bien loin et son appétit était maintenant vorace.



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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Jeu 6 Oct 2016 - 14:12

   
Jeanne de Kelbourg               Hélène de Villeroy              Catherine de Kelbourg



Thibaud et sa compagnie entrèrent dans Villeroy à la nuit tombée. Les rues étaient animées et l'on commençait à voir tituber des ivrognes sur la chaussée boueuse. A plusieurs reprises, l'homme de tête héla de faire place au seigneur des terres. En comprenant de quel loustic il s'agissait, le silence gagna peu à peu les lieux au point que les badauds collèrent les murs des maisons. En arrivant au devant du castel, les hommes du guet ouvrirent la herse et abaissèrent le pont-levis. La troupe pénétra lentement au sein de la cour et Thibaud vit les siens alignés devant les grandes portes du donjon. Son épouse, Hélène, était à côté de son fils et de ses filles. Son visage était froid et elle ne montra pas le moindre signe de joie en le voyant arriver. Ses filles l'imitaient et seul son fils, Charles, eut la trogne un peu moins sombre que les autres. Avant de les rejoindre, il fit signe aux palefreniers de récupérer sa monture. Cinq hommes sortirent aussitôt des écuries pour récupérer les destriers fatigués par la route. Il vint ainsi à la rencontre des siens et se dressa en premier devant son fils.

-Il y a du sang sur vos habits, vous êtes vous blessé sur le trajet, père ? demanda Charles.
Il regarda son gambison, tâché par le sang du suderon.
-Ce sang n'est pas la mien, mais celui d'un gros sanglier que nous avons eu la chance de croiser sur la route. Un monstre de nerfs !
Quelques hommes, derrière lui, s'égayèrent en l'entendant parler de l'animal.
-Bien, l'avez-vous ramené ? Je peux demander aux cuisinières de le préparer, nous le mangerons demain.
-Inutile, nous l'avons laissé aux manants du coin. Ils en profiteront bien plus que nous.
-Quelle générosité, interrompit sa femme. J'ignorais avoir épousé un saint.
-Il n'est jamais trop tard pour se repentir ma dame, répondit-il avec le même cynisme. Vous ne changez pas, le temps n'a point d'effet sur vous.
-Vos compliments sonnent faux...
-C'est vrai, votre tête est toujours aussi vilaine qu'à nos épousailles, reprit-il avant de se tourner vers ses filles. N'embrassez-vous point votre père ? Me suis-je absenté trop longtemps loin de vous pour que vous ne reconnaissiez même pas celui qui vous a fait ?
Timidement, la plus âgée des deux filles, Catherine, s'avança pour lui déposer un fébrile baiser sur la joue. Jeanne l'imita ensuite et recula de quelques pas aussitôt l'embrassade faite.
-N'aie crainte Jeanne, je ne vais pas te mordre, rajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie avant de retourner son attention vers son fils. La route m'a donné grande faim et grande soif, j'espère que nos amis brasseurs ont apporté leurs précieuses cargaisons. Il me tarde de goûter nos nouvelles mousses.
-Si, fait, père, ils sont arrivés avant vous et d'autres doivent encore venir.

Thibaud entra en premier dans le donjon, montrant ainsi bien qu'il était ici chez lui et non chez son fils. Les siens le suivirent sans ouvrir la bouche et l'on eut l'impression de voir une macabre procession. En arrivant dans la grande salle, il vit les les fresques et les tapisseries représentant les membres de la maisonnée Villeroy. L'une d'entre elle représentait le feu seigneur de ces terres, Cédric. S'il ne l'avait jamais apprécié, il devait reconnaître que le vieil homme avait eu de la gueule dans ses jeunes années. Il vint ensuite prendre place au centre de la table et invita les siens à venir le rejoindre. Quant à ses hommes, ils posèrent leurs derches autour des tables un peu plus en amont. Les servants ne tardèrent pas à débouler dans la salle, portant chacun plusieurs plats bien garnis. L'odeur s'émanant des grandes assiettes finirent de lui ouvrir l'appétit et c'est avec grand sourire qu'il planta sa dague dans la première cuisse venue.

-Frédéric n'est pas avec vous, père ? Est-ce qu'il va bien ? demanda son fils.
-Votre frère est resté à Kelbourg et il quittera bientôt nos terres.
-Pour quelle raison... ?
-Il est temps pour lui de découvrir du pays et d'emmerder d'autres que moi.  
-Qu'a-t-il fait pour mériter un tel sort ? Demanda sa femme, sûrement soucieuse de connaître le fin mot de l'histoire.
-Sa présence est préjudiciable pour notre famille. C'était soit ça, soit la mort. En dehors de nos terres, il sera lui même responsable de ses actes.
-Est-ce qu'il y a un rapport avec les nombreux crimes commis dans votre fief, père ?
-Il se pourrait bien, dit-il en croquant à pleine dent dans un morceau bien saignant.
-Vous devriez pourtant être fier de lui, il suit les traces de son père, lâcha Hélène en le dévisageant.
-Estimez-vous heureuse, ma dame, que votre fils n'ait pas eu à monter sur l'échafaud pour satisfaire la colère de nos gens. C'est un autre que lui qui a subit le châtiment réservé aux meurtriers.
-Un innocent ? Cela ne m'étonne point de vous, mon cher époux.
-Non, il était coupable d'avoir voulu s'enrichir en dénonçant votre enfant, ma mie, reprit-il d'un ton sec et froid.
-Je suppose que je devrais vous remercier pour cela ?!
-Non, je n'ai que faire de vos remerciements. S'il l'avait fallu, je l'aurai tué aussi, dit-il d'un ton un peu plus calme. Mangez pendant que c'est chaud !
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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Jeu 6 Oct 2016 - 16:51


Cette nuit là, il accomplit son devoir conjugal et se leva aux premières aurores aux côtés de sa femme présentant quelques hématomes ici et là le long de son corps. Le lit avait failli céder mais avait tenu le coup tant bien que mal. Ce n'était pas dit qu'il tiendrait la nuit suivante en revanche. Fort heureusement, son épouse lui avait bien servi. Plus chaude que n'importe quelle bouillotte, il l'avait utilisé pour se réchauffer. C'est que les nuits commençaient à se faire bien plus fraîche et l'on ne pouvait que se féliciter d'avoir une épouse pour ne pas risquer d'attraper froid. Fidèle à lui même, il se leva et remplit d'urine la bassine au pied du lit.

-Levez-vous ma mie, le soleil automnal est au rendez-vous, lâcha-t-il en sifflotant.
-Allez mourir !
-Vous aussi ma belle, vous aussi.

Il enfila ses chausses et son pourpoint arborant l'ours de sa maisonnée, puis entreprit de descendre les escaliers menant à la grande salle sans attendre que son épouse ne l'accompagne. Il lui faudrait probablement un certain temps avant qu'elle ne puisse enfiler ses robes. Tant pis ! La graille n'attendait pas et il se faufila dans les cuisines étonnamment vides pour avaler quelques restes de la veille. Son fils l'y retrouva peu après, la mine encore assoupie. Il le salua et l'invita à venir le rejoindre. Entre deux bouchées, il finit par briser le silence en premier.

-Comment se porte Villeroy ?
-Fort bien, père. Vos gens attendaient la fête de la bière avec la plus grande impatience.
-Braves gens, ils savent ce qui est bon. A leur propos, je m'interpelle de ne point avoir vu d'hommes où de femmes pendues à mon arrivée. N'y a-t-il eu aucune justice à rendre depuis mon départ ?
-Les derniers crimes ont été sanctionné d'amendes, mais il nous reste néanmoins un criminel à punir.
-Qu'a-t-il fait ?
-C'est un mendiant qui a volé et frappé un boucher. Ce dernier a eu plusieurs cottes cassées et le visage défiguré. Les hommes du guet ont réussi à retrouver le voleur et l'ont emmené dans nos cachots.
-Pourquoi ne l'avez-vous pas encore puni ?
-Je me suis dit que vous préféreriez le faire vous-même.
Son visage s'illumina aussitôt et l'excitation commença à poindre.  
-C'est fort aimable, Charles.
-Que préconisez-vous ? demanda son fils.
-Plusieurs brillantes idées me sont parvenues ces derniers mois, vous en découvrirez une aujourd'hui.
-Faut-il que je fasse prépare l'échafaud et que j'appelle un bourreau ?
-Épargnez vous cette peine, je n'aurai besoin que d'une baignoire, d'eau, de lait et de miel.
Charles parut dubitatif et un brin moqueur en l'entendant dévoiler les ingrédients.
-Vous comptez lui faire prendre un bain ?
-Pas exactement.

Plus tard dans la journée, Thibaud vint retrouver son fils dans la cour du castel. Celui-ci avait apporté tous les éléments demandés et les gardes et gens de compagnie se demandaient déjà ce que représentait un tel simulacre. On fit mener le voleur de viande dans la cours. Nue comme un vers, à sa demande, il empestait le lisier à tel point que l'ont du se servir de piques pour l'obliger à avancer. Après quelques tentatives pour s'extirper des pointes, le mendiant à la barbe hirsute et aux traits tirés finit par se résigner et vint s'asseoir dans la grande baignoire. Thibaud, comme un chef d'orchestre, donna ses ordres et les gardes recouvrirent le récipient d'une planche de bois où seul un trou subsista pour que l'homme puisse garder la tête hors de l'eau. On recouvrit bientôt de lait et de miel le visage du manant au point qu'il en dégoulina le long de son cou.

-Cet homme a volé parce qu'il avait faim, nourrissez-le !

L'incompréhension se fit lire dans les regards de tous ceux qui l'entouraient. D'abord surprit, on se demanda quelle guêpe l'avait piqué. Puis, en le voyant garder son calme et son sérieux, on finit par apporter quelques aliments en passe d'être moisis où totalement pourris. Son épouse avait enfin daigné se montrer et elle apparut en haut des marches. Elle regarda la scène qui se jouait devant elle avec la plus grande indifférence qui soit, contrairement aux autres qui s'interrogeaient encore probablement sur la nouvelle lubie de leur seigneur. Pour cette raison, son fils vint le trouver alors qu'il se tenait accroupi devant la baignoire.

-Je ne comprends toujours pas à quoi cela rime ?
-Il vous faut rester patient, mon fils, vous le découvrirez très bientôt.
-N'aurait-il pas été plus rapide et simple de lui trancher les mains où la tête ?
Thibaud se remit debout tout en continuant de regarder le visage recouvert de lait et de miel du voleur.
-Voyez-vous, Charles, la torture est un art au même titre que la peinture, la musique où la danse. Chaque crime doit avoir une punition graduée selon l'importance de l'acte commis.
-Je ne vois toujours pas où vous voulez en venir...
-Cet homme a volé parce qu'il avait faim, n'est-ce pas ?
-Oui, c'est exact, et ?
-Alors nous allons le nourrir.
-Si la planche est clouée à la baignoire, j'imagine qu'il n'en ressortira jamais.
-Tout à fait, fils.
-En mangeant, il finira par déféquer et restera donc le corps intégralement plongé dans ses excréments.
-C'est juste.
-Mais alors pourquoi le lait et le miel ?
-ça, ce sera la cerise sur le gâteau.    
 
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MessageSujet: Re: [MdO2017]L'héritage du père [Kelbourg - solo]   Ven 7 Oct 2016 - 13:51

Jeanne de Kelbourg


Quelques jours plus tard...

-Cette odeur me donne envie de vomir, s'injuria Catherine. Je n'en peux plus ! Qu'ils abrègent les souffrances de ce pauvre homme bon sang !
-Père semble vouer une réelle curiosité pour le sort de ce triste mendiant, émit Jeanne, doucement.
-Il suffit ! Je vais aller demander à Charles de mettre un terme à ceci, lui seul est capable de raisonner notre père...
-Je ne crois pas, Catherine.
Sa sœur frappa violemment le rebord en pierre de la fenêtre par laquelle elle assistait à l'agonie du voleur.
-Qu'il soit maudit ! Lui et ses fantasmes !

Une odeur pestilentielle régnait dans tout le castel de Villeroy. On avait beau user de parfums et mettre de l'encens estréventin dans toutes les pièces, l'odeur persistait et imprégnait à présent même les tapisseries. Après avoir manqué de vomir ses tripes à plusieurs reprises, Jeanne avait fini par s'y faire. Sa sœur, un peu moins. Au début, elle n'avait cessé de regarder ce pauvre homme dans la cour. Elle avait eu pitié de lui et avait prié Tari qu'elle l'emporte dans son royaume. A présent, ce spectacle n'en était plus un et tous semblaient avoir oublié la présence du malheureux voleur. Tous, sauf un... Son père avait prit l'habitude de venir s'asseoir en face du mendiant. Sans dire mots, il le regardait et scrutait les différentes étapes de sa nouvelle idée. Si elle avait espéré et prié les dieux pour que son géniteur soit un homme normal et aimant, elle avait fini par se résigner à l'idée. Son père n'avait rien de normal. Pis, ses fantasmes étaient malsains au point qu'elle se demandait encore comment elle pouvait être sa fille, elle qui n'avait rien en commun et n'avait rien hérité de lui si ce n'est ses yeux et la couleur de ses cheveux. C'était pour cette raison qu'elle avait choisi de vivre avec sa mère dans la cité de Villeroy. Son seigneur et père lui flanquait une trouille incommensurable et elle savait ne point être la seule dans ce même cas. Pourtant, elle se demandait encore s'il était possible que ce dernier leur ait porté le moindre amour.

-Penses-tu que père ait de l'affection pour nous ? demanda-t-elle à sa sœur encore en proie à la colère.
-Notre père aime sûrement plus son cheval que ses propres enfants... répondit Catherine d'un ton sec. En fait, je crois qu'il n'éprouverait pas la moindre peine si son cheval venait à mourir.
Elle soupira.
-Je me fais du soucis pour notre frère. J'ai peur qu'il ne soit devenu comme lui.
Catherine vint s'asseoir sur le rebord du lit et lui prit les mains.
-Tu as entendu la discussion la dernière fois. C'est Frédéric qui a tué ces pauvres gens à Kelbourg. Il est trop tard pour sauver son âme. Néera ait pitié de lui...
-Crois-tu que nous sommes affublés du même mal ? Je veux dire... il nous a peut-être transmis sa maladie...
-Par la grâce des dieux, non ! Frédéric est devenu ainsi après avoir suivi notre père dans les contrées d'Oesgard. Il se dit des choses à ce sujet, de terribles choses...
-Qu'elles sont elles, Catherine, dis-le moi.
-Suzanne, mon amie, m'a raconté avoir entendu des choses dans une taverne, une fois qu'elle allait chercher son époux. Les hommes qui parlaient étaient eux aussi aller en Sgardie et ce qu'ils disaient étaient terrifiants. Bien sûr, ils étaient ivres alors je ne saurai dire si ce qu'ils affirmaient été vrais, mais l'on raconte que notre père aurait empalé vifs des femmes et des enfants ayant aidés des hors-la-loi. Des dizaines et des dizaines, empalées dans un champ. Les hors-la-loi seraient ensuite venus pour enterrer leurs proches, mais notre père et ses hommes leur seraient tombés dessus et auraient empalés leurs têtes sur des piques.
Ce qu'elle avait entendu lui avait glacé le sang. Même ses couvertures ne lui avait pas empêché de frissonner. Son visage quant à lui, exprima toute l'horreur qu'elle avait en elle.
-Je ne comprends pas pourquoi une telle sauvagerie...
-Il  n'y a pas à savoir pourquoi, ma douce. Tous les hommes deviennent des bêtes lorsqu'ils partent en guerre. Et s'il existe un chef dans ce royaume de la folie, notre père en est le roi.
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