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 Problème épineux ; Solution simple !

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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Problème épineux ; Solution simple !   Mar 4 Oct 2016 - 17:09



Gregorio Calabassa


Trois cavaliers remontaient doucement la Syrilla. Ils suivaient le cours d’eau depuis quelques temps déjà, après avoir fait une halte dans le château de Rodem. Ils semblaient avoir de la chance avec le temps, qui leur réussissait depuis qu’ils avaient débarqué à Isgaard. Quelques nuages les avaient inquiétés en Odélian, mais rapidement, ils avaient gagné l’Alonnan, qui s’ouvrait à eux sous un soleil accueillant. Néanmoins, si la région leur avait semblé hospitalière au premier abord, le dernier heurt qu’ils avaient subi au niveau de la seigneurie de Chtoll les avait légèrement agacés. En effet, une bande de péquenauds paysans les avait coursés, quand une malheureuse pièce d’or s’était échappée de la besace de l’un des cavaliers. Leurs alezans avaient distancé ces bougres en un rien de temps, mais le cavalier de tête, lui, avait eu la peur de sa vie…

Il s’agissait de Gregorio Calabassa, un ancien colon mervalois haut en couleur, qui vivait depuis près de cinq ans sur l’archipel de Nelen. Cet homme à la barbe poivre-sel bien taillée, et à l’œil goguenard, avait pris l’habitude du calme naturel qui régnait sur Nelen. Un rouquin édenté lui jetant des pierres tout en boitant pour le rattraper, voilà qui resterait dans sa mémoire comme l’image la plus déroutante qu’il lui serait jamais donné de voir. Le gamin au piébot aussi l’avait plutôt marqué. Mais, passons… Cet homme, à la fois petit et corpulent, ne voyageait pas seul. Derrière lui suivaient deux mercenaires du Trait. Des hommes rudes, équipés pour le voyage. Si Giacomo avait l’air plus aimable, personne n’avait envie de rigoler avec son comparse Hubert.

Après une bonne heure de cheval, et alors que Fière-Allure commençait à fatiguer sous le poids du Mervalois enveloppé, un immense castel leur apparut depuis le sommet d’une colline. Le trio prit un instant le temps d’embrasser du regard la forteresse se dressant devant eux.

L’Inébranlable, enfin.

Ils parcoururent les dernières distances les séparant de leur objectif. Les paysans qui les regardaient sur le chemin mettaient mal à l’aise l’ami Gregorio, qui avait toujours eu une sainte horreur de la roture nordienne. Certains disaient qu’ils étaient capables de voler une âme d’un simple regard. En homme superstitieux, Gregorio regarda donc droit devant lui jusqu’aux portes de l’imposant château fort.

Ils pénétrèrent la place forte sans trop de problèmes. Ho, il y eut bien quelques gardes pour s’interroger sur cette broche que portait Gregorio Calabassa. Tous essayaient de deviner ce que c’était comme animal. Un crabe ? Un serpent ? Une sorte de limande mutante ?

« Oune homarde, bandé d’incoultes zouaves ! »


Et le ventru s’en repartait à chaque fois plus énervé, de devoir toujours expliquer. Le seigneur di Montecale ne pouvait-il pas prendre un animal plus connu, à mettre sur son blason ? Cela aurait évité à Gregorio de perdre son temps avec des potiches qui n’avaient jamais vu l’eau salée. Il prit sur lui, jusqu’à avoir enfin passé les trois murs du château. Le Mervalois aimait bien voir les fortifications d’Alonna. Elles lui rappelaient à bien des égards les puissants mâchicoulis de sa ville natale… Mais, maintenant qu’il était îlien, il devait se contenter du manoir du grand manitou, en plein agrandissement. C’est que l’Enrico voyait loin, lui. Et son frère faisait tout ce qu’il disait ! Les perspectives d’avenir étaient belles pour des gens comme Gregorio. Un homme avec le bon verbe, et la bonhomie d’un marchand ! Homme de peu, homme de rien. Devenant homme de tout, homme de bien !

Une fois devant la demeure des barons de l’Alonnan, sur son fier cheval au dos malheureux, le fameux Gregorio s’empara d’une petite trompe en cuivre, qu’il fit claironner une fois, mais bien fort. Ensuite, il s’égosilla :

« HOHÉ ! DOU CASTELLO ! LES HOMBRES DOU BARON MONTECALE SÓN DANS LA PLACE ! »

Les mercenaires du Trait se regardèrent, avant de se fendre d’un sourire moqueur. Juste Giacomo, en fait. Hubert ne rigolait jamais. Avec personne.

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Problème épineux ; Solution simple !   Lun 21 Nov 2016 - 16:59

Les hommes se regardèrent un instant. Jamais ils n’avaient vus pareille bannière. L’interrogation s’estompa brièvement tandis que, hallebardes fièrement tenues dans leurs mains calleuses, un premier portier s’éclaircit la voix.

« MESSIRES NOUS N’AVONS POINT COMPRIS VOS PAROLES ! ».

Il était vrai que Jean n’avait jamais entendu pareil dialecte. Les syllabes trainantes et la prononciation hasardeuse lui étaient étrangères. Toute nouveauté que cela était, il était assez malin pour comprendre l’origine de ces messieurs venus beugler à la porte du castel. Leur air satisfait et leur accoutrement outrageusement voyant eu tôt fait de dégoûter l’humble Jean. C’était un homme simple, entré dans la garde plus par hasard que par vocation qui – lorsqu’il n’était pas de service – aimait glaner dans les petits villages aux alentours de la capitale. Son air maussade et son crâne légèrement dégarnis trahissait les années qui le rattrapaient : approchant tranquillement les trente ans, il vivotait. Jean était un homme solitaire qui aux jeux et à la boisson préférait les plaisirs de la vie. Un repas frugal et une bonne compagnie l’animait plus que quiconque dans son entourage. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ce fier soldat avait aimé, une fois. Une donzelle un peu frêle d’un petit hameau à l’ouest de Chtoll. Une belle plante aux cheveux d’or et à la peau pâle. Ils étaient si jeunes et si insouciants que lorsqu’il lui arrivait d’y repenser, il ne pouvait s’empêcher de souffler devant tant de crédulité. Et de sa crédulité, le pauvre Jean en avait fait les frais. Sa charmante jouvencelle presque mariée, il l’avait retrouvé dans le foin avec le fils du boucher. Du boucher ! Aussi n’avait-il plus jamais pris le temps de trouver une perle à s’approprier, préférant de loin l’ardente compagnie des coquines qui traînait nom loin de la grand rue d’Alonna les-Trois-Murs.

« Qu’est-ce c’est ce drôle d’insecte sur la bannière Jean ? On dirait une blatte ».
« J’sais pas Rémi, j’ai jamais vu d’animaux aussi étrange mais ma foi, qui prendrait une blatte pour emblème huh ? »
« Bah ces emplumés faut croire ! ». Et ils se gaussèrent un moment. Rémi était son compagnon de garde. Un peu benêt mais pas méchant, il était prompt à la blague là où elle ne s’y prêtait pas. « Faudrait p’têt leur dire que ça sert à rien de beugler comme des porcelets ».
« Je vais descendre, voir ce que nous veulent les suderons ».
« UN HOMME DESCEND A VOTRE ENCONTRE MESSIRES, NE BOUGEZ PAS ! »

Aucune délégation n’était attendue pour ce jour, pour sûr il n’avait reçu aucune consigne de personne. Si ces curieux bonhommes étaient attendus, sans nul doute qu’on aurait pris la peine de prévenir la garde de la herse. Mais nenni ! Il est était toujours ainsi à Alonna. Les grands du monde s’amassaient sous le porche en espérant qu’on vienne leur ouvrir promptement. Mais comprenaient-ils le travail que cela demandait à des pauvres gars comme eux ? A aller courir pour trouver l’intendant ou le Sénéchal, à faire un travail pour lequel il ne touchait aucune prime… Jean bougonna en dévalant les marches aussi vite que son attirail le permettait. S’il aimait râler sur son sort il se savait privilégier. La vie à l’intérieur de la grande cité n’était point mauvaise et sa paye était bonne. Sans compter qu’il tirait chaque jour des avantages à sa situation. Il passait régulièrement par les cuisines : les marmitons étaient de braves gars qui laissaient toujours un petit quelque chose pour les souris de son genre. Et puis il y avait Wenda, la lavandière. Elle ne demandait jamais son reste la bougresse et contre un sourire, jamais elle n’était farouche. Bref il s’y plaisait. Lorsqu’il arriva au pied de la herse, il fit signe à la petite garnison en stationnement de l’accompagner. Ces hommes étaient sous ses ordres depuis un moment et pour la plupart, cela faisait des années qu’il les connaissait. La grille se leva et la petite troupe s’approcha des arrivants. Jean avait laissé tomber l’air maussade pour un sourire un peu forcé.
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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Problème épineux ; Solution simple !   Ven 23 Déc 2016 - 0:29



Gregorio Calabassa



Gregorio observa la montée de la herse avec un air laconique, et grommela dans sa barbe.

« Mah, pas trop tôt, bastardos… »

Il voulut éperonner son cheval pour avancer, mais vit qu’on allait directement à sa rencontre. Il regarda les soldats s’agglutiner près de lui. Leur chef avait un sourire très mal fait sur le visage. Il était marchand, les comédiens, il les remarquait tout de suite. Mais, tout bon commerçant qu’il était, il savait que même les faux sourires en méritaient un autre en retour. Aussi, c’est avec une bouche aux dents pleines mais jaunies qu’il s’adressa aux gardiens des lieux, son regard acerbe posé sur les hommes en armes.

« Mes réspects, gentés damoiseauleros. Yé souis Gregorio Calabassa, émissairé dou baron Montecale dé l’archipel dé Nelen. J’ai voyagé jousqu’ici comme oune cabalero pór démander audience à votré baronna, sour oune thème très importanté et très sensiblé ! »

Il écarta les bras, son sourire toujours accroché à ses lèvres charnues bordées de poils de barbe et de moustaches.

« Alors ? Audience accordée ? »

Hubert derrière lui cracha par terre, un immense jet de couleur brune, qui vint toucher un infortuné cabot sur la miche droite. Le chiot couina, et partit bien vite en courant, alors que Giacomo riait bêtement. Si Hubert avait le crachat si sombre, c’est bien parce qu’il avait pris la mauvaise habitude de chiquer ces plantes qui poussaient un peu partout dans la jungle de Nelen…

Gregorio baissa légèrement les bras. Il n’allait pas rester comme ça toute la journée, non plus ! Il était diplomate, pas acrobate…

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Problème épineux ; Solution simple !   Ven 23 Déc 2016 - 11:06

Le sourire quitta bien vite la frimousse de Jean. Il lui fallu quelques secondes de réflexion pour comprendre ce que l'emplumé lui disait ; l'accent à couper au couteau et l'emphase qu'il y mettait rendait pour le brave soldat la tâche ardue. De tout les badauds les plus étranges qu'il lui ait été donné de voir depuis le haut de la herse, ce fanfaron était bien le plus beau des spécimens. Jamais il n'avait entendu parlé de ce soi-disant baron tout comme cette étrange blatte écrasée sur la bannière des messieurs. Il aurait pu jurer les trois doigts dans la chatte à la Sainte-Mère que sa journée ne serait pas aussi calme qu'il aurait voulu. Ces imbéciles à l'allure de marioles croyaient-ils duper le bon Jean avec leur beau parlé et savante imitation ? Bien sûr que non ! Personne ne pouvait tromper le gentil soldat. Sa main se rafermit sur la hallebarde – un geste à peine perceptible mais qui en disait long sur le caractère du gentilhomme. Derrière lui, il pouvait sentir les regards patients mais néanmoins curieux de ses comparses. Ils attendaient bravement que leur chef parle. Toutefois, il y eut bien le petit Clothaire qui ricana sous son casque lorsque l'invité surprise eut fini son discours. Un simple regard de Jean et le corniaud retrouva son sérieux. La jeunesse manquait d'éducation, c'était bien là tout ce que notre brave guerrier pouvait dire. Ils les envoyaient au castel toujours plus tôt, si bien que certains n'avaient pas encore de poils virils et n'avaient jamais soulevé la gueuse. Heureusement qu'la garde veillait à instruire comme il le fallait ces petites pucelles pour en faire de vrais hommes !

"J'connais Nelen Messire et la Sainte-Mère me fasse sodomite si j'me trompe mais y'avait pas d'baron là bas". Jean fronça les sourcils, l'air aussi maussade qu'il le pouvait. "J'veux pas vous manquer de respect messires les Sudistes mais m'semble pas qu'vous soyez annoncé ". Il lança une oeillade à ses gars qui, pendus à ses lèvres n'attendaient qu'un mot de sa part pour renvoyer les marauds sur leurs canassons de là où ils venaient – peu importait l'endroit. " Un d'vous a reçu des instructions concernant nos amis mes cailles ? ". Aucun ne mouffetèrent, peut-être par trouille mais toujours était-il que sa démonstration était du plus grand effet. Digne des plus brillants scientifiques – du moins c'était ce que l'humble Jean s'imaginait. "Voyez Messires, j'peux pas vous laisser entrer au castel si aucun d'nous n'a reçu les ordres...".
"QUE CE PASSE-T-IL ICI ?!"

Jean eu un petit frisson en entendant la voix grasse et entrecoupé d'un homme qu'il connaissait que trop bien. Il n'osa même pas se retourner tant le spectacle offert devait être affligeant. De toute façon il ne fallut à la rondelette personne que quelques pas sur ses jambes courtaudes pour arriver à leur niveau. Le drôle avait une large panse et la sueur facile. Il avait certainement dû se hâter auprès de la troupe pour être autant à bout de souffle. Hugues était certes gras, méprisé par la garde mais pas moins que l'intendant de la suzeraine. Oh certes ! Avant cela l'amateur de la bonne chair n'était qu'un héraut. Dans cette vie là, on disait même de lui qu'il préférait aux femmes la virile compagnie. Un giton comme intendant ! Si Jean était quelqu'un de plutôt sympathique, les pédérastes étaient sa vermine à lui. Il les aurait tous fait brûlé si le choix lui revenait. Mais la bonne baronne avait décidé de fermer les yeux sur sa coquinerie. Il respectait sa suzeraine – il l'avait même vu deux ou trois fois ! - mais sa clémence l'exaspérait un peu, il devait bien l'avouer. Alors, sans même un regard pour le gros luron venu se joindre à la conversation sans y être invité, il poursuivit :

"M'sieur l'intendant, j'disais juste à ces messires que nous n'pouvions les faire entrer. Qu'on a pas reçu d'ordre d'la part du capitaine aujourd'hui et qu'du coup, bah la herse doit restée baissée".
"Que veulent ces gentes damoiseaux ?" Hugues leur accorda un sourire niais et une révérence outrageusement appuyée. C'était bien un truc d'enculeur d'hommes ça.
"Une audiance m'sieur. Avec son Honneur".
"Bien bien ! Messires, veuillez pardonner notre garde. Ces soldats sont un peu..." Il eut un petit rire satisfait. "Vous voyez. Jean, faîtes monter la herse, je vais conduire ces nobles voyageurs à l'intérieur".
Le soldat grommela et d'un geste de la main, fit monter la grille qui séparait encore les drôles d'emplumés suderons du castel. Il le regarda s'éloigner comme si le loup venait d'entrer dans la bergerie.
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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Problème épineux ; Solution simple !   Lun 16 Jan 2017 - 23:59


Gregorio Calabassa



Gregorio s’apprêtait à vomir un monceau d’insultes en patois régional, lorsqu’un homme légèrement plus qualifié que les autres se présenta à la herse. Il était plutôt enveloppé, et maniéré comme un homme de qualité. Sa révérence et le timbre de sa voix dénotaient une éducation plus approfondie que tous ces rustres qui défendaient le corps de garde. C’est alors tout naturellement que le brave Mervalois se tourna vers celui qui lui semblait le plus intelligent, et le plus susceptible d’accéder à sa demande. Il lui décocha son fameux sourire commercial, celui qu’il servait à tous ses clients, et qui lui avait si bien réussi jusqu’alors. Ajoutant une révérence grotesque à son rictus de marchand, il répondit à l’intendant sur un ton mondain :

« Ces hombres né font qué lor trabail, signor… Déféndré oune castelo, ça né doit pas êtré dé la tarte aux manzanas ! »

Les herses furent soulevées à la sueur de ces mêmes messieurs qui refusaient l’entrée des Nélénites. Savourant l’ironie, Gregorio et ses deux lascars talonnèrent leurs montures pour entrer dans la place forte, non en conquérants, mais en émissaires. Se retournant sur son cheval, le Mervalois ne put s’empêcher de tirer sa grosse langue au fameux Jean, avant de lui faire un clin d’œil, et de se retourner en ricanant, pénétrant dans la cour de l’imposante forteresse. Une fois au centre, Gregorio se tordit le cou comme un hibou pour admirer les lieux, et lâcha un sifflement d’admiration.

« Mazetté… »

Il se retourna enfin vers l’intendant, qui leur indiquait le chemin à emprunter pour enfin pouvoir s’adresser à la maîtresse des lieux. Gregorio descendit de son cheval avec l’allure d’un sac de patates, mais se rattrapa fort bien lorsqu’il épousseta ses vêtements, réarrangea sa cape, et passa deux doigts sur le devant de son chapeau, avant de les perdre dans sa magnifique plume tombante. Il se tint droit, fin prêt.

« On peut y aller, signor ! »

Le diplomate nélénite marchait dignement, mais avec l’allure pataude d’un homme en surpoids. Les deux grands lascars qui l’accompagnaient renforçaient l’image caricaturale du marchand. C’était deux grands types aux corps taillés pour la guerre et la castagne. A côté, Gregorio ressemblait à un de ces menus Thaaris qui colportaient les membres de leur famille dans les marchés aux esclaves… Mais passons.

Le problème d’un grand château est, et restera toujours le nombre d’escaliers à gravir pour accéder aux salles les plus importantes. Gregorio en avait fait des ennemis mortels, némésis de son corps tout entier… Et il avait beau ne pas être un grand scientifique, il savait que le nombre de marches d’un escalier était proportionnel à la taille du castel dans lequel il se trouvait. Foutredieu, pourquoi le gouverneur l’avait-il envoyé à Alonna ? Rien avoir avec cette bouse plate d’Arétria, ou les bâtiments proprets d’Apreplaine. Non, il avait fallu qu’on l’envoie dans le pays des châteaux forts !

La marche fut longue et éprouvante pour le marchand Calabassa. Il arriva enfin au sommet de l’escalier, son cri de victoire s’étouffant dans sa gorge alors qu’il découvrait un long couloir qu’il devrait encore traverser… Il avait déjà passé un doigt dans son col, et avait retiré son chapeau un instant pour laver la sueur de son large front. Une fois remis de son léger malaise, et toujours flanqué de ses deux chiens de garde qui s’impatientaient, il se dirigea vers une grande porte, qui devait sans aucun doute mener à la grande salle. Remettant impeccablement son chapeau, mais exhalant légèrement plus la sueur qu’il ne l’avait prévu, il se pencha vers l’intendant.

« Hey… Auriez-vous l’amabilité dé m’annoncer, amigo signor ? Yé souis Gregorio Calabassa, émissairé dou baron Montecale dé l’archipel dé Nelen... D'accodac ? »

Le sourire qu’il lui décocha ne souffrait aucun refus…

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Problème épineux ; Solution simple !   Lun 13 Fév 2017 - 14:36

« Combien en reste-t-il ? »
« Cinquante à l'Est de Lodalier, une bonne centaine à mi-chemin avec Krekan et pareil là-bas ».
Elle soupira en s'asseyant sur la cathèdre tirée dans un grincement peu avenant. Ses mains massèrent ses tempes tandis qu'accoudée sur la grande table de bois, ses mirettes se refusaient de quitter les deux émissaires tout d'acier vêtu qui se tenaient respectueusement devant elle. Un feu crépitait non loin de là dans le grand âtre, mais ce dernier ne réchauffait pas. Ses langues de flammes claquaient dans l'air sans pour autant offrir le réconfort salvateur. La Grande Salle était pleine et vide à la fois, vivant de quelques passages de nobliaires, magisrats ou petites mains s'afférant en silence à rendre ce haut lieu politique Alonnais plus agréable. Comme si la politique pouvait l'être, agréable.
« Foutre con de la Sainte Mère ! Comment se fait-il que deux centaines de vilains réfugiés se trouvent encore choyés comme des poupons avec le lait gras de notre patrie alors même que j'avais donné mes instructions les concernants il y a au moins trois énnéades ? »
« Ma Da... »
« Suffit ! Suis-je à ce point entourée de malhonnêtes pour que mon autorité soit si promptement sappée ?! Tudieu ! L'audace de certains me file la migraine ».
Et c'était vrai. Se massant toujours le crâne – comme si cela avait été d'une quelconque aide -, la baronne souffrait de maux de tête affreux. Cela la rendait aigre, ou du moins l'était-elle plus qu'à l'accoutumé. Les pauvres chevaliers la regardait incrédules : voilà qu'il se faisait molester comme des bambins. Dans un tintement de feraille, le premier s'avança. Son visage d'éphèbe et sa carrure assurée laissait sans mal deviner son lignage. Pour sûr, c'était le fils ainé de Wacume. Il portait le même minois à la fois gentil et juste. Le rejoton était à la mesure de son père dans cette armure chevalresque.
« Et où est mon vin morbleu ?! Faut-il aller soit même se servir dans les caves du castel pour se désaltérer ici ?! ». Elle avait tourné la tête vers un coin sombre de la pièce où se tenait pour sûr quelque échanson ou serviteur. La voix avait ricoché sur les murs sans que personne ne bouge. Nul ribaud dans la pièce, mais par le Saint con de Néera, où étaient-ils tous ?
« Quels sont v.. »
« Taisez-vous Ansèlme. Vous me fatiguez l'âme avec vos mauvaises nouvelles ». Elle serra la mâchoire, les sourcils durement froncés. « Retournez donc aux campements et auprès des seigneurs locaux. Mes ordres ne changent pas : ces métayers doivent trouver un toit et un travail dare-dare avant de ne mettre à sec nos coffres et ma très sainte patience ». Tant bien que mal, elle se releva de son siège. « Peu me chaut de où vous allez fourrer leurs culs d'Oësgardiens. Trouvez leur de la place et une utilité et par les Cinq, ne revenez me voir qu'une fois cela fait ».
« Bien votre Honneur ».
Cette dernière phrase avait été prononcée sans vigueur ni foi mais cela lui importait peu. Elle avait un putain de mal au crâne, comme si l'on s'amusait à piétiner sa chair entre ses deux oreilles. Fort heureusement elle connaissait une médecine bien douce et accessible pour ce genre de mésaise : de la vinasse au fond du gosier et autour de l'âme. Voilà qui ne pouvait pas lui faire grand mal après tout ! Les chevaliers s'en allaient dans un bruit effroyable et sans un regard pour leur suzeraine tandis que par de là les grands battants de bois émergeait la silhouette rondouillarde du cher Hugues. Il ne manquait que lui en cette foutue journée de merde. La baronne cherchait des yeux une issue plus louable que ce drôle mais rien ne vint. Par le cul de Tyra ! Cette maudite pièce subissait toujours les aller et venue de centaines de gens à l'heure mais céans il n'y avait donc personne pour la tirer d'une pompeuse conversation qu'elle n'avait ni l'envie ni la force de tenir ? Les Tous-Puissants l'avaient vraiment dans le nez depuis l'aube.
« Votre Honneur ! ». Son petit pas s'accéléra. Un simulacre de course surement, que son corps courtaud empêchait d'avoir. « Votre Honneur ! », héla-t-il encore.
« Cessez de beugler comme un veau Hugues ! Je ne suis point sourde ! » Ses joues rougit et le souffle court, il se tint à demi plié tandis que par derrière j'appercevais trois silhouettes qui m'était foutrement inconnues. Elles s'avançaient moins vite toutefois. « Qui sont-ce ? »
« Des émissaires de Nelen très aimable Dame ». Il tentait de reprendre contenance sans trop de succès. Sa petite course – bien que ridicule – allait lui coûter quelques minutes d'inconfort. « Ils insistaient pour vous voir ».
La baronne fronça les yeux. Ses yeux eux-même étaient devenus douloureux, comme si le mal qui lui rongeait les humeurs était logé juste là derrière. Que racontait-il ? Elle ne connaissait aucun baron de Nelen. Pas même que la baronnie elle-même. Nelen était une île bien lointaine pour elle, qui impliquait un transport maritime et cela ne lui convenait guère. C'était une fille de la terre et non une foutue sirène. La mer, elle laissait cela volontiers aux poissons. Pour autant, elle était curieuse. Elle évita soigneusement son intendant et marcha en direction des hommes qui approchaient. Bigre ! Que d'étranges personnagesqui venaient là. Des couleurs bien trop criardes, des plumes et un... Homard ? Etait-ce sérieusement des armoiries ça ?!
« Messieurs de Nelen, soyez les bienvenus en ma demeure ». Elle leur offrit un sourire politico-charmant. Voilà bien une chose que les femmes dominait : la séduction n'était guère une affaire d'hommes et cela lui sied bien. « Pardonnez mon outrecuidance, vous avez très certainement fait un très long voyage pour me visiter, mais je ne puis vous recevoir ici maintenant. Hugues va vous conduire à vos appartements et, si vous le souhaitez, nous pourrions dîner dans un petit salon privé afin de nous entretenir de manière plus... ». Elle guettait quelques réactions dans leurs yeux, le même rictus poli accroché à ses lèvres. « … amicale ». Sans attendre de réponse, elle frappa dans ses mains et le bedonnant Hugues accouru. « Ces Messieurs logeront dans l'aile nord. Trouve leur la plus confortable de nos suite. Ci-fait – et si ces gentilhommes le veulent – tu les conduiras ce soir jusqu'à mes appartements. Tu iras aux cuisines pour prévenir nos marmitons que nous dînerons là bas ».
« Bien ma Dame ».
« Messieurs, je vous laisse aux mains expertes de mon bon Hugues. Si dorénavant vous aviez besoin de quoique ce soit, il se chargera de répondre à vos besoins ». Elle s'inclina respectueusement. « A plus tard je l'espère ». Et elle s'éclipsa.

Le petit salon de sa grande chambre était assez coquet. C'était un lieu où elle aimait revevoir ses amis intimes, ou même sa fille. De plus, c'était là la seule pièce du castel qui disposait de sa propre cave à vin. Rien d'extravagant, il n'y avait qu'une petite dizaine de bouteilles – pas forcément de bon cru – dont quelques unes choyaient, vides, à même le sol. Ses nuits étaient de plus en plus longues ces derniers temps et il lui fallait bien endormir les démons qui les habitaient. Une coupe à la main, elle observait les quelques meubles qui habillaient la pièce. Hormis un grans tapis et une tapisserie un peu fade, rien ne couvrait les murs et le sol de pierre. Il n'y avait pas de fenêtres : la lumière qui nimbait le tout était donnée par quelques bougies et la cheminée qui trônait à la dextre. Deux larges fauteuils et un sofa au tissus vert attendait les culs de quelques privilégiés qui pouvaient alors se vanter être un jour entré dans les appartements privés de la baronne. Pour autant, Alanya n'était pas pudique là dessus. Sa chambre, son salon.. Tout cela n'était que de la poudre aux yeux. Elle sirota le liquide âpre dans sa calice. Une piquette, au mieux mais ses papilles n'en étaient plus là. Elle n'avait plus mal à la tête depuis une bonne heure déjà pour autant, elle continuer sa médication avec la ferveur d'une vierge dans un couvent. Foutre-Néera, ils en mettaient du temps. Bientôt on viendrait servir le repas et ses invités n'avaient toujours pas reparus. Ils ne s'étaient quand même pas défilés ? Ils étaient la maigre attraction de sa merdaille quotidienne.
L'on toqua. Il était temps.
« Votre Honneur, ces Messieurs de Nelen vous demande ».
« Laissez les entrer, gardes ».
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