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 De fol amour, de mort amère [Maélyne]

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Dim 16 Oct 2016 - 19:55


L'an Neuf du onzième cycle
Première ennéade de Favrius
Le premier jour...


Un frisson parcourut l'échine du comte d'Arétria.

L'obscurité s'était faite sur la fière cité de Sainte-Berthilde ; voilant les places désertées et les ruelles tortueuses, elle recouvrait peu à peu les toits, achevant de noyer chacune des couleurs diurnes qui animaient la vie citadine. On eût dit un épais manteau, noir comme la mort, qui enveloppait ce qui s'était fait le théâtre d'une tragédie irrationnelle.

Les images de cette journée affreuse hantaient les pensées de Roderik ; il ne parvenait pas à oublier les spasmes de la jeune épousée, et ce souffle de stupéfaction qui avait parcouru la foule qui assistait aux noces. Il l'avait vue s'écrouler, la petite Anoszia ; effaré, il l'avait vue rendre son dernier soupir dans un coup de théâtre invraisemblable. L'effroi et la pitié l'avaient saisi ; le monde n'avait plus de sens lorsque les jeunes filles payaient si chèrement les erreurs de leurs pères et de leurs frères.
Le restant du jour n'avait fait que noircir davantage un tableau déjà bien sombre. L'impassibilité du marquis l'avait surpris ; tout autant avait-il été surpris par l'invitation de son suzerain à poursuivre les festivités dans les jours qui suivaient, comme si tout cela n'était guère plus qu'un banal incident. Le cadavre de la malheureuse était encore chaud - bien que sans comparaison avec ce qui l'attendait - que déjà se colportaient dans la coterie berthildoise toutes sortes de quolibets, de ragots à son sujet ; il en était plus d'un à se féliciter de ce que la fille d'un traître notoire ne s'unisse jamais à la famille du marquis.
Au moins Roderik n'avait pas - du moins pas encore - eu vent de ce qui se tramait hors les murs à cet instant ; la suivante accusée du meurtre d'une manière fort expéditive, et jetée en pâture aux chiens du marquis ; et ce bûcher de fortune bâti à la va-vite au mépris de tous les rites, consumant le corps de la jeune Anoszia sans égard pour son passage vers l'Outre-monde. Non, Roderik n'avait guère besoin de savoir cela ; il avait bien assez la nausée. La soirée était bien avancée, et le comte savait qu'il ne parviendrait pas à dormir cette nuit. La fin tragique de la jeune Anoszia ne ferait que réveiller en lui de mauvais souvenirs depuis longtemps enfouis.

C'est donc dehors, et devant l'hôtel particulier où elle résidait à l'occasion de son bref séjour à Sainte-Berthilde, que Maélyne de Lourmel le trouva alors qu'elle rentrait de sa marche avec le marquis de Serramire. Adossé au mur de la bâtisse, les bras croisés et le regard énigmatique, Roderik de Wenden fixait avec insistance la femme qui avait été son amante.


Dernière édition par Roderik de Wenden le Jeu 3 Nov 2016 - 11:29, édité 1 fois
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Lun 17 Oct 2016 - 13:02


Godfroy l’Effroyable. C’était bien ainsi qu’avait qualifié le Marquis de Serramire son homologue de Sainte-Berthilde. Effroyable pour avoir brûlé le corps de la Fleur de Velmone sans aucune vergogne, effroyable pour avoir donné sa servante aux crocs de ses chiens. En quoi était-ce différent de mettre à mort des prisonniers en les balançant sans aucune pitié entre les griffes d’un kerkand ?

Suis-je Effroyable, moi aussi ?

Les bras croisés en dessous de sa peau de vison blanc, Maélyne fixa ses pieds et avançait doucement. Cette scène, qui avait su lui rappeler ô combien elle avait horreur des nausées, lui apporta également tout un lot de questions alors qu’à ses côtés, sa cousine Thenala, ne cessa de chouiner.

« Comment a-t-il pu ? C’est… c’est… » Les sanglots s’emparèrent une nouvelle fois de la belle rouquine qui cacha son visage dans l’un de ses mouchoirs déjà à moitié mouillé. Maélyne quant à elle, ne répondit rien, bien trop préoccupée à essayer de faire l’impasse sur les troubles qui semblaient prendre possession de son esprit.

La ville haute vint les accueillir dans un silence presque glacial. Cantharel devenue cité fantôme renvoyait une image plutôt triste en ce jour de « fête ».  


« Je pars dès demain matin. » Dit-elle alors subitement à sa cousine. « Et tu viens avec moi, nous n’avons plus rien à faire ici. » Les reniflements émis par sa camarade du soir s’atténuèrent petit à petit, comme si la décision du départ l’avait soulagée.

« Où allons-nous ensuite ? » Se risqua de demander Thenala alors que l’hôtel particulier où elles étaient logées se fit enfin apercevoir.

« A Diantra. »

Le silence s’installa à nouveau entre les deux jeunes femmes et ce, jusqu’aux portes de l’hôtel. Aussi jolis soient ses patins, un regard s’échappa en direction d’une ombre. Maélyne l’avait tout de suite reconnu malgré l’obscurité ambiante mais n’avait pas fait l’effort de s’arrêter, s’engouffrant à l’intérieur de la bâtisse. Les trois gardes qui avaient pour mission de les protéger d’une cité vide s’en allèrent après s’être assuré de la relève.

La Dame s’efforça bien vite d’envoyer sa cousine se coucher alors qu’elle franchisa à nouveau la porte, seule cette fois-ci. Son cœur se serra lorsqu’elle s’aperçut qu’il était toujours là, adossé à ce même mur. D’un pas toujours aussi lent et sans croiser une seule fois le regard insistant qu’il lui lançait, elle s’adossa à son tour, gardant une distance raisonnable. Ses bras à nouveau croisés et cachés sous son vison, Maélyne fixait le mur d’en face.


« Vous semblez troublé… Votre grandeur. »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mar 18 Oct 2016 - 5:12


Il savait qu'elle viendrait.

Il l'avait su dès cet instant, presque imperceptible, où leurs regards s'étaient croisés. La dame avait affecté de l'ignorer et s'était engouffrée dans l'hôtel avec sa suite. Roderik n'avait pas bronché ; il était resté là à l'attendre patiemment. Personne dans l'entourage de Maélyne ne semblait avoir fait attention à lui, ni ne l'avoir reconnu : à demi dans l'ombre, revêtu d'un gambison de lainage aussi noir que ses bottes de cuir et aussi sombre que la nuit, il tenait plus du quidam que du seigneur ; il ne fait pas bon s'attarder la nuit dans des atours trop voyants dans une cité comme Sainte-Berthilde. Spécialement après un jour comme celui-ci.

Lorsque enfin elle arriva, Roderik ne fit pas un mouvement ni ne prononça un mot. Il la laissa approcher, se tenant immobile et silencieux, bien qu'en son for intérieur il guettait chacun des gestes de la dame, et que son cœur s'était mis à battre à un rythme accentué. Elle s'était adossée au mur, comme lui, si bien qu'ils ne se regardaient pas, et elle se tenait trop loin pour qu'il puisse respirer son parfum ; mais il sentait sa présence avec une acuité qui dépassait celle des sens, et cela lui procurait autant de douceur que d'amertume et de nostalgie.

Lorsque Maélyne brisa le silence, Roderik attendit quelques secondes pour répondre.

- On le serait à moins. Cette fille devait avoir l'âge de ma sœur Aliénor, si pas plus jeune encore.

Son ton était las, et cette lassitude se lisait aussi sur son visage à travers les ombres de la nuit ; les traits tirés, les yeux fatigués, il payait ces derniers temps le prix d'un fardeau qu'il avait pourtant recherché. Il aurait préféré qu'elle ne l'appelle pas « votre grandeur ». Cette expression formelle lui déplaisait déjà dans la vie courante ; l'entendre dans la bouche de la femme qu'il aimait était pire encore, car elle le reléguait dans le rôle de l'étranger qu'il était devenu. Elle lui confirmait qu'il ne faisait plus partie de sa vie.

- J'ai su ce qui vous était arrivé, ajouta-t-il après un bref instant. A votre fille, je veux dire. Enfin, à vous aussi. Il se blâma intérieurement pour son manque de tact. Je sais que cela ne vous aide en rien, mais je suis désolé. Je... connais ce que c'est, que de perdre un enfant dans des circonstances aussi... inacceptables. C'est une blessure qui s'arrange avec le temps, mais qui ne guérit jamais : je vis encore avec. Il avait conscience qu'il ne l'aidait pas. De toute façon, il ne s'en ouvrirait pas davantage : il n'aimait guère parler de ses propres cicatrices, et il était rare qu'il amène lui-même ce sujet sur la table. Tôt ou tard, ceux qui s'en prennent aux enfants innocents doivent en payer le prix. Tous, aussi haut placés soient-ils, lança-t-il comme une parole en l'air, comme si son propre suzerain n'était pas directement visé par cette phrase.


Dernière édition par Roderik de Wenden le Jeu 3 Nov 2016 - 11:29, édité 1 fois
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mar 18 Oct 2016 - 7:14


Hurler. Voilà ce qu’elle voulait faire à cet instant lorsqu’aussi maladroitement que possible, il entama une discussion autour du décès de sa fille. Pourtant aucun son ne sortit de sa bouche paralysée par l’émotion grandissante qui venait de faire d’elle sienne.  « Ils doivent en payer le prix. » mais si seulement il savait... Si seulement il savait tout ce que la jeune femme se trouvant à ses côtés a bien pu faire endurer comme tortures à ces hommes qui se sont permis de la trahir et de balancer une fillette innocente du haut d’une tour. Tous venaient d’être exécutés publiquement et ce récemment après avoir reçu un jugement, mais l’envers du décor, personne n’était au courant et personne ne devait l’être.

Elle aurait voulu lui dire, lui décrire tous les maux qu’elle a bien pu leurs faire subir mais ce mot... Effroyable... résonna si fort qu’elle n’en trouva pas la force. S’il y avait une chose qu’elle regretterait, c’est que le Comte finisse par la voir de la même façon qu’Aymeric voyait Godfroy. Elle-même ne se reconnaissait plus tant la souffrance avait fini par la changer, la remodeler à une image qui ne lui plaisait guère.

Un silence s’installa, Maélyne avait fini par décrocher son regard du mur, fixant à nouveau ses pieds. Non, elle ne se porterait pas en victime, pas après ce qu’elle a fait, pas après le genre de vengeance qu’elle s’était permise d’avoir.


« Elle était plus jeune. » Dit-elle, brisant ainsi le silence, refusant de parler de sa propre personne et des faits qui se sont déroulés il y a de cela plus d’un mois maintenant alors que la Fleur de Velmone venait de périr ce jour.

« Azénor n’avait que 19 ans. Elle est... était une jeune femme pétillante dotée d’une fraicheur contagieuse. Auprès d’elle, on se sentait revivre. Jeune... belle... drôle et compatissante qui avait décidé de quitter la protection paternelle pour voyager et découvrir du pays. »

Maélyne soupira.

« Je ne l’ai pas connue bien longtemps, mais il lui en faut peu... de temps à Azénor pour réussir à vous captiver. »

La Dame risqua un regard en direction de Roderik, mais à peine eu-t-elle posée les yeux sur lui  qu’une douleur s’empara de son cœur. Elle reprit bien vite sa position initiale.

« Cette fleur ne méritait pas ça. »

La Dame avait peu de souvenirs de l’Anoszia, mais le peu qu’elle en avait lui redonnait immédiatement le sourire dès que ces images lui revenaient à l’esprit. Leur petite « baignade » avait réussi à rapprocher les deux femmes mais malgré les bons moments passés en sa compagnie, Maélyne n’arrivait pas à sourire à cet instant. Son décès l’avait attristée toute la journée et l’attristerait encore bien longtemps, mais autre chose préoccupait la jeune femme.

Il était enfin là, à nouveau près d’elle, même si l’échange resta formel. Cette situation apportait son lot de sentiments, parfois étranges, parfois réconfortants. Son regard se porta une nouvelle fois sur lui, puis, d’une voix faible mais douce, elle se permit de lui dire :
« Vous parler m’est d’un grand réconfort. Cela m’avait manqué. »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mar 18 Oct 2016 - 9:07


- J'ignorais que vous l'aviez connue, murmura Roderik en acquiesçant avec gravité, touché par l'éloge inattendu de Maélyne à la mémoire de la jeune Anoszia. Je n'ai pas eu cette chance.

Selon toute probabilité, il n'avait jamais rencontré Azénor avant que celle-ci ne fasse son entrée dans la grande salle du palais berthildois, pour un mariage qui ne devait jamais être célébré. Les Anoszia ne se montraient que rarement sur les marches septentrionales du royaume. L'une d'elle avait pourtant failli, quelques années auparavant, épouser un comte d'Arétria. Roderik eut une pensée pour Dame Cornélia, la soeur d'Azénor ; il l'avait rencontrée en marge du grand tournoi de Serramire, un mois plus tôt, avant tout ce merdier. Pauvre fille. Elle n'était déjà pas un modèle de joie de vivre alors que les siens étaient encore bien portants. Le désespoir de la damoiselle l'avait presque conduite à se jeter dans le lit de Roderik ; celui-ci avait dû rassembler tout son sens moral pour ne pas profiter de la situation. Bien qu'à la vérité, c'était moins son sens moral que la crainte que tout ça ne soit qu'une manigance orchestrée par la famille de Cornélia - une crainte infondée, apparemment, mais Roderik avait toujours éprouvé une grande méfiance à l'égard des membres de cette maison suderonne. Sans doute avait-on exagéré leur pouvoir de nuisance, vu la fulgurance de leur déclin. Les sorts du régent d'Ydril et du duc de Langehack lui étaient indifférents, car ces hommes avaient provoqué leur propre malheur, mais les filles étaient innocentes. Et après une telle descente aux enfers, je doute que Cornélia arrive à remonter la pente.

Nouveau moment de silence. Il y avait tant de choses que Roderik aurait voulu pouvoir exprimer en cet instant, tant de choses qui attendaient d'être dites depuis deux mois, qu'il ne savait comment les mettre à plat. Elle dit que je lui ai manqué. Non. Elle dit que me parler lui a manqué. Mais c'est la même chose, après tout ? Il brûlait d'envie de lui avouer sans détour qu'il l'aimait toujours, mais il savait qu'il se heurterait alors à tout ce que Maélyne n'exprimait pas encore ; il se heurterait à ses propres fautes, à sa propre inconstance. Elle lui reprocherait son mariage avec une autre femme, et il lui reprocherait ses fiançailles avec Guillaume de Clairssac ; et ils s'emporteraient, rompant la quiétude fragile de cet instant.

- Vous m'avez manqué, dit-il simplement, car c'était là tout ce qu'il pouvait se permettre - et ça lui semblait déjà beaucoup. Puis, luttant contre ses réticences, il se força à ignorer l'appréhension sourde qui le tenaillait, et son coeur qui martelait sa poitrine. J'aurais voulu que tout se passe autrement, ajouta-t-il, sa bouche se tordant en une mauvaise grimace. Avant d'avouer enfin, dans un souffle : je ne pouvais pas vous épouser.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mar 18 Oct 2016 - 11:02


Les mots du Comte arrachèrent un léger sourire à la Dame. Cet aveu qui pouvait sonner comme un déchirement ne faisait que la soulager d’un poids qu’elle trainait depuis bien trop longtemps maintenant. Et ce fut plus détendue que Maélyne continua cette discussion.

« Parfois la vie nous joue des tours. C’est à se demander si les Dieux ne se délectent pas de la souffrance qu’ils nous font subir. » Commença-t-elle, reprenant un pas lent, s’écartant un peu du mur tout en portant son regard sur la ruelle.

« Je vous en ai voulu... longuement. J’aurais aimé avoir une explication ; une lettre, un messager ou que sais-je... J’en ai fini par croire que vous vous étiez joué de moi, profitant ainsi des sentiments que je vous porte pour obtenir... -elle soupira-... de l’amusement.»

Elle fit une pause, replaçant d’une main la mèche qui venait encombrer son visage avant de se tourner en direction de l’homme, toujours adossé. Maélyne se remémora sa tentative lors de ces festivités à Serramire, mais à cette époque, elle ne savait plus qui il était. Sans doute allait-il reparler de ce moment pour essayer de justifier l’absence d’explication, mais la jeune femme ne voulait pas revenir sur cet épisode. La perte de sa mémoire l’avait fortement affectée et elle aurait eu du mal à le lui justifier.

« Mais le temps s’est écoulé et je ne vous en veut plus. A vrai dire... lorsque j'y repense, à la mort d’Alwin, Arétria avait besoin d’un homme qui aurait toutes les capacités requises pour devenir son égal. Un homme fort, courageux, tacticien, qui a le sens de l’honneur ... et digne. La Comtesse n’aurait pas pu faire meilleur choix en vous épousant Roderik. La Noblesse, la Chevalerie et le Peuple Arétan avait besoin de vous. Bien plus que moi. Vous étiez et vous êtes toujours l’homme dont ce Pays a besoin. »

Elle n’avait pas bougé depuis qu’elle s’était retrouvée face à lui, à une distance de plusieurs mètres fixant toujours son visage tapi dans l’ombre, pourtant son regard recommença à fuir celui du Comte comme si elle n’assumait plus d’être aussi direct avec lui.
 
« Aujourd’hui je me sens... plus égoïste qu’autre chose. Néanmoins, permettez-moi de l’être encore un peu en vous posant une simple question : vous ne pouviez pas, mais l’auriez-vous voulu ? »

La tête baissée, Maélyne acheva sa phrase en fermant les yeux. Ses poings se serrèrent sous son manteau de vison et son cœur se mit à battre si vite qu’elle essaya par tous les moyens de le calmer. Cette réponse, la jeune femme l’attendait depuis longtemps. Si longtemps que dorénavant, elle redoutait plus que tout celle-ci.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mer 19 Oct 2016 - 5:41


La sérénité avec-laquelle Maélyne prenait la chose ne manquait pas de le surprendre. Il s'était attendu à de plus violents reproches, voire à une crise de colère. Peut-être aurait-il préféré cela, peut-être en avait-il besoin pour que la boucle soit enfin bouclée. Mais la dame de Lourmel faisait preuve d'un calme désarmant ; non, il n'aurait pas droit à sa petite crise d'hystérie. Mais il refusait qu'elle lui concède la moindre excuse ; ce n'était pas à elle de défendre les choix qu'il avait faits.

- Je vous respecte trop pour vous infliger la fable de l'homme providentiel, Maélyne. La noblesse, la grandeur d'âme n'ont rien à voir avec les circonstances qui m'ont mené à devenir comte. Le peuple, dit-il en accentuant avec dédain ce mot, le peuple non plus. Il y avait une place à prendre, et je l'ai prise, probablement plus par égoïsme que par volonté de servir. La bataille d'Amblère m'avait rendu très populaire, et ce qu'on disait de moi était très exagéré... mais lorsque j'ai retrouvé mon pays, je ne désirais qu'une chose : rester dans la lumière. J'ai aimé cela. La chevalerie n'a pas guidé mes pas ; j'ai péché par orgueil, comme lors du tournoi de Serramire où j'ai recherché la victoire à n'importe quel prix. Et cela ne me fait pas honneur.

Roderik baissa la tête. Lorsqu'il avait imaginé cette conversation, il n'avait pas pensé qu'il se trouverait lui-même occupé à noircir sa propre image ; mais puisque Maélyne refusait de lui faire des reproches, il fallait bien que quelqu'un s'y mette. Il savait, de toute façon, que cela n'avait plus tellement d'importance, mais il refusait de jouer un rôle avec elle. Elle était probablement la seule femme avec-laquelle il souhaitait être sincère - et, pourtant, je l'ai trahie.
Il prit une profonde inspiration, et s'aventura enfin à répondre à la question qui la tourmentait.

- Pourtant, la réponse ne fait aucun doute, Maélyne. J'aurais renoncé à tout cela pour vous, si j'avais pu croire un seul instant que la chose était possible. Je ne me suis pas joué de vous, j'étais sincère, et tout ce que j'ai pu vous dire est encore vrai aujourd'hui. Seulement... je refusais de voir la vérité en face. Voilà des siècles que ma maison occupe la forteresse qui défend les contrées arétanes des éventuelles prétentions serramiroises. Je connais et je respecte votre marquis, et je crois qu'il m'apprécie, mais pour lui je demeure un seigneur frontalier et un étranger. Si j'avais pu croire que Serramire accepterait de voir l'une de ses plus riches familles s'unir à celle d'un étranger qui n'a rien à lui offrir, alors oui, Maélyne... je l'aurais voulu.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mer 19 Oct 2016 - 7:50


C’était avec le souffle coupé que Maélyne écoutait chaque mot qui sortait de ses lippes. Sa colère longuement contenue avait fini par se dissiper au profit d’une excuse inventée mais qui mettait en valeur toutes les qualités qu’elle lui attribuait. Et c’est pour cela que la Dame avait démarrée cette discussion aussi sereinement que possible ; elle s’était voilé la face au point tel où la moindre blessante vérité avait été écartée au profit d’une belle image. Et il y avait une raison à cela : la souffrance qu’elle éprouvait. Maélyne l’aimait, du moins, elle aimait l’homme qu’elle avait connu et elle ne voulait pas briser cet amour innocent.

Mais il venait de tout briser, une nouvelle fois.

Maélyne n’en revenait pas, elle ne l’acceptait tout simplement pas. L’excuse qu’elle avait inventée de toute pièce venait d’être balayée par une sanglante vérité : elle ne connaissait pas aussi bien qu’elle l’aurait cru.

La jeune femme aurait voulu un simple « oui » comme réponse. Elle aurait voulu qu’il comprenne sa souffrance et qu’il ne remue pas le couteau dans la plaie. Mais c’était trop tard. Bien trop tard.


« Non... » se dit elle a elle-même, la tête toujours baissée, tremblante sous l’émotion qu’elle essayait de contenir. La jeune femme sentit la colère l’envahir, mais elle n’avait ni la force, ni la foi, ni même l’envie de l’exprimer.

C’est ensuite les yeux emplit de larmes qu’elle se permit de croiser une nouvelle fois son regard.


« Si vous m’aimiez d’un amour sincère et puissant, qu’importe les obstacles... au point d’en venir à m’enlever... » Elle insista sur ce mot pour lui rappeler ses propres paroles dans ce petit salon. « Vous auriez assumé vos sentiments... Devant n’importe quel suzerain et ce, malgré le passé de nos maisons. » Elle fit une pause tout en se tournant. « Je me suis voilée la face quant aux raisons qui vous ont poussées à devenir Comte. Mais vous, vous vous voilez la face par rapport à ce que vous prétendez ressentir. »

Ce fut ses derniers mots avant de tourner les talons et de s’éloigner de l’homme qu’elle pensait aimer. C’est à ce moment-là, le dos tourné et son visage à l’abri de son regard qu’elle permit à ses nombreuses larmes de couler.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mer 19 Oct 2016 - 12:40


- Vous enlever, Maélyne ? s'écria-t-il alors qu'elle lui tournait le dos et s'éloignait, sans qu'elle soit encore suffisamment loin pour ne pas l'entendre. C'est vraiment ce que vous auriez voulu ? Sa voix s'était chargée d'émotion, entre la colère et l'affliction ; son visage s'était durci en une expression amère. Il n'avait certes pas cherché à l'épargner, mais la réaction de Maélyne témoignait d'une inconscience et d'une candeur qu'il n'imaginait pas chez elle. Il fit un pas, et éleva encore un peu la voix, de manière à ce qu'elle l'entende avant de disparaître. Avez-vous déjà été chassée de vos terres ? Savez-vous ce que c'est, que de mener l'existence d'un proscrit ? Cela vous serait-il égal de déshonorer votre propre maison ? Vous ne commandez ni votre raison, ni votre parole, parce que vous ne mesurez pas ce que vous me demandez ! Le monde est plus grand que nous deux : j'aurais voulu pouvoir l'oublier, mais contrairement à vous, je ne me suis pas voilé la face.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Mer 19 Oct 2016 - 16:19


Elle s’arrêta net.

La colère. Fallait-il réellement en arriver là ? Il semblait ne pas lui laisser le choix… Maélyne essuya d’un geste rapide les quelques larmes qui coulaient encore sur sa joue alors que les traits de son visage venaient de se durcir instantanément.  Une fois ceci fait, elle se retourna et se dirigea vers lui d’un pas rapide. Une fois suffisamment à hauteur, elle ne se retint plus :


« Me prenez-vous pour une idiote ? »

Elle s’approcha encore, toujours aussi outrée.

« Ce que j’aurais voulu. Messire de Wenden. »

De ses deux mains, elle vint le pousser au niveau de son torse.

« C’est qu’au lieu d’être enlevée par des traîtres. »

Une nouvelle bousculade.

« Séquestrée dans une cave à moitié inondée. »

Une autre.

« Entièrement dénudée. »

Encore une autre.

« Poignardée. »

Une dernière, pour le renvoyer contre ce mur.

« Mes enfants arrachés… OUI. J’aurais voulu que ce soit vous. J’aurais voulu être enlevée par vous plutôt que par ces lâches. Ne venez PAS me parler de déshonneur car MOI je la vis en ce moment même. Que croyez-vous donc ? Que les Seigneurs qui m’entourent ressentent de la Pitié ? Croyez-vous qu’ils me sont venus en aide ?! NON ! Tout ce que j’étais à leurs yeux ce n’était qu’une FOLLE qui avait perdue la mémoire. Qui n’a pas su s’entourer CORRECTEMENT. Qui MERITAIT ce qui lui était arrivée. Tout cela parce que je suis une FEMME qui GOUVERNE. Alors veillez M’EXCUSER. Messire de Wenden. De vous en vouloir de ne pas avoir eu une once de courage, de ne pas avoir su ASSUMER, de RIEN avoir tenté. Absolument RIEN. Même pas une simple demande, ni même une lettre, RIEN. Car si vous aviez eu assez de cran… peut-être…»

Elle avait parlé à un débit si vif qu’aucune interception de Roderik n’aurait été prise en compte. Mais là, sa bouche se scella aussi rapidement qu’elle s’était mise à vider son sac. Si proche de lui et pourtant elle ne souhaitait qu’une chose ; le gifler. Mais elle se souvint de sa propre histoire. Celle où il avait lui aussi perdu femme et enfant à cause de traitres, celle où il fut chassé de ses propres terres. Pouvait-elle réellement lui en vouloir d’avoir peur de revivre cela ? Mais après tout, lui en voulait-elle vraiment ?

Maélyne baissa la tête. Était-ce donc cela la colère ? S’exprimer aussi lâchement que possible et venir décharger ses propres tords sur autrui ? Si c’était cela, Maélyne n’avait pas aimée et se sentait plus sale que jamais.


« Je ne suis pas aussi forte que vous. Allez-vous donc m'en vouloir pour cela? »

La Dame recula enfin, annonçant ainsi que sa « crise » était terminée. Son visage exprimait cependant toujours la même émotion. Et c’est en croisant son regard qu’elle se permit une dernière remarque :

« Si c’est l’orgueil et l’égoïsme qui guident vos actions. Alors faites au moins en sorte que cela vous rende heureux… Adieu Roderik. »

Et une nouvelle fois, elle tourna les talons pour refaire quelques mètres, mais cette fois-ci fut bien différente. Non seulement elle se sentait mal de s’être permise de se comporter de la sorte, mais elle venait, a contre cœur, de définitivement tirer un trait sur lui, ce qui lui procura une vive douleur. Maélyne ne pouvait pas se résoudre de condamner ainsi les sentiments qu'elle avait pour lui, mais existait il une autre solution?

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   Jeu 20 Oct 2016 - 6:47


Les dents serrées, Roderik la regarda partir, incapable de prononcer un mot. Oh, il aurait voulu pouvoir répliquer. Il aurait voulu lui renvoyer sa colère en pleine figure, et crier combien il était absurde et injuste de le rendre responsable de ce qui était arrivé. Au lieu de cela, il ne dit rien ; et il sentit sa gorge se serrer douloureusement, car lui-même ne pouvait s'empêcher de se blâmer de ce qu'avait vécu Maélyne. Quand bien même il n'y avait prit aucune part, il l'avait abandonnée ; oui, sa présence aurait pu éviter le drame. Il aurait pu la protéger. Il ne l'avait pas fait.

Roderik reprit lentement le chemin de l'hôtel où il logeait. Rongé par le remord, il chemina le long des rues en tentant vainement de refaire l'histoire des derniers mois dans sa tête, cherchant à savoir comment les choses auraient pu être différentes. Il était bien trop tard pour cela, malheureusement ; et il doutait fortement d'avoir une nouvelle fois l'occasion de parler à Maélyne. Leurs rencontres futures seraient désormais dues au hasard, et elles seraient froides et formelles, à la manière de deux êtres sans autre point commun qu'un vague souvenir lointain.
Peut-être était-ce mieux ainsi.

Quelques hommes de sa maisonnée encore debout s'étonnèrent de le voir rentrer à cette heure, mais nul ne lui posa de question ; il avait la mine des mauvais jours, et quiconque vivait dans l'entourage du comte savait reconnaître ces moments où le silence était de mise. Il gagna la chambre et se glissa sans bruit dans le lit aux côtés de son épouse endormie. Il l'entendit remuer légèrement, crut l'avoir réveillée ; mais Iselda ne dit pas un mot. Seule sa respiration profonde accompagnait avec sérénité le calme de la nuit, tandis que Roderik cherchait vainement le sommeil.
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MessageSujet: Re: De fol amour, de mort amère [Maélyne]   

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De fol amour, de mort amère [Maélyne]
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