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 Choisir ou choir.

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Ernest de Missède
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MessageSujet: Choisir ou choir.   Mer 19 Oct 2016 - 2:50


9ème jour de la 3ème ennéade de Favriüs
Automne de l'an 9 du XIe Cycle

La porte de la chambre s’ouvrit en douceur. Albert entra. Le majordome avait refusé de prendre une journée de congé en ce lendemain de funérailles. Le vieil homme faisait partie des murs et la famille seigneuriale avait beaucoup d’affection pour lui. Il avait officié au château depuis toujours ; né dans les cuisines où sa mère elle-même avait travaillé comme cuisinière toute sa vie durant. A son âge avancé, Albert n’était plus capable d’effectuer les tâches les plus communes que l’on attendait des valets et autres serviteurs du château. Les innombrables escaliers et l’étendue des lieux rendaient sa fin de vie de plus en plus casanière. Les Ethin avaient voulu le renvoyer avec une pension généreuse mais il s’en était offusqué. Tout le monde savait qu’Albert finirait ses jours au château. En temps normal, il les passait aux sous-sol dans son bureau qui faisait office de quartiers généraux du personnel du château. C’était là que les décisions étaient prises et que les serviteurs arrivaient avec des problèmes et repartaient avec des solutions. Le vieil Albert gérait toute l’intendance du château et avait sous sa direction des centaines de petites mains qui travaillaient sans relâche à suivre les standards fixés par le majordome. Mais, aujourd’hui, les lieux étaient vides. En signe de deuil, on avait autorisé les domestiques à rester chez eux, et une grande majorité avait saisi l’opportunité.


Albert avait donc quitté ses quartiers de très bonne heure, après avoir donné des consignes au personnel réduit des cuisines, puis avait entamé son ascension. Il connaissait chaque recoin du château comme sa poche et n’avait même pas besoin de relever la tête pour savoir où aller. Il trimballa ainsi sa silhouette voûtée à travers les nombreux couloirs de l’édifice, avançant d’un pas lent d’une pièce à l’autre, se hissant avec ténacité en haut de chaque escalier pour enfin arriver, après plus d’une heure de marche, en haut de la tour est où il savait qu’Ernest d’Ethin avait passé la nuit. Il patienta devant la porte de la chambre pendant une dizaine de minutes ; il n’était pas encore six heures et se présenter le souffle court devant son seigneur était inenvisageable. Sa contenance retrouvée, il entra.
« Mon seigneur est déjà levé, s’inquiéta le majordome.
 - Bonjour Albert, répondit Ernest. Je n’ai pas beaucoup dormi. »
Ernest se tenait près du balcon où la fenêtre, ouverte, laissait apercevoir le lever du soleil à l’horizon. Il faisait chaud en cette matinée de Favriüs ; le temps était orageux. Le jeune homme portait toujours sa chemise de nuit blanche.  
« Je serais monter plus tôt, si j’avais su… dit Albert en s’approchant du lit pour le remettre en ordre.
 - Vous n’auriez pas dû monter du tout, Albert. Personne n’est censé travailler aujourd’hui.
- Le petit-déjeuner sera servi dans une heure dans le grand salon du troisième étage
, répondit le vieil homme en ignorant la remarque de son seigneur. »
Une fois qu’il eût terminé de faire le lit, Albert se dirigea lentement vers la grande armoire.
« Il semble que mon seigneur déroge à ses propres règles, dit-il en passant auprès du bureau. » Nul doute qu’Albert était le seul serviteur à pouvoir se permettre ce genre de commentaires. Il faisait allusion à la pile de lettres qu’Ernest avaient écrites dans la nuit et qui ne demandaient plus qu’à être envoyées.  
« Certaines choses ne peuvent être remises à plus tard, répondit Ernest avec un léger sourire tiré par la gouaillerie du majordome. 
- Est-ce que vous habiller fait partie de ces choses qui ne savent souffrir d’exception ? »


Le vieil homme avait préparé les vêtements du jour d’Ernest. Il n’avait pas habillé de seigneur depuis des années mais il savait qu’il n’avait pas perdu la main. Ernest se laissa faire et rejoignit le vieil homme qui s’appliqua à lui retirer sa chemise puis à lui enfiler ses habits : une tunique simple de couleur verte et des bas beiges ; Albert savait qu’Ernest ne verrait personne aujourd’hui. Le jeune homme regardait le vieil homme faire, l’aidant parfois dans ses mouvements. Il aurait eu plus vite fait de s’habiller tout seul mais la présence d’Albert lui mettait du baume au cœur.
« Comment vous souviendrez-vous de mon grand-père ? demanda Ernest.
Albert ne répondit pas tout de suite.
- Je me souviendrai de lui tel qu’il était, dit-il finalement. Ses bons et ses mauvais côtés. Ses défauts et ses qualités. Ses échecs et ses réussites. Je me souviendrai de tout. Il était un bon seigneur. Et la bonté devrait toujours guider les décisions de ceux qui ont le peuple à leur charge. »
Ernest ne put réprimer un tendre sourire. La réputation de son grand-père l’émouvait tout autant qu’elle le terrifiait. Son regard s’abîma de nouveau vers la fenêtre, dans l’horizon, au loin, en dehors de ce château où l’on attendait de lui qu’il prenne une décision aux conséquences accablantes.
« Dois-je faire la guerre, Albert ?
Le vieil homme arrangea le col de son seigneur et se mura dans un silence similaire à celui qu’il affecta quelques secondes plus tôt.
- Le petit-déjeuner sera servi dans le grand salon du troisième étage. »



Ernest n’était pas aussi apte à évoluer au sein du dédale des corridors. Il avait quitté les lieux lorsqu’il n’avait que sept ans. Ce fut donc par chance qu’il arriva au troisième étage dans une pièce plus longue que large où se trouvait Irène.
« Ernest ? demanda-t-elle, surprise de le voir.
- Je cherchais le grand salon. »
Il fallut un moment au jeune homme pour comprendre que l’endroit n’était pas aussi en désordre qu’il en avait l’air. La quantité faramineuse de tissu et d’instruments de coutures éparpillés sur une dizaine de tables et empilés à même le sol retint Ernest sur le pas de la porte. Irène vint à lui en enjambant tout un tas de choses. Elle portait une simple robe couleur ciel de parme qui s’arrêtait au niveau des chevilles. Les traits de son visage étaient visiblement tirés et son chignon était en partie défait ; elle n’avait pas dû beaucoup dormir non plus.


« C’est donc d’ici que les fameuses robes d’Irène d’Ethin s'en vont vêtir les plus belles dames de la péninsule ?
- Quelques-unes, oui, répondit la jeune femme en rougissant. En général, c’est plus vivant ici mais… »
La sœur aînée d’Ernest n’eut pas besoin de finir sa phrase. Les couturières qui l’aidaient à confectionner ses robes avaient naturellement pris congé.    
« As-tu passé la nuit ici ? demanda Ernest.
- Oh, oui… je crois bien. J’ai dû m’assoupir sur les bobines de laines pendant quelques heures mais… J’ai passé le plus clair de la nuit à faire des ourlets, ça… ça m’apaise.
- Il faudra que tu m’apprennes. J’aurai bien besoin d’apaisement dans les jours à venir. »
Ils se regardèrent longuement en silence. Une grande tristesse les enveloppait. Étant enfants, ils avaient été très proches. Irène avait développé un instinct maternel pour son petit-frère malgré qu’il n’eût qu’un an de moins qu’elle. Et puis, Ernest avait été envoyé à Missède et ils ne s’étaient plus revus pendant des années. Aujourd’hui, en sus des circonstances du moment, un malaise s’était installé entre eux ; l’embarras de ceux qui ne savent dire d’ô combien les années ont flétri leur amour.
« Le petit-déjeuner devrait être prêt, dit finalement Irène. »



Le grand salon du troisième étage était en réalité de taille moyenne. Sa ‘grandeur’ tenait plutôt à la hauteur de plafond et à l’imposante terrasse sur laquelle donnaient les grandes porte-fenêtre. La décoration sobre laissait à penser qu’Albert avait choisi cette pièce afin de convenir à la situation. Le jeune homme entra avec Irène. Ils passèrent devant Louise qui avait le nez dans un livre.
« Le Rocher pourrait s’effondrer qu’elle ne le remarquerait pas. Elle a une capacité de concentration déroutante, dit Irène alors que leur petite sœur ne sembla pas faire attention à eux. Elle n’avait pas ouvert un livre depuis la mort d’Hector, c’est bon signe. Le temps fait son travail. »
Ernest ne connaissait pas bien sa sœur Louise. Elle n’avait que deux ans lorsqu’il avait quitté Ethin. Elle ressemblait beaucoup à leur père tandis qu’Irène était le portrait craché de leur mère.


« L’assassinat, rectifia une voix tremblante. L’assassinat d’Hector. » Grand-mère Edna était assise auprès d’une des grandes fenêtres. Elle était toujours vêtue de noir, comme la veille. Son regard se perdait à l’horizon, dans les marais pharétans qui bordaient la frontière entre le Comté et la Principauté de Merval. Une brise chaude et humide agitait les rideaux blancs.
« Avez-vous mangé, Grand-mère ? demanda Irène. »
La vieille femme ne répondit pas. Ernest et sa sœur échangèrent un regard entendu et s’assirent à la table où le petit-déjeuner avait été servi. Pendant de longues minutes, un silence régna, à peine troublé par le raclement des couteaux sur les tartines de pain.
« Il serait peut-être temps de repenser la primauté mâle dans les droits de succession, dit Edna. Après tout, ce n’est pas la règle dans d’autres seigneuries du comté. Et on va finir par en manquer… de mâles. »


Ernest ne savait pas s’il était censé répondre. Il chercha le regard de sa sœur mais celle-ci s’appliquait à beurrer ses tartines.
« Je doute que les vassaux approuvent, répondit Ernest en plongeant son visage dans sa tasse de thé.
- Ils le devront bien ! s’exclama Edna.
Ernest comprit qu’il avait éveillé la bête.
- Rendons-nous à l’évidence ! renchérit-elle. La guerre demande des mesures exceptionnelles.
- Nous ne sommes pas en guerre, grand-mère.
La vieille femme avait soudainement tourné son regard vers Ernest. Elle fulminait.
- Lorsque le seigneur de ces terres et son hériter sont assassinés, tu appelles cela la paix ? Le ban doit être levé dès demain. N’oublie pas qui tu es, mon garçon. Ne laisse pas toutes ces années passées loin du Rocher justifier ton incompétence à protéger nos terres et ta famille. Voilà bien une chose que les vassaux n’approuveront pas. Ne te fais pas d’illusion, la guerre est bien là, dans nos cœurs et sur nos lèvres.
Irène ne pouvait plus faire semblant d’ignorer la scène. La jeune femme passait un regard interdit de sa grand-mère à son petit-frère. Ernest restait calme. Ses réponses se faisaient néanmoins de plus en plus péremptoires.
- Je ne laisserai pas ce pays teindre ses lèvres du sang de ses propres enfants.
Pendant un instant, Grand-mère Edna sembla désemparée. Son menton trembla et ses lèvres s’agitèrent dans l’attente de sa prochaine réplique. Irène avait portée sa main sur sa bouche, choquée par la brutalité des propos échangés.
- Demain, les vassaux te dévoreront et ce qui reste de notre famille disparaitra à tout jamais, dit finalement Edna avant de reporter son regard sur l’horizon. »
Deux serviteurs entrèrent et débarrassèrent la table.



...
 

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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Choisir ou choir.   Dim 30 Oct 2016 - 16:21

En début d’après-midi, Ernest avait fait installer une écritoire dans le grand salon du troisième étage. Certaines lettres qu’il avait commencées de rédiger le matin même devaient partir le soir. D’autres, tout juste arrivées, nécessitaient des réponses urgentes. L’atmosphère de la pièce était toujours aussi lourde ; dehors, le temps virait doucement à l’orage. Louise, assise en face d’Ernest, n’avait toujours pas relevé la tête de son livre, une historiographie de l’apiculture, il semblerait. Irène, elle, était absorbée par quelques ourlets récalcitrants. Tandis que Grand-mère Edna, toujours enfoncée dans son profond fauteuil près des fenêtres, fixait les gros nuages sombres d’un air absent. Malgré la peine, le désarroi et la rancœur des émotions auxquelles les d’Ethin étaient sujet, malgré toutes ces afflictions qui les déchiraient et celles qui étaient sans conteste à venir, chacun d’entre eux trouvaient du soulagement dans le fait de se trouver là, ensemble ; les derniers survivants d’une famille que la mort avait malmenée sans relâche depuis des décennies ; car le trépas de Charles et d’Hector les renvoyait inéluctablement à celui des parents d’Ernest. Ce fut d’ailleurs une des lettres en provenance de Gwydir qui ramena le jeune homme à cette odeur de fraise qu’il associait à sa mère et au peu de souvenirs qu’il avait d’elle. Viviane d’Ethin, née de Gwydir, mourut alors qu’Ernest n’avait que cinq ans, en mettant au monde sa sœur Louise. La lettre provenait d’une amie d’enfance de sa mère et, en sus d’offre de condoléances, lui souhaitait du courage alors qu’il prenait les rênes de la seigneurie : … si vous tenez de votre mère comme l’on me l’a rapporté à maintes reprises, je suis certaine que vous saurez nous conduire sur le chemin de la justice avec force et dignité. Les cœurs des hommes et femmes d’Ethin saignent de chagrin mais leurs regards ne sauraient être troublés de quelque larme ; clairs et durs, ils sont maintenant tournés vers vous, Ernest d’Ethin. Puisse Néera vous guider. Nous attendons votre appel, mon seigneur. La gorge d’Ernest se serra. Il ajouta la lettre à celles de tous les suzerains et nobles des terres voisines lui faisant part de leurs condoléances. Beaucoup d’entre elles recelaient, en filigrane, cet appel à la guerre.


Ernest se perdit dans des pensées inconfortables. Que ferait sa mère ? Son père ? Que ferait Grand-père Charles dans cette situation ? Que ferait Hector s’il était à sa place ? Car c’était bien lui, son grand-frère, qui aurait dû, un jour, devenir seigneur d’Ethin. Rien n’avait prédestiné Ernest à endosser ce rôle. Bien sûr, il avait l’expérience de la chevalerie, il avait été Vertueux et Gouverneur militaire d’Isgaard mais tout cela semblait maintenant si loin, tout cela s’était passé si loin. Il ne connaissait d’Ethin que ce que son grand-père lui avait raconté dans ses lettres ; serait-ce jamais assez ? Pis encore, Ethin ne le connaissait pas. Son regard se tourna inéluctablement vers sa grand-mère. Sa propre famille ne semblait même pas reconnaître en lui le seigneur qu’il devrait être. Ernest comprit qu’il n’avait aucune chance de s’affermir au sein du conseil vassalique s’il n’était pas capable de rallier les siens à sa cause. Il se leva et se dirigea vers sa grand-mère. « Allons marcher un peu, dit le jeune homme en offrant sa main à sa grand-mère. » La vieille femme eut un sursaut de surprise.


Chaque côté de la terrasse donnait lieu à un petit escalier en colimaçon qui descendait vers les jardins du château. Le château d’Ethin étant construit sur un immense rocher, les jardins avaient dû être enchâssés dans la roche. Ainsi, de nombreux petits escaliers sertissaient la façade sud du rocher et menaient à d’innombrables terrasses, toutes à différents niveaux. Chaque terrasse avait son lot de végétation qu’une armée de jardiniers s’acharnait à faire pousser malgré les conditions peu propices à l’horticulture de cet environnement. Ce labyrinthe vertical de jardins suspendus n’avait rien d’une promenade de jouvence pour qui les hauteurs tournaient la tête. Certains jours le vent soufflait tellement fort qu’il était impossible d’y descendre ; lors de tempêtes, des jardiniers s’étaient fait rafler par le vent et avaient péri dans une chute épouvantable de plusieurs centaines de mètre. Mais, aujourd’hui, le temps était lourd et l’air épais et étale. Ernest aidait sa grand-mère à descendre un des petits escaliers qui menait à une terrasse agrémentée d’un potager de légume. Grand-mère Edna portait toujours sa longue robe noire – certainement pas le meilleur accoutrement pour ce genre de balade – mais elle ne semblait pas s’en plaindre. Ernest, dans sa simple tunique de lin, avait déjà froid. Le jeune homme avait pensé que cette promenade serait propice à des discussions mais il tardait à prendre la parole. Grand-mère Edna, elle, semblait préoccupée par un plan de tomates.
« Grand-mère, pensez-vous que je ferai un bon seigneur ? demanda Ernest.
La vieille femme posa un regard d’incompréhension sur son petit-fils. Toujours en silence, elle le prit par la main et le conduisit vers un petit banc de pierre en bordure de terrasse. Tous deux s’y assirent, si proches du vide.
Il n’y a pas de bons seigneurs, mon enfant, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Il y a ceux qui savent prétendre l’être et ceux qui ne le peuvent. C’est un jeu, un terrible jeu où rafler la mise et la perdre sitôt après est le destin des bleus de sang. Être un bon seigneur, n’est pas une décision qui t’appartient. Ton rôle, Ernest, est de protéger les intérêts de ta famille jusqu’au jour où la mort t’appelle et cette responsabilité incombe à ta descendance. Vois-tu, le pouvoir n’est pas affaire de bonté, mais de dignité.
- Vous auriez fait un digne seigneur, Grand-mère.

Elle sourit.
- Dans l’intimité de mes rêves…
Un silence passa durant lequel tous deux regardaient les gros nuages noirs se battre dans le ciel.
- La guerre contre Beaurivages est donc inévitable ?
La vieille femme ne répondit pas mais son silence en dit long.
- Et si de Laval n’était pas derrière tout ça ? S’il y avait méprise ? renchérit Ernest.
- Est-ce que cela a son importance ? Comprends bien qu’il ne s’agit pas que de vengeance. Ethin et Beaurivages sont les deux seuls vassaux pouvant prétendre au Comté. Toute attaque contre l’un est un avantage pour l’autre.
- En cas de défaite ?
Edna parut passablement outrée.
- Défaite ? C’est d’Ethin dont tu parles, mon enfant. Et n’oublie pas les relations étroites que ton grand-père a créées avec Edelys. N’oublie pas non plus que je suis Dame d’Hautbois et que j’ai de nombreux amis en Ybaen. Mais surtout, Ernest, n’oublie pas que tu as été Vertueux de la garde de Missède et gouverneur militaire d’Isgaard. Et…
- Grand-mère, interrompit Ernest. Je ne lèverai pas le ban demain. Je souhaite proposer aux vassaux d’attendre la fin du mois. Si d’ici là la lumière n’est pas faite sur les conditions de la mort d’Hector et de Grand-père, alors nous marcherons sur Beaurivages… avec dignité.
Edna ne dit rien pendant un moment. Elle voyait l’assurance se dépeindre sur le visage de son petit-fils et, après un soupire, elle acquiesça d’un signe de tête résignée.
- Il ne sera pas aisé de les convaincre. Qui plus est, un désaveu de leur part et qui sait ce qui arrivera à notre famille.
- C’est bien pour cela que j’aurai besoin de ma famille à mes côtés, demain.
Ernest prit la main de sa grand-mère. Elle ne semblait pas encore complètement convaincue mais elle avait perdu sa colère. C’était une victoire pour le seigneur d’Ethin ; une si petite victoire, car la grande bataille allait avoir lieu le lendemain.
- Qu’est-ce qui te fait croire si durement que de Laval n’est pas derrière tout ça ?
- J’ai reçu une lettre… »
L’orage éclata juste au-dessus de leurs têtes. La pluie commença de tomber drue en quelques secondes. Ernest et la vieille femme durent remonter les petits escaliers des jardins suspendus avec précipitation. Le jeune homme enleva sa tunique pour couvrir la tête de sa grand-mère et arriva dans le grand salon, vêtu uniquement de ses bas et trempé jusqu’aux os.




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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Choisir ou choir.   Lun 28 Nov 2016 - 2:45

La fin d’après-midi fut tout au aussi calme que le reste de la journée. Dehors, la pluie tombait drue et le grand salon du troisième étage s’assombrit doucement jusqu’à ce que, réglé comme une pendule, Albert fit irruption pour allumer les chandelles. Depuis que ses sœurs et sa grand-mère s’étaient retirées dans leurs appartements respectifs, Ernest demeurait seul, assis à l’écritoire, relisant deux lettres qui lui tenaient particulièrement à cœur. La première avait pour destination Edelys et s’adressait à sir Robert de la Herse.




À sir Robert de la Herse, salutations.

Sir, ma famille et moi-même vous remercions pour votre lettre et les condoléances dont vous et les vôtres nous avez fait part. Nous avons été particulièrement touchés du soutien d’Edelys en ces temps regrettables de meurtres et de deuils. Les nombreuses lettres des seigneurs de la baronnie ne resteront pas sans réponse et je vous saurai gré d’en assurer ces honorables destinateurs.

Nous n’avons malheureusement jamais eu l’occasion de nous rencontrer. Malgré cette déficience, assurément temporaire, mon grand-père parlait souvent de vous dans ses lettres et je sais ô combien Edelys et la situation de la baronnie lui tenait à cœur. Sachez, à votre tour, que j’ai toute intention de finir de tracer les relations que mon aïeul avait commencé d’esquisser afin qu’Ethin et Edelys puissent bénéficier d’un lien fort que leur statut de terres voisines leur porte à honorer. A ce titre, dès que certaines affaires qui me retiennent présentement au Rocher seront réglées, je m’engage à vous rendre visite et à mettre tout en œuvre afin d’assurer la stabilité et la prospérité de la baronnie d’Edelys tel que Charles d’Ethin l’avait louablement envisagé.

Dans l’attente de vous rencontrer au plus vite, puisse les dieux veiller sur vous,

Ernest d’Ethin, Seigneur d’Ethin.


La deuxième lettre avait demandé d’être réécrite plusieurs fois. Et là, encore, Ernest se demandait s’il tenait dans ses mains la version définitive. Elle s’envolerait en direction d’Isgaard et s’adressait à Alden de Béjarry, sous-lieutenant de la Garde de la Bibliothèque en poste à Isgaard.

Alden,

Quel risque tu as pris en m'envoyant cette lettre. Tout cela est impensable.

Je ne saurais répondre à toutes tes questions. Rien de ce qui est arrivé n’aurait pu être imaginé. La mort de mon père, celle de mon frère, et puis, mon grand-père. Je n’étais pas destiné à la couronne et, de toute évidence, elle ne s’attendait pas à moi non plus. Je ne l’avais pas envisagé. Nous ne l’avions pas envisagé. Tout semble à présent indiquer qu’Isgaard est une page qu’il nous faut tourner. Rien n’est plus difficile, je le sais.

Lors du prochain Conseil Exceptionnel de Missède, je demanderai ta promotion au grade de lieutenant. Isgaard a besoin de toi et nul ne saurait douter de ta compétence à régir le delta. Je souhaite que l’on reste en correspondance ; et quand bien même nos lettres ne parlent que de navires et de cargaisons, je me réjouis d’avance de pouvoir te revoir à travers tes mots et peut-être, un jour, si les dieux nous l’accordent, sans truchement aucun.  

Ernest.

PS : Je reçois ton père, et le reste des vassaux, demain…


« Mon seigneur ? demanda Albert, après avoir fini d’allumer toutes les chandelles de la pièce.
- Albert ! dit Ernest, en se levant subitement de sa chaise qui, dans la précipitation, bascula au sol.
- Mon seigneur semblait… préoccupé.
- La fatigue, répondit le jeune homme, embarrassé. Une longue journée. Pourriez-vous faire envoyer ces deux lettres au plus vite?
Le vieil homme acquiesça.
- La chambre de mon seigneur est faite. Je pourrais y faire monter votre diner.
- Merci Albert, je… »
Mais Ernest fut interrompu par Irène qui entrait et lui intimait de la suivre.



Irène lui faisait dévaler les escaliers sans concéder à lui dire ce qu’il se passait. Cette cavalcade dans les méandres du château renvoyait inéluctablement le jeune homme à des souvenirs de jeunesse. Néanmoins, aujourd’hui, le deuil seigneurial avait vidé l’endroit comme jamais et imprégnait leur course d’une certaine angoisse. Arrivés finalement dans le grand hall, Irène passa un manteau de fourrure grise à son frère et en enfila un de couleur brune. « On sort ? Mais il pleut. » dit Ernest, perplexe. Irène ne répondit toujours rien. Elle ne semblait néanmoins pas inquiète ; son visage laissait même transparaitre un agrément quoique teinté d'une sensibilité refoulée. Sans ambages, la jeune femme entraina Ernest à travers une petite porte secondaire à côté des grandes portes principales. Une fois dehors, Ernest se figea sur place. Sous la pluie battante, des centaines de villageois étaient montés jusqu’au château. Regroupés en silence, leurs visages partiellement recouverts par des capuchons, ils tenaient, dans leurs mains, des lumignons qui émettaient une faible mais distincte lumière sous l’averse. Irène poussa son petit-frère à faire quelques pas en avant puis, elle-même, se retira plus en arrière. Les villageois purent enfin voir qui se tenait devant les portes du château et tous s’agenouillèrent comme un seul homme. Ernest sentit son sang se glacer. Debout, immobile, il balayait du regard ses hommes, femmes et enfants. La pluie frappait son visage et balayait des larmes qu’il ne sentait même pas couler. D’instinct ou d’angoisse, il leva finalement la main droite pour saluer son peuple. Ainsi, sous la pluie, il avait l’air de leur prêter serment et ses épaules se redressèrent, de dignité.






FIN




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