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 Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant

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Ansgar Fière-Main
Nain
Ansgar Fière-Main

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Âge : 75
Date d'inscription : 20/10/2016

Personnage
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Âge :  204 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
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MessageSujet: Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant   Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant I_icon_minitimeJeu 20 Oct 2016 - 12:26


Nom/Prénom : Ansgar Fière-Main, dit Marteau Flamboyant
Âge/Date de naissance : 805 du Xème cycle (204 ans)
Sexe : Masculin
Race : Nain
Faction : Cités Naines
Particularité : A un œil crevé

Alignement : Loyal Neutre
Métier : Grand Forgeron royal de Lante, thane du clan Fière-Main
Classe d'arme : Corps à corps / Défensif

Équipement :

Comme tout Nain de la caste des forgerons, Ansgar est équipé de ce qu’il se fait de meilleur en matière d’armes et d’armure. Confectionnées avec soin, ses protections sont intimidantes pour l’ennemi, qui se décourage vite à vouloir les percer. Son plastron est peint de rouge, couleur de son clan, et sur les épaules, une belle fourrure de loup apporte de l’esthétisme à ce qui ne serait que pur ornement militaire. Fait sur mesure, son caparaçon est hors de prix, et fait la fierté de son porteur, qui voit en elle l’une des dernières armures de qualité de l’époque de Kirgan.

Ansgar s’est fabriqué un cache-œil en acier, décoré d’argent à quelques endroits. Un travail d’orfèvre qui lui coûté une petite fortune, mais dont il n’est pas peu fier. Son arme, de sa fabrication également, est un bec de corbin très spécial. Il est doté d’un double bec, et est gravé des noms de tous les membres de sa famille perdus lors de l’éruption du Kirgion. Décorée de runes de Tâ, l’arme fut d’abord baptisée Glorak, avant d’être rebaptisée Lamak après la catastrophe. Le manche d’ébène a déjà été changé une fois il y a un an, et est en parfait état à présent. Il a d’autres armes à son arsenal, épées, haches, masses, sorties tout droit des forges de ses fils et de son clan. Mais son arme principale est, et restera toujours son bec de corbin, avec lequel il se sortit de situations très ennuyeuses.


Description physique :

Tous le savent et l’ont remarqué, Ansgar est un Nain doté d’une certaine prestance. Il se tient droit, du haut de son mètre quarante-cinq, et le regard toujours fixé sur sa cible, qu’il s’agisse d’un autre Nain ou de l’horizon impénétrable. Son unique œil noir a d’autant la capacité de foudroyer que d’hypnotiser son observateur. Du moins, si ce dernier ne tique pas sur le cache-œil métallique porté par le vénérable Nain sur l’œil gauche. Son visage est celui du vieux Dawi réprobateur, avec ses traits marqués, ses sourcils froncés, et sa barbe poivre et sel. Il passe d’ailleurs pour être l’un des Nains avec la barbe la plus belle et la plus élégante de la société lantaise. Il n’en tire pas d’orgueil, et c’est peut-être pour cette raison qu’il attire le respect des autres.

Son corps n’est certes pas très grand, mais il est bien musclé. Le résultat d’une vie passée dans les forges et les fonderies de Kirgan. Comme tout Nain qui se respecte, il est notamment doté d’une ‘panselette’, comme il l’appelle, c’est-à-dire d’une légère couche de gras sur le ventre, eu égard aux quantités astronomiques de bière qu’il peut s’enfiler lors d’une grande fête. Ses cheveux noirs sont striés de mèches blanches et grises, symbole de son âge et de sa sagesse. Il les met en arrière, et ne les a plus entretenus depuis la fin du Kirgion, si ce n’est en les lavant de temps en temps, afin de ne pas ennuyer tout le monde avec une odeur de graisse que lui-même déteste…


Description mentale :

Ansgar est un Nain aigri. Son esprit ressemble aux falaises maritimes, rongées par la mer et les ans. Les événements dégradants des dernières années ont fini par éroder sa joie de vivre et son optimisme, à tel point qu’il en est devenu cynique et de sinistre compagnie. Il a bien moins d’amis qu’en temps jadis, et cela parce que ses deux meilleurs amis ont disparu. L’un est mort, assassiné. L’autre est l’auteur de cet assassinat. Et pire encore, le voleur de ce qui devait être le chef-d’œuvre de sa vie de Nain, sa raison d’exister, et son héritage sur la terre de ses ancêtres. Avec la perte de son armure magique, Ansgar est devenu inconsolable. Depuis l’incident, il refuse de forger à nouveau quelque chose de lui-même, et délègue à ses fils.

Mogar est devenu son ennemi juré, la source de tous ses maux, son objet de blasphème favori. Il le tient pour responsable des horreurs qu’a subi son peuple, et a maintes fois œuvré pour que son culte s’en trouve affaibli. Il n’avouera peut-être jamais avoir été la clé de voûte de la destruction de son temple à Lante, et pourtant, il ne s’est jamais senti autant vivre qu’en ordonnant aux siens de mettre à bas ses idoles. Mogar allume un feu de vengeance dans ses yeux, normalement noyés par la mort et le ressentiment. Il est animé d’une colère froide, moteur d’une revanche de glace contre le dieu ardent. Il pourrait bien le fouroyer sur place ; Ansgar n’a plus rien à perdre, si ce n’est ses deux fils, et son clan, qu’il a réussi à sauver de l’anéantissement complet.


Capacités magiques :

Néant.


Histoire :

An 805 du Xème Cycle
Kirgan, Royaume Nain


« Montre-le-moi ! »

Barroskar, éminent forgeron du Kirgion, était nerveux, voire fiévreux. Après tant d’années, tant de temps, le voilà confronté à ce qu’il avait souhaité toute sa vie durant. Le destin avait voulu qu’aujourd’hui, après des heures d’attente et de questions, il puisse enfin rencontrer sa progéniture. Celui qu’il laisserait à son peuple une fois qu’il aurait trépassé. La nouvelle hache qu’il offrirait au grand Mogar. Une sage-femme lui apporta un petit paquet de tissus, dans lequel quelque chose s’agitait en gémissant. Barroskar inspira un grand coup, attrapant délicatement cette chose si fragile, et si précieuse. Il la regarda avec des yeux admiratifs, alors que ses petits membres s’agitaient, et que sa tête dodelinait d’un côté vers un autre. Barroskar sourit lorsque le bébé lui effleura la barbe de ses petites mains, qui plus tard manieraient sans doute un marteau.

« Cela fait longtemps que je souhaitais te rencontrer, mon fils. Trente années ont passé, et je ne pensais plus te voir venir à ma rencontre… Mogar soit loué, du granit m’est enfin venu un héritier ! »

Il regarda les siens, tous attroupés derrière lui, tentant de voir par-dessus les épaules des autres le minuscule nouveau-né entre les mains de leur chef. Ce dernier se tourna enfin, présentant son fils avec un sourire sincère, qui pourrait réchauffer tous les cœurs.

« Clan Fière-Main ! Admirez mon fils, Ansgar ! »

Les Nains s’agglutinèrent devant le nouveau père, tentant d’apercevoir la frimousse du bébé. Celui-ci, face à tant de personnes, se mit à pleurer à chaudes larmes, effrayé. Barroskar essaya de le calmer en le secouant un peu, comme il avait déjà vu quelques femmes le faire. Mais cela ne sembla pas arrêter le nourrisson, qui s’agita encore plus. Avec un sourire crispé, il regarda les membres de son clan, les invitant à reculer. Puis, l’une des petites mains d’Ansgar agrippèrent des poils de la barbe de son père, et les tirèrent vers le bas. Barroskar écarquilla les yeux, et baissa doucement la tête, la bouche grande ouverte. Devant l’expression grotesque de son père, Ansgar se calma peu à peu, et commença à rire, secouant les poils de barbe joyeusement.

Les Fière-Main se mirent tous à rire aux éclats devant la scène, et la sage-femme ne put se retenir de glousser, la main devant sa bouche. Barroskar sourit à son tour, malgré la douleur.

« Sa poigne est déjà fière comme la nôtre, mes amis ! »

Et les rires fusèrent à nouveau, dans leur riche et grand hall de Kirgan…




Les Nains des Fière-Main étaient réputés pour produire les forgerons les plus doués de ce côté du Zagazorn. Ils partageaient un riche héritage, fait de grands armuriers, de grands artistes, et de riches thanes, dont l’orgueil n’avait d’égal que le savoir-faire. Néanmoins, à la naissance d’Ansgar, peu de gens se doutaient que le clan atteindrait un prestige nettement supérieur, une fois que le jeune garçon serait devenu adulte. Pour l’heure, il grandissait dans un environnement sain, et commun à tous les enfants de bonne famille. Les premiers temps furent pour les femmes, et Mythinda, sa mère, s’attacha d’un lien fort à sa progéniture, dont elle n’arrivait désormais plus à se passer. Très dure pour elle fut la fin de ce temps béni, lorsque Barroskar reprit promptement de ses mains le nourrisson, pour le faire entrer dans le monde des mâles.

Les Fière-Main étaient respectés. Et ils étaient respectés car ils honoraient les traditions en toute circonstance. C’est dans ce monde d’honneur, de coutumes et d’héritage, que le jeune Ansgar apprit à se familiariser avec la société des Nains. Fils unique, Ansgar faisait la fierté de son père, et devait à tout prix le rester. Barroskar n’aurait sûrement jamais souhaité qu’un fils des Creuse-Montagne fusse mieux élevé que son propre héritier !

Le temps fila comme la course du soleil, avant que n’arrive enfin l’époque de son premier duvet, et l’empoignade de son premier marteau. Barroskar avait voulu qu’il sache le manier au plus tôt, qu’il puisse montrer à tous ce que son sang renfermait de meilleur ! Nuit et jour, sous le regard critique des siens, il s’entraînait avec acharnement pour mériter un sourire, ou un regard admiratif. Chaque compliment était une victoire de plus, et chaque claque sur l’épaule un soulagement bienvenu. Tous le jalousaient pour son avance, tous le jalousaient pour ses exploits. Et c’est couvert d’honneur et de louanges qu’il entra dans l’âge adulte, prêt à devenir la nouvelle Hache du Royaume.




An 835 du Xème Cycle
Kirgan, Royaume Nain


« A mon fils Ansgar ! Puisse Mogar lui donner grande fureur, bon appétit, et foie solide ! »

Tous les Nains s’esclaffèrent, et levèrent leurs verres au-dessus de leurs têtes en beuglant. Tous étaient venus pour le Kumenouth d’Ansgar, et pour vider enfin les fameux tonneaux de bière que Barroskar avait mis de côté pour l’occasion. Les Fière-Main étaient tous là, mais également quelques Creuse-Montagne, et deux ou trois Brisebocle. Ansgar, assis à côté de son père, tentait de le suivre à la boisson, mais devait avouer que son géniteur avait quelques longueurs d’avance sur lui. Il se tourna alors vers son ami de toujours, Alfgar, fils de Thaurod. Lui posant une main sur l’épaule, il lui dit :

« Alors, l’ami, comment ça se passe avec Kalsda ? »

Alfgar roula des yeux.

« Arh, j’veux pas en parler… Elle dit qu’elle préfère les soldats aux forgerons. Mais, rien à faire, j’irai m’arranger avec son père. Ce sera beaucoup plus simple que l’idée vienne de lui, je crois. »

Ansgar acquiesça.

« Pas bête. »

Alfgar reprit une gorgée, avant de regarder la tablée. A l’autre bout du chahut de tout ce banquet, une jeune Naine au teint frais, et au duvet naissant, se tenait droite et calme au milieu du bruit et des postillons volant dans tous les sens. Par-dessus les éclats de rire de ses oncles, aussi bruyants qu’une horde de kerkands, Alfgar se tourna vers son ami, et dit :

« Tu vois la jolie brune, là-bas ? Ça, c’est mon genre de fille. Des belles formes, un port altier… Par Ikthor, on dirait la fille du Roi ! Tu la connais ? »

Ansgar secoua la tête, posant son regard gris acier sur la silhouette en fin de table. Dès qu’il posa les yeux dessus, il ne put s’en détacher. C’était si soudain, si inattendu… Alfgar le regarda un instant, avant de s’esclaffer, frappant sur la table. Ansgar le regarda alors, intrigué.

« Quoi ? J’ai pas le droit de reluquer ? »

« Vingt souverains que t’y arrives pas. »

« Hein ? Quoi ? »

Ansgar regarda son ami dans les yeux. Ce dernier maintint son regard, attrapant sa corne à boire dans une main, et buvant une gorgée, sans détacher ses yeux du jeune Nain. Ansgar plissa alors les paupières, reposant sa chope sur la table après en avoir pris une large goulée de bière.

« Hoooo, d’accord… Tu vas voir, toi. »


Il se releva avec légèreté, se dirigeant à grands pas en bout de table. Quand son père le vit, il voulut l’apostropher, mais Alfgar posa sa main sur son avant-bras.

« N’en faites rien, grand thane. Un petit échec de temps à autres, ça peut faire du bien. J’ai parié vingt souverains, et vous me connaissez, je ne parie jamais sans raisons… »




Et ce soir-là, Alfgar perdit à la fois vingt souverains, et son titre de champion du petit pari. La fille était Baeldis, fille d’un Maître Forgeron du clan des Brisebocle. Ansgar et elle ne s’étaient pas unis tout de suite devant les deux clans, chacun persuadant au préalable le sien de consentir à un pacte de fidélité. Les deux partis ne furent pas durs à convaincre, et quelques années plus tard, leur union fut célébrée en grandes pompes. Des Nains alliés de toute la Cité avaient afflué vers les halls espacés prévus pour les festivités, et durant trois jours et trois nuits, l’alcool et la musique s’écoulèrent comme des rivières.

En ces jours bienheureux, où il entrait pleinement dans la société naine, Ansgar goûtait la joie d’être reconnu comme un véritable forgeron. Sous la tutelle de son maître, Risbur le Marteleur, il se lança dans la confection de nombreuses armes et armures. Ses travaux de forge touchaient à tout, et étonnamment, toujours dans l’excellence, allant de la simple chaîne à la délicate incrustation des armures. Ansgar apprenait vite. Bien trop vite au goût des autres élèves de Risbur, qui jalousaient avec raison le travail du prodige. Les relations qu’il entretenait encore avec Alfgar s’étaient raréfiées, alors que ce dernier ne parvenait pas à atteindre le même niveau que son ami.

Son apprentissage se déroula sans peine. De tous ses élèves, Risbur dut bien avouer que le jeune Ansgar était sûrement le meilleur qu’il n’eut jamais eu. Après lui avoir enseigné ses derniers secrets, ce sage maître reconnut qu’il n’avait plus rien à lui apprendre. L’élève devint le maître, et brilla de mille feux dans les forges brûlantes. Sa façon de marteler le fer à chaud impressionnait tant ses congénères, qu’après quelques années de pratique, un surnom sortit des murmures pour se calquer sur lui : Marteau Flamboyant.

Ce furent également durant ce temps que la belle Baeldis donna naissance aux deux fils du brave Ansgar. Le premier, Hamdin, était né un beau jour de Karfïas, en l'an 888. Fierté de son père, il était appelé à suivre son glorieux chemin. Le second, Thorald, avait vu le jour durant le long hiver de l'an 904. Comblé autant par sa réussite professionnelle que par sa réussite familiale, il était considéré comme l'un des Nains les plus chanceux, touché et béni des dieux.

Armé de savoir, de maîtrise et de renom, il devint aux yeux de son clan tout entier un modèle, un exemple à suivre. Dans son ombre, les autres le regardaient avec admiration, parfois avec envie. Là où il commençait quelque chose, il le réussissait à chaque fois. A cette époque faste, cet âge d’or personnel, Ansgar se mit alors à la recherche d’un but plus grand encore. Un but à la hauteur de son talent, et de sa réputation…




An 931 du Xème Cycle
Kirgan, Royaume Nain


Dans son grand cabinet taillé à même la roche de la cité de Kirgan, Durgilzâd étudiait de nombreux parchemins posés sur son bureau de granit. S’il était un brillant praticien de la magie runique, il n’en restait pas moins un éternel bordélique, et c’étaient des livres par dizaines qui jonchaient le sol de son antre, temple voué au travail, à l’étude, et au chaos. Il était penché au-dessus d’un parchemin traitant des origines et diverses utilisations faites de la rune de Yot au cours de l’Histoire, une petite loupe à la main. Son autre main, quant à elle, lissait sa grande barbe blonde, un tic qu’il avait commencé à développer aux alentours de ses cent ans. Concentré, il était arrivé à un passage fort intéressant, lorsque soudain, un bruit de papier froissé attira son attention, lui faisant tourner la tête.

Là, il vit Ansgar Fière-Main, un sourire crispé dans sa barbe noire, et le pied levé. Durgilzâd plissa les yeux, et vit un livre à terre, qui venait d’être écrasé par la botte du Nain. Il grogna.

« Tu viens de marcher sur un livre traitant de l’art runique des Nains d’Ankorong… »

Ansgar sourit.

« S’il est si important, que fait-il à terre ? »

« Très drôle, forgeron. »

Le blond sauta de son petit tabouret. Il était bien plus petit qu’Ansgar, et bien moins costaud. Néanmoins, il avait les traits typiques du Petit Peuple, et ses pâles yeux bleus exerçaient comme une attraction magnétique sur ceux des autres. Dugilzâd se racla la gorge.

« Que fais-tu dans mon office ? »


Ansgar croisa les bras, le regard planté sur le runiste. Il le désigna de son menton.

« J’ai entendu beaucoup de bien de toi, Durgilzâd, du clan Courte-Epée. On dit que tu fus le meilleur élève de Yotharr le Sage, et que peu de Nains dans le Kirgion ont ta connaissance des runes et des enchantements. »

L’intéressé arqua un sourcil.

« Si tu le dis… Que veux-tu de moi, Ansgar des Fière-Main ? »


Le courtaud desserra les bras, et se tourna légèrement vers l’arrière, pour se saisir d’un gros vélin attaché à l’arrière de son ceinturon. Il se dirigea vers la table du runiste, tout en lui parlant.

« Je ne connais pas mon pareil dans la Cité pour les Tha-dur, les Got-dum, les Thastok et autres armes de notre arsenal. J’ai souvent travaillé avec les meilleurs, et j’ai acquis une grande renommée, ces derniers temps. Néanmoins, je me suis lancé dans un projet… particulier. Qui va sûrement demander quelques années. Voire plus… »


Il posa le vélin sur la table de pierre, au-dessus des parchemins. Intrigué, le front de Durgilzâd se plissa, et il se dirigea vers la table pour voir de quoi il en retournait. Il y vit un plan. Un patron, pour être plus exact. C’était une armure aux motifs particuliers, et au style original encore jamais vu. Ses yeux s’arrêtèrent un instant sur le casque aux traits particulièrement séduisants… Puis, son regard passa sur le magnifique bec-de-corbin sur le côté du plan. A l’opposé, un bouclier rectangulaire était dessiné. En son centre, la tête du Roi y était dessinée, et Durgilzâd tourna sa tête vers Ansgar.

« Une armure pour le Roi ? »

Ansgar sourit.

« Mieux que ça, prêtre des runes. Une armure digne d’un Roi. »




Car, si Ansgar avait évolué toutes ces années, c’était pour devenir le nouveau Forgeron du Roi. Son prestige était assuré, et avec Yordin, le Souverain des Dawis, ils tissèrent une forte amitié. Nombre d’œuvres d’art vinrent parer le ceinturon et les râteliers du Roi de la Montagne. Mais plus que son amitié avec le Roi, Ansgar développa également des liens très forts avec Durgilzâd, l’un des runistes qu’il avait recruté pour son fameux projet. Au cours des étapes de la forge, il était là en toute circonstance, et chaque réussite ou prouesse technique était une nouvelle victoire qui s’arrosait de bière et d’hydromel. Ils devinrent peu à peu inséparables, obsédés qu’ils étaient par l’aboutissement de leurs travaux. Même le Roi, à qui Ansgar ne pouvait rien cacher, se prenait à régulièrement se renseigner sur l’avancée du chef-d’œuvre.

Seuls quelques personnes étaient au courant de la réalisation de l’armure, de son arme et de son bouclier assortis, et tous étaient tenus au silence. Un silence qui dura près de septante ans. La quantité de mogarium à amasser, et les différentes étapes de forge, et plus tard de graverune, forçaient un travail compliqué, minutieux, et de longue haleine. Il proposa également à Durgilzâd d’enchanter le fameux bouclier du Roi Yordin. Le Courte-Epée était d’abord réticent à l’idée, mais devant l’insistance de son ami, il finit par accepter de le faire, supervisant la forge du pavois royal, tout en l’enchantant avec maestria, sous l’œil vigilant d’Ansgar. Cette étape, ardue et cruciale, permit néanmoins à Durgilzâd de montrer de quoi il était capable, et de réaliser une prouesse que peu de prêtres-runistes étaient encore capables d’effectuer.

Hélas, la réalisation de ce projet colossal, titanesque même, n’avait pas réussi à retarder le temps. Le vieux Roi Yordin avait trépassé. L’Althikalan s’était réuni, et avait élu Bromar comme nouveau monarque du Peuple de la Montagne. Les relations d’Ansgar avec le nouveau Roi ne furent que très cordiales, mais jamais plus le Nain ne fut ami avec un souverain. Que ce soit Bromar ou Garmin, il ne partageait pas leur vision des peuples d’au-delà des frontières. Elfes, Hommes et Drows… Comment faire confiance à ces étrangers si peu enclins à respecter l’honneur et l’amitié ? Avec son orgueil patriotique, Ansgar ne tenait que les autres membres de son peuple en haute estime.

Par une journée extrêmement belle, et au lieu de rester assister aux festivités liées au passage du Voile, Ansgar avait pris la route de Lante avec une vingtaine de membres de son clan afin de livrer une commande à un thane fortuné. Ses fils, et son ami Durgilzâd, faisaient partie du voyage. C’était également l’occasion de renouer des contacts amicaux avec Alfgar, qui s’était renfermé sur lui-même depuis des années. Cependant, sur le chemin du Brissalion, et alors qu’ils admiraient l’exquise ombre du Voile avec des lunettes spéciales fabriquées par Gorindil le Vert, leur inquiétude grandit lorsqu’ils remarquèrent la longueur de l’événement. Deux heures s’écoulèrent, puis trois, puis quatre… Ansgar était anxieux. Il avait également senti de légères secousses. Au loin, les montagnes grondaient, et de la fumée semblait s’échapper, ce malgré l’ombre précipitée par l’éclipse.

Afin de se rassurer, Ansgar avait fait le chemin inverse pour rentrer à Kirgan, voir comment se portait son clan, sa famille. Il arriva un jour spécial. Un jour très spécial. Celui qui resterait ancré dans la mémoire du Petit Peuple, comme le jour le plus sombre de mémoire de Dawi…




An 1 du XIème Cycle
Kirgan, Royaume Nain


Il était là, sur les contreforts de la vallée, juste au-dessus de la Virnée qui filait vers Thanor. Il était là et il n’en croyait pas ses yeux. Tous, en réalité, n’en croyaient pas leurs yeux. Les Fière-Main, et le runiste Durgilzâd, assistaient à la plus grande hécatombe de leur temps. Les colonnes de réfugiés avaient quitté Kirgan en pagaille, alors que la lave sortait des montagnes pour aller s’engouffrer dans la vallée. Le sol tremblait, et la capitale elle-même, autrefois riche joyau du Royaume, s’écrasait miette par miette devant la terrible fureur de Mogar le Créateur.

Ansgar était terrifié, angoissé. Ses mains tremblaient, alors qu’il assistait à la destruction de tout ce qu’il avait de plus cher. En contrebas, nombreux étaient ceux qui se faisaient brûler par les scories, ou engloutir sous un éboulement. La lave n’épargnait non plus personne, et en l’espace d’une nuit, Kirgan devint un enfer. Ansgar était impuissant, mais avait envoyé l’un des siens voir les survivants. Lui, ne pouvait se résoudre à quitter des yeux ce spectacle atroce. Ses fils étaient à ses côtés, et se réconfortaient l’un l’autre, leur optimisme n’étant que pure façade devant le désespoir qui les accablait.

Et là, alors qu’Ansgar commençait à paniquer, son fidèle serviteur revint en triple vitesse. Ansgar n’osait même pas se retourner, alors que le Fière-Main haletant, lui, reprenait son souffle. Il était encore plus bouleversé que le forgeron.

« An… Ansgar… »

Le Nain répondit faiblement, les lèvres sèches.

« Oui ? »


« J’ai interrogé les autres clans rescapés. J’ai… j’ai entendu des choses… »

Le visage d’Ansgar se tourna à demi, les yeux luisants. Il cracha :

« Dis-moi ! Dis-le moi ! »


L’émissaire était déjà en train de pleurer. Il chassa une larme de son doigt noirci par la crasse.

« Le clan Fière-Main n’est plus… Le vénérable Barroskar et les siens ont tous été pris dans un éboulement… Il ne reste plus que nous, ô Thane… »

La nouvelle fit l’effet d’un coup de burin dans le cœur d’Ansgar. Même s’il le savait. Même s’il s’en était douté. Il n’était tout de même pas préparé à la nouvelle. Sa bouche s’ouvrit, et ses yeux se fermèrent. Ses membres devinrent lourds sous ses vêtements de voyage poussiéreux. Et devant les cendres de son peuple et de son héritage, un long râle s’échappa de sa gorge. Il était rauque, plaintif, bruyant… Tous furent secoués par ce qu’ils virent, et ce qu’ils entendirent, s’ils n’étaient pas déjà en train de pleurer les leurs. Ansgar était tombé à genoux, le dos voûté, la tête penchée vers le bas. Des sanglots saccadés s’échappaient de sa gorge, se mêlant à son râle d’agonie.

Soudain, il attrapa une grosse pierre, et la lança en direction de la Cité, hurlant cette fois d’une rage inouïe. Tous reculèrent d’un pas devant le Nain colérique, qui levait ses bras vers la vallée, poings serrés. Un gigantesque cri retentit alors au-dessus du vacarme de la fin du monde :

« POURQUOI ?! POURQUOI MOGAR ?! QU’AI-JE FAIT ?! NE T’AI-JE PAS ASSEZ PRIÉ ?! T’AI-JE JAMAIS MANQUÉ DE RESPECT ?! »


Il frappa plusieurs fois des poings à terre, s’ouvrant légèrement ses mains pourtant noueuses, témoignant de la violence des coups. Ses yeux fous se posèrent sur les ruines de Kirgan, qui se consumaient à vue d’œil.

« JE TE HAIS ! TU N’ES RIEN ! JE TE HAIS ! »

Il s’affaissa de plus en plus sur le sol, jusqu’à poser son front sur le sol rocailleux. Seule la poussière entendit sa dernière phrase.

« Je te hais… »

Personne ne toucha au nouveau Thane des Fière-Main, ce soir-là. Devant l’horreur et la désolation de leur foyer, tous étaient sonnés, désorientés. Même Hamdin et Thorald ne purent conforter leur père, trop occupés qu’ils étaient déjà à s’étreindre. Ils ne reverraient jamais leur mère. Il ne reverrait jamais Baeldis.

Ils ne reverraient jamais leur maison.

Il ne reverrait jamais le Kirgion.




Il ne fut plus jamais le même après cela. Rentré en catastrophe avec les réfugiés du Général Poing-de-Fer, il avait gardé le silence bien longtemps. Sur le chemin, alors que tous se précipitaient vers Lante avec frénésie, son clan se tenait un peu en retrait. Ils avaient perdu bien des choses, dont leur Zagazkroni, et tout le livre renfermant leur histoire et leurs traditions. Ne restait plus que les Nains eux-mêmes pour se souvenir, et malgré le goût amer dans leur bouche, ils n’oublièrent jamais ce jour, maudissant le responsable de temps de malheur et de souffrance. Beaucoup de Nains étaient hébétés. Les Fière-Main, eux, étaient en colère. Leur chef avait pointé un responsable du doigt ; et c’était Mogar le fautif.

Au cours de leur longue retraite vers le Brissalion, leurs amis devinrent soudain leurs ennemis. Et tout perdit son sens, lorsqu’un groupe de Nains commit l’irréparable. Ansgar se réveilla un après-midi, entouré de gens de son clan. Il ne voyait plus d’un œil, et la douleur était insoutenable. Il apprit plus tard qu’il l’avait définitivement perdu. Mais pire encore fut la perte tragique de son vieil ami Durgilzâd, transpercé de part en part. Deux Nains manquaient à l’appel, dont Alfgar. Et comme pour couronner la malchance de désespoir, le fruit du travail d’une vie avait été volé : l’armure royale, avec sa masse et son bouclier. A partir de ce jour noir, de cette trahison sans nom, et de cette folie furieuse, Ansgar se rendit compte qu’il avait tout perdu.

Même de retour à Lante, il ne toucha plus à un marteau durant des années. La mort hantait son regard, son dernier œil encore vivant et pourtant hanté par les fantômes du passé. Beaucoup de Nains le respectaient, et de nombreux clans soutinrent les siens dans leur lente reconstruction. Devenus d’habiles forgerons, les fils d’Ansgar firent parler d’eux à de nombreuses reprises, fabriquant des pièces d’armure d’une qualité reconnue dans tout le Royaume. C’est après la destruction du temple de Mogar à Lante, qu’Ansgar recommença à parler et à agir. Mais il n’était plus le même Nain. Il était devenu plein d’amertume, de haine et de ressenti. Il trempait de plein pied dans cette faction méconnue grandissant dans la Cité, celle des Fils d’Ikthor, ennemis de Mogar et protecteurs des intérêts du Petit Peuple.

Il n’avait jamais rien oublié. Rien pardonné.

Tout comme il avait vu d’un mauvais œil que le fils de Hardrek devienne roi. Il s’était peut-être opposé de façon virulente à l’ascension éphémère de Varek Cri-de-Rune, mais il avait le sentiment de ne pas avoir assez martelé la table de son poing, lorsque Thorgrel Poing-de-Fer ceignit la couronne. Ansgar était alors un vieux Nain, aigri par le temps, les épreuves, et les désillusions. Thorgrel semblait incarner le renouveau, qui lui faisait l’effet de l’éclat du soleil au réveil du matin. Ce n’était pas complètement de la jalousie, comme ce n’était pas entièrement un refus pur et simple. En vérité, il ne savait que penser de ce jeune garçon, que l’on disait bourré de qualités. Peut-être serait-il un grand roi, après tout…

Mais pour l’heure, Ansgar réservait son jugement. Et avec lui, de nombreux compatriotes, réunis sous sa bannière, attendaient pour mieux voir.


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MessageSujet: Re: Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant   Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant I_icon_minitimeDim 11 Déc 2016 - 8:48

Alors, vraiment très bonne fiche, notamment le passage ou Ansgar crie sa haine envers Mogar !
Bref, pas besoin d'en dire beaucoup plus pour le coup ! Tu connaitre chemin.

Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant Tampon13

Foire au RP ~ Pour tout ce qui est recherche de compagnons RP. En bref, que du bonheur !
Inventaire ~ Pour suivre ton évolution {obligatoire}.
Journal de bord ~ Pour archiver tes liens de RP qui content l'histoire de ton personnage {facultatif}.
Et enfin, si tu as des question, n'hésite surtout pas à demander l'aide d'un parrain, ou à tout simplement poser tes questions dans la partie créée à cet effet.


Code:
[Métier & Classe] : Grand Forgeron Royal de Lante, Thane du clan Fière-Main

[Race & Sexe] : Nain & Masculin

[Classe d'arme] : Corps à corps & Défensif

[Alignement] : Loyal Neutre
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Ansgar Trommstokan, le Marteau Flamboyant
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