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 Dans Merval il y a mer. Et val, aussi.

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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Dans Merval il y a mer. Et val, aussi.   Mer 2 Nov 2016 - 13:40

5ème jour de la 1ère énéade de Favrius, 9ème année du 11ème cycle.



Maître Abellon

On était entassé comme sur un bateau d'esclaves.
Plus d'une vingtaine de serviteurs et de compagnons formaient les trois suites des différents émissaires du marquis d'Odélian, ajouté à trente marins et au moins le double de rameurs, le tout sur un esquif d'une trentaine de mètre de long où ils cohabitaient les uns sur les autres depuis quatre jours et cinq nuits. Gaston avait favorisé la rapidité et la discrétion aux dépens de l'apparat et du confort. Lesquels étaient inexistants, s'aperçut Abellon à mesure que les jours de traversée passaient sur le roulis de la mer olienne. Il aurait pourtant dû se douter que le voyage serait incommode dès le début.

Aux petites heures de la nuit, il avait été sorti de sa couche pour être informé qu'une heure avant l'aube, il partirait pour Seram, où une galiote l'embarquerait en direction du sud. Il avait voulu faire un peu de résistance passive contre cette mission imprévue, mais la surprise, et le zèle de son valet, qui déjà empaquetait les effets favoris de son maître, l'en empêchèrent. Ces gens-là auraient été capables de partir avec ses coffres et sans lui. « Prends de l'or, mon petit. » conseilla Abellon d'une voix éraillée en se résignant à se vêtir.

Dans la cour enténébrée et vide, une seule torchère éclairait l'arbalétrier qui la tenait et le chariot qui attendait Abellon. Son valet, devant cette scène sinistre, jeta un regard en coin au banquier. Le secret qui accompagnait ce transport faisait penser à une disgrâce. L'idée qu'on transférait son maître à la bastille du Bélier inquiétait le jeune serviteur. « Va charger le coffre, mon petit. » La voix du vieux marchand quant à elle était calme. Non pas qu'il prenait avec philosophie l'hypothèse de finir sa carrière à la cour d'Odélian dans un donjon. Il savait simplement ce qu'attendait le seigneur de lui. Gaston l'avait assez interrogé sur le sud et son point de vue sur le sujet pour comprendre qu'il ne partait pas pour être embastillé mais pour ambassader au nom du marquis. Mais Ventredieux, la démarche aurait pu être un tantinet moins mystérieuse !

Une fois en carriole, on lui remit une lettre scellée aux armes de son patron de Berdevin qui confirma ses soupçons. « Vous partez pour Merval et Scylla. Vous savez quoi faire. G. » Le cocher fit claquer sa langue et la voiture s'élança dans une course à tombeau ouvert. Un pénible voyage s'était amorcé.

L'interminable cahot des roues contre les pavés fut remplacé par le tangage du bateau. Dernier arrivé sur le pont surpeuplé de la galiote, Abellon reconnut la silhouette noire et râblée qui lui tendit la main. Béralde le Lantais était donc de la partie. Les cris du capitaine empêcha Abellon d'en apprendre plus, les rameurs manoeuvraient déjà pour sortir la demi-galère de la rade.

Lorsque l'agitation de l'embarquement fut passée, les deux courtisans purent converser comme des gens civilisés. Béralde, de ce qu'il en disait, avait appris ses ordres de la même façon que son collègue. Il partait quant à lui pour le Soltaar, plus pour fouiner sur le nouvel ordre qui y régnait que pour autre chose disait-il, et apprit à Abellon que la marquise elle-même était du voyage. Le château de poupe avait été réservé pour elle et sa suite, on dormirait donc à la belle étoile, avec le reste des hommes des ambassades et de la chiourme. Le vieux marchand commençait à saisir le voile de mystère qui couvrait cette expédition.

La marquise Madeleyne retournait au bercail, à Ancenis. Or, entre Ancenis et Odélian, c'était Olysséa. Olyssea dont les ponts étaient tenus par l'obscur baron Sigval, vassal des Saint-Aimé, dont l'hospitalité laissait à désirer dernièrement. Olyssea où ça chauffait : le blocus qu'imposaient les flottes langecinoises au port de Sharas avait été un coup de pied dans la fourmilière. Les escarmouches qui se produisaient sur le littoral rendaient les routes peu sûres pour le cortège d'une dame comme Madeleyne, sans compter les gens d'armes du pays qui devaient errer par la campagne à la recherche des pillards et des espions. Dangereux, comme trajet.

D'où la voie marine et la discrétion. Malgré les escadres de Langehack patrouillant en force dans les eaux du golfe et mouillant aux abords de Sharas, la petite galiote n'était une menace pour personne et portait surtout le pavillon d'Etherna, seules couleurs que la duchesse de Langehack laissait circuler librement dans le nord de l'Olienne. Lorsqu'ils arrivèrent devant le port assiégé, le capitaine du navire abusa même de cette liberté de navigation en passant assez près des dizaines de galères et de dromons rassemblés, à la grande satisfaction d'Abellon. Hautvalois de naissance, il avait été Olysséen de cœur, où son premier mariage l'emmena pour tremper dans les affaires de son beau-père, un armateur local. Derrière les remparts, il apercevait la vieille ville et le logis des barons où flottait le sanglier Östmar. Entre les mâts dévoilés de la flotte de guerre, il voyait un port déserté. Le fourmillement excité de la petite Ydril de l'Olienne semblait s'être reporté en haut des murs et dans les tours où des hommes criaient des injures rendues incompréhensibles par les vaguelettes qui clapotaient à leurs pieds. Un vireton énorme fut projeté par un scorpion et alla plonger dans la mer. Des trompettes sonnèrent l'alerte et la galiote s'écarta un peu plus de la côte agitée.

On souffla un bon coup et le voyage continua cap au sud. On arriva nuitamment à Berdes ; les ombres de la marquise et des siens mirent pied à terre et disparurent parmi une escorte de flambeaux dans les rues de la bourgade portuaire. Le vieil Abellon souhaita bon vent aux entreprises que s'était fixé la jeune dame d'Ancenis, quelles qu'elles puissent être, avant de s'endormir au milieu de la chiourme. Le lendemain, tous reprirent le cours de la route avec entrain. Les marins étaient heureux d'être débarrassés des femmes qui avaient séjourné sur le navire, Béralde et Abellon étaient heureux de reprendre la cabine dans laquelle elles avaient séjourné. Le régime qu'imposa le capitaine visiblement pressé coupa leur sourire aux uns comme aux autres.

Ce n'était pas le roulis infernal qui réveilla Abellon cette fois-ci. Pas le bruit des flots qui hurlaient sous le tranchant de la quille, ni le ahanement rythmé des rameurs poussés à l'effort extrême par les saccades d'un tambour devenu odieux à tous les passagers. Toutes les secousses et tous les sons qui se dégageaient de cette maudite barque, on s'y adaptait dès la troisième nuit. Tant bien que mal, et à force d'expédients. Par exemple, Béralde, natif de Lante, était plus habitué aux eaux vives de l'Olya, mais souffrait moins de cet horrible voyage. Son secret tenait dans la consommation irraisonnée d'un acquavit de chez lui, à la pêche prétendait-il, bien que l'air brûlant de l'alcool régnait sans partage dans la bouche du crétin qui l'ingérait. Abellon resta circonspect quand son compagnon lui proposa une lampée pour oublier l'enfer chaloupé de cette galère furieuse. Il céda lors de la troisième nuit, prêt à tout pour pouvoir fermer les yeux une heure entière. La biture tint sa promesse puis prit ses gages. Les six heures de sommeil comateux furent suivies de journées sans fin où l'apathie et la nausée se bagarraient sans relâche pour le contrôle du vieux marchand prostré.

Cette fois-ci, il était sorti de sa narcose à cause d'une odeur rouge. Ca sentait le rouge. Et pour cause, sur le pont de la demi-galère, quelqu'un criait : « la Flamme ! » On arrivait enfin à Merval. Cette nouvelle arracha Abellon de sa torpeur. Il abandonna l'obscurité puante du château de poupe où il avait agonisé les derniers jours pour voir par lui-même sa destination arriver. Un regain d'énergie l'emporta jusqu'à la proue. Autour les rames cessaient de labourer les vagues, la chiourme respirait enfin, lâchait des remerciements aux mille dieux des tréfonds et à la fin de cette équipée éprouvante. Le tambour lui-même s'était tu sur l'ordre du capitaine, et tous l'aimèrent comme jamais. La coquille de noix se laissait porter par les vents chauds d'Estrévent. On voguait paisiblement vers l'ouest, à tribord, une longue ligne rouge suggérait les falaises d'ocre dont le littoral mervalois était ceint.

Le mousse qui avait annoncé la Flamme de Clavel, cet immense feu qui brûlait au faîte du pic tutélaire de la cité de Merval, il avait de sacrés yeux ou était un fieffé menteur. Abellon, s'il n'était pas de prime jeunesse, était fier de sa vue encore perçante et lui ne voyait rien. Rien que le lacet cramoisi des côtes pourléchées d'une écume argentée. Il avait envie de jeter le petit plaisantin par dessus bord lorsqu'un des rameurs cria à son tour « la Flamme ! » Merde. Blessé dans son orgueil, le marchand brida ses paupières, se pencha par dessus le bastingage pour y voir mieux. Dans la lumière du matin, il n'aperçut qu'une mince ligne grise. Il lui fallut une heure pour enfin contempler la lumière du phare naturel, un gros feu offusqué par l'éclat d'un soleil glorieux. La simple estafilade grisâtre était à présent une immense colonne de fumée anthracite qui prolongeait le Pic de Clavel. Flanqué contre l'éminence, aussi rouge que la roche rouge de l'éminence qui dominait les trois ports de la cité, le palais des barons, le Porphyrion, surveillait le troupeau de ses dômes, reniflait les innombrables tourelles qui lui arrivaient aux chevilles, affrontait la coupole massive du Temple des Cinq Dieux. A ses pieds, les créneaux rougeâtres de l'Arsenal soutenaient la majesté du palais sur la cité. Sur les pentes rocailleuses, communs et villas s'étaient agrippés comme pour monter vers l'imposant édifice. En aval, la lumière matinale faisait éclabousser la blancheur de la pierre, le bronze des tuiles des bâtiments parés de voiles de cent couleurs différentes.

Trois mille ans. Trois milliers d'années disait-on que cette vieille race de la côte de sel s'adonnait, comme leur cousins orientaux, à un sport qu'elle semblait avoir inventé : la recherche égotiste du beau. Ca faisait effet sur Abellon, qui se tourna vers le capitaine et Béralde. « Chiément coquet, hein ? » Le Scylléen et le Lantais eurent un haussement d'épaules similaire de mauvaise foi campaniliste. « Mouais. » « Ca vaut pas Pharembourg... »

Le capitaine évacua Abellon et ses gens sur la première barge qui se proposa de débarder la galiote. Celui-là n'avait plus qu'une envie, c'était d'expédier son colis et profiter des vents pour rejoindre Scylla. Les adieux de Béralde furent plus dignes, mais le Lantais marmonnait dans sa barbe, abattu par l'idée que cette affreuse escapade durerait encore des jours et des jours pour lui. Difficile de lui reprocher. Abellon lui-même perdit tout son entrain une fois aux quais. D'une voix blanche, il dit à son écuyer « Trouve-moi une hôtellerie. » avant de somnoler sur ses coffres.


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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Dans Merval il y a mer. Et val, aussi.   Dim 5 Fév 2017 - 20:31

Les mots courent à Merval, se passent de bouche en bouche, traversent les allées pentues et les cours secrètes de la ville basse pour se nicher, comme l’enfant dans le creux du rocher, auprès des puissants de la cour princière. Comme une goutte d’encre emportée par le vent, ainsi des rumeurs venues du port, arrivant plus ou moins intactes et intègres, prêtes à être divulguées, disséquées puis débattues pendant ces conciliabules aussi longs que pompeux dont seul Merval avait le secret. Ce n’est qu’on avait tant l’amour des mots que de s’entendre parler et pour la cour de cette Principauté sans grande influence, ces conseils lui donnaient l’impression d’exister et d’être importante…une autre de ces cérémonies parodiant celles de l’ancien Empire dont le seul but était d’entretenir, vive, sa mémoire. On s’amusait ainsi à reproduire les anciens usages, à se vêtir à l’impériale et classer les nobles par rangs de Clarissimes, d’Illustrissimes, d’Excellentissimes, d’Honorabilissimes, de Noblissimes, chacun possédant ses privilèges et ses sièges propres lors des séances du Grand Consistoire, suffisamment rares pour que la Principauté n’y perde pas tout son or ; suffisamment fréquentes pour que les nobles continuent d’y assister et d’y admirer la splendide mise en scène d’un pouvoir chevrotant…ton pouvoir, Cléophas.

C’est ainsi qu’on sut vite au Palais que dans le quartier du port, un homme disait venir du Nord et vouloir s’entretenir avec toi. Depuis la prétendue disparition de l’Eparque, tu mis un point d’honneur à placer dans chacun des rades et des bouges de la basse ville, des hommes qui te soient fidèles et qui soient discrets. Ils allaient, sous la vigilante direction du Maître des Offices à la chasse aux informations, des plus insignifiantes –et elles l’étaient souvent- aux plus cruciales. De toute évidence, en voyant s’agiter les membres du Petit Consistoire, tu compris que quelque chose se tramait. Les pauvres étaient peu habitués à traiter de ce genre de situations délicates – Odélian à Merval…on pouvait comprendre leur désarroi. Cela te paraissait être une farce. Si le pays comptait son lot de marchands étrangers, on les trouvait bien souvent plus basanés qu’autre chose et tu savais bien que les gens d’Odélian étaient tout sauf basanés. Une fois la nouvelle passée tu cherchas à comprendre. Odélian…avec ses marquisats frères de Sainte-Berthilde et de Serramire, Odélian s’était muré dans un silence insupportable pour la Couronne au point que tu les croyais depuis bien longtemps indépendants, ayant quitté la maison de leur père pour s’en bâtir une autre qui leur appartienne et tu ne pouvais vraiment leur en vouloir : le Royaume ne s’était jamais intéressé qu’en mal à ces territoires lointains. Odélian…tu ne te souvenais même pas d’y avoir déjà mis les pieds : des flashs te peignaient des paysages oscillant entre le vert et le bleu, des plaines fertiles traversées de fleuves au lent cours balayées par des vents chauds venus de l’Est, d’autres froids venus des montagnes. Tu te souvenais simplement d’Etherna et du remous que ce nom avait provoqué au Palais il y a quelques années…avant le grand silence.

Qu’est-ce qu’Odélian pouvait bien vouloir ? Qu’avait-il à faire avec la Couronne ? Tu t’étonnais encore de ce que les seigneurs de la Péninsule s’adressaient à toi. Si le Sud avait besoin d’une cour et d’une Couronne pour se sentir exister, on savait bien que le Nord se suffisait à lui-même et n’avait jamais vraiment requis que quelqu’un bénisse son arme pour frapper ses voisins. Que cherchait-il, cet Odélian mystérieux ? Attendait-il un renfort de soldats – tu n’en avais pas ? Un renfort d’argent –il t’en restait peu ? Un renfort naval – il te manquait près de la moitié de la flotte ? Ou souhaitait-il s’arroger pour ses projets, quels qu’ils soient, la légitimité du Roy – contestée ? L’Olienne pouvait se targuer d’être calme et propice aux croisières de plaisance, sa traversée n’avait rien d’anodin ; les Thaaris pouvaient prétexter vouloir y puiser le sel, quelques épices et s’ouvrir par là à un Royaume amputé d’une partie de ses routes commerciales mais Odélian…Tu creusais et creusais pour tenter de trouver du sens à cette visite mais il fallait te rendre à l’évidence : une sibylle même aurait eu du mal à y voir clair. A défaut de sibylle tu pouvais au moins compter sur un de ces hommes étranges qui ne parlait qu’en énigmes, une sorte de fou habité, disait-il, du feu des dragons et qui révélait aux passants et aux sages du pays leur avenir. Tu avais bien essayé d’entrer en contact avec lui mais inexplicablement il refusait de te parler, arguant qu’il y avait entre vous un miroir de flammes qui l’aveuglait. Explication poétique camouflant sa supercherie ? D’aucuns le pensaient. Tu étais trop superstitieux pour. C’est pour cela qu’on l’avait envoyé prédire du côté des geôles, enterrées sous l’Olienne…

La grande salle du Porphyrion était vide aujourd’hui, jour du culte des dragons. Après avoir participé aux cérémonies matutinales à la lueur du feu de Pharet, épuisé, tu regagnas le Palais pour t’abreuver de son silence réparateur. L’austère monotonie des colonnes de porphyre et de marbre bleu, réchauffée par quelques rayons de soleil, apaisait ta vue et ton esprit. L’air, lourd du parfum de la cire et du labdanum, calmait les spasmes de ton corps. Cette immense nef, ses phalanges de cuivre encadrant les vitraux et les portes, avait des allures de sépulcre. Ton sépulcre. Le sépulcre de ta gloire. Les silentiaires tenaient leur poste sans sourciller, si hiératiques qu’ils faisaient presque partie de la statuaire. On avait éteint les lampes, leur lumière vacillante n’éclairant pas les alcôves et le fond des voûtes, couverts d’or. C’était la nuit du jour. Tu entendis une porte grincer et les armures des silentiaires grincer – quelqu’un venait, sans annonce. Tu vis apparaître en bas des marches du trône le fidèle Théophylacte, armé d’un pain de cire et d’un vélin et de chaussons de velours – une extravagance que tu lui pardonnais volontiers. L’obscurité ambiante cachait une partie de ses traits affables, lui conférait une dégaine de croque-mort, lui ôtait du visage ses couleurs mais tu reconnaissais son parfum d’œillets et de vie. Il s’inclina, se prosterna et monta une à une les marches, sa déférence touchant au ridicule tant il te connaissait. Tu allais te saisir du vélin quand tu réalisas que sa présence ici n’avait rien de normal.

- Vous n’étiez pas censé être à Scylla, avec le reste de la cour ?
- Certes, Serafein. Je viens pour les sceaux ?
- Lesquels ?
- L’acte d’indépendance de Merval. Il y faut le Grand Sceau Royal et le vôtre.
- Je l’ai déjà apposé du temps de Kahina. J’en ai fait une chrysobulle même.
- Certes, certes.
- Eh bien alors ?
- C’est juste qu’à l’époque vous m’aviez chargé de le réécrire avec la Régente mais entre la mort du Duc, sa fuite puis tout ce qui s’est passé avec l’Anozsia, je n’ai jamais eu le temps de m’y mettre. Je me suis dit qu’il valait mieux le faire plutôt que de laisser la mention de la Principauté au milieu d’autres déclarations moins importantes. Je me suis dit que comme ça, ça aurait plus -
- De valeur ?
- De gueule, Serafein. Mais les deux vont ensemble.
- Faites-moi voir ça…

Il te tendit le vélin, tu y retrouvas la formule utilisée par la petite peste. Ce n’était l’affaire que de quelques lignes mais Théophylacte y avait mis les formes et il avait raison…ça avait de la gueule.

- C’est correct. J’avais complètement oublié que Kahina avait écrit tout cela.
- J’ai pris la liberté de modifier quelques petites choses, Serafein…
- Je vois ça…c’est du travail d’orfèvre, Théophylacte. Depuis quand êtes-vous faussaire ?
- Depuis toujours, Serafein. Je suis entré au Palais grâce à ça.
- Vraiment ?
- Certes, certes. Je produisais des faux issus du Palais pour le compte de certains marchands des Trois-Ports. Sauf qu’un jour l’Eparque vint demander des explications au Palais et –
- Oui ! Je me souviens de ce jour-là ! Je ne comprenais absolument rien à ce qu’il racontait ! Il m’avait montré des vélins et je lui ai répondu que ce n’était pas la –
- Bonne encre !
- Ha ! Vous voulez dire que c’était vous ?
- Certes, Serafein.
- Que s’est-il passé ensuite ?
- Ils m’ont retrouvé et au lieu de me condamner ont préféré me mettre à leur service. C’est comme ça que je suis devenu secrétis du Palais et la suite vous la connaissez.
- Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt, Théophylacte ?
- Je ne voulais pas que vous me voyiez comme un brigand de basse classe.
- Un brigand de seconde classe n’aurait jamais produit un tel chef d’œuvre. Vous avez même repris les fioritures qu’elle ajoutait à chacun de ses titres et cette façon qu’elle avait d’écrire ses t –
- Bancals, oui. Elle écrivait la main penchée.
- Et l’encre ?
- Celle qu’on a rapportée du Palais de Soltariel. Même vélin, mêmes plumes. Il ne me manque plus que votre sceau et de nouveau celui du Roy.
- Le premier acte était une chrysobulle, celui-ci en sera une aussi, vous demanderez à Hespérion de vous apporter le Grand Sceau.
- Pour le vôtre en revanche –
- Apportez-moi la crédence juste-là, on fera ça dessus.
- Certes, Serafein.

Il posa ses affaires sur une crédence derrière le trône et la posa en face de toi. Il fit chauffer la cire, la coula sur le vélin et plongea dans la cire encore des signets pourpre et orange, les premières couleurs des princes pharétans. On apposa le Gryffon et ses lauriers, puis il traça la marque du Grand Sceau, qui bientôt scellerait d’or et d’éternité l’acte tant attendu. Théophylacte repartit, aussi servile qu’à l’arrivée. Une nouvelle porte grinça, une des bas-côtés et par elle la lumière zénithale s’engouffra sous les piliers, illuminant les bas-reliefs et les mosaïques drapées de clair-obscur. Tu vis un groupe de Silentiaires et de frumentaires la franchir et un autre homme les devançant, empêtré dans sa chlamyde de velours orange et sa petite couronne…le grand logothète du Drome. Son bâton à la main, il précédait la procession de fortune, accueillant avec le minimum d’honneurs qu’il put rassembler en urgence, le mystérieux ambassadeur du pays d’Odélian. Une armée de serviteurs entama un ballet dans le Porphyrion, allumant les lampes à huile, et déposant de part et d’autre des marches du trône de grands encensoirs dans lequel brûlaient la myrrhe et l’oliban, te faisant disparaître derrière un épais nuage de fumée. Ils te ne voyaient plus et tu ne voyais rien. Tu portais encore les habits de la liturgie matinale, aube, chlamyde et sticharion tous brodés d’or et de cuivre et d’argent. On posa sur ton front la tiare, à ta main le sceptre millénaire des Princes mervalois et quand enfin tu entendis le logothète scander le nom de l’émissaire, tu émergeas de ton nuage d’inconnaissance au son des tintinnabules qu’agitaient les servants agenouillés.

Tu l’avisas et il t’avisait. Tu ouvris tes bras, gantés, et l’accueillit avec la plus chaleureuse des voix :

- Bienvenue, frère d’Odélian et fils du Roy. Cela faisait longtemps que nous vous attendions ! Quel vent vous porte sur nos rivages ?
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Dans Merval il y a mer. Et val, aussi.   Dim 5 Fév 2017 - 21:27


Maître Abellon


Il avait patienté des heures dans les coursives du beau Porphyrion. Et cette attente avait semblé durer un bon mois. On lui avait assuré qu'il serait bientôt reçu, deux fois, trois fois, mille fois. A chaque fois il hochait du chef en souriant, incapable de rien pouvoir faire d'autre. Quand enfin, on l'introduisit jusqu'au Serafein.

L'accueil improvisé de l'un était l'illumination de l'autre. Si l'administration pléthorique du Palais avait donné un avant-goût du byzantinisme qui régnait à la cour du Serafein, le banquier hautvalois reçut une gifle quand il fut confronté à la mise en scène toute théâtrale et somptueuse du seigneur de Merval. Balbutiant maladroitement un instant, le marchand chercha en même temps ses mots.

« Seigneur, ô seigneur, » commença-t-il devant un Cléophas habillé comme un demi-dieu. « Vous ne pouvez pas savoir la joie, l'honneur que c'est pour moi de... Ooooh. » Quelque chose dans ses entrailles rugit et frappa tout à coup. Oh non, pas maintenant. Ses boyaux fêtaient carnaval. « Seigneur, je suis submergé de... Ooooooh. » Il attrapa son ventre pour le faire taire, un rictus de douleur fiché aux lèvres. « Je... seigneur... vraiment, je suis assailli par... aaaaAaaaah. » Il était assailli par l'alcool de pêche. Diantre ! Lui qui avait pensé avoir payé pleinement le tribut qu'il devait à l'acquavit de son collègue Béralde, voilà qu'il venait réclamer le reste de la somme au pire moment. Esquissant un sourire rendu tremblant par la souffrance que provoquait ce serpent qui dévorait ses intestins, il tenta une dernière fois de faire bonne figure mais son cul expectora un pet long et vicié. L'ambassadeur prit son congé comme il put et s'enfuit à toute berzingue.





5ème jour de la 1ère ennéade de Bàrkios, 9ème année du 11ème cycle.




L'attente avait semblé durer un bon mois. Et c'était le cas. Jour pour jour. Abellon avait dû attendre un mois entier avant de ravir une nouvelle rencontre avec le chancelier. La première rencontre n'avait après tout pas laissé la meilleure impression au Palais, se disait le vieux marchand tandis qu'il se rendait de pet ferme jusqu'aux hauteurs du Porphyrion. Il ne sentait pas coupable, pour étonnant que ce soit. Non. Assailli par l'angoisse et la honte, il avait rencontré un astrologue qui lui avait assuré que cette crise de flatulence avait été pour le mieux, et que le jour de son audience avait été néfaste. Le sorcier partit dans une longue explication sur les soucis chronologiques qui étaient à la base de son raisonnement, mais Abellon n'y comprit goûte et s'en désintéressa bien vite. L'essentiel, c'était qu'il avait bien fait, d'en lâcher une dans le Saint des saints, au milieu de l'huile noble, la myrrhe royale et l'oliban sacré, parmi l'or, la soie et l'argent de la Régence.

Fort bien ! Se persuada l'ambassadeur en passant les dernières portes qui le séparait de son rendez-vous. Après tout, il avait pris goût à ces contrées exotiques, et avait bien papoté tant côté Scylla que côté Merval. Il avait de quoi racheter le scandale de l'acquavit à la pêche et ses tristes conséquences à la cour de Merval. Espérait-il.

Il fut introduit dans la même salle que la première fois, et découvrit que la scène était absolument identique à la dernière fois. Voyez-vous ça ! Le bourgeois était abonné aux étrangetés cosmiques.

« Monseigneur, le bonjour ! Je vous apporte le bon coeur de Gaston Berdevin, marquis d'Odelian ! » dit-il d'une voix sûre et enjouée. « Ce qui m'amène, seigneur, c'est la guerre ! » expliqua-t-il d'une voix tout aussi sûre et enjouée.




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