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 [Ranimer les cendres] Sur le pied de guerre

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Dun Eyr
Ancien
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MessageSujet: [Ranimer les cendres] Sur le pied de guerre   Sam 19 Nov 2016 - 18:07

Première ennéade de Favriüs, An 9 du XIème Cycle

      Le Grand-Temple de Mogar déployait ses interminables voûtes dans les entrailles d’Almia ; et là, au cœur du sanctuaire, se dressait l’autel, comme une stèle de noir délicatement verdi, là où avait brûlé le corps du Dieu-Gobelin, plusieurs années plus tôt. Là-dessus était posé le plus formidable Marteau qui existe alors dans tout le Zagazorn : le Morgagrund, le poing du Père. Autour de l’autel, six Nains étaient assis dans de petits sièges de cuivre. Les barbes se faisaient face, austères, sans dire un mot. Un silence de plomb écrasait toute la scène.

      Quelques minutes passèrent encore, longues, douloureuses, sans qu’aucun n’ose rompre le silence. Puis le clapotis rapide de pas sur la pierre se fit entendre. Les six Nains tournèrent la tête, avidement, vers l’entrée du Temple, où ne tarda pas à apparaître la silhouette empressée d’un veilleur. C’était un Nain de forte stature, sanglé dans un tabard de cuir ; une corne pendait à sa ceinture et, sur son poing droit, se perchait un faucon messager. Le veilleur remonta rapidement le hall du Grand-Temple et courut jusqu’aux Nains assemblés autour de l’autel. L’un d’eux s’était levé, il étendit la main vers l’oiseau, et dénoua le minuscule fragment de pierre qui était lié à une de ses pattes. De l’eau y perlait encore, ainsi que sur les plumes du faucon, où les gouttelettes renvoyaient des éclats d’ombre ; l’oiseau venait d’arriver, et il devait pleuvoir sur la Nérania.

      Le Nain retourna hâtivement la petite pierre, gravée à la va-vite ; il embrassa son contenu d’un œil, et marqua une seconde d’hésitation. Puis il lut – mais tous avaient compris, avant même qu’il ouvre la bouche – et les mots résonnèrent avec un écho sinistre dans le Grand-Temple vide : « Fort-Garmin. Convoi arrivé. Conseil commencé. »

      Un silence pénible les saisit tous, y compris le veilleur, qui haletait encore après sa course. Même le faucon n’osait pas caqueter de fatigue ; ses yeux perlés étaient noirs, brillants, attentifs, comme s’il avait lui aussi compris ce qui se jouait dans cette réunion extraordinaire du conseil d’Almia. Le Nain qui avait parlé s’était retourné vers l’autre extrémité de l’autel, où lui faisait face un autre Nain, couturé de cicatrices, la tête baignée de cheveux hirsutes qui lui faisaient comme une crinière ; les autres l’imitèrent à son tour et regardèrent Dun Eyr, par-dessus le Morgagrund posé en travers de la stèle.

      Lui regardait le Marteau, d’un œil pénétrant. Avait-il sincèrement espéré qu’au dernier moment, le convoi rebrousserait chemin avant Fort Garmin ? Il resta silencieux un instant, puis demanda, du coin des lèvres, presque distraitement : « Et Thanor ne nous a envoyé aucun émissaire ? Que disent nos guetteurs à l’entrée de la vallée de la Nérania ?
      – Personne sur la route de la Haute-Virnée, Seigneur Dun Eyr »
, répondit le veilleur, qui portait toujours son faucon sur son poing. « On aurait entendu les cornes … »
Le regard de Dun Eyr s’arrêta un instant sur la petite corne d’appel, que le veilleur portait à la ceinture, et il répéta en écho : « Oui, on aurait entendu les cornes … »

      Ses yeux étaient revenus sur le Morgagrund. Là, dans la pénombre incertaine du Grand-Temple, Dun Eyr semblait soudain très vieux. Sa barbe pendait mollement sur sa poitrine, et ses multiples cicatrices avaient perdu leurs habituels reflets roses, pour virer à un gris cendreux. Lui, le Prophète d’Almia, paraissait dépassé par la calamité. Tous, ils l’avaient trahi – Thorgrel Poing-de-Fer, à Lante, qui n’avait pas renoncé, malgré les mises en garde de Dun Eyr … et le Conseil de Thanor, jadis mené par Alaric Œil-Tempête, lui qui avait juré de mourir pour reprendre Almia, et aujourd’hui représenté par ce Morek … – et tous, ils étaient accourus au Kirgion, dans les hauteurs maudites par le Père, pour conspirer avec le Général impie, le vieil Hardrek.

      « Seigneur Dun Eyr ? » C’était un Nain à sa droite qui avait parlé, d’une voix assurée. Dun Eyr l’interrogea du regard. « Seigneur Dun Eyr, tout n’est pas perdu, nous ne savons pas ce qu’ils vont décider.
      – Non, nous ne savons pas ce qu’ils vont décider »
, répéta Dun Eyr, en écho une nouvelle fois. Et l’instant d’après, il ajoutait, d’une voix plus forte : « Mais j’ai été au Kirgion, et vous connaissez les nouvelles que j’en ai rapporté ; j’ai vu Hardrek Poing-de-Fer, et sa folle entreprise. J’ai humé cet air vicié, cet air maudit par le Père, qui pèse sur tout ce campement damné, au-dessus de la capitale en ruines. Rien de sage ne peut sortir d’une négociation dans les vapeurs maudites du Kirgion. »

      Et c’était comme si, en disant ces mots-là, Dun Eyr avait retrouvé sa vigueur. Il rejeta en arrière sa crinière de cheveux, et soudain il semblait plus alerte. Entre les cicatrices qui lui couturaient le visage, ses yeux balayèrent les autres Nains avec rapidité ; il parla très vite :

      « Quoi qu’il sorte de ce conseil, nos ennemis trouveront la Nérania sur le pied de guerre. » Au veilleur, il intima : « Faites sonner les cornes, alertez les guetteurs. » A son voisin : « Qu’on ordonne à Torkh de quitter Lante, la cité n’est plus sûre pour un Nain d’Almia. » A un autre Nain, à sa gauche : « Envoyez les éclaireurs vers les derniers villages de l’Ouest, et les clans sauvages des hauteurs : dites-leur que nous arrivons ; qu’ils ne tentent en aucun cas de nous ralentir. » Au Nain roux, immédiatement à sa droite : « Réunissez l’armée ordinaire. Elle doit être prête à partir dans trois jours. Et ordonnez le rappel de l’avant-garde dans le Nivor ; ils défendront Almia en notre absence. » A un autre Nain, à l’opposée : « Préparez les vivres, au premier niveau ; et les armes, les forges doivent brûler jour et nuit. J’ordonnerai aux prêtres du Père de veiller sur les feux et les soufflets. » Enfin, après une brève pause, il se tourna vers le plus potelé des Nains, à la gauche du grand roux : « Nous aurons besoin des bâtisseurs, aussi. Je les veux, avec leurs outils, leurs instruments, tout ; leurs charrettes partiront à la suite de l’armée. »

      Les Nains, à ces ordres, se dispersèrent comme une volée de moineaux – mais en plus lourd, et avec une expression sinistre sur le visage. Dun Eyr resta seul, face à l’autel du Grand-Temple ; le Morgagrund projetait le reflet de ses runes sur le visage du Nain, dont les rides généraient d’étranges déformations. Le Prophète étendit la main et s’empoigna du Marteau béni, il le souleva dans l’air pesant du sanctuaire. Un arrière-goût étrange lui tenait la gorge ; si c’était celui de la trahison, il était amer.

      « Mogar fasse qu’en notre absence », songea le Prophète, « ni les Gobelins, ni les clans sauvages, ni les bêtes des montagnes, ni … – » Mais l’énumération aurait pu être sans fin ; alors Dun Eyr remit simplement Almia tout entière entre les mains du Père. Et, sans un mot de plus, il balança le Marteau sur son épaule, et courut aux profondeurs supérieures – à la guerre, peut-être.
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