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 [invalidé] Promenons-nous dans les bois

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Gaston Berdevin
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MessageSujet: [invalidé] Promenons-nous dans les bois   Jeu 1 Déc 2016 - 19:12

[Suite à un problème de timeline et plusieurs problèmes de cohérence, ce RP a été invalidé. Veuillez ne pas le prendre en compte dans votre jeu.]


Deuxième ennéade de Favrius, an IX.


« Il avait été un prince de sa race avant que d'être l'esclave d'une autre. Il vivait ainsi que tous les Eternels, dans l'abondance de ce grand verger qu'est Anaëh, la fille aînée de la vieille déesse. Quand il avait faim, la Terre-mère lui offrait les fruits bons et les viandes délicates, quand il avait soif, il buvait le vin des raisins et l'eau des ruisseaux. Il marchait sous la frondaison des arbres millénaires et sur leur mousse aussi douce que les plumes d'oie il dormait. Il était d'une nature heureuse comme le sont tous les elfes arpentant le jardin de leur mère, il n'avait entendu que le chant harmonieux d'Anaëh et ignorait tout du poison d'Aduram, qui le rendrait fou. Parfois il errait près de l'immense Oliya, mais la déesse-fleuve cachait pudiquement les échos torturés de la forêt maudite. Ce ne furent pas ses oreilles qui l'attirèrent par delà les frontières de son peuple, non, ce sont ses yeux qui furent séduits. Une femme, dans les méandres d'Oliya, captura son regard et l'emporta loin des siens. Hypnotisé par cette enfant des dragons, il abandonna les chênes, les chants, les fruits et les viandes délicates. Il rejoignit les empires orientaux, lui qui fut prince, et devint esclave.

Les âmes des Eternels ne sont pas comme les nôtres, je t'ai appris ça, mon fils. Créées par la Dame, la Mère du Monde, elles restent attachées à ce monde et elle. Elles errent entre les arbres, se reposent près des eaux et des tertres, écoutent les échos des landes et des sources. Les halles du guerrier aveugle, les eaux souterraines de la reine des enfers, les cieux de celle des étoiles sont des destinations qu'ils connaissent indifféremment de leur vivant et qu'ils oublient quand ils deviennent des spectres. Les elfes s'imprègnent entièrement de l'harmonie de la terre, à laquelle ils sont enchaînés.

Ainsi Cëadon troqua l'Hymne de la vieille déesse pour l'agitation des termitières levantiques. Il marcha entre les brasiers des guerres comme il avait erré dans les hêtraies primordiales. Autrefois libre, il servit des serpents ; les bubons des pestiférés furent ses fruits bons, les dépouilles des morts devinrent ses viandes délicates. Il se gorgea du tapage entêtant des citées ophidiennes avec une soif sans mesure. Enivré mais jamais étanché, il devint comme eux, pire qu'eux.

Il dévoya sa science des astres, excella dans la malfaisance et ses rites noirs éblouirent les tyrans mêmes qui l'avaient corrompu. Mais les serpents trouvèrent des seigneurs plus cruels qu'eux, et les Daedhel emportèrent les dieux dragons dans leurs cavernes après avoir détruit leurs autels sanglants. Le sorcier vaincu se réfugia dans l'Aduram et sa folie grandit d'autant. Il rejoignit les autres liches, asservit les maudits qui maraudaient dans ses forêts, bref il ajouta sa pierre à l'édifice de ce monde infernal. Il devint Porte-la-Peste, prince et esclave d'Aduram. »

L'histoire finie, Gaston sauta du muret en ruine sur lequel il était assis et tendit son gobelet de chasse-démon, une potion rougeâtre de millepertuis, à son fils Hubert. Les hommes qui faisaient cercle autour de ce feu burent eux aussi du breuvage. La nuit, qui tombait vite dans l'Aduram, encerclait depuis une heure la colline sur laquelle campaient les Odélians. La veillée était terminée, il fallait dormir. Le millepertuis aiderait à cela, ses vertus apaisantes éloigneraient les cauchemars que les génies de ces bois pouvaient provoquer. Gaston, pendant que le sommeil étreignait ses gens, vagabonda entre les feux pour s'entretenir avec les hommes astreints au guet et les cénobites qui les accueillaient pour la nuitée.

Au vrai, il parcourait pour l'amour de la chose les ruines de l'édifice qui couronnait autrefois d'une puissante enceinte le sommet de ce mamelon. L'écho de la vie nocturne des forêts alentours enveloppait l'obscurité d'une cacophonie discrète. Ceux qui connaissaient Aduram chérissaient cette chanson tranquillisante ; le silence au contraire grondait des menaces. Les odeurs tourbeuses des vallées avoisinantes remontaient légèrement jusqu'aux murs rongés par le vieux lierres et les chèvrefeuilles, dont les senteurs de fin d'été dominaient l'air ambiant. Les ermites qui vivaient ici n'avaient jamais dérangé la nature qui s'était emparé du lieu des centaines d'années auparavant. La seule trace de civilisation résidait en une hutte courtaude, en torchis, que les saints hommes avaient accoté à un pan des ruines. Ni poule, ni chèvre, ni cochon, ni potager. Gaston se surprit à envier la vie dénuée qu'ils avaient adopté dans ce désert. L'atmosphère mystique de ces futaies enchantées faisait impression sur chaque être qui se risquait sur les sentiers d'Aduram. Et cette impression s'était amplifiée sur Gaston depuis qu'il avait entendu le chant du Barde ici même, lors de la Malenuit. Sa mélopée résonnait encore aujourd'hui dans les frissons et les sons qui surgissaient de la région, étouffée mais présente pour qui écoutait vraiment.

La tradition odéliane voulait qu'on se perde dans une vieille forêt elfe avant d'être adoubé par un chevalier. Dens avait Hedda, Prademont et Odelia avaient le Pélanchon, mais Assar et ceux qui voulaient honnêtement honorer cette coutume choisissaient les sous-bois d'Aduram. Ici seulement l'errance devenait initiatique. On y côtoyait avec acuité les Êtres de la terre-mère et les chasseurs, comme Othar et Unvan qui les avaient pourchassé des millénaires de cela. L'obscurité de la canopée laissait apercevoir la reine et son autre-monde, le chœur des Premiers Nés hantant l'ancien Linoïn murmuraient l'ode à la folie d'Arcamenel. Seulement après ce périple pouvait-on revenir à la civilisation et devenir un protecteur de Néera digne de ce nom.

Son père l'avait fait, ses frères l'avaient fait, Gaston l'avait fait, il était donc naturel que son fils et son neveu le fassent aussi. Mais hélas l'expédition n'avait pas qu'un objectif religieux. Si les vassaux de Gaston couraient les bois, c'était pour qu'ils se familiarisent avec les chemins, les rivières et les collines qu'ils devront bientôt garder. Ils venaient rencontrer les rares habitants qui erraient et voir où seraient dressés les tours et les forts du marquisat. Odélian devait contrôler ces solitudes au risque de subir le même sort qu'Oesgard et être envahi par une nouvelle invasion étrangère. La première horde drow avait été repoussée par le royaume coalisé de Trystan, la deuxième n'avait été qu'une expédition sans lendemain de capitaines d'aventure et de fous de dieux, mais qui sait à quoi ressemblerait la troisième ? Entre la Péninsule déchirée par les guerres de succession et des elfes plus divisés que jamais, Odélian ne pouvait se reposer que sur elle même pour parer aux menaces extérieures.

Gaston croyait que c'était son honneur et son devoir d'homme des marches que de mettre des yeux dans ces forêts et des garnisons pour verrouiller les vallées qui mèneraient les armées ennemies jusqu'à son royaume. Cependant, l'idée d'égratigner Aduram ne lui plaisait point. La Siriliya paraissait depuis longtemps avoir servi de frontière naturelle à la Péninsule. Les légendes parlaient d'hommes qui bâtirent des royaumes et fondèrent des cités sur l'autre rive, mais ce n'était que des légendes, et ces mortels moururent sous les coups des elfes fous qui vivaient encore dans leur ancien royaume. Mais les choses avaient changé, les Odélians n'avaient plus si peur, et le peuple craignaient plus les razzias des Daedhels que les fantômes de leurs ancêtres qui sommeillaient dans les mangroves d'Aduram. Si tu ne vas pas à Aduram, Aduram viendra à toi, était le refrain à la mode.

Et pourquoi pas ? L'échec d'Oesgard n'avait pas calmé l'ambition de Gaston. Si les colons odélians ne s'installaient pas par-delà les monts d'or, ils éliraient domicile dans le bassin siriliyan. Comme ses frères auparavant, il agrandirait les possessions de la marche. Et puis, pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ? Le delta du fleuve était à deux pas. A quelques heures de marche, la garnison missédoise d'Isgaard contrôlait la région, avec un manque palpable d'effectifs. Les espions étaient formels, navires et soldats étaient occupés au blocus de Sharas, le grand port d'Olyssea. Depuis la capture puis le suicide d'Oschide par Godfroy de Saint-Aimé, sa duchesse de femme la veuve Méliane et tous ses anciens fidèles avaient fait de ce siège maritime une affaire d'honneur. Les flottes langecines et missédoises coalisées s'échinaient depuis des ennéades à razzier les côtes olysséennes et à empêcher tout mouvement de leurs bateaux. Grand bien leur fasse !

J'y trouverai bien mon compte, se dit Gaston. Dans quelques jours, des dizaines de centaines d'hommes seraient à sa disposition pour l'expédition en Aduram. Et Missède qui ne se souciait que du Berthildois... L'occasion était rêvée. Il massacrerait dans une courte chevauchée les pillards à qui les suderons avaient donné terres et pardon, ils feraient pleuvoir une grêle d'acier sur le mur d'Isgaard, échelleraient le château, ils passeraient tous ces traîtres au fil de l'épée.

Une main sur son épaule le surprit. Une main gantée de noir. Buissondieu, ancien fidèle parmi les fidèles de Grégoire et membre éminent de sa garde personnelle, le fixait sans dérangement.
« Crois-tu ce port merdique mûr ? »
« Prêt à être cueilli. Mais Ernest d'Ethin et les siens veillent au grain. On dit l'homme capable, seigneur. »
« Il ne le sera pas s'il est mort. Utilise mes gens de Seram et fais armer une galère, j'y veux une escouade des gens du gant, des Atouts, soutenue par deux dizaines de vougiers de Fort-Bélier et une dizaine d'archers dispersés parmi les rameurs, les voyageurs, les marins. Nous profiterons des passe-droit que Jérôme a su s'accaparer auprès des Langecins. Ils feront escale à Isgaard en attendant une cargaison d'armes et d'armures alonnaises descendant du fleuve. Occupe les Atouts d'Etau de cette besogne, qu'ils prennent quarante des hommes les plus sûrs de leur garnison qui se feront passer pour des marins d'eau douce et des débardeurs sur les barges faisant naviguer la cargaison. Dis-leur bien d'identifier cet Ernest et ses proches, leur objectif sera de semer le chaos derrière les murs le moment venu, par son assassinat ou par tout autre moyen. Je veux que la panique règne lorsque nous partirons à l'assaut de ce maudit fortin.»
Les deux hommes continuèrent à murmurer des détails, des signaux et des délais, puis Buissondieu prit son congé sur un « seigneur » et fit un geste à un de ses frères d'armes avant de disparaître dans la nuit.

D'Oesgard à Isgard... la chose avait quelque chose d'ironique pensa Gaston en retournant près des feux. Hubert, son fils, dormait à poing fermé, entouré des siens. Dans quelques jours, il serait adoubé par son maître d'armes et oncle, Loup de Rochefort. Fallait-il annuler la cérémonie, attendre la bataille pour que le jeune homme devienne homme fait ? Non, l'adoubement avait son importance, il était l'une des causes du grand rassemblement qu'avait ordonné Gaston à Assar. Et s'il arriva que le fils du marquis meurt pour la grandeur de sa maison, il fallut qu'il meurt chevalier.


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