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 Douze heures de colère.

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Ernest de Missède
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MessageSujet: Douze heures de colère.   Ven 2 Déc 2016 - 4:49


10ème jour de la 3ème ennéade de Favriüs
Automne de l'an 9 du XIe Cycle


Le sautillement des flammes dans l’âtre captivait Ernest. Le jeune homme n’avait trouvé d’autre moyen de pallier son agitation que de laisser son regard s’abîmer dans le feu de cheminée. Le brasier avait ce pouvoir étrange de fascination ; il consumait le cœur des hommes en les tentant avec les charmes faciles de la destruction. Le feu faisait table-rase, il éliminait l’obstacle et la difficulté par l’annihilation totale. Le Comté de Missède était une poudrière et les quatre hommes qu’Ernest s’apprêtait à rencontrer avait l’ardent désir d’y mettre le feu. Ils avaient perdu leur seigneur. On le leur avait pris. Ernest les comprenait ; ce seigneur était aussi son grand-père. Néanmoins, pour l’un deux, l’appel de la vengeance n’expliquait pas tout. Ernest avait reçu une lettre. Une lettre qui l’avait extirpé des conversations unanimes engagées d’ici à Missède et qui tenaient les de Laval responsables de la double tragédie qui avait frappé Ethin. Une lettre qui incita le jeune seigneur à être attentif à un autre son de cloche. Mais comment tirer cela au clair sans provoquer la révolte de ses vassaux. Ernest s’était bien gardé de partager l’information qu’il détenait. Maitre Bovard, l’historien du château avec qui il s’était entretenu le matin même en préparation pour cette rencontre, l’avait prévenu de la solidarité indéfectible des vassaux éthiniens. Ils feront bloc, envers et contre tout, avait averti le vieil homme.

   

La porte s’ouvrit et tira Ernest de ses songes. Albert entra et ferma soigneusement la porte derrière lui. Le vieil homme paraissait essoufflé.
« Mon Seigneur, salua Albert.
- Qu’il y a-t-il, Albert ?
- Les vassaux. Ils sont là, dans la pièce d’à côté.
- Bien
, dit Ernest en se levant.
- Ils… Ils ne sont pas seuls, mon seigneur. Ils ont insisté pour que leurs héritiers et conseillers prennent part aux conversations.
Ernest se raidit. Les invitations n’avaient été envoyées qu’aux quatre vassaux d’Ethin.
- Eh bien, combien sont-ils ?
- Douze, mon seigneur. »


Le jeune homme se rassit, abattu et perplexe, puis remercia Albert et le congédia. Les vassaux étaient venus en nombre et cela ne présageait rien de bon. Maitre Bovard l’avait bien prédit mais Ernest ne s’attendait pas à ce que le bloc en question soit si gros. Ils étaient douze, il était seul. Grand-mère Edna avait raison, ils venaient pour le dévorer. Le regard d’Ernest glissa vers la porte qui donnait sur la grande salle où les douze loups l’attendaient. Etait-ce donc ainsi que sa famille perdrait le Rocher ? L’étendard accroché au-dessus de la porte était orné du griffon noir s’envolant, symbole d’Ethin. Mais que peuvent des loups face à un griffon qui les regarde de haut ? Après de longues minutes de réflexion, Ernest se leva, prêt à entrer dans l’arène, empreint d'une dignité toute affectée. Il s’apprêtait à tourner la poignée de la porte, lorsqu’on entra à l’opposé de la pièce. C’était Grand-mère Edna. La vieille femme s’approcha doucement.
« J’ai bien peur que tout le malheur de ces derniers jours ne nous ait pas laissé le temps de célébrer une chose importante.
- Quoi donc ?
demanda Ernest, intrigué.
La vieille femme leva sa main droite dans laquelle se tenait la couronne du seigneur d’Ethin. Ernest ne l’avait jamais vue que sur la tête de son grand-père. L’objet resplendissait d’une confection pleine de finesse sans déguiser une certaine rudesse. Le cercle d’argent, qui venait ceindre la tête de son porteur au niveau du front, était serti de trois écailles triangulaires pointées vers le ciel et censées représenter le bec et les deux oreilles du griffon. Grand-mère Edna posa finalement la couronne sur la tête de son petit-fils après que celui-ci ait fléchi le genou.
- A ta naissance, nous nous demandions tous quel serait ton chemin. Celui de ton frère était déjà tracé mais le tien, Ernest, enivrait notre imagination. Ta mère, en particulier, se réjouissait que tu n’aies pas à endosser le rôle de seigneur du Rocher. Ceux qui voient en le second fils un homme dénué de pouvoir manque de discerner son habit de liberté. La couronne est une terrible prison que seule l’ivresse de puissance permet d’ignorer. La porter dignement revient à accepter cette captivité. Si tu y parviens, cette prison se changera en une forteresse qui te maintiendra en vie. Un seigneur qui court après sa liberté, court après sa mort. N’oublie pas Ernest, tu es la couronne, tu dois l'être, car la couronne gagne toujours. »  
Le jeune homme se rendit soudainement compte du nouveau poids sur sa tête. La froideur de l’argent qui enserrait son crâne semblait couler le long de son visage et dans son dos. Il frémit. Et ces frissons le ramenèrent à la réalité du moment. « Ils sont douze. » murmura-t-il. Les yeux de la vieille femme se resserrèrent avant de s’agrandirent lorsqu'elle comprit. Après ces paroles pleines de sagesse, elle semblait maintenant décontenancée par la nouvelle. Face à son silence interdit, Ernest se résigna et se tourna vers la porte. Le destin du Rocher et de Missède allait se jouer dans les heures à venir.




...


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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Douze heures de colère.   Sam 10 Déc 2016 - 3:27

A trois heures de l’après-midi, Ernest d’Ethin entra dans la salle du conseil, loin de se douter qu’il n’en ressortirait que douze heures plus tard. La pièce sentait l’homme, l’homme mouillé. Ils étaient tous là, douze au total. Certains d’entre eux se réchauffaient près du feu. Le trajet jusqu’au Rocher avait dû être humide et, de toute évidence, n’avait rien fait pour les mettre de bonne humeur. Le silence gagna rapidement la pièce lorsqu’Ernest fit son entrée. Tout le monde reprit sa place autour de la longue table rectangulaire. Personne ne dit mot. La plupart des regards étaient tournés vers le seigneur des lieux, d’autres feignaient de s’intéresser au plafond ou à la table. Ambiance. Ernest fit quelque pas pour rejoindre sa chaise en bout de table. Il se tint un moment derrière elle. La bravade des vassaux n’avait rien de subtile ; aucun d’eux ne s’était levé lorsqu’Ernest était entré, pire, certains s’étaient même rassis. Ernest ne s’était pas voilé la face quant aux difficultés qui entouraient ce conseil, il n’avait, néanmoins, pas envisagé que l’affaire serait pliée d’entrée de jeux. Le seigneur d’Ethin n’avait que peu d’expérience dans l’administration de ses sujets mais sa carrière militaire lui apportait beaucoup plus en ces temps de crise. Estimant qu’il ne servait à rien de leur demander de se lever, un soufflet de pouvoir qui ne ferait que les rebuter d’avantage, le jeune homme décida de s’asseoir sans autre cérémonie. Il n’eut pas le temps de le faire que la porte s’ouvra derrière lui. Tous les regards se tournèrent vers la voix qui s’éleva aussitôt dans son dos. « Quel étrange tableau que voici, dit Grand-mère Edna. Le seigneur d’Ethin debout et ses vassaux assis sur leurs séants. »


L’effet fut immédiat. Tous se levèrent et attendirent qu’Ernest prenne place pour se rasseoir. S’ils pouvaient jouer les insubordonnés avec leur nouveau seigneur, d’aucun d’entre eux ne penserait manquer de respect à Edna d’Ethin. Cette idée même leur faisait craindre que le fantôme de leur dernier suzerain ne revienne les hanter. Ernest réalisa soudainement que sa grand-mère n’était pas la seule à avoir fait irruption dans la salle, Irène et Louise étaient là aussi, sans doute réquisitionnée in extremis par leur grand-mère. Trois chaises furent apportées et toutes les trois s’installèrent derrière Ernest. L’incongruité de la situation ne semblait pas toucher la vielle femme qui faisait glisser son regard sur les deux rangées d’hommes comme pour forcer quiconque ayant une objection à sa présence à parler. Et cela ne manqua pas. Le bras-droit et conseiller de Philibert de Hautecloque se racla la gorge avant de se lancer : « A Ethin, les femmes ne sont pas autorisées à participer au conseil des vassaux, dit le vieil homme d’une voix grelotante.
Grand-mère Edna s’apprêtait peut-être à répondre mais Ernest ne lui laissa pas le temps :
- Je ne vous y est pas autorisé non plus Maitre Valnek, pourtant vous voilà assis à ma table. »
Un gloussement presque imperceptible provint de derrière Ernest. Les visages se crispèrent mais personne n’ajouta mot. L’intervention d’Ernest avait fini d’établir le ton de cette réunion. Aussitôt, le seigneur d’Ethin demanda à ses vassaux de lui faire part de leurs requêtes. Toutes tournèrent bien évidemment autour de la guerre qui devait avoir lieu, selon eux, contre la seigneurie de Beaurivages car les vassaux n’avaient aucun doute quant au fait que les de Laval étaient derrière les assassinats d’Hector et de Charles. Durant plusieurs heures, tous s’exprimèrent. La collégialité dont ils faisaient preuve était exemplaire, Ernest devait le reconnaître. Chacun d’entre eux apportait une pierre à l’édifice qui consistait à soumettre Beaurivages et prendre le contrôle de Missède par la même occasion. Il ne faisait plus aucun doute qu’ils s’étaient tous mis d’accord avant cette rencontre et aucun de leurs propos ne pouvait entacher la réputation de fins stratèges des vassaux d’Ethin. Leur plan était parfaitement ficelé dans les moindres détails et devrait se mettre en branle dès demain matin avec la capture d’Arnaud de Laval lors de son retour de Diantra. Des cavaliers étaient prêts à partir et à ramener le seigneur de Beaurivages au Rocher où il paierait pour son crime. Tout avait été pensé si brillamment qu’Ernest se trouvait, intérieurement, à chercher les failles de leur plan d’action, oubliant par là-même qu’il était contre l’entreprise dans son ensemble. Il revint finalement à lui-même lorsque les conversations diminuèrent.


« Qu’en pensez vous ? » demanda enfin Alceste de Gwydir, frère de la mère d’Ernest. De tous les vassaux, il semblait être le moins véhément quant à cette histoire de guerre. Ses interventions, souvent brèves et pragmatiques, apportaient néanmoins du corps aux envolées belliqueuses de ses confrères. Il semblait, par ailleurs, plus intéressé par la question de la succession missèdoise et ne semblait considérer le cas de Beaurivages comme bien secondaire. Philippe de Hautecloc, muet de naissance, s’était évertué, durant le cours de la conversation, à griffonner son avis sur des petits bouts de parchemin, que son fils et son conseiller s’appliquaient à déchiffrer avant de le scander à l’assemblée. L’un prenait la parole et tentait de la garder en se lançant dans une diatribe qui permettait à l’autre de déchiffrer les gribouillis du seigneur d’Hautecloc. Le système amusa Ernest. Mais une mauvaise interprétation leur valait tous deux une volée de torgnoles. Auxence de Grateloup et ses deux fils rivalisaient d’abêtissement. Ernest n’eût su dire s’ils comprenaient toutes les subtilités du plan auquel ils avaient pris part. Tous trois ne semblaient se réveiller que lorsqu’il était question de ratatiner quelqu’un ou de bousiller quelque chose ; la castagne, c’était leur Nord et ils n’avaient d’autres intérêts que de le suivre. Enfin, il y avait Childéric de Béjarry, le quatrième vassal d’Ethin et certainement l’homme le plus intelligent du groupe. Il était venu avec son fils ainé, Antoine. Ernest connaissait bien les Béjarry à travers le second fils de Childéric, Alden, avec qui il avait fait sa formation à Missède et qui était devenu son sous-lieutenant à Isgaard. Le seigneur de Béjarry ne pouvait être passé à côté de cette relation, même s’il n’avait aucune idée des liens clandestins qui unissaient son plus jeune fils à Ernest. Après plusieurs heures de conversation ininterrompus, Ernest s’était rendu compte à quel point le projet des vassaux portait la patte des de Béjarry. Childéric avait fait maints efforts pour en dissimuler la paternité, évitant de monopoliser la parole trop longtemps, posant des questions à ses confrères ; plus que tous les autres, il essayait néanmoins de prouver quelque chose.


« Je dois avouer, commença Ernest en pesant chacun de ses mots. Je dois avouer que j’éprouve une certaine satisfaction à vous écouter. Si vos discussions attestent bien d’une chose, c’est qu’Ethin n’a rien perdu de son excellence en matière de guerroiement. Néanmoins, cette précellence éthinienne ne saurait aller sans un sens aigu de justice. Ceux qui maitrisent l’art de la guerre sont aussi ceux qui savent s’abstenir de la faire. Si les preuves que nous avons à notre disposition accablaient les de Laval sans brumaille aucune, croyez-moi lorsque je vous dis que nous marcherions déjà sur Beaurivages à l’heure qu’il est. Mais ce n’est pas le cas. Tout ce que nous avons, c’est une dague, appartenant à Clarence de Beaurivages, retrouvée dans les appartements d’Hector le jour de sa mort. Pouvez-vous dire avec certitude où se trouve chacune des armes que vous avez possédée au cours de votre vie ? Certaines de mes lames préférées sont toujours à Isgaard. Serais-je accusé de meurtre si quelqu’un en faisait usage pour répandre le sang dans le delta ? D’autant plus que la présence de cette dague ne saurait jouer un rôle dans le meurtre de mon grand-père. Nous ne pouvons faire preuve de négligence dans la résolution de cette situation qui nous affecte tous. En tant que seigneur d’Ethin, je ne pourrais m’engager sur le chemin du deuil de mon grand-père et de mon frère que dans l’absolue certitude que ceux qui ont osé frapper ma famille paieront pour ce qu’ils ont fait. Il y aura donc une enquête qui passera d’abord, bien sûr, par l’arrestation et le questionnement de Clarence de Beaurivages, une fois qu’on l’aura retrouvé. Je partirai sous peu pour Missède où je m’assurerai en personne que tous les efforts nécessaires sont faits dans ce sens. Je vous demanderai donc, messieurs, de n’engager aucune action militaire jusqu’à ce que toute lumière soit faite.
Il y eut un silence dont seuls les Grateloup, qui échangeaient des regards de bœufs, semblaient ignorer la nature. Certains des hommes de l’assemblée fulminaient, d’autres semblaient sous le choc suite au refus de leur requête.
- Nous demandons que vous… commença Childéric de Béjarry, dont le visage empourpré cachait une tempête d’invectives.  
- Je demanderais de vous que vous n’usiez pas de la mort de mon frère aîné et de mon grand-père afin de concrétiser vos aspirations bataillardes. »


Ernest s’était levé sans s’en rendre compte. Ses paroles avaient été particulièrement dirigées à l’encontre du seigneur de Béjarry, poussant le visage de celui-ci à virer à l’écarlate. Le sous-entendu ramena le calme dans la pièce. Il y avait assez d’ambiguïté dans les propos d’Ernest pour semer le trouble parmi les vassaux et leurs conseillers. Puis, tel le tonnerre qui ne s’annonce toujours qu’à demi-mot, la sourde incompréhension laissa place aux vacarmes des protestations et autres réclamations. Les discussions reprirent pendant des heures encore. Grand-mère Edna et les sœurs d’Ernest avaient quitté la pièce depuis une heure déjà lorsqu’Ernest fit apporter de quoi sustenter les membres du conseil. Ceux dont la colère ne s’apaisait pas refusèrent de manger dans un premier lieu mais la bière qu’il buvait pour étancher leur faim eut bientôt levé leur fierté et tout le monde finit par s’engueuler avec un moins une cuisse de poulet dans une main et une chope de cervoise dans l’autre. Les discussions n’avaient de cesse de s’enliser. Chaque fois qu’Ernest parvenait à convaincre certains d’entre eux que seule une justice raisonnée pouvait amener Ethin à se remettre de cette tragédie, Childéric de Béjarry ne manquait pas de faire le lien entre les assassinats et la question de succession missèdoise. Il n’y avait pas meilleure stratégie pour raviver les feux atrabilaires de chacun.


Il devait être minuit passé lorsqu’Ernest commença à perdre patience. Ces tergiversions n’étaient qu’un affront à son autorité et il se devait d’y mettre un terme. Son regard se planta sur Childéric et, pendant de longues minutes, il ne vit d’autres que lui. Dans la salle, la bière avait pris le dessus de certains individus. Le seigneur de Hautecloc, à court de parchemin, ne tentait même plus de faire comprendre son opinion. Il jugeait les opinions des autres à coup de pouces levés ou de grimaces antipathiques. Maitre Valnek, quant à lui, s’était endormi sur sa chaise tandis que le fils du seigneur s’épuisait à gagner des combats de bras de fer avec les fils de Grateloup. Auxence était debout dans un coin de la pièce et conversait avec les deux fils jumeaux d’Alcest de Gwydir qui semblaient être prêts à sauter par la fenêtre pour échapper à ce foutoir. Seul Childéric, son fils, son conseiller et Alcest de Gwydir semblaient toujours débattre de la situation. Ernest n’écoutait pas ce qu’ils disaient. La bière avait sans doute eu son petit effet sur lui aussi. Alcest de Gwydir avait fini par accepter le compromis qu’Ernest avait proposé quelques heures plus tôt ; à savoir que l’enquête devait avoir pris fin avant la deuxième ennéade de mois de Barkios, sans quoi Ethin marcherait sur Beaurivages, et que, d’ici là, les vassaux étaient autorisés à se préparer pour la guerre dans leur fiefs respectifs, aucun déploiement hors d’Ethin ne serait autorisé. Les de Béjarry ne l’entendaient pas de cette oreille et rejetait l’idée de l’enquête avec force. Un subterfuge de l’ennemi, selon eux.

 

« J’ai reçu une lettre », dit Ernest.  
L’attention se reporta sur lui. La fatigue, aidée par la bière, avait quelque peu rectifié la position du seigneur des lieux sur sa chaise à haut dossier. Maintenant vautré au creux de celle-ci, une jambe qui se balançait par-dessus l’accoudoir, le jeune homme finit une nouvelle chope avant de reprendre et toute ébriété :« J’ai reçu une lettre. Une piste. Pas une preuve. Attention. Peut-être. Faut voir. On sait pas trop. Mais, ça pourrait. Ça pourrait. Si… si c’est vrai. Ça pourrait tout changer. La lettre. C’est une piste. Une information que j’ai reçue. Dans une lettre. Hier. Et cette information, elle me dit que… Et la source est sûre. Elle est sûre. Cette information aurait tendance à… Comment dire. L’assassinat. Les assassinats. Il se pourrait que ceux qui les ont… commandités… Il se pourrait que ces gens-là souhaitent une guerre. Y a des gens dans le comté qui y gagneraient. Vous suivez ? La lettre. La piste de la lettre. Elle dit que des gens… les gens qui ont assassiné Charles et Hector… l’ont fait pour avoir une guerre. Intéressant, non ? C’est la lettre qui le dit. Mais elle dit autre chose la lettre. Voulez savoir ce qu’elle dit d’autre ? Elle dit que ces gens sont d’Ethin. Pas croyable, hein ? Mieux, attendez, si on croit la lettre. Peut-être. Faut voir. La lettre. Si on la croit, y a au moins un de ces gens qui est parmi nous ce soir. »


Les protestations qui éructèrent comme le tonnerre dessoulèrent Ernest sans une ni deux. Les insinuations du seigneur d’Ethin résonnèrent clairement dans la tête de chacun des hommes présents, les Grateloup inclus. Seul Hautecloc n’avait aucune idée de la nature du nouveau coup de gueule mais cela ne l’empêcha pas de grigner du visage en signe de réprobation. Les de Béjarry, trouvant la situation inadmissible, quittèrent la salle sur le champ. D’autres s’apprêtaient à faire de même mais Ernest, frappant la table du poing à trois reprises, retint leur attention. Le jeune homme n’avait que partiellement retrouvé son éloquence mais son ton ne faisant aucun doute quant au sérieux de ses dires. « En quittant le Rocher, demandez-vous si vous êtes du bon côté de l’histoire. Préparez-vous à la guerre autant que vous le voulez, vassaux, mais toute tentative d’agir que je ne saurais approuver fera office d’aveux de participation à l’assassinat de Charles et Hector d’Ethin. Viendra un jour où je n’aurai besoin de menacer mes vassaux pour qu’ils respectent les choix de leur seigneur, mais aujourd’hui et jusqu’à ce que justice soit rendue, puisse Néera vous garder hors des chemins de la perdition. »




FIN


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