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 Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Jeu 8 Déc 2016 - 8:27


7e jour, 1ere ennéade de Barkios. An 9 du XIe cycle.


Leur proie n'était qu'à quelques pas. Elle se tenait là, radieuse et souriante, profitant d'un éphémère moment de liberté. Ils la guettaient depuis trois jours et deux nuits, scrutant ses moindres faits et gestes, ses habitudes, les gens à qui elle parlait. Mais la bougresse vivait en partie au palais, alors on l'avait attendu longuement, très longuement... Cela avait fini par payer, elle se trouvait presque en face d'eux, ignorant complètement ce qui s'abattrait prochainement sur sa poire. C'est que les servantes de Cantharel avaient la vie dure ces derniers temps. Tout d'abord celle bouffés par les chiens du marquis, puis maintenant celle-ci. Il était grand temps de passer à l'étape suivante afin qu'elle comprenne que le cauchemar allait bientôt commencer.

La servante sortit enfin de la taverne pour recouvrer l'austère palais. Elle y avait dansé et rit avec ses amis. Jamais l'on ne vit telle démonstration de joie et de bonheur. Ce dernier ne dura qu'un temps pourtant et lorsqu'elle se retrouva seule sur le chemin du retour, deux hommes vêtus de longs manteau noirs et encapuchonnés, sortirent de nulle part et la forcèrent à les suivre. Bien sûr, la jeune femme dans la fleur de l'âge se débattit et donna coups de pieds et poings. La force de ces rustauds, que l'on eut dit monstrueuse, finirent pourtant par convaincre la dame que tout espoir de résistance était désormais vain. Alors sans qu'elle ne comprenne, ni ne voit, une masse sombre la frappa au crâne. La douleur la fit chanceler et elle perdit connaissance.

Le réveil fut brutal. On lui asséna une monumentale gifle sur la figure, lui brûlant presque une partie de la peau. Que faisait-elle là, mains et pieds liés sur une chaise à telle heure du soir ? Etait-ce encore la nuit ? Oui, l'on n'y voyait comme dans le cul d'un noirelfe dehors, ce ne pouvait être que ça. Puis en regardant devant elle, elle vit deux hommes assit qui la scrutaient d'un regard mauvais.   La peur la foudroya sur place, elle crut son heure venue. Allaient-ils la violer séant ? Allaient-ils la violenter ? Leurs têtes faisaient peur et n'inspiraient aucune sympathie. Les cicatrices sur leurs visages finissaient de les rendre repoussant, voire presque terrifiant. Aucun des deux ne se leva pourtant pour lui flanquer une nouvelle baffe. Ils restèrent là, à attendre qu'elle recouvre ses esprits.

-Pourquoi avez-vous fait ça ? s'enquit-elle, terrifiée.
-Pour une raison très simple, damoiselle.
-Qui êtes-vous ?
-Cela ne vous regarde pas, mais nous souhaitons vous proposer un travail.
-Un travail ? Elle parut bien surprise. J'en ai déjà un, je suis servante au palais.
-Tout juste, nous sommes au courant. Mais nous souhaiterions, comment dire... vous en proposer un tout autre.
-Je refuse, libérez-moi ! clama-t-elle en tentant de se défaire des liens qui l'entravaient.
-Hélas, ça ne sera pas possible. A moins d'accepter notre offre.
-Pensez-vous réellement que j'accomplirai votre besogne dès que vous m'aurez relâché ? Aurait-elle due poser cette question ? N'aurait-il pas mieux valu qu'elle le garde pour elle, qu'elle accepte le travail et qu'elle s'enfuie en courant pour prévenir qu'on l'avait séquestré de force ? La peur eut raison d'elle, et une étonnante sincérité s'échappa de sa bouche sans qu'elle ne le veule.  
-Nous le pensons, effectivement. Tout comme nous pensons que vous accepterez cette « besogne », même si vous n'en avez aucune envie.
L’incompréhension bouleversa ses traits du visage. Étaient-ils idiots ? Ils n'en avaient pourtant pas l'air... c'était à ne plus rien y comprendre, conclut-elle. Mais l'un des hommes sortit une petite bourse de son manteau et l'ouvrit. Il en sortit un petit doigt d'enfant immaculé de sang et pourvu d'un anneau. Lorsqu'elle vit les motifs posés sur l'anneau, elle fondit en larme, priant tous les saints qu'il ne puisse être celui appartenant à son fils.
-Il est encore temps pour vous de sauver votre enfant. Acceptez d'accomplir un travail où il ne vous sera plus possible de revoir ce petit gars, ni votre époux bien-sûr.
-Vous ne pouvez pas... c'est impossible.
L'un des deux hommes hocha du chef.
-Bien-sûr que nous le pouvons, ajouta-t-il en sortant une nouvelle chose de son manteau. Cette fois-ci, un petit flacon contenant un liquide transparent. Et voici votre « besogne », jeune dame.
-Que voulez-vous que j'en fasse ?
-Arrangez-vous pour que six gouttelettes finissent dans le potage du marquis et vous reverrez votre enfant, ainsi que votre homme. Pouvons-nous conclure notre entente ?
-Mais...c'est impossible, jamais je ne réussirai !
-Démerdez-vous, gente dame. Si vous êtes prise, vos proches le seront aussi.
**************************************


9e jour de la 1ere ennéade de Barkios. An 9 du XIe cycle.

Ses mains n'avaient jamais autant tremblé auparavant. Était-ce dû au flacon qui se trouvait enfoui dans sa robe ? Elle le sentait taper contre son torse. Chaque fois qu'il lui touchait la peau était comme un coup de couteau qu'on lui aurait enfoncé millimètre par millimètre. Ce flacon la brûlait, il la tuait comme s'il s'était s’agit d'un véritable fardeau. S'en était bel et bien un, à n'en point douter. Pourquoi elle ? Pourquoi son fils et son époux ? Il n'y avait pas de justice là-dedans. Ce flacon, elle aurait voulu le jeter par terre et l'écraser violemment. Dès lors, elle n'aurait plus jamais eu l'occasion de pouvoir resserrer contre elle le corps de son fils, ni de pouvoir embrasser de nouveau les lèvres de son époux. Les larmes manquèrent de couler le long de son visage. Elle était pâle et tremblait encore nerveusement.

-Quelque chose ne va pas, Élise ? Demanda Marie, sa confidente et amie de toujours.
-J'ai... je crois avoir attrapé froid avant-hier en rentrant. Mais ça ira mieux dès que le feu m'aura réchauffé.
-Je l'espère, c'est toi qu'ils envoient pour aller donner la bouillie du marquis.
Miracle, son tour était arrivé ! La veille, on y avait envoyé une autre servante et elle avait failli sombrer dans une profonde dépression, pensant à l'échec effroyable de son travail. Aujourd'hui, le hasard l'avait choisi ! Néera avait eu pitié d'elle, elle voulait la délivrer de son fardeau. Le sourire revint sur son visage et son amie Marie sembla s'en réjouir.
-Allez, vas donc avant de te faire gronder.
-Oui, j'y vais de suite !
-Moi qui pensais que tu avais la trouille d'aller servir le maître, ce n'était qu'une mauvaise impression visiblement.
Elle ne répondit que par un petit sourire forcé, se demandant ce que Marie aurait fait dans sa situation. Elle eut même l'envie folle de tout lui dire, mais ces deux vilains l'auraient vite su et lui auraient aussi fait du mal. Non, dans cette histoire, il valait mieux qu'elle garde tout pour elle même si le secret était devenu bien lourd à porter.
-Hâte toi ! reprit Marie.

Elle acquiesça et s'en alla aussi vite dans les cuisines afin d'aller y chercher le plateau pour le marquis. Elle y retrouva une grande salle à l'activité débordante. Les hommes et femmes s'affairaient dans les quatre coins pour faire rôtir les gibiers et préparer les pitances des seigneurs. L'odeur s'émanant des plats ne manqua pas d'éveiller son appétit. Pour cause, elle n'avait pratiquement plus rien avalé depuis deux jours déjà. Dans l'indifférence la plus totale, on lui fit signe de venir chercher les plats à apporter. Comme d'habitude depuis près d'un mois, il n'y avait qu'un bol rempli de potage et un petit verre de vin. Rien de consistant, le marquis ne pouvait plus rien avaler depuis les premiers maux d'estomac qui l'avaient cloués au lit. Elle prit le plateau sans attendre et quitta les lieux aussi vite qu'elle y était entrée. Ce n'est qu'une fois seule dans les couloirs, à l'abri des regards, qu'elle s'arrêta et posa le plateau sur un petit buffet. Elle sortit le flacon de sous sa robe et dévissa le petit bouchon. En mettant le récipient jusqu'à ses narines, elle ne sentit nulle odeur. L'on aurait aussi bien pu dire qu'il s'agissait là d'une simple eau. Lui avait-on réellement donné un vulgaire flacon d'eau ? Pourquoi une telle peine ? Elle revit les regards insistants des deux hommes à qui elle avait eu à faire en déduisit qu'il ne pouvait pas s'agir là d'une telle chose. Non, cela ne se pouvait. Jamais ces deux bandits n'auraient été jusqu'à couper l'un des doigts de son fils pour seulement lui donner de l'eau. Prise d'un élan de courage, elle versa comme demandé, six petites gouttelettes dans le potage qui disparurent aussitôt. Elle tenta de sentir la potion, mais ne reconnut là que l'odeur des navets. Finalement, la besogne avait été d'une facilité déconcertante. Elle en était désormais convaincue, elle reverrait son fils et son époux !

Elise jeta le flacon par terre et l'écrasa de sorte qu'il n'y ait plus quelques morceaux de verres. Puis, elle repoussa sur le côté et les glissa derrière le buffet. Son fardeau disparu soudainement et elle ne put que recouvrir un peu de sa vigueur. Voilà, c'était tout, elle avait finalement réussie et se remit à déambuler dans les couloirs comme si rien ne s'était passé. Pourtant, c'est en arrivant devant l'entrée de la chambre du marquis que son cœur se remit à battre. Deux gardes de l’Égide du nord lui firent face et la firent attendre quelques minutes. La porte s'ouvrit finalement et elle vit en sortir l'un des mestres qui se tenaient quotidiennement au chevet du marquis. Le vieil homme ne remarqua même pas sa présence et l'un des gardes lui fit signe d'entrer. Enfin elle y était.

A l'intérieur de la pièce, une simple bougie posée sur une table non loin du lit éclairait les lieux. Une fois de plus, on y voyait comme dans le trou du cul d'un noirelfe. Mais assez pour distinguer la colossale silhouette du marquis de Saint-Aimé allongé dans le lit. Celui-ci ne se soucia même pas de sa présence et maugréa dans sa barbe comme à son habitude. Alors elle s'avança à pas lent, chacun d'eux la rapprochant inexorablement vers la cible qu'on lui avait fixé. Ce n'est qu'en étant à quelques centimètres seulement du lit qu'elle y déposa le plateau avec le bol encore fumant et le verre de vin. La question revint : Qu'y avait-il vraiment dans ce flacon ? Est-ce que le marquis allait s'endormir devant elle où bien, allait-il convulser et se mettre à baver. Pis encore, allait-il se mettre à saigner des yeux et à crier comme un damné ? La chose l’effraya, mais elle se dit aussitôt qu'elle reverrait bientôt son fils et son époux. Elle en était sûre !


Dernière édition par Thibaud de Kelbourg le Jeu 22 Déc 2016 - 6:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Ven 9 Déc 2016 - 13:06





Fin 1ere ennéade de Bàrkios, An 9.




Contre toute attente, rien d'inhabituel ne se passa. Sans une remarque ni la moindre attention, le Marquis se saisit en grognant de la cuiller en bois pour la plonger dans le brouet de racines. La servante eut même l'occasion d'ouïr les quelques agréables commentaires du malade – au sujet de son tout aussi avenant souper - avant que l'on ne ferme la porte sur elle. Cela faisait presque un mois maintenant que le Seigneur de Sainte-Berthilde s'était fait porter pâle, et si les premières ennéades avaient été les plus rigoureuses – pour l'homme comme pour son entourage et personnel – on considérait que le plus violent de la crise était désormais derrière lui. Son état allait même en s'améliorant, et seule sa perpétuelle maussade humeur demeurait intacte. Tout Cantharel espérait qu'il puisse bientôt quitter la maudite couche qui l'avait contraint à l'inertie, autant sa personne que le Marquisat.

Les espoirs, mêlés de crainte, de la camérière se révélèrent grandement compromis, quand au lendemain on constata que le bougre se portait même mieux que la veille. Avait-elle failli ? Comment ? Elle avait pourtant précautionneusement mesuré chacune des larmes destinées à se confondre avec les légumineuses, constaté que l'Effroyable avait goulûment ingéré la bouillie sans que celle-ci ne lui fasse quelconque effet que le rassasier. L'espérance de revoir les siens s'envolait petit à petit alors que le castel s'agitait auprès du châtelain revigoré. Quelque chose lui intimait que cette résultante n'était point celle escomptée par les diables qui retenaient sa famille captive , et, son malheur grandissant se voyait noyé dans l'euphorie ambiante de l'imminente guérison du Saint-Aimé.






Début 2eme ennéade de Bàrkios, An 9.




« Il rechute ! Il rechute ! » Scandait-on dans la citadelle, les cris des domestiques et guérisseurs qui se bousculaient dans les boyaux de pierre s'unissant en un chant terrible aux abois d'un Godfroy agonisant. D'aucun n'avait été inquiété par son embellie soudaine, toute la cour s'étant évertuée à remercier la DameDieu de leur rendre leur suzerain après cette trop longue et douloureuse léthargie. Nul ne s'était imaginé que cet apaisement puisse dissimuler un si prompt et si coriace déclin, plongeant à nouveau la cité au chevet de son moribond souverain. Si c'étaient là les conséquences du contenu de la fiole, elles avaient grandement tardé à se manifester. Après une interminable nuit d'angoisse à tenter de tempérer les souffrances du Marquis, les clameurs du Colosse du Nord cessèrent pour de bon.
Accoudé sur le bord du lit, Louis, impuissant devant la finalité qui délivrait le corps souffrant de celui qui l'avait engendré, lâcha la main inerte de son aïeul. Ses larges épaules s'affaissèrent alors qu'il recevait la charge héréditaire des Grands Seigneurs, celle de la relève, pour laquelle le jeune homme ne se sentait absolument point prêt. Le devoir retint les moult larmes qui se bousculaient derrière ses paupières closes, alors que chacun allait de son hommage au Grand Cerf du berthildois, lui aurait préféré se laisser aller à son chagrin, seul.
Le silence s'était fait simultanément dans la chambre du Marquis et dans le château tout entier. La mort n'avait que trop frappé au même endroit, et ce en si peu de temps. Même les conseillers s'étaient tu malgré les infinités d'idées qui fourmillaient en leurs esprits combinards et intéressés, et nonobstant les myriades de choses qu’entraîneraient le silence immuable de feu le Marquis.
C'était pourtant bien à eux de penser au futur des terres, surtout celles-ci désormais aux mains d'un jeune et bien trop inexpérimenté seigneur. Le douloureux privilège de confronter Louis leur revint, au soir de la funeste nouvelle. L'urgence était réelle, et les vassaux se devaient d'être informés, appelés même pour l'enterrement à venir. Les autres préoccupations, les hommes de lettre savaient qu'ils auraient l'occasion de les aborder avec le jeune hobereau dans les jours à venir. Malgré la nuit, seul le bruit des sabots des montures des émissaires résonna dans la cour pavée de Cantharel, muet du foudroyant deuil qui s’abattait sur ses habitants.



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Ombre fugace
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Sam 10 Déc 2016 - 17:25


Deuxième ennéade de Bàrkios
Le premier jour...



Prenant son envol dans un bruissement d'ailes, l'un des pigeons-voyageurs s'élança bravement dans les airs. Son périple le conduirait vers le nord, jusqu'en la citadelle arétane où il devait porter la mauvaise nouvelle ; un messager de bien mauvais augure, annonciateur de nouveaux troubles, comme s'il en était besoin.

Quand bien même le volatile devait atteindre sa destination sans encombre, son message n'atteindrait pas le comte Roderik. Car celui-ci sillonnait au même moment le sud de la malelande, à la tête d'une troupe armée, officiellement pour y débusquer les pillards qui harcelaient les villages isolés jusqu'à la fin de la belle saison. L'ironie du sort voulait que le comte, pourtant si proche de la frontière berthildoise, ne sut rien de ce qui se tramait présentement à Cantharel ; car la voix des émissaires porte moins vite et loin que les ailes des pigeons-voyageurs, et le nord du pays arétan, pourtant si éloigné de Cantharel, saurait avant lui que Godfroy de Saint-Aimé était mort.

Dans le clair-obscur que dessinait la lueur des torches sous une nuit sans lune, Roderik échangeait un regard entendu avec Leudaste le Jeune, seigneur de Sorosd ; ignorant de bien des choses qu'il lui aurait mieux valu savoir, il était enfin prêt à mettre en oeuvre son plan. Enfin ! Car il avait attendu plus que de besoin, et plus, bien plus qu'il n'aurait dû. On dressait de lui le portrait d'un habile chef de guerre depuis le siège d'Amblère, mais il réalisait à présent combien il faisait un médiocre stratège ; trop hésitant, trop inquiet à l'idée de se tromper, il avait guetté vainement les signes pendant des jours, attendant le moment opportun pour agir, sans jamais le reconnaître. Et il avait repoussé la décision quand il lui aurait fallu la prendre vite.

Ce n'était pas la conviction de devoir agir qui lui manquait, pourtant. Les multiples revirements diplomatiques de Godfroy de Saint-Aimé avaient achevé de faire tomber le masque ; Roderik avait enfin compris que l'homme qu'il avait reconnu pour marquis n'accordait guère de valeur à la légitimité. Il n'en avait pas fallu plus pour faire germer le doute dans son esprit : jusqu'où Saint-Aimé avait-il pu leur mentir à tous pour assouvir ses grandes ambitions ? Lorsque l'homme avait clamé haut et fort qu'était mort le roy Bohémond, détenteur légitime du marquisat par sa mère, Roderik l'avait cru ; lorsque l'homme avait clamé que le Chancelier Cléophas, exilé dans le sud avec un enfant qu'il présentait comme étant le jeune roi, mentait pour s'accaparer le pouvoir, Roderik l'avait cru. Aujourd'hui, il n'y croyait plus ; ses doutes s'étaient changés en certitudes lorsqu'il s'était secrètement rendu à Merval pour entendre l'autre vérité, celle du Chancelier.
Et Roderik croyait désormais que c'était son devoir de vassal du marquisat que de faire éclater cette vérité, et de chasser l'homme qui en usurpait le trône. Qu'en serait-il du serment qu'il avait prêté à Godfroy ? De nulle valeur, car donné sur la base d'un mensonge. Un mensonge d'autant plus infâme qu'il était sacrilège, car la personne du roi était sacrée, si bien que la DameDieu elle-même ne saurait blâmer Roderik de s'en défaire. Il n'avait qu'un suzerain légitime, et ce suzerain était le roi Bohémond.
Seulement, le roi Bohémond vivait dans le sud de la péninsule, et la noblesse du Berthildois continuait d'accréditer la thèse selon-laquelle son roi et marquis était mort. Godfroy de Saint-Aimé demeurait légitime à leurs yeux, et si certains, à l'image de Thibaud de Kelbourg, partageaient le scepticisme de Roderik, il était peu probable que ces doux sires acceptent d'échanger Godfroy de Saint-Aimé contre un enfant.

Alors, quel moyen ? La guerre ? Trois ans plus tôt, l'alliance d'Arétria et d'Olyssea avait pratiquement fait plier le Berthildois ; la guerre de l'Atral n'avait été perdue qu'avec l'intervention de forces extérieures venues secourir la marquise, laquelle n'avait même pas su mobiliser auprès d'elle ses principaux vassaux. Les choses aujourd'hui seraient fort différentes ; du fait de sa réputation exécrable hors des frontières du marquisat, Godfroy n'arriverait sans doute pas à mobiliser d'alliés extérieurs ; mais il n'en aurait pas besoin. Godfroy n'était point Arsinoé, et s'il l'ordonnait, les épées du marquisat se mobiliseraient autour de lui. Roderik n'était pas de taille à y aller seul ; peut-être aurait-il pu compter sur l'appui olyssean, mais il était sans nouvelles du baron Sigvald et doutait fortement que celui-ci puisse l'aider ; car si Sainte-Berthilde était le bien du roi Bohémond, il en allait de même pour Olyssea. Sigvald n'appuierait pas une guerre qui le priverait de ses propres droits.
Roderik avait, un temps, songé à demander l'appui de Serramire. Mais pouvait-il entraîner le marquisat de Bohémond dans une guerre sanglante contre un autre suzerain des marches ? Il n'était pas prêt non plus à s'inféoder au Serramirois ; cela créérait un précédent, sans doute, qui ne manquerait pas de faire du comté d'Arétria un sujet de querelles entre Sainte-Berthilde et Serramire dans les années à venir.
La guerre n'étant point souhaitable, Roderik en était venu à échafauder le seul plan qui lui vint à l'esprit ; un plan si risqué, si peu fiable, que l'on ne pouvait que comprendre qu'il se soit si peu hâté à le mettre en œuvre.

« Prends les hommes les plus fiables et les meilleurs chevaux, dit-il à Leudaste.
- Tu es sûr de ce que tu fais ?
- Oui, mentit Roderik. Il fait suffisamment sombre pour tromper la vigilance des tours de guet ; n'attendons pas que la lune soit claire. Chevauchez de nuit, restés cachés le jour. Aucune bannière, surtout : les yeux de Godfroy sont tournés vers le sud, non vers le nord, mais ce mastodonte se méfie de tout. Pour ça, au moins, je ne saurais lui jeter la pierre. Faites ce qu'il faut pour ne point attirer l'attention. »
Plus facile à dire qu'à faire ; l'air dubitatif de Leudaste n'échappa guère à Roderik, car le seigneur de Sorosd n'était pas particulièrement emballé par ce plan. Roderik non plus, d'ailleurs ; c'était faire preuve de beaucoup de candeur que de croire qu'une armée pouvait se déplacer si furtivement sur la distance qui les séparait de la capitale de Sainte-Berthilde. Mais enfin, Leudaste ne menait pas une armée d'invasion ; ce ne serait là qu'un ost réduit, et la populace voyant ces cavaliers chevaucher dans la campagne se figurerait peut-être des troupes en partance pour Sharas. Si l'on a de la chance.
« Et toi ?
- Moi, je vais à Cantharel. Entre le blocus de Sharas, les Ligards et Diantra, ce ne sont pas les raisons de m'y rendre qui manquent. Vous camperez dans le bois de l'Esterel, le temps que je vous fasse ouvrir les portes. »

Il est tout pourri, ce plan ; c'est ce que Leudaste aurait pu dire à voix haute, mais il s'en garda bien. Et tandis que s'éloignait le chevalier, Roderik songeait qu'il aurait aimé qu'on l'en dissuade. Il savait, maintenant, qu'il n'était que deux issues possibles à tout ce joyeux merdier : ou bien il croupirait au fond d'un cul-de-basse-fosse, ou bien il se rendrait maître de Cantharel.

Il n'avait pas prévu la troisième option.




♠  ♠  ♠



Le quatrième jour...



« Il est mort ? »

La nouvelle était tombée aussi tranchante qu'un couperet, et le comte considérait les yeux ronds ce marchand de passage qui, sur la route, l'avait rencardé sur la nouvelle. C'est que se mouvait sur la route de Sainte-Berthilde une cohue singulière ; plus qu'à l'accoutumée, on s'attroupait en direction de la capitale. Roderik comprenait maintenant pourquoi ; les marchands itinérants s'empressaient de gagner le cœur du Berthildois, où rappliqueraient bientôt les grandes familles du marquisat pour y rendre hommage au suzerain disparu.
Il n'empêche, il y avait de quoi rester sur le cul. Comment un colosse tel que Godfroy avait-il pu succomber à une bête fièvre en automne ? Saint-Aimé vous faisait l'effet d'une forteresse humaine, à la fois irascible et irréductible. C'avait déjà été tout drôle de l'imaginer malade et alité ; mais c'était autre chose encore que de le savoir mort. Lui, le cerf déchaîné, débordant d'énergie, vous aviez peine à le croire inanimé, endormi pour l'éternité. Cantharel devait être bien silencieuse aujourd'hui ; mais elle le serait moins quand les vassaux s'y engouffreraient tous pour baiser la main de leur prochain maître.

Et ceci n'arrangeait aucunement les affaires de Roderik. Il y pensait alors que, juché sur Tonnerre d'Ivoire, il franchissait la poterne et s'engouffrait avec son escorte dans la rue principale de Sainte-Berthilde, et la remontait sous le regard curieux des passants. Chez le bon peuple de la cité, l'on toisait avec curiosité ce seigneur arétan qui s'avançait vers la forteresse de Cantharel alors même que le cadavre du marquis était encore chaud.

Et la question le taraudait à présent : comment allait-il pouvoir rallier les nobles Berthildois sous la bannière de Bohémond, maintenant que l'auteur du mensonge, l'usurpateur, n'était plus là pour confesser son crime ?
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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Dim 11 Déc 2016 - 14:29


Le pas déterminé, l'allure fière, Thibaud marchait accompagné de cinquante gaillards bien bâtis venant tout droit d'Argonne. Du 100% local, tout droit sorti du cru du fin fond de la basse noblesse. Des hommes aux mœurs légères, pour qui la perspective d'une ribaude et d'une bière à la nuit tombée suffisaient à garantir une indéfectible loyauté. Il y avait aussi le fait que ces braves hommes avaient été de toutes les aventures de leur seigneur de Kelbourg. Ainsi, lorsque ces canailles s'en allèrent au palais de Cantharel, il ne valut mieux pas se mettre en travers de leur chemin pour ne pas finir le cul dans une flaque. C'est que la nouvelle de la mort du marquis lui était parvenue assez vite. Puis, sans qu'il n'ait eu vraiment besoin d'en avoir la nouvelle officielle, il s'était tenu prêt à partir après avoir prit soin de réunir ses seigneurs et de leur demander de se tenir prêt en cas de besoin. C'était pour cette raison qu'aucuns seigneurs d'Argonne ne l'accompagnaient séant. Ni même son fils où son frère, et encore moins sa puterelle d'épouse. Que Diantre, pas elle !

C'est en arrivant aux abords des fortifications entourant le palais et ses bâtiments annexes qu'il croisa la route de son fidèle Renaud, son faire-valoir, l'homme en qui il pouvait miser sa confiance. Et ce, pour la simple et unique raison que le Renaud s'était mangé une sacrée beigne à sa place le jour d'Amblère. Le loustic avait failli y perdre un œil. Finalement, il perdit seulement un peu de beauté, bien qu'il n'ait jamais été particulièrement attirant.

-J'imagine que tout s'est bien déroulé, lâcha-t-il en continuant à marcher (déterminé et fier).
-Tout juste, messire. Mais c'est que la dame va maintenant vouloir revoir son fils et son époux.
-Et bien, attendez encore quelques jours et emmenez-là !
-Mais ?
-Mais quoi encore ? Faites preuve d'imagination mon vieux. Violez et pendez-là où faites l'inverse, qu'en sais-je. Et comme promis, elle rejoindra ses proches.  
-Oui oui, c'était de ça que voulais savoir. Ce sera fait !
-Qu'en est-il de l'autre chose que je t'ai mandé ?
-Un jeu d'enfant. Il n'a pas été difficile de soudoyer l'un des gars qui s'est occupé du corps. C'est qu'ils ont tous cru à une maladie contagieuse alors le moineau est déjà en cage.
-C'est la connerie qui est contagieuse, Renaud, sache-le.
-Hein ?
-Non rien.

Ils arrivèrent enfin dans la cour attenante au palais. L'on vit bon nombre de chevaux et d'hommes venus escorter leurs seigneurs. On eut presque l'impression d'être à la veille d'une campagne bien que certains d'entre eux n'aient encore été que des imberbes jouvenceaux en quête de gloire. Il en reconnut d'autres et en salua même quelques-uns (ceux qui avaient rejoint l'ost berthildois pour la campagne d'Oesgard), puis jeta quelques grimaces à l'encontre d'autres dont il ne se cachait nullement de ne pas apprécier. Une fois devant les portes du palais, Thibaud se retourna vers les siens et leur intima de s'arrêter à leur tour.

-Dix hommes avec moi, le reste dehors... et je ne saurai tolérer aucune bévue. Du moins, pas tout de suite.

Ses gars s'exécutèrent dans la cohue. On eut l'impression d'assister au déplacement désordonné d'un troupeau de bêtes. Comme un chef d'orchestre du haut de son estrade, il scinda le groupe en deux et en récupéra dix avant de donner l'ordre aux gardes en faction devant les portes de leur ouvrir. Voilà, il y était enfin arrivé. Le dénouement approchait, où peut-être bientôt le commencement. Il ne lui restait plus qu'à poser ses couilles et affronter le dernier avorton de Saint-Aimé. On le disait bon bretteur, mais il doutait que le garçon ait eu quelques accointances avec la gestion de crise. Car crise il y avait ! Et autant dire d'avance que le père Thibaud allait vouloir se montrer taquin.

A son entrée, les visages des gens présents se tournèrent vers lui. C'eut été comme arriver le dernier dans un temple le jour d'un mariage. Cela lui rappela également la fois où il s'en était allé prêter serment devant l'Effroyable. Ce jour-là aussi il était arrivé le dernier histoire de marquer le coup et de bien faire comprendre à tout le monde qu'il ne pomperait jamais le dard du Saint-Aimé. En parlant de ça, il vit les seigneurs de Saint-Aimé et de Berthilde flanqués d'un côté de la salle et le reste de l'autre. A n'en point douter, le Louis avait prit soin de faire venir toute sa smala proche et lointaine (sans le papa bien sûr). Les joyeux laquets s'étaient d'ailleurs fait tout beaux et propres avec leurs belles toilettes bien apprêtées pour une telle circonstance. Rien à voir avec l'aspect peu reluisant du comte d'Arétria qui lui donna l'impression d'avoir vécu dans la boue depuis plusieurs ennéades. Machinalement, c'est vers lui qu'il se dirigea en premier. Il prit d'ailleurs une place vacante à ses côtés après avoir salué les seigneurs de Laraus et de Casteldulac postés non loin.

Enfin, Louis arriva.
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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Dim 11 Déc 2016 - 15:39

Parti de Serramire en compagnie d'une mince troupe, Evrard de Brochant avait promptement atteint son objectif. Après quelques jours de voyage, il avait laissé ses compagnons de route, gagnant les palais de Cantharel, pour y porter la voix de leur seigneur à tous, le marquis de Serramire. Ce dernier, s'il n'était du trajet, l'avait ordonné avec une fermeté rare, brusque, et en un sens, l'ombre d'Aymeric avait recouvert chacun des voyageurs, ces derniers jours durant. D'une certaine manière, Evrard, quoi qu'arrivé à destination, demeurait fort troublé par la visite. C'est que l'enjeu était de taille, et il n'était pas un hasard qu'on l'eut envoyé lui.

Il ne se méprenait guère quant aux raisons de son voyage! Assurément, on aurait grandement hésité à envoyer Heinrich, le Père Bréguet, ou un autre : VanHardht ? Clairséan ? Tout cela était du menu fretin. Avec une assurance toute nobiliaire, le frère du marquis avais pris conscience de sa nouvelle position. Les années passées à courir l'Estrévent semblaient bien loin ; il était désormais d'une toute autre race. Et s'il lui fallait jouer les plénipotentiaires, il ne le faisait qu'aux cours les plus puissantes de la Péninsule.

Sainte-Berthilde était de celles-là : elle avait autrefois dominé le Nord à part égale avec Serramire, et tandis qu'Aymeric était resté deux ceux fidèles au Roy, le marquis voisin avait, quant à lui, pesé de tout son poids (non négligeable) dans la balance Péninsulaire, se joignant au parti rebelle. La chose ne lui avait guère souri : quand le seigneur de Serramire avait revu ses voisins de l'Atral, la rébellion lui avait paru imminente. Quand les nouvelles suivantes retentirent, elles avaient annoncé la mort de l'Effroyable.

Ainsi, tandis que les féodaux s'assemblaient dans les halls se Cantharel, Evrard s'y trouvait également. Visiblement nerveux, il demeurait surtout alerte ; c'est que son frère l'avait instruit des intrigues berthildoises, et, en homme ayant connu les coups de mains et les cabales des palais estréventins, le chevalier était bien placé pour savoir qu'un coup de dague ne serait guère surprenant.

Il était d'autant plus leste à l'action, que son rôle requerrait la rapidité. L'intrigue, peut-être plus encore que la guère, nécessitait la promptitude, car il est vrai qu'un mot court plus vite qu'un cheval. Evrard guettait ainsi l'entrée imminente de l'héritier des Saint-Aimé. Quand lui vint prendre place parmi sa coterie populeuse, le chevalier n'hésita pas. D'une soudaineté identique à celle de son frère, lorsqu'il avait mandé l'ambassade, Evrard avança au cœur du hall, avant de s'adresser clairement à toute l'assemblée.

« Le marquis de Serramire, mon frère, vous adresse par ma bouche ses condoléances pour la mort de votre sire, et prie les Cinq pour qu'il trouve sa place, large, rajouta-t-il tandis qu'un murmure goguenard parcourait les bancs des frondeurs, dans la demeure de Tari. » Il avait lancé cela d'un ton léger, pour amadouer une audience réfractaire à une suite qui risquerait de surprendre. « Mon frère adresse ses respects au nouveau marquis, Louis de Saint-aimé, prie pour que la Damedieu bénisse ses fiefs, et l'urge, en outre, de rendre promptement l'hommage à notre Roy, Bohémond Ier, de la maison d'Ivrey. »

Il regagna après ces derniers mots l'abri de la foule, et y demeura la main portée, sous sa cape, sur la poignée de sa dague.

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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Mar 20 Déc 2016 - 15:15

Arrivé à Cantharel deux jours après la nouvelle de la mort du marquis, Charles n'avait guère perdu de temps. Le décès de son beau-fils avait jeté un froid au château d'Hardancour. On avait cru qu'il se rétablirait - que l'un de ces hommes avec une si bonne condition physique vaincrait la maladie. Pourtant, après avoir signé « hasard », Tari s'en était venue emporter le marquis Godfroy. Les temps de la succession s'en venaient. Cette période de flottements, où l'on jurait fidélité sans vraiment savoir pourquoi, mais sans avoir le courage de se le demander, avait déjà débutée.

A chaque passation de pouvoir ses aléas. On était coutumier de la venue des marchands et des commerçants de la région, empressés d'étaler leurs biens, comme si la mort d'un grand homme n'était, au final, qu'une raison de plus pour amasser de l'argent. Prédicateurs et religieux formaient un conglomérat dans la rue, où la parole des divins était dispensée entre deux ventes d'étoffes. Et, bien sûr, la venue du sang noble, la succession ininterrompue des noms à particule, des prestigieux vétérans, de la fierté des landes berthildoises. Mais aujourd'hui, Charles n'était point de ceux qui se trouvent dans la salle comme tant d'autres.

Aujourd'hui, le vieil homme se trouvait dans le palais de Cantharel, d'où on voyait et entendait les allées et venues dans la cité. Le doyen de Cantharel partageait la peine de sa fille, toute vêtue de noire, même s'il n'en témoignait guère par des gestes affectueux. Le regard perdu à travers les alcôves de pierre des fenêtres, le marquis légitime du pays ne semblait guère pressé de se rendre dans la salle du trône. Bras croisés et visage fermé, Charles attendait qu'on les appelle à venir, une fois que tous les convives seraient présents. Ce fut l'un des membres de l'Égide du Nord qui vint à eux, poussant la porte avec timidité et respect à l'égard des présents. Il salua son capitaine récemment nommé, Charles, puis se tourna vers Louis. « Nous n'attendons plus que vous, monseigneur. » lui avait-il dit.

Le cortège Saint-Aimé s'était ébranlé, et sous les fastes auspices et l'aura cérémonielle de l'Égide du Nord, Louis entra dans la salle du trône, passant au travers du trône central et de celui qui, jusque là, il avait occupé, un mètre plus bas. Il s'était assis. Lentement. Judith, en retrait, vêtue de noir, Éléonore, à ses côtés. Seul, sur sa gauche, Charles, croisa ses mains. Les doigts de Louis se crispèrent sur les accoudoirs, les yeux fuyant le regard des nobles présents. « Parle clairement et distinctement. Ce sont tes gens. », tels avaient été les mots de Charles à l'adresse de son petit-fils, auparavant.

« Amis et seigneurs...Le deuil de feu notre marquis, mon père, nous rassemble en ce jour. Je remercie tous les présents, en particulier l'envoyé du marquis de Serramire, et le comte Roderik de Wenden, du pays Arétan. Nous désolons l'absence du baron Sigvald d'Olyssea, qui aura vraisemblablement été retenu ailleurs. » L’œil inquisiteur, Charles guettait le moindre signe alarmant dans l'assemblée. Un faucon cache toujours ses serres. « Nous...sommes prêts à vous entendre. » Louis s'enfonça sur le trône, satisfait que son temps de parole soit dépassé.

Ce fut alors l'envoyé de Serramire qui parla le premier. Il s'agissait d'Evrard de Brochant, le frère du marquis. Il tint des propos pour le moins curieux, et les yeux du seigneur d'Hardancour se plissèrent, n'appréciant guère l'ambiguïté qui régnait dans les maximes du noble serramirois. Ses paroles provoquèrent un léger malaise. Les seigneurs se regardèrent entre eux, à la fois curieux, circonspects, personne n'osant prendre la parole après de tels propos. Lorsqu'ils virent que le regard de Charles était sur eux, les échevins des villes du Nord s’avancèrent.

« Les échevins des villes de Saint-Aimé, Erignac, et de La Toranne, reconnaissent le marquis Louis de Saint-Aimé comme héritier légitime des biens de son père, et lui souhaitons un règne long et paisible. » Vinrent alors les seigneurs de Simplé, Ferté-sur-Cours, Eyroles, Châteauvieux, Le Theil et l'Argentière, suivant le même procédé, rendant l'hommage. Charles conclut le bal en rendant l'hommage au marquis. Tous s'étaient bien gardés de se prononcer sur la question de Bohémond. Un silence s'installa, durant lequel Charles posa son regard successivement sur les seigneurs de Casteldulac, puis de Kelbourg. Le repérant dans la foule, le doyen, toujours aux bras croisés, prit la parole, venant au secours de Louis qui n'avait guère l'envie de redevenir le centre de l'attention.

« Nous appelons les seigneurs de Casteldulac, Laraus et de Kelbourg, ainsi que leurs gens, à venir rendre l'hommage à Louis, neuvième du nom, marquis de Sainte Berthilde, comme leur devoir l'exige. »



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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Mar 20 Déc 2016 - 16:06


-Non mais regardez moi ces chiures qui font la queue pour becter dans la main du petit faon, murmura-t-il à l'adresse de Roderik. Un peu plus et ils vont se battre pour savoir qui aura la chance de lui torcher le cul.

Ecoeuré devant ce ballet incessant de nobliaux venant reconnaître leur nouveau marquis, Thibaud bouillonnait et parvenait de plus en plus mal à se contenir. Il s'était préparé à pareille scène pourtant, mais la réalité avait toujours un goût beaucoup plus merdique. Louis, du haut de ses marches, se tenait assis là où avait trôné jadis son père. Il n'avait point la même carrure, ni la même prestance et dégageait une aura presque bienveillante et infantile. C'est que le nouveau Saint-Aimé – le petit faon comme il aimait l'appeler – n'était encore qu'un môme de vingt printemps à tout casser. Dernier mâle de la lignée des Saint-Aimé, on ne l'avait que trop peu préparé au rôle qui était désormais sien. Son frère Jean eut fait un meilleur marquis à n'en point douter. Car Louis était mielleux, discret et trop sage à son humble avis.  

Vint alors la prise de parole du vieux d'Hardancour qui intima aux derniers grands seigneurs de venir reconnaître son petit-fils. Un silence pesant gagna la grande salle et l'on ne tarda pas à se jeter des regards pour savoir qui aurait le culot de parler en premier. L'Adhémar resta stoïque, tandis que le bâtard de Laraus se mit à lui sourire brièvement comme pour l'inviter à prendre les devants. Alors, il y alla, laissant derrière lui ses hommes pour venir au centre de la salle.

-Kelbourg ne reconnaît pas le fils du Saint-Aimé comme héritier légitime au marquisat de Sainte-Berthilde, gueula-t-il en affrontant le regard du jeune Louis et de sa cour. Godfroy lui même s'est avoué coupable de mensonge et d'usurpation en reconnaissant l'existence de Bohémond d'Ivrey, fils d'Aetius d'Ivrey et d'Arsinoé d'Olyssea, marquise de Sainte-Berthilde.

Vous étiez tous présents lorsque Godfroy l'a reconnu ! Votre père, Louis, nous a tous menti en nous présentant la dépouille d'un enfant qui n'était pas Bohémond. Il s'est approprié la couronne du berthildois à partir de ce mensonge pour légitimer sa succession. Vous tous, mes seigneurs, avez un jour prêté serment devant Arsinoé d'Olyssea. En reconnaissant cet homme, vous continuez de priver notre roi de ses terres qui lui reviennent de droit.

Sur un ton un peu plus menaçant, il reprit.

-Déposez cette couronne, Louis, et allez implorer le pardon du Roi pour les mensonges et l'usurpation du Saint-Aimé ! Peu importe que votre père ait eu une meilleure place qu'Arsinoé à la succession, il lui a prêté serment, ne l'oubliez pas.



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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Mer 21 Déc 2016 - 8:04


Nerveux, le comte d'Arétria s'était muré dans le silence, observant se mettre en marche les rouages d'une succession dont il ne voulait pas. Fébrile, il guettait l'occasion d'agir, il cherchait le moyen d'entraver l'inexorable ascension du fils d'un usurpateur sur le trône du marquisat de Sainte-Berthilde. L'intervention d'Evrard de Brochant, le frère du Serramirois, avait surpris beaucoup de monde ; elle n'avait guère surpris Roderik, qui connaissait la position du marquis de Serramire à l'égard du Berthildois depuis leur rencontre informelle en marge du mariage du baron d'Etherna. Cela étant, le fait que Serramire ait fait entendre sa voix si tôt, exprimant par là même un soutien implicite à Louis de Saint-Aimé alors que Roderik espérait l'isoler pour mieux le contraindre, n'arrangeait en rien ses petites affaires. Aymeric de Brochant, vous venez de me chier copieusement sur les bottes, songea-t-il, et il serra les dents. Echangeant un rapide regard avec Thibaud, acquiesçant à sa remarque sur les flagorneurs de la cour, il réfléchissait à toute allure. Qu'allait-il faire maintenant ? Refuser de prêter serment, sans nul doute ; mais il craignait d'attirer de mauvais soupçons contre lui s'il faisait preuve de trop de véhémence. C'est qu'on s'était étonné, en ville, de voir arriver le comte d'Arétria si tôt après la mort du marquis ; et il avait senti, pendant les quelques jours où il avait séjourné au château, qu'on le montrait du doigt, qu'on chuchotait sur son passage. S'il dénonçait les agissements de Godfroy, s'il se déclarait publiquement comme l'ennemi des Saint-Aimé alors que le cadavre de l'Effroyable était encore chaud, il n'en faudrait guère plus pour qu'on l'associe à la mort rapide et brutale du marquis.

Thibaud ne semblait pas partager cette crainte. Roderik le vit s'avancer, et l'espace d'un court instant il crut que le seigneur de Kelbourg allait accepter de prêter serment. S'il le fait, je n'ai plus le choix ; il me faudra ployer le genou, conclut-il avec amertume. Au lieu de ça, la voix colérique du chevalier résonna dans la salle, et un frisson parcourut la foule, accompagné de murmures d'étonnement. Thibaud de Kelbourg ne s'était pas ravisé ; il rejeta tout net le fils de Godfroy, accusa le défunt père des forfaitures que l'on sait, et tandis que l'assistance en restait médusée de surprise, ce tollé rendit à Roderik sa propre audace. Il s'avança à son tour au centre de la salle, le pas de ses bottes résonnant sur le sol dans un silence de mort. Son regard croisa celui d'Evrard de Brochant dans une attitude de défi, avant de plonger dans les yeux interloqués du jeune Louis de Saint-Aimé.

« Le seigneur de Kelbourg est dans le vrai », déclara-t-il avec la sévérité implacable de celui qui juge. « Votre père nous a tous trompés. Bohémond d'Ivrey est en vie, et le marquis de Serramire lui-même, par la voix de son frère ici-présent, ne saurait affirmer le contraire », ajouta-t-il, cherchant à retourner à son avantage la posture ambigüe de son voisin de l'est. « En vertu d'un droit que Godfroy de Saint-Aimé lui-même n'a jamais osé contester, Bohémond est le marquis de Sainte-Berthilde, le véritable suzerain de l'Atral, et Arétria n'en reconnaîtra pas d'autre que lui. »
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Mer 21 Déc 2016 - 12:23

Et ce fut le chaos.

On n'avait point vu de tels déferlements d'insultes et de critiques dans la salle du trône de Cantharel depuis de nombreuses années. L'absence d'Arsinoé, se relaxant plus à Diantra que sur ses propres terres, ne générait entre les vassaux aucun motif de friction ou d'opposition. Godfroy, quant à lui, avait toujours tenu ses gens avec une laisse, ne laissant que peu de place à une remise en question de son autorité presque absolue. Mais là, ce n'était ni Arsinoé, ni Godfroy, assis sur le trône, c'était Louis, et le jeune homme était bien incapable d'endiguer le flot de critiques qui se déchaînait.

« Que je vous y reprenne, Kelbourg, à tenir de pareils propos ! Où était votre soi-disant Bohémond lorsque Godfroy a proclamé sa mort ? S'il était en vie, où sont ses armées, où sont ses revendications ? Il n'y a eu que le silence ! » s'emporta l'un des échevins de la ville de Saint-Aimé.
« Je vous chierais dessus si vous n'étiez pas déjà un gros tas de merde, Gontrand ! » répliqua le seigneur de Laraus. « Les actions de Godfroy étaient abjectes ! Ce n'était qu'un félon et un opportuniste ! »
« Un seigneur de Laraus qui parle de félonie, tiens donc ! » objecta le seigneur de Ferté-sur-Cours.

Les deux camps se faisaient face, s'arrosant d'insultes et de reproches, teintés d'histoire ou de mémoire sélective. On en venait à se pousser, à serrer les poings, à se menacer du doigt. Personne n'était assez stupide pour dégainer une lame. Au final, on en vint à oublier pendant un temps jusqu'à l'intervention même du comte d'Arétria. Et parmi les plus calmes, hormis Roderik de Wenden et Thibaud de Kelbourg, les lanceurs de ce pugilat, c'était la famille Saint-Aimé et Hardancour. Louis s'était bien gardé de se prononcer, et à l'instar de Charles, s'était muré dans le silence et dans l'observation désolée de la scène qui se déroulait. Finalement, ce fut le doyen de la noblesse, Charles, qui, dégainant sa lame et s'emparant du pommeau, ramena en silence en frappant violemment sur l'accoudoir du trône pour attirer l'attention. Lorsque les insultes se calmèrent, et après qu'il ait rangé son épée, son regard se posa sur Thibaud.

« Vous donnez des ordres à mon sang, maintenant, Kelbourg ? » lâcha-t-il sur un ton sec.

Mais une main se leva, celle de Louis. « Grand-père, s'il vous plaît. » Louis s'avança un peu, avachi et presque recroquevillé qu'il était sur son trône. « Monseigneur de Kelbourg...Vous et biens d'autres avez la fâcheuse manie de parler en mal des défunts. Comme ils ne sont plus parmi nous afin de se défendre, je vous prierais d'arrêter. C'est une habitude détestable dont il faudra vous débarrasser si vous entendez demeurer à mon service. »

Mais à peine eut-il parlé que les insultes reprirent. « Personne ne demeurera à votre service ! »
« Un Saint-Aimé sera marquis, ou ce sera la guerre ! Les villes du marquis défendront les droits de Louis de Saint-Aimé par la voie des armes s'il le faut ! » Et tels étaient les propos incendiaires : l'ombre de la guerre civile, ce spectre pas si lointain, qui revenait hanter les nobles présents. Et même si on redoutait son issue incertaine, tous savaient que le camp perdant serait annihilé si le berthildois se perdait dans une guerre fratricide. Mais l'heure n'était pas encore à se déclarer la guerre. L'heure était encore aux propos humiliants.

« Comte Roderik ! » cria Charles à travers la salle. « Vous qui devez votre place à Godfroy, j'ai trouvé votre venue en nos murs bien rapide suite à sa mort, tout comme je vous trouve vous-même fort versatile envers l'homme à qui vous devez tout. Est-ce là l'apanage des arétans que de plier selon le sens du vent ? »
« Vous parlez à un comte, Hardancour ! Tenez votre langue ! »
« N'est point comte celui qui remet en question la légitimité de l'homme à qui il doit son rang ! Car si Godfroy n'était point légitime, alors, en vérité je vous le dis, Roderik de Wenden n'est point comte d'Arétria, et je l'accuserais d'usurpation ! » Des acclamations et des insultes fusèrent à tout va. « Que pourrais-tu reconnaître, Roderik-Sans-Terre, alors que tu n'as ni titres ni terres ! »

Le regard de Charles se mura dans un défi lancé au comte d'Arétria. Plusieurs mètres les séparaient, mais nul doute qu'un poing aurait fusé en direction de Charles si un Anti-Saint-Aimé se trouvait à sa portée. Tandis que les esprits s'échauffaient et que les premières repoussées physiques survenaient, Louis se leva. Charles, de la même manière qu'il avait agi auparavant, ramena le silence en martelant l'accoudoir de son pommeau.

« Serait-ce trop demandé à ces seigneurs de se concentrer sur ce qu'il convient de faire en ce jour, et plus sur ce que mon défunt père aurait dû faire, ou ne pas faire ? » Patientant un instant, le jeune Louis reprit. « Je n'ai aucune objection, si mes vassaux me le demandent, à reconnaître ce jeune Bohémond roi. Oui, ce même Bohémond dont mon père avait proclamé la mort, et que vous tous, ici, avez suivi dans cette idée, car vous étiez à l'époque forts heureux de ne pas avoir de régent pour les dix prochaines années. Au chancelier Cléophas d'Angleroy, je lui demanderais la même entente que jadis il avait proposé à mon père : il céderait la direction du marquisat à la famille Saint-Aimé, asseyant sa légitimité incontestable, en retour d'une reconnaissance de Bohémond Ier. Et ce que mon père aurait refusé, aujourd'hui, je suis prêt à l'accepter, si cela nous permet d'éviter une guerre fratricide. »


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Mer 21 Déc 2016 - 13:40

Le poing serré sur le pommeau de son épée, Thibaud épia les hommes lui faisant face, s'attendant aux premiers coups. C'est que l'atmosphère déjà étouffante était devenue toxique au point qu'une lame pouvait être vite sortie de son fourreau. Tuer l'effroyable avait sans-doute été la partie la plus aisée du plan. Ce à quoi il devait désormais faire face relevait d'une toute autre paire de manche. Les soutiens n'étaient guère nombreux de leur côté et il n'y avait point de doute à avoir sur leur chance de se sortir d'un tel nid de guêpe. Ses hommes attendaient néanmoins à l'extérieur, prêts à surgir au moindre appel de sa corne de chasse. Là non plus, face aux hommes de l'égide du nord, leur probabilité de survie était mince, mais s'il fallait en arriver là alors il irait.

Il sentit une main se poser sur la sienne, l'empêchant de dégainer. En se retournant, il vit là le sire de Casteldulac, Valérian d'Adhémar, resté silencieux depuis le début des hostilités. L'air sûr de lui et solennel, il s'avança au milieu du fossé séparant les deux groupes opposés et s'arrêta en face de l'héritier Saint-Aimé. En regardant un à un les hommes autour de lui, il entreprit de parler durant la courte accalmie suscitée par la prise de parole de Louis.

-Messire Louis. Nous ne pouvons aujourd'hui nier que votre père nous a menti en déclarant le roi mort. Il regarda Thibaud. Mais Godfroy de Saint-Aimé est mort et Louis ne saurait être tenu responsable des actes et paroles de son père. Non ! Vous semblez tous oublier que notre combat n'est pas de savoir qui est le plus légitime pour gouverner le berthildois. Bien sûr que le marquisat devrait échoir à l'enfant roi. Mais si Louis décide de renouveler la même entente en reconnaissant le roi contre sa légitimité à gouverner Berthilde, alors il n'y a plus de questions à se poser.

Furieux de voir la prise de position de l'Adhémar, Thibaud se mit à le maudire.

-Pensez-vous qu'un enfant de deux ans réussira à comprendre comment il s'est retrouvé privé de ses terres, Valérian ?

-Lorsque Bohémond sera en âge de réaliser que le Berthildois a été cédé au fils de Saint-Aimé, et ce, afin de nous éviter une guerre fratricide et inutile. Alors oui, il réussira à le comprendre. Car mes seigneurs, le véritable combat n'est point là. Les véritables usurpateurs sont dans le médian et sur les terres royales. C'est eux qu'il faut chasser ! C'est la cité des Rois qu'il nous faut reprendre afin de la restituer à Bohémond !

Le sire d'Adhémar avait su accaparer toute l'attention et reprit donc de plus belle.

-Regardez-vous tous en train de vous haïr et de vous insulter, tandis que nos frères et nos pères sont morts sur les champs pourpres. Est-ce de cette façon que nous réparerons l'affront commis contre le berthildois ? Est-ce de cette manière que vous souhaitez faire honneur à nos défunts ? Il y a là pire humiliation que celle que nous a infligé Godfroy.

Bien évidemment, sa volonté de reconquérir les anciennes terres royales était la base de tout. La régence aurait eu pour but de laisser plus de libertés aux seigneurs afin de préparer la guerre. Il savait que le petit faon n'aurait point assez eu de compétence pour prendre la tête d'une telle manœuvre, ce pourquoi il s'était opposé à la succession du Saint-Aimé, en plus d'avoir toujours eu une dent acérée contre la famille. Il tâcha néanmoins de pas rebondir de suite aux propos de l'Adhémar et attendit de voir quelle position adopterait le « nouveau » marquis.

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Jeu 22 Déc 2016 - 15:54


Noie-toi dans tes urines, vieillard sénile, aurait voulu répondre Roderik au seigneur d'Hardancour qui le prenait à partie. Le vieux crabe n'avait pas perdu de temps ; à peine Roderik appuyait-il le parti des séditieux que l'ancien l'attaquait sur sa propre légitimité de comte d'Arétria. Tous les coups étaient permis, et l'on n'en attendait pas moins d'un homme qui, quoique discret sous le règne de son redoutable beau-fils, espérait probablement exercer une puissante influence auprès d'un jeune marquis inexpérimenté. Oui, Charles d'Hardancour défendrait son bout de gras bec et ongles ; car maintenant que son petit-fils accédait au pouvoir, il avait toutes les chances d'être le véritable homme fort du marquisat. Et peu importait, du reste, que ses accusations soient infondées : Roderik ne devait rien à Godfroy, car il n'était comte que par son alliance avec la maison de Karlsburg, laquelle devait son titre à Arsinoé, la mère de Bohémond ; au fond, cela justifiait d'autant plus l'acharnement avec-lequel il défendait les droits de l'enfant-roi au détriment de Louis. Mais tout ceci n'était que du bavardage d'avocat ; et dans le brouhaha général, Roderik aurait été bien en peine de le balancer ses quatre vérités au seigneur d'Hardancour, car personne ne l'aurait écouté.

Curieusement ce fut Louis, l'objet-même de la dispute, qui parvint à ramener au calme tous ces seigneurs insolents et querelleurs. De toutes parts, l'on se tut un bref instant, et la curiosité et l'étonnement voulurent que l'on écoute ce jeune homme à l'audace inattendue. Voilà que le petit faon promettait de réconcilier tout le monde en embrassant la cause du roi tout en conservant les droits et les titres usurpés par son père ! Roderik grinça des dents, mi-irrité, mi-amusé par cette démonstration de candeur. C'est en voulant plaire à tout le monde que l'on ne plaît à personne, pensa-t-il ; et il semblait bien, dans la salle, que l'arrangement ne plaisait pas à tout le monde, car certains ne voulaient rien céder à un enfant-roi aux origines douteuses, et d'autres, à l'instar de Roderik et de Thibaud, ne voulaient tout simplement pas d'un Saint-Aimé pour marquis.

Tel n'était pas le cas de Valérian d'Adhémar, seigneur de Casteldulac, qui profita du silence suscité par l'initiative du jeune Louis pour se rallier tout bonnement à la proposition faite. Et d'enchaîner sur un discours éloquent, clamant la nécessaire unité du marquisat, la volonté commune de châtier les ligards, et tous ces bienfaits pour-lesquels il convenait d'avaler les couleuvres de Godfroy et d'accepter qu'on dépouillât un roi d'une partie de son héritage, pour le propre bien de ce dernier. Se renfrognant dans sa colère, Roderik toisa le sire de Casteldulac. Il n'était pas dupe, et tout ce beau discours suintait la minutieuse préparation. L'homme négociait habilement sa place auprès du nouveau marquis, il faisait tout bonnement ce que l'on appelle communément de la lèche, espérant grignoter une petite part du gâteau qui, pour l'essentiel, serait bouloté par le vieux seigneur d'Hardancour - car l'ancien avait encore un solide appétit pour son âge ! Putains de flagorneurs berthildois, pensa Roderik ; il avait presque oublié combien il les détestait, ces gens dont l'allégeance suivait toujours le sens du vent - ne l'avaient-ils pas démontré pour la plupart d'entre eux pendant la guerre de l'Atral, en s'abstenant de soutenir l'un ou l'autre des deux camps ? Certes Roderik s'était alors trouvé dans le mauvais camp mais, aussi illicite qu'ait été le but poursuivi par le comte d'Arétria de l'époque, il avait suivi la bannière de son suzerain légitime. Dans cette salle, tous ne pouvaient en dire autant.

« Marchandage, lança Roderik avec dégoût sitôt que le seigneur de Casteldulac eut terminé de parler. Êtes-vous un chevalier, messire, ou un vendeur de fromages estréventin ? La loyauté est certes la contrepartie d'un don, mais elle ne saurait racheter un vol. Croyez-vous vraiment pouvoir donner des leçons aux renégats de la Ligue, quand vous attendez d'un roi qu'il cède son marquisat sous la contrainte ? »

Quelques rires retentirent dans la salle, sans que Roderik ne put déterminer si c'était de l'approbation ou si l'on se gaussait simplement de voir un arétan parler de loyauté.
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Jeu 22 Déc 2016 - 19:19

Les dernières paroles de Louis lui accordèrent un répit fort souhaité du nouveau marquis encore contesté. Rejetant l'attention sur le seigneur de Casteldulac qui prit parti pour les derniers dires du jeune Saint-Aimé, ce dernier s'assurait de ne plus être l'objet de toutes les attentions et de tous les regards, d'autant que ce noble-là ne s'était point prononcé jusque-là. Ses propos trouvèrent un écho favorable aux oreilles de Charles - mais elles ne furent pas du goût de Thibaud ou de Roderik. Ainsi donc, Thibaud s'était imposé de lui-même comme le chef de file des contestataires, et le comte d'Arétria figurait parmi eux. Les visages de cette protestation nobiliaire se dévoilaient au grand jour.

« Laissez donc au roi ses propres raisonnements, Kelbourg. Je doute que vous ayez conscience des pensées actuelles et à venir d'un enfant de deux ans, fut-il roy ou non. Je salue toutefois votre soudaine considération pour les intérêts du Roy Bohémond, Thibaud. Cela vaut pour vous aussi, com...seigneur Roderik. »

Les deux mains levées en signe d'apaisement, Louis tentait tant bien que mal de tempérer les propos secs de son grand-père et de tous les seigneurs présents. Qui connaissait bien Louis aurait pu deviner l'imperceptible agacement sur son visage quant aux piques échangées. Durant un court moment dont nul ne jurait sur la stabilité, le silence revint dans la salle du trône. A présent, toutes les positions étaient publiques, et on se jaugeait, on se défiait d'un regard en coin ou de face. Louis se tourna vers ses échevins.

« Mes seigneurs. » commença-t-il, « Vous avez promis de me soutenir, et je vous en suis reconnaissant. Mais ne portez point les armes contre vos frères si ceux-ci ne veulent point de moi comme marquis. Soyez de bons vassaux, mes seigneurs, en vous alliant à moi pour ne point trahir l'héritage de feu mon père, et en partageant la proposition du seigneur de Casteldulac. Autrement je ne saurais être en mesure d'endiguer cette hostilité qui nous divise. »

Il y eu une période de flottement et de silence gêné entre les différents seigneurs. Cela ne paraissait guère sûr à l'instant présent, mais beaucoup pensaient désormais que Casteldulac se ralliait à la cause de Louis, ce dernier n'ayant point rejeté l'idée de reconnaître Bohémond Ier. Bien sûr la question de l'entente entre Cléophas et Louis demeurait entière, car l'entente n'avait pas concerné Louis lorsqu'elle avait été conclue. Il n'y avait cependant guère à craindre un revirement du Chancelier, qui serait alors ravi de composer avec quelqu'un de moins imprévisible que Godfroy. Le parti des Saint-Aimé se retrouvait en position de force dans une réunion dont on avait craint, un instant, l'issue.

« Seigneur de Kelbourg, je vous en prie. » Louis tendait la main à l'intéressé. « Ne soyez point mon ennemi, et je ne serais point le vôtre. J'ai besoin de vous à mes côtés. Vous aussi, comte Roderik. » Charles ne put s'empêcher de lâcher un râle réprobateur. Il n'aurait pas proposé à Thibaud de se rallier à la cause du marquisat. S'être opposé à la succession légitime était pour lui un acte de trahison, et des têtes auraient roulées. Mais Charles n'était point le marquis, et n'était pas assez téméraire pour requérir la peine capitale pour cet hystérique. D'autant que le même sort devait être alors réservé au comte d'Arétria - mais cela, ce n'aurait pas été pour déplaire au seigneur d'Hardancour.


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Ven 23 Déc 2016 - 7:08


-N'y songe même pas, proféra-t-il en direction d'un blanc-bec portant l'emblème de la Toranne. Tu me touches, je te bouffe.

Sa menace porta bien vite ses fruits et le gamin blondinet se ravisa aussitôt de s'approcher trop près. Le petit incident se déroula pendant l'allocution de Louis faite à ses seigneurs pour les remercier de s'être soumis à lui de bonne grâce. Il vit leurs visages s'illuminer comme des feux-follets, tout heureux qu'ils étaient d'être selon eux dans le bon camp. Même si quelques-uns avaient autrefois jetés la pierre sur Godfroy. Ils s'étaient soudainement rétractés en voyant surgir le petit faon, plus malléable et tolérant que son père, qui leur avait flanqué une trouille monstre durant son règne. Si court soit-il. Mais Godfroy appartenait désormais au passé et c'est bien une assemblée entière et garnie qui se dressa devant lui, prête à tout pour mettre le faon sur le trône. Cela ne le dissuada aucunement d'opérer un changement de cap. Au contraire. Pouvoir mettre enfin un visage sur tous les lèches-culs du berthildois fut un luxe qu'il savoura à pleine dent. D'entre tous, c'était bien l'Hardancour qui brandissait le plus haut la bannière du cerf. Vieille canaille, ami de longue date de son père, qui s'était fourvoyé en unissant sa fille à ce con de Saint-Aimé. Ses insultes lui passèrent au dessus au point qu'il n'éprouva pas la moindre haine ni envie de riposter à ses accusations et jurons. Quoique...

-Ménagez-vous donc, Hardancour ! Ne risquez point de faire vaciller votre cœur en vous époumonant de la sorte. L'hiver sera rude, gardez des forces, vous en aurez besoin.

Son ton n'était ni moqueur, ni belliqueux. Il l'avait regardé et parlé comme un fils l'aurait fait à son père, soucieux de son état. Venant de Thibaud pourtant, il y avait bien de quoi s'interroger sur la grandeur d'un tel sarcasme. Il écouta enfin le jeune Louis qui s'adressa à lui. La parole neutre, voire presque aimable, il demanda à ne point être son ennemi pour le rejoindre à ses côtés. Lorsqu'il eut terminé, Thibaud s'avança de nouveau, bravant les visages dédaigneux qui le toisaient de haut.

-Messire, Louis. Lorsque le roi vous aura cédé son trône, alors nous pourrons nous revoir. Sinon quoi, je continuerais d'appuyer ma demande de régence et si celle-ci se retrouve de nouveau rejetée, ce sera la guerre au nom du Roy Bohémond, ni plus ni moins. Lâcha-t-il comme un cheveu sur la soupe. Pour l'heure, je crois pouvoir dire que nous nous sommes suffisamment insultés durant cette noble assemblée et qu'il est grand temps d'aller bouffer.

Il se retourna vers Roderik qui semblait tendu comme une corde d'arc.

-Messire Roderik, je connais un très bon endroit où nous pourrons nous restaurer. C'est la taverne de pépé Roger, le maître du rôti de porc. Je vous invite, ça vous détendra pour sûr croyez-moi.

Son indifférence totale à l'égard de l'atmosphère pourrie qui régnât depuis lors ne manqua pas de susciter une relative surprise. D'aucuns n'auraient probablement pensés que cette assemblée foireuse se serait terminée de la sorte, avec les séditieux partant se restaurer. L'acte n'était pourtant point improvisé. Étant en infériorité numérique, la moindre étincelle les aurait privé de leur liberté dans le meilleur des cas, et de leur vie dans le plus mauvais. Il en était certain. Sans montrer d'hostilité, ni d'animosité, il salua le petit faon et son papy presque chaleureusement. Puis, en se rapprochant un peu plus près de Roderik pendant que le brouhaha reprenait, il chuchota :

-Ne risquons point de nous manger tous ces fumiers sur la gueule d'un seul coup, ne pensez-vous pas ? Il serait dommage qu'un énième comte arétan meurt aussi connement.      
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MessageSujet: Re: Des hommes en colère [Rodrigo - Charlemagne - Riric]   Sam 24 Déc 2016 - 13:16


Roderik acquiesça d'un signe de tête. Il n'était nul besoin de s'attarder plus longuement ; prolonger le débat dans une assemblée aussi délétère au mieux n'aurait servi à rien, au pire aurait tourné à la rixe générale. Réprimant l'envie de faire avaler ses dents au seigneur d'Hardancour, si tant est qu'il lui en restât, Roderik emboîta le pas de Thibaud de Kelbourg, dissimulant sa colère derrière un soudain intérêt pour le rôti de porc.

Le dénouement de ce premier acte laissait Roderik mi-figue mi-raisin. Ils avaient nourri la contestation, et l'on pouvait raisonnablement espérer que la pression d'une partie des vassaux forcerait le Saint-Aimé à reconnaître le roi Bohémond - celui-ci n'avait d'ailleurs pas perdu de temps pour en faire la promesse. Cela, malheureusement, n'était qu'un aspect du problème ; le petit faon s'accrocherait bec et ongles au fauteuil marquisal, et son butor de grand-père veillerait au grain. Roderik ne doutait pas une seconde que le roi Bohémond, par la voix de son tuteur mervallois, consentirait à abandonner le marquisat si cela lui ramenait enfin le soutien du nord tout entier ; plutôt que de conserver la main sur un pays ravagé par la sédition, le roi et son conseil se contenteraient fort bien de l'allégeance d'un marquis, même indigne. Cela, Roderik le savait ; il savait aussi qu'à partir du moment où la couronne reconnaîtrait Louis pour marquis, son opposition au Saint-Aimé serait aussitôt amputée de tout son bien-fondé. Il n'aurait alors d'autre choix que de ployer le genou à son tour devant un marquis dont il ne voulait pas.
S'il voulait encore chasser le petit faon de ce siège, ou au moins s'octroyer des garanties, Roderik devait agir avant que tout cela n'arrive. Et vite.

Que Tyra fasse endurer mille tourments à Godfroy, et qu'Othar sodomise son cadavre, fulminait-il en quittant silencieusement la salle sous les regards mauvais des partisans du faon. Pourquoi fallait-il que ce gros porc de Godfroy ait trouvé la mort maintenant ? Roderik avait à présent le sentiment que le père eut été plus facile à déloger que le fils ; le fils avait pour lui l'innocence, quand le père était si coupable. Une autre pensée le travaillait : si la mort du marquis n'était pas survenue à cet instant, si les nombreux seigneurs du Berthildois étaient demeurés dans leurs fiefs loin de Cantharel, Roderik aurait probablement mis en oeuvre son plan initial. Tirant prétexte de la loyauté envers son suzerain véritable, il aurait tenté de prendre la ville par surprise. A cet instant précis il serait soit mort, soit en possession de la place forte marquisale. Eusse-t-il réussi qu'il aurait profité de l'abri des murs et de la proximité de l'hiver pour négocier âprement avec les gens du Berthildois, peut-être sans succès ; le printemps aurait alors vu se rassembler leurs ostes menaçants, que la fonte des neiges aurait conduits à Cantharel pour en déloger l'arétan...
Mais les choses, dès le départ, ne s'étaient pas passées comme prévu. La mort de Godfroy avait rebattu les cartes ; Roderik ne pouvait dire avec certitude si cela avait ruiné ses chances, ou si ça lui avait simplement évité de plonger tête la première dans un gigantesque océan de merde. Toujours est-il que la situation avait changé, et qu'il lui fallait s'adapter.


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