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 Un retour...

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Un retour...   Sam 10 Déc 2016 - 0:10



Un retour...



« Pour une heure de joie unique et sans retour,
De larmes précédée et de larmes suivie,
Pour une heure tu peux, tu dois aimer la vie :
Quel homme, une heure au moins, n’est heureux à son tour ?

Une heure de soleil fait bénir tout le jour,
Et quand ta main serait tout le jour asservie,
Une heure de tes nuits ferait encore envie
Aux morts, qui n’ont plus même une nuit pour l’amour.

Ne te plains pas, tu vis ! Plus grand que misérable !
Et l’univers, jaloux de ton cœur vulnérable,
Achèterait la joie au même prix que lui ;

Pour la goûter, si peu que cette ivresse dure,
Les monts accepteraient l’éternelle froidure,
L’Océan l’insomnie, et les déserts l’ennui. »


Syriac, Apreplaine, Duché électoral du Garnaad,

Kÿrianos, 1ère énnéade, Mois de Bàrkios, deuxième mois d'automne, 9ème année du XIe Cycle


Longtemps, je n’ai pu dormir de la nuit. Parfois, à peine m’étais-je mis dans mon lit que son visage réapparaissait dans cette clarté qu’apportait l’obscurité. Jamais je n’avais cessé de croire à sa survie. Jamais je n’avais cessé d’envoyer des gens et de dépenser des sommes pour la retrouver. Son père, qui était un homme aussi juste qu’estimable, était mort de chagrin malgré nos lettres de soutien. Il avait approuvé notre union pourtant si difficile entre deux nobles aux destins et aux familles si différentes. Nous si riches et sans titre, eux si pauvres mais au titre pompant. Mais toutes deux des familles dont l’arbre remontaient aux fondements de la Péninsule. Notre mariage n’avait pas été de ceux arrangés à l’avance entre personnes cherchant un but commun. Nous nous sommes aimés, et nos familles avaient eu la présence d’esprit de respecter l’amour de deux esprits libres.

Mais depuis une ennéade j’étais en paix. Si je ne dormais pas la nuit, c’était surtout pour prendre quelques minutes -quelques heures même- à me perdre dans la contemplation de celui que le monde m’avait caché mais m’avait rendu.

Ce soir encore, sous la lune d’automne, sous le vent calme de l’océan, je contemplais la petite bouille ronde qui faisait depuis notre départ de ces régions lointaines ma fierté et toutes mes inquiétudes.

Le petit garçon était mon portrait craché. J’avais l’impression de me voir dans un miroir de jouvence. Mes premiers souvenirs de ma bouille de gosse, voilà à quoi ce petit ange -mon petit ange- ressemblait. De sa mère, il avait gardé les yeux d’un vert envoûtant. Elle devait avoir du sang d’elfe quelques dizaines de génération plus tôt… Peut-être était-ce simplement moi qui idéalisait son souvenir…

Son décès m’apparaissait plus clairement à présent. Mon deuil était enfin fait. Une nouvelle page s’ouvrait.

Le navire qui nous ramenait était un frêle esquif. Mais nous avions décidé d’être discret à notre départ. Mes amis et alliés sur place avaient certes préparé le terrain, mais ma vengeance avait été terrible. Je me considère comme un être équilibré et d’un grand calme. Je pense que mes sujets trouvent en moi un homme juste et pacifique. Mais durant ces deux derniers mois, j’avais pris entre mes mains la justice. Et elle avait été exemplaire.

Le jeune garçon n’avait rien vu de cela. Il avait été brimé dans une certaine mesure, mais au moins n’avait-il pas fini dans le lit d’un porc thaarie. C’était peut-être faire un procès d’intention, mais je savais que dans ce monde la vie d’un orphelin otage ne valait pas bien cher. Franz -car c’est comme cela que sa mère l’avait apparemment appelé-, avait été retrouvé chez une dame d’un âge presque avancé. Elle l’employait à des basses besognes, se réservant certainement là un futur esclave adulte au moment de sa vieillesse. Elle avait échappé à mon courroux. Je l’avais épargnée après la traînée de mort que j’avais fait derrière moi. Peut-être dans un ultime sursaut de clémence, histoire que je revienne à l’humanité après avoir fait un tour aux enfers.

Avec les malfaiteurs qui avait coulé le navire me transportant avec ma chère et tendre il y a de cela des années, je m’étais montré en revanche moins compréhensif. Je m’étais fait autrefois une raison de les laisser en paix. Mais la nouvelle de la présence de mon enfant avait tout chamboulé. J’avais laissé derrière moi le navire de mes amis, et avec quelques compagnons d’armes, j’avais débusqué le petit hameau des naufrageurs. Je le connaissais depuis longtemps, car j’y avais fait chercher ma femme, avant de me convaincre de sa mort.
Ces naufrageurs aimaient faire des bûchers sur les falaises pour égarer les navires en mer ? Ils allaient en goûter.

Nous sommes entrés ans le hameau de nuit. Moi et mes compagnons. Ces compagnons-là n’étaient pas ceux que j’entretenais dans mon salon les soirs d’hiver au manoir des Altenberg. Ils n’étaient pas dans les rangs des processions officielles. La justice d’Apreplaine était miséricordieuse envers les repentis. Et certains, surtout les plus intelligents, étaient devenus des amis distants. Ils avaient trouvé une place dans l’administration de l’Apreplaine. Il fallait savoir pardonner. Et il fallait des amis dans tous les milieux. Beaucoup dans la noblesse me voyaient comme un usurpateur et comme un homme de manigance. La réalité était plus complexe. Je croyais en l’efficacité. Et je m’en donnais les moyens. Mais en politique comme dans ma vie privée j’avais une éthique.

La parenthèse de ces dernières énnéades m’avaient néanmoins prouvé que j’étais capable, lorsque je me laissais aller à ne plus écouter ma conscience, à être d’une redoutable et froide cruauté. A la guerre comme à la guerre… Et celle-là était personnelle.

Je levais mon regard vers les étoiles.

Masqué et de nuit, prendre le contrôle du hameau fut facile. J’avais décidé d'épargner les femmes et les enfants. Tous les hommes du hameau avaient été amenés sur cette fatidique falaise au pied de laquelle j’avais fait naufrage. Un par un je les ai fait sauter pour qu’ils me disent ce qu’ils avaient fait de mon enfant. Le chef du village avait finit par cracher le morceau. Mais ils avaient vu nos visages. Ils connaissaient notre histoire.

Tel le bûcher qui avait servi au naufrage, à la mort de mon épouse et à la perte de mon fils, je fis ériger par ces pauvres hères leur propre bûcher. Cela était le plus simple, et leurs suppliques ne parvinrent pas à m’émouvoir. Jamais je n’aurais pu penser pouvoir être aussi froid devant un tel spectacle. Les exécutions que j’avais décidé m’avaient toujours laissé un goût amer en bouche. Celle-là était salvatrice. Oui… Je m’étais perdu. Et si les Dieux décidaient réellement de notre sort après notre mort. Il faudrait que je m’en explique. Mais je ne suis pas du genre à renier mes responsabilités.

Le bûcher prit rapidement. Le bois était sec. Je n’avais pas été jusqu’à prendre le bois de chauffage de leurs familles. Elles auraient déjà du mal à s’en remettre. Mais au moins l’exemple serait fait. Alors que les flammes montaient, je me souvenais de mes remontrances aux maîtres de Diantra pour leur cruauté. Dans un sursaut d’humanité, je décochais mes flèches avant que les flammes ne les atteignent et sans en rater un seul, je laissais douze flèches dans douze crânes éventrés.

Un signe plus tard à mes complices et nous étions repartis de Meca vers la destination lointaine indiquée par ces coquins décédés. Ils auraient pu mentir dans un dernier pied de nez à mon égard. Mais j’avais vu dans leur regard le désespoir et la vérité. Les Dieux étaient de mon côté.

La vengeance face au vendeur d’esclave fut plus simple et plus discrète. Justice fut là aussi faite. Son épouse (ou ses épouses, je n’en savais rien) ne pourrait plus jamais dormir dans la chambre où nous l’avions laissé je le crains…

Et enfin, enfin, j’avais mis la main sur toi…

Je me levais avec lenteur pour ne pas réveiller celui dont la vie venait de basculer radicalement en même temps que la mienne. Il n’avait pas bien compris ce qui lui arrivait. Mais il avait compris que j’étais son père. Un amour naissait, je le sentais bien. Il fallait dire que de l’amour, il ne devait pas en avoir connu beaucoup, et le fait que ses parents avaient disparus ne lui avait pas échappé.

Il ne regrettait pas son départ même s’il restait inquiet d’un tel changement. Mais tout comme mon père pour moi avant moi pour lui, j’avais pour lui la stature d’un homme aimant, posé et solide. Les enfants étaient réceptifs à une telle stature par instinct, et d’autant plus quand les liens du sang étaient là.

La nuit était avancée et le noir était, en dehors des astres, complet. Je dévorais des yeux cet océan. J’aimais la mer. Au loin des feux étaient visibles. Nous remontions les côtes du royaume de Soltariel. Le lendemain matin nous serions à quai à Syriac, le petit mais fier port de l’Apreplaine.



§§§§§§§§§§§§


Il était tôt, très tôt quand le bateau fit son entrée dans la rade. La ville travaillait toujours à son extension visiblement. Les choses ne devaient pas avoir pris un tournant pour le pire si ses ordres étaient encore respectés.

La chaine venait d’être abaissée quand le navire entra. Il était le premier à faire voile dans le port. Il était si tôt que la petite ville était encore emmitouflée dans la brume. J’embrassais ce panorama du regard. Syriac avait toujours été ma ville préférée d’Apreplaine. Si cela n’en était pas sa capitale, c’était en tout cas dans mon cœur la plus extraordinaire bourgade des terres que le hasard (et le roi) avait voulu donner en gestion aux Altenberg.

Il en allait maintenant de voir si il était encore ici chez lui. En tout cas on les attendait sur le quai. L’administration territoriale de ce petit bout de Péninsule était toujours aussi ferme. J’en eus une pique de fierté. Nous n’étions pas une terre bien riche, mais le peuple de ces terres était travailleur et carré. Et c’était un honneur d’en être à la tête. Tout du moins si c’était encore le cas. Car comme disait le dicton, le chasseur perdait sa place.

Je laissais le capitaine de notre navire faire les premiers rapports avec le douanier et les quelques gardes qui l’accompagnait. Ils ne furent pas contrôlé plus avant. Le navire fut fouillé sans trouver grand-chose. Je connaissais les règles douanières de l’Apreplaine mieux que n’importe quel contrebandier. Et pour cause, je les avais rédigés pour grande partie. Nous débarquâmes. Mon petit Franz dormait dans mes bras du sommeil du juste.

Je saluais une dernière fois mes compagnons de route avant que nos chemins se séparent. Nous ne croiserions certainement peu à l’avenir. Mais j’avais une dette envers eux, c’était certain. Je trouverai un moyen de témoigner de ma reconnaissance.

L’urgence maintenant était de connaître ma véritable situation. Etais-je encore maître des lieux où devais-je organiser mon entrée dans la clandestinité ? La politique était ainsi faite que les héros d’un jour pouvaient être les ennemis du jour suivant. Le plus simple était que j’aille à la mairie. A la lumière des décrets affichés, je saurai immédiatement qui était maître des lieux. Si mes hommes avaient été remplacé, alors je saurais que j’avais été renversé.

Je m’approchais à pas lent de la mairie. Il était étrange de chercher à rester incognito dans ma propre ville. Mon petit ange remuait dans sa couverture. Ce souvenir resterait-il dans sa mémoire comme j’avais des souvenirs heureux d’être porté par les bras puissants et protecteurs de mon propre père, ne m’inquiétant pas des dangers du monde, sachant qu’on s’en occupait pour moi.

J’arrivais devant la mairie, je reconnaissais les armes en entête des décrets, je reconnaissais les signatures. La situation n’avait donc pas changé. Un sentiment de soulagement s’empara de mon corps et de mon esprit. J’aurai pu survivre sans problème dans la région même si cette dernière avait été une fourmilière d’ennemis. J’étais aimé de ses habitants. Mais j’avais pour l’Apreplaine et le Garnaad la même inquiétude qu’un père pour son enfant. C’était certainement cela l’attitude d’un bon noble. Savoir que ces gens n’étaient pas tombés dans des mains sans scrupule était un soulagement sans borne.

Puisque la situation était éclaircie, je me décidais à retourner à ma demeure de Syriac, une belle maison bourgeoise size au bord de l’eau, au milieu d’un grand jardin. Le couple de gardien serait surpris, mais tout serait prêt en quelques minutes. Le gouvernant était un ancien militaire particulièrement efficace. Il était au courant de mon départ et de mon plan de revenir par Syriac.

J’arrivais devant la grande grille d’entrée. C’était la seule maison de la ville à disposer d’un jardin. Le reste de la ville était un amas d’entrepôts et de grandes maisons bourgeoises sans jardin. Le seul parc était en bordure du temple. L’espace était une marque de qualité qui démarquait ma famille des autres bourgeois de la ville.

Je sonnais. On m’ouvrit. On me reconnut.

J’étais de retour…
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