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 Les baloches et le pommeau. [Méliane]

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MessageSujet: Les baloches et le pommeau. [Méliane]    Mar 20 Déc 2016 - 3:14


6ème jour de la 2ème ennéade de Bàrkios
Automne de l'an 9 du XIe Cycle


Ernest enfourcha son cheval avec un affaissement qu’on ne lui connaissait pas. L’animal s’agita face à la balourdise de son cavalier tandis que ce dernier étouffait un cri et portait une main à son entre-jambe. Immédiatement, Elmure s’approcha au petit trot et s’enquit du problème. « Le rendez-vous délicat de mes baloches et du pommeau », répondit Ernest. Le seigneur d’Ethin était épuisé. Ces dernières ennéades avaient eu leur lot de tribulations et évènements auxquels il avait dû satisfaire un transbahutage dans tous les coins du comté. Ces premiers pas à la tête du Rocher lui avaient fait rencontrer plus d’obstacles que certains de ses aïeux durant tout leur règne. Son corps, pourtant habitué aux conditions difficiles, commençait à montrer des signes d’affairement démesuré. Et la chevauchée jusqu’à Langehack ne saurait rien y arranger. Pourtant cette visite était d’autant plus incontournable qu’elle arrivait tard. Ethin et Langehack avaient enduré une épreuve similaire. L’assassinat du seigneur d’Ethin et de son héritier et la mort du Duc, un assassinat en substance, avaient repoussé la rencontre de la Duchesse et de son nouveau vassal. Ernest avait finalement demandé audience auprès du duché, sachant que la cadence des choses ne ralentirait pas.


Ernest et ses gens avaient fait escale à Hautbois, ville d’origine de la grand-mère du jeune seigneur. Celle-ci les avait d’ailleurs accompagnés, en carrosse, afin de saisir l’opportunité de visiter pendant quelques jours sa famille et ses amis de la noblesse d’Ybaen. Ernest n’y vit aucune objection jusqu’à la veille au soir lorsqu’il fut obligé de participer à un grand diner en son honneur. Le jeune homme avait tenu, conversant avec tous, buvant plus qu'il n'en avait cure; il avait tenu le plus longtemps qu’il le pouvait au nom des liens qui unissaient les deux seigneuries et, surtout, afin de ne pas embarrasser sa grand-mère. Mais il avait tout de même fini par fixer Elmure en se grattant le lobe de l’oreille gauche. Le capitaine de sa garde personnelle ne manqua pas de reconnaître le signal et prétexta un message urgent auquel le seigneur d’Ethin devait répondre sans attendre. Le jeune homme gagna finalement son lit.


Le lendemain matin, aux aurores, Ernest avait dû rassembler toute la force qu’il avait en lui pour résister aux encouragements de sa grand-mère d’utiliser le carrosse jusqu’à Langehack. L’idée qu’il puisse voyager de la sorte, alors que tous ses hommes se tapaient le postérieur à cheval, l’insupportait. Une éducation militaire et non aristocratique guidait encore et toujours le jeune homme dans beaucoup de ses décisions. Le trajet jusqu’à Langehack demanda une autre escale et se fut finalement en début d’après-midi du sixième jour de la deuxième ennéade de Bàrkios qu’ils arrivèrent à la capitale du duché. L’audience avait été convenue pour un peu plus tard dans la journée, ce qui donna le temps au seigneur d’Ethin de pallier les effets du voyage à l’aide de subsistance, d’un bain et d’un peu de repos. Ernest n’avait pas eu l’occasion de rencontrer la Duchesse auparavant. Cette première fois l’angoissait d’autant plus qu’ils seraient sûrement amenés à discuter d’affaires pénibles. En effet, alors qu’il s’apprêtait à quitter ses appartements, Ernest fut pris à part par Elmure qui avait des nouvelles de Sante-Berthilde : le marquis était mort. Ernest se présenta au palais avec cette information en tête. Bien qu’il ne doutât pas que la Duchesse eût été déjà au courant, il ne cessa de s’interroger sur l’état d’esprit de celle-ci alors que le bourreau de son défunt époux venait à son tour de trouver la mort. Le seigneur d’Ethin hésita même plusieurs fois à demander un report de son audience par égard pour la Duchesse mais il finit par recevoir la confirmation qu’elle comptait le voir. Le seigneur d'Ethin, vêtu des atours dus à son rang, patienta.




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Méliane de Lancrais
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MessageSujet: Re: Les baloches et le pommeau. [Méliane]    Jeu 22 Déc 2016 - 13:33



Dehors la nuit enveloppait déjà la cité Langecinne, la journée n'était pourtant pas encore tout a fait a son terme, mais c'était la les affres de l'approche de l'hiver. La duchesse était assise devant sa table de travail, elle ne l'avait a dire vrai pas quittée depuis de nombreuses heures, les parchemins s'entassant sur son secrétaire en témoignant. Un feu crépitait dans la cheminée, rehaussant un peu la lumière de la pièce, seulement éclairée par quelques bougies déjà bien entamées. Alors qu'elle imposait son sceau sur un rouleau de plus, un coup discret fut frappé a la porte, après avoir reçu autorisation d'entrer, ce fut l'intendant qui apparut, un plateau chargé de parchemins supplémentaires reposant sur l'une de ses mains. Méliane leva a peine la tete, lui indiqua d'un geste vague de les déposer devant t'elle avec le monceau d'autres qu'il lui restait encore a parcourir. " Laissez moi deviné, la moitié des missives que vous m'apportez visent a me demander ce qu'il en est de la situation de Langehack et l'autre de notre position future quand au blocus de Sharas. " " Je ne saurais le dire votre altesse, jamais je ne me permettrais de poser les yeux sur votre courrier. " Elle secoua la tete, quelques boucles brunes s'échappant ainsi de son chignon, devenu trop lâche par de longues heures de travail.  

Elle posa sa plume et prit une seconde pour sourire au pauvre homme, qui semblait soudain bien mal a l'aise. Il était efficace mais qu'est ce qu'il pouvait etre guinder et protocolaire parfois. " Naturellement. Ce n'était point une accusation mais une réfléxion a moi meme. " Il s'inclina bien bas tout en se délestant de son fardeau. " Votre altesse désire t'elle réunir le conseil ce soir ? " Les lèvres de la dame se crispèrent légérement. " Non, laissons dont ses pauvres hommes rentrés a leurs foyers. Il n'y'a rien a dire de plus depuis ce matin. J'ai fais parvenir une lettre au nouveau marquis de Sainte Berthilde, quand nous connaîtrons sa position a notre égare alors le devenir du blocus de Sharas sera connu. " L'homme hocha gravement la tete, hésitant a prendre congé, finalement il demanda en courbant la tete. " Votre altesse ne devrait t'elle pas allée se restaurer et s'offrir quelques heures de sommeil. L'on se fait du soucis pour votre santé savez vous .. " Interrompant les préoccupations de son intendant, Méliane se leva dans un bruissement de tissu. " J'aurais tout le temps de dormir quand je serais morte, quand a ma santé, nul n'a a s'en préoccuper, elle est au mieux. "   Point de mensonges en ses mots, si son cœur était aussi fragile que du verre, sa santé elle était de fer. Elle parue songeuse une bref seconde puis demanda: " Néanmoins vous avez raison, une pause dans cet amas d'encre et de lettres ne saurait que m’être profitable. Le seigneur d'Ethin est t'il arrivé ?  "

Un hochement de tete. " Oui, votre altesse, il attend audience. " La duchesse eut un sourire, voila une entrevue qui n'avait été que trop remise par le deuil et les coups du sort. " Dites lui que je suis prête a le recevoir et faites le entrer je vous pris. " L'intendant s'inclina en une révérence parfaite, puis disparut derrière la porte. Méliane lissa les pans de sa robe. 10 Enneades avaient passées depuis la mort de son époux et 12 depuis celles de ses enfants, son deuil était considéré par beaucoup comme ayant pris fin, néanmoins elle était toujours vêtue de noir. Le reste du monde avait peut etre oublié, mais son cœur a elle saignait encore de leur perte. Un instant plus tard, un nouveau nouveau coup discret se fit entendre avant qu'un serviteur n'introduise le seigneur d'Ethin puis s’éclipse en les laissant seul. La duchesse s'avança, sourire aux lèvres puis elle lui tendit sa main afin qu'il la baise, comme l’exigeait les convenances. " Seigneur d'Ethin, il m'est plaisir et honneur que vous recevoir a ma cours. Vous me pardonnerez que cela eut prit si longtemps, des événements annexes m'ayant longuement accaparés. " Menaces de guerre, deuils, entre autres choses, mais elle ne souhaitait pas en faire étalage. " Permettez moi de vous adresser mes condoléances quand a vos pertes récentes. Je crains qu'il n'y'ai nuls mots capable d'alléger la peine qui doit etre votre, seul le temps saura vous apporter non pas l'oubli mais l'apaisement. " Elle avait bien entendue écrit pour témoigner de son soutien et de ses condoléances quand les tristes nouvelles lui étaient parvenues, mais il lui tenait a cœur d'en faire part de vif voix.

Ne voulant guère qu'il se sente obliger, a l'image de tant d'autres, de lui faire part de ses condoléances, elle enchaîna rapidement sur un autre sujet, au risque d’apparaître un tantinet froide ou brusque, mais elle n'aimait pas se complaire sur ses propres malheurs. " Il est heureux que cette entrevue puisse enfin etre, je crains que nous n'ayons beaucoup de sujets a aborder ensembles et je doute malheureusement qu'ils soient de bonne augure. " A l'image de ses autres vassaux, il voulait sans doute connaitre la position de Langehack quand a la couronne, le sort futur du blocus de Sharas ou encore de ses sentiments quand a la mort récente de Godfroy de saint Aimé. A cette pensée, une chaleur agréable se répandit en son etre. Elle n'était pas femme a se réjouir de la mort d'autrui, encore moins quand il laissait femme et enfants derrière lui, mais c'était un peu comme si les dieux avaient fait souffler un vent d'apaisement vers elle pour lui dire que maintenant le pire était passé. Cela ne lui ramènerait ni Oschide, ni ses enfants, mais si tenter que le père ne soit pas le fils cela serait l'amorce d'une paix durable entre Sainte Berthilde et le Langecin et au vu des nouvelles menaces qui s'étaient faites sentir dernièrement cela ne pourrait qu’être un soulagement.

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MessageSujet: Re: Les baloches et le pommeau. [Méliane]    Lun 26 Déc 2016 - 22:29



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Un intendant vint chercher le seigneur d’Ethin. « Son Altesse vous recevra dans sa salle de travail. » Ernest acquiesça et fit un pas en avant puis s’arrêta brusquement. « Sa salle de travail ? » demanda-t-il, visiblement surpris. L’homme eut un regard perplexe à l’adresse de l’éthinien, incertain de la réponse à donner à l’interlocuteur qu’il venait momentanément d’abêtir. « Son Altesse est très affairée ces temps-ci. » Honteux de sa méprise, Ernest s’extirpa de son engourdissement après quelques secondes. « Bien sûr. Évidemment. Allons-y. Je vous suis. » merdoya-t-il avant d’emboiter le pas à l’intendant. La rencontre avec la Duchesse avait tellement tardé à venir qu’Ernest s’en était fait une image plus formelle qu’elle ne devait l’être, de toute évidence. Déambulant dans les couloirs à la suite de son guide, il fut frappé de son reflet au détour d’un miroir et la panique grouilla le long de son échine. Était-il trop habillé pour une entrevue casée entre deux affaires de gouvernance ? Avait-il fait l’affligeante erreur du vassal qui avait méjugé son rang auprès de son suzerain ? Ernest s’imaginait, lui, dans ce somptueux accoutrement blanc que sa sœur avait elle-même confectionné avec sa plus belle soie, et elle, la Duchesse, dans une robe « de travail ». Pis encore, et si elle portait toujours le noir ? La démarche du seigneur d’Ethin manqua cruellement de souplesse alors qu’il s’apprêtait à agir. Deux craquements sonores et il avait arraché la dentelle de ses manches, la fourrant au passage dans un vase de fleurs séchées. Sans ralentir le pas, Ernest passa à la collerette qui entourait son cou ; elle, dont le prix aurait permis de nourrir tous les serviteurs du château le temps d’un soir, fila à travers une porte ouverte dans un vrombissement léger. Les boutons dorés de ses bottes résistèrent un peu à l’empressement du jeune homme. L’intendant, interloqué par l’agitation qui provenait de derrière son dos, se retourna à quelques reprises vers le seigneur d’Ethin. Ce dernier ne manqua pas de l’accueillir avec une attitude des plus neutres. Les boutons finirent dans le panier à linge d’une servante qui passait ; un sourire entendu d’Ernest en prime. Il ne restait plus qu’une seule chose : la couronne du Rocher. Ernest avait pris l’habitude de la porter en presque toute occasion. Elle lui rappelait la charge qui lui incombait. Mais l’idée que la Duchesse puisse le recevoir tête nue le faisait maintenant douter. Néanmoins, il ne pouvait pas se permettre de se débarrasser d’elle comme des froufrous de sa tunique… Arrivés devant la porte de la salle de travail de la Duchesse, l’intendant se retourna une dernière fois vers Ernest et dut se retenir pour ne pas froncer les sourcils. Le jeune seigneur était à présent vêtu d’une tunique blanche beaucoup plus sobre et la couronne, elle, avait disparu. Ernest affichait un sourire contenu. L’homme s’apprêtait à dire quelque chose mais se ravisa pour ouvrir la porte et annoncer le seigneur d’Ethin à la Duchesse. Ernest avait un physique avantageux. Il avait le visage fin mais dur et son corps, grand de taille et bien bâti, offrait les bénéfices de ceux qui portent les armes. Lorsqu’il était encore Vertueux et toujours en poste à Missède, ces avantages ne laissèrent pas la gente féminine indifférente. Ernest avait même fini par apprendre auprès d’elle que son atout majeur était son postérieur. En rentrant dans les appartements de la Duchesse, le séant du vassal missèdois laissait néanmoins à désirer. Sa forme semblait être grandement dépréciée par trois abcès qui ne sauraient passer inaperçus, même à travers le tissu de son pantalon.



Elle portait le noir. Il resplendissait de blanc. Rien n’aurait pu être plus incongru. En tout cas, c’est ce qu’Ernest pensait lorsqu’il se pencha pour baiser la main de la Duchesse et qu’il sentit les trois pointes de la couronne forcer dangereusement contre le tissu de son pantalon ; un craquement et l’inconvenance de la situation pouvait monter d’un cran. Bien décidé à n’en rien laisser paraître, le seigneur d’Ethin se redressa et, joignant les mains derrière son dos, ne bougea plus. « La douleur nous lie plus que des mots ne le pourront jamais, Votre Altesse. » Ernest ne souhaitait pas s’étendre en condoléances. Il y avait peu à dire et encore moins à penser. Le jeune seigneur n’avait pas encore eu le temps de faire le deuil de son grand-père et de son frère. Les évènements qui suivirent leurs assassinats ne le lui en laissèrent pas l’opportunité et il se demandait même s’il aurait un jour l’occasion de se retourner sur l’épreuve que sa famille avait traversée.



Elle avait raison. Si les sujets de discussion de leur audience n’avaient pas été établis à l’avance, il ne faisait aucun doute quant à leur substance. Le Conseil Exceptionnel de Missède s’était réuni au début du mois et bon nombre de choses avaient été discutées à cette occasion. Néanmoins, Ernest n’était pas là pour faire part à la Duchesse d’un quelconque message officiel en provenance du Comté. En outre, le seigneur d’Ethin avait un rapport ambigu avec le protocole. Il acquiesça donc aux propos de sa suzeraine mais sa réponse emmena la conversation vers un sujet tout autre. « Votre Altesse, il y a peu, j’ai mis un terme à l’exclusion des femmes d’Ethin dans les questions de succession au profit d’un droit d’ainesse stricte. Ainsi, si Tari devait me prendre, comme elle a pris tous les hommes de ma famille, ma sœur Irène pourrait régner sur le Rocher. Maintes raisons m’ont poussé à cette réforme que j’ai mûrie après beaucoup de réflexion. Si je suis certain de mon choix, il reste une question à laquelle je ne saurais répondre. Une question dont la réponse m’aiderait certainement à préparer ma bien-aimée sœur à l’éventualité de la couronne. Et je pense que vous pourriez être la personne la mieux placée pour m’éclairer sur le sujet au vu de votre expérience. Comment conciliez-vous le fait d’être femme avec l’exercice du pouvoir ? » Il y avait peu de chance que la Duchesse ne s’attende à cette tournure. Cependant, il n’y avait rien d’étrange à ce qu’un vassal demande conseil à son suzerain et c’était sur cette base, celle où l’opinion de l’un et de l’autre seraient considérées avec respect et attention, que le seigneur d’Ethin souhaitait établir sa propre relation avec la Duchesse de Langehack.




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MessageSujet: Re: Les baloches et le pommeau. [Méliane]    Lun 16 Jan 2017 - 22:41




Les minutes défilèrent au gré des sujets de conversation qui animèrent la Duchesse et son vassal. Ils discutèrent du château de Langehack et de celui d’Ethin. Ils parlèrent naturellement de leur famille respective, de ce qu’il en restait ; Ernest trouva particulièrement touchante la relation que Méliane entretenait avec sa fille Linaelle en ces temps difficiles. La Duchesse s’enquit également des projets de mariage du seigneur du Rocher, ce qui eut pour effet de faire rougir d’embarras le jeune homme. Des anecdotes des enfances de l’un et de l’autre furent échangéds avec un engouement circonspect d’abord, et puis, finalement, à mesure que les formalités de la rencontre s’effilochaient, les émotions attachées aux mots se raffermirent et devenaient plus vraies. Quelques rires étouffés, un ou deux airs graves et compatissants, des hochements de tête compréhensifs et d’occasionnels froncements de sourcils incrédules ; après une heure à parler de tout sauf du fondamental, Ernest et Méliane échangèrent un sourire et laissèrent passer un silence. En filigrane de leurs discussions, c’étaient les tragédies qu’ils avaient tous deux vécues qui les hantaient tout autant qu’elles les unissaient.

 

Mais dans ce moment de silence, les responsabilités de chacun ressurgirent et ne manquèrent pas de s’insinuer entre eux. Ils se redressèrent finalement, recouvrant les statures de leur rang. Et Ernest de se lancer : « Il y a deux choses que je souhaiterais porter à votre attention avant de vous demander congé, votre Altesse. La première est la situation d’Edelys. Elle était très chère à mon défunt grand-père et me tient tout autant à cœur, si ce n’est plus. » Ernest entreprit alors de tout raconter à sa suzeraine. Du problème de gouvernance inhérent à la baronnie, à son rôle joué dans les troubles du Comté, le seigneur d’Ethin n’épargna rien de ce qu’il avait appris sur le sujet. Il fit même part de ses craintes quant aux risques qu’encouraient le Duché à travers la situation d’Edelys ; une résolution du problème n’avait que trop tardé. « Les récents évènements ont définitivement rendu impossible une nomination sans équivoque à la tête de la baronnie. Missède a pris Edelys à sa charge dès son annexion, et ce, malgré le fait que cette responsabilité incombait au Duché. Mais l’incapacité du Comte et les tergiversions ducales servent de terreau fertile à des problèmes bien trop graves pour qu’on puisse se permettre de les remettre une nouvelle fois à plus tard. Edelys doit être officiellement intégrée au Comté, votre Altesse ; elle l’est déjà de fait mais le Conseil exceptionnel de Missède a besoin d’un entérinement officiel de ce rattachement afin de pouvoir redresser la situation alarmante de nos terres du Garnaad. » Ernest en était persuadé, les complots qui avaient secoué Missède et Édelys finiraient par frapper Langehack. « La deuxième chose n’est pas étrangère à la première. Les questions de sécurité dont je vous parle découlent en partie des choix politiques contestés qui ont été les votre. Il me serait inutile de vous les rappeler ; vous savez assurément de quoi je parle. Néanmoins, c’est mon rôle de vassal de vous offrir conseils et recommandations. La question du Roy demande prestement réponse de votre part. Edelys a gardé un attachement certain à la personne de Bohémond, vous n’êtes pas sans ignorer le dévouement à la couronne de la Baronnie de Nelen, quant à Missède, bien que l’incapacité de notre Comte ne permette pas d’émettre, pour le moment, une opinion officielle sur le sujet, sachez-le, Votre Altesse, je vous assure, quand bien même à demi-mot, que sur cette question, vous ne saurez compter sur notre soutien. Les bruits qui courent le Duché sont de plus en plus préoccupants. Les mots sécession et abdication bruissent derrière les portes closes des grands du pays. Devons-nous vraiment en arriver là ? » Ernest s’appliquait à ce que le ton de ses remarques fût plutôt soucieux qu’admonestant. En tant que vassal de la Duchesse, il lui devait fidélité et déférence mais la gravité de la situation rendait cette tâche difficile. « Comme beaucoup avant moi, j’en suis sûr, j'en viens à vous conjurer de reconsidérer votre position sur la question ; et, en préalable à cela, évidemment, de défaire Langehack des traitres à la couronne qu’elle abrite. Le Duché ne peut se permettre une telle prodition. Vous-même, Votre Altesse, ne pouvez vous le permettre, non sans mettre plus encore en défiance vos vassaux et alliés. » La Duchesse avait sans conteste reçu ces avertissements à maintes reprises depuis l’enterrement de son époux. Mais la voix du seigneur d’Ethin devait s’ajouter à ces appels à la raison. « Lorsque mon frère et mon grand-père ont été assassinés, une réaction viscérale perça en moi. En proie à mes émotions, je ne pus alors qu’envisager une chose : la guerre en réparation de leur mort. C’est naturel, pour nous simples mortels, de nous voir emportés par nos instincts les plus primaires ; ils nous font avancer avec célérité à travers les méandres de nos vies si éphémères. Protéger ceux qu’on aime, venger ceux qu’on nous a pris ; il n’y a motivation plus originelle à notre race. Seulement, vous et moi ne sommes guère de simples mortels, Votre Altesse. Nos noms traverseront les âges avant d’être oubliés. » Le moment opportun, il récita une stance de quatre vers issue d’un des célèbres poèmes fondateurs de la vertu éthinienne.


« Dans nos veines, transsude un bleu noble
Sur nos têtes, hautes et dignes, domine la couronne
De l’aplomb de nos épaules, dépend la fortune du commun
Car la vie et la mort exhalent du creux de nos mains »



Enfin, le seigneur d’Ethin conclut ses propos avec une exhortation plus ou moins nébuleuse. « Je ne vous connais que trop peu, Votre Altesse, mais je puis déjà entrevoir que votre cœur recèle toutes les forces et les faiblesses du Joyaux de Cerulyse. ‘La couronne est une terrible prison’, me dit, une fois, ma grand-mère. ‘Une prison que seule l’ivresse de pouvoir permet d’ignorer. Porter la couronne dignement, c’est accepter cette captivité. Si tu y parviens, cette prison deviendra forteresse et te protègera sans faillir. Mais un suzerain qui court après sa liberté, court après sa mort. Car la couronne, toujours, doit gagner.’ Il ne fut pas aisé de prévenir la guerre qui menaça le Comté après les assassinats de ma famille. Mais cette épreuve m’apprit au moins une chose : nous ne pouvons nous permettre de revendiquer les mêmes aspirations que celles qui animent les gens du commun. Il nous faut savoir endurer la couronne ou, avec raison, la laisser. »




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