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 Visite de courtoisie [Niklaus]

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Manel
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MessageSujet: Visite de courtoisie [Niklaus]   Ven 23 Déc 2016 - 18:50

Debut du mois de Barkios...

Il traînait sa peine... Cherchant à comprendre. Cherchant à savoir pourquoi les caprices de la noblesse avaient pu enlever la plus belle étoile de son ciel. La mine monotone, il marchait. Se rendant à Agreplaine, il savait ce lieu favorable à sa Maîtresse. Ainsi, la visite serait agréable. Bien sûr, il pourrait passer incognito, néanmoins, il n'y voyait guère de motifs.
Soupirant, il devait faire honneur à sa suzeraine et par conséquent, il se rendit chez le Baron de cet endroit. On lui indiqua un lieu légèrement éloigné de la bourgade.
Le temps favorable, il visita un peu, s'arrêtant pour se restaurer. Puis, arrangeant un peu ses vêtements il emprunta le chemin qu'on lui avait donné pour se rendre au Manoir.
Il s'arrêta de temps en temps pour griffonner un parchemin du paysage lui faisant face.

Vêtu d'une chemise blanche aux manches amples, d'un gilet bleu royal en tissu sans manches marqué par le sceau de la Baronnie d'Hautval et d'un simple pantalon sombre tenu par une ceinture usée qui portait une gourde. Sur sa tête sa coiffe avec une plume bien vissé sur la tête il arriva dans le jardin. Sur son dos le luth. Reprenant son déguisement jovial de barde, la marche dansante, le ménestrel emprunta le sentier. Avec raison, car au loin il commençait à apercevoir le jolie manoir.
Sur son chemin, il croisa des bâtisses, s'approcha et s'éloigna d'un ruisseau, et enfin le manoir. Manel l'admira longuement. Les mains sur le coeur, il se dirigea vers l'entrée. Des gardes se tenaient là.
-" Bonjour, je me nomme Manel, humble serviteur de la Duchesse du Median, et accessoirement son barde. Je viens pour rencontrer le Maître des lieux et lui présenter mes hommages." Au fond, il n'avait point d'idée sur le sujet de l'entretien, mais qu'importe, il trouverait bien, et sans doute serait-il plaisant de se présenter à un allié de sa Maîtresse.
Pour appuyer ses mots, il déroula un parchemin signé de la main de la Dame du Val prouvant que l'homme en face d'eux faisait bien partie du personnel attaché à son service.

L'un des gardes se retira un instant, une courte attente, puis il revint. L'air neutre le soldat annonça qu'il pouvait passer et que son Altesse lui faisait l'honneur d'un entretien.
Les remerciant, le barde s'engouffra, et arriva dans un immense hall. Au fond, il pouvait deviner une bibliothèque.
Il attendait là. Les bras croisés, lorsqu'il rencontra du monde, il se contenta d'un petit mot agréable pour bien se faire voir.
Avant l'arrivée du Baron, il ôta sa coiffe, recoiffa ses cheveux châtains flirtant avec le blond, et sorti de sa besace un papier sur lequel il décrivait le manoir.
Le rossignol cessa son travail quand on lui annonça la venue du duc. Il rangea ses affaires et patienta...
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Visite de courtoisie [Niklaus]   Sam 31 Déc 2016 - 0:36

Niklaus d’Altenberg n’était pas de retour depuis bien longtemps dans son manoir d’Apreplaine. Il redécouvrait pourtant l’endroit comme s’il l’avait quitté il y avait de cela des siècles entiers. Il avait passé un temps non négligeable dans son cabinet de travail. Ses assistants et en particulier son bras droit avaient été absolument exemplaires en son absence. Certains problèmes persistaient, mais beaucoup étaient bien engagés. Il avait passé l’essentiel de son temps à lire ou écouter les rapports de ses assesseurs ainsi qu’à trouver une garde et un précepteur à son fils retrouvé.

Il devait se rendre dans deux jours à Diantra pour là aussi faire le point sur la situation de l’ancienne capitale et pour retrouver Mme de Hautval. Une alliée, mais aussi et surtout une amie très chère. Il avait appris avec soulagement que son hôtel Diantrais n’avait pas été mis à sac. Et surtout, surtout, que ses serviteurs de la capitale étaient tous sains et saufs.

Vers la fin de l’après-midi, une belle après-midi d’automne comme l’Apreplaine cette province plate et proche de l’océan, savait souvent en produire. Le baron était convaincu que ce lieu serait dans un futur lointain, une fois une paix bien moins provisoire établie, un grand lieu des beaux-arts. L’esthétique de ce temps n’était pas encore à un travail des couleurs que la nature donnait, mais si un jour cette forme d’art devait émerger, il ne doutait pas que le génie humain qui y parviendrait prendrait son inspiration dans ces champs et bocages, dans ces forêts, dans ces boucles de rivières ou de torrents. Lui et sa famille étaient des amis des sciences et des arts, mais ils n’étaient pas de ceux à se ruiner pour le mécénat non plus, ils étaient des administrateurs avant d’être des mécènes, et si contribuer à l’humanité par le développement de ces derniers leurs importaient, ils étaient bien plus focalisés sur l’amélioration de la production de ces terres, si âpres et qui sans une habile amélioration n’auraient jamais pu survenir à un peuple comme elles le faisait maintenant.

On lui annonça finalement qu’il avait de la visite ce soir. C’était étonnant. Il n’avait rien prévu de spécial. Il s’était aménagé une petite fête de retour, mais intime. Moins d’une demi-douzaine de personnes étaient conviées, et elles étaient déjà toutes là, s’agissant de collaborateurs immédiats. Il s’agissait d’un barde. Apparemment sous la protection de Blanche de Hautval. Heureux hasard ou preuve que son retour n’était déjà pas passé si inaperçu ? Peu importait. Il accepta de recevoir, mais demanda à ce que ce dernier attende un peu. Il devait finir l’une ou l’autre chose. Au bout d’une demi-heure environ, le duc finit par clôturer ses affaires et remercia ses collaborateurs. Chacun prendrait un peu de temps pour se reposer avant le diner.

Il fit appeler son maitre d’hôtel Kurt Altenmauer. Un vieil homme, fidèle parmi les fidèles et qui était déjà à ce poste à la naissance de Niklaus. C’était un homme très conservateur, peut-être le plus de tous, mais il était fier et surtout épris pour Niklaus comme s’il avait été son propre père. Son passé était nébuleux. On n’en parlait pas. Mais c’était un pilier de la maison.


« - Alors Altenmauer ? Où est ce fameux menestrel qui est mandaté par Mme de Hautval.

- Il est en bas monsieur.

- En bas ?

- Dans le hall ? Je croyais vous avoir demandé de le faire patienter.

- Il ne me paraissait pas raisonnable de l’inviter plus avant sans savoir si vous allier le recevoir monsieur…
- Enfin Altenmauer… Vous n’avez pas fait patienter ce pauvre garçon une demi-heure debout dans le hall.

- Monsieur, cela me paraissait convenable. »


Il était incorrigible. Le jeune homme posa le dernier document qu’il était encore occupé à lire dans un porte parchemin qu’il passa sous le bras et sortit de son bureau pour arriver au premier étage de l’atrium. Décochant un regard à la dérobée par-dessus les boiseries de la mezzanine de l’atrium. Effectivement le barde était là, rongeant son frein. Quel embarras. Niklaus lança un regard à son maitre d’hôtel par-dessus son épaule avant de lever les yeux au ciel.

Il descendit les larges marches en chêne massif du grand escalier en tentant de faire le moins de bruit possible. Il était habillé de manière la plus classique qui puisse-être et personne ne le connaissant pas aurait pu se douter qu’il s’agissait de Niklaus. Il avait une simple chemise d’un blanc cassé en haut et un pantalon en lin d’un gris très sombre sans aucune frasque. Il pouvait le premier jeune damoiseau venu et était moins bien habillé que ses propres secrétaires ou son intendant. Il fallait dire qu’aujourd’hui il ne recevait personne en dehors de ses proches collaborateurs. Tout en descendant, il passa d’un air gêné devant le barde et tout en empruntant une porte partant sur la gauche fit un signe amical de la main. Le jeune homme paraissait très froid, mais aimable. En deux phrases, il fit comprendre au jeune barde, qui ne l’avait peut-être pas percé à jour, qu’il était le maitre des lieux.


« - Excusez-moi de vous faire encore attendre. Juste un petit instant. Je vais remettre ces documents à mon secrétaire, je ne voulais pas le déranger à monter jusqu’à mon bureau. Altenmauer, vous allez vous occuper mieux que cela de Monsieur, et vous allez me l’amener dans le petit salon. »

Le jeune homme disparut au travers de la porte, laissant un maitre d’hôtel visiblement désapprobateur des ordres qu’on lui avait donné, mais les effectuant de bonne grâce. La tête du jeune homme reparu par la porte qu’il venait de prendre, comme s’il avait fait marche arrière et s’était penché pour ajouter un mot. Son regard inquisiteur tomba sur le maitre d’hotel.

«  - Oh et Altenmauer… Pour nous faire pardonner de l’avoir fait patienter dans les courants d’air de la bibliothèque, vous lui servirez ce qui lui plaira. Et vous serez assez aimable pour trouver un abri pour son instrument et ses affaires. Trouvez-lui une chambre dans les appartements du second.

- Au second monsieur ? Vous êtes sûr ?

- Vous ferez cela très bien… A tout de suite. »

Et il s’en fut pour de bon.

Le domestique s’était raidi, mais appela un valet.


« - Vous amènerez les affaires de… Monsieur… Dans la chambre sud des grands appartements. Si monsieur veut bien se donner la peine de me suivre. »

Il fut convié à suivre le domestique dans un hall moins vaste et moins haut de plafond. Les murs étaient recouverts de trophées de chasse, soit empaillés pour les plus beaux, soit simplement des bois ou des dents. De grandes armoires en bois accueillait également une collection de sculptures de bois, représentant des plantes de la forêt, parfaitement reproduites et étiquetées.

Sur la gauche de grandes fenêtres ouvrait sur l’arrière du manoir médiéval, qui ressemblait à une grande église et sur un jardin de plantes aromatiques. Les fenêtres étaient fermées naturellement mais les petits carreaux de verre étaient polis d’une manière quasi parfaite, le décorum n’était pas grandiose, mais l’attention au moindre détail était visible. Dans ce domaine, on aimait les choses bien faites.

On arriva au petit salon. De grandes poutres apparentes faisait honneur à un plafond à environ trois mètres du sol. La pièce était de proportions humaines et agréable. Les grands piliers de bois descendaient dans les murs, donnant un côté rustique à la chose. Une petite cheminée craquait d’un feu réduit. Au mur un grand poêle de faïence réchauffait l’atmosphère. Six grands fauteuils de cuir étaient disposés dans la pièce. Le sol était fait de grosses pierres. Il y respirait la chaleur de vivre. Les murs étaient d’un blanc cassé et on y trouvait quelques jolies peintures sur bois de taille réduites. Des scènes campagnardes : les moissons, la tombée de la neige hivernales, etc.

Une grande armoire venait finir le tableau et le maitre d’hôtel s’en approcha tout en proposant au ménestrel de s’installer. Devant les fauteuils étaient disposés de grands tabourets eux aussi en cuir usé, visiblement là pour accueillir les pieds des visiteurs si ces derniers le souhaitaient.


« - Monsieur souhaite boire un remontant, une liqueur, peut-être un peu de vin ou de bière ? Ou peut-être une boisson chaude ? M. Seltiers, notre échanson, un gastronome reconnu réalise lui-même les mélanges de nos tisanes avec M. De Grivoire, responsable de nos jardins… Ou bien Monsieur peut aussi avoir simplement de l’eau… Souhaitez vous un peu de gâteau en accompagnement ? »

On servit ce qui fut demandé. Le maitre d’hotel continuait à servir avec diligence, mais sans perdre son embarras. Le jeune homme fut enfin de retour. Il ne paraissait pas plus joyeux. Si Manel avait prit des renseignements sur lui et sur les gens de l’Apreplaine en général, il avait certainement appris qu’ils étaient des êtres froids de prime abord, mais généreux de nature.

« - Me revoilà. Niklaus d’Altenberg, pour vous servir. Bienvenue parmi nous. Je vous en prie restez assis. Je reviens seulement depuis avant-hier au pays. Et j’ai déjà eu des auditions toutes la journée d’hier, je n’en peut plus des gens qui s’inclinent. »

Le maitre d’hotel eu un toussotement rocailleux, désapprouvant visiblement l’attitude de son maitre.

« - Faites-moi monter une tisane s’il vous plait. Et cela sera tout Altenmauer. Merci beaucoup. »

Le maitre d’hotel s’éclipsa. Le jeune noble perdit un peu de son attitude froide et détaché pour faire un sourire plus chaleureux au jeune barde.

« - C’est un homme très attaché aux conventions… Il n’aime pas me voir trop souvent m’en écarter. Mais c’est devenu avec le temps presque un membre de la famille. Il me le pardonnera. Pardonnez moi égalemetn si vous auriez préféré une réception plus formelle. Mais les cérémonials m'épuisent, je les gardes pour les choses officielles et pour recevoir la sphère public. Pour le privé c'est différent. Alors vous nous êtes envoyé par Blanche… Quelle bonne surprise… Comment vous appelez vous ? Et racontez-moi un peu votre histoire… Naturellement vous êtes mon invité. »

Il jeta un regard furtif de haut en bas du ménestrel. Il était maigre et faisait très jeune. Sous son air un peu débraillé, cela devait être un bourreau des cœurs. Il y avait quelque chose de frivole et de sérieux chez ce tout jeune homme. Voilà que Niklaus pensait comme un vieil homme. Lui qui aurait pu être le frère de ce jeune barde. Le poids des responsabilités et de l’éducation l’avait décidément fait vieillir dans sa tête prématurément.
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Manel
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MessageSujet: Re: Visite de courtoisie [Niklaus]   Ven 6 Jan 2017 - 19:25

Il patientait, humblement, en frappant parfois tout doucement dans ses mains en donnant des rythmes festifs, et en cherchant des paroles dans sa tête.
La patience était une vertu, il avait sienne depuis qu'il était au service de la Dame du Val. De toute manière, il aimait observer les endroits.
Soudain, du haut de l'escalier il entendait des bruits. Cessant ses essais musicales, il vit comme un éclair un homme passé devant lui. Qui est-ce ? Se demandait le barde, en le suivant du regard. Sans bouger, essayant de dissimuler au mieux sa surprise.
Il répondit timidement d'un geste de la main à la salutation de la personne. Vint ensuite alors qu'il s'échappait vers une porte des paroles.
Celles-ci firent comprendre à l'artiste l'identité de son interlocuteur. Il s'agissait du duc. Manel se grattait la tête, et se contenta d'un mouvement de la tête pour exprimer sa compréhension et qu'il était prêt à attendre encore un peu.

Le maître des lieux n'était pas complètement parti, la porte entre ouverte, sa tête dépassée, et il donna des consignes à un certain Altenmauer. C'était un homme plus âgé qui se tenait dans la pièce. Un petit dialogue rapide entre les deux, et le duc cette fois-ci quitta la pièce.
Manel ne prêta guère attention au comportement du majordome semblant légèrement irrité par les demandes du Duc.
Heureusement que sa Maîtresse, avant de partir, lui offrit auprès de ses intellectuels un apprentissage concernant la péninsule, et les différents caractères selon les Royaumes. Ainsi, même s'il fut surpris, il n'avait point de motif de s'en offusquer.
Le majordome appela un valet. Ce-dernier venait pour récupérer les affaires du Barde. Manel n'avait que rarement de tels égards et se sentait comme gêné mais fier aussi. Il ôta le luth accroché à son dos. Puis ôta de sa ceinture la besace contenant tout ce dont il avait besoin pour écrire ou dessiner. Et enfin un sac contenant ses affaires.
Le troubadour s'inclina avec délicatesse devant le valet pour le remercier, en lui soufflant de prendre soin de l'instrument de musique.
En se redressant il jeta un bref regard sur l'écusson de la Baronnie d'Hautval brodé sur son gilet bleu royal porté par les serviteurs de la sérénissime Duchesse du Median.
Et il se disait que sans lui, cette scène n'aurait jamais pu se produire. Pourquoi lui et pas un autre ? poursuivit-il.
Une question sans réponse, où simplement celle de se dire que la Dame du Val su voir en lui un artiste hors du commun. Pourtant, comment de gens devait-elle recevoir capable de le remplacer sans peine ?

Sa fortune ne tenait qu'au bon vouloir de sa suzeraine. Un sort qu'il chérissait. Comment pourrait-il dire le contraire, alors qu'il était ici, chez l'allié de la Duchesse du Median, traité avec des respects qui lui étaient encore inconnus jusque là.
Son pas feutré suivait le majordome qui continuait à se poser des questions existentiels sans vraiment d'intérêts. Son beau costume était aussi le coupable de sa plus grande peine. Sans, il n'aurait jamais rencontré la Fleur de Velmone... Cependant cette idée empoisonnée trouva vite son remède avec l'admiration et la dévotion qu'il portait à l'endroit de la Dame du Val.
Ils arrivèrent dans une salle au plafond plus bas. Sur les murs il remarqua de nombreux trophées. Manel les admirait. Le Baron d'Agreplaine devait vraiment être doué pour la chasse et le combat.
Ensuite, ils arrivèrent dans un petit salon. C'était un endroit chaleureux. Le ménestrel observa les murs blancs, recouverts de tableaux. Tout paraissait bien pensé, et disposé avec goût.
Sereinement, il prit place sur l'un des six fauteuils. Le majordome s'exprima pour conter comme s'il récitait une leçon la liste des boissons. Après une brève réflexion, Manel se décida avec une espèce de sensation hautaine lui montant à la cervelle en se voyant se faire servir ainsi.
-" Ca serait un véritable honneur de goûter une tisane de Monsieur Seltiers avec un morceau de gâteau s'il vous plait. " Répondit-il.
Sa commande ne tarda pas à arriver. Buvant quelques gorgées, il trouva le breuvage exquis.
-" Cette boisson est un délice. " Souffla-t-il au majordome. Celui-ci gardait une froideur non feinte mais simplement dû à son caractère.

Le duc arriva, débutant un geste pour se lever, Manel n'en fit rien suivant la demande de son hôte. Un sourire délicat s'empressa de se peindre sur le visage de l'artiste en observant le Maître d'Hôtel toussotait comme pour montrer son étonnement devant les réactions de son Maître. Après que Niklaus eut passé une commande, ils n'étaient plus qu'eux deux dans la salle. Sur le visage du duc, le jeune saltimbanque lisait maintenant un peu plus de joie.
Le chancelier de la ligue commenta le comportement du maître d'hôtel, puis sur sa lassitude contenant les affaires.
-" Votre excellence, nul besoin de vous excuser. Je suis votre serviteur. " Répliqua-t-il avec un air courtois, l'appuyant avec un mot de politesse.
Manel observa le duc qui lui paraissait fort jeune pour porter une telle couronne, néanmoins, il avait l'impression que sa valeur n'était plus à prouver et qu'il méritait son rang. Avait-il le même âge que lui ? Depuis combien de temps dirigeait-il ce Royaume ?
Des interrogations rapidement écourtées par la suite de son intervention dite d'une voix légèrement chantante.
-" Je me nomme Manel, né à Hautval d'humbles parents. Très vite, j'embrassa une vie de bohème, vivant la nuit, jouant le jour pour remplir mes poches. Puis, un jour que je rôdais autour du château de la Baronnie en quête d'amusement et d'inspiration, un regard leva mon âme et mon coeur tout entier; celui de la Dame du Val. Mon art l'enchanta, et d'un mot elle me couvrit d'or en faisant de moi son rossignol."
Reprenant son souffle, le jeune artiste en récitant son histoire, se remémora ce beau jour. Sa joie, sa peur aussi. Mais surtout l'honneur d'être ainsi récompensé. Il y avait pourtant tant de talents cherchant les faveurs de la Baronne d'Hautval, mais le choix de la Dame se porta sur lui. Cependant Manel avait conscience que tout ce qui lui arrivait, elle pouvait le défaire, et comme une boule de savon l'éclater du bout d'un ongle de ses charmantes mains.
-" Je suis flatté que vous ayez pris le temps de me rencontrer. Son Altesse, ma Maîtresse, avait pour désir que je me présente à vous, qui êtes son cher ami. Je suis certain qu'elle trépigne d'impatience de converser avec vous et préférez être ici à ma place. " En posant cette question, il cherchait indirectement à savoir s'il avait trouvé sa suzeraine changée si jamais il venait à répondre qu'il avait vu récemment. Mais aussi en savoir plus sur la situation de la Ligue. Attrapant son verre, il en but quelques gorgées.
-" Ce breuvage est une bénédiction pour le palais votre Altesse." Acheva, flatteur, le ménestrel de la Duchesse du Median.










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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Visite de courtoisie [Niklaus]   Ven 13 Jan 2017 - 23:35


Il fit signe à Manel de poursuivre tandis que ce dernier le pardonnait du comportement d’Altenmauer.

Un majordome était revenu pour poser une deuxième tasse en métal et une grande assiette d’aliments aux formes biscornues sur la petite desserte qu’on avait posé entre les deux sièges. C’était des sphères semblant être bleues mais recouvertes d’une coquille rouge translucide. Elle venait compléter l’assiette au gâteau de Manel. Il alla ensuite jusqu’au feu pour y accrocher une grande théière de métal sur une sorte de glissière en métal visiblement prévue à cet effet et permettant de maintenir la théière à une distance ajustable pour la maintenir au chaud sous l’effet du brasier. Il posa deux grosses bûches dans le feu et tapa à l’aide d’un pic métallique dans les buches à moitié consumée, provoquant une levée d’étincelles. Revenant près des deux hommes, il utilisa la théière entamée pour compléter la tasse du barde et pour servir son maitre avant de s’en aller. Tout cela avait été exécuté rapidement et avec discrétion. Et par rapport au maitre d’hôtel, avec sourire…

Pendant ce temps Manel expliqua ses origines et la façon dont il devint le protégé de Blanche. Il était assez touchant et drôle à la fois dans ses explications. Niklaus imagina très bien la scène. Donc la venue du ménestrel était un hasard. C’était tout aussi bien… Ce dernier finit par un petit compliment. Le baron répondit d’un simple sourire et d’une petite phrase.


« - Merci Monsieur Manel… Mais je ne suis pour rien dans ce breuvage. Il faudra féliciter M. Seltiers, notre échanson, dont les racines septentrio-orientales de son père se retrouvent dans son amour pour les plantes et dans son extraordinaire talent culinaire. »

Faisant un geste pour désigner sa propre tenue et les lieux qui les entouraient.


« - Comme vous pouvez le constater, les Altenbergs n’ont jamais été dans un grand apparat. Je ne rivaliserai pas en palais et en dorures avec les autres nobles que vous avez pu visiter, mais j’ai bon espoir de vous faire une bonne démonstration de ce que peut devenir le péché de gourmandise. Nous essayons d’être à la pointe sur des choses plus discrètes, mais peut-être plus concrètes… »

Empoignant sa tasse le baron s’installa un peu plus confortablement dans son fauteuil. La journée était enfin finie.

« - A la bonne votre mon cher. »

Il prit dix secondes pour gamberger. Il aimait son petit territoire pour cela. Rude, industrieux, rustique, mais bon vivant. Il leva sa tasse avec un sourire à l’intention de Manel.

« - Ce soir Monsieur Manel je reçois quelques-uns de mes plus proches collaborateurs nous faisons un diner pour fêter mon retour en Apreplaine. Peut-être mon histoire vous intéressera-t-elle ? Mais si vous voulez l’entendre, il vous faudra d’abord m’en raconter une… Une prêtée pour une rendue… N’est-ce pas là le crédo de tout bon conteur ? »

Il s’était penché vers Manel pour finir sa phrase. Il eut un sourire chenapan. Puis se renfonça dans son fauteuil.

« - Cela étant dit vous tombez à point nommé. Car ce soir j’ai également demandé à Madame de Dugrène parmi nos invités. Outre son extraordinaire talent pour les affaires publiques, c’est une voix extraordinaire. Elle vous chantera sûrement quelque chose ce soir. Une œuvre composée dans nos contrées tenez… Comme cela vous vous rendrez compte de ce qu’on fait par ici. »

On ouvrit encore la porte et une femme entre deux âge entra dans la porte accompagnée d’un tout jeune garçon. Il devait avoir quatre ou cinq ans. Le baron se leva pour l’accueillir.


« - Excusez-moi, fit-il à l’intention du barde. Merci Hilda… Il a été sage ?

- Très votre honneur…

- C’est bien Franz… Vient parmi nous. »


Le garçon s’approcha un peu timidement.


« - Bonsoir père, fit-il un peu hésitant.

- Ta chambre te plait ? »

Il répondit d’un hochement de tête. Visiblement impressionné.


« - J’peux avoir mon lapin ? »

Niklaus leva un regard interrogateur vers la nourrice.

« - Hilda ? De quoi parle-t-il ?

- Monsieur Jäger lui a offert un cadeau qui lui a plu je crois… Un linge en forme de lapin. Je l’ai avec moi, mais je ne pensais pas cela approprié.

- Je comprends. Merci Hilda. Il peut avoir son linge. Et vous pouvez nous laisser merci. »


La femme rendit l’objet à l’enfant. Le baron sortit une petite caisse de jouets en bois de l’armoire qu’il posa sur des tables basses puis revint s’asseoir tandis que la femme partait. L’enfant ne savait visiblement pas trop quoi faire.

« - Eh bien ? Vient donc t’asseoir. Tu as le droit de jouer avec ceci, mais il te faut dire bonjour à notre invité. »

L’enfant s’approcha, et fit un signe de tête pas sûr de lui.

« - Mmmh…. Ca ira. Il faudra qu'on travaille la politesse n'est-ce pas ? Tu peux jouer maintenant. Tu as faim ou soif ? Bon c’est bien… Alors Monsieur Manel, de quoi parlions nous ? Ah oui, de ce soir… Mais nous avons encore un peu de temps. J’ai vu que vous aviez eu un morceau de gâteau à la crème et aux épices… C’est une spécialité de la maison. Mais vous allez devoir goûter les astrigues qu’on nous a servies. C’est un fruit de l’Apreplaine un peu comme une cerise, et nous en retirons le noyau que nous remplaçons par un peu de foie gras et un peu de d’une pâte d’épices. Le glaçage autour est une sorte de sirop de betterave. Vous allez voir, c’est surprenant, mais c’est une véritable merveille. Tu veux goûter Franz ? »

Il eut un petit rire en voyant l’enfant s’en saisir d’une sphère avec beaucoup de suspicion. Il en prit également une pour donner l’exemple. Il fut amusant de voir, après la surprise passée, le visage de l’enfant s’éclairer.

« - C’est bon hein ?

- Et alors Monsieur Manel ? Avez-vous eu le temps de parcourir un peu le monde ? Que pouvez-vous me raconter d’intéressant pour faire passer le temps avant le repas ? Avez-vous voyagé dans le Garnaad ? Et en Apreplaine ? Les habitants dévoilent souvent plus leur cœur à vous autre de passage qu’à moi. Même s’ils savent que nous voulons leur bien, la relation d’autorité rend les discussions plus dures. Avez-vous vu des choses qui vous ont choqué ? Parlez-moi sans détour. Votre avis m’intéresse et je ne suis pas du genre à aimer que l’on se confonde en compliment plutôt que de me dire la vérité des choses. »


Dernière édition par Niklaus d'Altenberg le Jeu 23 Fév 2017 - 23:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Visite de courtoisie [Niklaus]   Lun 6 Fév 2017 - 9:23

-" Eh bien félicitons-le ! " Déclara à demi-voix le barde à propos du breuvage. Son rôle avait l'avantage de lui permettre de goûter les spécialités des différents royaumes, et plus le temps passait, et plus il aimait ce rôle d'ambassadeur.
Son regard suivit les gestes du baron. Il était vrai que l'éclat ne brillait pas comme ailleurs, mais cela avait-il un semblant d'importance ? Un choix judicieux, se disait le barde concernant les projets de son interlocuteur. La gourmandise, un péché qui n'était pas forcement le siens, même s'il adorait de plus en plus au fur et à mesure de ses périples.
-" Votre décision est preuve d'intelligence. " Affirma-t-il, l'accent flatteur mais sincère, voyant en l'ami de sa Maîtresse quelqu'un préférant le contenu à l'apparence.

Le ménestrel leva son verre pour trinquer, et répondit de cette manière à l'appel du duc.
-" A la votre, Seigneur !" Curieusement, Manel avait l'impression de parler à un être dans du même univers que lui. Il se sentait plutôt à l'aise, la mine joyeuse il écouta le baron d'Agreplaine, flatté par l'invitation, un peu gêné quand il se cambra légèrement pour lancer un marché sans le montrer car cela n'avait point d'importance et s'effaça rapidement.
Comment pouvait-il refuser ? Déjà, il accepterait plaisir, et puis, le blason sur sa veste l'obligeait à se montrer digne de sa suzeraine, car en le portant, ne portait-il pas en même temps l'image de celle-ci ?
Son désir s'agita encore plus à l'annonce de la présence d'une fameuse cantatrice, une certaine Madame de Dugrène. Cette-dernière, selon les dires de son interlocuteur pousserait la chansonnette.  
Le sourire sur les lèvres, le jeune homme répondit avec le même air fripon:
-" Votre invitation, m'honore, et c'est avec un immense plaisir que j'accepte. Je dois même vous avouer, que vous venez de remuer ma curiosité avec cette Madame de Dugrène... Et je suis toujours passionné par l'art des diverses endroits. Quant au marché, ça sera de bon coeur."

La porte s'ouvrit, le baron s'excusa en se levant, Manel se leva également en restant devant son siège tout en étant attentif à la conversation.
Très vite, il comprit qu'il s'agissait du fils du duc. Une dénommée Hilda s'en était occupée cette journée, et l'histoire du lapin l'amusa.
Puis, ils s'approchèrent, le seigneur Niklaus demanda à son fils de saluer l'envoyé d'Hautval. Il s'exécuta timidement, et Manel l'imita d'une révérence, comme pour montrer l'exemple.
-" Enchanté ! " Murmura-t-il avant de s'asseoir en suivant le mouvement du baron. Fidèle à la réputation qu'il avait peinte de son Royaume, un nouveau mets s'offrait à eux.
Niklaus présent donc un fruit. En écoutant sa description, il observa d'un oeil visé en essayant de bien imaginer sa composition.
Puis en voyant l'enfant le déguster et sourire, Manel se disait qu'il ne craignait plus rien. Prenant entre ses doigts cette espèce de cerise. Il admira.
-" Son aspect ouvre l'appétit..." Il croqua ensuite dedans...
-" Et la promesse en le mangeant s'accomplit..." Confirma-t-il avec une moue enchantée.

Alors que le goût parfumait encore son palais, Manel répondit à la demande du baron concernant ce qu'il avait vu, en réclamant un avis sincère.
-" Il m'est impossible de vous répondre, je n'ai fait, hélas, que traverser votre Royaume pour atteindre votre demeure. J'ai seulement remarqué les traits que vous dites. Sachez seulement que ceux qui m'ont guidé jusqu'ici, tiennent en haute estime votre manière de régner. Il me sera plus aisé de vous répondre après la soirée. Soyez assuré d'un retour rapide... " Voilà tout ce qu'il pouvait dire concernant son bref passage par les lieux, certain, cependant que le temps allait l'aider à se forger un avis plus sérieux que celui évasif qu'il aurait pu donner tout de suite.
Reprenant un autre fruit, le barde intrigué, avec une légère soif d'en connaître plus sur le lien qui liait le duc à avec sa suzeraine posa avec un mine polissonne une question.
-" Votre excellence, j'ai voyagé, et j'ai constaté que la plupart des Royaumes du Nord ne portent guère en amitié ma Maîtresse. Bien que j'en connaisse les raisons, puis-je penser, en voyant l'estime qu'elle vous porte et que vous lui portez en retour, que ce désamour avec le nord vous affecte également ? "
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Visite de courtoisie [Niklaus]   Mer 1 Mar 2017 - 0:59

L’homme n’avait pas grand-chose à lui dire sur son pays, il n’avait fait que le traverser rapidement pour arriver à Apreplaine et rencontrer ainsi Niklaus assez rapidement. C’était flatteur, mais peu instructif. Qu’à cela ne tienne, Niklaus n’était pas non plus du genre à insister sur une déception, surtout qu’elle n’était pas bien grande. Il fit un sourire à l’homme et eut un petit temps d’arrêt pour profiter de l’instant. Il était détendu, et cette conversation avec ce jeune homme de bonne composition lui plaisait bien. Cela lui permettait aussi de passer un peu de temps avec son petit bout d’homme. Ce qui était appréciable.

Vint ensuite une question bien plus complexe. Plus délicate aussi. Plus triste dans une certaine mesure. Elle rappelait à l’homme à quel point les derniers mois l’avait isolé, malgré ses bonnes volontés, et à quel point la science du compromis pour trouver la paix, qu’il avait poussé à son exacerbation maximale, coûtait cher. Il n’était pas du genre à se mentir, ou à renier ses torts. Mais en l’occurrence, dans la situation actuelle, son principal tort avait été d’être en charge d’une région vue comme la pièce de viande que l’essentiel de charognards de la Péninsule se déchirait. Le reste n’avait été que le fil de décision, dont la principale motivation avait été de tenter de ménager la légalité de son action et de trouver une paix au centre de la Péninsule.

Pour autant, ceux qui n’avaient pris que récemment un parti reprochaient aux envahis, aux désespérés d’avoir fait dans le compromis pour éviter une poursuite de la guerre. Quel rôle splendide que celui de redresseur des torts ! Quelle simplicité d’esprit et d’exécution que de voir les choses sans aucune empathie… Quelle merveille de voir que ceux n’ayant pas eu la force d’imaginer le moindre compromis se retrouvaient maintenant poussés par le nombre une intransigeance plus sotte encore : celle de détester sans réfléchir. De juger sans savoir ou sans entendre. Y compris d’entendre ceux n’étant aucunement responsable des choix de leurs mécènes : bardes ou saltimbanques comme Manel.

Tout cela ne présageait rien de bon. Le nord finirait par commettre l’irréparable. Cette trajectoire n’était pas immuable. Et Niklaus comptait sur l’intelligence et la mesure des esprits raisonnables pour voir les choses s’aplanir. Si les passions ne s’en mêlaient pas. Tout irait pour le mieux.

« - Vous savez Manel… Je peux vous appeler ainsi ? Bien… Vous savez, les choses ne sont guère simples. La guerre civile que nous traversons à fait bien des torts. Bien des drames. Bien des tragédies. »

Il eut un temps d’arrêt. Méditant en regardant les flammes.

« - Vous avez forcément dû entendre parler des champs pourpres… Cette bataille au nom si bien connu qu’il est utilisé à tout va. Douze mille hommes fidèles à la régence sont morts devant les armées de votre suzeraine et de son époux. Chacun utilise cette bataille pour motiver de la haine envers l’un ou l’autre. De même pour l’incendie criminel de Diantra. Des dizaines de milliers de morts… Et depuis, des dizaines de milliers de réfugiés... »

Niklaus passa sa main devant la bouche, faisant une pause tout en continuant de dévisager le feu. Comme si les flammes rappelaient à sa mémoire des images difficiles.

En quelques secondes, son visage s’était fermé. Malgré son jeune âge, malgré l’image idyllique que laissait cette belle demeure bien gérée, malgré ses jardins bien entretenus, son personnel parfaitement formé, et la petite famille du baron, malgré tout cela, en cet instant, Manel put ressentir à quel point l’homme qui partageait avec lui son thé était profondément assommé par un nombre de malheurs incalculables.


« - Pouvez-vous imaginer cela Manel ? Des dizaines de milliers d’âmes… En quelques mois seulement. Une civilisation presque entière… Une façon de vivre, un modèle de société. Tout cela s’est simplement écroulé. J’étais le fonctionnaire diligent d’une machine bien huilée, je réalisais ma contribution à la grandeur de notre pays. A mon niveau, à ma façon. Et tout cela est arrivé.

Ceux pour le parti de votre suzeraine diront que la régence a été irresponsable et a provoqué la bataille de Christabel et l’incendie de Diantra. Ceux pour les restes de la régence assureront que Diantra a été brûlée pour éviter qu’elle ne tombe intacte dans les mains des rebelles et que les champs pourpres sont le fruit de la rebellion de votre suzeraine. »


Il eut un sourire désabusé et regarda Manel.

« - Pourquoi je vous raconte tout cela… Je ne le sais pas… Vous n’y pouvez rien et je devrais m’en tenir à la réserve. Mais je suis las… De plus en plus las… »

Il eut un pouffement un peu triste. Haussant les épaules.

« - Vous devez avoir l’âme d’un confident, je ne ressens pas le besoin de vous cacher ma pensée. Voyez-vous je respecte Blanche pour sa force d’esprit. Et je l’admire pour la passion avec laquelle elle défend l’honneur et le nom de ses enfants. C’est une amie. »

Il eut un sourire encore une fois.

« - Les dizaines de milliers d’âmes qui sont disparues, qui donc les regarde en face Manel ? Le nord a perdu un millier d’homme dans l’affaire. Je ne dis pas que cela est acceptable, mais qui a subi de plein fouet les funestes suites de toute cette sordide affaire ? Les terres royales, donc le Garnaad, voilà qui… Mais je n’en tire aucune haine. J’ai décidé de pardonner. Je pleure mes morts, je console les veuves que je rencontre chaque jour – moi, pas eux -, je finance les orphelinats, je donne un toit aux réfugiés, nous faisons carême chaque jour de la semaine pour partager le pain qui manque à ces gens qui ont tous perdus, sauf l’honneur d’être du peuple résiliant des terres royales. Auquel je m’associe. »

Son visage était devenu un peu plus dur.

« - Pour le bien de la paix. J’ai pardonné, j’ai pardonné à la régence, j’ai pardonné à votre suzeraine. J’accepte d’avoir cette grandeur d’âme non pour le salut de mon âme, mais pour le salut des hommes et des femmes qui, ici et maintenant, ont besoin d’être protégé d’une nouvelle guerre. Et alors que les terres royales essayent de panser leurs plaies béantes, alors que nous avons souffert au centuple par rapport au nord, et que la seule chose que nous demandons est la paix : au nord on crie vengeance pour les champs pourpres… Donc au final en notre propre nom. Tout cela n’a aucun sens. »

Il eut un haussement d’épaule.

« - Les hommes aiment trop la guerre... Notre race est peut-être condamnée par cette appétence… Mais je ne peux m’y résoudre. Je continuerai à lutter contre cela. Je n’ai pas le goût du martyre. Je n’espère pas payer ces convictions de ma vie. J’aime trop vivre. Mais si les hommes sont trop faibles pour accepter de faire la paix plutôt que de tout résoudre par la violence, il est certain que mes actions, visant à la paix, ne feront qu’agacer les va-t’en-guerre. Qu’à cela ne tienne. Mon fils devra compter sur son parrain pour l’élever. Mais au moins aurai-je essayé, sans à mon sens me fourvoyer, de tenter d’éviter le pire pour ces terres qui ont tant souffert. »

Il poussa un soupir.

« - Enfin, tout cela n’est pas bien drôle… Je n’ai pas totalement répondu à votre question, vous l’aurez remarqué sans nul doute. Mais je ne souhaite pas approfondir plus que cela. Blanche doit s’agacer de ma neutralité, je ne lui en veux pas. Mais ce que je puis dire et faire à titre personnel pour mon amie n’est pas la même chose sur le plan de la politique et de la protection du Garnaad et de ses sujets. Enfin… Assez parlé de cela. »

Un long moment passa. Le jeune homme n’était pas fâché contre Manel, loin de là. Lui avait posé une question pertinente, et en parler avec franchise avait fait du bien à Niklaus. Il avait dû donner bien du grain à moudre à son comparse. Ainsi ils restèrent là quelques instants, à contempler les flammes, comme deux témoins silencieux du passage du temps et de la folie de certains hommes. Spectateurs confortablement installés d’une tragédie bien réelle.

Niklaus finit sa tasse d’infusion.


« - Que diriez-vous d’une petite marche au jardin, cela permettrait à Franz de sortir, et à nous deux de prendre l’air. Nous avons bien besoin de cela non ? J’ai ternis l’atmosphère avec mon humeur maussade. Pardonnez-moi… »

N’attendant pas vraiment la réponse du ménestrel, Niklaus se leva et alla récupérer le jeune garçon dans ses bras, lui parlant tout bas, il reçut un acquiescement heureux du charmant garnement, un sourire espiègle aux lèvres.

« - Allons-y. »

Ils sortirent donc. La promenade fut assez silencieuse sauf pour les petits cris du garçon qui courait tantôt après des papillons, tantôt après des lapins qui partaient en courant vers les hautes herbes. Ils contournèrent le grand manoir. Au bout de quelques minutes, Niklaus reprit la parole. Plutôt pour dire des banalités, mais des banalités intéressantes et instructives. Il expliqua ainsi l’architecture du petit manoir, la raison de la construction d’une véritable petite abbaye adossée au manoir, non comme lieu de culte, mais lieu de stockage d’une immense bibliothèque qu’il promit à Manel de lui montrer.

Ils parlèrent d’architecture beaucoup, de l’histoire de la famille Altenberg un peu. Suffisamment pour que Manel apprenne que malgré le statut purement de mandaté de la famille Altenberg, c’est-à-dire de fonctionnaires royaux, ils avaient été conservés de père en fils pendant presque deux cent ans sans discontinuité à la tête du domaine. Une certaine fierté ressortait de ce fait dans les expressions de Niklaus.

Niklaus parla également beaucoup du jardin et de la forêt. Tout était très pensé. Visiblement le baron et duc-électeur était un homme au grand professionnalisme et au sens du détail et de la rigueur presque sans rival. Le petit domaine des Altenberg se devait d’être un modèle pour le reste du domaine d’Apreplaine, on sentait le soin mit à cela. Le jardin était splendide, constitué d’innombrables essences de fleurs et d’herbes aromatiques. Le baron expliqua que l’abbaye de Waldhouse, le centre spirituel de la baronnie et un haut lieu de la botanique tenu par le culte de Nééra était un allié puissant pour les Altenberg non au sens politique, mais bien au sens sociétal, transmettant savoir et connaissances agronomiques appliqués ensuite sur tout le territoire.

Le jardin des Altenberg scellait cette alliance. Les jardiniers de l’Altenberg cherchaient leurs essences et leurs conseils dans l’arboretum de l’abbaye de Waldhouse.

A cela s’ajoutait le soin presque maladif avec lequel les différents plans d’eau avaient été placés dans le parc du manoir. Il s’agissait d’un travail impressionnant mais discret permettant de détourner et jouer avec le ruisseau qui alimentait la propriété. Le grand lac artificiel qui bordait l’arrière du manoir et qui jouaient avec l’orée de la forêt était un endroit presque magique. Des carpes sautaient par moment, gobant des mouches de passage alors que le Soleil commençait à décliner. Ils s’assirent à une gloriette, laissant le jeune homme jouer à embêter les grenouilles du bord du petit lac.

Le lieu était calme. Très calme. Des animaux des bois sortaient à présent avec prudence de la forêt pour venir se désaltérer. On sentait que le baron était un grand chasseur mais respectueux de ses proies. Elles étaient très prudentes, mais pas aux abois. La chasse ne devait pas être intensive.


« - Rentrons, mes invités doivent être arrivés. »

Le jeune garçon fut mis au lit, et Niklaus invita Manel à le suivre jusqu’à une petite salle de banquet. Quelques personnes, visiblement sympathiques et agréables étaient là. On fit les présentations, et malgré le fait que l’essentiel des personnes étaient tous de très importants fonctionnaires et pour certains nobles locaux, l’atmosphère était détendue. Cela aurait pu être un diner entre amis dans une petite auberge. Rien de tout cela ne laissait penser que l’on était à la table d’un baron, encore moins d’un duc-électeur ou chancelier. Cela pouvait paraitre étonnant, mais l’étiquette en Apreplaine était relaxée dans la vie privée autant qu’elle pouvait être méticuleuse dans la sphère publique. Un équilibre étonnant s’y trouvait. Un air d’autrefois peut-être ?

On présenta le menu, qui était en revanche plus impressionnant que ce que devait être l’ordinaire du lieu à la vue des regards des invités.


« - Chers amis, nous avons un convive émissaire des arts et de Mme Blanche de Hautval. En conséquence nous dinerons ce soir à la mode d’autrefois. Ayons une pensée néanmoins pour ceux de nos domaines ne pouvant profiter d’un tel repas en raison des ravages de la guerre, avant d’attaquer ce repas dérogeant à nos règles de parcimonie en ces temps difficile. »

La minute passée, on dévoila le menu à Manel.
Menu
Quenelle d’hommage au grand-père de l’échanson, sauce blanche gratinée aux écrevisses, de Syriac
§§§
Crevettes à la mode royales vivantes avant de tomber au feu, haricots de Christabel, bisque de potiron, courge en velour, jambon sec en morceau, huile de courge
§§§
Langoustines vivantes, chaudes, premières asperges vertes, neige de lait de noix, gateau aux têtes de langoustines.
§§§
Aile de poisson volant bouclée de petits gâteaux au crâbe, citron de la côte, câpres, amandes, salicornes et poudres de trois sortes de noisettes
§§§
Poisson de ligne de Syriac, dos épais cuisiné dans une coquille de molusque, émulsion de noix à l'huile de farmen, confit de tripette de poisson aux sucs confits de citron, échalotes grises épicées au miel
§§§
Filet de caneton, rôti aux épices, émulsion de vinaigre aux épices, fruits rouges en croûte de pain
§§§
Fruits pochés sur une floralie de violettes, roses et jasmin, jus onctueux, crème caramélisée à la fleur d’acacias
§§§
Gateau au lait en mousse avec son caramel au fromage blanc ambré





Le vin qui allait avec devait certainement être de ceux que Manel n’avaient jamais goûter. L’Apreplaine jouait décidément sur les opposés selon les tableaux. Le luxe était dans l’invisible.


« - Mme de Dugrène… J’ai promis à notre hôte un récital. Voulez-vous que je me mette au hautbois pour vous accompagner ? Alix, veux-tu également nous accompagner ? »

Ce dernier accepta. Le baron eut un sourire à Manel.

« -Soyez indulgent envers les musiciens. Nous n’avons pas répété depuis longtemps avec Alix. De toute manière, j’ai toute confiance en Mme de Dugrène, elle couvrira parfaitement notre manque de savoir-faire par son extraordinaire voix. Elle donne des cours vous savez. Elle entraine bien des jeunes filles à sa suite. »

« -Votre Altesse est trop bonne. »

« -Allons Madame, laissez juger Sieur Manel par lui-même, et ne trichez pas, c’est un ordre. »


Ils s’exécutèrent.

A la dernière note, les quelques invités présent applaudirent, joints ou non par Manel, selon que ce dernier ait apprécié ou non.

Les premiers plats arrivèrent.


« - Pour la première partie du repas, j’ai demandé à deux de mes domestiques, très doués pour la comédie, de nous jouer une pièce en un acte d’Apreplaine. Pour que vous puissiez juger de nos travaux en dramaturgie. »

Et tandis que le festin allait bon train, les choses continuèrent avec un très intéressant morceau de tragédie. L’intrigue en était simple, les rebondissements étaient convenus, mais en revanche le texte était d’une très belle composition et les tournures étaient particulièrement magnifiés par le simple fait que l’un des deux domestiques, étant réellement meilleur que le second, déclamaient avec une maîtrise, une métrique et une passion qui rendait son propos incroyablement poignant.

La pièce finit également environ une heure plus tard, en même temps que l’on desservait les langoustines et qu’on resservait un vin moelleux d’une excellente facture.


« - L’Apreplaine vous siez-t-elle Sieur Manel ? » demanda son voisin de droite, le dénommé Alix, tout sourire.
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