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 [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud

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Charles d'Hardancour
Humain
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MessageSujet: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Jeu 29 Déc 2016 - 10:55

Début 3ème énnéade de Barkios, 9ème année, 11ème cycle


Les sabots martelaient la terre et le gravier de la cour du château de Kelbourg. Devant la maigre colonne de cavaliers se dressaient les murs sombres de l'antique demeure des seigneurs de l'Argonnois, gardiens des frontières Sud du marquisat. Si jadis le seigneur local faisait la fierté de sa ville, les choses avaient désormais bien changé. Thibaud de Kelbourg, qui avait hérité des titres de feu son père, avait entreprit de restituer à Bohémond Ier son marquisat, et d'y déloger les Saint-Aimé en place. On spéculait allègrement sur les motivations de ce seigneur à la réputation douteuse, et on riait derrière les rideaux de la haine qu'il avait toujours voué aux Saint-Aimé, et notamment à leur membre le plus influent jusque-là, Godfroy.

Ces sentiments néfastes avaient fait du comte d'Arétria l'allié de circonstance du seigneur de Kelbourg. Un grand nombre de seigneurs berthildois ne savaient guère quoi penser de ce comte, devant sa place grâce à son mariage avec la comtesse, qui fut non le choix des concernés, mais celui de Godfroy. Roderik de Wenden, tout comme Thibaud de Kelbourg, fut de ceux qui ne manquèrent pas de nourrir leur amertume envers Godfroy, à défaut de la rendre publique, par peur du marquis. Il est vrai que ce dernier, bien que la féodalité soit réelle en Sainte Berthilde, exerçait un contrôle total sur ses vassaux, frôlant un pouvoir absolu qu'il entretenait par une autorité excessive.

Mettant pieds à terre, Charles d'Hardancour s'était rendu dans la ville non si lointaine de Kelbourg, afin d'y rencontrer Thibaud. Si les membres du parti des Saint-Aimé n'osaient guère s'aventurer dans cette région de la contrée berthildoise, Charles ne nourrissait aucunement la peur de s'y rendre de son plein gré. Il s'était déplacé avec comme seule escorte dix de ses hommes, de braves chevaliers qui n'excellaient point au combat. Mais le doyen de la noblesse ne s'en était pas venu guerroyer, ou lutter contre Thibaud. Ami de longue date de son père, Charles faisait parti de ceux qui avaient vu le seigneur actuel grandir et devenir un homme - mauvais. Ainsi, c'est en toute sérénité que le cortège avait pénétré dans la cour du château, et qu'après avoir mis pied à terre, tous avaient retirés leurs gants ou leurs casques.

« Annoncez à Thibaud de Kelbourg que Charles d'Hardancour est ici, et qu'il demande le couvert et le gîte pour la nuit. »

Tandis qu'on allait prévenir le seigneur, on fit entrer Charles dans la demeure. Il était déjà venu de nombreuses fois, aussi il ne s'attarda guère sur l'aspect austère des murs et l'humilité des décorations. On le conduisit entre arches et couloirs jusqu'à la salle commune, où on le pria d'attendre. Enfin, lorsque des pas résonnèrent et qu'il devina que Thibaud était entré, Charles prit la parole le premier.

« Je viens ici depuis plus de trente ans, et ce château n'a guère changé. Je ne peux pas en dire pareil de son occupant, en revanche. » dit-il en se tournant vers Thibaud. « Je te salue, jeune Kelbourg. »

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Dim 1 Jan 2017 - 13:34


-Un peu plus haut, ordonna-t-il.
Les gardes s'activèrent à tourner la poulie sans que les cris du prisonnier n'y changent quoique ce soit.
-Voilà, parfait.
L'homme au bras renversé était mains liées à un crochet. Dès que la poulie s'activait, on entendait ses os craquer. Jusqu'à maintenant, le prisonnier n'avait pas cédé, mais Thibaud n'avait point encore dit son dernier mot.
-Lâchez !
Aussitôt, ses hommes cessèrent de retenir la poulie et l'homme chuta de plusieurs mètres avant qu'il ne soit finalement arrêté brutalement avant le sol. Ses épaules se déboîtèrent et l'on entendit un hurlement de douleur à en faire frisonner.

Pour les curieux:
 

-Pitié ! Arrêtez ! supplia le pauvre ère au bout du rouleau, les bras pétrifiés.
Thibaud vint se mettre à son niveau et s'agenouilla pour lui faire face. En levant le menton du condamné, il vit une peur et une douleur incommensurable. Dans peu de temps, l'homme céderait.
-J'arrêterais, oui, mais avant je veux savoir.
-Je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas un espion.
-Vos derniers agissements ne plaident pas votre cause. Est-ce là votre ultime défense ?
L'homme ne répondit pas.
-Fort bien, je ne puis garantir votre survie.

Au moment de lever le bras pour donner l'ordre à ses hommes de reprendre leur manœuvre, un autre garde fit son entrée dans la haute salle réservée à la correction des prisonniers. « Messire Kelbourg, le sire d'Hardancour est ici, il souhaite vous voir ». Il ne lui en fallu pas plus pour s'amuser de la nouvelle. Ce vieux Charles avait eu le courage d'emmener son cul jusqu'à Kelbourg. Ne sachant pas si cela relevait plus de l'audace que du suicide, il se retourna une dernière fois vers son prisonnier pour lui adresser son au-revoir.

-Détachez-le ! Il indiqua une trappe dans le sol. Laissez-le moisir dans la fosse jusqu'à mon retour !

Les gardes semblèrent dégoûtés à l'annonce de son dernier ordre. Ils s’exécutèrent bon gré mal gré et une odeur pestilentielle s'échappa de ladite fosse lorsqu'ils entreprirent d'ouvrir la fosse. L'endroit avait été creusé récemment dans le sol et remplit aussitôt de restes moisis, de carcasses d'animaux en putréfaction et de lisiers. Sans compter le fait que les invités y laissaient généralement leur estomac en y pénétrant... Thibaud le salua une dernière fois avant de reprendre le chemin du castel. Charles d'Hardancour était donc ici, venant peu de temps après la fâcheuse cérémonie de couronnement de son petit fils. De tous les sympathisants du petit faon, le vieil homme avait été le plus véhément. Tout à son honneur s'était-il dit. Après tout, ses raisons de garder le petit Louis au trône berthildois étaient probablement respectables. Il plongea sa tête dans une bassine d'eau froide avant de pénétrer dans la grande salle. Là-bas, Charles et ses hommes l'attendaient déjà.

-Charles ! lança-t-il. Quel plaisir !

En arrivant face aux berthildois, il décela une certaine gravité dans leurs visages. De toute évidence, certains devaient craindre l'embuscade. Mais pas le vieux ! Au contraire, Charles démontra une grande assurance. Etait-ce afin de lui faire comprendre qu'il ne le craignait pas ? Comment aurait-il pu, lui, le vieux de la vieille, le chevalier qui avait tout vu et tout combattu ? Il ignora alors la petite pique à son encontre, ne sachant point s'il devait y entendre un compliment ou une insulte. Dans tous les cas, il ne s'en offusqua nullement et ne répondit que par un sourire narquois habituel.

-Salut à toi, Hardancour, clama-t-il. Pardonnez l'attente, j'avais affaire. Mais je suis désormais tout ouïe. Que me vaut le plaisir de votre venue ?

Il fit signe à l'Hardancour de le suivre tandis qu'il prenait la direction d'une salle plus chaude et moins lugubre que la grande salle. Il jeta donc son dévolu sur la salle des trophées. Dedans, les murs affichaient de grandes tapisseries et des tableaux présentant les anciens seigneurs de Kelbourg. Sur le sol, moult armures et armements étaient disposés tout le long. Le ton était donné.

-Mon père aurait probablement été heureux de votre venue, dit-il en pointant du doigt le portrait de son géniteur. Les berthildois furent enfin assis et il attendit que le vieil homme brise le silence.
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Dim 1 Jan 2017 - 22:35

Après avoir prit la peine de congédier ses chevaliers afin que l'on prenne soin d'eux, Charles suivit son hôte à travers les couloirs qu'il ne connaissait que trop bien. Les pierres sombres, les mêmes cadres usés par le temps et l'entretien parfois précaire, ces salles auraient pu être les siennes tant il les avait visité du temps où ce n'était point Thibaud le seigneur des lieux, mais son père. Le jeune seigneur de l'Argonnois les mena dans la salle des trophées, où ils prirent place sur des sièges. Posant son fessier, Charles put ainsi soulager son dos qui lui provoquait quelques légères douleurs après la chevauchée.

« Il aurait probablement été heureux de me recevoir, oui, car je ne serais pas venu lui rendre visite pour les mêmes raisons que je viens te rendre visite aujourd'hui. »

Au sein du marquisat, on se méfiait de Thibaud. On le disait violent, presque sadique, aussi dangereux qu'imprévisible. On avait même déconseillé au seigneur d'Hardancour de se rendre chez lui, craignant qu'il n'en reparte pas. Mais Charles n'avait plus l'âge de craindre ses pairs, fut-ils de funeste réputation. De plus, il n'aurait suffit que d'un cheveu manquant à sa tête pour fournir non seulement au marquis, mais aussi à tous ses soutiens, le prétexte parfait pour marcher sur Kelbourg. En y réfléchissant, Louis n'aurait eu recours à cette éventualité qu'en ultime nécessité, préférant déposséder Thibaud, délier ses vassaux de leurs hommages, et laisser les habituelles querelles féodales faire le travail à sa place.

« Ne tournons pas autour du pot. » commença Charles, réputé pour sa franchise et son honnêteté. « Je suis venu t'empêcher de commettre l'irréparable. Tu sais aussi bien que moi que Louis sera bientôt le suzerain incontesté du marquisat. Il aura autant de pouvoir que son père sur les gens et ses seigneurs, non pas par une autorité sans faille entretenue par la peur, mais parce que ses gens l'aiment plus qu'ils n'ont aimé aucun de ses prédécesseurs. T'isoler n'est ni son intention, ni une bonne idée. »

Charles était suffisamment âgé pour qu'on ne le soupçonne plus d'avoir goût aux intrigues de cour. Il avait d'ailleurs la réputation, à juste titre, de n'y avoir jamais prêté d'intérêt, préférant une fidélité sans faille aux serments et à ses devoirs de vassal. C'est à ce titre qu'il défendait avec véhémence la légitimité de Louis, tout comme il avait défendu celle de Godfroy avant lui. Les vilains et les mauvaises langues se riaient de cet engagement, voyant dans la personnalité soupçonnée influençable de Louis, un moyen pour Charles de s'imposer dans la politique interne de Sainte Berthilde.

« Je ne me plais guère à ces enfantillages de cour, d'autant plus lorsqu'ils sont dictés par des amertumes et des rancœurs plus que par de véritables motivations. » Par là Charles se référait aux sentiments peu colorés que Thibaud entretenait avec Godfroy. « Tu as ployé le genou devant Godfroy comme tous les autres. Certains l'ont fait par conviction. D'autres, par peur de l'homme. Je ne pense pas que tu figures parmi les premiers. Ne reproche pas au fils les actes du père, surtout que tu t'es bien gardé de formuler des doutes au début. Si tu veux pouvoir donner ton avis à Louis dans des affaires qui le requièrent, tu devrais songer à modérer tes positions. Il n'en aura que plus envie de t'écouter. Et je me permets aussi de te rappeler, que le principal sujet dont il devra s'occuper, à savoir la punition du Médian, nécessitera plus d'une voix pour le convaincre. »

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Lun 2 Jan 2017 - 7:16


L'Hardancour lui donna l'impression de vouloir jouer la conciliation. Il s'en amusa en se remémorant les paroles professées le jour du couronnement. Cet homme n'était probablement pas le meilleur médiateur que le berthildois ait connu, cela était sûr. Louis, ce jour-là, avait sûrement été le plus sage et le moins abrupte. Il avait bien été le seul d'ailleurs, au grand désarroi de ses partisans et à leur plus grand bonheur, à eux les « séditieux » comme on les affublait déjà. L'écho de cette catastrophique montée au pouvoir du petit faon n'avait pas perdu de temps pour se propager. Il se disait déjà ici et là qu'une guerre civile couvait dans le berthildois. On le voyait aussi comme l'instigateur de cette dissension, à l'encontre du comte d'Arétria, qui n'avait fait lui que suivre le mouvement en perdant quelque peu de crédibilité. Le fait est que Thibaud s'amusait de cette situation, provoquant ainsi la colère des berthildois restés fidèles. Comme l'avait remarqué Charles à l'instant, on le mettait dans la catégorie des hommes effrayés par l'effroyable en personne. Assez pour fermer sa gueule et filer droit. Il riait de cela, sachant pertinemment qui avait mis un terme final à la vie de ce vile salopard. Alors, sans cacher son amusement, il observa l'Hardancour et attendit qu'il termine enfin pour poursuivre.

-Charles, Charles, Charles... Cessez donc de me flatter voulez-vous. Je gagerais que vous avez médité ces mots durant votre voyage jusqu'en mon fief, ponctua-t-il avant de redevenir un peu plus sérieux. En évoquant le Médian, vous jouez là sur une corde sensible et vous ne le savez que trop bien, vieux brigand.

Deux servants entrèrent dans la salle les bras remplis de bûches pour alimenter la cheminée. En jetant leur marchandise, les flammes s'élevèrent un peu plus haut, réchauffant aussitôt l'espace. Tandis que Charles avait eu le regard rivé sur le spectacle, Thibaud fit signe à l'un des servants de leur apporter de la bière.

-Bien sûr que votre petit fils aura la reconnaissance du mervalois. Quel piètre chancelier ferait-il s'il le lui refusait. Ce serait risquer une guerre civile et s'attirer bien plus d'emmerdes qu'il n'en a déjà. Voyez-donc, mes espoirs de régence s'envolent et s'embrasent, reprit-il. Les ambitieux projets de l'arétan aussi, en passant. Mais ne nous attardons pas sur ce vilain, vous semblez déjà avoir votre opinion à son sujet je crois.

L'un des servants arriva avec de chopes de bière dans chaque main et les posa. Thibaud prit la sienne aussitôt et en but une gorgée, tout en continuant de fixer l'Hardancour.

-Vous ne semblez pas comprendre mon petit jeu, Charles. Laissez-moi vous éclairer, voulez-vous. Mais avant, goûtez donc cette merveilleuse bière. Elle n'est point empoisonnée je vous rassure, poursuivit-il en faisant un clin d'oeil. La nouvelle de nos petites divergences n'a point tardé à traverser les frontières. Si dans le nord l'on garde un œil attentif au dénouement de cette affaire, je puis vous assurer qu'il en est tout autrement chez nos voisins du Médian. Il sourit. De source sûre, je puis vous dire qu'ils se foutent allègrement de notre gueule et parient déjà sur ma mort, celle de l'arétan où de votre petit fils. Ces foutus ligards sont persuadés que nous allons nous égorger les uns les autres et qu'ils pourront regarder ce macabre spectacle comme de grossiers spectateurs. De source sûre aussi, ils pensent le nord trop affaibli par la dernière campagne de sgardie pour oser de nouveau lever les armes et marcher contre eux. Entendez-le Charles, ils se foutent de notre gueule !

Le vieux ne sembla pas comprendre là où il voulait en venir.

-Pensez-vous que mes yeux et mes oreilles sont tournées vers vos terres et celles du Saint-Aimé ? Nenni, Hardancour, je me contrefous éperdument de vos belles cités fortes sans vouloir vous vexer. Pas que je ne porte aucune attention à vous, non loin de là, mais je ne vous ai pas attendu pour faire la guerre à ces chiures du Médian. Mes hommes sillonnent les terres d'Erac et de la ligue depuis plusieurs mois maintenant. Depuis mon retour d'Oesgard pour être honnête. Ils me rapportent des choses, des renseignements... enfin, je ne vais pas vous faire un dessin. C'est grâce à cela que j'ai appris que ces enfants de putains se gaussaient bien de nous, ici, pendant que nous nous étripions à Cantharel. Mais vous savez quoi, Charles ? tant mieux !

Il but une nouvelle gorgée.

-Louis sera fait marquis, aujourd'hui où dans quinze ans, qu'importe. C'est un fait comme vous me l'avez fait remarquer. Alors, comme je l'ai dit à votre petit-fils avant de le quitter, lorsque cela sera officialisé, je reviendrais chez lui pour prêter serment. Après tout, je n'ai aucun griefs contre lui. Louis n'est point son père, c'est vrai. Je me suis trompé sur son comte, je le reconnais. Mais avant de ployer le genou, je profiterais autant que possible de l'excès de confiance des médiannais vis-à-vis de notre situation pour les inciter à commettre de nouvelles erreurs comme celle de m'envoyer leurs sbires inspecter mes terres.  Vous savez, certains restent chez moi et d'autres repartent avec des idées plein la tête. Il termina sa bière cul sec. Ça donne soif de jacter autant.
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Mer 4 Jan 2017 - 10:29

Hardancour écouta les paroles de Kelbourg. Il avait les propos et les manies d’un homme entre l’adolescence et la respectabilité, encore baigné dans l’amusement de commettre des sottises, tout en ayant pertinemment conscience de leur nature. Fier de son rang et sûr de sa puissance, il était assez fou pour braver les ordres du précédent marquis et du nouveau. Charles se gratta légèrement la tempe. Il avait en effet touché une corde sensible en mentionnant le Médian, mais ce n’était là nullement son intention.

« Vous me connaissez suffisamment bien pour savoir que je me prête guère à ces jeux de pouvoir auxquels vous vous livrez. Et vous me connaissez suffisamment bien pour savoir qu’il vous aurait fallu éradiquer la moitié du marquisat pour espérer en avoir la régence un jour. Massacrez les Oësgardiens si cela vous permet de vous sentir plus homme, Thibaud. Mais ne posez guère la main sur les gens de ce pays. »

Charles se référait là aux prétendus agissements de Thibaud en Oësgardie, dont les exactions sur les populations avaient entachés les récits de guerre et de prouesse ramenés par les chevaliers envoyés défendre les frontières de la Péninsule. Il y avait gagné un sinistre sobriquet, et sa réputation, déjà des plus mitigées, n’en avait été que plus ternie. Finissant sa bière, le doyen de la noblesse berthildoise posa sa chope vide sur la table qui séparait les deux interlocuteurs.

« Il n'y a, quoiqu'il en soit, qu'une seule personne dans ce pays susceptible de rallier autour d'elle suffisamment de soutiens pour mener la guerre au Médian. Et jusqu'ici, vous n'avez aucunement été l'un de ses soutiens, bien au contraire. »


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Mer 4 Jan 2017 - 12:56

Le vieux était grincheux et avait la dent dure. En aucun cas, il ne s'en offusqua. Il se plaisait à penser que Charles appartenait à une vieille noblesse désormais révolue et bien périmée. Il en fallait pourtant. Bien que les coups-bas aient été sa spécialité, les hommes d'honneurs avaient encore leur place. Ne serait-ce que pour l'image qu'ils rendaient et l'inspiration qu'ils donnaient aux hommes. Dans les pires moments de l'histoire, n'était-ce pas ces hommes pourvus de principes moraux et de loyautés indéfectibles qui avaient redressé la barre ? S'il trouvait que cela relevait d'une certaine candeur et d'une naïveté dépassée, les berthildois et les autres mollusques n'avaient point acquis la même pensée. En définitive, lui et le vieux bougre d'Hardancour étaient probablement plus complémentaires que n'importe qui d'autres dans ce marquisat. L'un avec ses sournoises intrigues, l'autre avec sa prestigieuse réputation d'homme d'honneur et de principe.

-Sachez, Charles, que je n'ai nullement l'intention de toucher aux gens de ce pays. L'entreprise, en plus d'être inutile, rendrait caduque l'intervention du marquisat dans la reprise des terres royales et la restauration de Diantra à son propriétaire légitime. Mais certes, vous avez probablement raison, je m'incline face à vos paroles. Il n'y a probablement qu'un seul être dans ce marquisat capable de rassembler les hommes.

Il se leva pour aller se réchauffer auprès du feu. Les mains non loin des flammes, il les regarda fixement, sentant la douleur l'envahir petit à petit.

-Louis peut bien se targuer d'avoir un grand père aussi dévoué que vous l'êtes. Car vous êtes un homme d'honneur, Charles, nul ne l'ignore. Il retira ses mains devenues brûlantes. Je n'ai jamais caché mon animosité envers Godfroy et il me le rendait bien. Le conflit entre les Saint-Aimé et les Kelbourg dure depuis maintes générations et la guerre civile a été évité de peu en de nombreuses reprises, vous le savez très bien.

Il se retourna de nouveau face aux vieux.

-Néanmoins, je suis prêt à y mettre un terme... Pourquoi ? Parce que je haïs bien plus le velterien et sa foutue ligue de couards que votre petit fils et ses partisans.
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Jeu 5 Jan 2017 - 13:30

Charles s'était cantonné dans son fauteuil, mains clouées sur les genoux. Lorsque Thibaud s'était levé, le doyen avait gardé ses yeux sur lui, et lorsqu'il l'avait perdu de vue, sa tête s'était tourné pour mieux entendre le seigneur des lieux. Enfin, le vieil homme se leva, croisant les mains au bas de son dos, faisant face à Kelbourg.

« Je ne saurais trop vous conseiller de prendre les devants et de commencer à vous rapprocher du marquis si vous comptez le servir avec autant de zèle que vous l'affirmez. Louis ne vous tiendra guère rigueur pour vos actions passées. Ni vous, ni le comte d'Arétria dont vous semblez bien proche. »

Faisant quelques pas dans la salle, attardant son regard sur quelques trophées de chasse ou des tableaux représentant les ancêtres de la famille seigneuriale, Charles conserva la parole, les yeux rivés sur le portrait du père de Thibaud.

« Cela doit être dur, Thibaud. Vous avez tant haï Godfroy, et vous avez fait de cette rivalité familiale une affaire personnelle. Mais ce que je trouve cocasse, c'est que ce sont sa nature autoritaire et son caractère imprévisible qui ont fait du marquisat ce qu'il est actuellement, depuis maintenant un an. Et depuis la naissance de Louis, ce jeune homme est devenu ce qu'il est à la fois à cause, et grâce à Godfroy et à ma fille, Judith. Si aujourd'hui et demain, et pour les années à venir, Louis se montre exemplaire, vous ne pourrez blâmer qu'un mort pour cela. »

Charles ne put contenir un sourire de satisfaction, l'un des rares qui se dessinait sur son visage en ces temps-là, se retournant vers le seigneur de Kelbourg.

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Jeu 5 Jan 2017 - 21:17


Avec ces derniers mots, Thibaud réalisa à quel point sa guerre avec Godfroy avait pu être longue et chaotique. Sa mort ne lui avait procuré nul plaisir. Sans doute aurait-il préféré le tuer lui-même et non avoir recours à un remède de suderon. Au final, Charles disait probablement vrai. Alors qu'il s'apprêtait à reconnaître Louis en cas de légitimité accordée par le chancelier, il s'apprêtait également à ployer le genou devant l'héritage laissé par son ennemi de toujours. Ironie dans cela ? Certainement. Bien qu'il eut déjà pensé à différentes façons de se débarrasser du petit faon, sa mort ne lui procurerait aucun intérêt. Outre le fait de diviser les berthildois, sa quête de marcher sur le médian n'en serait que plus irréalisable. Cela le fit grincer des dents une nouvelle fois. Charles s'était mit à regarder le portrait de son père non loin de là et il se laissa à son tour envoûté par le regard dur et froid du renommé Frédéric III de Kelbourg.

-Puisse-t-il se montrer le plus exemplaire alors, même si ma guerre contre Godfroy est désormais terminée.

Toujours aux côtés de Charles face au portrait, il repensa à son père et tenta de savoir ce que le vieux Kelbourg aurait pensé de la situation. Il se serait vraisemblablement réjoui de la mort de l'effroyable mais aurait probablement affiché beaucoup moins de véhémence que lui à l'encontre de sa progéniture. Frédéric était un fin stratège et calculateur de surcroît. Tout ce qu'il faisait était prémédité et fait avec grand soin. Quel foutu connard. Si on le disait pourvu d'un cœur de pierre, celui de son père était fait d'une roche bien plus dure et sombre. Charles ne le savait que trop bien et pourtant il n'ignorait nullement qu'une amitié avait lié les deux hommes. Sans doute grâce aux longues campagnes passées à guerroyer.

-Charles... j'ai une demande à vous faire, murmura-t-il. Dites moi comment est mort Frédéric, si vous étiez à ses côtés et si vous l'avez vu mourir. J'ai entendu bien des récits à propos des champs pourpres, mais je gage qu'ils seront probablement plus véridiques venant de vous.
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Charles d'Hardancour
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Ven 13 Jan 2017 - 22:09

Charles avait gardé un instant les yeux sur le tableau. Puis il les avait clos. Les souvenirs lui revinrent en tête. Il se souvenait des cris, de la confusion, des giclées de sang et des tentes piétinées, des cadavres traînés par les cavaliers portant les armes du Médian. Il se remémorait les têtes qui roulaient et les entrailles répandues sur la terre retournée par les sabots et les courses des fuyards. Il se détourna du portrait, arpentant la modeste salle où ils se trouvaient.

« Que voulez-vous que je vous dise, Thibaud. Personne, aux Champs Pourpres, n'est mort en héros. Il n'y avait ni vaillance, ni gloire, ce jour-là. Il n'y avait que la mort, son odeur et sa marque, sur des lieues et des lieues. »

Charles se rassit sur le fauteuil où il avait prit place. « Ton père est mort comme un très grand nombre des nôtres. Je l'ai perdu de vue dès que les premiers cors ont commencé à sonner. Lorsque la terre s'est mise à trembler sous la charge des cavaliers, il faisait encore nuit. Le soleil ne s'était point encore levé. Les drapeaux tremblèrent, les marmites des soldats se renversèrent. Puis ce fut le chaos. Ils jaillirent de nulle part, ravageant ceux qui se trouvaient devant eux. Je perdis de vue ton père à cet instant, et je ne le revis plus après ce jour. »

Charles passa une main hésitante dans ses cheveux. Ses souvenirs étaient parfois brumeux, trop flous pour les mentionner, alors que d'autres demeuraient ancrés dans sa mémoire, comme lorsqu'il avait vu un cavalier hautvalois traîner derrière lui le tronc d'un soldat d'Odélian, alors que ses jambes lui avaient été arrachées. Raccommodant ses doigts, les joignant entre eux, Charles reposa son regard sur Thibaud.

« Après que j'en sois sorti vivant, j'ai juré de rendre justice à tous ceux qui sont morts sur cette plaine. Et je ne sombrerais pas dans le sommeil de Tyra avant d'avoir tenu cette promesse, que Néera et Othar m'en soient témoins. »

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Lun 16 Jan 2017 - 6:54


Il fut crispé durant tout le court récit du vieil homme. Charles avait eu la voix grave et sincère. Paraissant hésitant en quelques moments, il ne lui en tint nulle rigueur. Après tout, l'Hardancour avait été un des rares survivants du massacre des champs pourpres. Comment cela avait-il pu bien se produire ? La question le taraudait sans cesse. Comment quinze mille hommes, chevaliers aguerris et piétailles confondus avaient-ils pu se faire surprendre par une armée bien inférieure en nombre ? Il y avait de quoi sauter au plafond. A ce moment-là – il s'en souvenait encore – il se trouvait avec un contingent dans l'arrière garde. A deux jours de marche du camp royal. C'est alors qu'ils avaient croisé la route des fuyards. En petits groupes pour commencer, puis plus le ciel s'était assombri, plus les groupuscules avaient prit l'allure d'une véritable débandade. Arrivé bien trop tard sur les lieux, lui et les siens avaient assurés la retraite jusque dans le berthildois pour ne point laisser aux charognards l'occasion de se faire de nouvelles rançons.

Il ne put que rester stoïque face aux quelques précisions sur la mort de son père. Son père était mort en se battant, c'était là le principale. Il ne se serait jamais pardonné d'apprendre que le Kelbourg était mort les doigts de pieds en éventail sur sa paillasse. Ainsi, il hocha de la tête en guise de remerciement. Mais ce n'était pas tout, le vieil Hardancour ne le laissa pas sur sa fin. Charles dévoila à son tour toute la hargne et la rancune qu'il gardait du velterien et de ces couards de médiannais. Sourire amer au coin des lèvres, Thibaud alla le rejoindre autour de la table pour faire de nouveau face à son invité. Le feu dans le dos, il attendit qu'une des bûches finisse par craquer sous l'impact de la chaleur.

-Il ne se passe pas une seule seconde sans que je ne veuille venger nos morts. Ses paupières se fermèrent un bref instant avant de s'ouvrir subitement. Le chien de Velteroc doit mourir.

Assis confortablement dans le fauteuil, il regarda de nouveau l'Hardancour. Sans doute fatigué par le voyage qui l'avait amené ici, il se l'imagina vingt ans de moins, le cul à la même place en buvant avec son père. Frédéric l'avait apprécié, et ce, même lorsque Charles avait cédé la main de sa fille au Saint-Aimé. Si le Kelbourg n'avait point été le meilleur père du monde, force était de reconnaître qu'il avait été bon avec ses amis pour que même après sa mort, ceux-ci viennent pour le « ramener à la raison ».

-Le médian devra payer et lorsque ce jour viendra, je serai le premier à rendre justice... au nom du Roy. Mais vous dites, Charles, que votre petit fils doit encore être convaincu du bien fondé de cette reconquête. Si j'ai longtemps été en désaccord avec Godfroy, je dois reconnaître que nous nous entendions parfaitement sur la question des guerres. Est-ce que Louis serait fait d'une autre trempe ?  Redouterait-il de marcher contre le velterien et ses coquins ?
 
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MessageSujet: Re: [Kelbourg] Seuls les cons ne changent pas d'avis | Thibaud    Lun 16 Jan 2017 - 15:19

Le doyen se gratta la barbe machinalement. Ses yeux se posèrent sur Thibaud, et tandis qu'il maintenait son regard sur lui, il réfléchissait. Puis, d'un mouvement des lèvres, sa moustache frémit, et il reprit la parole :

« Même si notre système, nos coutumes et notre justice est basée sur la vengeance, Louis n'acceptera jamais de mener une guerre à grande échelle basée sur la revanche. Toutefois, plusieurs voix combinées pourraient le convaincre, qu'au nom de la justice du Roy, qu'au nom du non-respect de l'entente quant à la restitution des prisonniers de guerre, qu'au nom des innombrables violations du pouvoir royal qui ont été commises...il pourrait se laisser convaincre. »

Charles détacha ses yeux de Thibaud. « Louis n'est pas stupide. Il est peu expérimenté, mais intelligent, et a parfaitement conscience de ce que j'ai vécu, de ce que ton père a vécu, de ce que nous avons tous vécu. Mais il est également conscient, que Sainte Berthilde et ses vassaux, sont aujourd'hui, en combinant tous les aspects économiques, militaires et politiques, la première puissance de la Péninsule. Il y a aujourd'hui un choix que tu vas devoir faire. Soutiens Louis, et il y aura probablement une guerre contre le Médian, avec toutes nos forces envoyées dans la bataille. Nous perdrons notre puissance économique et militaire, sans doute, mais nous nous relèverons bien assez vite en cas de victoire. Refuse de soutenir Louis, et tu diviseras le marquisat. Presque la moitié des terres ne te suivront que durant les quatre énnéades imposées par le ban. Et je te souhaite bien du courage pour conquérir le Médian en si peu de temps. Le choix t'appartient. »

Charles se leva. Épuisé et soudainement saisi d'une envie de se remplir l'estomac, il s'enquit de l'heure à laquelle ils escomptaient passer à table. Son ventre criait famine après la chevauchée.


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