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 Le silence en tribut de la justice

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MessageSujet: Le silence en tribut de la justice   Dim 8 Jan 2017 - 7:23


3ème jour de la 1ère ennéade de Bàrkios
Automne de l'an 9 du XIe Cycle

Dans la nuit noire, les cavaliers d’Ethin jaillirent hors des murs de la capitale du Comté. Lancés au grand galop, les fervides hommes du seigneur du Rocher sentaient monter en eux la délicieuse angoisse des batailles. Très peu de détails de cette chevauchée noctambule leur avaient pourtant été révélés. Mais des bruits avaient déjà commencé de circuler lorsqu’ils furent réveillés au beau milieu de la nuit. Des rumeurs qui se répandirent d’autant plus lorsqu’il fut demandé à chacun de seller son cheval avec plastron et chanfrein. Certains eurent même vent du plus incroyable : ils allaient rejoindre le gros des armées du Rocher déjà en marche. Mais peu tenaient ces derniers murmures pour véridiques à présent ; la seule raison qui pourrait voir une telle mobilisation des troupes de la seigneurie serait la guerre et Beaurivages était dans leur dos. Face à tant d’incertitudes, ils n’eurent d’autre choix que de suivre leur seigneur, positionné en tête de file, et de surveiller la trajectoire qu’il leur imposait. Ils virent bientôt sur leur gauche la petite ville missèdoise de Troissente où les terres de Missède, d’Ybaen et d’Ethin convergeaient. Mais ce fut sur leur droite que leur attention se porta soudainement. Alors qu’ils filaient droit à travers les terres des maitres de carrière de Hautecloque, une colonne d’hommes montés fonçait en leur direction. Croyant d’abord à une attaque, certains cavaliers d’Ethin s’agitèrent mais on leur fit rapidement signe de se taire et de continuer d’avancer. Contre toute attente, ces hommes venait d’Hautecloque et dans le plus grand silence, ils les rejoignirent et chevauchèrent à leurs côtés.



Une halte fut finalement annoncée au pied d’une colline. Les mêmes consignes de silence et de discrétion furent données. Aucun feu ne devait être allumé. Les hommes se regardaient, ceux d’Ethin et ceux d’Hautecloque, tous astreints à un mutisme qu’ils ne comprenaient guère, tout en tentant de deviner ce que l’un ou l’autre savait de leur situation commune. Les chevaux, désœuvrés, avaient fini par fermer les yeux et certains hommes commençaient à imiter leur monture lorsqu’un roulement souple se fit entendre à leur gauche. Les têtes se tournèrent comme une et un murmure défendu se faufila dans les rangs : « Des hommes de Gwydir ! » Dans la plus grande tempérance Alceste de Gwydir démonta et tourna son regard vers le haut de la colline. Ce n’était pas n’importe quelle colline, il le savait bien, lui qui était féru d’histoire. Avant l’unification de Missède, et jusqu’au règne du baron Viktor I, le relief accueillait la fameuse tour de guet d’Armonvent. Élancée vers le ciel, la construction vertigineuse érigée par la Guilde des Mages-Maçons d’Ethin empêcha, maintes années durant, les attaques surprises des forces missèdoises. Fou de rage, Viktor I décida que la défaite des hommes du Rocher ne saurait passer sans la destruction d’Armonvent. Après de nombreuses attaques infructueuses où ses forces se heurtèrent à l’ingénuité des Mages-Maçons, le baron de Missède finit par mettre à bas la tour. Dans sa rancœur, il alla même jusqu’à récupérer toutes les pierres des ruines, ne laissant aucune trace de son existence. Si ce fait était bien avéré, de nombreuses légendes entouraient néanmoins les pierres d’Armonvent ; la plus vraisemblable étant celle selon laquelle le Baron les aurait utilisées pour la construction d’une tour du palais de Missède. Alceste se remémorait toutes ces histoires alors qu’il montait en haut de la colline afin d’y retrouver Ernest d’Ethin et Philippe de Hautecloque. Les deux hommes se tenaient en silence dans la nuit, le regard tourné vers la grande forêt de Boiroux qui s’étendait à l’horizon.
« Mon seigneur, dit Alceste à voix basse en guise de salutations.
- Alceste, je suis bien heureux de voir que Gwydir a répondu à mon appel, dit Ernest sans pouvoir cacher un certain soulagement.
- L’histoire de ces terres est jonchée d’événements au cours desquels la maison de Gwydir a tout sacrifié pour protéger le Rocher. Cette tradition ne mourra pas avec moi. Néanmoins, mon seigneur, je me dois de vous faire part de mon inquiétude. Que comptez-vous faire ? Prendre Rivelmon avec une poignée d’hommes à cheval quand un millier n’y viendrait pas à bout ?
Philippe de Hautecloque, muet de naissance, acquiesça abondamment de la tête avec les propos d’Alceste de Gwydir.
- Nous n’attaquerons pas le château, répondit Ernest. A l’aube, les de Béjarry partiront à la chasse au brocard dans la forêt de Boiroux. C’est là que nous les attendrons.
Il y eut un moment de silence pendant lequel de Gwydir et de Hautecloque échangèrent des regards perplexes. L’idée de traverser Boiroux ne les enchantait guère.
- Même si Childéric ne s’attend pas à ce que nous l’y cueillons, il sera bien entouré, dit finalement Alceste.
- Je n’entends pas faire couler de sang plus que de raison. La surprise sera notre meilleure arme, dit Ernest alors qu’un groupe de cavaliers approchait telle une ombre glissant dans la plaine. La maison de Grateloup avait donc aussi répondu présent. Un autre poids glissa des épaules du seigneur d’Ethin. Après la tournure du conseil des vassaux, Ernest n’avait pas su à quoi s’attendre en convoquant les grandes familles de la seigneurie. S’ils ne lui faisaient peut-être pas encore confiance, ils avaient compris que ne pas répondre à l’appel de leur suzerain reviendrait à s’associer avec les de Béjarry ; et rien ne pourrait les faire accepter ça. Pas après les révélations d’Alceste de Gwydir.
Philippe de Hautecloque entreprit enfin de descendre la colline pour accueillir Auxence de Grateloup et ses hommes. Ernest s’apprêtait à lui emboiter le pas lorsque son oncle le retint par le bras.      
- Vous le saviez déjà, n’est-ce pas ? demanda Alceste. Le regard intelligent de l’homme pétillait dans la nuit. Lors du conseil des vassaux, vous étiez déjà au courant de l’identité des meurtriers de Charles et d’Hector. Je l’ai senti lorsque vous nous avez proposé le compromis de guerre. Vous cherchiez à gagner du temps. Vous attendiez une preuve. Je vous en ai donné une et vous avez d’ailleurs agi sans attendre. Mais comment auriez-vous pu savoir sans preuve sous la main ? Vous deviez bien en avoir une. Était-ce que cette preuve était insuffisante à vos yeux ? Pourquoi l’avoir gardé pour vous dans ce cas ? Était-elle trop précieuse, mon seigneur ?
Elle valait toutes les richesses du monde, pensa Ernest.
- Nous devons gagner le Boiroux avant le lever du soleil, répondit-il avant de s’éloigner.
- La couronne, toujours, doit gagner, murmura Alceste, pour lui-même, un fin sourire aux lèvres, en regardant son suzerain descendre la colline.



Auxence de Grateloup manifesta des réticences soutenues à l’égard du plan d’Ernest. Selon lui, il fallait tout reporter, convoquer la Guilde, préparer un siège de Rivelmon et forcer ce rat de Childéric à croupir derrière ses douves. Ernest prit le temps de calmer les pulsions bataillardes du grand nigaud et tous se mirent finalement en selle. A quelques lieux de là, Boiroux était une vieille et très grande forêt de séquoias à feuilles d’if qui bordait le Garnaad. Son nom provenait de la couleur rouge orangé de l’épaisse écorce crevassée qui caractérisait ces arbres dont la taille et la circonférence démesurées étaient aussi à l’origine du second nom de la forêt : le Jardin des Géants. Les mythes et les légendes qui entouraient le Boiroux, et qui pour beaucoup d’entre elles tendaient à associer les couleurs de l’écorce des arbres avec des histoires sanglantes, font de cette forêt un endroit à éviter. Elle avait aussi tendance à capturer la brume du Garnaad chaque matin et à la détourner dans ses entrailles. Un phénomène que les légendes expliquaient par le fait que les bois étaient hantés par les morts. Sa mauvaise réputation faisait d’elle un refuge idéal pour une faune abondante et diversifiée que seuls de rares chasseurs aventureux giboyaient en lisière. La famille de Béjarry, dont le château de Rivlemon, sis entre le Garnaad et la forêt, bénéficiait d’un rempart naturel bien heureux grâce à celle-ci, se targuait volontiers de ses chasses hebdomadaires dans le Boiroux ; mais même eux savaient rester à distance des profondeurs de la forêt.

         

Lorsque les hommes se rendirent compte qu’ils allèrent traverser le Jardin des Géants, les murmures se firent de moins en moins discrets dans les rangs. Le fait qu’il faisait toujours nuit n’arrangeait pas les choses. La panique aurait sûrement éclatée si tous n’étaient pas guidés par les quatre hommes les plus importants de la région, dont le seigneur du Rocher, lui-même. Dans un silence, cette fois tout autant voulu que demandé, ils passèrent la lisière à la suite de leur suzerain et se retrouvèrent rapidement au milieu d’ombres gigantesques et menaçantes. Les passages sinueux entre les arbres et la végétation ne laissaient aucune possibilité à une progression en formation rangée. Très vite, ils se retrouvèrent dispersés et certains chevaux, nerveux à l’idée de se retrouver séparés du gros du groupe, s’agitèrent. L’un d’eux hennit de peur et le bruit résonna à travers la forêt dans un écho glaçant. Ernest, dont le plan reposait entièrement sur leur capacité à surprendre de Béjarry en pleine chasse, préféra ordonner une halte jusqu’au lever du soleil. Les chevaux les plus remuants furent amenés aux côtés des plus calmes et tout le monde mit pied à terre. Les hommes avaient pour instruction de garder le silence et d’organiser un tour de garde. Beaucoup en profitèrent pour dormir dans les fougères ou au creux d’un arbre.



Ernest savait qu’il ne parviendrait pas à trouver sommeil. Assis sur un roc, il fixait les profondeurs de la forêt faiblement éclairées par la lueur des étoiles qui perçait à peine l’étage supérieur de la forêt. Les rouages de son esprit machinaient sans relâche les évènements survenus depuis qu’il avait quitté Isgaard. Agité par tant de rumination, il décida de marcher pour étouffer la cacophonie de ses idées. Déambulant entre les jambes des géants de d’écorce rouge, le jeune seigneur pensa à son frère et à son grand-père. Loin de quelconques instincts de vengeance et des obligations de rendre justice, il pensa à eux d’une manière à laquelle il ne s’était pas autorisé jusque-là. L’émotion le submergea. Et comme une déchirure du cœur cherchait souvent à s’agrandir, il pensa aussi à son père et à sa mère. Face à toutes ces morts, il se sentait si petit. Et la couronne lui demandait d’être si grand.



Du mouvement survint derrière lui. Ernest eut à peine le temps de sécher les larmes qui brouillèrent sa vue qu’Alceste se trouvait à ses côtés. Les deux hommes se tinrent droit dans l’épaisseur de la forêt, immobiles et recueillis. « Êtes-vous prêt à rendre la justice, mon seigneur ? demanda finalement Alceste dans un chuchotement.
- Les prévôts ont fait la route avec nous. Vous et de Grateloup constituerez le reste de notre cour. Et bien sûr, j’y présiderai, répondit Ernest avec assurance.
- Non, mon seigneur, êtes-vous prêt à rendre la justice ?
Ernest se tourna vers son vassal. Le front dégarni du vieil homme réfléchissait la lumière de la nuit et venait exalter son aura de sagesse. Alceste faisait allusion à l’absence de bourreau sur les terres du Rocher. Les peines de mort devaient être exécutées par la couronne. Une tradition qui allait dans le sens de la vertu éthinienne, Ernest le savait bien. Le seigneur du Rocher pouvait déléguer cette tâche à un de ses vassaux en cas d’incapacité mais cela n’était jamais arrivé de mémoire d’homme. On racontait qu’Augustin d’Ethin, seigneur du Rocher au règne le plus long, exécuta lui-même les peines de mort jusqu’à son dernier jour. Ses bras rendus débiles par les âges, et malgré une lame des plus affilées, le forçaient à s’y prendre à plusieurs fois pour faire tomber la tête des condamnés, occasionnant de longues scènes de boucherie insoutenables.    
- Des hommes ont déjà péri de mes mains, répondit Ernest.
- Il est une chose de faire couler le sang de celui qui vous attaque, il en est une toute autre de prendre la vie de ceux qui, agenouillés à vos pieds, demandent votre pardon.
- La couronne, toujours, doit gagner, répondit le jeune seigneur, sans tergiverser.
Alceste ne put réprimer un léger sourire triste. Ernest s’était engagé sur les pas des grands seigneurs du Rocher ; il parlait déjà comme eux. Si le vieil homme ne pouvait qu’en être satisfait, il se trouvait malgré lui sujet à une once de peine lorsqu’il voyait les yeux de sa sœur dans ceux de son suzerain.
- Ta mère ne voulait rien de tout ça pour toi, commença le vieil homme. Ernest fut d’abord choqué de la familiarité dont son oncle, qu’il n’avait rencontré qu’à trois reprises dans sa vie et qui jamais ne lui avait parlé de sa mère, fit preuve soudainement en le tutoyant. Elle t’aimait tout autant qu’Hector mais lorsqu’elle regardait ton frère, son regard se voilait d’inquiétude et de tristesse. Un voile qui disparaissait quand elle se tournait vers toi, sachant que tu n’aurais pas à porter le fardeau de la couronne, et qui laissait place à une douce euphorie dont son entourage raffolait être le témoin.  
Ernest resta muet alors qu’il sentait sa gorge se serrer.
- Vous devriez prendre du repos, messire, dit-il sur un ton neutre. Nous marchons à l’aube.
Le vieil homme, chassé du cercle d’intimité qu’il avait cru pouvoir si aisément pénétrer, se raidit puis s’inclina.
- Oui, mon seigneur, répondit Alceste avant de s’éloigner.



Déjà en selle, Ernest avait la tête tournée vers la canopée. Les premiers filets de lumière du jour commençaient à percer la cime des arbres. Lorsqu’il chercha à donner le signal de départ, il réalisa que les hommes dormaient encore. Tous sauf Elmure qu’Ernest remarqua finalement. L’homme était assis, adossé contre un arbre, son épée sur les genoux. Le colosse fixait son suzerain du regard comme un chien sur le qui-vive. Ernest était prêt à parier qu’il ne s’était pas autorisé à dormir et qu’il l’avait surveillé de loin toute la nuit. Lui adressant un signe de tête, le capitaine de sa garde personnelle se leva immédiatement et entreprit de réveiller tout le monde en silence. Après quelques minutes, les méandres de la forêt se découvrirent quelque peu et ils marchèrent. Lorsqu’ils semblèrent enfin avoir atteint le cœur de Boiroux, un tableau des plus sinistres s’offrit à eux. Entre les arbres gigantesques glissèrent des pans de brume émanant du Garnaad. Les hommes prirent peur face à cette armée de fantômes qui avançait rapidement sur eux. Alceste de Gwydir réagit le premier et, se tournant vers eux, dut se résoudre à briser le silence qui les astreignait : « Les morts qui courent aux pieds des géants emportent dans leur sillage la vie des intrus du Boiroux, s’écria le vieil homme en rappelant la légende qu’ils connaissaient tous. Mais face au seigneur de ces terres ils ne feront que passer, l’honorant d’une étreinte embruinée. » Et les pans de brouillard affluèrent entre les cavaliers puis continuèrent leur chemin en les laissant tous indemnes.

 

La marche reprit et des hommes furent finalement envoyés à pied en éclaireur. A la lisière, ils guettèrent la venue de Childéric et de ses hommes avant de revenir et d’en avertir le groupe. Ernest déploya ses forces. Les bois ne laissaient pas beaucoup de possibilités de manœuvre. Il avait fallu ruser. Elmure fut le dernier à quitter son suzerain après lui avoir présenté la couronne du Rocher. Ernest savait que son capitaine n’approuvait pas ce plan. Il avait même demandé à prendre sa place mais son suzerain avait refusé. Coiffé de la couronne à trois pointes, le seigneur d’Ethin et son cheval restèrent immobiles et dans l’alignement exact de la trajectoire des chasseurs et leur meute. Les hommes d’Ernest avaient dû s’éloigner suffisamment loin pour que le nez de la meute les mène à lui et non à eux. Après ça, il faudra qu’Ernest leur laisse le temps de revenir. Rapidement les premiers aboiements résonnèrent au loin et quelques minutes plus tard les chiens étaient rassemblés devant lui. Les veneurs arrivèrent bientôt, stupéfaits, suivis par le reste du groupe qui se demandait pourquoi les veneurs n’avaient pas sonné les cors de chasse si les chiens avaient trouvé quelque chose. Childéric de Béjarry s’avança au premier rang et fit taire les chiens. Flanqué sur son magnifique cheval de chasse à courre, le vassal eut des difficultés à ne pas froncer des sourcils.
« Que faites vous là ? éructa-t-il.
- Messire de Béjarry, il semblerait que vous ayez oublié les manières de saluer votre suzerain.
- Qu’est-ce que vous manigancez sur mes terres ? demanda-t-il en regardant autour de lui, ne pouvant se résoudre à croire que le seigneur d’Ethin se trouvait seul dans le Boiroux.
- Vos terres, Childéric ? rigola Ernest. Me considérerez-vous jamais comme votre suzerain légitime ?
- Faites marcher les armées du Rocher sur Beaurivages, corrigez l’affront qui a été fait à Ethin et vengez votre famille. Les égards dus à votre rang suivront. Que faites-vous ici ?
- Je vérifiais une vieille légende du Boiroux selon laquelle seul le seigneur du Rocher saurait mettre en déroute les morts qui demeurent dans ces bois. Le vassal n’y croyait pas une seule seconde et s’apprêtait sans doute à envoyer ses hommes fouiller les alentours lorsqu’Ernest reprit la parole. Que faisiez-vous à Edelys deux jours après l’assassinat de mon grand-père, Childéric ?
Le visage de l’homme se contracta mais il parvint tout de même à garder toute sa contenance. Les chiens recommencèrent à aboyer.
- De quoi parlez-vous ? demanda-t-il sèchement. Edelys est une terre voisine. De nombreuses affaires lient la baronnie et notre fief. Je m'y rends souvent.
- Des affaires dont le Rocher n’est pas au courant ? Des affaires qui ne pouvaient être remises à plus tard ? Des affaires assez urgentes pour ne pas observer le deuil de votre suzerain ? Les aboiements se faisaient de plus en plus bruyants et les veneurs ne purent plus rien y faire. J’ai rencontré Robert de la Herse, il y a quelques jours…
Ernest fut interrompu par un homme à cheval qui s’avança et s’aligna à côté de Childéric. C’était son fils ainé, Antoine, et le frère d’Aldren. Il avait la réputation d’un grand jacteur qui devrait réfléchir avant d’agir. C’était sa lettre à Aldren, dans laquelle il vantait les exactions de son père et son propre rôle dans celles-ci, qui fut à l’origine de bien des choses.
- Vos allusions ne me plaisent guère, messire, dit-il en sortant son épée de son fourreau. L’acte du jeune homme surprit tout le monde, son père inclus. Mais ce dernier, sentant qu’il était trop tard pour faire demi-tour, dégaina à son tour et le reste des hommes firent de même.
- La lignée d’Ethin s’éteindra dans ses bois et les arbres de Boiroux rougiront de votre sang, dit Childéric avec un air grave. Ernest entendit du bruissement dans son dos ; De Béjarry également car son regard se posa immédiatement derrière l’épaule de son suzerain. Elmure et son cheval arrivaient au pas ; le capitaine avait son épée au clair. Sans un mot il vint s’arrêter au côté du seigneur d’Ethin. Les chiens n’aboyaient plus mais émettaient des petits cris aigus, percevant avant tout le monde un roulement qui secoua le sol de la forêt. Des silhouettes commencèrent à apparaître entre les troncs massifs des arbres du Boiroux. Et puis, finalement, ils étaient là. Les hommes d’Ethin, de Gwydir, de Hautecloque et de Grateloup encerclaient Childéric et sa meute. A l’unisson, les lames furent tirées au clair. Lorsque de Béjarry vit qu’Alceste, Philippe et Auxence se trouvaient présents, il sut que tout était terminé.



Comme bon nombre des châteaux d’Ethin, Rivelmon avait bénéficié du savoir de la Guilde lors de sa construction. La ville de Rivelmon et le château des de Béjarry se trouvait en bordure du Garnaad et les Mages-Maçons avaient utilisé le fleuve afin d’y confectionner un système de douves impressionnants, composé de plusieurs larges fossés concentriques. Ernest et ses hommes se présentèrent au premier pont levis. Childéric, son fils et son groupe de chasse étaient à pied et désarmés. Le pont-levis fut abaissé lorsqu’Ernest, en sa qualité de seigneur d’Ethin, en fit la demande. Il en alla de même avec les autres ponts qui menèrent jusqu’au château. Les habitants et les gardes de Rivelmon avaient visiblement du mal à comprendre la situation mais la confusion n’amena personne à s’interposer. Une fois dans l’enceinte du château, Elmure prit quelques hommes avec lui et darda en direction des geôles. Ernest lui en avait donné l’ordre afin que ceux qui était potentiellement au courant des crimes de de Béjarry ne prenne l’initiative de se débarrasser de Clarence de Beaurivages, ou de son cadavre, en voyant le seigneur d’Ethin arriver.



Lorsqu’Elmure revint des cachots de Rivelmon, Childéric et son fils, Antoine, avaient été mis à genoux au centre de la cour pavée du château. La femme du maitre des lieux et sa fille Manon de Béjarry les y rejoignirent, escortés par des hommes d’Ernest. « Cet homme dit être Clarence de Beaurivages, mon seigneur. » annonça Elmure qui s’avançait en portant dans ses bras un homme nu, pâle comme un vers, et marbré d’ecchymoses. La tête ballante de l’individu ne présageait rien de bon quant à son état de santé. Ernest n’avait jamais rencontré l’Infant de Beaurivages mais les prévôts du Comté et Alceste de Gwydir le reconnurent malgré les tumescences de son visage. A la lumière du jour, l’homme reprit conscience le temps d’un court instant. Avec moult efforts il porta sa main à sa bouche et délogea du creux de sa joue un petit objet. « La chevalière de Beaurivages. » dit de Gwydir à qui aucun insigne ne saurait échapper. Clarence finit par défaillir. Ernest ordonna que tout soit fait pour le garder en vie. Les prévôts du Comté, le seigneur de Gwydir, celui de Grateloup et, pour la bonne mesure malgré son mutisme, celui d’Hautecloque se réunirent autour du seigneur d’Ethin pour délibérer.
Childéric, les épaules voutées, perdait déjà de sa noble stature. Le vassal était un homme intelligent et le fait que toute combativité semblait l’avoir abandonné indiquait qu’il savait son sort scellé. Son fils, en revanche, agenouillé à quelques mètres de lui, exhibait toujours la même arrogance et ne quittait pas le seigneur d’Ethin du regard. Fontana, la femme de Childéric, pleurait à chaudes larmes tout en murmurant des phrases incompréhensibles d’incompréhension. Manon de Bejarry, jeune femme de 19 ans, avait des mots apaisants à l’adresse de sa mère tout en gardant la tête haute et les yeux dirigés droit devant elle. Les délibérations de la cour châtelaine furent courtes jusqu’à ce que la peine de mort fût décidée. Mais si Ernest savait que Childéric et son fils devaient mourir, il n’était pas certain du sort à donner aux femmes. Ses vassaux et les prévôts étaient néanmoins catégoriques. Si le meurtre d’Hector avait eu pour but de déclencher une guerre, celui de Charles exprimait une volonté claire d’anéantir la lignée seigneuriale ; et la scène du Boiroux ne faisait que corroborer cette idée. Ainsi, la cour recommandait au seigneur du Rocher de ne faire preuve d’aucune miséricorde et d’éteindre à jamais la lignée des de Béjarry.
« Aldren de Béjarry ne paiera pas pour les crimes d’une famille qui l’a rejeté, décréta Ernest.
- A travers lui, vous autorisez la maison vassalique à perdurer, mon seigneur, dit un des prévôts. Qui sait s’il n’a pas pris part à l’élaboration de ce complot ?
- C’est d’un Vertueux de Missède et du Gouverneur d’Isgaard dont vous parlez, messire, répondit Ernest sur un ton réprobateur.
- La décision d’absoudre les condamnés à mort vous revient, mon seigneur, tempéra Alceste de Gwydir. Il est néanmoins de l’avis de la cour que les membres premiers de la maison de Béjarry soient tous exécutés et que la maison vassalique soit dépouillée de ses titres et droits.
Il commençait à pleuvoir lorsqu’Ernest s’éloigna pour réfléchir. Les résidents de Rivelmon s’étaient amassés autour de la cour, se demandant pourquoi leur suzerain et sa famille se trouvait dans cette situation. Ernest appela Elmure d’un signe de la main.
- Faites en sorte qu’ils sachent pourquoi nous sommes là avant que les têtes ne roulent sur le pavé.
- Oui, mon seigneur.
- Le lieutenant de la garnison ?
- Il a déposé les armes et les garnisons en poste dans la région ont été rappelées. Une poignée d’hommes a été vue traversant le Garnaad vers la baronnie d’Edelys, mon seigneur.
- Étonnant, railla Ernest.
- Un prêtre de Néera demande à parler aux condamnés.
Ernest acquiesça d’un signe de tête. Les pavés commençaient à se gorger d’eau. Alceste de Gwydir avait raison, tuer et mettre à mort étaient deux choses bien différentes. Voir ces quatre individus, trempés jusqu’aux os, agenouillés sur la pierre froide et dure de leur propre demeure, attendant que la lame d’Ernest ne s’abatte sur leur cou, était insupportable. Et si Childéric n’était véritablement qu’un pion dans toute cette histoire… Ernest s’avança auprès du patriarche des de Béjarry et s’accroupit devant lui. Tout le monde l’observa sans pouvoir entendre les propos qu’il échangea avec le maitre des lieux.
- Une dernière volonté, Childéric ?
- Épargnez ma famille, répondit l’homme dont le visage dégoulinait de pluie.
- Avez-vous commandité l’attaque contre Robert de la Herse ? demanda Ernest. L’homme ne dit mot pendant quelques secondes avec de nier d’un signe de tête. Qui est derrière tout ça, Childéric ? De qui répondez-vous ? » L’homme se mura dans le silence. Ernest se leva et alla s’agenouiller devant Antoine de Béjarry avant de lui demander le nom des hommes qui furent engagés pour tuer son frère et son grand-père. En guise de réponse, le fils de Childéric le glaviota avec hargne. « Ton arrogance aura coûté la vie à ta famille » dit Ernest en référence à la lettre d’Aldren.



Le seigneur d’Ethin, s’essuyant le visage, se recula et fit signe aux prévôts de commencer à énoncer les charges et le verdict. Elmure apporta l’épée du Rocher à son suzerain. Des gardes accoururent pour saisir Fontana de Béjarry qui s’était levée et avait rejoint son époux pour une dernière embrassade. Ernest sentait son estomac se nouer. Les prévôts finirent leur discours et les regards se tournèrent vers lui. Ceux des habitats de Rivelmon, ceux des gardes du château sur les remparts, ceux de ses hommes et d’Elmure, ceux des magistrats du Comte et des vassaux d’Ethin. Il était pétrifié au point où les battements de son cœur s’accéléraient avec chaque seconde qui passait. Il pensa à la couronne et à son devoir envers elle mais rien ne sembla pouvoir le sortir de sa torpeur. La délivrance vint finalement d’un autre regard, celui de son grand-père. Le seigneur d’Ethin sentit ses pas vers les condamnés comme être accompagnés par ceux de son prédécesseur. Lui seul pouvait comprendre ce qu’il endurait, lui seul pouvait le guider.



Les gardes avaient positionné les de Béjarry et découvert leurs nuques. Ernest se tint auprès de Childéric. La tradition voulait qu’en tant que chef de famille, il soit exécuté en premier. L’épée du Rocher s’éleva dans les airs et retomba aussitôt, traversant la chair presque sans bruit. La tête et le corps de Fontana de Béjarry glissa sur le pavé. « Qui est derrière tout ça, Childéric ? » demanda Ernest. L’homme était saisi de sanglots mais resta sourd aux questions de son suzerain. La lame tomba une nouvelle fois et ce fut la tête d’Antoine de Béjarry qui vacilla. « Deux et deux, nous sommes quittes. » murmura Ernest à l’adresse de son vassal. La seconde suivante le sang de Childéric de Béjarry se déversa entre les pavés. Ivre de mort, Ernest en avait oublié Manon de Béjarry, agenouillée un peu plus loin. Ce fut les regards des autres, maintenant tournés vers elle, qui rappelèrent Ernest de sa présence. Le seigneur d’Ethin s’avança vers elle, la pointe de son épée crissant au sol. La jeune femme avait gardé sa noble prestance. Silencieuse, aucun sanglot ne l’agitait. La pluie même semblait l’éviter. Ernest ne connaissait que très peu de choses de la jeune femme. Aldren disait d’elle qu’elle était réservée et préférait la compagnie des hommes de savoir à celle des gens de la cour, au grand dam de ses prétendants qui étaient nombreux. Ernest se demanda de quelle nature avaient été ses rapports avec sa famille. Il s’attendait même à ce qu’elle cherche à se distancer d’eux mais elle resta de marbre jusqu’à ce que le seigneur du Rocher empoigne son épée à deux mains. « Pardonnez mon frère, mon seigneur, murmura-t-elle sur un ton clair et assuré.    
- Votre frère ? demanda Ernest, déconcerté. Votre frère est déjà froid.
Elle le corrigea aussitôt dans sa méprise :
- Aldren, dit-elle avant d’ajuster sa position pour recevoir le coup de grâce.
Ce nom dégrisa Ernest sur-le-champ. La lame du Rocher s’éleva, pointée vers le ciel, et retomba aussitôt. Ernest pivota sur lui-même, dans un cri de colère. Ses vassaux le regardèrent avec des yeux ronds. Elmure avançait déjà pour venir à son aide mais un signe de main de son seigneur le retint à sa place. Le souffle court, tournant la tête vers Manon de Béjarry, il vit qu’elle le regardait aussi et ô combien elle ressemblait à Aldren. Ernest se ressaisit, relevant la tête et récupérant l’allure due à son rang. « Moi, Ernest d’Ethin, seigneur du Rocher et de ses terres, absous Manon de Béjarry et Aldren de Béjarry des crimes imputés à leur famille. Ainsi, j’autorise la maison des de Béjarry à perdurer et à conserver les titres et droits qui lui appartient en tant que maison vassale du Rocher. » Les trois vassaux d’Ethin approchaient déjà pour émettre leurs revendications mais leur suzerain les somma de rester où ils étaient. « La noblesse d’Ethin a toujours considéré que nos mères, nos femmes et nos filles ne pouvaient recevoir la charge de défendre les principes de la vertu éthinienne. Je suis le dernier homme vivant de ma famille et si je venais à mourir la lignée des d’Ethin s’éteindrait avec moi malgré l’existence de mes sœurs qui partage mon sang. » Ernest s’approcha de Manon de Béjarry, visiblement choquée d’être encore en vie, et l’aida à se remettre debout. « Manon de Béjarry prendra la tête du fief de sa famille. Et y restera jusqu’à ce que son frère ainé, Aldren de Béjarry, termine son mandat de Gouverneur d’Isgaard et revienne sur ces terres afin de jouir de ses droits d’héritier en vertu d’un droit d’ainesse strict qui s’applique dorénavant à toutes les terres du Rocher. » Des applaudissements vinrent célébrer la nouvelle charge de Manon de Béjarry tandis qu’Ernest rendait son épée à Elmure. « Calmez-vous, on gardera un œil sur elle. » ajouta-t-il à l’adresse de ses vassaux avant de quitter la cour du château.

           


5ème jour de la 1ère ennéade de Bàrkios
Automne de l'an 9 du XIe Cycle

Albéon d’Ithier avait reçu une lettre cryptique de la part d’Ernest. Sans détail sur ce qui s’était passé à Rivelmon, il lui avait demandé d’effectuer trois choses, toutes avec la plus grande discrétion : d’aller aux archives de la bibliothèque vérifier une information pour le moins déconcertante, de contacter les membres du conseil et d’organiser une entrevue privée avec Arnaut de Laval. L’émissaire d’Ethin exécuta toutes ces tâches sans tarder. Ce fut chez lui qu’il devait organiser la rencontre avec le seigneur de Beaurivages. Albéon avait donc fait parvenir un message à Arnaut de Laval la veille, l’invitant à venir discuter de quelques affaires autour d’une collation de fin d’après-midi. Le soleil commençait à se coucher lorsque, dans son petit salon très richement décoré, l’émissaire, passablement nerveux, offrait à Arnaut de Laval de quoi se désaltérer.





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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Sam 14 Jan 2017 - 3:41

Les jours avaient repris, un peu plus calmes et surtout beaucoup plus légers pour le Seigneur de Beaurivages. Si certains lui servaient encore des œillades meurtrières, les remarques insultes et problèmes plus incommodants encore avaient cessés depuis l'annonce officielle des crieurs publiques. Tout en arborant le même air froid et distant, Arnaut avait l'impression de revivre. Il s'était même pris a arboré un sourire fugace sans y penser outre mesure... Une première.

Les deux plus grandes ombres à son bonheur étaient désormais la disparition de Clarence, l'incapacité de Théobald en l'absence d'un régent stable et les agissements stupides de leur suzeraine... Si le conseil ne traitait pas rapidement de ces affaires, il enverrait de lui-même un messager auprès du roi!

Enfin... touts ça étaient encore de piètres considérations pour le moment. Avec la disparition de la hache du bourreau il avait presque l'impression de disposer d'un temps infini. Et si sa famille était connue pour son extrême dévotion, depuis le jour de l'annonce, il passait une heure en compagnie du chapelain de Néera chaque matin dans la chapelle du palais.

Et puis était arrivé l'invitation cordiale d'Albéon d'Ither, émissaire d'Ethin à la cour comtale. Etrangement... son humeur était quelque peu retombée... La confiance était encore loin de régner et il passa une part de la mâtiné à écrire quelques menues consignes qu'il confia à sa sœur, juste au cas où. Mais il se présenta à l'heure dite, en ami, acceptant un verre de vin d'un coteau proche de l'Afayelle.

Reposant le nectar presque brique après l'avoir longuement senti, il posa son regard bleu clair sur l'homme qui l'avait si gracieusement invité.

"Votre hospitalité m'honore, Sire, mais j'avoue être curieux de ce qui a provoquer cette invitation..."
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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Sam 14 Jan 2017 - 23:05




Les derniers rayons de soleil éclairaient les tentures du salon. La lumière de la pièce s’étiolant, Albéon ne put s’empêcher de jeter des coups d’œil soucieux vers la porte qui donnait sur l’arrière-cuisine. Les indications de la lettre, suivies scrupuleusement par le vieil homme, avaient été claires mais elles s’arrêtaient au crépuscule. La nuit tombée, l’émissaire d’Ethin se trouva dans le noir le plus total ; littéralement, aussi, et il se leva donc pour allumer quelques bougies qui couronnaient de grands chandeliers élégants. S’il ramena ainsi le salon à la lumière, la suite des évènements, elle, perdura dans l’obscurité. Lorsqu’Arnaut de Laval s’enquit finalement des raisons de son invitation, Albéon répondit d’un sourire et d’un signe de tête affirmatif ; il lui fallait gagner du temps. Le vieil homme revint s’asseoir en face du seigneur de Beaurivages, non sans avoir scruté une dernière fois la porte de l’arrière-cuisine, une once de sollicitude dans chacun de ses deux yeux cataractés de vieillard. « Eh bien, commença-t-il en croisant ses bras sur son ventre. Je vous ai convié ce soir dans l’espoir que nous puissions… » Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’une des deux portes de la pièce s’ouvrit dans un long grincement aigu.

Albéon se releva immédiatement et se retourna vers la source du bruit. Ernest apparut aussitôt dans l’encadrement de la porte, le souffle court, les traits du visage tirés par la fatigue et la cape de voyage fangeuse des chevauchées effrénées de ces derniers jours. Il salua de la tête les deux hommes présents et fit un pas dans la pièce avant de se tourner vers un individu titubant derrière lui. L’homme était enveloppé d’une large pelisse doublée de fourrure et marquée du griffon éthinien. Son visage était couvert par un large capuchon qu’Ernest ne tarda pas à rabaisser lui-même. Clarence de Beaurivages était en vie. Ses jours passés dans les geôles de Rivelmon avaient sérieusement diminué son apparence. Les tuméfactions de son visage n’avaient toujours pas fini de désenfler mais il était néanmoins beaucoup plus reconnaissable que lorsqu’il fut retrouvé par les hommes d’Ernest, au bord de la mort et nu comme un ver. Après ce qui c’était passé à Rivelmon, Ernest avait pris la décision de rentrer au Rocher. Là-bas, ses meilleurs guérisseurs travaillèrent sans relâche à restaurer la vie au sein du corps de l’Infant de Beaurivages, lui qui l’avait presque perdue. Ces mêmes guérisseurs furent conviés à continuer de prodiguer leurs soins sur la route, lorsque le seigneur d’Ethin décida qu’il était temps de ramener Clarence de Beaurivages à Missède. Les quelques pas que ce dernier fit vers le seigneur de Beaurivages manquèrent d’assurance ; il faudra un certain temps avant qu’il ne retrouve ses forces, avaient prévenu les guérisseurs.

Albéon rejoignit son suzerain près de la porte afin de laisser de la place aux retrouvailles des deux hommes de Beaurivages. Ce faisant, l’intendant glissa une note dans les mains d’Ernest qui l’ouvrit, la lut et la rangea subrepticement dans une poche de sa pelisse. Aucune émotion ne transparut sur le visage du jeune homme à la lecture. Seule la satisfaction de voir Arnaut et Clarence réunis perçait sur la mine éreintée du seigneur d’Ethin. Albéon se résigna à l’imiter et se tourna finalement vers la scène touchante qui s’offrit à lui. Intérieurement, néanmoins, le vieil homme étaient assaillis d’alarmantes questions.





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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Dim 15 Jan 2017 - 1:20

Les minutes s'égrainant, le malaise d'Arnaut était de plus en plus grand. Les coups d’œil répétés de son hôte vers une porte latérale et son manque de conversation lui serrait la gorge... Dans l'ombre du couchant pourtant, il gardait contenance et restait aussi calme que la surface d'un lac cachant un Wagyl en ses profondeurs.

Mais l'interruption ne vint pas de là ou il le pensait. La porte d'entrée explosa à l'arriver... Du jeune seigneur d'Ethin. Il en resta quelque peu interdit, oubliant même les salutations d'usages pour froncer les sourcils. Il n'eut pas non plus le temps de revenir de cette surprise qu'une autre se profilait, et d'une nature bien différente. Une nature qui lui fait totalement oublié la porte latérale et les coups d’œil qu'on y jetait.

"Clarence..."

Son sénéchal, son plus fidèle chevalier, son plus vieil ami... L'homme à la carrure naturellement imposante marcha en boitant jusqu'à la brindille qu'était son seigneur, grand et maigre. Un sourire fendait son visage tuméfié alors qu'il écartait les bras en vue de l'accolade qu'il donnerait à Arnaut, que celui-ci le veuille ou non. Mais pour une fois, après une brève hésitation, ce fut avec une réelle ferveur que le froid seigneur lui rendit sa brève étreinte.

Sous les épais vêtement, Arnaut sentit la structure de son amis vacillé sous la virilité d'une simple bourrade dans le dos. Il avait terriblement maigris... Il était affaiblit... Mais il était en vie.

" J'ai tenu, Arnaut. J'ai tenu.
- Je sais.
- J'ai tenu!
- Je sais..."

La voix du vieux chevalier était l'ombre d'elle-même. Sans savoir exactement ce qu'il voulait dire, Arnaut ne voulait que lui offrir son soutient après les épreuves qu'il avait traversé. Mais déjà l'homme affaiblit reculait d'un pas aussi tendu et impatient qu'incertain, tombant à moitié sur l'épaule de son amis. Le seigneur de Beaurivages parvint à le rattraper in extremis et le remis d'aplomb, s'assurant à voix basse qu'il pouvait tenir seul avant de se tourner de nouveau vers Ernest.

" Je ne crois pas que vous mesuriez l'aide qui vous m'avez apporté en ce jour. La DameDieu m'en soit témoin, vous avez, messire, toute ma reconnaissance..."


Sa mains aux longs doigts d'érudits n'avait pas quitté l'épaule de Clarence. Son port altier toisait le jeune seigneur, l’œil inhabituellement brillant.

" Merci."

Il ponctua son dernier mot d'un profond hochement de tête. Cependant...

"Pourtant je suis obligé de vous demander comment il s'est retrouvé chez vous..."
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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Dim 15 Jan 2017 - 20:57




La tête inclinée et la main droite sur le cœur, Ernest reçut les remerciements du seigneur de Beaurivages. Et puis des explications furent demandées ; des explications que le seigneur du Rocher avait longuement composées. Il se lança donc dans un discours sans interruption. « Avec l’assassinat d’Hector, les regards accusateurs se sont tournés immédiatement vers vous, Arnaut. Une réaction facile qui paraissait presque indiscutable au vu du contexte politique de notre pays. Alors en poste à Isgaard, je n’avais pas les moyens de me constituer une opinion avertie de la situation ; dans le delta, les rumeurs nous parviennent souvent avant les pigeons. Puis, vint la mort de mon grand-père. Le deuil et la colère s’éleva au sein du peuple. Rappelé à Ethin, je montais sur le Rocher et vit la situation sous un nouveau jour. J’ai dès lors cessé de croire à la culpabilité de votre famille. Mais les certitudes d’un jeune seigneur fraichement débarqué d’Isgaard sont peu de choses face au deuil et à la colère d’un peuple qui venait de se voir arraché leurs seigneur et héritier en titre. Malgré mes tentatives de prévenir toute riposte vindicative inconsidérée, les vassaux d’Ethin statuèrent : si l’enquête des assassinats ne parvenaient pas à vous innocenter avant la fin de la deuxième ennéade de ce mois-ci, les armées du Rocher marcheraient sur Beaurivages. Et le Comté plongerait dans une guerre civile opposant les deux dernières lignées légitimes à sa suzeraineté ; une guerre dont il ne se relèverait assurément pas. Dans les enchevêtrements de ce capharnaüm politique, un coupable insoupçonné se révéla à moi. Il me fallait néanmoins des preuves substantielles pour agir car un échec n’aurait fait que détériorer la situation plus encore ; ces preuves ne vinrent que tardivement. La lettre que je reçus lors du conseil indiquait de source sûre que Clarence de Beaurivages se trouvait dans les geôles de Rivelmon, château de Childéric de Béjarry et sa famille, vassal d’Ethin. Mes soupçons à l’égard de de Béjarry furent alors confirmés ; il était l’homme qui je croyais être derrière les assassinats d’Hector et de Charles, et votre sénéchal, la preuve que j’espérais. L’œuvre de justice fut finalement accomplie, il y a deux jours, à Rivelmon où la tête de Childéric tomba et d’où Clarence de Beaurivages fut libéré. » Le temps d’une seconde, Ernest eut l’air d’avoir fini de parler. « Mais tout n’est pas terminé, Arnaut, reprit-il avec un air grave. Le fait qu’ils aient gardé votre ami en vie pendant tout ce temps, quand bien même il constituait une preuve irrécusable de leur culpabilité, ne semble indiquer qu’une chose : à leurs yeux, Clarence de Beaurivages avait encore un rôle à jouer et, de toute évidence, à travers lui, c’est bien votre famille, Arnaut, qu’ils projetaient, cette fois, de frapper. Après tout, la vipère avait visité votre lit comme elle avait visité celui de mon grand-père. Et j’ai bien peur que la mort de Childéric ne soit pas la fin des attaques à l’encontre de nos familles respectives. La mort de Charles et celle d’Hector n’étaient que les prémices d’une tempête qui gronde et se rapproche ; une déferlante conspirée dans le but de mettre à bas le Duché tout entier et qui, à ces fins, balayera tout sur son passage. La raison pour laquelle j’ai porté le cas d’Edelys à l’ordre du jour de notre conseil, et celle, similaire, qui amena Charles à s’intéresser de très près au cas de la baronnie, est due au fait qu’Edelys a certainement joué un rôle dans les troubles qui ont agité notre Comté récemment. »



Le seigneur d’Ethin entreprit alors d’étayer ses convictions en détaillant tout ce qu’il savait au seigneur de Beaurivages. Ernest indiqua qu’il avait découvert que les résidents d’Edelys pouvaient être répartis en deux groupes. Une division sans distinction apparente et qui était donc plutôt subtile à percevoir pour qui ne connaissait pas bien la région. Le premier groupe était constitué des habitants dont les générations successives avaient toujours résidé entre les bras de Garnaad ; et ce, bien avant que l’Ivrey ne s’intéressât même à ces terres et y établisse sa résidence secondaire. Robert de la Herse était une figure importante et très populaire de ce groupe. Bien qu’il n’eût rien contre la venue de « nouveaux » édelysiens, l’homme était très attaché aux terres de la baronnie, à ses gens et à leur avenir. Il s’était lié d’une amitié profonde à Charles d’Ethin au cours des fréquentes visites de ce dernier. En effet, Robert de la Herse voyait en Missède le meilleur appui possible dans l’espoir de garantir un avenir durable et prospère à Edelys.



L’autre groupe, et une majeure partie de ces « nouveaux » édelysiens, comptait des nobles qui n’avaient, pour la plupart, rejoint les terres de la baronnie qu’après que l’Ivrey s’y était installé et leur avait fait don de nombre de fiefs de la région. L’un des principaux membres de ce groupe, ou celui le plus renommé, était Arapienzzo Carvali, seigneur scylléen d’Aggia, très proche de l’Ivrey en son temps, et détenteur des clefs du château de Cornels à Edelys. Il représentait la noblesse édelysienne qui était toujours très attachée à l’ancienne régence. Ces nobles, largement minoritaires dans la baronnie après que l’occupation velterienne entraina la fuite de beaucoup d’entre eux, étaient furieusement opposés à Langehack et Missède qu’ils estimaient avoir volé la baronnie. La position langecinne quant à Bohémond n’arrangeait rien à la situation. Néanmoins, pesant peu dans le rapport de force de la région, ils vivaient dans la crainte de la confiscation de leurs terres par le Duché, dans l’éventualité où celui serait amené à s’opposer catégoriquement à la reconnaissance du fils d’Arsinoé d’Olyssea auprès de laquelle beaucoup avaient jadis prêté serment.



Ernest poursuivit ses propos en annonçant que lors de sa dernière visite, il y avait de ça tout juste cinq jours, il trouva Robert de la Herse très mal en point ; attaqué par son propre chien, certains le disaient condamné. Lors de sa rencontre, Ernest fut témoin d’une révélation de l’écuyer du vieil homme qui affirma que l’attaque était en réalité un complot et que le chien avait été drogué dans le but de tuer son maitre. De fil en aiguille, Ernest se rendit compte que les propos de l’écuyer ne manquaient pas de justesse, seulement de preuves ; mais plus tard, celles-ci s’accumulèrent et ne laissèrent plus aucun doute. Quelqu’un avait essayé de se débarrasser de l’imposante figure qu’était de la Herse et, par là-même, de s’attaquer à ce qu’il représentait au sein de la baronnie.



L’échevin de la ville et de la Herse rappelèrent également à Ernest que son grand-père avait aussi essuyé une tentative d’assassinat à Edelys. Si Ernest refusa d’abord de voir un lien entre ce qui était arrivé à Charles et l’attaque de de la Herse, il fut rapidement forcé d’admettre que tout était lié. Durant la dernière session des ventes aux enchères des terres abandonnées de la région, Ernest tomba sur un vieil ami, Roland de Valmu, lieutenant de la garnison missèdoise à Edelys. À cette occasion, Roland confia à Ernest que Childéric de Béjarry était présent à Edelys deux jours seulement après la mort de Charles alors qu’Ethin était toujours en deuil. À mesure que les relations entre certains grands nobles de la baronnie et le vassal du Rocher se dessinèrent, Ernest commença à réaliser que la question de la succession du Comté n’était pas au centre de toute cette affaire tel qu’il le croyait. Sous couvert de cette motivation, c’était en fait la déstabilisation de toute la région qui s’afficha comme le but ultime de ceux qui travaillaient dans l’ombre à faire chuter le Duché de Langehack. Si la culpabilité de Childéric de Béjarry ne faisait plus aucun doute, l’implication des nobles édelysiens restait encore à prouver. « Mais si tous ces évènements sont liés ainsi qu’ils le paraissent, qui les orchestre ? Où se cache la tête pensante de cette puissante cabale contre le langecin ? À Missède où elle compte ronger notre pays de l’intérieur ? Auprès de Bohémond où elle prépare la revanche du roi ? Dans le Nord que Langehack indispose à tant de niveaux ? A moins que le Médian n’ait décidé que le seul moyen de convertir le Duché à la Ligue serait de le mettre à genoux avant tout. Quoiqu’il en soit, Arnaut, nous devons agir au plus vite et nous devons le faire ensemble. » Ernest hésita un instant avant de reprendre. « Il y autre chose dont je dois vous parler, en privé. » Ernest fit signe à Albéon de les laisser et l’intendant alla offrir son bras à Clarence de Beaurivages. Arnaut n’avait sans doute aucune envie de s’éloigner de son ami tout juste après l’avoir retrouvé mais les propos d’Ernest et l’air grave qui tiraillait son visage avaient un caractère péremptoire : le reste des discussions devaient avoir lieu à huis clos.





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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Lun 16 Jan 2017 - 3:05

Lorsque le jeune homme laissa planer un instant de silence, Arnaut en profita pour se tourner vers son ami qui lui confirma l'histoire d'un hochement de tête hésitant. Dans son œil habituellement brillant et bon vivant, on voyait presque les scènes se dérouler entre deux cillements si exagérés qu'ils ne pouvaient être dû qu'à des tic nerveux.

- Je m'excuse de vous interrompre mais pourrions nous reprendre cette discussion une fois mieux installé ?
Alla-t-il même jusqu'à demander alors que le jeune seigneur reprenait déjà d'une voix qui n'annonçait rien de bon.
-ça va Arnaut... J'ai passé deux mois allonger dans une geôle alors être debout me va aussi bien ! S'exclama la carne chevaleresque

Les deux hommes échangèrent un regard d'entente qui leur arracha à tout deux un sourire de fierté. Passant un bras sous celui de Clarence pour le soutenir en cas de faiblesse, Arnaut écouta donc tout le reste avec la plus grande des attentions.

Alors comme ça le danger venait de plus haut... A chaque parole, chaque explication, il se sentait aussi inquiet pour Eulalie et ses enfants restés à Beaurivages que soulagé de savoir sa femme, Mélisande et même Cécilie hors de danger.

Robert de la Herse et son respect pour ce que Missède avait mis en place durant les derniers mois. Arapienzzo Carvali que beaucoup de médianais appelaient Arapènzo par manque d'accent. Voilà des noms qu'il avait déjà entendu plus d'une fois sans trop s'y attarder. Il considérait que Missède n'ayant pas le temps suffisant à consacré à ses propres problèmes internes et à son suzerain directe, elle n'avait pas à se pencher en plus sur le cas d'une baronnie mineur qu'on venait de leur fourrer dans les pattes... Même si étant donné l'état des choses, l'entré rapide d'un représentant au conseil exceptionnel simplifierait un certain nombre de chose, il en convenait aisément.

Mais qu'ils soient honteusement lié à la situation de Missède... La duchesse ne prenait pas ses responsabilité et cela menait à une sape intérieur du duché... Cela ne pouvait réellement plus durer !

Le jeune homme avait raison sur ombre de point et Arnaut n'hésita pas un instant à hocher la tête lorsqu'il lui demanda d'agir de concert... Ainsi la restitution de Clarence passait pour un gage d'alliance... Mettons. Il en avait connue de bien plus mauvaise. Mais son côté alarmiste, typique de la jeunesse, se devait d'être tempéré.

Alors que l'intendant et son fardeau quittaient la pièce, et bien qu'il ait du mal à quitter du regard de son ami mal en point, Arnaut fit l'effort de se concentrer sur son confrère.

« Vos informations sont correctes, je n'en doute pas, mais vous allez un peu vite en besogne en voyant le mal venir d'Odélian, de la Ligue ou du Soltaar. Le premier pourrait vouloir nous déstabiliser pour prendre Isgaard mais avec les relations que nous entretenons avec Etherna, ils auraient aussi très bien put utiliser le cadavre de ma fille ou de sa cousine pour s'offrir une guerre avant que nous ne puissions nous y préparer. La Ligue n'aurait que faire d'un duché à feu et à sang. Ils ont déjà des problèmes d'organisation interne avec leurs étranges pratiques. Quant au Soltaar, s'il avait voulu nous avoir tous à sa botte, il n'aurait eu qu'un mot a ne pas dire. Accepter notre allégeance. La Duchesse aurait été obligé de bannir ces félons de ses terres à moins de vouloir être bannie ou pendue. Cela me semble peut raisonnable de croire que notre duché inquiète autant un personnage aussi pédant que ce régent princier après les scrupules qu'il a eut à nous garder auprès de lui.

Non, l'explication la plus évidente, quoi que non immédiate, est souvent la meilleur. Nous ne savons même pas si cette conspiration n'est pas réellement centrée sur Missède et sa succession. Votre famille a de nombreux appuis en Edelys, c'est de notoriété publique. Les traîtrises internes peuvent être liés à cela, même après la mort de Charles. Comme vous l'avez souligné, pour l'instant seules des personnes portant intérêt ou assistance à l'une ou l'autre de nos deux famille ont été prises dans l'affaire.

Ce ne sera pas de temps dont nous risquons le plus de manquer mais de méthode. Moins nous resterons discret, autant sur notre alliance que sur nos enquête, plus difficiles à trouver seront les preuves. Je vous encourage tout particulièrement à vous méfier des successeurs des Quatre et des plus à même de joindre la ligne de succession... Mais vous vouliez me parler de quelque chose d'important et je ne vous ferais pas perdre plus de temps aujourd'hui. »


Tout en parlant, il s'était déplacé jusqu'au guéridon où il avait laisser le verre de vin qu'on lui avait servit. Il prit le temps d'en descendre une gorgée, autant pour s’humecter la langue que pour se remettre de toutes les implications que tout cela pouvait avoir, avant de s'approcher à grands pas raides du jeune homme.

« Je vous écoute. »
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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Mar 17 Jan 2017 - 3:33




Ernest et Arnaut se trouvèrent seul à seul, dans la même pièce, pour la première fois. Malgré le retour de Clarence qui les réjouissait tous deux, quoique pour des raisons différentes, l’air du petit salon sembla s’épaissir au moment où Albéon referma la porte derrière lui. Une atmosphère alourdie, presque grisante, s’installa alors dans la pièce tandis que les deux représentants des lignées légitimes à la succession du Comté se toisaient du regard. Ernest écouta attentivement son interlocuteur comme celui-ci commençait à répondre à ses propos. Loin d’être en désaccord avec lui, le jeune homme ne pouvait néanmoins pas souscrire à ses paroles lénifiantes. Ernest ne prit cependant pas la peine de le contredire ; après tout, c’était lui qui avait perdu son père et son frère dans cette affaire, lui qui avait été témoin de l’ampleur de la menace qui risquait d’embraser Edelys, lui aussi qui avait, tant bien que mal, mis fin à l’injustice que les de Laval avait éprouvée, c’était lui qui avait retrouvé Clarence de Beaurivages et, à cette fin, qui avait exécuté son propre vassal et sa famille par œuvre de justice. Le seigneur de Beaurivages pouvait se permettre mesure et tempérance ; ce privilège, Ernest ne l’avait plus à sa portée. Le jeune homme dissimula donc au mieux la crispation que l’attitude paternaliste du seigneur de Beaurivages causait en lui. Arnaut se dévoyait en dépréciant les propos de son jeune interlocuteur, car si les erreurs de jeunesse étaient formatrices, celles de vieillesse, elles, s’avéraient souvent des plus fatales.



Ernest invita finalement Arnaut à s’asseoir avant de reprendre la parole. « Il est bien heureux que vous mentionniez justement la question de succession, Arnaut, car c’est aussi ce dont je souhaiterais vous parler à présent. Il serait inutile de rappeler, ici, les tenants et les aboutissants de la situation qui est la nôtre. Nous en sommes tous les deux bien conscients. Et j’espère qu’à défaut de me faire entièrement confiance, vous me ferez l’honneur de me considérer comme un homme qui a prouvé, comme vous l’avez fait aussi, que le destin et l’intégrité du Comté lui tenait immensément à cœur. Quand tout me poussait à accentuer les divisions de notre pays, j’ai pris des risques considérables pour en garantir son unité. Ceci dit, ce que je m’apprête à vous dire a tout d’une attaque à votre encontre mais j’ai espoir que votre esprit averti saura y voir une entreprise, non seulement dénuée d’ambition personnelle, mais, aussi, essentielle à la défense de la cause que nous partageons.


J’ai fait ouvrir les registres des droits de quittage, Arnaut. Aucune autorisation de mariage n’y figure. Votre fille, Cécilie, héritière de Beaurivages, ne pouvait être mariée à un seigneur étranger au Comté sans l’accord de notre bon Théobald. Je doute de vous apprendre quelque chose de nouveau. J’ai d’abord pensé que, du fait de la maladie de ce-dernier, vous aviez émis une demande auprès du Conseil exceptionnel mais les archives du celui-ci ne font état d’aucune requête de votre part. Quand bien même cela aurait été le cas, je suis certain que mon grand-père y aurait trouvé à redire. Et puis, dans tous les cas, Chantelune avait été clair lors de notre dernière rencontre : le Conseil n’a pas vocation à supplanter les prérogatives du Comte mais à prendre les décisions qui ne peuvent attendre son rétablissement. Si la question d’Edelys n’est pas assez pressante pour que le Conseil statue au nom du Comte, difficile de concevoir que le mariage de votre fille ait pu figurer à l’ordre du jour.


Croyez-moi lorsque je vous dis que j’essaye de comprendre les raisons qui auraient pu vous amener à outrepasser ce pilier du droit coutumier qui nous oblige tous. J’aimerais n’y voir qu’une erreur. Malheureusement, je me retrouve toujours décontenancé face à votre choix d’alliance avec la baronnie de Nelen, sans jamais avoir considéré l’autre lignée légitime du Comté pour ce mariage ; une union qui aurait pu apporter la stabilité qui nous manque si cruellement aujourd’hui. Je ne comprends pas, Arnaut. Et si je peux imaginer que l’état de notre Comte et les troubles qui ont frappé notre pays auraient occulté cette erreur aux yeux de beaucoup, je reste perplexe quant au fait que le juge Chantelune puisse être passé à côté de ce méfait. S’il se trouve qu’il était effectivement au courant de la situation, et qu’il n’a rien fait, alors je suis sûr que nombreux seront ceux qui verront, comme moi, d’un œil inquiet les arrangements pris entre la famille de Laval et une éminente figure de Chiard ; de quoi ranimer certains fantômes du passé. Tellement de suspicions découlent de cette histoire dès qu’on y prête attention. Votre volonté même de célébrer le mariage en dehors des terres du Comté, quand bien même justifiée par la possibilité de marier votre fille à la cathédrale de Diantra, semble inéluctablement s’ajouter à votre décharge.


Vous n’êtes pas sans savoir que le risque que vous avez pris pourrait vous coûter vos titres et vos terres ; c’est l’intégrité du Comté que le droit de quittage cherche à protéger et en bafouant l’autorité de notre suzerain vous vous êtes paré de félonie. Au vu du contexte, local et moins local, d’incertitudes dans lequel nous évoluons présentement, je doute que la cour exceptionnelle de Missède ne réfléchisse à deux fois avant de prononcer l’écartement des de Laval de la lignée de succession au Comté. Une décision qui serait certainement saluée pour avoir indirectement assuré l’unité pérenne du Comté derrière le Rocher, si Théobald venait malheureusement à rejoindre Tyra.

 

Dans le but de préserver l’intégrité du Comté, je pourrais donc saisir la Cour exceptionnelle afin qu’elle défende et fasse valoir l’autorité comtale. Néanmoins, il y a un moyen d’éviter cela, Arnaut, un seul et unique moyen, sans concession aucune. Je vous l’ai dit, je ne suis pas mu par des ambitions personnelles. Si je peux donner au Comté une chance de s’élever au-dessus de toute cette histoire, je le ferais. Faites annuler le mariage de votre fille aînée, Arnaut. Par n’importe quel moyen, qu’il soit politique, religieux ou que sais-je. Ramenez-la à Missède et je la prendrais comme femme. Si Théobald venait à succomber, l’union d’Ethin et de Beaurivages apportera à Missède une lignée suzeraine plus forte que ce Comté n’en a connues depuis bien des années. »



Ernest avait discouru avec calme et sans interruption. Ses propos étaient graves, leur essence presque violente. Et pourtant, le visage du jeune homme ne laissait paraître qu’une profonde sollicitude à l’égard de son interlocuteur.





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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Mer 18 Jan 2017 - 0:54

Eulalie, rangeait doucement sa dernière toilette dans la malle de voyage prévu à cet effet. Bien sûr, elle aurait put demander à ce que cela soit fait par les gens du palais, mais elle préférait prendre le temps de plier bagage pour se rendre compte de son départ. Avec la fin de la menace planant directement sur leur famille, son frère et son mari lui avaient fait comprendre qu'elle serait plus en sécurité à Chiard que dans les rues de Missède, aussi avait-elle acceptée tacitement. Le fait en lui même l'accablait légèrement, mais elle savait que ce n'était pas que pour sa propre santé qu'on lui demandait ainsi de s'éloigner...

Les deux hommes qui la poussaient maintenant vers la sortie déposaient entre ses mains une multitude de trésor, et ce depuis bien des ennéades. Les deux plus éloquents étaient assez récent tout de même. Son frère, quelques heures avant son départ présumé, lui avait remis des ordre a exécuté avant son départ si elle ne l'avait revu. Elle avait été étonné de voir que parmi ceux-ci figuraient l'ouverture d'un paquet remis quelques jours auparavant par son époux. Un étui à parchemin en cuir marqué de l’emblème d'Ethin et scellé au fil et à la cire, soit disant retrouvés auprès d'une jeune teinturière qui servait aussi de messagère à plusieurs groupes étranges. Fluette, illettrée et discrète, la fillette avait vu passé nombres lettres et colis sans jamais savoir ce qu'elle transportait ni à quoi cela pouvait bien servir. Peu après sa découverte et les quelques informations que la pauvrette avait put fournir, Renard s'était arrangé pour qu'elle quitte Missède pour Nelen sur le même navire que Mélisande.

Mais il restait encore bien quelques heures...






Arnaud pris une courte gorgée de vin avant de se passer la main sur le visage. Un souffle long, presque un soupire, passa a travers ses longs doigts d'érudit avant qu'il ne prenne la parole sur le ton neutre et pourtant près à l'échange dont il usait au Conseil.

« Puisque vous semblez si prompt à faire preuve d'une curiosité malvenue et à menacer ma famille, messire, je vais vous compter l'histoire depuis le commencement... »

Tout en parlant, il marchait d'un pas lent et mesuré, le dos droit, le port noble, rigide, mais pas plus qu'à son habitude... Peut-être même un peu moins. Il savait que la raison qui le poussait à raconter son histoire serait interpréter en premier lieu comme une tentative d’apitoiement, mais puisque ce jeune arriviste voulait mettre le nez dans la merde des autres, autant lui en remplir copieusement son assiette. Lorsqu'il commença ce fut sur un ton dégagé, bien trop détendu pour l'annonce que venait de faire le jeune homme.

«  Il y a de cela vingt-sept années, alors que Clarence, l'homme que vous m'avez ramené aujourd'hui et  auquel, je pense, vous connaissez l'attachement fraternel que je porte, venait d'avoir ses éperons et je venais moi-même de me voir propulsé Seigneur de Beaurivages dans l'ennéade où j'avais appris la mort de mes parents et mes deux frères aînés dans divers voyages maritimes. L'un de mes premiers actes en tant que seigneur fut de briser une tradition familiale qui est pourtant le fondement de notre lien avec nos vassaux, la raison pour laquelle ma maison est restée en place malgré les calomnie qu'elle subit depuis un siècle.

Voyez-vous, dans notre famille, pour entretenir le lien très spécial qui uni les de Laval et les de Beaurivages, il est de coutume que chaque génération voit une alliance matrimoniale entre nos deux familles. La fillette avait six mois lorsqu'il a été décidé qu'en tant que troisième fils, je l'épouserai. Adélie, la sœur de Clarence. Mais avec le destins de mes proches, le mariage fut le seul moyen de trouver suffisamment d'appui pour reprendre pied sans faire couler le sang. Aussi, pour la seconde fois en un siècle, cette tradition ne fut pas respectée. Mais ce bougre de Clarence s'en moquait...

Nous nous sommes juré de toujours être un soutien pour l'autre dans l'adversité, comme l'avaient fait nos ancêtres. Dans la candeur et la passion de la jeunesse, je lui ai promis la main de mon premier enfant pour l'un des siens. Une promesse solennelle.

Et Cécilie est née... Veule... Libertine... Menteuse... Avide...

Lorsque vous aurez vu naître votre premier enfant, vous saurez quelle joie elle fut pour nous. Clarence était déjà père d'un garçon. Et officieusement, notre promesse fut répété.

Vous ne l'avez peut-être jamais rencontré, aussi cela vous échappe sans doute dans toute cette grandiloquente demande que vous me faites, mais Cécilie est aveugle depuis le jour de sa venue au monde. Nous avons mis près d'un an avant de comprendre l'infirmité sont elle souffrait. Tous les mages de la cour. Tous les prêtres. Tous les rebouteux que nous sommes allé voir... Et rien. Même Sa Bienveillance Irys n'a put que constater son mal. Aucune prière, aucune formule, aucun repentir, aucun don au Temple ne fut assez important pour en venir à bout. Les dieux eux même onr refusé leur miséricorde à cette enfant. »


Avait-il seulement besoin de préciser que la macabre coutume des nobles voulait cacher, tuer, enfermé ou abandonner les rejetons difformes à leur sort de créature maudite pour éviter le déshonneur de montrer un sang imparfait à la face du monde ? Avait-il seulement besoin de préciser qu'en Missède, pas un enfant taré n'avait été vu dans l'une des quatre grandes familles depuis des siècles ? Que pour que même l'actuelle Haute-prêtresse ne puisse rien faire, c'est que la Déesse elle-même avait condamné cette furie à la nuit éternelle ?

Le vin rouge tourna délicatement dans le verre ballon. Sa teinte se dévoilant comme un velours de sang dans l'éclairage des chandelles. Une main à la ceinture, les articulations de celle qui faisait dansé le liquide blanchissaient peu à peu. Il prit une nouvelle gorgée.

« Savez vous quel est la devise de ma famille ? » demanda-t-il soudain en se tournant vers le jeune homme avec un rire jaune qui lui ressemblait bien peu. « Voit plus loin... » Un éclat dérangeant brillait dans les iris de glace qu'il avait braqué sur son cadet de tant d'années. «  " Voit plus loin, mon fils. La peur c'est la mort assurée. Emplit ton cœur d'honneur, de bravoure et de compassion car ce sont eux qui guident les pas du Juste Pentien. " » répéta-t-il comme s'il rabâchait les paroles de quelqu'un d'autre. « Voilà la sagesse que nous a transmise Sainte Aliénor et sur laquelle ma famille s'est construite. N'est-ce pas délicieux quand on pense a cette petite mascarade ? »

Ses dents s'étaient soudains serrées, ses yeux durcis.

Brave. Compatissant. Honorable. Dépourvu de crainte dans la foi de Néera...

Et il avait vécu pour voir la naissance d'une aveugle, peureuse au point de rester tétaniser par le simple chaos d'un cheval au galop passant près d'elle. Il l'avait vu grandir, emplit de réserve et de sel, renvoyant d'un bon mot les invité des salons dans lesquels elle se produisait avec toute la délicatesse d'Arcam jusqu'à ce que les rumeurs lui prêtent plus d'amants que sa famille ne pouvait en supporter. Menteuse. Revêche. Avide. Orgueilleuse. Elle refusait de se soumettre aux volontés de son père. Questionnait le bon droit et les lois morales. Lorsqu'il avait voulu mettre un point final à ses exactions, elle s'était enfuie jusque dans le Nord pour éviter d'affronter la juste colère d'un  chef de famille bafoué dans sa foi et son autorité, semant sur sa route plus de rumeurs écœurantes encore que lorsqu'elle était à Missède.

« Lorsque j'ai compris que ma fille unique était vouée à Arcam, j'ai prié pour le salut de son Souffle. Et j'ai prié pour le salut de notre famille car la faute doit être réelle pour que la punition soit si grande...
Ma femme, dans un élan de tendresse maternelle, voulait la donner au Temple de Beaurivages pour qu'elle y devienne prêtresse et rachète la malédiction dont elle est affublée. Mais jamais ma maison ne s'abaissera à ne mettre aux pieds de la DameDieux ce qu'elle a de plus infâme... »


Sa voix semblaient toujours calme mais son air de plus en plus sombre affirmait le contraire... Et soudain, son visage s'illumina plus que de coutume, toute proportion gardée, son ton redevenant plus délié que d'ordinaire sur une phrase qui faisait pourtant froid dans le dos.

« J'y ai longuement songé et j'ai finalement pris la décision de la libérer de cette vie de misère... Mais sans même le savoir, Sa Bienveillance m'a fait changé d'avis. Si Néera nous a affublé d'une telle chose, c'était à nous de la supporter et de l'élever au delà de sa condition... C'était notre responsabilité. »

Un brin pensif et de nouveau détaché, il détourna de nouveau le regard du jeune homme pour parcourir la salle d'un œil abstrait, recommençant à marcher d'un pas lent, une main au creux du dos soulignait son port régalien.

« J'ai longtemps prié. J'ai demandé l'aide et le conseil de mes vassaux, de mes chapelains. Mais malgré toutes ces années, il y a deux choses auxquelles ne j'ai jamais put me résoudre.

Je n'ai jamais put accepté l'idée qu'elle prenne un jour ma succession. Et je n'ai jamais put supporter l'idée de faire porter le poids d'une telle tare à l'un de mes vassaux, encore moins à l'un de mes plus proches amis. Cette promesse dont je vous ai parlé plutôt. J'allais la rompre... Mais je ne l'ai pas fait assez rapidement. Mon cœur n'était pas assez ferme. Et l'enfant auquel elle était promise mourut mystérieusement dans son sommeil, emmené par Tyra sans une larme. Il s'appelait Alexandre.

Ce n'est qu'après que j'ai trouvé le courage de me parjuré. C'est la seule parole que je n'ai pas tenue de ma vie entière. Depuis, incapable de pouvoir offrir une alliance satisfaisante à tous mes vassaux, j'ai toujours été à leur écoute. J'ai toujours respecté leurs choix et fait valoir leur importance dans mes négoces... Pourtant cela n'ôtera jamais de ma mémoire le visage de ce premier fils perdu.

Ma fille et le Compte s'entendaient à merveille. Les dieux savent ce qui a été dit à leur sujet et il n'aurait été que justice que je demande qu'il l'épouse pour préserver l'honneur de mon nom. Mais je ne l'ai pas fait. Pas plus que ma famille n'a fait pression sur Missède en prenant en otage le commerce du littoral pour récupérer Chiard. Mais si je ne veux pas de son sang souillé par Arcam dans ma descendance ou dans celle de mes vassaux, je n'en veux pas plus pour la ligné qui gouvernera peut-être un jour Missède.

Ne faites pas comme si les alliances entre maisons des chatelaineries étaient courantes. Depuis celle d'Ybaen et de Missède, aucune réelle alliance n'a été conclue et nous nous en portions très bien car cela laissait la lignée de Missède le poids dont elle avait besoin pour assurer la stabilité. Je n'aimais pas votre grand père mais je n'ai jamais eu comme intention d'abâtardir votre race. Si elle était toujours vieille fille à près de vingt-et-un an et malgré les gaudrioles qu'elle a put commettre dans ce Nord de gueux, ce n'est pas sans raison. »


Ses pas l'avaient de nouveau porté vers la face tendre du jeune seigneur. Leur yeux s'affrontant sans vergogne, le verre toujours à la main, il ne lui laissa pas le temps de prendre la parole pour lancer d'un voix si froide qu'elle aurait glacé un Wandrais jusqu'aux os :

« Alors sachez, Monsieur, que bien que les derniers détails aient été ratifiés peu de temps avant les noces, lorsque l'accord de mariage entre Cécilie et Enrico di Montecale a été conclu, Théobald était suffisamment alerte pour me donner sa bénédiction ou la refusée si je la lui avait demandé. De plus, rien ne disait alors qu'il allait s'enfoncer dans la léthargie que nous connaissons je n'avais donc aucune raison de précipiter un mariage, celui-ci ou un autre.

Mais mon gendre n'avait que le titre d'un anobli. Un héros de guerre. Certes. Mais de mœurs douteuses. Une famille de marin, remarqué par l'éclat d'un fils et possédant un certain confort mais dépourvu d'appui dans le grand monde. Dépourvu de lignée à souiller. Dépourvu de fief ou d'un quelconque titre foncier. Dépourvu même d'un réel titre de chevalier.

Le droit de quittage ne s'appliquait donc pas et le contrat a été signé en bonne et due forme.

Vous pouvez vous efforcer de voir cela comme une erreur mais vous ne faites qu'étaler votre ignorance en matière de loi et de coutume. Travaillez un peu plus votre législation et un peu moins votre jeu de jambe vous aurait permis de ne point tenir un discours aussi affligeant.

Mais si c'est l'intégrité du Comté qui vous tracasse, sachez qu'il existe dans ce contrat de mariage une chose qui est toujours de mise chez les héritières de notre famille et que je n'ai pas oublié de précisé malgré l'incongruité de la chose à cette époque. Une close selon laquelle, si ma fille prend un jour le titre de Dame de Beaurivage, son second enfant portera le nom des de Laval et sera considéré comme de notre sang. Si celui-ci venait à mourir, tout enfant de son sang qui devrait prendre la tête de notre seigneurie portera notre nom et sera considéré comme tel. Dans le cas ou un seul de ses descendant survivrait, ce serait à son frère et à sa lignée que reviendrait le titre d'héritier.

Notre nom, notre ligné et nos terres seront, grâce aux dieux, préservés. »


Il n'avait pas bougé. Pas un muscle, si ce n'étaient ceux de sa mâchoire, n'avait bougé.

« Votre curiosité malsaine est-elle satisfaite ? » siffla-t-il  dans le silence assourdissant avant de reprendre tout de go, quitte à couper sans vergogne un éventuel début de réponse dans la haine froide qui lui remontait dans la gorge. « La prochaine fois j'espère que vous aurez la décence de vous adresser à un homme de loi avant de sauter à des conclusions hâtives qui sont aussi dégradantes pour vous que pour moi. Si vous vouliez mes filles, ou même mon fils. Nul besoin de me mettre un couteau sous la gorge.

Mais si vous êtes tenté de faire pression sur moi pour un crime imaginaire, faites donc. D'autre que vous s'y sont casser les dents. On nous a déjà traité de félon. Il y a moins d'une ennéade je supportais sans un mot des passages à tabac par vos partisans trop zélés pour ne pas ajouter d'huile sur le feu, mais n'attendez pas à ce que je m'agenouille pour implorer pardon pour une faute qui n'a jamais existé.
Il y a cent ans. Les trois chatelaineries se sont unifiés contre nous. Nous avons perdu Chiard, notre terre d'attache. Notre histoire. Notre château. Mais nous sommes encore là et avec ou sans l'appui des de Missèdes, nous avons su garder la tête haute grâce à l'appui de nobles cœurs qui ont eu des descendants tout aussi nobles. Car contrairement à d'autre, nous faisons passer notre suzerain, nos vassaux et nos gens avant nous-même.

Tentez donc de convoquer la cour, nous verrons qui de l'acharné ou de l'accusé s'en verra le plus marqué.

Vous n'êtes qu'un petit roquet aux dents longues, jeune homme. Pensez donc a stabiliser et nettoyer vos propres terres au lieu de regarder Missède tout entière. Aujourd'hui je n'ai vu qu'une tentative désespérer de cacher la laideur d'un homme peu scrupuleux par un acte soit disant vertueux. Le fait de restituer un otage fait par vos propres vassaux et de voir vos propres hommes pris dans un complots visant à détruire votre famille et la mienne ne vous met en rien en position de gloire. J'ai encore la bonté de ne prendre toute cela que pour une folie de jeunesse... 

...Prenez garde à ce que cela ne change. »


Pivotant pour se diriger vers la porte, le pied du verre encore à moitié remplit claqua légèrement sur un guéridon non loin.

"Merci d'avoir ramener Clarence, Messire. Votre désintéressement ne sera pas oublié."
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MessageSujet: Re: Le silence en tribut de la justice   Mer 18 Jan 2017 - 5:10




Ernest ne bougea pas, ses yeux suivaient les allées et venues scéniques du seigneur de Beaurivages. Sa colère et sa défiance étaient compréhensibles et, seuls, auraient été justifiables. Mais ce déballage de cotillons familiales crissait de manière insoutenable. La bonne noblesse ne s’épanchait pas de la sorte. Aucun maniérisme gentillâtre ne saurait farder la trivialité des propos proférés, sans mésaise aucune, par le seigneur rétrograde. Impassible mais gêné, Ernest se demanda si le vieil homme continuerait indéfiniment de se vautrer dans cette indécence. Il se vidait sans qu’Ernest n’eût plus rien à faire. Le jeune homme l’avait percé comme une gourde flétrie par l’âge et qui, maintenant, répandait alentour son contenu sirupeux et méphitique. Ernest imaginait sa grand-mère prise de haut-le-cœur et nauséeuse lorsqu’il lui raconterait la scène. Heureusement, le seigneur d’Ethin était moins habitué aux mœurs de la noblesse qu’aux pratiques des armées. Il resta donc flegmatique. Aucune tentative d’interruption n’agita ses lèvres closes. Et lorsque la gourde fût à sec, il reprit : « Que vous ayez bradé votre fille ainée à un noble de pacotille n’a strictement aucune importance, Arnaut. Vous êtes vassal du Comté et votre gendre n’est pas missèdois. Quant à vos petits arrangements de succession, ils ne vous autorisent pas à faire fi des us et coutumes du Comté et, encore moins, de l’autorité de notre suzerain. Votre contrat de mariage, n’importe quel juge de ce pays s’en servirait pour se laver les miches. Vous n’aurez pas le temps de quitter cette bâtisse que la cour exceptionnelle du Comté sera déjà saisie et votre félonie sera prononcée avec tout autant de célérité. » A grandes enjambées Ernest se retrouva soudainement auprès d’Arnaut, son poing s’abattant lourdement sur la porte, lui barrant le passage de toute sa carrure. « N’oubliez pas une chose, Arnaut, reprit-il en murmurant ces mots. Votre fille sera appelée à la cour. Celle que vous avez haïe et dénigrée toute sa vie durant. Cette vieille fille infâme qui vous dégoute. Elle sera amenée à témoigner. Et qui sait ce qu’elle dira alors. Je n’ai jamais imaginé que, seul, je pourrais arriver à quoi que ce soit avec vous, Arnaut. Mais elle… oh, elle vous prendra tout. Portons cette affaire devant les juges, si c’est ce que vous souhaitez, mais un conseil, vieil homme : votre fille, commencez à prendre l’habitude de l’appeler… Comtesse. » finit-il en susurrant ce dernier mot dans l’oreille du seigneur de Beaurivages, avant de s’en retourner vers les fauteuils.



Les hommes de Beaurivages partis, Ernest se retrouva en tête à tête avec Albéon: « Avez-vous fait ce que je vous avais demandé, Albéon ?
L'émissaire comprit que son seigneur s'enquérait de la troisième tache intimée dans sa lettre.
- Oui, monseigneur, des audiences ont été arrangées. Hubert de Champant est toujours présent à Missède et vous recevra ce soir. La Dame du Roch peut vous rencontrer en son fief, demain. Quant au Régent d'Ybaen, son émissaire m'a assuré qu'il ferait part à ce-dernier de votre souhait d'entrevue.
Ernest remercia le vieil homme pour ses diligents efforts et se tourna vers le capitaine de sa garde personnelle.
- Elmure, j'aimerais que vous soyez présent lors de mon entretien avec votre cousin, Hubert. »
La montagne de muscles acquiesça d'une signe de tête hésitant avant de suivre son suzerain vers la sortie.





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