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 Ad augusta per angusta [Niklaus]

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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Ven 13 Jan 2017 - 15:35


Fin de la 4ème ennéade de Barkios
Neuvième année du onzième cycle

Le cortège avançait sur la route du Val dans l'horizon gris des falaises, sous un ciel nuageux. Le temps, maussade, s'accordait parfaitement à ce petit groupe de voyageurs, certains montés sur de vieux roncins, d'autres suivant à pied, tous vêtus d'habits râpés et vieillis par les intempéries. Il y avait trois hommes armés d'épées, vêtus de gambisons de cuir de seconde main ; n'eut été la femme qui chevauchait un palefroi fatigué en tête de cortège, et les jeunes filles qui devaient être des suivantes, on eut pu croire qu'il s'agissait là de hors-la-loi, quittant avec témérité le couvert des collines pour commettre quelque méfait sur les routes. Ils traversèrent quelques villages sans se hâter, sous le regard curieux des paysans et des éleveurs qui interrompaient un court instant leur labeur pour dévisager ces curieux voyageurs. Ceux-ci se contentaient d'ignorer la roture, sauf un jeune garçon, adolescent, qui chevauchait tout près de la femme et qui soutenait chaque regard avec une expression hautaine et méprisante.

Le voyage avait débuté quelque temps plus tôt ; ils séjournaient alors depuis deux ennéades dans la maison de Charles de Montvault, un chevalier lyrion possessionné dans le nord du duché d'Erac, qui les hébergeait grâcieusement ou presque. Constance de Malbuis, veuve de Symmaque de Reffiac et mère d'un garçon dépossédé de ses terres depuis la rébellion de Léandre, n'avait jamais hésité à faire jouer les vieilles relations de feu son époux afin de se trouver un toit. Les vieilles amitiés de Symmaque ne manquaient pas ; mais c'était rarement pour le plaisir de sa compagnie qu'on lui ouvrait sa porte, et Constance sentait bien que derrière cette politesse forcée ses hôtes successifs cachaient toujours un certain malaise ; nul n'aime s'afficher en compagnie de nobles déchus. Charles de Montvault s'était pourtant montré fort accueillant ; il avait vanté la bonne mine de Constance alors qu'elle était arrivée sous la pluie et faisait peur à voir ; il avait flatté le jeune Martial, qui avait « si bien grandi depuis la dernière fois », et qui commençait selon lui à développer « la carrure de son redoutable père Symmaque. » Il leur avait offert le gîte et le couvert, « pour aussi longtemps qu'il vous plaira », et les choses, au départ, s'étaient plutôt bien passées.
Montvault, malheureusement, était un homme des plus envahissants ; il avait lui-même perdu sa femme des suites d'une grossesse difficile, et le fait d'accueillir une veuve encore jeune sous son toit le rendait par trop prévenant avec elle. Peu à peu, voyant que Constance restait sourde à ses flatteries, Montvault s'était renfrogné. Les choses s'étaient gâtées pour de bon le jour où Martial avait brutalisé l'un de ses fils.
« Je ne tolère pas qu'on s'en prenne à mon propre sang sous mon toit, avait alors grondé le chevalier.
- Querelle d'enfants, avait répliqué Constance avec nonchalance. Votre garçon a provoqué le mien. Vous savez comment ils sont, à cet âge.
- Ouais, c'est lui qu'a commencé, ce sale bâtard de roux ! s'était écrié Martial, et Constance l'avait fait taire d'un simple regard.
- Je vous conseille de discipliner votre rejeton, avait poursuivi Montvault.
- Et vous le vôtre, Messire.
- Par égard pour votre mari, que j'estimais beaucoup, je vous ai offert le gîte et le couvert. Mais peut-être ne devriez-vous pas trop tarder à reprendre la route.
- Peut-être bien, en effet. »

Ils s'arrêtèrent peu avant la tombée de la nuit dans une petite bourgade entre le haut et le bas pays hautvalois. C'est dévisagés par les bourgeois postés aux fenêtres qu'ils firent leur entrée dans la grand-rue, pour trouver à se loger dans l'Auberge des Trois-Vignes. L'établissement était pratiquement complet, car la route de Hautval ne désemplissait jamais de négociants ; ils ne prirent qu'une chambre que Constance partagerait avec son fils, et leurs gens se contenteraient d'une paillasse aux écuries.

La soirée débuta dans le brouhaha des conversations qui animaient la grande salle, où Constance et son fils prenaient un repas frugal, au milieu des bourgeois et des voyageurs. Certains évoquaient la prochaine réunion de la Diète qui devait se tenir à Erac à la fin du mois ; d'autres évoquaient les nouvelles du royaume ; l'on savait depuis quelque temps que Diantra était à nouveau entre les mains de la Ligue, que les traîtres langecins qui avaient aidé puis trahi le Médian avaient fini par y laisser entrer les troupes de la Dame du Val ; il n'en fallait pas plus pour que l'ensemble de ces bonnes gens en concluent au sacre prochain de la reine Alcyne, après quoi débuterait une ère de paix et de progrès sous la tutelle bienveillante de sa mère la baronne de Hautval et duchesse du Médian. Constance n'accordait à tout cela qu'une oreille distraite ; le royaume l'indifférait. Bohémond ou Alcyne, c'étaient tous deux les rejetons de l'Ivrey, l'homme qui avait écrasé dans le sang la rébellion de Léandre, à Pont-Lamor, là où était mort Symmaque ; l'homme qui avait confisqué les terres de tous ceux qui avaient suivi leur duc légitime. L'homme qui avait privé Martial de son héritage.

« Que vient-on faire à Hautval, mère ? » demanda Martial, dont le menton dégoulinait de potage.

Constance ne répondit pas et redressa la tête. Il y avait de l'agitation dehors ; par les fenêtres de l'auberge, l'on voyait un important groupe d'hommes remonter la grand-rue. Reconnaissant la bannière bleutée du baron d'Apreplaine, elle plissa imperceptiblement les lèvres.

« Qu'est-ce que c'est, mère ? Une armée ? Est-ce la guerre ?
- Non, pire, mon garçon. La paix. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Mar 17 Jan 2017 - 23:18

La gloire ne s’acquérait pas facilement. Cela était une réalité bien ancrée pour le baron d’Apreplaine, duc élu et électeur du Garnaad. Lui qui avait vécu sa courte vie dans une certaine forme d’humilité, il était maintenant difficile pour lui de reste incognito. C’était d’autant plus vrai pour des déplacements dont le but était politique. Et pourtant les Dieux étaient témoins que Niklaus d’Altenberg était fidèle aux manières de procéder héritées de sa maison. Les Altenberg avaient toujours été des assesseurs discrets d'une couronne maintenant disparue et des fidèles d’une certaine forme de noblesse des terres royales. Attachés à leur territoire, attachés à leurs sujets, attachés à une certaine idée de ce que l’hommage représentait en termes de responsabilités partagées entre les sujets d’un domaine et ses maîtres.

Administrateurs zélés et discrets, ils étaient attachés à l’ordre légal, à l’idée qu’une stabilité ne pouvait être réelle si elle n’était pas acceptée à divers niveaux de la société.

Niklaus avait bien changé en quelques mois. Passant de l’anonymat à une certaine renommée, passant du statut d’un fonctionnaire royal bien vu en un artisan d’une paix protéiforme dont le socle reposait sur une certaine forme de respect dans l’opinion de ce que le reste des nobles de la Péninsule pouvait avoir. Tout du moins pour ceux décidant de tremper dans la Ligue. Une paix durement gagnée, une paix ayant permis une subsistance concrète des territoires autrefois anciens domaines royaux, ou en tout cas de l'essentiel d'entre eux, sous une forme modifiée, mais bien réelle.

Le baron d’Apreplaine était attaché à une certaine éthique, qu’il savait ne pas être nécessairement partagée par le reste des nobles de la Péninsule, mais il était en paix avec lui-même. Cela n’aidait pas nécessairement son état mental. Mais c’était déjà quelque chose.

Il avait quitté Blanche d’Ancenis pour des raisons personnelles. Il avait dû se rendre dans le château d’un noble sur le chemin qui lui avait demandé de longue date de venir le rencontrer. Son rôle politique l’obligeait à de la représentation. Et cette partie n’était pas pour déplaire au jeune noble. Car il se voyait comme une personne de compromis, ouverte au dialogue, et discuter avec les gens en général et ses collègues nobles en particulier était quelque chose qu’il appréciait beaucoup. En ce sens il était un politicien né.

La remontée vers Hautval après avoir passé deux jours chez cette personne se faisait sans heurt particulier. Et ce ne fut qu’en raison de la tombée de la nuit que Niklaus et la dizaine de personne qui l’entourait décidèrent de faire relâche dans une auberge au fond toute anonyme.

Niklaus, peu habitué aux grandes escortes, n’avait jamais réellement prit le pli de s’accompagner d’une véritable petite armée. La dizaine de gardes du corps qu’il avait là, pour le protéger lui et son fils, était déjà une grande escorte à son goût. Il était rare qu’il voyage en si grande compagnie. Mais ses hommes étaient discrets et d’une efficacité assez confondante. Là où d’autres avaient besoin d’une armée, lui préférait la souplesse d’un petit groupe, dédié et efficace. Voyager à une dizaine était déjà un effort incommensurable pour lui.

Il était réellement tard, mais en cette période de début d’automne, les jours étaient encore bien longs et si le jour n’avait pas encore décliné, il s’apprêtait à le faire. Donc l’après-midi était déjà bien avancée quand le groupe arriva en vue, à quelque collines de là, de l’endroit où ils décidèrent de faire halte. Ils entrèrent dans le village alors que la nuit était déjà tombée. Ils s’étaient légèrement fait surprendre. Il fallait dire que Nilaus avait ralenti le groupe, son fils étant quelque peu inconfortable sur le cheval de son père.

L’auberge était typique et rustique. Rien dans le décor n’était réellement luxueux, il s’agissait là du relais tout à fait classique des nobliaux et des marchands de passage. Cela convenait parfaitement. Il aurait pu se faire inviter dans le château, dans le monastère ou dans l’hôtel de ville le plus proche. Sa fonction et la reconnaissance qui accompagnait dans une certaine mesure son nom auraient certainement suffis. Mais il ne s’était pas résolu à faire usage de cette force nouvelle qu’il dénigrait quelque peu, préférant la discrétion, peut-être à tort. L’auberge était complète, ce qui n’était pas grave. Niklaus et son équipage iraient se réfugier dans la forêt et y établirait le campement. Il était un habitué du fait, et étaient de ceux qui s’ils appréciaient la soie, connaissait également la rigueur d’un sol humide comme seul lit. Cela lui rappellerait ses traques nocturnes. Ils étaient de toute manière équipés.

Mais au moins pour le dîner resteraient-ils à l’auberge, ce qui leur vaudrait, au corps et au cœur de Niklaus défendant, la curiosité de toutes les personnes de l’auberge voire du village. Ils entrèrent dans l’auberge avec calme. Ils n’étaient pas du genre à user de leur statut pour s’affirmer. Comme un groupe de personnage normaux, et malgré qu’ils fussent reconnus, ils demandèrent une table, commandèrent un dîner tout à fait normal et bien que certains des gardes de Niklaus formaient une sorte d’espace vital discret autour de la table il était clair que l’objectif n’était pas de mettre l’auberge sans dessus-dessous mais de rester discret.

Les conversations eurent du mal à redémarrer, mais lorsqu’il fut clair que le personnage central malgré lui ne s’intéressait pas à la chose mais se concentrait sur une conversation avec le garçon de quatre ans qui l’accompagnait ou avec un homme visiblement son ami, les conversations reprirent et le brouhaha revint petit à petit. Une partie non négligeable des conversations étant à présent sur l’hôte, mais ce dernier ne s’en souciait visiblement guère.

On amena un gros ragoût sur la table du noble et des écuelles. Ceci avec les excuses du tenancier, impressionné de son hôte, mais qui lui valut un sourire aimable et un remerciement du baron, qui visiblement était aussi bon vivant que peu enclin aux mesquineries. L’opportunité était là pour quiconque voulait venir lui parler…
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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Mer 18 Jan 2017 - 16:47


Le grand administrateur des terres royales aimantait tous les regards ; difficile pour un tel homme d'être discret, quand bien même il s'efforçait de l'être. Non-loin de la table où soupaient Constance et son fils, un groupe de marchands discutait de ce qui pouvait bien amener le sire d'Altenberg en pays hautvalois ; c'était la Dame du Val, évidemment, qu'il devait fréquemment rencontrer en qualité de Chancelier de la Ligue ; mais de quelles affaires ces deux hauts personnages avaient à s'entretenir, cela restait un mystère. Un mystère qui n'intéressait pas vraiment Constance ; celle-ci s'interrogeait plutôt sur d'autres considérations, plus terre-à-terre. Pour quelle curieuse raison le baron d'Apreplaine et duc élu du Garnaad, personnage de premier plan dans le Médian régional, choisissait-il de souper dans une simple auberge en s'abstenant de demander le gîte et le couvert dans le fort qui surplombait la bourgade ? Si Constance était la châtelaine locale, elle en aurait prit ombrage ; allons donc ! Ce n'était pas tous les jours qu'un puissant s'arrêtait en ce domaine ; il était bien curieux qu'un tel homme préférât la compagnie des gens du commun et le confort rustique d'une auberge de voyageurs.

« Qui est-ce, mère ? demanda à nouveau Martial.
- Le baron d'Apreplaine et duc élu du Garnaad, répondit-elle.
- Un duc ? Celui-là doit avoir des terres à donner. Dois-je lui offrir mon épée, mère ?
- Apprends à juger un homme avant de lui promettre ta loyauté. »

Elle reconnaissait bien là son butor de fils ; du haut de ses douze ans, Martial attendait fébrilement le jour où un puissant seigneur le prendrait à son service, pourvoirait à son apprentissage, l'adouberait et lui donnerait des terres. Peu lui importait de récupérer l'héritage de son père Symmaque ; peu lui importait de savoir qui il servirait, il voulait être un chevalier. Constance devait tempérer ses ardeurs. Elle ne voulait pas voir son fils servir le mauvais homme. Cela étant, ses perspectives étaient limitées ; nul ne se bousculait pour prendre le jeune Martial comme écuyer.

« Allons le saluer, décida Constance en se levant de table.
- Que faut-il que je lui dise ?
- Il vaut mieux que tu me laisses parler.
- Mais...
- Ne dis rien, Martial, sauf si on te le demande. »

Elle s'avança, suivie de son fils, jusqu'à la table où soupaient le duc du Garnaad et ses compagnons de route. Le ragoût exhalait une délicieuse odeur qui lui mit l'eau à la bouche, et elle devina, à l'expression de son fils, que celui-ci était tout aussi affamé mais le dissimulait moins bien. Le tenancier qui surveillait fébrilement la table de son prestigieux hôte affichait un sourire conquérant ; nul doute qu'il allait bichonner le duc à lui en faire péter la panse, dans l'espoir que ce dernier continue de s'arrêter dans son boui-boui chaque fois qu'il passerait par là. Constance en ressentit une pointe de jalousie ; le tenancier n'avait pas eu tant d'égards pour elle.

« Messire d'Altenberg », lança-t-elle en s'approchant doucement, s'attirant les regards réprobateurs des compagnons du duc qui devaient la prendre pour une misérable quémanderesse venue rompre la quiétude de leur repas. « Je suis Dame Constance, de la maison des Malbuis dans le Lyron, et voici mon fils Martial. J'ai cru comprendre que l'auberge était complète, aussi je vous prie de bien vouloir accepter ma chambre ; mon fils et moi dormirons aux écuries. »

Elle esquissa un sourire aussi large qu'artificiel, alors que le visage de Martial se déformait en une horrible grimace et rougissait de colère. D'un coup de coude, Constance empêcha son fils de faire la moindre remarque, et enchaîna :

« Nous nous rendons actuellement à Hautval. Si c'est sur votre route, peut-être pourrions-nous faire chemin ensemble. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Jeu 19 Jan 2017 - 0:02


Niklaus s’était assis avec un plaisir coupable à table. Il adorait voyager et n’était pas de ceux qui se plaignaient, mais comme il avait chevauché avec son petit enfant, il avait été obligé de se tenir d’une drôle de manière sur le cheval. Il avait un peu mal au dos. Les deux mois et demi qu’il avait passé à moitié prostré à dormir dans des endroits plus ou moins improbables à la recherche de la prunelle de ses yeux expliquait aussi pourquoi il était un peu fatigué. Bien qu’il se soit bien reposé durant les dernières ennéades.

Il discuta un peu avec son fils en attendant la nourriture. Ce dernier était éreinté, il se frottait les yeux sous le regard attendri de son paternel. Il racontait des banalités, mais Niklaus ne s’en lassait jamais. Au final il se réfugia dans un morceau de pain, le mangeant sans entrain, la fatigue perçant les dernières barrières de sa volonté.

Le baron se concentra sur sa propre pitance qui arrivait. D’un coin de l’œil, il nota qu’un couple assez étonnant s’approchait de sa table. Une mère et son enfant certainement. Il était rare de voir ce genre d’équipage voyager seul en ces temps difficiles. Bien que Hautval fut un lieu paisible. Lorsqu’il fut plus clair que la femme venait directement me voir, Niklaus la dévisagea un peu plus attentivement. Elle soutint le regard. Cette dame-là savait ce qu’elle voulait. Elle ne devait être née ni de la dernière pluie, ni du genre à se laisser faire. Voilà qui était intéressant. Il appréciait les gens directs, et préférait cela aux cinquante autres dans cette salle qui étaient certainement en train d’échafauder des plans pour l’approcher.

Maintenant que la place allait être prise, elle ferait des envieux. Car Niklaus n’était pas de ceux à refuser les gens d’esprit et de caractère à sa table. Il remercia l’aubergiste pour le ragoût avec le regard de l’homme poli qu’il était, mais n’appréciant guère la flagornerie.

La dame l’appela par son nom. C’était une surprise agréable. Il préférait son nom aux mille et une formules de politesses existantes pour les quelques fonctions que le destin avait voulues lui donner. Il apprécia cela aussi. Il fit un sourire à la personne faisant un signe discret à ses compagnons de laisser filer doux.

La proposition de la femme était touchante. Peut-être était-ce là une manière habile d’attirer son attention, mais Niklaus n’était pas de ceux à voir le mal partout. Elle l’avait proposé, et qu’il y ait des arrières pensées n’était pas son problème, elle n’était pas obligée de le faire et c’était un geste aimable. Cela seul comptait à ses yeux. Son visage se fendit d’un sourire aimable, sympathique même. Il se leva de son banc pour accueillir la dame. On ne recevait pas une dame assis. Il tendit la main au travers de la table car il lui aurait été bien difficile de la contourner en cet instant de manière à lui proposer de lui faire un baise main. L’ayant exécuté si elle avait accepté, il l’écouta lui demander de mener la route à ses côtés. Il n’avait encore répondu à rien.


« - Ma Dame de Malbuis, Monsieur de Malbuis… Vous qui me proposez tant d’honneur en me cédant votre couche, peut-être me ferez-vous également l’honneur d’accepter mon invitation à ma table. Jean… Eric, auriez-vous l’obligeance de vous décaler ? »

Il ouvrit les bras pour montrer aimablement les deux places à la grande table venant de se libérer en face de lui.

« - Je ne peux vous proposer que ce l’on nous a déjà apporté, mais nous sommes des hommes frugaux. Sans les rations supplémentaires que le tavernier semble déjà nous mijoter, il y en aura déjà trop. J’ai de plus horreur de gaspiller la nourriture ou de ne pas faire preuve d’un minimum de retenue sur les rations. Surtout dans des périodes si complexes pour certains territoires de la Ligue. Mais mangez à votre faim. Il me fait plaisir de savoir que mes invités sont bien traités. »

Franz regardait la scène avec incertitude sur l’attitude à adopter. Il s’était levé en même temps que son père, mais était encore un peu jeune, et surtout pas assez éduqué pour comprendre. Il fit un sourire gentil à la dame et à son fils néanmoins.

« - Mon fils Franz. »

Devant le regard inquisiteur de son père, le jeune garçon fit un bonjour discret, ce qui lui valut un sourire satisfait, qu’il rendit.

« - Asseyons-nous… »

Ils s’assirent donc. Deux nouvelles assiettes bien remplies vinrent devant les deux nouveaux convives.

« - Madame de Malbuis… J’ai entendu votre proposition comme je vous le disais. On se méprend souvent sur mes intentions. Les racontars expliquent déjà que je cherche à usurper à la monarchie… Je ne vais pas en plus usurper votre chambre… »

Il eut un sourire un peu triste en disant cette phrase. Il en plaisantait, mais au fond les efforts qu’il déployait étaient si mal compris, et les accusations venant du dehors de la Ligue étaient si insistantes - bien qu’il les sache motivées par d’autres ressorts que l’honnêteté – qu’il était un peu affecté par la situation. Il faisait la catharsis en en plaisantant, mais au fond de lui-même, lui qui se voulait un honnête homme et un noble à l’éthique ancienne - celle d’un hommage impliquant les responsabilités de la noblesse envers ses sujets -, il souffrait d’être ainsi vilipendé. Il avait sa conscience pour lui, et le succès d’une paix, qui si elle était fragile, avait permis de sauver des milliers de vie.

« - Plus sérieusement, je vous remercie très sincèrement de votre très gracieuse proposition. Même si nous étions descendues dans cette auberge, croyez-moi lorsque je vous dis que jamais je n’aurai accepté. Si votre proposition est tout à votre honneur, le mien ne peut accepter.

De toute manière, nous n’avions pas pour objectif de rester. Nous avons l’habitude de faire campement à l’écart des chemins. Vous seriez surpris de l’efficacité toute militaire de notre organisation. Nous nous reposons le plus souvent en forêt et sur nos chevaux de bâts nous disposons de tout le matériel nécessaire à constituer en quelques minutes quelque chose de très confortable…

Comprenez-moi : comme nous nous rendons rapidement vers Hautval, je souhaitais éviter d’obliger les châtelains sur ma route à nous inviter pour des nuits aussi courtes. D’autant que je n’aurai pas pu faire honneur correctement à leur hospitalité. Je ne souhaitais pas commettre cet outrage. »

Il fit un sourire supplémentaire.

« - J’ai donc répondu à votre question, notre chemin est effectivement le même. Mais si vous souhaitez nous accompagner, dans ce cas nous changerons légèrement notre programme et iront demander l’hospitalité à la maison des Moresnes, à quelques lieues d’ici. Ainsi nous pourrons tous loger correctement. Je pense que vous y serez mieux qu’ici de toute manière. Si tout du moins vous n’avez pas peur de repartir ce soir pour quelques lieues. »


Il jeta un œil à son fils, qui s’était allongé sur le banc et avait posé la tête contre les jambes de son père, tombant de sommeil.

« - Après tout faire une pause pour une matinée nous fera sûrement du bien… La route depuis Diantra fut longue, et tout le monde n’est pas habitué aux journées au long cours. »

Il revint à ses invités.

« - Ainsi vous êtes d’Erac… Je suis heureux de faire votre connaissance. Vous excuserez mon ignorance, mais même si la Ligue nous unit, elle ne saurait pour le moment réduire les distances. Je ne crois pas que nous nous soyons rencontré par le passé. Et il faut bien avouer que jusqu’à présent, je me suis cantonné principalement aux anciennes terres royales dans mes fonctions comme dans mes rencontres.

Je suis toujours très heureux de rencontrer des nobles de tous les horizons de notre Ligue et de prendre leurs avis ou d’entendre leurs opinions… J’ai beaucoup apprécié Ma Dame votre approche directe. Donc je vous en prie. Si vous souhaitiez m’entretenir de chose qui vous tenait à cœur, je suis à votre écoute. »
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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Jeu 19 Jan 2017 - 11:02


Constance le jaugea du regard, cet homme affable, dont la bonhomie et la simplicité, si rares chez les gens de son rang, vous saisissaient au premier coup d'oeil. Et de se demander avec circonspection comment un être aussi guilleret était parvenu à faire son chemin dans les coursives tortueuses du redoutable château de carte qu'était la diplomatie péninsulaire. Il avait vraisemblablement fait de sa modestie et de son désintéressement les armes de sa conquête du pouvoir sur les anciennes terres royales ; sans doute avait-il séduit ainsi les baronnets de Valblanc, Vallencourt et Castel-Pic, en ce qu'ils avaient vu en lui l'homme qui ne chercherait ni à les museler, ni à les dépouiller. Sans doute le choix d'un tel homme avait-il favorisé l'émergence d'une Ligue, car il avait su s'entendre avec l'homme qui avait envahi les domaines royaux et, par là-même, limité le féroce appétit du comte de Velteroc. Pour autant, Constance ne laissait pas d'être intriguée ; elle guettait le baron d'Apreplaine tout en prenant place à table, elle cherchait à voir l'homme au travers du masque d'affabilité, sans succès aucun. Et tout en écoutant ce grand personnage, n'osant guère toucher au repas qu'on leur proposait, elle jeta un regard noir à Martial qui lui s'était jeté dessus comme la misère sur le pauvre monde. Le jeune garçon attira le regard interloqué du fils du baron et celui, réprobateur, de ses compagnons ; comme d'habitude, Martial ne se mettait guère en valeur, et ce d'entrée de jeu. Ah ! Peut-être aurait-il gagné à apprendre auprès de ce Niklaus d'Altenberg ; il aurait profité de sa sagesse, de sa simplicité, dont il manquait si cruellement. Oui, peut-être que ce Niklaus ferait un bon tuteur pour Martial, si tant est qu'il soit intéressé ; néanmoins, Constance le jugeait un peu trop atypique pour former un chevalier.

« Je m'en voudrais de vous forcer à modifier vos plans, Messire d'Altenberg », répondit Constance, dissimulant sous un sourire de façade peu convaincant son aigreur, car elle était vexée de ce que le baron ait refusé son geste de respect. « J'apprécie le confort d'un toit et d'un lit quand je le peux, mais je sais ce qu'est la route : mon fils et moi sommes contraints de voyager souvent depuis que l'Ivrey nous a confisqué nos terres il y a trois ans. »

Martial leva des yeux interloqués vers sa mère, visiblement furieux ; quoi, elle allait le faire camper à la belle étoile comme un vulgaire reître, quand ils auraient pu profiter d'un bon lit et d'un bon feu entre les murs d'un château ? Peste soit de cette mère acâriatre ! Mais Constance était ainsi ; elle ne mendiait pas la gentillesse, et elle ne reniait pas son rang : il ne seyait pas à un baron de faire un geste en faveur d'une dame sans terres ni fortunes. Elle n'avait pas besoin qu'on lui fasse la charité. Elle se sentait déjà assez mal à l'aise, entourée des hommes du baron qui, d'un simple regard, lui faisaient comprendre qu'elle n'était pas à sa place - plus encore maintenant qu'ils savaient que son nom était déchu.

« D'où vient le fait qu'un homme de votre rang soit si accessible, Messire ? » demanda tout à trac le jeune Martial, faisant montre de la plus grande impertinence. « Êtes-vous si pressé que vous préférez la compagnie du petit peuple à celle des seigneurs ? »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Lun 23 Jan 2017 - 21:52



Bien que Niklaus pensait avoir été diplomate dans ses réponses, il constata, malgré l’extraordinaire contenance de la Dame, que cette dernière avait été quelque peu frustrée par les propos de ce dernier. Ses regards avec son fils, qui excellait moins à cacher ses émotions, étaient une preuve suffisante. Il s’en voulut quelque peu. Il n’aimait pas affliger les gens par manque de réflexion. D’habitude il faisait bien mieux que cela.

Lorsqu’elle expliqua les raisons les contraignant à voyager beaucoup, il comprit mieux le malaise de cette personne. Là où il pensait avoir été un exemple de politesse, il avait donné l’impression de prendre de la pitié pour ces personnes. Or pour un noble dans le besoin, seul l’honneur restait, et par sa générosité naturelle, il avait fauté par manque de compassion. C’était certes antinomique, mais qui prétendait que les relations humaines devaient être logiques ?

Il préféra garder le silence aux annonces de la femme, préférant réfléchir quoi répondre ce coup-ci.


« - Je n’en doute pas Ma Dame, et ce n’est pas pour vous refuser cet honneur que j’ai refusé. Nous devons encore avancer ce soir pour maintenir notre route. Ni plus ni moins. Cela étant dit, il serait pour moi un honneur tout aussi grand qu’accepter votre chambre que de vous voir m’accompagner vers Hautval. Ma récompense sera votre présence et les histoires que vous pourrez me raconter sur votre famille au destin que je comprends troublé. Quant à s’arrêter à Moresnes, il s’agit là d’un besoin bien plus pressant pour celui qui dors maintenant au creux de mes genoux. N’en prenez pas ombrage »

Il avait passé en disant cela les doigts dans les cheveux légèrement bouclés du gamin. Il ne souhaitait pas continuer sur ce sujet délicat de cette façon. Si elle décidait de les accompagner, le baron aurait bien l’occasion de reprendre le sujet, et s’ils décidaient de ne pas les accompagner, ils pourraient en parler ensuite, en la laissant reprendre l’histoire comme elle le souhaitait. Car Niklaus n’était pas dupe. Cette histoire de terres reviendrait. Il avait eu la courtoisie de lui poser la question sous un angle qui lui permettait de raconter tout cela sans donner l’impression d’en faire une doléance. Il n’allait pas commettre les mêmes erreurs deux fois. On pouvait reprocher beaucoup à Niklaus, mais pas qu’il n'était pas rapide à la détente.

Il se demanda comment il allait reprendre la conversation et en profita pour manger un peu, trouvant une contenance dans ce geste pour laisser la conversation quelques instants en suspens. Autour d’eux les conversations avaient repris. En particulier depuis que Niklaus avait décoché un regard discret à son principal garde du corps, afin que ces derniers arrêtent de faire sentir une pression au couple. La mère et le fils n’avaient pu voir le regard de Niklaus, fait à moment où la femme regardait son fils, mais peut-être les effets avaient-ils été ressentis par ces derniers. Car les gardes, une fois que Niklaus avait silencieusement rabroué leur chef, s’étaient remis à discuter entre eux de choses et d’autres.

Finalement le jeune Martial posa une question. Aussi franche et directe que savait faire les enfants. Ces derniers s’entouraient décidément bien moins de faux semblants que leurs ainés. C’était amusant. Niklaus jeta d’ailleurs un regard amusé à ce dernier. Il aimait la franchise…


« - C’est une bonne question jeune sire. Vous êtes encore jeune, et il est encore temps pour vous de vous faire l’opinion de ce qu’est un bon seigneur. »

Niklaus posa sa cuillère avec lenteur et croisa les mains sur la table.


« - Peut-être Madame votre mère trouvera mes remarques insensées….

Pourtant je n’ai pas peur de mon opinion en la matière : j’ai le sentiment que beaucoup d’entre nous -aristocrates- en Péninsule avons perdu le sens de la noblesse. Car l’on peut être un aristocrate sans être un noble… A trop prendre les choses pour acquises, nos familles en oublient l’hommage. Seuls les chevaliers en comprennent encore le sens, et les grands, trop enrôlés dans la courtisanerie et la politique de cour, en perdent la signification. La noblesse rurale est plus épargnée par le phénomène. Et j’en fais viscéralement partie.

Pour les grands suzerains, la relation entre les sujets et eux-mêmes est vue comme unilatérale, le respect des sujets va de soi. Il n’en est rien. Comme la loyauté d’un chevalier pour son suzerain ne va pas de soi. L’acte d’allégeance proclame que la fonction du vassal est de servir justice et la paix pour son maître, de s’interdire toute hostilité contre ce dernier et de lui apporter son aide et son conseil. En échange de quoi le seigneur donne des bénéfices comme par exemple des terres à son vassal.  

Il en va de même pour un suzerain et de ses sujets. Le devoir de la noblesse est de faire prospérer et d’assurer la sécurité de nos terres. C’est à ce prix que nos sujets nous doivent le respect. Tout comme ils doivent le respect au clergé pour l’intercession qu’il crée avec les Dieux en leur nom. L’aristocratie ne gouverne pas en raison de son prestige, ou de sa lignée ou de son sang. Cela c’est notre façon de nous retransmettre nos charges. Mais nos charges sont basées sur l’hommage. Nous de ne devons pas l’oublier. Et cet hommage fait que nous sommes dans une relation d’échange avec nos sujets, et non dans une obéissance sans contrepartie. »


Il fit quelques secondes de pause.

« - Je passe bien du temps à rencontrer des nobles. Mais je n’ai pas peur de côtoyer les laborieux. Desquels j’attends le respect de mes ordres, mais auxquels je medois de travailler pour la prospérité et la sécurité. L’ordre féodal est à ce prix. Et quand bien même beaucoup me reproche cette attitude du passé, j’ai la conviction que c’est la seule ligne à suivre pour une personne se voulant noble. Je suis très pessimiste sur l’ordre de notre société si ceux prétendant à un ordre aristocratique unilatéral prennent le pas sur la noblesse de cœur. Ce jour, la chevalerie aura vécu, et la courtisanerie sera seule au pouvoir. Ce jour, la noblesse sera morte.

Sachez jeune sire que si votre ambition sera d’être chevalier, la tâche n’est pas simplement de respecter son maître. Il est très simple de respecter son maître. N’importe qui en est capable. Mais être un noble ou un chevalier n’est pas un exercice de servilité… Il s’agit de faire régner une justice et une paix auprès des sujets. Donc il vous faudra les côtoyer. N’espérez à mon avis pas être un bon chevalier ou un bon noble enfermé dans une salle du trône. Les injustices se découvrent ici bien plus que dans les châteaux. »


Il fit un sourire aimable. Il pensait chaque mot qu’il venait de prononcer. C’était d’ailleurs là la matrice initiale de la plupart de ses décisions de ces derniers mois. Il avait prononcé le serment auprès d’une Couronne disparue de protéger l’Apreplaine. Il était sûrement celui qui avait retiré le plus de douleur de la défaite des champs pourpres car au final surtout des hommes des milices royales, issues des terres royales y étaient décédés. Il plaçait la faute autant sur la régence que sur le Médian dans cette histoire. Peut-être encore plus sur la régence qui de son avis devait faire preuve de plus d'inclusion, étant au pouvoir, ce qui expliquait qu'il ait pu accepter de composer avec les vainqueurs et occupants.

Mais s'il avait reconnu la défaite, il n'était pas devenu servile non plus. Par quatre fois depuis la défaite des champs pourpres on avait tenté de lui faire cracher son serment d’allégeance à telle ou telle personne pour la Couronne. Mais Niklaus ne prêtait pas allégeance comme on changeait de chemise. Il ne reconnaîtrait pas de Couronne tant que cette dernière ne fasse pas un minium le consensus sur la Péninsule. Il avait résisté à Nimmio de Velteroc, à Harold du Lyron, à Blanche d’Ancenis, à de Saint Aimé. A tel point que ses ennemis tentaient à présent de faire croire qu’il était le plus anti féodal de tous. Il se taisait, car il n’aimait pas jeter de l’huile sur le feu. Mais il s’attristait au fond de lui-même de constater que le prisme de l’égoïsme empêchait bien des gens de se mettre à sa place et de comprendre les raisons profondes de ses refus de reconnaître l’un ou l’autre. Là n’était pas sa place. Simplement. Lui continuait de défendre ses valeurs de noble et de travailler au serment qu’il avait pris. Protégeant les anciennes terres royales et ses sujets. Le jour de sa mort, il répondrait sans rougir au jugement des Dieux.

Il jeta un coup d’œil à la mère. Espérant ne pas avoir trop défait les espoirs de cette dernière, il guetta des signes de réaction. Il fit signe à l’un de ses gardes d’aller payer. Il serait bientôt temps pour ce couple atypique de décider de les suivre ou non.
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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Dim 29 Jan 2017 - 15:24


D'entrée de jeu, Constance avait jugé l'homme atypique ; le long discours du Chancelier de la Ligue, auquel elle s'efforça d'accorder toute l'attention qu'elle put en dépit de sa longueur, ne fit que démontrer qu'elle avait vu juste. L'Altenberg était bourré d'idéaux, il avait visiblement été bercé par la noblesse des contes et des légendes, celle de ces chevaliers galants qui préfèrent s'armer de courtoisie et de fleurs plutôt que d'acrimonie et d'épées. Un homme de paix, à mille lieues de ce qu'avait été l'impétueux Symmaque, le père de Martial. Constance ne jugeait pas l'audacieuse prise de position de cet homme à l'égard du pouvoir royal, qu'elle aborrhait depuis que le sang des Fiiram s'était dilué dans la bâtardise ; mais tout de même, cet homme-là avait d'étranges principes, et ses traditions n'étaient pas les siennes ; Constance croyait fermement qu'un chevalier se devait à son suzerain et non à ses gens, car c'était dans l'obéissance qu'une société trouvait son harmonie, le reste ne menant qu'au désordre. L'Altenberg prétendait se référer au passé, mais sa vision des choses était au contraire novatrice, et un peu effrayante pour un esprit aussi conservateur que celui de Constance. La vieille noblesse basée sur le rapport du plus faible au plus fort avait régi le royaume depuis l'âge de sa fondation mille ans plus tôt ; pourquoi fallait-il changer cela maintenant ?

Elle préféra observer le silence. Un autre homme que Niklaus ne lui aurait pas donné la parole, et si celui-ci semblait en apparence ouvert au débat, Constance savait qu'elle outrepasserait sa place si elle saisissait l'occasion. Elle ne laisserait pas cet homme la pousser à la faute. Martial ne dit rien non plus, les dieux soient loués ; il avait visiblement décroché le fil de la conversation dès les premières phrases de l'Altenberg, et n'avait guère mieux que sa mère percuté les raisons pour-lesquelles ce généreux seigneur se mêlait aux laborieux. Sa simplicité d'esprit était parfois salutaire.

« Ne lui adresse plus la parole, dit-elle sèchement à son fils quelques instants plus tard alors que la fraîcheur du soir les accueillait à la sortie de l'auberge, et que les gens de Constance préparaient les chevaux pour les quelques lieues qu'ils allaient parcourir en compagnie de l'Altenberg.
- J'ai simplement posé une question, rétorqua Martial, vexé par la remontrance. Admettez que c'est inhabituel...
- Son rang lui donne le droit de jouer les excentriques si ça lui chante, répliqua Constance. Tu n'as pas à le lui faire remarquer. Tu n'as pas à le juger. Il aurait pu être furieux.
- Je ne l'ai pas senti mal à l'aise...
- Il aurait pu l'être. »

Ils s'interrompirent, alors que le duc élu du Garnaad et sa suite quittaient à leur tour l'auberge. Le regard de Constance se porta un instant sur l'enfant à moitié endormi qui s'était blotti dans les bras de son père. Touchant portrait d'affection paternelle. Symmaque s'était toujours montré avare de tels gestes d'affection avec leur fils, et Constance n'avait pas été beaucoup plus chaleureuse ; cette dureté se retrouvait aujourd'hui dans le tempérament de Martial, dont on avait voulu faire un dur-à-cuire. Mais peut-être avait-il été dépossédé trop tôt d'un exemple paternel ; et il rechignait à prendre sa mère pour modèle, car elle était une femme.
Pourtant, toute femme qu'elle était, Constance était aussi une sacrée dure-à-cuire.

Un palefrenier l'aida à monter en selle ; le hongre hennit, sans doute agacé de voir sa pause prématurément interrompue, lui qui aurait dû se reposer jusqu'au matin. La soirée était avancée, et la nuit approchait, précédée des premières obscurités que bravait encore la clarté orangée du coucher de soleil.
Se tournant vers le duc élu du Garnaad déjà en selle, Constance lança, d'un ton empreint d'un soupçon de déférence :
« Ne craignez-vous point les bandits à chevaucher de nuit, Messire d'Altenberg ? »

Certes, il pouvait compter sur sa solide escorte, renforcée des quelques épées balourdes qui accompagnaient Constance, pour dissuader le tout-venant de s'en prendre à leur groupe. Mais il suffirait d'une bande plus audacieuse que les autres pour leur causer des ennuis, à eux qui, de toute évidence, représentaient une cible fort lucrative. Peut-être était-ce là une preuve de courage ; en somme, contre toute attente, ce Niklaus d'Altenberg était un homme semblable à tous les autres : il se croyait invincible.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Mer 15 Fév 2017 - 20:20


«  - Jean… Soyez assez aimable pour nous  devancer jusqu’au hameau du château et faire savoir à Mme de Moresnes que je requiers son hospitalité. Si elle vous le demande, prévenez là que nous avons déjà diné. »

Ils se remirent en route. La chose fut relativement prompte. Il fallait dire que l’empaquetage d’Altenberg et son équipage n’était pas défait. Comme pour répondre silencieusement à la question de l’invité de Niklaus, ils ne prirent pas le chemin le plus direct pour le château de Moresnes. La question de la dame était une vraie question que le duc ne prenait pas à la légère. Il était toujours embarrassé de choisir entre la vélocité d’un petit cortège et la protection plus limitée que cela offrait. En bon chasseur, fidèle à ses traditions, il favorisait néanmoins la vélocité à la protection lourde. Cela nécessitait néanmoins une certaine discrétion. Et de battre les pistes lorsqu’une halte comme celle qu’ils venaient de faire était décidée.


« - Votre remarque est judicieuse Ma Dame… Il est rare que nous chevauchions beaucoup de nuit. Nous faisons là une exception pour aller jusqu’à Moresnes. »

Niklaus était d’un naturel prudent sans être pour autant suspicieux. Et à ce titre, il préférait également s’entourer de quelques gardes du corps dont il connaissait et les capacités, et l’état d’esprit. Car une étude rapide de l’histoire des assassinats et attaques de nobles montrerait sans aucun doute que l’acte était commis le plus souvent par un proche.

Pour ce qui était d’une bande monnayée ou téléguidée de l’extérieure, cela était improbable sur les anciennes terres royales, où Niklaus et ses alliés disposaient tout de même et des réseaux et de la popularité suffisante pour rendre complexe un complot sans que ce dernier n’arrive à ses oreilles ou à celle de ses assesseurs zélés. Dans le reste de la Ligue la chose était naturellement plus incertaine. D’où d’autres précautions.

Il n’ajouta rien à la dame, n’étant que très volubile lorsqu’il s’agissait des affaires très concrètes de sécurité.

Au bout d’une demi-heure de chevauchée au petit trop, ils arrivèrent à Moresnes. Niklaus connaissait les seigneurs du lieu par son père. Ces derniers étaient des amis des lettres et des sciences, et sans être au cénacle de la cour royale avait connu les Altenbergs pour leurs penchants identiques. A ce titre Niklaus n’avait pas trop de doute que le fait que la veuve et doyenne des Moresnes les reçoivent avec amabilité. Il n’avait pas écrit depuis deux mois déjà, mais cela n’était pas grave. On ne défaisait pas l’amitié en quelques mois.

Le château était petit, bien construit, et visiblement bien entretenu. Un petit château de seigneurie comme il y en avait des centaines dans le centre de la péninsule. Il était plus imposant qu’une ferme fortifiée, mais n’était pas un fort militaire digne de ce nom. Ils contournèrent le château, qui n’avait qu’une fonction défensive en cas d’attaque et se concentrèrent sur le petit village fortifié à quelques encablures de là, de l’autre côté d’un modeste pont en bois enjambant une petite rivière.

On se présenta, les portes, malgré le couvre-feu, s’ouvrirent, signe qu’ils avaient été annoncé. Car en temps normal, il aurait été improbable qu’on laisse entrer dans un petit village une telle troupe en pleine nuit. Au bout d’une courte rue entourée de petites maisons agréables, une maison plus coquette que les autres formait le centre de la seigneurie. La lumière y était présente, signe d’une activité. Les lanternes avaient été allumées, et la porte d’entrée était ouverte sur la place du village. Signe que l’on attendait des invités.

Ils mirent pied à terre sur la place et pendant ce temps-là, quelques serviteurs venaient aider les voyageurs. Ils n’étaient pas très nombreux, mais c’était là une maison de petite taille, on ne pouvait espérer un valet par invité. Un maitre d’hôtel se trouvaient à un quart de tour de la porte d’entrée sur l’extérieur. On reconnaissait bien là les stigmates des us et de l’étiquette du centre de la péninsule, c’était amusant, car si le sud était connu pour ses frasques et le nord pour sa simplicité, le centre, dans des temps moins rudes avaient été connu pour son étiquette, transcription à un niveau moindre du décorum de la cour, sans aucun doute. L’étendue septentrionale de ce genre de coutume ne devait pas être bien plus haute que Moresnes.

Une femme d’un grand âge, parfaitement habillée et à la mine infiniment sérieuse apparut dans l’encadrement de la porte. Niklaus s’approcha pour s’incliner devant la dame, lui faisant ensuite le baise main de circonstance cette dernière tendant la main.


« - Cher ami… Vous voilà de retour après bien des années. Ces murs ne vous connus qu’enfant.

- Chère amie… Cela faisait également trop longtemps. Me pardonnerez-vous de venir vous troubler ainsi et dans de si courts délais.

- Allons… Allons… A mon âge cela est un passe-temps bienvenu que d’avoir de la visite. Et pour vous et feu votre père, ma porte vous est ouverte à toute heure du jour ou de la nuit… Et voici celui qui doit être votre fils. J’ai appris par Mme de Solers.

- Nous n’avons pas eu le temps de nous écrire depuis bien longtemps. M’en excuserez-vous ? Voici effectivement Franz. Excusez-le de son sommeil. Il a eu une longue journée.

- Il vous ressemble incontestablement… Mais il a quelque chose de votre épouse. Paix à son âme…

- J’oublie toujours que vous la connaissiez. Je vous remercie de cette remarque. Cela me fait très plaisir. Mais j’en oublie les convenances… Permettez-moi de vous présenter Dame Constance de Malbuis et son fils Martial.

- Votre nom ne m’est pas inconnu Madame de Malbuis. Soyez tous les bienvenus. Et maintenant entrez, il se fait tard et si j’ai appris avec tristesse que vous avez déjà diné, vous ne refuserez pas à une vieille dame son grog. Alban… Faites monter les affaires de ces personnes et servez-nous au salon.»


L’intérieur était celui d’une vieille famille. Des siècles d’objets s’étaient réunis en ce lieu. L’essentiel des lieux étaient en bois et de grands meubles de bonnes factures trouvaient leur place dans des intérieurs bien plus grands que n’auraient laisser présager l’extérieur du bâtiment.

Ils s’installèrent bien vite au salon, Niklaus ne les abandonnant que quelques minutes pour donner quelques ordres à ses propres gardes et donner l’ordre de coucher son fils.

La discussion tourna quelques minutes entre Niklaus et la vieille femme sur des acquisitions de bibliothèques, des livres ou encore quelques problèmes agricoles. Niklaus prit note de quelques problèmes d’ordre fiscaux que son statut nouvellement trouvé pourrait débloquer rapidement. Puis au bout d’une quinzaine de minutes on servit des breuvages divers selon les volontés de chacun, allant de l’infusion à la poire bien serrée. La discussion entre la vieille femme et Niklaus avait fait une pause. Elle tourna son regard sur les deux autres invités.


« - Madame de Malbuis, fit la doyenne à l’œil inquisiteur mais pas hostile, seriez-vous en famille avec feu Monsieur Valérien ? »
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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Re: Ad augusta per angusta [Niklaus]   Sam 10 Juin 2017 - 13:31


Constance tressaillit ; la question de la châtelaine l'avait prise par surprise, car elle avait jusque-là assisté passivement à l'entretien entre le duc et leur hôtesse, avec le désagréable sentiment de ne pas être à sa place et de faire partie des meubles. Ce soudain intérêt pour sa personne, et surtout, le fait que Madame de Moresnes connaisse le nom de son père, la flatta tout autant que cela attisa sa méfiance. Quel souvenir une vieille femme de la noblesse hautvaloise gardait-elle d'un chevalier déchu comme l'était Valérien de Malbuis ? Il avait brillé en son temps, mais son éclat s'était tari, et son nom restait par trop associé à la rébellion de Léandre contre le Roy Aveugle. Rébellion que Hautval n'avait pas soutenue. Quoiqu'en sache la châtelaine, elle savait en tout cas que Valérien était mort. Constance répondit néanmoins à la question ; quelles que soient les allégeances de leur hôtesse, elle restait fière de son père.

« Bien sûr, Madame de Moresnes. Sire Valérien était mon père. »

Les vieilles personnes avaient pour manie de convoquer les morts à chaque discussion. Tournant la tête, Constance observa son fils Martial, qui somnolait sur sa chaise ; lui n'avait pas tenu la conversation du duc et de la dame, visiblement. Parler de bouquins avait toujours eu un effet léthargique chez ce garçon. Constance sourit ; envers et contre tout, elle aimait son fils désargenté, pour lequel elle se battait bec et ongles. A la compagnie des morts, elle préférait encore celle des vivants.

« Vous avez là une bien belle demeure, Madame. Comment se fait-il que vos fils ne s'y trouvent pas avec vous ? »

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Ad augusta per angusta [Niklaus]
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