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 Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]

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Cécilie de Missède
Humain
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MessageSujet: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mer 25 Jan - 3:13


Automne - 1er jour de la 4e ennéade de Barkios
9e année du XIe Cycle
Peu après la réception de la missive de Cécilie par le Conseil
Trois jours après son accostage à Beaurivages

Après les quelques jours passé à Beaurivages et la lettre envoyée à son père lui annonçant son arrivée au manoir de Missède au soir du 1er jour de la 3e ennéade, Cécilie et son escorte était de nouveau sur les routes pour quelques heures. Elles quittaient une maison pour en trouver une autre... Cela leur arrivait si souvent à présent. Mais la jeune dame savait que ce voyage représentait quelque chose de tout particulier, pour elle comme pour sa suivante. Elles avaient six ans lorsqu'elles avaient quitté Missède pour la première fois. L'aveugle si repérait même sans canne, connaissant chaque carreau, chaque couloir, chaque mur, plus qu'à la Citadelle de Beaurivages. Et l'intendante des lieux était ni plus ni moins que la mère de Rose... Celle dont elle avait risqué la tête avec les folies qui avaient précédées son mariage.

Elle s'était promis de ne plus jamais en arriver à de telles extrémités... Quand elle y pensait, l'emplacement ou son père avait abattu sa main à toute volée lui chauffait toujours... Mais tout cela semblait déjà si loin alors que cela ne faisait qu'un mois... un mois mois quelques jours. Un mois qui l'avait étouffé autant qu'il lui avait permis de reprendre son souffle pour les nouvelles tourmentes qui s'annonçaient.

Aujourd'hui, c'était autant en sa qualité de membre de la lignée des de Laval qu'en celle de Baronne de Nelen qu'elle se présentait à Missède pour demander audience au Conseil Exceptionnel. C'était autant en exilée ayant vécue des années dans le Nord qu'en tant que Missèdoise qu'elle allait s'exprimer. Et pour la première fois, Cécilie allait franchir les murs de la ville autrement que cachée dans une calèche. Droite sur le dos de Poudreuse, sa robe blanche et son mantel rouge aux lourds brocards rivegois pesaient sur ses jambes et la croupe de la bête. Dans ce périple officiel, elle avait du utiliser une selle de dame, mais tant qu'on ne lui demandait pas de partir au galop elle n'avait plus de problème avec ça. Une sangle lâche reliait la jument à Georges, l'énorme percheron qui soutenait le colosse chevalier protecteur à la jeune dame au cas ou ils aient du brusquement changer de cap. Rose, sur une carne grise, suivait juste derrière, encadrée des deux hommes fermant la marche.

Les odeurs de la ville, le bruit de la rue des ébénistes, les coups répétés d'une enclume de forgeron, le vent de terre si différent de la brise marine. Même le brouhaha des rues marchandes était assez particulier pour qu'elle ait l'impression de pouvoir reconnaître cette ville parmi toutes les autres.

« Nous sommes arrivé, Ma Dame. »

Une large main l'aida à descendre de sa monture. Les affaires furent rapidement déchargées et emporter dans la demeure. Sur le seuil, une grande femme potelée aux cheveux bruns grisonnants s'extirpait de l'ombre. Les yeux humides, elle n'eut qu'à ouvrir les bras pour que Rose s'y jette tandis que Cécilie restait quelques pas en arrière... mais cela ne dura pas bien longtemps. Près lui avoir donné les mille et un noms de son enfance, la matrone se dégagea légèrement de l'étreinte de sa fille de sang pour la traîner jusqu'à Cécilie et les serrer toutes deux contre son cœur, parcemant leurs cheveux de baisers alors qu'elle tentait à grand peine de retenir ses larmes.

« Trois ans, mes petites filles... Ce que vous avez changé ! L'air du nord vous a rendu plus pâles que jamais ma parole ! »

Elle rit en les embrassant une fois encore avant de les entraîner à l'intérieur...

« Venez, je vais vous faire un bon lait chaud pour vous remettre du voyage. »


Du moins elle essaya... Une haute silhouette jeta son ombre sur le visage de l'intendante qui perdit instantanément toute jovialité.

« Que se passe-t-il, Madeline ? » demanda Cécilie, le sourire toujours aux lèvres alors que sa gouvernante s'était soudainement arrêtée.

Mais se fut une voix aussi posé que froide qui lui répondit.

« Bonjour, Cécilie...
-Père... J'aurai cru que vous seriez au Palais à une heure pareille... »

Discrètement, les deux femmes de basse extraction s'éclipsèrent, la plus jeune poussée fermement par sa mère, jetant un coup d'oeil inquiet par dessus son épaule. Arnaut de Laval salua cordialement le chevalier-gueux qui prenait soin de sa progéniture avant de poser de nouveau son regard sur elle.

« Je suis assez déçu de te voir ici étant donné notre dernier échange épistolaire...
-Vous voulez dire l'échange que vous avez eu avec mon mari ? »

Cécilie fut presque surprise de la simplicité avec laquelle elle venait de lui répondre... D'un mouvement bref, il attrapa la main de la jeune femme pour la poser sur son bras et lui servir de guide dans cette demeure qu'elle connaissait sans doute mieux que lui. Résistant un instant, elle pris le temps de s’adresser une dernière fois à son escorte.

« Merci messieurs, ce qui n'est pas précisément à mettre dans mes appartements, vous pouvez le déposer dans le salon ouest. »

Le bras de son père se raidit. Il toisa le géant d'un œil glacial. Mais c'est finalement sans ajouter un mot qu'il emmena sa fille dans les profondeurs du manoir. Depuis le temps qu'il passait à Missède, il avait réorganiser son bureau, annexant pour se faire le petit salon du premier étage dans lequel il avait fait transvaser tous ses documents manuscrits et un nouveau secrétaire pour ses correspondances d'importance. C'est donc dans cette pièce aux grandes fenêtres orientées plein sud que le Seigneur de Beaurivages traîna sa fille. Grand Seigneur, il alla même jusqu'à l'aider à s'installer dans un profond fauteuil avant de démarrer les hostilités... Il en avait froid dans le dos au souvenir de leur dernière entrevue en privée...

Le silence s'étira quelques instant, comme si l'un et l'autre avait peur de rompre la seule chose qui, à priori, leur évitait de se sauter à la gorge... Mais ce fut au père de faire le premier pas.

« Puis-je savoir quel besoin incontournable justifie le fait que tu ailles une fois de plus à l'encontre de mes ordres, Cécilie ? »

Une fois de plus... Elle respira profondément...

« Missède est en mauvaise passe, père, vous le savez bien mieux que moi. Autant envers Langehack qu'envers les puissances extérieurs. Depuis un mois, Enrico essaie de faire entendre raison à la Duchesse. Même lui y a renoncer. Je n'ai su que récemment que seules des rumeurs des agissements de Méliane ou des changements politiques du Nord étaient arrivées jusqu'à vous, sinon je me serai déplacée en personne bien plus tôt... Mais les nouvelles que vous avez refusées de m'envoyer sont encore pires... Vous m'avez caché le fait que notre famille avait été accusée de meurtre, de conspiration, de sédition et de parjure... 
- Pour éviter que tu ne viennes justement jusqu'ici en mettant en danger notre famille et notre alliance avec Nelen. »

Il avait fait volte-face, plus froid que jamais... Sa voix était grinçante, menaçante... Une tension extrême s'y ressentait... Mais étrangement, elle ne ressentait pas cette sorte de peur et de culpabilité qui lui poignait le ventre depuis toujours lorsqu'elle était contrainte de lui parler... Depuis ce jour, c'était comme si quelque chose avait été mis en lumière, comme si un masque était tombé... En épousant un baron, elle s'était mise hors d'atteinte de ses griffes... C'était bien là l'un des seuls avantages... Mais il n'y avait pas que cela...

elle était déjà allé plus loin que tout ce que la bienséance et la raison lui aurait dicté... Rien ne pourrait être pire.

C'était... Une évidence à présent...

Un poids qui avait disparu de sa poitrine.

Elle adressa un sourire intérieur à Néera. Par ces détails, il lui semblait que la déesse cherchait à lui assurer que ses actes n'étaient pas répréhensibles. Qu'il fallait en passer par la pour suivre le chemin qu'elle avait choisi... Un chemin qui n'était si mauvais.

Elle respirait... librement. Malgré le ton de reproche. Malgré l'accusation dans cette voix froide et guindée. Mais elle avait au cœur quelque chose de neuf... Lorsque Cécilie parla, pour la première fois depuis plus de dix ans, il lui sembla que le calme qu'elle affichait était réel.

« Je vous remercie de vous en faire pour vos investissements, mais je tiens sûrement à ma vie autant que vous tenez à cette alliance. Sachez que je ne prends pas ma protection à la légère et que la plus grande attention y a été accordée. Mais je ne pouvais pas ignorer les problèmes de notre famille plus longtemps, mon Père. »

Quelques pas raides sur un tapis élimé par de nombreuses années de bon et loyaux services, voilà la seule réponse qu'elle obtint.

« Comme vous le savez, j'ai envoyé une missive directement adressée au Conseil au cas ou vous refuseriez de transmettre la nouvelle de mon arrivée. A-t-il finalement statué sur ma participation à une session ou une possible audience ?
- … C'est statué. Tu pourras en effet y participer mais nous attendions ton arrivé pour en déterminer le moment et la place que tu y occuperas... Car d'autres... imprévus ont encore une fois eu lieux. »

Le Seigneur se passa une main se le visage, s'appuyant un instant sur un étage de la bibliothèque avant de se tourner une fois de plus vers Cécilie. Il en avait assez d'être mis dans l’embarras à cause d'elle... Voulait-il éviter à Missède une mésalliance et lui offrir un point d'appui supplémentaire qu'on le taxait de traître ! Mais s'énerver ne changeait rien... Alors il se redressa, et de la façon la plus naturelle qui soit pour lui, il expliqua ce qui risquait pourtant de changer le cours de leurs vie à tous les deux.

« Méliose m'a envoyé le contrat de mariage que vous avions établis avec Hernan l'an dernier et les amendements effectués au début de l'année au cas ou ce houlier aille jusqu'à mettre en œuvre ses menaces... Mais puisque tu es ici en personne, il me semble important que tu sois mise au courant. Ernest d'Ethin veut ta main coûte que coûte et semble déterminé à tout faire pour utiliser le droit de quittage pour faire en sorte que cette union soit déliée...
-Déliée mon mariage... Mais ça n'a aucun sens... »

Après tout ce qu'elle avait subit en vue de ce mariage... même ça ne pouvait pas lui acheter un soupçon de paix ? Maintenant d'autres encore voulaient le délier. Néera, pourquoi les chemins de la droiture et de la bienveillance sont toujours si tortueux... Elle secoua faiblement la tête.

« … Nul Homme ne peut le disjoindre et maudit soit celui qui se met entre eux... murmura-t-elle sur le ton d'une litanie.
-Comment ?
-Rien... Je pensais... »

Elle avait tellement souffert d'entendre ces mots prononcés par sa tante... Souffert... Même pas à vrai dire. Sur le moment elle ne ressentait rien. Tout cela avait été une mascarade. Chaque mot qu'elle avait prononcé était biaisé... parjuré d'avance... Mais ceux d'Irys étaient parfaitement sincères et en y repensant, ceux-là lui avaient fait froid dans le dos. Peut-être étaient-ce ceux qui l'avait fait tenir le plus longtemps...

-Mais ce n'est rien... répéta-t-elle, pensive.

Les hommes ne semblaient plus faire nul cas des dieux... Même elle qui n'était plus un modèle de vertu depuis bien des mois ne serait pas allé jusqu'à cette demande... Alors, où se perdaient les fondements de leur culture et de leur mode de vie ? Elle avait rencontré dans le Nord, des héros sans honneur ni droiture. Des Comtes, des Marquis, des Conseillers et des Gardes sans la moindre humanité. Elle avait souffert de la trahison et du parjure. Elle revenait en son pays... Et ne trouvait que honte et accusations fallacieuses... Si ce que son père racontait se confirmait, elle devrait écrire à Nelen dans la soirée... Même si son cher mari n'y était pas forcément de retour...

Mais encore fallait-il que la menace soit plus sérieuses que quelques mauvais mots échangés entre un jeune coq et un vieillard aigris...

« Dites moi plutôt... comment cette union pourrait-elle être déliée par la loi des hommes alors qu'elle a été consacrée devant les Dieux par la Bienveillante de Diantra en personne ?
-Je ne sais pas... Mais ce jeune coq est plus bravache que ce que j'avais imaginé. Si ce mariage n'est pas approuvé par la cour, tu perdras tout droit sur Beaurivages, je serai obligé abdiquer et Gaël prendra ma suite comme le veut la tradition dans de pareils cas. Alors tiens toi loin de lui et...
-Arnaut... »

La porte explosa, laissant passer une tête ébouriffée et haletante... qui s'arrêta net en voyant que le vieil homme n'était pas seul.

« Oh Cécilie, je ne savais pas que tu étais arrivée...
-Je suis heureuse de vous entendre, Clarence. Sourit la jeune femme en reconnaissant sans soucis la voix de ce vieil ami de la famille. J'ai entendu parler de ce qui vous était arrivé...
- Hmm... Pas la peine de s'attarder sur ce point ! D'ailleurs...
- Clarence, tu étais venu me dire quelque chose ? »

Interrompu par son suzerain et ami, le convalescent perdit immédiatement de sa bonne humeur pour tendre un plis de sa main encore peu ferme.

« Une missive... Le Conseil a décidé de rassembler une cour exceptionnelle pour statuer du... enfin...

-Elle est au courant.
-Oh et bien. Richard a envoyé les convocations aux sept juges.
-Par les mamelons de Tyra... »

Clarence et Cécilie en restèrent coi. Arnaut... venait de jurer... Il fallu un instant au chevalier pour se secouer et finir la mission qu'il s'était lui-même confié.

« J'étais venu te demander si tu voulais que j'envoie un plis à Méliose pour lui demander de rester auprès de Gaël ou si tu préférais le laisser choisir.
-Qu'il choisisse... »

Arnaut parcourait pour la deuxième fois les lignes de la missive. Rien dans son maintient ne permettait de certifier l'agitation qui l'habitait, mais Clarence le connaissait assez pour savoir rien qu'à celle crispation dans la mâchoire qu'il était en rage.

« Clarence. »

L'appel le mis malgré lui au gade à vous.

« Il faut que je vois Léona de toute urgence et tu vas m'accompagner.
-La Dame de Roch ?
-Elle a toujours été un appui fidèle pour maintenir la paix. Va donc te changer ! »

Sur un salut amical à l'intention de la jeune femme, des pas lourds se carapatèrent clopin-clopant dans le couloir, suivit par de longues enjambés plus déliées. Cécilie, qui avait respecté un silence religieux pendant toute la scène, se leva d'un bond avant que l'écho de la démarche de son père ne disparaisse définitivement.

« Père ! »

Les pas s'immobilisèrent un instant.

« Jurez moi que tout ceci n'est pas de votre fait et que vous ferez passez l'honneur de notre nom avant votre envie de m'évincer de votre succession... »

Deux serviteurs passèrent dans le couloir en parlant des malles déposées dans le salon ouest. La flamme d'une bougie chuchotait dans l'air dépourvu de la moindre brise. C'était tout. La voix d'Arnaut brisa-t-elle ce relatif silence comme un pic de glace.

« ... Je jure sur le nom que m'a donné mon père sous le regard de Néera, que ce que je viens de te dire est la stricte vérité et que je ferais mon possible pour régler cette histoire avec honneur. Si je te demande de te tenir loin de lui, ce n'est que dans ton propre intérêt. »

Alors qu'il venait de quitter la pièce, elle l'entendit appelé Rose a travers le couloir. Sa tête retomba dans ses mains, prise d'une lassitude extrême. Au bout de quelques minutes, lorsque Rose passa la porte pour l'emmener loin de l'entre de ce Wagyl, la musicienne ne pipa mot. Ce ne fut qu'une fois la porte de sa chambre refermée qu'elle lâcha le bras de sa suivante et se déplaça sans la moindre gêne ni la moindre hésitation jusqu'à la fenêtre, inspirant et expirant plusieurs fois.

« Que c'est-il passé ?
-Des mauvaises nouvelles comme d'habitude... »

Le plan qui germait dans son esprit était d'autant plus gênant que cette nouvelle ne la concernait pas seulement elle... Avant que cela s'ébruite aux oreilles de l'homme qui partageait sa vie, elle voulait en avoir le cœur net... Et à cause de cela, son protecteur ne pourrait pas être près d'elle...

« Rose, va chercher ton écritoire, j'ai un plis à faire porter de toute urgence à Ernest d'Ethin. »



A Ernest d'Ethin

En ce jour de Kyrianos de la 3e ennéade de Barkios 9:XI

Messire,

Je suis arrivée aujourd'hui même à Missède dans le but d'aider le Conseil auquel vous appartenez à prendre ses décisions diplomatiques avec le plus d'éléments possible en main et le voyage n'est pas de tout repos. Permettez-moi donc de m'exprimer sans détour.

Depuis mon arrivée, j'entends les choses les plus contradictoires à votre encontre et la majorité d'entre elles ne sont pas flatteuses pour vous. Bien que j'ai appris à ne me fier au rumeur que lorsqu'elles sortes du bec d'un oiseau blanc certaines de ces histoires me concernent de près et j'aimerai éclaircir au plus tôt ces abracadabrantes messes basses.

Je serai à la Grande Bibliothèque au couché du soleil. J'espère vous y trouver, vous ainsi que les réponses que je cherche.

Les Cinq nous gardent en leurs justes enseignements.
Cécilie de Laval








Plusieurs coups furent frappés à la porte de services. Le billet passa de mains illettrés en serviteur loyaux. Lorsqu'il arriva entre les mains du Seigneur d'Ethin, la jeune femme qui l'avait déposé était déjà partie depuis longtemps. Aucun sceau officiel ne fermait le plis, cependant à l'intérieur le paraphe semblait authentique.



Dernière édition par Cécilie de Laval le Mar 7 Mar - 2:45, édité 1 fois
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Dim 5 Fév - 3:05


1er jour de la 4ème ennéade de Bàrkios
Automne de l'an 9 du XIe Cycle

La nuit venait de tomber sur la capitale missèdoise lorsqu’Ernest passa la grille de la propriété familiale. Le voyage de retour d’Isgaard avait été éprouvant, mais pas autant que la dizaine de jours passées dans le delta. Il faudra assurément quelque temps au seigneur du Rocher pour s’imprégner des évènements de cette ennéade dernière, et, davantage encore, pour bien les comprendre. Mais cela ne saurait être possible sans un sommeil réparateur. Ce fut donc dans un abandon le plus total qu’il se glissa dans le bain chaud préparé par les domestiques de la maison. L’eau clair tourna immédiatement au noir sal et en quelques secondes il s’assoupit, emporté par la chaleur humide de baignoire.



Quelques minutes plus tard, Elmure fit irruption, une lettre à la main. Les yeux déjà plein de sommeil, Ernest eut d’abord des difficultés à décerner le contenu messager. « Cela peut-il attendre demain, mon seigneur ? demanda le capitaine qui aurait préféré ne pas avoir à ressortir.
- Non, j’y vais, répondit Ernest en s’extirpant avec difficulté du bain.
- Deux autres lettres sont arrivées aujourd’hui, ajouta Elmure en tendant les enveloppes scellées à son suzerain qui, recru de courbatures, avait entreprit de se sécher. Une des deux lettres provenait des procureurs du Comte et annonçait la convocation d'Ernest à se présenter devant la cour exceptionnelle dès le lendemain.
- Non, c'est bien ce que je disais, cela ne peut vraiment pas attendre, dit-il finalement avant de requérir l’aide des domestiques pour finir sa toilette et s'habiller. Il entreprit alors de lire la seconde lettre qui l'intrigua au plus au point.



Ernest n’avait jamais rencontré Cécilie de Laval mais ils avaient échangé quelques correspondances lorsqu’il était encore gouverneur d’Isgaard et qu’elle travaillait à développer des accords commerciaux avec le Nord. Habile, c’était la seule chose que le jeune homme avait pu déceler du caractère de celle-ci à travers leur correspondance. Certes, il y avait les rumeurs et les réputations. Mais Ernest ne leur accordait jamais grand intérêt et puisque la nouvelle baronne de Nelen semblait ne pas vouloir complètement se fier à elles non plus, Ernest voulut y voir une nouvelle marque de la lucidité de la jeune femme.



Accompagné d’Elmure, Ernest se rendit jusqu’à la Grande Bibliothèque, lieu du rendez-vous. Les domestiques du seigneur d’Ethin avaient réussi à reluire sa noble apparence mais sa démarche était encore très raide et ne trompait guère quant à l’état de fatigue du jeune homme. Les lieux étaient déserts et faiblement éclairés. Lorsqu’Ernest aperçut la Demoiselle de Beaurivages, il fit signe au capitaine de sa garde de l’attendre un peu plus loin. « Votre Honneur », dit-il finalement pour signaler sa présence.






Dernière édition par Ernest d'Ethin le Lun 13 Mar - 1:46, édité 1 fois
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Lun 6 Fév - 12:09

La Bibliothèque de Missède...

Elle ne comptait plus les soirées et les après-midi ou elle était venue consulter, compulser et dévorer ses ouvrages par l'intermédiaire de Rose. Histoire, Naturalisme, Romans, Philosophie, Théologie, Médecine, Arts et théories de diverses techniques.Il y avait plus de page et de thèmes qu'elle n'avait jamais put en parcourir, poussant Rose à lire jusqu'à ce qu'elle demande grâce.

Elle avait passé tant de temps au milieu de ce trésor inestimable, entre ces murs soigneusement gardés qu'elle s'y sentait toujours bien. L'odeur des couvertures de cuir soigneusement entretenus, du papier, de la poussière et de l'encre si particulière utilisé par les copistes, auteurs et scribes de Missède donnait à cet air sec, une saveur toute particulière. Saveur qui lui attachait la sérénité au cœur malgré la fatigue physique du voyage et cette tout aussi éreintante des retrouvailles avec son père.

Préférant jouer la confiance à la méfiance, elle avait choisit un lieu à la fois suffisamment publique pour qu'une rencontre fortuite puisse en avoir lieu et suffisamment surveillé et connu pour y venir sans escorte. Seul un garde l'attendait sur les marches extérieures pour l'accompagner à travers les grandes artères de la ville.

En attendant l'arrivé de celui qu'elle attendait, elle déambulait dans les allées, en parlant à voix basse avec Rose qui en plus d'être tendue paraissait agitée.

- Nous aurions du en parler à Jindanor.
- Je préfère savoir de quoi il en retourne avant. Inutile d' l'inquiéter si ce ne sont que des racontards ou d'autres délires de mon père...
- C'est sa colère que nous allons affronté pour être venu ici sans qu'il en soit informé...

Après le sujet d'Arnaut, de Madeline et des rumeurs qu'elles avaient entendus ces dernières heures, celui de leur protection avait fini par revenir. Mais nul temps de répondre, une voix masculine inconnue rompit le silence des lieux, la faisant sursauter. Si Rose se retourna, l’entraînant dignement dans le mouvement, elle aurait sûrement mis bien plus de temps à comprendre que l'honneur en question... C'était elle.

Sa suivante fit une révérence impeccable, lui confirmant silencieusement qu'il s'agissait d'Ernest. Elle suivit une fois de plus le mouvement, saluant gracieusement l'arrivant avant de lui tendre approximativement la main en se repérant au son de son pas et des frôlements de ses vêtements.

« Messire. J'ai beaucoup entendu parlé de vous ces derniers temps.La fulgurance de la jeunesse et la poigne de l'expérience, dit-on. Je vous présente mes plus sincères condoléances pour les circonstance de cette hausse de réputation. »

Ses yeux bleus don la seule particularité était leur parfaite fixité, étaient humblement baissés pour ne pas gêner son interlocuteur, laissant son visage pâle paré d'une douceur paisible propre au masque qu'elle s'imposait en tout temps. Le calme de sa voix et la grâce à la fois lente et rigide de ses gestes donnaient la même impression de noblesse soigneuse à laquelle elle ne pouvait échapper sans craindre de faire un mouvement fâcheux.

Une fois les présentation faites, l'oreille aux aguets pour éviter que leur conversation ne soit surprise par un tiers, elle du passer au sujet qui lui retournait l'estomac malgré sa bonne figure.

« Veuillez excuser mes manières cavalières mais mon père m'a appris aujourd'hui même qu'après avoir disculper notre famille et ramener Clarence auprès de nous, vous avez fait en sorte que la cours de  justice s'intéresse au cas de mon mariage. J'aimerai donc savoir pourquoi vous avez calmer la situation entre nos deux familles pour relancer une querelle qui pourrait causer l'explosion du Comté... »
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mar 7 Fév - 5:32



Le seigneur d’Ethin écouta attentivement les propos de la Demoiselle de Beaurivages et il fut soulagé lorsqu’il comprit qu’elle ne passerait pas par quatre chemins. La détermination de son interlocutrice à tirer les choses au clair ainsi que la rondeur de son discours ne manquèrent pas de dégourdir le jeune homme. Malgré cela, Ernest resta coi pour toute réponse. Plusieurs secondes de silence passèrent au cours desquelles, l’homme fixa Rose d’un regard neutre. Puis, toujours en silence, il se dirigea vers une des nombreuses alcôves de lecture chatonnées dans les imposants murs de la bibliothèque. Celle qu’il choisit, la plus proche, n’était pas la plus haute mais son accès demandait tout de même de gravir les marches d’un petit escalier en colimaçon. En attendant que Cécilie et sa suivante le rejoigne, Ernest prit soin d’allumer quelques bougies. Bientôt, la voûte de la petite niche prit une teinte safranée. Meublée de seulement trois chaises, d’une écritoire et de quelques étagères, le creux pétré dégageait cette odeur délectable aux notes de vanille et d’amande des vieux livres et parchemins.



Lorsqu’ils furent tous les trois assis, le seigneur du Rocher plongea son regard dans les mirettes de la baronne. Puis, il ne sourcilla pas jusqu’à ce qu’il eût terminé de parler. « Votre père vous a mis au courant de la situation. Vous avez, comme moi, reçu la lettre des procureurs du comte nous informant que le Régent d’Ybaen a fait une demande de saisine auprès de la cour comtale. Une requête qui a été acceptée. La première séance aura lieu demain. Mais, ce soir, vous me conviez à un rendez-vous non protocolaire, après la tombée de la nuit, dans un lieu public mais, à première vue, désert, accompagnée seulement de votre suivante. Qu’attendez-vous de cet entretien, votre Honneur ? Que je corrobore les allégations faites par votre père à mon égard ? Est-il nécessaire que j’endosse le rôle de « petit roquet aux dents longues » ? Je crois bien que c’était ses mots. Souhaitez-vous entendre que mon plus profond désir est de mettre le Comté à feu et à sang dans le fol espoir que j’émerge victorieux d’une guerre civile qui aura ravagé tout ce que je tiens cher ? J’ai disculpé votre famille, en effet. J’ai retrouvé et ramené Clarence de Beaurivages auprès des vôtres. Pourtant, alors qu’il y a encore quelques ennéades j’avais en main toutes les clefs nécessaires à déclarer une guerre légitime contre Beaurivages et votre famille, vous pensez que, maintenant que je les ai rendues, j’ai pour intention de raviver les tensions qui existent entre nos deux lignées. Soyez certaine que je ne doute pas que ce procès aura cet effet. Mais mon intention n’est pas là, votre Honneur. Je ne suis motivé que par un désir de voir notre Comté fort et prospère. Vous savez, je n’avais jamais imaginé prendre la tête du Rocher. Je peux même affirmer que je ne l’ai jamais souhaité. En grandissant loin des miens, je ne désirais qu’une chose, les retrouver, un jour. Et maintenant que je suis de retour, maître des terres de mes aïeuls, ma famille, elle, a quasiment disparu. Je ne connais pas la soif de pouvoir dont votre père m’accuse. Je n’ai que le sens du devoir. Votre Honneur, je vous implore de voir ce que votre père n’a su discerner. C’est Missède que me tient à cœur. Qu’arrivera-t-il lorsque notre bien-aimé Comte rejoindra le royaume de Tyra ? Croyez-vous que la paix se manifestera d’elle-même ? Je ne crois pas aux douceurs de la paix; je ne lui fais pas confiance. Et je n’attendrai pas l’inévitable pour agir. Alors, je réitère : qu’attendez-vous de cet entretien ? Mon but est de vous convaincre que votre place est ici, Cécilie de Laval, à Missède. »

     


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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mar 7 Fév - 11:12

Rose se ratatina sur place, baissant les yeux et faisant d’énormes efforts pour ne pas se dandiner d'une jambe sur l'autre. Cécilie avait longtemps essayé de la maintenir hors de toute affaire politique mais étant donné la manière dont elle avait tout de même été impacté, il semblait que cette fois-ci, les préoccupations de la jeune Dame aient changé. Cependant, cela ne l'empêchait pas d'être mal à son aise sous le regard de ce monsieur…

Il devait se demander si ce n'était pas trop risquer de laisser une suivante entendre tout cela ? Ou peut-être essayait-il de l'impressionner assez pour qu'elle y pense à deux fois avant d'ouvrir la bouche… Et bien qu'il se rassure car elle se taisait déjà en temps normal, mais son manège marchait à merveille…

Au bout de quelques instants de ce silence obstiné sans le moindre bruit de pas, Cécilie, incertaine ne put que se rappeler au duo d'une voix soudainement moins assurée.

« Messire… ? »

Et sans un mot il tourna les talon, la jeune baronne faillit hausser la voix pour le retenir mais Rose posa une main sur la sienne. Portant la sinistre de Cécilie à son épaule pour avancer d'un bon pas.

« Il se dirige vers les alcôves. » souffla-t-elle à son amie pour lui expliqué qu'il n'avait pas l'air de vouloir quitter précipitamment les lieux… Quoi que ses manières indiquaient plutôt qu'il essayait de se débarrasser d'elles-deux.

Contrairement à ce que semblait penser le jeune homme, l'aveugle et sa guide ne se laissèrent pas distancer. Cécilie suivait sans problème le rythme rapide du pas de Rose, sa compagne la prévenant de chaque tournant et déniveler par un bref et discret contact sur la main blanche qui reposait sur son épaule. Le Système était rodé depuis tant d'années et elle connaissait si bien les lieux que la jeune dame avançait sans la moindre frayeur ni hésitation. Et les escaliers ne firent pas exception. Après un rapide repérage pour avoir une idée de la hauteur et de la profondeur des marches, le colimaçon fut avalé sans problème.

En haut, Ernest allumait déjà quelques bougie et Rose lui en fut grée… Même si elle n'osa pas croiser son regard. Cécilie, le regard toujours baissé sur le sol, s'installa sur une chaise en attendant que le jeune homme commence, Rose restant un peu en retrait auprès d'elle.

Et elle ne fut pas déçue.

Il témoignait d'une telle rancœur avers Arnaut… Les mots qu'ils avaient échangé devaient être aussi sympathique que bienveillant… Rien de bien étonnant lorsqu'on connaissait Arnaut… Enfin presque rien. Si l'homme n'était pas connu pour son empathie ni sa sympathie, il avait la colère et l'insulte difficile. Petit roquet aux dents longues… voilà qui ne lui ressemblait pas… Elle ne savait pas à quel point leur échange avait été violent pour mettre son père dans un état pareil mais cela avait de quoi alimenter sa curiosité déjà maladive.

Elle eut plusieurs fois envie de l'interrompre, mais se retint tant son ton signifiait à quel point il avait besoin de tout remettre sur la table. Pour s'en libérer avoir des précisions supplémentaires ou pour qu'elle connaisse un autre point de vue… cela par contre, elle n'aurait su le dire.

Une fois qu'il eut poser une nouvelle fois cette question qui semblait lui tenir tant à coeur, elle ne put s'empêcher de commencer par demander :

« Calmez-vous, s'il vous plaît. Tant de feu ne servira qu'à nous blesser mutuellement. »

Elle ne connaissait que trop bien l'état de tension dans lequel pouvait mettre de telles affaires. Si elle avait conscience, elle finirait peut-être par se mettre elle-même un coup poignard dans le cœur avec tout cela, elle n'avait aucune envie d'en venir tout de suite à autre chose qu'une conversation cordiale.

« Je suis là pour essayer de comprendre vos raisons. Je ne sais pas quelles tendresses vous et mon père avez put échanger mais il n'en reste pas moins que, quoi qu'il en pense et quoi que vous en pensiez, mon mari et moi sommes les principaux concernés. »

Elle voulait progresser pas à pas, comprendre les tenants et les aboutissants d'une situation qu'elle n'avait put suivre de loin en loin et de laquelle son père avait voulu la soustraire totalement. Il y avait tant d'informations contradictoires dans cette soudaine inimitié qu'elle semblait sortir d'émotions  bien plus que de raisons… et après ce qu'elle avait su de Méliane, elle ne pouvait pas cautionner cela.

« A vrai dire, ce n'est pas pour la tension entre les d'Ethin et les de Laval que je m'en fais le plus. C'est pour la rivalité que vous allez commencer avec Nélen alors même que le Langehack est faiblissant... Vous dites que vous avez rendue l'affaire à l’examination des juges pour rendre Missède plus forte et pour éviter une guerre interne, mais c'est exactement ce que vous provoquez… et plus qu'une guerre interne. »

Elle laissa une respiration pour le laisser ajouter quelque chose s'il le désirait avant de reprendre.

« Malgré tout, je ne comprends pas pourquoi, après avoir montrer autant d'honneur et de sympathie envers ma famille, vous nous avez soudain mis le couteau sous la gorge avant même d'avoir essayé de trouver une entente diplomatique… J'ai deux sœur et un frère. Nul d'entre eux n'aurait put vous contenter pour sceller une alliance ? »
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Sam 11 Fév - 4:55




Le front du seigneur d’Ethin se crispa lorsque la Demoiselle de Beaurivages sembla lui offrir ses sœurs et son frère comme moyens de substitution. Ernest fut pris d’un doute ; s’était-il trompé à son sujet ? Se pourrait-il qu’elle décide de solder l’un des siens pour sauver son mariage de l’opprobre ? Ernest resta silencieux, réajustant les manches de son manteau, et se donnant le temps de réfléchir. Il reprit en évitant d’abord les derniers propos de la jeune femme. « Non, Votre Honneur, je n’ai eu aucun contact avec les procureurs de la cour comtale. Prenez garde aux dires de votre père. » Le seigneur du Rocher n’avait rien d’un éventé des landes ; son nom n’apparaissait bien évidemment pas dans la requête de saisine. « Je ne doute pas que nos relations avec Nelen s’en trouveront entachées. Mais si la cour reconnaît que votre subreptice mariage, une union célébrée alors que le Comte de Missède, carotique, du fond de son lit, se battait pour vivre, conspue véritablement l’autorité de Sa Grandeur, m’est avis que l’honneur de votre époux dépendrait de sa volonté à admettre qu’il s’est malheureusement trouvé emmêlé dans une histoire de parjure et que lucidité et distinction l’inviteraient à s’en extraire dignement.

 

Néanmoins, vous avez raison de mentionner la situation du Duché. Vos inquiétudes sont justifiées mais il me semble important de prendre en compte quelques autres éléments. Et puisqu’il semblerait que vous nous fassiez le plaisir de votre présence au prochain conseil exceptionnel, je concède à partager avec vous ces faits. » Ernest jeta un coup d’œil à la suivante avant de reprendre. « Il y a peu, la Duchesse a signé le transfert de ses droits sur Edelys à notre bien-aimé Comte. Une décision officielle qui ne fait finalement que reconnaître une situation de fait et qui sera entérinée lors du conseil. Ainsi, en plus de ses seigneuries, Missède se trouve agrandie d’une baronnie. » Ernest hésita un instant. Était-il nécessaire qu’il utilise le cas d’Edelys pour prouver une nouvelle fois qu’il n’avait rien d’autre à cœur que la vigueur et la stabilité de Missède ? Les liens qu’unissaient Ethin à Edelys auraient été fort suffisants pour requérir la Duchesse de le nommer baron et nul doute qu’il aurait reçu favorable réponse au vu de la situation compliquée des terres du Garnaard. Ernest s’abstint, comptant sur la perspicacité de son interlocutrice pour y entrevoir d’elle-même une nouvelle marque de ses nobles intentions. « Bien évidemment, ce changement entraine tout autant de responsabilités que de bénéfices ; Edelys est sujet à des troubles internes qui ont déjà eu des répercussions considérables sur le Comté. J’espère d’ailleurs que, au-delà des calomnies à mon égard, votre père vous a fait part de mon inquiétude renouvelée quant à la sécurité de votre famille.

 

Lors du prochain conseil, et sous l’impulsion de votre père, en particulier, Missède risque de prendre officiellement ses distances vis-à-vis des décisions, et absences de décision, de Langehack. Ainsi, à défaut d’avoir un Comte en état de gouverner, nous devons montrer que les décisions du conseil ne peuvent être ni prises à la légère, ni ignorées, et par là, j’entends que la question de la succession ne doit pas être vue comme une faiblesse fatale annonciatrice de renversements politiques imminents. L’alliance, la plus puissante et infrangible, entre Ethin et Beaurivages est inéluctable. Mais la plus puissante et la plus infrangible des alliances est aussi nécessaire. Pensez-vous vraiment que je n’ai pas envisagé de voie diplomatique ? Lorsqu’en privé, j’ai confié à votre père les irrégularités des registres des droits de quittage, problèmes qui auraient été soulevés tôt ou tard, son opposition à une résolution à l’amiable de la situation était sans équivoque. Mais puisque vous semblez plus encline à cette possibilité, je veux bien faire preuve d’une absolue transparence.

 

La vertu éthinienne nous enseigne que la couronne est un impossible fardeau. Et, vous le devinez tout autant que moi, la responsabilité de Missède à la mort de Théobald sera une tâche excessivement difficile, tellement éprouvante et si inhumaine. Je ne souhaite cette charge à aucune de mes sœurs. La bienveillance m’en empêche. Votre Honneur, seriez-vous prête à envoyer les vôtres au front d’un combat qui s’avère aussi difficultueux ? Quant à votre frère, je ne peux le prendre pour épouse. Et même si c’était le cas, je suis convaincu que la plus forte, la plus infrangible des alliances ne passe pas par lui, mais par vous.

 

Vous êtes l’héritière de Beaurivages, votre nom est connu, ici et au-delà de nos frontières, et vous avez l’expérience de la diplomatie et du Nord. Mais surtout, Votre Honneur, vous avez connu perfidies, médisances et accusations. Vous êtes forte, la plus forte de votre lignée. Vous devriez être morte. Votre existence était jugée impossible. Vous avez survécu à la main de votre père qui m’a avoué avoir voulu, jadis, vous confier à Tyra plutôt que de souffrir de votre infamie ; vous qu’il décrit encore aujourd’hui comme une trimardeuse d’Arcam née veule, libertine, menteuse et avide, vous avez déjà tant accompli et contre toute attente. Alors dites-moi, Votre Honneur, pourquoi devrais-je me tourner vers vos puînés alors que votre vie semble n’avoir été qu’une introduction au rôle que je vous invite maintenant à accepter ; endossez ce fardeau, non seulement parce que vous en avez le devoir envers Missède, notre Comte, son peuple et votre famille, mais aussi parce que vous y avez droit. Bravez l’impossible encore une fois. Faîtes le bon Choix. Et joignez-vous à moi. »

 


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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Dim 12 Fév - 14:33

Elle sourit glissant entre deux de ses deux première phrases : «  il n'est pas nécessaire d'entrer en contact avec les juges pour que vous ayez provoquer son traitement. »

Dire qu'elle avait cru un moment pouvoir s'éviter cette langue de bois... Mais le plus problématique était de voir a quel point les bases du raisonnement de cet homme étaient loin des réalités diplomatiques et morales.

Il revint sur le cas d'Edelys, prouvant au passage que l'avenir des terres non Missédiennes étaient tout aussi important pour lui que celui des anciennes seigneuries. Mais cela n'avait pour l'heure qu'un intérêt limité car le problème était bien plus simple que la complexe situation de Missède ne pouvait le laisser présager.

« Braver l'impossible... Comme vous y allez. Vous ressemblez plus à mon frère que vous ne le pensez... J'aimerai vivre dans le monde qui est le vôtre et où le désir de bien faire et la grandeur sont plus importantes que le devoir et l'honneur. »

Elle n'avait pas put s'en empêcher, son visage prenant quelque chose de l'aînée bienveillante chahutant les certitudes d'un cadet fougueux. Mais elle sentit que ses mots avaient été plus déplacés qu'elle ne le voulait, et se reprit donc :

« Ne croyez pas que je me moque de vous. Ce n'est nullement mon intention, je vous prie de bien vouloir excuser cette désobligeance. Je me suis laissé emportée par une discussion que nous avons eut récemment avec mon frère, pardonnez-moi...

Mais vous rendez-vous compte qu'aujourd'hui les seuls devoir que j'ai sont envers ma famille et mon époux? Que j'ai le devoir de respecter la parole que j'ai donnée?

C'est qu'à vous écouter, vous avez les meilleurs motivations, les plus grand espoirs et la plus douce opinion de moi qu'il m'est été donné d'entendre. Sur tout cela, je veux bien vous croire.

J'entends le fait qu'une alliance entre nos deux familles est nécessaire pour stabiliser Missède et qu'un mariage vous apparaît comme le moyen le plus sûr de sceller cette alliance.

J'entends les compliments que vous me faites et l'estimes que vous me portez... sans même me connaître de surcroît, ce qui me laisse pensive quant à vos sources étant donné le peu de cas que vous semblez porter aux rumeurs qui entachent ma réputation... »


Trop longtemps elle avait côtoyé ces gens qui, sous couvert de flatterie et d'avances, avaient voulut l'amadouer pour gagner les faveurs de sa famille et diriger son héritage. Forte. Belle. Intelligente. Rusée. Douée. Bénie même pour les plus éhontés. Elle avait été tout cela es dires de bien des hommes. Car elle était surtout riche et sa cécité semblait être une raison suffisante pour la croire manipulable et fragile. Le dernier couplet de son hôte du jour lui rappelait désagréablement les flagorneries d'alors... et elle en venait à se demander si la sincérité qu'elle sentait dans la voix du jeune homme était aussi réelle qu'elle le croyait...

Elle ne pouvait pas commencer à en douter si tôt... Mais la confiance n'était pas au rendez-vous, elle ne pouvait le nier... autant envers lui et ses flagorneries qu'elle alors qu'elle défendait un mariage qu'elle n'avait jamais souhaité et qui n'existait à qu'à demi à ses yeux...

« Où peut-être est-ce cette réputation qui vous a fait croire que je changerai de mari comme d'autre change de clocher, mais passons, ma personne n'est pas encore le centre de cette discussion. »


Elle réfléchit un instant, laissant l'occasion à son vis à vis de parler s'il le désirait. Mais plus elle pensait à tout ce qu'il venait de lui dire, plus elle en arrivait à un constat on ne pouvait plus gênant.

« Vous souhaitez me convaincre d'intercéder en faveur de la dissolution de mon propre mariage auprès de mon mari et du clergé de Néera... Soit... Je comprend le parti que vous prenez même si dans ma position, je ne peux le cautionner... »


Elle s'interrompit de nouveau. Cherchant le ton et les mots pour ne pas blesser le jeune homme tout en se montrant assez ferme pour qu'il entende ce qu'elle lui disait. Ses doigts glissaient sur le tissus fluide de sa robe chaude, son regard vide restant braqué sur le sol. Elle se redressa légèrement sur son siège. Les bruits lointains leurs parvenaient dans l'alcôve tout comme la respiration de Rose lui criblait l'oreille. Elle hésitait encore mais devait bien s'y résoudre. Exposer ce qu'elle avait a exposer était une chose, le faire devant un tiers en était une autre...

« Rose, peux-tu nous laisser s'il te plaît ? Attend moi au bas des escaliers.
-Bien ma Dame. »

Sans une question, la jeune suivante salua respectueusement les deux nobles et quitta l'endroit. Cécilie attendit que l'écho de ses pas soit arrivé assez loin dans l'escalier pour ne plus n'être qu'un vague chuintement avant de réussir à lâcher les revers de sa jupe et de replacer une mèche qui lui collait à la joue derrière son oreille.

« Ne m'en veuillez pas de parler sans ambages mais je pense le devoir, autant à vous qu'à Missède.  Vous avez fait montre de force et d'honneur, je ne le remet pas en question. La seule personne de Clarence pourrait témoigné pendant des jours en votre faveur. Mais vous n'êtes pas prêt à vous remettre assez en question pour envisager d'autres options que la première que vous vous êtes fixée et j'ai l'impression que c'est ça, plus que toute autre chose qui nous pose problème aujourd'hui.

Vous demandez un mariage entre vous et moi pour stabiliser Missède et partez du principe que cela ne peu se passer que sans aucun heurt. Vous ne prenez même pas en compte l'affront personnel que vous faites à un homme qui n'a que son honneur pour faire grandir l'image de son nom et qui a assez de connaissances de puissance et d'alliés pour avoir été anobli et fait baron en quelques années. Vous ne vous renseignez visiblement même pas sur son tempérament si vous pensez qu'il restera calme face à une telle provocation.

Vous êtes loyal envers votre famille mais ne lui laissez pas prendre la part de responsabilité nécessaire à l'apaisement de cette situation. Pire, vous agissez comme s'il était normal que la douleur que vous ressentez à l'idée de laisser vos sœur supporter le poids du pouvoir était une raison suffisante pour les en écarter et ainsi les faire passer avant les devoirs que vous vous êtes fixé envers Missède au moment ou vous avez décidé de réunir nos deux familles de gré ou de force.

A moins que vos sœurs ne soient particulièrement peu scrupuleuses, ce que je ne pense pas, vous rendez-vous compte de la puérilité apparente de ces actes ?

A cela, vous avez ajouté la demande d'un mariage pour sceller une alliance de façon immuable tout en œuvrant pour la dissolution d'un autre mariage consacré devant les dieux...

Je vous demande pourquoi vous n'avez pas envisagé un mariage plus bas dans nos fratrie, qui aurait permis que chacun de nous garde l'héritage de son fief et de concevoir une lignée mixte pour Missède. Vous ne me répondez que par la passion que vous inspire vos sentiments à l'égare de votre famille et le peu que vous pensez savoir sur moi.

Je vous demande pourquoi ne pas avoir été plus diplomates avec cette affaire et venir en parler officieusement au lieu de mettre en branle tout le système judiciaire du Comté et vous me répondez que vous l'avez fait puisque vous avez parlé une fois à mon père... que vous avez réussi à faire sortir de son éternel flegme par je ne sais encore quel miracle.

Vous et le Conseil décidez de vous éloigner de Langehack, vous apprenez qu'Edelys tombe sous le contrôle de Missède et la première chose que vous faites c'est de créer des tension avec le seul autre grand vassal du Duché. Celui la même avec lequel nous nous sommes alliés pour venger le Duc et qui a déjà fait des démarches envers le Soltaar pour éviter de se retrouver entre le marteau et l'enclume alors que Missède est toujours en position de flottement. Peut-être n'êtes vous pas au courant de cela, mais même dans ce cas, le manque d'information n'est pas une excuse à des actes précipités.

Je ne dis pas que ce que je viens de présenter sont les seules choses que vous avez fait ni que ce résultat était voulu. Je peux comprendre les raisons de nombre des décisions dont vous venez de parler et je ne peux les juger avec un œil réprobateur tant elles dénotent de vos nobles intentions...

Mais que ce soit par inexpérience ou par immaturité, je ne sais ; vos actes reflètent la ferveur et les bonnes intentions d'un enfant capricieux. »


Durant toute son explication, elle avait essayée de se montrer la plus douce et la plus humble possible. Ses mains s'étaient mises de la partie, ponctuant d'elle-mêmes les intonations et les transitions de la jeune femme, lui laissant le champ libre pour penser à tout ça. Sa conclusion était abrupte... et pouvait même passée pour insultante, mais c'était exactement ce qu'elle ressentait. Un jeune inexpérimenté et pétris des idéaux chevaleresque d'une éducation à la fois excellente et bien loin des veules considérations de la réalité de la politique...

Elle se surpris, l'espace d'un instant, par son propre détachement. Agir avec un tel calme ne lui était pas étranger, mais cette fois, elle observait réellement le problème de la façon la plus objective possible sans se sentir opressée outre mesure. Avait-elle donc changé à ce point.... ?

« Votre cœur semble dévoué, bien que certains points m'encouragent à croire que vous êtes bien moins désintéressé que vous le prétendez. Mais en toute honnêteté, je ne vous reproche pas d'envisager cette alliance. Je vous reproche de le faire de la façon la moins propice et la moins paisible, que ce soit pour mon mari, moi, vous ou Missède.

Vous aviez l'ascendant Vous aviez en main la reconnaissance de mon père. La vie de Sire Clarence. La force que vous avez su imposé en vos terres dès vote prise de fonction. La considération du Conseil pour avoir coupé court à la guerre qui couvait. Mais au lieu de les exploiter sagement, vous vous êtes montré impatient, imprudent, incroyant et présomptueux, nous mettant aujourd'hui dans une posture très inconfortable.

Cela ne met pas en valeur les idées pour les quelles vous œuvrez, peu importe leur justesse, alors que vous avez dit vouloir me convaincre que ma place est non seulement à Missède mais à vos côtés de surcroît. »


Car c'était bien là le cœur du problème... Une obscure histoire de course au mariage de façade... Elle aurait voulu qu'on la laisse enfin en paix, sur l'archipel de son époux, dans son fief ou même à Lourmel. Qu'on la laisse redevenir l'intendante qu'elle avait été. Encore mieux : la musicienne qu'elle avait été. Qu'on l'oublie dans un coin pour ne plus s'occuper de sa vie. Elle aurait voulu se faire prêtresse et être déliée de toute considération politique... mais cela n'était que lâcheté et rêveries pour l'heure.

Sa vie personnelle était bien moins morne qu'elle ne le laissait paraître, pourtant elle tentait de faire en sorte qu'il n'y voit rien d'autre qu'un mur sans accroc. Elle traitait les questions avec objectivité mais ne voulait pas qu'il ajoute encore à cet imbroglio complexe...

Et pourtant...

Irys lui avait un jour fait comprendre qu'il n'existait aucun impossible. Seulement des choix attendant les bonnes personnes au bon moment car les choix qui nous impactent le plus sont rarement de notre fait... Défaire le mariage qui la liait à Enrico... Peut-être était-ce pour ça que... non.  Il  y avait tant d'erreurs, tant de problèmes dans ce plan pour le moins machiavelique...

« Et même... Supposons un instant que je ne sois pas opposée au projet. Supposons même que j'y soit plutôt favorable. Vous rendez vous compte des détails épineux que cela soulève ?

Le droit de quittage ne concerne que le fait que Missède reconnaisse cette union et admette ses descendants comme ayant une légitimité à hériter. Même en oubliant la présence de la Duchesse du Médian, de la Duchesse de Soltariel ou de la Baronne d'Etherna qui ont été témoins de ce mariage, la cérémonie a été dirigée par Sa Bienveillance en personne. J'ai déjà prêté serment devant Néera, de lier ma vie à celle d'un homme.

Et vous demandez à ce qu'un tel serment soit brisé parce que j'en ai le droit... ?

Et si ce mariage était bel et bien annulé, vous épouseriez une parjure ? Une femme de mauvaise réputation ? Un femme qui a quitté son époux à la première occasion et qui pourrait transmettre une tare innommable sur toute la descendance comtale ? Tout cela parce que vous estimez que je suis le pilier le plus solide de ma famille ?

Et même encore une fois si vous acceptiez de supporter toutes les retombées que cela implique, quel sera le nom de la lignée qui dirigera Missède. La lignée d'Ethin c'est bien cela. Après tout, je ne serait que votre femme, les descendants que nous pourrions avoir porteraient donc votre nom et ce serait votre famille qui serait légitimé au rang de lignée Comtale. Les de Laval seront les prochain de la Courcelle alors ? Une lignée suppléante chargée de prendre la suite en cas d'extinction de la branche principale ? »


Bien loin du projet idyllique avec lequel il semblait arrivé, elle ne voyait que le débuts d'embêtements centenaires. Mais puisqu'il était question de politique, elle était resté sur l'aspect politique, n'amenant même pas la réflexion jusqu'à la vie qu'il lui offrait. Enrico n'était pas des plus aimable ni des plus aimants, mais c'était exactement ce qu'elle cherchait au final. Il lui laissait une grande liberté, il la traitait bien et ne l'écartait pas systématiquement des décisions de par son statut de femme. Elle avait eu de la chance dans son malheur et était parfaitement consciente que cela aurait put être bien différent. Alors aller risquer cela dans quelque chose d'aussi hasardeux, même si elle avait consenti à intercéder pour faire en sorte qu'Enrico la répudie, c'était une chose qu'elle aurait jugé bien stupide...

« Si vous souhaitez prendre le temps de réfléchir à tout cela et que nous en reparlions un jour ou nous serons tous deux moins las, cela ne me dérange aucunement. Quelque soit votre avis ou vos objections du moment, ma porte ne sera pas fermée. Mais comprenez vous à présent à quel point cette entreprise et la façon dont vous l'imposez m’apparaît comme absurde ? »
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mar 14 Fév - 5:04




Ernest resta d’abord silencieux face aux quelques insinuations infondées, brocards et autres remarques bilieuses de la baronne. Les feux que vous me reprochiez plus avant semblent vous animer à présent, Votre Honneur, pensa le seigneur d’Ethin. Tentant de suivre la jeune femme dans les méandres abscons de son raisonnement, il resta immobile et silencieux, ne l’interrompit jamais, pourtant chaque insulte à son encontre noircissait un peu plus son regard. Lorsqu’elle eut terminé, il soupira finalement de désabusement. « Il y a méprise, Votre Honneur. Mes sollicitations à votre égard avaient moins pour objet de me servir moi-même que de repêcher votre propre personne. Lorsque vos titres et droits sur Beaurivages vous seront retirés par la cour, que le contrat de mariage sera rompu et votre monde réduit à une île de la mer Olienne, c’est vous qui demanderez la dissolution de votre mariage ; vous ou votre époux, d’ailleurs, lui qui se trouvera particulièrement lésé dans l’affaire ; à moins qu’à ses yeux, un amour courtois ne parvienne à chamarrer d’un désir infaillible son épouse aveugle, et sans titre et sans dot. Vous me parlez de sa sensibilité de nouveau noble comme si elle devait être ménagée jusqu’à faire fi de nos lois et coutumes. Vous palabrez de la responsabilité de mes sœurs et vous semblez oublier mes droits et devoirs de seigneur du Rocher. Vous envisagez d’unir nos familles tout en pensant me rendre service. Que de confusions.


Mais plus que tout, Votre Honneur, vous osez me convier à un rendez-vous sous couvert de vouloir me connaître, et voilà que je me trouve, ici, à la nuit tombée, face à une femme que je rencontre pour la première fois, insulté comme jamais auparavant je ne l’ai été. Puérile, ignorant, inexpérimenté, capricieux, impatient, impie, vaniteux, absurde ; en ai-je oubliés ? Je dois bien vous accorder une certaine aisance dans l’outrage. Vous voulez une alliance mais vous la voulez douce, conciliante et confortable ; il aurait fallu la demander avant que votre famille ne se fourvoie dans le parjure. Vous avez l’audace de m’intimer de corriger une situation dans laquelle vous et les vôtres vous êtes empêtrés de vous-mêmes. Mais pour qui me prenez vous ? Avez-vous un commentaire à faire sur le fait que votre union s’est faite sans l’autorité du Comte ? Pis, qu’elle ait eu lieu alors qu’il était incapable. Louvoyez autant qu’il vous sied, nous n’aurions pas cette conversation si votre mariage n’était pas frauduleux. Les lois divines ne se supplantent pas aux lois terrestres, vous le savez bien. Moi, incroyant ? Alors que vous utilisez le nom de la DameDieu pour étouffer votre parjure et vous protéger de la justice des hommes. Que Néera vous garde ; il est si triste de constater la déchéance d’une lignée comme la vôtre.


Votre père sera ravi d’apprendre que vous avez amené du changement à notre situation. Car, bien évidemment, je ne saurai me résoudre à prendre votre main, à présent que votre opinion à mon égard est claire ; gesticuleuse, votre main, peu sûre et courbe, elle frelaterait la fonction pour laquelle, il y a quelques minutes encore, je vous pensais à la hauteur. En ce qui concerne cette conversion, trêve de vos questionnements stériles. Demain, la cour se réunira. Alors, tâchez d’au moins répondre à une de mes questions qui, vous le remarquerez, sera féconde, simple et dénuée d’incartades : que proposez-vous ? »




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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mar 14 Fév - 14:42

Une larme sur un visage cireux, voilà quelle fut la première réponse. Elle n'avait put la retenir.

"Il y a quelques minutes, vous ne m'aviez jamais vu..."

Dans ce retour cinglant, bien loin de répondre à toutes les questions légitimes qu'elle lui avait posé, il avait marqué un point qui la faisait tremblé d'avance : lorsqu'elle n'aurait plus pour titre et bien que ceux de son mari, et dans la situation actuelle... Il ne pourrait que la répudier...

"Peut-être ai-je, comme vos l'avez si bien dit, trop tremper dans la perfidie pour avoir ne serait-ce qu'une fois l'impression d'avoir affaire à quelqu'un de bienveillant. Venez ou repartez avec vos propositions et vos mains tendues. Jugez moi et jugez ma famille comme il vous plaira, sur un premier avis comme le font bien des gens ou sur toute une vie si vous en avez le temps. Cela ne change aucunement la sincérité de mes doutes ni les questions aux quelles j'aimerai avoir des réponses..."

Parjure, déchéance, voilà qu'elle se mettait à comprendre l'état de son père à l'égare de cet homme accusateur même si elle ne pouvait cautionner sa réaction.

Elle pensait pouvoir s'enfermer dans un mariage de principe pour pouvoir ne plus avoir à penser à son avenir... Et voilà le mariage qu'elle avait tout fait pour éviter allait peut-être lui faire perdre tout ce pourquoi elle avait œuvré. Toute cette douleur... Toute cette attente... Toute cette violence... Pour voir partir en fumé jusqu'au droit de son sang. Jusqu'à ce que même son père n'avait pas réussi à lui ôter... Alors que cette idée s'insinuait dans ses veines, sa respiration devenait aussi tremblante que ses mains et sa voix blanche arrivait à peine à tenir le coup...

"Je... Je vous prie de m'excusez si vous n'avez put supporter la franchise de mes mots. Je vous l'ai dit... je ne remet pas en cause votre bonne foi... Mais... Je... Mais cette situation m'a été rapportée sous un angle que j'essaie d'éclaircir."

Elle déglutit, la bouche sèche. Ses oreilles bourdonnaient. Il fallait qu'elle se calme... Ce n'étaient que pur spéculations... Elle voulu se lever pour faire quelques pas, mais à quoi bon? Cela n'aurait servit qu'à risquer un accident...

" Je ne... voulais pas... "


Sa main tremblante se porta sur la broche rouge et or qu'elle portait sur le coeur. Sa respiration lui échappait totalement. Elle tendit la main qui n'était pas crispée sur le bijoux vers l'avant, suffoquant.
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mer 15 Fév - 2:01




Il frissonna. Les larmes d’une aveugle avaient quelque chose de déroutant. Elles apportaient du vivant à un regard autrement mort ; un signe de vie, une lueur d’existence, derrière deux lucarnes que l’on avait jusqu’alors tenues pour éternellement condamnées. Ernest ne put résister à s’abîmer dans la contemplation des yeux humides et clairs de la baronne. Ces larmoiements la rendaient si singulière et si humaine ; à moins que cet effet ne résultât de la souffrance qui les accompagnait. Elle disait vouloir des réponses et se raccrochait irrémédiablement à des questions qu’aucun augure n’aurait osé aborder. Ernest resta silencieux. Il commençait à comprendre que rien qu’il eût pu dire ne changerait les choses. La justice du Comte sera rendue. Le contrecoup du rétablissement légitime de la situation aurait des conséquences graves, certes, mais « l’absurdité » de la situation, son caractère « épineux », n’étaient en rien à imputer à quiconque d’autre que les de Laval eux-mêmes ; Ernest, tout comme son suzerain, se trouvait mis aux prises par la mort et ses épreuves funestes alors que ce mariage subreptice fût célébré hors de ce pays. Au final, ce n’était sans doute pas Ernest qui pourrait éclaircir les choses pour la demoiselle de Beaurivages. Avait-elle seulement questionné son père comme elle venait de le questionner lui ? Pourquoi celui-ci avait-il négligé de demander l’autorisation du Comte ? Pourquoi avoir marier l’héritière de Beaurivages alors que son suzerain était incapable ? C’étaient bien ces questions-là qui demandaient réponses, plus que toutes autres.



Par réflexe, Ernest prit la main tremblante qui se tendait vers lui. Quelle ironie ! Lui qui venait justement de la refuser quelques minutes plus tôt. Mais la baronne semblait défaillir. Ernest se leva, tenant toujours la main de la jeune femme dans la sienne. « Suivante ! » s’écria-t-il à l’adresse de Rose. Son appel résonna dans toute la bibliothèque. « Vous avez besoin de sommeil, Votre Honneur. Demain s’annonce rude. » Puis, lorsque la demoiselle de compagnie les rejoignit, il ajouta à l'attention de celle-ci : « Il semblerait que la baronne ait besoin d’air et de repos. » Ernest aussi, d'ailleurs, mais il doutait qu’il arriverait à fermer l’œil de la nuit.




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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]   Mer 15 Fév - 16:57

Au bord de l'évanouissement, la respiration de plus en plus haletante de la jeune femme ne lui permettait pas de reprendre pleinement conscience du monde alentour. Elle ne pouvait que se cramponner douloureusement à la main qui avait saisit la sienne, écrasée par l'énormité de la situation, tremblante comme une feuille.

A l'appelle de la voix d'Ernest, une porte claqua. Rose était près d'elle en un battement de cil.

" je suis désolée... " parvint-elle a murmurer entre deux  inspiration fébriles.

La suite elle ne s'en souvint que d'une façon on ne pouvait plus flou. Elle était resté avec Rose durant un long moment avant de rassembler assez de force pour rentrer au manoir et s'effondrer presque aussitôt la porte passée. Mais toujours cette question l'obsédait...

Deux heures plus tard pourtant, elle était bien réveillé, l'esprit tournant à une vitesse folle sur toutes sortes de futurs possibles. Même s'il n'y avait qu'une chance infime pour que le Conseil décide de rompre une alliance qui le mettait en position de force face à Langehack et leur donnait une forte d'entrée préférentiel sur l'Ithri'Vaan sans perdre du terre ni bien ni titre, cette chance infime prenait des dimensions énormes, envahissant tous les autres possibles...

Une fois son père rentré, elle ne tarda pas à lui poser les questions qui s'imposaient. Pourquoi? Comment? Que se passerait-il? Et dans la situation qui était la leur au moment de la signature du contrat, elle pouvait comprendre que l'approbation d'un des Juges de Missède lui ai paru suffisant. Le recourt même à son concours et à son approbation faisait même preuve de la bonne fois du seigneur étant donné que le Juge en question aurait du le rediriger vers le Comte ou tout du moins Richard. Une fois fait, la grandiloquence du jeune Ethinien lui parue une fois de plus exagérée. Il parlait et agissait comme s'il était déjà comte. Il jugeait et questionnait sans répondre, attaquant du verbe les gens au lieu de pointer et de corriger leurs actions.

Agressif. Emporté. Imbu... Cela faisait beaucoup, même pour les qualités qu'il avait démontrer dans les ennéades passées. Il n'en restait pas moins qu'il fallait composer avec lui car les options que son père pouvait finir par envisager ne faisaient pas partie de celles de la jeune femme.

Si demain, la décision définitive tombait, il fallait que les choses soient tranchées avant que la balance ne penche d'un côté ou de l'autre... Et elle regrettait réellement que tout ce soit déroulé de la sorte alors qu'elle attendait réellement des réponses et non pas une agressive répartie... Mais en un sens, des réponses, elle en avait-eu. Et ce n'était pas sans une douloureuse reconnaissance qu'elle repensait à ces accusation, en partie infondées, qui avaient put lui ouvrir les yeux.

D'un autre côté la nuit était déjà assez avancée... Et cette fois difficile de faire sans Jindanor... Aussi se décida-t-elle à envoyer d'abord un nouveau billet avant d'affronter la fureur du géant :



Messire,

J'espère que vous ne garderez pas longtemps rancune, autant de mes mots abruptes que de la façon dont nous avons du écourter notre entrevue.

Je vous remercie d'avoir accepté de me rencontrer et d'avoir partagé avec moi votre point de vue, même si je regrette que le mien ait été mal perçu. Il n'en reste pas moins que vous m'avez apporter certaines choses que je n'avais pas du tout pris en compte et qui changent considérablement ma façon d'aborder la question.

Votre proposition est bien plus honnête qu'elle ne le semblait et je suis navrée d'avoir douté de vos dires.

Il me semble que vous n'étiez pas opposé à ce que nous discutions de ce qui se passerait demain que ce soit à la cours ou au Conseil. Si vous en avez encore le désire, considérez moi comme à votre disposition jusqu'au début des rencontres officielles de demain.

Les Cinq vous gardent malgré tout et puisse Néera vous aider à trouver la bienveillance de me pardonner.
Cécilie de Laval



C'est à près minuit que le message arriva a bon port.
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Ne jamais juger un livre d'après sa couverture | Ernest [terminé]
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