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 De ce même sang | Judith

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Charles d'Hardancour
Humain
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Personnage
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MessageSujet: De ce même sang | Judith   Lun 30 Jan 2017 - 17:21


Note:
 

Or donc, je vis alors ma mère, promptement amenée sur le lit; d’une pâleur de mort, j’aurais cru qu’un avorton parmi ces traîtres de Kelbourg et d’Arétria eût tenté quelque magie noire sur Mère, si ce n’était notre médecin qui m’assurait du contraire. Douleurs au ventre, dues encore à la perte prématurée de l’enfant lors de la fausse couche d’il y a quelques jours. Au Baran, ces accords ! Au Baran, ces mutinés et ces traîtres conjurés ! Je n’allais pas brader le Marquis pour une guerre. N’avions-nous pas suffisamment souffert de celle-ci ? Je pensais brièvement à feu le duc Oschide, à son épouse, et à sa sœur. Le Langecin était un allié prometteur, et combien de fois mère nous louait les avantages de s’acoquiner avec ce pays au savoir riche et à la culture réputée.

Non, par Néera. La guerre, peu importe les illusions, n’apportaient point d’avenir, elles apportaient la mort.

« La mort…»


« Elle est réveillée. Apportez-lui de l’eau ! Mère. Mère ! »
, me suis-je exclamé.
« Mon fils...»
Elle prit une longue inspiration. Une ombre passa sur son visage « Le...Le conseil, est-il terminé ? »

« Non, mère. Le prince de Merval l’a ajourné, le temps de s’assurer de votre bonne santé- »


« Alors, il est encore temps d’empêcher la guerre. »


Que voulait-elle dire ? Sûrement m’a-t-elle vu refuser à ces rustres l’engagement de Sainte-Berthilde dans cette ruineuse expédition au Médian. Peut-être que le choc lui avait fait oublier.

« En effet. Mais ne vous inquiétez pas; ma position est clai- »

Elle leva la main. Clairement; il était dur pour elle de parler, mais déglutissant difficilement, elle tenta de parler.

« Les esclavagistes du Médian ne reconnaissent ni Néera, ni le Roi -quand bien même son chancelier fût celui que l’on vit. Ce n’est pas de cette guerre, qui ne relève vraiment que de la brève incursion punitive, que je veux vous dissuader de faire. Louis, mon fils… Votre père et moi nous sommes fait une promesse. »


Toussant, elle tenta d’agripper le verre d’eau avec difficulté. Je l’aidais dans l’opération, écoutant attentivement son avis.

« La promesse que ce qui arriva à votre frère, mon pauvre Louis, n’arrive n’a aucune autre famille de Sainte-Berthilde, fut-il de notre domaine ou celui de nos vassaux. Qu’aucun de nous ne meure dans une guerre fratricide, sans sens aucun. Père ? Père ! »s’exclama-t-elle d’un accent tragique. « N’étiez-vous point celui qui m’enseignât l’amour du Royaume d’Ulthuant ? Devrions-nous sacrifier cet amour pour préserver l’Ogre du Médian et ses sbires ? Est-ce là la thèse que vous comptez soutenir au chancelier devant nos pairs ? Si ce conseil se solde en guerre fratricide; j’espère que vous saurez vous justifier également, avec une harangue semblable, devant Tari, vos pères et vos frères... »

*

Et tu la regardas, toi, le vieil homme, le père qu'on ne regardait guère, le vestige d'une noblesse révolue, aux humeurs vacillantes entre la peur de la perdre et la colère de l'avoir gardée, alors que tu te rendais compte du subterfuge. Passant de cette terrible et terrifiante peur de perdre ton unique fille, celle qui venait de s'effondrer devant lui, Charles avait prié, tant prié en si peu de temps, pour qu'elle ne lui soit pas enlevée, pour que, pour un peu de temps, sa présence lui soit laissée. Mais lorsque le vieil homme vit que c'était là une farce, une immense colère s'empara de lui, une furie mêlée de soulagement - il est vrai. Le vieil homme demeura silencieux, mais le regard en disait tant, avait-il vraiment besoin de lui formuler le fond de sa pensée ? Devait-il l'informer qu'une fois cela fini, il lui ferait regretter de l'avoir ainsi effrayé ?

« Je te rappelle, ma fille, que j'étais aux Champs Pourpres. Il n'y a personne dans cette assemblée qui désire, plus que moi, faire payer à ces traîtres leur infamie. Mais je ne tolérerais pas qu'on agite le titre de marquis comme la pâté d'un chien. En cela, je respecte le choix de mon petit-fils, seigneur et marquis. »

« Mère...Oh ! Chère mère, que vous-ai-je donc fait pour que vous me traitiez ainsi. Ne m'avez-vous point enseigné les vertus de la paix et les maléfices de la guerre...Ne devrions-nous point chérir cette paix si durement payée par le prix du sang de mon frère. Pourquoi devrais-je mener tant de ces hommes à la mort...La vie leur est-elle si insupportable qu'ils souhaitent l'achever sur un champ de bataille, loin des leurs, loin de leur pays ? »

« Détrompez-vous, mon fils, car c'est bel et bien la paix que je recherche. Ainsi qu'honorer la promesse que j'ai fait à feu votre père. Or donc, n'ayez point d'illusion sur cette guerre contre le Médian ; la plupart ne sont qu'indécis, mués par l'inertie et la peur de l'Ogre. D'habiles négociations arrêteront net cette absurdité; Mais qui arrêterait la folie d'une nouvelle guerre fratricide ? Nous ne sommes pas les seuls à avoir perdu un fils ou un frère, ne l'oubliez jamais. Demandez conseil à d'autres si vous le voulez, mais ultimement, n'oubliez pas que l'avenir de ce marquisat dépend de votre jugement. »

Louis s'effondra sur un fauteuil, ployant l'échine sous le poids de la décision. Une main vint soutenir son front, son coude se vissant sur l'accoudoir. Charles, droit et digne dans son austérité, s'approcha de lui. Un genou vint toucher le sol, les yeux du doyen de la noblesse se rivant sur ceux de son petit-fils.

« Tous ces hommes, dehors, donneraient leur vie pour voir le royaume réunifié, Louis. Ne leur reproche pas d'accepter de se sacrifier pour que l'avenir soit favorable à leurs enfants. Mais sais-tu, monseigneur, pourquoi nous sommes réunis ? Il n'est point ici de vengeance, mais de justice. Nimmio de Velteroc et Blanche de Hautval ne se sont point soulevés contre l'arbitraire et la tyrannie. Ils ont marché sur les armées de la régente, l'ont renversée, et ont chassé le Roy de sa demeure. En dépit de tout ce qui est sacré, de tout ce qui a fait de notre royaume ce qu'il est, ils ont chassé le Roy de sa demeure, et ont abolis les droits de sa dynastie. Rejetant le droit, Nimmio de Velteroc a voulu se faire proclamer Roi. Après son échec, ce fut au tour d’Harold d'Erac. Est-ce cette Péninsule et ce royaume que tu souhaites, Louis ? Un monde où n'importe quel opportuniste souhaite s'arroger la couronne ? »

« N'est-ce point-là ce que Père a fait ? » répondit Louis.

« Même si ton père avait tort, il n'a point agi pour le pouvoir, et c'est là la seule consolation que tu aies à tirer de la décision qu'il prit. Et lorsque plus rien, en ces terres royales, n'allait, lorsque l'armée décimée et le peuple affamé n'avait ni roi, ni régente pour le soutenir, un baron viager a émergé de l'obscurité, et sous prétexte de défendre les intérêts des siens et ceux du Roy, il a poignardé l'institution monarchique dans le dos, devenant le pilier de leur Ligue. Ne vois-tu pas en leurs actions suffisamment de raisons pour rétablir la justice du Roy ? Que penser d'un homme qui argue la non-légitimité d'un Roy en se basant sur les paroles d'un vieux mage fou prétextant être multi-centenaire ? Que penser d'une femme qui se rebelle pour faire valoir les droits de ses filles au trône lorsqu'un mâle prime sur la succession ? Que penser de celui qui, au lieu de défendre la stabilité et la continuité des terres royales, les trahit et se fait élire duc ? »

Charles se releva, se tournant vers Judith. Il posa sur son épaule une main attentionnée, douce et ridée, endommagée par le temps et la nature. L'un de ces rares instants, où l'on se rappelait que malgré tout, malgré son devoir et son honneur, Charles demeurait un père. Louis, les yeux rivés sur le ciel brouillé par le verre de la fenêtre, demeurait immobile. Une main s'était accrochée à l'accoudoir, l'autre siégeait juste sous son nez, les doigts repliés sur ses lèvres.

« Mère. Penses-tu que Père a menti à propos de Bohémond Ier ? »

*

Judith inspira profondément. Le poison n'était pas particulièrement virulent, mais il aurait bien failli la tuer eût-elle avalé une goutte de plus. S'appuyant sur la main de son père d'une part et sur le lit de l'autre, elle tenta de se mettre en position assise. Prenant quelques secondes pour reprendre ses esprits, elle commença :

"La mort d'Arsinoé et de son fils est une certitude. Bohémond n'a pas survécu à ce naufrage, la logique le veut, mais les preuves n'abondent point. Une chose est sûre néanmoins : la vie de ce chancelier ne tient qu'à celle de l'existence de cet enfant ; il avait, en effet, tout intérêt à le garder vivant. Mais encore une fois, sa mort ne tient point d'un fait public. Et tous les nobles que Godfroy tenta de rallier ne firent que lui rappeler cet état de fait. Peut-être avait-il quelque savoir qu'il ne comptait divulguer que lors d'une confrontation; mais c'est un secret qu'il emporta dans sa tombe. J'ai également mes propres théories, mais père a raison : les 'théories' ne justifient ni un soulèvement, ni une félonie; une enquête, sans doute. "

Judith repensa aux propos et affirmations d'Arthur de Mélaisinir et de maître Nakor, avant de les balayer d'un revers de main mental. Ce n'était pas le moment pour en parler. Elle fixa Louis droit dans les yeux, comme elle fixait naguère son mari lorsqu'elle tentait de le convaincre.

"Je me répète donc, mon fils. Le choix est vôtre. Soit vous considérez cet homme comme le régent, et cet enfant comme le Roi, auquel cas il n'y a plus à discuter; nous ramènerons les Ligués à la raison, participant ainsi à réunifier le Royaume et assurer sa pérennité, et pourrons enfin participer au pouvoir royal, ainsi que nos prérogatives nous le permettent."

Elle se tourna vers son père, continuant d'un ton égal.

"Ou nous refusons la proposition du Chancelier, refusant de nous rabaisser à un tel marchandage. Et nous prierons les Cinq de ne pas avoir eu tort de nous retourner contre nos propres compatriotes, contre un Roi qui pourrait bien être légitime aux yeux de la Damedieu."

*

Ce n'est point si insensé, Mère. N'avais-tu point raison en cet instant, là où tu affirmais que, finalement, ce qui faisait du Roy son identité reposait sur le nombre de ses partisans et de ceux qui le reconnaissaient. Finalement, que restait-il de ceux qui croyaient le Roy mort, maintenant que Père n'était plus de ce monde. S'étaient-ils cachés, avaient-ils fuis, ou s'étaient-ils tous rendus compte de leur incapacité à penser par eux-mêmes, ces hommes et ces femmes qui, aujourd'hui, se trouvent face à moi, prêts à tout pour me destituer. Peut-être Père avait-il menti, peut-être que non, mais aujourd'hui, je suis sûr de pouvoir affirmer qu'il avait raison d'avoir agi et pensé ainsi, car sans lui, notre terre serait aujourd'hui divisée.

« J'ai...besoin d'être seul. »

Et je quittais ce salon, ces quatre murs décorés renfermant le plus beau des mobiliers. Les murs me semblèrent si vides pourtant, ces pierres blanches et ces tapisseries écarlates. Le temps ne semblait plus s'écouler autour de moi en cet instant, et je ne saurais dire combien de temps je pris pour parcourir les quelques mètres qui me séparaient de ma destination. Quelques marches abruptes et un sombre couloir, voilà au bout de quoi tu te trouvais, toi, siégeant dans le calme et le silence de la sérénité. Tu n'avais plus à t'en soucier en ce jour, car quel qu'aurait été tes dires aujourd'hui, ils n'auraient point servis le destin de cette terre. Aurait-ce été par fierté, par orgueil ou par conviction, tu aurais répété ce que tu pensais, ce qui, finalement, s'avérait être vrai mais que personne n'avait su remarquer. En ce jour, ce n'était plus la légitimité qui faisait un roi, mais le nombre de ses soutiens, car ne sachant point finalement qui il était, c'était à la taille de son épée qu'on jugeait la qualité d'un combattant.

Et l'on t'a blâmé, toi, mon Père, pour formuler tout haut ce que tes détracteurs se sont pressés de démontrer. Mais je ne suis point toi, Père. Tu croyais en le Roy par tradition, j'y crois comme un dieu, car c'est ce qu'il est, sacré dans sa personne, saint dans son esprit, faisant l'objet d'un culte au nom duquel on accomplit le plus beau et le pire. N'aurais-tu point pu me dire de vive voix que tout cela allait arriver ? Mais pourtant, oui, tu le fis. Tu me mis en garde contre le cœur sombre des hommes aveuglés par leurs principes, soumis à leurs bas instincts et leur condition. Aide-moi, Père, sors de ce gisant, toi qui enterra tant de tes prédécesseurs.

Tu m'avertis, un jour, en ce même lieu, que régner n'était point une affaire de bien ou de mal, mais de nécessité. Tu me mis en garde contre l'avenir et contre ce jour, où j'aurais à prendre des décisions, non en fonction de mon cœur mais selon ma tête, à ne point laisser la passion dominer la raison. Je me rends compte aujourd'hui qu'il n'y rien de plus vrai. Et j'aimerais te maudire d'avoir eu raison, ô mon père, comme je le voudrais. Pourquoi m'as-tu abandonné en cet instant où j'ai le plus besoin de toi, où ni Mère, ni son père ne peuvent m'aider. Mais c'est ainsi et que puis-je y changer. Est-ce la colère ou la peine qui provoque la chute de ces perles salées sur mes joues, Père ? Réponds-moi, car je ne le sais guère et je ne le saurais probablement jamais.

Voilà que je remonte les marches, incertain de la sagesse que j'ai trouvé en ta silencieuse compagnie. C'est sans un mot que j'invite les miens à me suivre, sans un mot ni un regard que j'en viens à presque ordonner à ma mère de me suivre, et à son père de faire de même. C'est avec les yeux perdus dans le blanc de la pierre de nos murs que je traverse ce hall, sentant sur moi les regards de mes hommes. Et c'est sous les regards inquisiteurs et curieux de l'assemblée que j'ai descendu les marches de Cantharel, prononçant ces quelques mots qui me coûtèrent toute la force du monde.

« J'ai pris une décision. »



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