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 Critique de la faculté d'élire [Niklaus]

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MessageSujet: Critique de la faculté d'élire [Niklaus]   Lun 30 Jan 2017 - 22:13


Monsieur le duc,

Je tiens à vous remercier de la sympathie dont vous faites preuve envers Sainte-Berthilde, et c'est avec bien du regret que je ne pus vous rencontrer à la suite de votre dernière visite à Cantharel. J'espère que vous excuserez mon retard, et accepterez ce prétexte que le marquisat peine à retourner, du deuil, au quotidien auquel nous autres pauvres et humbles serviteurs de la Damedieu sommes astreints. Aussi, permettez-moi également de prendre la plume, non pas en tant que marquise - que mon mari repose en paix, mais en dame amie de la sagesse et du savoir sous toutes ses formes.

Je voudrais également commencer cette lettre en soulignant les qualités des publications altenbergeoise en matière de géographie et d'administration, et bénir le moine néerite qui copia les exemplaire que j'ai actuellement en ma possession. La méticulosité, la fidélité et la précision descriptive des œuvres provenant de votre pays et des terres du Garnaad, que j'eus le plaisir de lire, sont, sans conteste, un exemple à suivre pour l'ensemble du pays péninsulaire; il ne fait nul doute que l'Histoire se souviendra de vous comme d'un administrateur de génie, qui fit de ce qu'était, initialement, guère plus qu'un soulèvement militaire de nobles conjurés, une machine politique à l'organisation rodée, dotée d'une structure d’État cohérente, si tant est qu'il est possible de parler d'états -au pluriel- à l'instar de l'Estrévent ou des lointaines cités naines dans notre Royaume supposé uni de la Péninsule.

Si vous êtes le destinataire de cette lettre plutôt que vos égaux de Hautval et de Velteroc, c'est bel et bien parce que de tous, à partir des opinions que je pus glaner dans le Berthildois et en dehors, qui ne considérez pas un retour à la royauté insensé. Vous qui rencontrâtes feu mon mari et lui annonçâtes que vous ne sauriez approuver une guerre de succession ruineuse, il me semble que vous n'êtes qu'à un pas de reconnaître la nécessité de ce Bohémond dont vous ne reconnaissez point les droits. Mais dites moi, M. le Duc; n'y a-t-il point un devoir d'enquête préalable avant tout soulèvement ? Matière à procès ? Devrions-nous nous arroger le droit des Dieux et décider d'un décret sans que justice soit d'abord rendue ? Il me semble que l'unité du Royaume (et par extension, sa souveraineté et sa pérennité) dépende du respect d'une telle notion. Si je me permets d'écrire ses lignes malgré les positions de feu mon mari, c'est bien parce que la raison nous commande, après nos enquêtes et nos réflexions, que les preuves de la mort du Roy n'abondent point, a contrario des rumeurs et des prétentions. Pour peu que les différentes parties intéressées eurent reconnu ladite notion, et différassent leurs présomptions jusqu'à ce que les enquêtes soient terminées et les sentences rendues, la Péninsule aurait sans doute répondu à la menace drow d'une voix unie.

Longtemps ai-je tenté de justifier les raisonnements de mon mari, ainsi que ceux du Médian - qui, vous en conviendrez autant que j'en conviens, sont similaires et n'avaient pour but que d'instaurer un souverain légitime-, mais la traditionnelle incohérence des hobereaux du Nord comme du Sud nous impose de redéfinir la notion de légitimité. Nous proposons à Monsieur le duc les quelques pistes de réflexion auxquelles nous réfléchîmes également :

_Un roi est-il défini par sa faculté d'unifier le peuple, ou par son sang ?

_Le sang n'est-il point supposé suffir à lui-même pour unifier la noblesse ? Ne devrions-nous point établir une législation gravée dans la pierre, plutôt que d'écouter les dires infondés de personnes scrupuleuses ou non ?

_Un roi criminel -usurpateur s'entend- mérite-t-il d'être soumis à la Justice avant d'être présumé coupable ?


Ne voyez en ces interrogation nul procès; croyez bien en mon intention de comprendre les réserves vous poussant à cette neutralité mentionnée dans les correspondance avec mon mari, que Tari le garde. Il me plairait également de parler de votre essai sur la monarchie élective, néanmoins mal m'en prendrait de vous encombrer d'un second vélin sans votre intérêt à poursuivre cette discussion.

Je vous prie de croire, Monsieur le duc, en l'expression des mes plus respectueuses salutations.
Judith d'Hardancour
Marquise-mère de Sainte-Berthilde

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Critique de la faculté d'élire [Niklaus]   Sam 4 Fév 2017 - 0:26




Maison Altenberg

Monsieur Niklaus Anasis Termal D'Altenberg


Votre Grandeur,

Votre lettre m’a surpris autant qu’elle m’a touché. Je n’ai reçu que bien peu de nouvelles du marquisat, et j’avais pensé que mes condoléances étaient restées lettres mortes. Je ne sais quelle opinion vous avez de ma personne et je ne sais ce que vous avez retenu de nos relations avec votre époux. Malgré nos désaccords, j’avais pour Monsieur votre mari un respect pour sa ténacité et pour sa fermeté. Bien que nous n’ayons pas réussi à trouver de terrains d’entente en particulier sur ma neutralité envers l’héritage de la couronne, j’ai vu la grande force de caractère avec laquelle votre époux défendait votre domaine et votre famille.

Si beaucoup ont dû voir dans ma démarche un geste ayant de simple fondements politiques, je vous prie de croire Madame qu’il n’en est rien et que ma proposition n’est pas qu’une petite phrase intéressée. Si mon geste fut nécessairement politique par mon rôle au sein de la Ligue, il n’empêche que la volonté que je souhaite imprimer à la Ligue en l’absence de couronne est de se montrer ouvert au dialogue, prompt à renouer les liens péninsulaires pour former une union permettant une sortie pacifique du conflit de succession que nous avons vécu.

Mais bien au-delà de ce vœux politique, je tiens à vous exprimer que mon soutien personnel à ceux d’entre nous souffrant d’une disparition est sincère. Surtout en ces temps troublés. Sachez donc Madame que ma porte vous est ouverte, ainsi qu’à votre famille, car les nécessités de la politique ne sauraient mettre au second plan l’honneur et le discernement.

J’accueille avec humilité et en vous remerciant les compliments que vous me faites sur les différents écrits que ma famille et moi-même avons tenté de donner en partage, ou avons commandés à de bien plus savants que nous. Ma famille ne dispose d’aucun patrimoine plus grand que l’application que nous mettons à essayer de préserver et répandre le savoir, ainsi qu’à tenter d’organiser aussi méticuleusement que possible les domaines dont nous avons reçu le mandat.

Vous me faites d’ailleurs bien trop d’honneur en considérant que je suis à la source d’une telle entreprise. Tout au plus suis-je le dépositaire d’une tradition qui remonte maintenant à plusieurs siècles et une tâche dont nous nous acquittons de faire prospérer pour l’honneur du pays entier, un territoire autrefois Apre et Plaine… De la même manière je soutiens les arts naturels et humains avec le soucis et l’espérance de donner à l’Homme, par la transmission de son savoir et le raffinement de sa civilisation, une part de l’immortalité dont chaque entreprise humaine aspire. Servir la Couronne par le raffinement de ses terres, de la prospérité de son économie, des sciences et des techniques, de la force et de l’utilité du culte, voici ce à quoi mes ancêtres ont œuvré, toujours conscient qu’à chaque génération, la remise en question serait nécessaire et ayant par là même, le besoin d’un résultat tangible, quantifiable et sur le long terme.

Voilà pour les forces qui me meuvent et qui ont permis bien avant moi la constitution d’une façon d’être et d’une façon de faire dont je récolte humblement les fruits, et dont je vous remercie sincèrement d’en avoir pris connaissance.

Votre lettre m’a touché à un point que je ne saurai décrire, tant la précision et la perspicacité des problématiques que vous abordez me paraissent être la source des interrogations que je porte à mes propres actions. A ce titre je vais tenter de vous répondre aux points politiques mais également de philosophie politique dont vous souhaitez discourir. Et cela avec grand plaisir. Des trois questions de synthèse, j’essaierai de décrire mes opinions, et de trouver d’autres questions à vous retourner à ce sujet. Mais je m’avance.

Car avant cela, je vais tenter de répondre à votre premier point d’argumentaire, qui porte moins sur des notions générales que sur la situation politique actuelle, et qui vise à essayer de comprendre mes opinions et mes positions. Là encore je souhaite vous remercier de me donner cette chance de m’expliquer. Car je conçois que ma position interroge ou agace de nombreuses personnes, d’autant que j’ai bien mal réussi à expliquer mes actions, et surtout à en expliquer la réelle portée.

Permettez-moi pour commencer de souligner un point crucial de mes opinions politiques : la chute de la Couronne est une affaire scandaleuse, en ancien membre des terres royales, attaché à ses serments d’alors, j’en suis affligé. Pour savoir à qui va le tort, permettez-moi d’éclipser cette question pour le moment, j’y reviendrai pour répondre aux notions sur lesquelles vous m’apostrophez à juste titre.

Je souhaite néanmoins vous faire comprendre Madame, une chose essentielle et que chacun de ceux m’ayant conspué politiquement semble oublier : le soulèvement militaire que vous soulignez, fut à la source des douleurs les plus aigües qu’un homme attaché au domaine qu’il administre puisse avoir. Je n’accepte pas que l’on puisse douter de cela. Les personnes affirmant que mes actions sont le fruit d’un opportunisme de parvenu n’ont absolument aucune notion de la réalité de la situation du Garnaad. Ils ne se préoccupe aucunement du sort de ces territoires et ne s’intéressent qu’à savoir pour qui leur suffrage ira dans cette guerre de succession.

Car dans cette sinistre journée que nous appelons à présent les champs pourpres, c’est bien les terres royales qui furent mise à la plus rude des épreuves tant le bilan des morts fut lourd. Les champs pourpres, ce sont les terres royales. Ces terres que nous devions protéger par serment sont les lieux qui furent rougis. Les troupes qui sont décédées sont celles des terres royales. Les nobles qui ont dû en subir les conséquences parfois funestes sont ceux des terres royales.

Notre pays est encore en deuil. Le Garnaad pleure ses enfants. J’ai vécu personnellement les ennéades qui ont suivi cette bataille dans les terres royales. J’ai vécu l’intransigeance des vainqueurs, le chaos de la discorde, la vanité des perdants. J’ai vu s’ouvrir sous moi le gouffre amenant à une prompte reprise de la guerre, à plus de crimes, plus de malheurs, plus de morts, plus de destruction.

Notre ancienne capitale en ruine, le nord des terres royales devenue un repaire de brigands devant l’absence de milice ou d’armée, les milliers de réfugiés sur nos routes et dans nos églises… Tout cela est la situation que nous vivons au quotidien dans les anciennes terres royales réformées en Garnaad. Voici le pain commun auquel je dois faire face, voici la réalité des faits que nous vivons, et cela depuis. Et dans la grande vanité que l’aristocratie peut parfois avoir, certains préféraient courir après une Couronne bien plus que d’essayer de protéger le centre du royaume d’une ruine absolument totale.

Nous n’avons pas fui devant la difficulté comme l’essentiel de l’armée royale partie vers le Soltaar. Nous n’avons pas flanché. Nous sommes restés et avons tentés, dans cette adversité totale et alors que des forces immenses existaient pour nous faire taire, de ne pas accepter un fourvoiement de nos valeurs et une destruction de nos territoires, annexé de fait à l’un ou à l’autre.

Car l’on ne parle que bien peu de tout cela, et l’on m’accuse de déposséder le Roi de ses biens. Mais quand je regarde autour de moi parmi mes détracteurs et voisins je vois que chacun a récupéré qui son territoire, qui sa baronnie dans les terres royales.

Il m’a fallu à la suite du conseil de Diantra prendre les choses en main. Car il me paraissait évident que les terres royales allaient verser dans la corruption la plus crasse et que mes propres amis de toujours, nobles comme moi, allaient céder à l’un ou à l’autre dans l’espoir de trouver une échappatoire. Car il devenait clair que nos vies étaient même en danger tant le climat politique d’alors convergeait vers une purge.

Sans haine mais sans faiblesse, nous avons travaillé à nous réunir, à parler d’une seule voix et de limiter tant bien que mal notre déclin et notre dispersion. En reconnaissant le fait des armes qui voulait que nous fussions perdant, nous refusions pour autant de reconnaitre l’annexion pure et simple de ces terres. Nous sommes arrivés à un compromis permettant de laisser le cœur des terres royales indépendant et ainsi de parler en notre nom. Par nous-mêmes et ceci non pour éclipser la Couronne, mais en l’absence de cette dernière. Aujourd’hui chaque territoire a repris à son compte l’autorité royale. Nous le voyons bien puisque chacun se fait fort d’user et d’abuser de l’autorité qui fut régalienne. Nous seuls avons pris le parti d’écrire clairement les conditions de cette reprise de l’autorité régalienne, d’en expliquer la façon de procéder et de fixer la manière d’en décider de son utilisation.

Voilà pour ce qui est de ma vision de notre passé récent et des conditions qui m’amenèrent à négocier une paix visant à éviter la disparition pure et simple des terres royales dont je suis à l’heure actuelle, le représentant par la confiance que m’ont accordé mes pairs. C’est pour cela et pour cela uniquement que j’insiste lourdement sur l’importance du fait que duché du Garnaad n’en soit pas réellement un. La notion de duché électeur peut surprendre, mais la notion qui en découle est que nous considérons qu’en l’absence de Couronne, les anciennes terres royales, organisées en ce sens, doivent avoir leur voix dans les décisions de nature régalienne et non subir le joug des autres duchés nous ayant envahis. A ce prix nous avons fait la paix et nous garantissons notre neutralité dans cette affaire de succession. Je ne suis pas duc du Garnaad, mes enfants ne le seront pas non plus. Le Garnaad n’est pas un duché de droit du sang, mais une création visant à la sauvegarde d’un territoire que nous avons juré de protéger.

Si la Péninsule doit s’unifier à nouveau pour former un seul royaume. Il me parait évident que le duché électoral du Garnaad doit disparaitre et rendre les terres à la Couronne. Il m’apparait maintenant plus clairement que nous n’avons jamais rendu cette provision publique, et nous le ferons rapidement, afin de mieux présenter nos volontés et que chacun puisse mieux comprendre notre projet. J’espère que cette honnêteté d’esprit et cette honnêteté de droit que nous tentons de défendre, sera reproduite par tous ceux qui ont récupéré à leur compte une partie des terres royales, et ils sont nombreux, dans tous les camps de cette guerre de succession. Je refuse que les territoires du Garnaad soient pris en otage dans cette querelle dont nous ne sommes en aucun cas ni les instigateurs, ni les juges. Le seul point ouvert dans tout cela, et que l’on pourra m’objecter est la création du comté de Valblanc. Il s’agit effectivement d’un point assez sensible, et qui est issu de besoins administratifs trop ennuyeux pour que je les relate ici.

J’en reviens à notre neutralité par cette voie encore : comment moi, Niklaus d’Altenberg, ancien baron des terres royales, nullement pair du royaume, puis-je émettre avec légitimité la moindre opinion sur le sujet ? Comment tout baron des terres royales le pourrait-il ? Non. La neutralité est le gage de notre honnêteté. Faire autrement serait se corrompre à soutenir l’une ou l’autre des parties ayant justement jeté à bas cette autorité.

Car j’en reviens à savoir à qui le tort revient. Et de savoir comment le soulèvement a débuté.

Soyons honnête : je n’en sais rien. Comme vous le dite vous-même, il y aurait matière à enquête. Mais après une guerre et tant de destruction, peu de preuve subsistent. Il ne reste que les postures. J’ignore sincèrement si le Bohémond que l’on nous présente est le réel descendant de notre précédent roi. J’ignore sincèrement si la progéniture de Mme de Hautval, mon amie et ma collègue dispose de la primauté. Ou encore votre ancien mari – et donc votre fils – ou encore Harold du Lyron.

Je l’ignore et j’ajouterai que je ne m’en préoccupe pas. Cette solution ne peut et ne doit venir du Garnaad. Ma seule ambition, par la Ligue, est d’assurer une utilisation consensuelle du pouvoir régalien en l’absence d’une couronne clairement définie, de créer les conditions d’une paix et d’un forum de diplomatie permettant, je l’espère à court terme, de trouver une sortie consensuelle et pacifique de cette guerre de succession.

Nous avons perdu à ce titre beaucoup de temps. Et je vous rejoins dans le fait que si une enquête avait été réalisée, si les invectives des vassaux de la couronne avaient été entendu par la Régence, si chacun avait fait preuve de plus de tempérance, nous n’en serions pas là et les terres royales, plutôt que de saigner dans une guerre fratricide, auraient pu fournir l’appui nécessaire au reste de la péninsule pour repousser les drows. C’est à ce titre que je pense la faute originelle partagée entre la régence et ses vassaux.

Mais l’heure n’est plus à constater cet échec du passé, mais à forger les conditions de la solution à venir. C’est ce que j’espère construire avec la Ligue.

J’espère que vous avez maintenant une vision plus claire de mon expérience et des ressorts intimes de ma conduite. Elles vous donneront je l’espère un éclairage nouveau – ou renforceront vos convictions en bien ou en mal. Mais dans tous les cas elles vous permettront de replacer mes réponses dans leur contexte.


Je n’espère pas vous avoir ennuyé par ces quelques pages d’explication de ma conduite, mais vu vos questions, et vu l’honnêteté que vous attendez de moi et dont vous faites vous-même preuve, cela me paraissait être une absolue condition de réponse.

J’en viens alors aux passionnantes réflexions que vous engagez sur la légitimité. Je réponds pour la plupart d’entre elle par d’autres interrogations, qui je l’espère viendront nourrir nos réflexions.

Au titre de votre lettre, j’en déduis que vous avez lu mon essai sur les possibilités d’une monarchie élue. Je souhaite là aussi les replacer dans leur contexte. La question me paraissait être une troisième voie possible aux discussions qui avaient alors lieu dans la volonté d’empêcher que M. du Lyron n’entraine une révolte dans les terres royales contre le médian. Révolte qui aurait conduit à notre disparition et annexion instantanée.

La question que vous abordez est celle de la légitimité et comme vous le soutenez, c’est bien là l’épineux problème auquel nous faisons face. Car chacun plaide pour une plus grande légitimité que l’autre dans une guerre de succession.

_Un roi est-il défini par sa faculté d'unifier le peuple, ou par son sang ?


Est la première problématique que vous abordez au titre de la légitimité. La formulation elle-même de la question sous-entends une opposion marquée entre la popularité d’un souverain d’une part et l’hérédité qui ont conduit à son accession au trône d’autre part.

Nous vivons dans un système absolument héréditaire. Et il serait malvenu même pour le peuple de prétendre le contraire. Les héritages vont de génération en génération et les possessions terrestres des hommes sont transmises à leurs enfants. Que l’on soit roi ou que l’on soit manant. A ce titre que le pouvoir politique, par extension de la propriété éminente, soit transmis de manière filiale, est la base même de notre société, et parait ressortir de nos lois naturelles.

L’on pourrait naturellement se poser la question de savoir si ces lois dites naturelles sont réellement l’héritage d’une nature humaine ou si elles sont l’héritage d’une longue construction sociale. Mais quelle que soit la réponse à cette question, je pense que cela ne change pas la situation dans laquelle nous sommes et donc nous obliger à reconnaitre que la transmission par filiation est la norme.

A ce titre un suzerain, disposant de terres, les transmets à ses fils. L’hommage lui permet de confier tout ou partie de ses terres à des vassaux qui transmettent également à leurs enfants et sont suzerains de leurs propres vassaux. Maillant ainsi de grandes étendues en un réseau d’hommage féodaux et assurant une solidarité entre les domaines.

Ce système pyramidal a à son sommet un roi, suzerain parmi les suzerains, et qui dispose donc de la prééminence sur l’ensemble du territoire couvert par ce réseau d’hommages.

Si la possession des terres passe de mains en mains entre pères et fils, il paraitrait normal que le roi en aille de même. C’était la situation jusqu’à présent. Je n’y vois pas d’inconvénient.

Je vous réponds donc que je pense qu’approcher le peuple ici n’est pas le propos. Le peuple n’est ni juge ni parti dans cette affaire. Il est le spectateur passif de son destin – sur cette affaire du moins car j’ai une conception très particulière des relations que nous devons avoir avec nos sujets peut-être aurons-nous l’occasion d’en reparler.

Cependant la question se pose de savoir comment faire lorsque le souverain a disparu sans enfants, ou si la légitimité de son héritage est mise à mal. Pire. Aucune loi ne prétend codifier avec exactitude cette passation, et notre royaume était organisée autour de lois coutumières. Donc par conséquent bien délicates à cerner.

J’aime les lois claires. Dont la lettre existe, et qui, si elles peuvent être discutées dans leur esprit, ne peuvent être étirées ou rapetissées dans de trop grandes extrémités. C’est le cas avec des lois coutumières, dont la seule légitimité est que l’on a toujours procédé ainsi. Toujours étant un temps très long, et la mémoire étant sujette soit à l’oubli, soit à la mauvaise foi, il est difficile d’assurer en cas de problème, un jugement clair et simple. La loi étant dans les limbes, elle ne peut être appliquée avec clarté.

A ce titre, et dans un cas de figure certes marginal, mais auquel nous sommes aujourd’hui confrontés, la question de l’héritage ne suffit plus. Nous le voyons bien.

A ce titre je pose la question suivante en réponse à votre première interrogation sur la légitimité d’un souverain :

_Ou trouve-t-on le dépositaire de la lettre et de l’esprit d’un droit coutumier, donc par essence tradition et non texte ? Et par conséquence, comment juge-t-on un désaccord lié à ce droit coutumier ?

Ce à quoi répond -partiellement toutefois- votre deuxième question:

_Le sang n'est-il point supposé suffir à lui-même pour unifier la noblesse ? Ne devrions-nous point établir une législation gravée dans la pierre, plutôt que d'écouter les dires infondés de personnes scrupuleuses ou non ?

Vous en venez à vous poser la question de la législation sur la passation de l’autorité royale. Il s’agit là d’un remède de seconde intention, qui parait raisonnable à aborder lorsque l’autorité va de soi. Car là aussi, il faut une légitimité particulièrement forte pour pouvoir établir ces règles.

A ce titre me direz-vous, il suffirait de coucher sur le papier cette fameuse loi coutumière dont je vous entretiens. Je pressens qu’une telle entreprise entrainera moult tumultes parmi ceux qui ont l’intérêt de leurs enfants à cœur. A ce titre il va falloir que cette loi soit un chantier muri par des personnes adéquates puis mis en application par un roi à la légitimité forte.

Restera le problème de l’extinction des lignées. Car ces choses arrivent, par accident ou par malveillance, et par conséquent le pouvoir doit trouver un réceptacle légitime aux yeux de tous sans provoquer les affrontements que nous venons de voir.

A ce titre je continue de penser qu’en l’absence d’un signe précis de nos Dieux, les hommes sont libres d’en prendre la responsabilité et qu’un quorum de princes ou pairs du royaume se réunissent pour définir la nouvelle lignée devant régner.

Il s’agit là d’une proposition, et toute forme de loi permettant de fixer ces conditions de passation de manière claire – cela peut être fixé par le hasard d’un tirage au sort aussi après tout. Et principalement en l’absence de succession claire.

L’objectif de toute manière, nous l’avons compris, est la continuité du pouvoir. Car le pouvoir est organisé dans l’essentiel du royaume de manière personnelle et non morale. C’est à mon sens une raison importante de l’instabilité de notre politique, mais une nécessité de la féodalité. A ce titre seuls des territoires exempts d’une féodalité de territoire (comme les terres royales, administrées directement) ont la connaissance et l’utilité du mandat. Invention royale pour un besoin royal, mais répondant parfaitement à la problématique de la continuité du pouvoir.

Arrive maintenant l’épineuse question de la primauté du droit. Nous venons de le dire, l’organisation de notre société est pyramidale, et donc par nature, les lois sont descendantes et les devoirs remontants. J’entends par là que les ordres que nous recevons de nos suzerains sont des lois pour nous mais qu’en échange du respect de cette autorité que nous devons à nos suzerains, ces derniers ont des devoirs envers nous. Le premier d’entre eux étant la justice.

A ce titre, un renversement de l’ordre avec une loi remontante est-il possible que pour une seule loi ?

En effet si la loi de succession est décidée par le roi, son successeur pourra la changer à sa guise et selon les intérêts du moment, mettant en échec notre besoin de continuité dans cette loi si importante. Mais si la loi est écrite par les vassaux du roi, et que ce dernier doit respecter cette loi dans les conditions mêmes de l’héritage qu’il fait à son successeur, cela ne veut-il pas dire que les vassaux dictent sa conduite au roi ? Et dans ce cas l’ordre féodal n’est-il pas brisé ?

Fondamentalement, la question se pose donc ainsi :

_ Existe-t-il une seule loi que le roi ne puisse abroger ? Et si aucune n’existe, ne crée-t-on pas les conditions de la tyrannie ? Et si oui, la féodalité est-elle synonyme de tyrannie ?

J’en viens à la dernière partie de votre questionnement :

_Un roi criminel -usurpateur s'entend- mérite-t-il d'être soumis à la Justice avant d'être présumé coupable ?

Là votre questionnement me parait quelque peu étrange, pardonnez-moi de vous le dire. Car je vois mal comment un roi pourrait être usurpateur. S’il l’est, il n’est pas roi, et inversement. Les deux conditions ne peuvent être réunies. Tout au plus jouit-il du pouvoir régalien et l’usurpe-t-il à son légitime propriétaire.

Prenons le parallèle de ma personne. Je détiens de facto et ad interim, le pouvoir régalien sur le Garnaad, que je partage avec les autres membres de la Ligue. Ce pouvoir que je détiens administrativement n’est pas le mien, car, cela n’a échappé à personne, je ne suis pas le roi, et je n’ai aucune prétention sur la Couronne. J’étais un simple représentant de l’autorité régalienne sur un territoire donnée. Avec la disparition de cette autorité, je n’ai plus de maitre -ce qui ne signifie pas que je ne n’en aurai plus jamais ou que je souhaite ne plus jamais en avoir-.

Si un roi légitime se présente je devrai rendre ce pouvoir dont je dispose. Il ne s’agit même pas là d’honnêteté, il s’agit là de droit. Dans cette période d’interim, et en l’absence de couronne, je n’ai pas le sentiment d’usurper une autorité, mais bien de reconduire celle du roi disparu, en attendant le retour de son successeur légitime. Il va de soi que je devrai répondre de mes actes devant ce successeur au sens où je devrai répondre des décisions que j’ai prises avec cette autorité, mais il me semble que je n’aurai pas à répondre de l’avoir reçue, cette autorité, car elle vient de son prédécesseur.

A ce titre donc, et à moins que je n’aie commis une grave erreur de raisonnement qui ne m’est pas apparue, être dépositaire de l’autorité régalienne (on pourra prendre également l’exemple d’une régence) ne signifie pas être roi. Une régent(e) n’est pas roi(eine), peut-être ce postulat aurait-il servi à certains ou certaines. Il faut donc veiller, lorsqu’on est dépositaire d’un pouvoir qui ne nous appartient pas de circonscrire dans la durée et dans le mandat les conditions de son utilisation.

Si ce n’est une personne dépositaire de l’autorité régalienne sans être roi, qu’est-ce qu’un roi usurpateur ? Est-ce une personne se prétendant être l’héritier d’une couronne pour laquelle il n’a aucun droit ?

Si c’est de cela dont vous voulez parler, alors je comprends mieux votre question. La question est donc de savoir comment juger des prétentions d’un héritier qui n’est pas une évidence.

Là encore la situation n’est pas claire de savoir qui dispose du pouvoir de Justice. Le roi, au titre de son pouvoir dispose du pouvoir de justice. Il est l’ultime recours. A ce titre je clôturerai mon propos par la question suivante :

_En l’absence d’un roi, qui pourrait juger d’un usurpateur ? Et avec la présence d’un usurpateur, comment établir l’autorité d’un roi légitime sans abattre la fonction royale ?


J’ai eu grand plaisir à écrire ces quelques mots. J’espère que vous y trouverez un intérêt.

Avec mes salutations respectueuses,

Niklaus d’Altenberg
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