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 La Calanque des Souffles

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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: La Calanque des Souffles   Dim 19 Fév 2017 - 5:23

Erac était un pays et de falaises et de récifs et de plages et de criques et ses côtes étaient sans doute les plus dangereuses de toute l’Éris. L’océan grondait la colère des Dieux et mettait à l’épreuve les marins qui cherchaient à la dompter. Ses vagues défiaient les crêts rocheux, se fracassaient sur leurs arrêtes acérées sans se soucier de leur propre destruction. Quant au ciel, il était le plus souvent et bas et sombre et menaçant. Les vents éracins n’avaient pas leur pareille en toute la Péninsule. Ainsi était la frontière entre l’air, l’eau et la terre : impétueuse et sauvage, mortelle aussi pour les imprudents qui sous-estimait ses exigences.


Elle cachait, pourtant, sinon des havres de calme, des sanctuaires isolés.


La Calanque des Souffles était l’un de ceux-là.


Il s’agissait d’une bande de sables en forme d’un croissant de lune, d’une centaine de toises de long environ, pour deux douzaines en son endroit le plus large. Lovée au creux d’une des falaises les plus hautes du duché, elle était relativement épargnée tant par la houle furieuse que les orages répétés. Elle était réputée pour ses cavités qui s’enfonçaient profondément dans le continent ; à marée basse, elles étaient de véritables mines d’or pour n’importe quel pêcheur à pied. Malheureusement, l’unique sentier praticable qui permettait de l’atteindre était extrêmement dangereux, si bien qu’elle était désertée toute l’année. Plusieurs autres criques alentour promettaient certes moins d’exubérance à ses visiteurs, mais au moins ne risquaient-ils pas leur vie en s’y rendant.


La Calanque des Souffles avait occupé une place particulière dans l’imaginaire de la région ; son calme relatif offrait un contraste saisissant avec le reste des côtes et chaque village proche avait sa légende à son sujet. Épargnée par les soubresauts de l’Histoire, elle avait toujours apparu immuable à ceux qui l’apercevaient régulièrement du haut des falaises.


Jusqu’au jour où les Dieux avaient frappé Loqriv avec une telle violence que le château millénaire des descendants du Colosse avait disparu dans les abîmes.


Autour de la Calanque, il n’y avait pas beaucoup de gens qui connaissaient le pays du Talmeor ; les deux domaines étaient séparés par plus de lieues que la plupart des éracins ne parcouraient en une vie. Pourtant, comme s’il avait été apporté là par Selei lui-même, le donjon des Talmeors avait un jour fait son apparition sur la baie. Il était moins qu’une ruine : éventré et décapité par le violent assaut de Wagyl, l’ancienne tour gisait désormais, à moitié enfoui dans le sable, lourdement appuyé contre l’à-pic rocheux. D’impressionnants amas de pierres avaient été dispersés tout autour et d’aucuns pouvaient observés, ici les restes d’un escalier colimaçon, là les gravures pluricentenaires qui avaient agrémenté les murs de la dernière demeure de Farren.


Les autochtones avaient été bien en peine d’interpréter ce signe de dieux qui n’étaient pas les leurs, mais il avait été rapidement admis que cette ruine ne pouvait décemment pas être un bon présage. Si bien qu’en quelques ennéades à peine, les éracins avaient oblitéré complètement la Calanque des Souffles de leur folklore. Les marcheurs passaient leur chemin, enchaînant les détours pour s’en tenir éloignés ; quant aux marins, s’il y en avait toujours pour s’approcher au plus près de la crique pour contempler de leurs propres yeux ce dérangeant spectacle, la plupart mettaient deux ou trois milles entre eux et le donjon détruit.
Après avoir attendu que le soleil eût totalement été englouti par l’Éris, Aislinn s’était frayé un chemin hors de la tour, prenant bien garde à ne pas glisser. Les pièges étaient nombreux : les roches au plus proche du sable se recouvraient peu à peu d’algues traîtresses qui ne séchaient jamais vraiment. Elle avait manqué se casser un bras, une ennéade plus tôt, et avait a minima récolté quelques vilaines écorchures que le sel avait rapidement agressées. Le souvenir était encore frais dans sa mémoire et ses plaies pas totalement refermées.


Elle ne s’était autorisée à relâcher sa vigilance qu’une fois sur la plage, quelques secondes seulement, avant de rejoindre le début de ce qui avait été un jour appelé le « Sentier des Braves », un chemin tortueux et dangereux qui regagnait les hauteurs de la falaise. Depuis, elle attendait. Elle n’avait aucun mal à comprendre ce qui avait pu pousser les éracins à lui donner pareil surnom : il fallait bien être un peu brave — et très fou — pour s’y engager. Elle se souvenait non sans douleur l’épreuve qu’avait constituée sa descente, trois ennéades plus tôt. Combien de fois avait-elle cru son heure venue ?


Après environ deux heures d’attente infructueuse, l’enfant poussa un soupir plein de désarroi. Elle était épuisée, elle avait faim et soif et ses bras et ses mains la suppliciaient. Elle avait espéré que la nuit apporterait enfin une bonne nouvelle, en la personne de Plume, mais il semblait que la sauvageonne eldéenne ne pointerait pas le bout de ses oreilles.


Cela faisait déjà quatre jours, depuis sa dernière visite. Aislinn ne voulait pas se l’avouer, mais cela commençait à l’inquiéter. Elle avait beau prêter une confiance aveugle à l’imprévisible sang-mêlé, c’était la première fois qu’elle mettait autant de temps à revenir de ses expéditions, qui n’avaient jamais auparavant duré plus de deux jours. C’était peut-être son sang noir, la Rivoise n’aurait pu le jurer, mais Plume se jouait des dangers avec une adresse insolente. C’était grâce à elle qu’Aislinn était encore vivante. Plume chassait, volait, faisait tout ce qu’il fallait pour la sustenter. Tout plutôt que de rester dans la Calanque des Souffles, en réalité.


L’ancienne novice de Lwar ne savait plus quoi faire. Elle avait envie de se lancer à sa recherche, mais elle ne pouvait pas quitter la baie. Et quand bien même aurait-elle pu, par où commencer ? Plume n’avait jamais été très loquace et elle ne lui avait jamais rien dit de ses expéditions. Ce n’était pas comme si elle pouvait demander autour d’elle, en plus : Plume faisait toujours très attention à ne pas se faire remarquer. Elle dormait le jour, se déplaçait la nuit et ne laissait pas la moindre trace de son passage derrière elle.


C’était sans espoir.


Aislinn attendit une heure supplémentaire, avant de ramasser les rares bois morts qu’elle put trouver et se résigner et de rebrousser chemin. Elle se hissa non sans difficulté jusqu’à leur antre, gênée tant par la marée qui avait eu le temps de monter que par son fardeau. Finalement, elle put rejoindre l’ancienne chambre de Meavh, à l’intérieur du donjon. Même après tout ce temps, elle ne s’était pat habituée à cette vision : la tour en ruine était déjà impressionnant vu de l’extérieur, mais là, elle se retrouvait de facto à marcher sur les murs. Après avoir retiré des branches qu’elle avait péniblement ramenées avec elle toutes celles qui avaient pris l’eau, elle alimenta patiemment le feu qui baignait la pièce d’une lumière trop faiblarde à son goût. Elle ne pouvait pas se permettre de le laisser mourir : elle était certaine, en effet, qu’elle serait incapable de le rallumer le cas échéant. Or, sans cette maigre source de chaleur, elle ne donnait pas cher de leurs peaux.


« Astéride, c’est toi ? » s’entendit-elle appeler par une voix rauque qui lui déchira une nouvelle fois le cœur. Meavh n’avait pas esquissé le moindre mouvement, quand Aislinn était rentrée ; naïvement, la Rivoise avait espéré qu’elle dormait. Elle savait, pourtant, que le sommeil fuyait l’aveugle depuis la destruction de Riv. L’enfant serra les dents et ferma les yeux pour refouler les larmes qu’elle sentait déjà poindre, mais ne répondit rien. Elle n’ignorait pas combien cela eut été inutile. « Je suis heureuse, tellement heureuse… Tu vas te marier… »


D’une main tremblante, la jeune fille fouilla ses haillons, en quête de la seule chose qui pourrait apaiser celle qui, des mois durant, avait été le centre de son univers. Elle finit par trouver les racines qu’elle cherchait et les jeta frénétiquement dans le feu. Ces dernières commencèrent à crépiter avant d’expulser une épaisse fumée qui embauma bien vite la « pièce ». Meavh toussa faiblement quand elle inhala une première bouffée, puis poussa un soupir de soulagement. Aislinn s’allongea à même la pierre, sans se soucier de la douleur qui serait la sienne au lever du soleil.


Non, elle ne pouvait pas partir chercher Plume, même si elle en mourait d’envie. Elle devait rester au chevet de Meavh.


Luttant contre le désespoir qui l’étreignait, elle prit une profonde inspiration qui lui brûla la gorge et les poumons, mais elle dormait déjà quand son corps expira.



Pour une fois, ce ne fut pas les courbatures qui la tirèrent du sommeil, mais la douceur d’une caresse. Aislinn cligna longuement des yeux, surprise de ne pas être transie de froid. Il lui fallut un peu plus de temps pour comprendre que Meavh, dans un de ses éclairs de lucidité, l’avait attiré contre elle pour lui transmettre sa chaleur. La jeune Rivoise sentit son cœur se serrer, tant de gratitude que de douleur, car si elle pouvait sans difficulté goûter au geste de son ancienne tutrice, ce contact lui permettait une nouvelle fois de prendre toute la mesure de son état. Son aînée n’avait plus que la peau sur les os, littéralement. Aislinn sentait ses côtes saillantes contre son dos. Avec douceur, elle se retourna pour contempler le visage de la serramiroise, qui témoignait plus encore que tout le reste de la violence des épreuves qu’elle avait dû endurer. Ses paupières gauches s’étaient fermées pour ne plus jamais se rouvrir. Son nez formait un angle improbable. Sa lèvre inférieure était profondément fendue, ce qui l’empêchait en grande partie de boire et de manger. L’une de ses oreilles avait été arrachée et une impressionnante cicatrice encore à vif par endroit lui barrait le côté gauche du visage, de ses tempes à son menton. Et puis, bien sûr, il n’y avait qu’un bras qui enserrait Aislinn.


« Aislinn… chuchota Meavh pour l’accueillir.


Je suis là, répondit-elle sur le même ton. Est-ce que ça va ? »


La question était idiote, mais elle se forçait à la poser, chaque matin. L’aube était l’un des rares moments de la journée où l’aveugle était parfaitement elle-même. La Rivoise chérissait les discussions qu’elles pouvaient avoir son aînée, comme autant de preuves que tout n’était pas encore perdu.


« Tu dois me laisser, » murmura Meavh en continuant à lui caresser le visage. C’était sa rengaine depuis qu’elles s’étaient installées dans les ruines du donjon. Il était clair qu’elle y était venue pour y mourir, mais Aislinn ne pouvait pas l’accepter. Elle avait donc tout fait pour lutter contre son souhait, en prenant soin d’elle autant qu’elle le pouvait. « Si tu continues, tu vas…


Je vais bien, » lui assura l’enfant avec une force qu’elle était loin de posséder encore.
L’aveugle secoua faiblement la tête. Son œil « valide » pleurait, désormais. « Je t’en supplie. »


Aislinn lui déposa un baiser sur sa joue. Ses larmes avaient un goût de sel. « Je vais préparer le petit-déjeuner. Repose-toi, » lui conseilla-t-elle avant de s’extirper de son étreinte. Meavh chercha bien à la retenir, mais elle était faible et ses tentatives restèrent vaines. L’enfant fouilla dans leurs besaces en silence, se concentra sur sa tâche pour ne pas céder à la panique. Elles allaient devoir se contenter d’une tranche de viande séchée pour deux, ce matin. C’était bien trop peu. C’était d’autant plus frustrant que les cavernes non loin regorgeaient de nourriture, mais chaque fois que Meavh avait essayé d’avaler le moindre fruit de mer, elle avait tout régurgité. Et quand bien même elles eussent pu manger à leur faim, la question de l’eau se posait. Si Aislinn faisait son possible pour récupérer de l’eau de pluie, c’était bien les gourdes de Plume qui les maintenaient en vie.


Elle commença à mastiquer la denrée avec application, avant de se rapprocher de Meavh, qui n’avait plus bougé. Après une bonne minute, elle mit ses mains en coupe devant son visage puis recracha la viande. Elle allait, avec mille précautions, la donner à l’aveugle quand cette dernière rompit son silence.


« Non, Noah, ne fais pas ça, supplia-t-elle avec un effroi saisissant. Pitié, je porte notre enfant… »


Meavh était déjà partie. Cette fois, ce fut au tour d’Aislinn de verser quelques larmes. Être courageuse devenait de plus en plus difficile, d’autant que les paroles de Plume la hantait chaque jour un peu plus.


« Elle ne va pas mourir. Jamais, » lui avait-elle abruptement affirmé cinq jours plus tôt, juste avant de la laisser. « Tu as vraiment envie de l’accabler d’un énième fardeau en agonisant à son chevet ? »


Non, bien sûr que non, qu’elle ne le voulait pas. Mais elle ne pouvait pas non plus tourner le dos à cette femme qu’elle avait fini par considérer comme la mère qu’elle n’avait jamais eue.


« Mange, » intima-t-elle à l’infirme en insérant tendrement la nourriture déjà mâchée dans sa bouche. Même avec cela, l’effort éprouva Meavh.


« Non, assez, divagua l’aveugle en se débattant faiblement.


Tu dois manger, insista Aislinn sans plus dissimuler sa détresse. Pour moi. Pour Plume. »


Ce nom fit réagir la malheureuse, qui déglutit péniblement avant de souffler. « Plume ? Ma Plume adorée ? Illiv’aera, où est Plume ? »


La suite du « repas » ressembla peu ou prou à cela. Chaque fois qu’Aislinn lui glissait un mot d’encouragement, Meavh s’enfonçait un peu plus profondément dans sa démence. « Ce n’est pas sa faute. Elle revit les souvenirs des morts, » lui avait affirmé Plume avec le plus grand des calmes, sans parvenir à la convaincre.


Après avoir fini de la nourrir, Aislinn l’allongea sur le dos et s’assit à ses côtés. Elle lui lava le visage, massa ses mains ankylosées, lui caressa doucement le bras pendant presque une heure. À chaque étape, elle ignora cette l’impression tenace qui la saisissait de manipuler une statue de verre incroyablement fragile. Finalement, elle commença à lui peigner les cheveux, bien que ce fût inutile. De fait, peu importait l’état de faiblesse de sa mentore, ses cheveux gardaient toujours leur douceur et leur éclat. La Rivoise ne comprenait pas pourquoi. Elle avait prié, souvent, pour que les Dieux prissent ses cheveux et lui laissassent la vie sauve, sans que jamais ils ne l’écoutassent.


À la nuit tombée, elle se releva et, comme la veille et chaque jour depuis son arrivée, se mit en chemin pour rejoindre le Sentier des Braves.


Cette nuit-là, elle attendit cinq longues heures, car il n’y avait rien d’autre à faire. Elle avait bien pris soin de faire brûler les racines — les dernières — avant de partir pour aider Meavh à dormir. Plume n’avait pas le choix. Elle devait revenir, où ce serait la fin.


« Tu as vraiment envie de l’accabler d’un énième fardeau ? » lui avait la sang-mêlé. Faible comme jamais, Aislinn comprenait enfin que non et c’était pourquoi elle ne retournerait pas dans le donjon sans Plume. Elle préférait encore laisser à Meavh l’espoir que sa protégée s’en était finalement allée, même si ce n’était pas la vérité.


Elle allait s’endormir, avec cette pensée terrible qu’elle ne savait plus si elle se réveillerait, quand quelqu’un cria son nom. Elle crut à un rêve, d’abord, si bien qu’elle l’ignora. Plume ne fit pas l’effort de l’appeler une seconde fois et se contenta de lui adresser une violente gifle pour la réveiller.


« Mais qu’est-ce qu… commença à protester la Rivoise qui comprit rapidement qui se tenait accroupie en face d’elle. Oh, Plume ! » s’écria-t-elle avant de lui sauter au cou, dans un geste instinctif.


La sang-mêlé grogna son mécontentent, mais — de façon surprenante — ne la repoussa pas. Pire, elle fit même preuve de contrition quand elle avoua : « Je suis désolée de ne pas être rentrée plus tôt. » Elle ne se fendit pas d’une quelconque explication, ce n’était définitivement pas dans sa nature. Cette amende honorable spontanée était déjà ahurissante. Tout juste affirma-t-elle : « J’ai assez de nourriture et d’eau pour tenir quelques jours. Comment va Katalina ?


Je ne sais pas, » répondit Aislinn, mais c’était un mensonge. « Mal.


Je crois que j’ai trouvé quelque chose qui pourrait l’aider, annonça alors Plume avant de fouiller dans sa besace et de lui tendre du pain de seigle. Plus précisément, quelqu’un qui pourrait l’aider m’a trouvée. »


D’abord, Aislinn ne comprit pas. Plume lui indiqua sa droite d’un coup de menton et la Rivoise ne put cacher sa stupéfaction quand elle découvrit qu’une troisième enfant se tenait à leur côté. Elle était jeune, plus jeune encore que Plume. Elle ne faisait pas plus de six ans, mais ce n’était pas le plus surprenant. Non, ce qui laissait pantoise la Rivoise, c’était son improbable apparence. Elle était… blanche. Sa peau, ses cheveux étaient immaculés. Quant à ses yeux, il était d’un vert éclatant, presque… lumineux. Elle portait une burne sombre, ce qui rendait les contrastes encore plus saisissants.


Elle n’était pas humaine, de cela l’ancienne novice était certaine.


« Aislinn, annonça solennellement Plume, je te présente Katialyne. »


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