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 Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Lun 20 Fév 2017 - 5:55




Deuxième jour de la première ennéade du mois de Barkios
An 9 du XIe cycle




Voilà, la chose était faite et bien faite, le Patriarche de la famille des Saint-Aimés se reposait désormais confortablement au cœur de Cantharel, dans les sous-sols de la Nécropole qui avait jadis accueillie tous les illustres de la citée Mère de Sainte-Berthilde. Fastidieuse, éprouvante et dérangeante, la veille avait été non seulement forte en émois, mais aussi en action. Avec les hommes en colères qui beuglèrent leur envie d’incendier le restant de leur famille, puis les derniers au revoir dédiés à leur paternel, Louis devinait avoir subi son lot d’émotions fortes pour le restant de sa vie. La vint, mais lorsque la lune trouva son zénith, quand bien même les paupières du jeune faon eussent-elles été lourdes à outrance, le sommeil ne sut l’emporter. Du moins, pas avant les matines, ou peut-être réussit-il à cumuler deux heures de sommeil, tout au plus. L’air ravagé, de pesants cernes pendouillaient sous ses yeux toujours ternis par la perte de son tuteur. Rien ne semblait plus l’emballer. On lui présenta de la nourriture, qu’il refusa en commun accord avec sa panse qui gargouillait de dégoût, même face à une goûteuse, odorante et abondance pitance. On lui offrit à boire, qu’il déclinait faiblement d’un revers de la main. Non, rien au monde ne semblait plus lui donner goût de poursuivre cette journée. Était-ce la fatigue ou l’immensurable peine qui tenaillait le jeune faon ? Peu importait, en fait, il fallait que quelque trouve le moyen de le insuffler une motivation suffisante pour poursuivre, surmonter ces épreuves qui s’acharnaient sur lui. « Monseigneur, peut-être devriez-vous quérir la chambre de votre sœur … »

Et l’effet fût immédiat, le protecteur redressa le menton vers la boniche, aussitôt piqué au vif par la curiosité. « Pourquoi donc? Qu’a-t-elle ? » Lança Louis vers la gouvernante, l’œil non pas brillant de joie, mais habité d’un intérêt renouvelé. « Nous l’avons entendue pleurer la perte de votre père, toute la longue nuit … » Déplora la jeune femme, les yeux bas. Ce à quoi Louis rétorqua aussitôt, l’air revêche et contrarié : « Et nulle n’a jugé bon de m’en faire part?! Personne n’a même tenté de l’apprivoiser? » La voix se soulevant dans un élan un peu paniqué. Le jeune homme d’habitude calme, posé et doux, avait cette tendance à s’emporter, lorsqu’il était question de sa jeune protégée … « Mais Monseigneur, elle s’est barricadée dans ses appartements et interdit farouchement l’approche de quiconque … »

S’en était trop, le jeune Saint-Aimé rejeta son fauteuil à l’aide de son séant, lorsqu’il se redressa d’un bon sec. Le pas décidé et résolu, il conquit les interminables marches qui menaient à la tour dédiée à sa tendre sœur. Pendant sa marche, il rencontra une flopée de gardes qui le saluèrent respectueusement, sans recevoir quelconque réponse du prochain Marquis, vraisemblablement trop préoccupé par l’état de sa jeune sœur. Arrivé sur place, devant un portail de bois, deux gardes tenaient bon, pique dans les mains et les lèvres soudées, s’interdisant de discuter. Louis joua de l’épaule pour écarter les gardes et s’approcha de la porte pour cogner par trois fois et de lancer : « Éléonore, ma sœur, es-tu là? »



Dernière édition par Louis de Saint-Aimé le Lun 24 Avr 2017 - 2:55, édité 2 fois
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Mar 21 Fév 2017 - 23:54

Cette journée avait été la pire de sa vie. Elle avait eu l’impression d’être transpercée de part en part. La douleur ne voulait pas s’en aller. Elle restait là, serrant son coeur et sa gorge, alourdissant son estomac et laissant sa conscience dans un flou constant. Elle priait pour que tout ceci ne soit pas vrai, que ce ne soit qu’une mascarade et que son père sorte de son tombeau pour apaiser sa souffrance. Il avait été bon, avec elle. Elle l’avait aimé. Même s’il n’avait pas été doux il avait toujours été juste envers elle. Se sentant prise dans un tourbillon d’émotions, n’ayant aucun soutien de la part de sa mère qui pleurait son défunt mari, elle attendait la fin de la cérémonie avec impatience. Quand elle vint, Eléonore s’enferma dans ses appartements et ordonna qu’on ne la dérange pas. Elle n’avait pas besoin qu’on vienne s’enquérir de son état à chaque instant, elle avait seulement besoin de pleurer cette perte qu’elle savait inestimable. Si la perte d’un parent était normale, la jeune femme ne pouvait se résoudre à ce sort. Les larmes gonflèrent bientôt ses paupières au point qu’elles ne dégonfleraient pas avant la journée suivante. Prostrée dans son fauteuil, elle tenait ses genoux contre elle et se balançait légèrement. Le bois craquait mais elle ne l’entendait pas.

Des soupirs franchissaient parfois ses lèvres. Les gémissements étaient plus fréquents et étaient lourds de souffrance. Si elle pouvait ainsi la faire disparaître, la faire sortir complètement de son coeur, alors elle ne s’en priverait pas. Elle allait devoir se montrer forte, pour ne pas ternir l’image de leur famille. Elle allait devoir faire son deuil de manière socialement convenable. Alors en attendant, elle laissait libre cours à sa peine. Tant qu’elle le pouvait encore, tant qu’on la laissait s’exprimer, il aurait été idiot qu’elle n’en profite pas. Quand elle posa ses pieds nus sur le sol, elle fut frappée par le froid qui l’envahit. Un instant, elle resta interdite. Avec l’impression qu’elle même devenait froide, complètement. Comme la pierre. Comme son père. Se mettant debout avec peine, elle réussit à atteindre son lit où elle s’écroula, tremblante. Fermant les yeux, Eléonore voulut s’échapper dans le sommeil. Mais on ne la laissa pas faire et ses paupières se rouvrirent presque instantanément. Fixant la flamme de la bougie à son chevet, elle s’y perdit un instant. Avant que ses yeux soient de nouveau baignés de larmes et que sa vision de floute. Bientôt les rayons du soleil vinrent percer les épais rideaux et elle gémissait toujours.

D’une plainte longue, cette fois. Viscérale. Qu’elle n’arrivait pas à faire taire. Ses larmes s’étaient taries mais ses yeux étaient toujours gonflés. Sa bouche était légèrement tordue et ses sourcils laissaient entrevoir une profonde tristesse. Personne n’avait osé la déranger et elle remerciait Néera pour cela. Certains étaient parfois têtus et outre-passaient les ordres. Alors quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’on frappa à sa porte. Avait-on décidé qu’il était temps qu’elle se calme ? Se raclant la gorge, elle avala une gorgée d’eau qui eu du mal à se frayer un chemin à travers sa gorge nouée. Elle voulut s’assurer qu’elle était relativement présentable mais à vrai dire elle ne s’était même pas dévêtue la veille. Se rapprochant de la porte, tendue, elle s’apprêtait à renvoyer quiconque avait osé frapper quand elle entendit la voix de son frère. Son coeur s’accéléra et elle ouvrit fébrilement le battant. Quand elle vit son visage, elle fut partagé entre du soulagement et de la peine. Il n’avait pas l’air en bien meilleur état qu’elle. Elle attendit seulement qu’il s’engouffre dans sa chambre pour fermer aussitôt la porte derrière lui.

- Oh Louis...

Eléonore n’attendit pas plus longtemps pour se blottir contre lui. Elle avait besoin de ses bras autour d’elle, de sa présence et de sa chaleur. Lui était bel et bien vivant. Lui était présent. Lui n’allait pas l’abandonner. Elle profita un instant du silence qui les entourait. C’était rassurant. Il fallait dire qu’il l’apaisait toujours.

- Je n’avais pas la force de venir te voir… J’aurais voulu te rejoindre mais j’aurais croisé du monde et… Tu vois bien que ce n’est pas possible.

Elle s’était légèrement détachée de lui pour qu’il puisse passer en revue l’image qu’elle renvoyait alors. Misérable. Et triste. Mais maintenant qu’elle était avec Louis, ils allaient pouvoir échanger. Elle allait pouvoir se calmer. Ils réussiraient peut-être à ressortir de cette pièce avant la fin de la journée. Avant qu’ils n’aient à refermer les rideaux qu’elle n’avait même pas ouverts.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Mer 22 Fév 2017 - 4:31





Oh certes, ses paupières n’étaient pas bouffies comme ceux de sa sœur, mais sa mine semblait tout aussi misérable. Les poches de fatigue pendouillantes à ses yeux témoignèrent de sa nuitée forte trop concise, mais qu’à cela ne tienne, son trop plein de fatigue n’était pas pour l’empêcher d’étreindre Éléonore de toutes ses forces. Ses bras protecteurs devinrent sa nouvelle armure, alors qu’il les passa au-dessous de ses aisselles pour venir l’étreindre amoureusement. Aussi près d’elle, il sentait prendre sur ses épaules carrées une ration de l’affliction qui pesait à son cœur. Ses lèvres vinrent également gratifier l’acmé de son crâne d’une pléiade de candides bécots, tandis que sa grosse patte caressait l’échine de sa cadette. Et alors qu’il crut bon rompre cette retrouvaille par quelques mots rassurant, le nouveau chef de famille préféra user du silence, doux, réconfortant et serein.

Alors elle se détacha, un peu, qu’ils puissent d’un commun accord partager un regard. Et voilà que les vestiges de son cœur broyé par la peine se voyaient de nouveau malmener ; comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’il assista au plus triste des spectacles ? Incapable de faire autrement que de surprotéger le dernier membre de sa fratrie, Louis ne pouvait que plaindre l’état misérable de sa sœur éplorée.


« Évidemment, je comprends, je comprends, Éléonore … » Affirma le jeune faon, en soufflant ces quelques mots de sorte à apaiser l’énervement que pouvait provoquer la peine, en ces cas de crises. « Et moi, j’ai cru que tu avais su surmonter l’épreuve sans le moindre heurt … Tu avais l’air si calme, sereine et en pleine possession de tes moyens, lors du dernier voyage de Père … C’est aux matines seulement qu’on m’a averti des maux qui t’affligeaient. Jamais je n’aurai laissé une seconde s’écouler, en te sachant sous le joug de la tristesse, tu le sais. » S’était-il confié, toujours sur cette voix apaisante et réconfortante, tandis qu’il déroba à sa joue une caresse toute légère, en l’effleurant du pouce.

Subtilement, sa main conquis la menotte de sa sœur pour la diriger docilement vers son lit baldaquin, duquel il en chassa les draps translucides du revers de la main, afin qu’ils puissent s’asseoir conjointement sur le rebord de sa couche. Assis près d’elle, son regard se porta vers la fenestration de sa chambrette, auquel il y porta momentanément toute son attention. Livrer ce genre de sentiments n’était vraisemblablement pas chose aisée pour le Régent, ceci même en prenant compte de la pesanteur de leurs tourments.


« Je ne sais trop quoi te dire ma sœur … » Louis marqua une pause, sans être en mesure d’affronter le regard triste et malheureux d’Éléonore, préférant admirer les cumulus, au loin, qui flottaient au gré du vent … « J’ai … Je n’ai jamais cru que nous étions prêt pour le départ de notre père. Bien qu’il nous éduquât brillamment, qu’il nous fit le legs de tout son savoir ainsi que de son amour inconditionnel, je redoutais ce jour plus que n’importe quoi d’autre. C’est égoïste, mais avec le décès de notre frère, j’appréhendais ce moment à chaque minutes qui passaient lorsque je su Godefroy rongé par la maladie, car je redoutais d’être en mesure de soutenir la charge qu’incombait le titre de Marquis. Aujourd’hui, mon âme est noircie par le remord de n’avoir su profiter des moments qu’il fut en vie, au lieu de penser à mon bien être. Toute ma vie j’ai porté main forte au pauvre, au misérable et au plus démuni, mais force est d’admettre que j’ai négligé ce qui vaut le plus ; ma famille. Maintenant qu’il s’en est allé voir la DameDieu, plus jamais je ne ferai cette gaffe et j’honorerais ce que bâtit notre père de son vivant. » C’est vrai, il était venu pour consoler Éléonore, mais au final, ce fût lui le premier à partager ses tourments les plus profonds. Peut-être s’était-il dit qu’en confiant à sa sœur que lui également avait aussi mal qu’elle, pourrait lui donner un brin de réconfort.

Sa main trouva de nouveau le dos d’Éléonore, qu’il caressa en serpentant d’haut en bas, aussi doucement que faire se pouvait.
« Le départ de notre Père est douloureux … Mais je ferai tout en mon pouvoir pour que notre famille reste aussi soudée qu’elle le fut de son vivant ; je t’en fais la promesse, ma sœur. Saches aussi que je serai là, pour toi, peu importe les tâches et la pesanteur du labeur qui m’attendent. En quel que soit l’instant ou le moment, je laisserai volontiers tout ce que je fais pour t’accorder mon attention entière. » Et de nouveau, il porta ses lèvres à sa tête, plus précisément à son front, pour y poser un chaste baisé. « Je t’aime, Éléonore, ne l’oublie jamais. »


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Sam 25 Fév 2017 - 21:46

Elle n’avait certes pas montré combien la peine l’avait saisi et elle n’en voulut pas un instant à son frère de n’avoir pas pensé qu’elle puisse être si mal. Jamais elle ne lui reprocherait de ne pas être venu plus tôt. Il était venu finalement et c’était tout ce qui comptait. Elle accueillit avec soulagement toutes ses marques d’affection et son coeur se desserra un instant. Tandis qu’il la guidait vers le lit et qu’il en écartait les draps qu’elle n’avait elle même pas défait, elle écarta prestement les rideaux pour faire entrer une lumière plus vive. Elle remarqua au passage les nuages qui blanchissaient le ciel et qui adoucissaient les rayons du soleil. Puis elle s’assit à côté de Louis, qui fut un instant silencieux. Elle avait son épaule contre la sienne et ses yeux sur son visage. Ses traits, elle les connaissait par coeur. Robustes, ils n’en étaient pour autant pas moins harmonieux, du moins à ses yeux. Il avait plus de douceur que ceux de Godfroy. Mais leur ressemble ne pouvait être niée. Il finit par lui confier les craintes qu’il avait nourri chaque jour un peu plus depuis la mort de Jean. Posant son menton sur son épaule, elle ferma momentanément les yeux.

La main de son frère vint de nouveau caresser son dos et elle sentit le réconfort la gagner un peu plus. L’évocation de leur père restait toujours douloureuse mais elle l’était moins aux côté de Louis. Eléonore se sentait moins seule et le sentiment d’abandon reculait. Sa gorge, qui avait été rendue sensible par la nuit qu’elle avait passé, eut du mal à faire sortir un son décent de sa bouche.

- Je t’aime aussi, Louis.

Ses paupières s’étaient une fois de plus closes quand il avait porté ses lèvres à son front. Elle resta un instant immobile avant de se redresser légèrement et d’expirer profondément.

- Notre famille ne sera pas dissoute par le décès de père, nous nous aimons bien trop pour que cela nous sépare. Comme nous avons affronté la disparition de Jean ensemble, nous affronterons celle de père ensemble.

Passant ses doigts dans les cheveux de Louis, elle les réarrangea rapidement, attendant qu’il lui laisse son regard. Il ne tarda pas à planter ses yeux d’un bleu limpide dans les siens et elle reprit.

- Ne torture pas quant à ce que tu aurais du faire, mon frère. Rien ne pourra modifier cela. Tes inquiétudes étaient légitimes, j’aurais sans doute été tout autant préoccupée si la future direction du marquisat m’avait incombé soudainement, à la disparition de notre aîné. Et je sais aussi que tu ne m’as jamais délaissée. Jamais je n’ai senti ton absence, jamais je n’ai cru que tu m’avais abandonnée. Tu as toujours été à mes côtés lorsque j’en avais besoin, tu l’es encore aujourd’hui. Nous sommes loin d’être parfaits, Louis, mais je crois que toi comme moi avons tout de même essayé de faire de notre mieux. C’est tout ce qui compte.

Il n’était pas juste qu’aujourd’hui il s’inquiète de ses actions passées. Il avait toujours eu un comportement exemplaire, d’aussi loin qu’elle le connaissait. Alors qu’il se blâme pour ce qu’il n’avait pas su faire assez bien était à ses yeux complètement injuste. Et infondé.

- Tu feras un excellent Marquis, je n’en doute pas un instant. Je m’inquiète plus pour mère. Elle est dévastée et je crains qu’elle s’enferme et s’éloigne. Qu’elle ne nous laisse pas entrer pour l’aider. Je ne veux pas qu’elle traverse tout cela seule, mais je ne sais pas non plus si nous saurons être à la hauteur. Oh Louis, c’est si dur de voir le futur se morceler ainsi...

Elle s’était souvent imaginée plus vieille, mariée avec une ribambelle d’enfants. Tous plus vivants les uns que les autres, éclatants de santé. Elle avait souvent imaginée le plaisir que cela aurait procuré à Godfroy, même s’il ne l’aurait jamais exprimé. Pas une seule fois elle avait imaginé Judith sans son mari. Ses parents étaient faits pour être ensemble jusqu’à la fin. Et aujourd’hui, on avait massacré son rêve, brisé ses espoirs, lui laissant dans la bouche un goût de cendres.

- J’aurais tant aimé qu’il me trouve un mari et qu’il soit présent lors de notre union. Je sais qu’il aurait été juste et qu’il aurait choisi au mieux. Comment vais-je faire sans lui ? Qui pourra me fiancer si ce n’est pas lui ? Je ne veux pas finir seule, je veux avoir des enfants et… Je voulais qu’il les connaisse.

Une larme roula sur sa joue. Sa gorge s’était nouée de nouveau et elle eut du mal à supporter encore le regard de son frère. Elle savait qu’il était rempli d’amour mais elle y lisait aussi cette peine qu’elle ne pouvait encaisser maintenant. Et ses craintes paraissaient bien futiles face à celles de Louis.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Dim 26 Fév 2017 - 21:12





Les inquiétudes de son amour de sœur à propos de leur tutrice, résonnèrent en écho dans sa tête. Enfermée, disait-elle ? Vraiment ? Non, cela ne se pouvait, Louis se refusait de le croire ; Judith était à l’image de leur père, aussi solide que le roc et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle allait si bien de pair avec lui. Sa main continua machinalement ses mouvements circulaires au dos de sa sœur, tandis que son visage se tourna vers elle de sorte à ce que leurs regards puissent s’épouser et qu’il puisse, par la suite, lui faire le legs de quelques rassurantes paroles :

« Tous les enfants l’ont peut-être déjà dit, mais notre mère est unique en son genre. Jamais de ma courte vie je n’eus chance de rencontrer une femme aussi résiliente, robuste et forte. Qu’importe les épreuves, les déceptions ou les malheurs qui osent s’en prendre à elle, elle les surmonte. Elle le fait pour elle, ainsi que pour sa famille. Et si elle doit se cloîtrer ou se reclure des siens, c’est pour mieux les épauler lorsqu’elle sera en état de le faire. Je te le dis ma sœur, n’ait craintes, car je n’en ait point pour elle. »
Et finalement, un premier sourire timide triompha de ce triste entretient, perçant sa carapace d’amertume.

Mais il fallut qu’elle ressasse l’un de ses songes, l’une de ses rêveries les plus chères : celle de pouvoir fonder une famille et que ses petits-enfants puisent rencontrer leur alleux. C’était maintenant chose impossible pour leur père, cela était vrai, mais Judith jusqu’à preuve du contraire était là, bien là, et pourrait jouir un jour de faire la connaissance de ses petits-enfants. Le bras de Louis se souleva pour venir barrer les épaules de sa sœur, qu’il étreigne de nouveau dans une accolade affective. Il soupira un peu, ne sachant masquer lui-même sa propre déception, alors que sa cadette narrait ce triste constat. Du coin de l’œil, il aperçut pourtant, cette poussière salée qui roulait sur la joue de sa sœur. Du pouce, il alla freiner sa descente puis se retourna derechef vers elle, en espérant y capter son attention :


« Moi. Moi je le pourrais, Éléonore … » Il cueillit sa main dextre dans la sienne, qu’il couvait de son autre patte, afin de surenchérir solennellement : « Fais m’en la demande, ma sœur, et je te trouverai un mari qui te sera digne, un mari qui siéra à la lignée qu’est la nôtre. Les gens soulèveraient terre et mer pour pouvoir t’avoir à leur côté, tu es le joyau le plus précieux du Berthildois et je ne saurais te léguer aux soins du premier gredin venu, tu le sais trop bien... » Il déglutit lourdement, comme s’il voulut s’empêcher de dire la suite, détestant ces pensées égoïstes qui le traversaient à l’occasion. « Mais ce jour n’est pas venu, ta place est ici, près des tiens … Tôt, la marmaille viendra … Et tu devras t’en aller vivre chez cet homme que je t’aurai choisi et … Je ne suis pas prêt, non … »


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Dim 26 Fév 2017 - 22:33

Quand Louis lui dit qu’il ne craignait pas pour leur mère, elle laissa un sourire timide étirer ses lèvres. S’il ne se faisait pas de souci, alors elle ne devait sans doute s’en faire aucun. Il n’y avait pas lieu. Mais le fait de savoir son père disparu lui faisait craindre de perdre sa mère aussi. Après tout, c’était la première fois qu’elle se confrontait réellement à l’idée qu’un de ses parents puisse partir avant elle. Si c’était dans l’ordre naturel des choses, ce n’en était pas moins douloureux. Parce qu’elle aurait aimé qu’ils viennent leurs vies tous ensemble, toujours. Rêve égoïste et irréalisable, de l’ordre du pur fantasme. Mais il était tout de même bien dur de le voir se briser. Quand il attrapa sa main, elle y serra ses doigts au creux. Ses mots lui firent regagner espoir. Une lueur se ralluma au fond de ses yeux. Si Louis pouvait, alors elle avait sans doute un futur d’assuré. Et c’était une chose qui la soulageait immensément. Un soupir franchit même ses lèvres et elle réussit à déglutir correctement.

- Si tu le peux Louis, alors je n’ai plus aucune crainte à avoir. Je sais pertinemment que tu ne me laisseras jamais aux mains d’un homme vicieux ou malintentionné. De cela je n’en doute pas un instant. Alors oui, je te le demande. Quand l’heure sera venue, trouve à me marier.

Les derniers de mots de son frère, elle ne les interpréta aucunement comme la représentation même de l’égoïsme. Parce qu’elle savait qu’ils étaient uniquement emprunt d’amour. Ils avaient besoin l’un de l’autre, cela avait toujours été le cas. Pas à une seule occasion ils s’étaient manqués. Alors elle savait combien cette union allait être difficile. Non pas seulement pour lui, mais pour elle même aussi.

- Vous resterez toujours les miens, tu le sais. Je ne me sens pas prête à te quitter non plus, je ne le serai sans doute jamais. Il me sera aussi dur qu’à toi de supporter cet éloignement qui viendra bien assez vite. Mais promets moi que pour bien, tu ne t’y opposeras pas. Promets moi que tu sauras vivre sans ma présence constante. Je ne saurais supporter ton malheur.

Il était vrai qu’elle ne pourrait vivre en sachant Louis malheureux. Mais elle savait aussi qu’elle ne pourrait être éternellement à ses côtés, bien que ce soit là son vœux le plus cher. Elle allait devoir faire sa vie de femme, d’épouse, de mère. Et d’elle ne savait quoi d’autre encore. A ce propos, elle était maintenant rassurée. Elle ne finirait pas vieille fille, elle ne finirait pas non plus dans les bras du premier homme venu. On saurait la marier judicieusement. Sur ces mots, elle se leva prestement. Essuyant ses joues qu’elle sentait encore lourdes de larmes, elle se dirigea vers sa coiffeuse. S’asseyant sur le tabouret, elle saisit son peigne et entreprit de démêler sa chevelure.

- Si nous sortions un peu d’ici, Louis ? Prendre l’air me ferait du bien je crois. Il faudra juste que je demande à ce qu’on me trouve cette cape noire. Je ne pourrais décemment pas sortir vêtue comme un jour ordinaire. Qu’en dis-tu ?

Elle avait repris un peu de contenance. Sa respiration était toujours un peu plus lourde qu’à l’accoutumée mais les larmes ne menaçaient plus de chuter de ses yeux à tout instant. Les coups de peigne qu’elle mettait ne manquaient pas de vigueur. Son dos s’était redressé et elle voulait réellement prendre l’air. Entre ces murs, elle avait l’impression d’étouffer. Elle y avait passé trop de temps, il y faisait trop chaud, trop lourd. Ce n’était pas assez aéré. Trop sombre. Elle était pressée d’être dehors.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Lun 27 Fév 2017 - 5:10





Le revoilà, enfin, ce doux sourire qu’il chérissait tant. Les traits de sa cadette s’étaient adoucis au profit d’une mine encline à la bonne humeur et cela agissait comme le plus doux et le plus efficace des baumes sur les maux qui tourmentaient le Marquis en devenir. Et maintenant surtout, qu’elle admettait aussi vouloir prolonger son séjour à Cantharel, lui aussi n’avait plus raison d’interdire un quelconque sourire d’illuminer son faciès harassé par la fatigue et la tristesse. « Aussi pénible qu’un millier de coup de fouet, ton départ me chagrinera sûrement autant que le trépas de Feu notre père, mais je saurais surmonter l’épreuve si je te sais entre de bonnes mains. Alors oui, je te le promets, je saurais mener une bonne et belle vie, lorsqu’il te sera temps de voler de tes propres ailes. » Puis l’idée de sortir à l’extérieur semblait tout à fait appropriée, maintenant qu’ils avaient chassés ensembles, main dans la main, les démons qui les hantaient. Le temps n’était certes pas propice à une marche prolongée, mais Louis avait son idée, quelque chose qui sans doutances saurait plaire à son amour de sœur. Ainsi le Marquis se redressa à son tour pour s’approcher d’elle, alors qu’elle avait gagné son trône à elle, armé de son peigne. Il se posta à son ombre, puis admira momentanément le reflet légèrement déformé de sa sœur contre la glace, déposant l’une de ses paluches à l’épaule délicate de sa semblable. « Oui-da, une pèlerine ébène irait de pair avec les célébrations d’hier au soir. Et couvres-toi correctement, j’ai eu de francs frissons lorsque j’ai prié la DameDieu à l’heure des coqs. L’hiver approche plus rapidement qu’on ne le croit, les premières neiges sont à nos portes, m’est d’avis. » Et après ses inutiles commentaires, comme si elle n’avait de yeux pour constater le givre qui naissait quotidiennement aux fenestrations, avant le levé de l’astre diurne, il s’éloigna d’elle pour trouver la sortie de ses appartements. « Dois-je faire venir ta gouvernante? » Avait-il demandé, juste avant de quitter et de lui donner rendez-vous au salon qui juxtaposait la sortie vers les jardins du Castel.

Entre-temps, Louis s’était paré d’une tunique plus douillette et confortable, au temps humide et frais que la fin de l’automne emmenait avec elle. On l’avait affublé d’une bardache ainsi que d’une cotte sans manches servant de doublure, ainsi que d’une paire de braie rembourrée. Bref, un accoutrement digne des hivers les plus féroces, outre le mantel qu’il gardait pour les premières tombée hivernales. Aussi avait-il prit le luxe d’apostropher l’un des sbires du château pour lui demander ces quelques mots ;
« Là, toi! Ma sœur s’est enfin décidée de sortir de sa tanière et je compte bien profiter du miracle pour prendre soin d’elle. Va quêter ma pitance de ce matin, qu’elle puisse picorer un brin. La malheureuse doit mourir de faim, après une nuitée aussi agitée et mouvementée. » Directive que le petit homme exécuta immédiatement, en piquant du nez vers la salle à manger. « Oh! Et apportes les plats aux jardins, nous irons préalablement nous dégourdir un peu les gambettes avant de ripailler. » Ajouta Louis, avant que ne disparaisse le serviteur.

Au salon, une bonne flambée animait le cœur du foyer qui crépitait au fur et à mesure que se consumaient les rondins. Or, attendant patiemment qu’Éléonore se présente, il se posta près du brasier, auquel il accorda toute son attention. Ses pensées n’étaient momentanément plus dédiées à la mémoire de Feu de son père, ou même de sa sœur, mais au futur de Sainte-Berthilde. Disait-elle vrai? Serait-il être aussi bon Marquis que le fus son père ?

En attendant, une marche à l’extérieur était prévue et le temps ne se prêtait pas à d’aussi profondes réflexions. Les nuages grisâtres s’étaient montrés cléments et Cantharel vivait probablement sa première période d’accalmie depuis les deux derniers jours. Dehors, la verdure était humide, tout comme le temps, et la boue se montrait abondante et présente en tous lieux, mais cela allait-il arrêter pour autant freiner leur envie de prendre l’air ? Très certainement pas.


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Dim 12 Mar 2017 - 14:48

La promesse qu’il lui fit la soulagea. Elle entrevoyait son avenir un peu plus sereinement. Il venait de lever une angoisse qu’elle n’avait pas vraiment conscience d’avoir : celle de blesser profondément son frère quand elle sera obligée de quitter le cocon familial. Il lui confirma que des habits sombres seraient appropriés, avant de lui demander s’il devait appeler sa gouvernante.

- Je veux bien oui, s’il-te-plait. Je serai rapide, ne t’en fais pas.

Elle n’avait plus envie de rester ici bien longtemps. Sa gouvernante ne tarda pas et à sa suite on lui amena à manger. N’ayant pas encore retrouvé l’appétit, elle piocha seulement un peu dans le plateau qu’on lui avait apporté. On lui fit remarquer qu’elle ne portait rien à sa bouche, alors elle se laissa tenter par une bouchée. Mais elle mâcha avec si peu d’entrain qu’on eut le temps de refaire entièrement sa coiffure et de choisir ses vêtements avant qu’elle n’avale. On avait sorti une longue robe noire, un manteau dans les mêmes tons, des gants et une écharpe qui ne juraient pas avec le reste. Une inspiration souleva longuement sa poitrine. Elle ne se sentait que très peu la force de se déshabiller pour enfiler de nouveau une tenue. Alors elle se laissa faire, comme si elle n’était rien de plus qu’une poupée, tout juste obéissante. Debout face à sa gouvernante, ses yeux ne fixaient rien en particulier. Ils étaient perdus dans le vide, perdus dans ses souvenirs. A peine Louis avait-il quitté la pièce, à peine s’était-elle retrouvée seule qu’elle avait repris la pleine mesure du vide qui trouait son coeur.

Elle avait réussi à l’oublier un instant, en sa compagnie. Il l’avait divertie, soutenue, soulagée. Mais il n’était plus là et elle ne pouvait chasser le visage de son père aimé qu’elle venait de perdre. Eléonore ne pouvait chasser les souvenirs avant qu’ils ne s’imposent à sa mémoire. Alors elle s’efforçait de les balayer aussi vite qu’ils venaient. Seulement restaient leurs traces et elle ne pouvait pas ne plus voir ce qu’elle avait vu. Alors elle avait fermé les yeux et levé légèrement la tête, comme pour prier la Dame Dieu. A vrai dire il n’en était rien, elle voulait seulement que les larme ne coulent pas de nouveau et que son chagrin disparaisse. La tête ainsi en arrière, elle sentit les muscles de sa nuque se nouer, lui rappelant douloureusement la nuit peu agréable qu’elle venait de passer. Une fois qu’elle fut présentable, à vrai dire elle était étrangement belle, elle sortit de sa chambre. Elle évita les regards qui voulaient croiser le sien et ignora cette pitié affreuse qu’elle pouvait voir s’inscrire sur certains visages. Elle exécrait ce sentiment et elle n’aimait pas du tout l’inspirer. Il n’y avait rien à plaindre. Il n’y avait rien à voir. Rien à prendre en pitié. Elle n’avait pas besoin de leurs bons sentiments pour faire son deuil.

Le feu crépitait dans l’âtre et sa douce chaleur l’enveloppa quand elle s’en approcha. Elle avait doucement sourit à Louis, sans pour autant réussir à effacer totalement ce plis entre ses sourcils. Jamais elle n’avait put cacher son agacement. Sans doute parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire. Elle resta un instant debout de l’autre côté du foyer, face à son frère. Si elle avait immédiatement attiré son regard quand elle était entrée dans la pièce, elle savait qu’il avait été un instant avant perdu dans les flammes. Il fallait dire qu’elles étaient envoûtantes. Et reposante. C’était comme si elles chassaient ce qui pouvait bien préoccuper. Mais soudain, elle se secoua légèrement et retrouva le regard de Louis.

- Nous pouvons y aller, je crois. Je commence à étouffer ici, l’air frais me ferait le plus grand bien.

Elle tendit sa main pour qu’il lui offre son bras. Lorsque ce fut chose faite, ils se dirigèrent vers l’extérieur, où elle n’avait que trop hâte de se trouver. Eléonore imaginait qu’une fois dehors, ce poids qui pesait sur son coeur s’allégerait. Et qu’elle pourrait enfin respirer plus sereinement.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Sam 18 Mar 2017 - 2:21




Quittant le confort des envoûtantes ballerines enflammées qui prospéraient dans le foyer, son attention fût déportée séance tenante vers la nouvelle arrivée. Meurtri par la tristesse, l’élégante arrivée de sa sœur agit comme une béquille à son cœur fébrile. Un sourire, timide mais franc, conquit la sombre mine de l’aîné de la fratrie, acquiesçant inutilement en guise d’approbation lorsqu’il admira l’allure d’Éléonore. Sans avoir le mot à dire sur ce qu’elle devait arborer, le Saint-Aimé n’était pas mécontent de la voir ainsi apprêtée. Ainsi, elle ne saurait attirer la pitié et pourrait garder le chef fièrement relevé, même si sa psyché était harassée par le tintouin des derniers événements.

Alors, une fois le ton levé, l’invitant à procéder, Louis ne sut qu’approuver du regard et lui offrir le ferme appui qu’était son biceps. Tandis qu’elle s’accrocha à son bras replié, Louis affirmait de nouveau sa présence envers elle en couvant l’une de ses mitaines de sa patte libre. Le pas entamé d’un rythme adagio, il l’entraîna d’abord dans la cour où il put épier ce paquet de serviteurs et de résidents du castel, fourmillants ici et là à entretenir l’endroit et à préparer l’arrivée de l’hiver. Il restait encore un mois, certes, mais la saison forte arriverait plus tôt que tard vu comme l’automne s’était avéré impétueuse! De sauvages vents d’ouest, la chute précoce des feuillus et des draches si abondantes qu’elles sauraient mouiller de l’eau! Non, le petit peuple agissait fort sagement d’appréhender l’hiver de la sorte, car le prochain serait impitoyable.

La cacophonie s’amenuisant et s’estompant graduellement au fur et à mesure que leurs pas s’enchaînaient, tôt, ils gagnèrent non seulement la paix, mais aussi une vue plus qu’inspirante. Là, des haies de cèdre montaient hautes et se dressaient devant eux comme des statues taillées, formant une arche qu’ils pouvaient franchir librement. Il l’avait menée aux jardins, un endroit trop peu sollicité et qui ne demandait qu’à être exploité des yeux. Les fleurs étaient pour la majorité en hibernation, non fleuries, mais le spectacle n’était pas là : il était aux végétaux arborescents qui se mourraient. L’automne déjà bien installé avait indiqué aux nombreux arbres qu’il était temps pour eux de se priver de leurs atours et de laisser au sol, la chance d’obtenir de leurs feuilles, un chaleureux manteau. Pour certains feuillus, un tapis abondant de leurs foliation gisait à leur pied, alors que pour d’autres, plus tenaces, préféraient afficher les vives couleurs de leur mécontentement. Du rouge à l’orange, passant par le jaune et parfois même au vert, quelques érables gardaient dans les hauteurs de leurs rameaux l’un des plus exquis tableaux.


« Qu’on se le dise, l’air de l’automne est agréable. Surtout lorsque l’on a, à son bras, le plus précieux des joyaux du Nord. » Lui avait-il confié, non sans un sourire taquin. « Et ces couleurs sont si inspirantes qu’elles semblent fortes aise à nous faire oublier la peine ... » Cette fois-ci plus pour lui-même, qui souriait plus tristement, alors qu’il constatait la véracité de sa dernière tirade. Les minutes s’enchaînèrent à déambuler dans le jardin automnal, toujours en agissant comme l’égide de sa sœur, jusqu’à ce qu’ils tombent face à un banc, près d’une fontaine à laquelle quelques nénuphars décoraient le bassin. Avoisinant ladite banquette, une coquette tablée avait été disposée avec sur celle-ci, une becquetée suffisante pour combler le vide qui s’était, dans la panse de sa sœur, bien épanoui au courant de la nuit.

« J’ai conscience que tu n’as peut-être pas l’appétit, mais je te le demande, j’aimerais que tu manges … Ne serait-ce qu’un bout de pain, un verre de lait ou une léchée de miel, qu’importe …  Du moment que tu n’allonges pas plus longtemps ton jeun de ce matin … »  Il lui fit la demande en déposant ses yeux droits dans les siens, un peu à l’instar du père envers sa progéniture qui ne penserait qu’à son bien. Quant à lui, il piocha un bout de pain ainsi que quelques confitures auquel il y étala sans ménagement les fruits confits et ainsi sustenter sa faim, l’appétit semblant avoir repris du poil de la bête. Une fois terminé, accompagné –ou non- de sa sœur, l’invitant à prendre place près d’elle sur le banc, puis après lui avoir couvert les épaules de sa propre cape, Louis osa aborder un sujet qui laisserait sûrement sa sœur en réflexion.

« Tu as l’âge d’être utile pour Sainte-Berthilde, tu sais … Et maintenant que notre père n’est plus de ce monde, il faudra besogner d’arrache-pied pour préserver notre patrie du déclin. Godfroy s’est évertué pour qu’icelle rayonne et prospère, ne le décevons pas. Tu as toutes les qualités du monde pour m’épauler dans cette tâche, seulement, je peine t’en faire la demande. Car pour y arriver, il me faudra de l’aide, beaucoup d’aide … Te sens-tu prête à servir Sainte-Berthilde, pour la gloire de notre famille et de ceux qui la servent ? »


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Dim 26 Mar 2017 - 12:31

Dans les couloirs, on s’affairait activement pour préparer la venue du froid. Cet hiver s’annonçait plus rude que les autres, il faisait déjà bien assez froid en cette période, alors qu’on n’était qu’en automne. Mais bientôt, toute cette cacophonie qui résonnait entre les murs disparut. Ils étaient enfin dehors. Un soupir franchit ses lèvres et vida sa poitrine sans qu’elle ne puisse se retenir. L’air frais, nouveau, le silence relatif et la lumière du jour la frappèrent d’un coup. Elle eut l’impression un instant de regoûter à la vie. Comme si elle s’imposait à elle avec tant de force qu’elle ne pouvait s’y refuser. Son coeur fut alors libéré d’un poids, sans doute grâce à l’espoir nouveau qui semblait y fleurir. Le monde ne s’était pas arrêté de tourner. La vie continuait, là, au dehors. Elle s’en rendit un peu plus compte quand ils s’aventurèrent dans les jardins. Elle était si occupée à voir ce qu’elle n’avait que l’habitude de balayer du regard qu’elle ne sentit pas réellement le froid.

Il n’y avait plus de fleurs dans les jardins, les plantes se mourraient. Pourtant, elle arrivait à y trouver une certaine beauté. L’achèvement d’un cycle pour en démarrer un nouveau. Comme elle achever celui avec son père pour en démarrer un seul. Elle gagnait peut-être en indépendance, tandis qu’elle perdait un être aimé. Elle n’était pas bien certaine de cela, mais elle avait du lire quelques chose de la sorte dans un livre, une fois. Les feuilles mortes tapissaient le sol et elle veillait tout de même à ne pas marcher là où elles étaient trop nombreuses. La pluie les avait trempées et elle risquait de glisser. Pourtant, elle adorait les entendre craquer sous ses pieds, quand elles étaient assez sèches. Gamine, elle courait sous les feuilles virevoltantes et s’évertuait à faire craquer celles qui étaient assez sèches. Alors quand elle le faisait aujourd’hui, elle retrouvait une certaine insouciance, alliée à l’innocence. Elle déplora ne pas pouvoir le faire maintenant. Mais son esprit ne s’attarda pas plus longtemps dessus puisqu’ils finirent par arriver à une table dressée.

- Il est vrai que le spectacle est agréable. Le vert qui côtoie le rouge… C’en est presque surréaliste. Mais heureusement qu’il y a ces couleurs, sinon on se serait cru en hiver. Et l’hiver c’est vraiment déprimant. Enfin, il n’est pas encore là, alors je vais éviter de te miner le moral. Ta compagnie m’est bien trop agréable pour que je te donne à me fuir.

Il ne la fuirait pas, de cela elle était certaine. Mais elle ne voulait pas être d’une piètre compagnie, au contraire. S’il trouvait un réconfort dans cette balade, elle ne voulait pas le lui entacher. Surtout par des broutilles. Finalement, ils se posèrent sur le banc qui agrémentait la fontaine dressée là. De si loin qu’elle s’en rappelait, les nénuphars avaient toujours été là. On avait du les nettoyer, quelques fois, mais on ne les avait jamais retiré complètement. Et cela donnait un certain charme au tout, particulièrement à la fin du printemps et au début de l’été, quand les arbres étaient verts et qu’il était agréable de profiter de l’ombre de leur feuillage. Avant même qu’elle ne put dire quoi que ce soit, à peine assise, son frère la pria de manger quelque chose. Déglutissant difficilement à cette idée, elle jugea quand même qu’elle en était capable. Espérant s’ouvrir l’appétit en mangeant, elle attrapa un morceau de pain, se servit un verre de lait de chèvre et entreprit de le tremper dedans. Mordant timidement dedans, elle mâcha assez longuement. Elle sentait le regard de son frère sur elle, attendant sans doute qu’elle avale.

Lui réussissait à manger avec un certain appétit et elle n’avait qu’une hâte, c’était de retrouver la pareille. Parce qu’elle voulait sentir de nouveau une certaine normalité. Alors pour le moment, elle se contentait de l’accompagner timidement, espérant que ses tourments ne persistent pas trop longtemps. Au moins, recommençait elle à sentir le vrai goût de la nourriture et il ne lui semblait plus mettre dans sa bouche une bouillie au goût de suie. Quand ils eurent terminé, elle se rapprocha de son frère pour qu’il lui pose sa cape sur les épaules. Elle avait du frissonner légèrement sans s’en rendre compte. Eléonore votait sur son visage qu’il voulait lui parler de quelque chose. D’assez importante pour qu’il prenne un instant de réflexion. Et la question qui vint la surpris légèrement.

- J’entends bien que tu me poses cette question, Louis. Mais la réponse me semble être si évidente… Bien sûr que je ferai tout pour notre famille. Il va de soi que je t’aiderai de mon mieux dans la tâche qui t’incombera bientôt. Il est hors de question que les Saint-Aimé déclinent parce que père a rejoint Tyra. Je sais être un atout et en priver notre famille serait honteux et méprisable. Non, je te soutiendrai quoi qu’il advienne. Sans quoi je n’aurais plus de raison de porter le nom des Saint-Aimé.

Sa famille était tout pour elle. Si elle s’en détachait un jour, alors elle n’aurait plus de raison d’être. Elle leur était totalement dévouée.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Mar 28 Mar 2017 - 22:05




Son cœur fut de suite conquis par les paroles de sa sœur, si tant que son faciès illuminé d’un sourire fier chassait tous les vestiges de sa récente peine. L’automne s’en était allé pour faire place à l’enivrante chaleur d’été, là où tout brillait et tout était beau, là où les soucis paraissaient moindres … Savoir que sa sœur se rendrait utile pour sa famille, qu’elle saurait faire bénéficier ses talents à ceux qu’elle aimait, agissait comme un baume rafraîchissant sur les brûlures de ses anciennes déceptions. Alors, sa grosse patte venait se déposer sur le genou de sa frangine, acquiesçant quelques fois en guise d’approbation.

« Jamais de paroles plus belles que celles-ci ne m’ont jamais été dictées … Et je me réjouit de savoir que tu seras à ma dextre pour redonner son lustre aux Saint-Aimé, qui ont pris fort ces derniers mois. Ces estocades avec nos vassaux les plus notables nous ont coûté cher et je ferai en sorte que plus jamais de tels affronts viennent ternir Cantharel. En ce qui te concerne, je pense que Mère entretient un projet de grande envergure pour faire mousser l’économie du Marquisat et, en toute honnêteté, je pense que tu pourrais y mettre ton grain de sel. Il y aura moult négoces à entreprendre et tu serais toute désignée pour les mener à terme. Je ne puis cependant t’en dire d’avantage, car je n’en connais que les grandes lignes, mais voilà, vois avec Judith, qu’elle puisse t’aiguiller correctement et adéquatement. »
Louis laissa planer un menu silence, sachant qu’eux deux connaissait la situation délicate de leur mère.

« Elle est souffrante mais la connaissant, peut-être que de discuter avec elle, de lui montrer ton vouloir d’aider la famille, de mettre toi aussi main à la pâte, saurait lui changer les idées. Il faut lui donner l’envie de se mouvoir, d’aller de l’avant, de sortir de cet exutoire qu’elle a fait de sa chambrette. »
Sa serre à son genou s’était raffermie légèrement, inconsciemment, déposant contre son visage un sourire un iota plus triste.


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Les Héritiers [ Éléonore ] [ Terminé ]   Lun 3 Avr 2017 - 18:09

Son frère était ravi. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il était drôle de se rendre compte qu’il la voyait encore comme une enfant. Non pas physiquement, il n’avait pas été sans remarquer les courbes de son corps se dessiner, mais mentalement. Et particulièrement le rapport qu’elle pouvait avoir à l’honneur et à sa famille. Au bien et au mal, à ce qui était moralement correct de faire ou non. Ils n’avaient pas eu l’occasion d’en discuter auparavant. Parce qu’il était facile, avec Louis, de discuter de tout et de rien. De s’emporter sur des sujets futiles comme de tergiverser des heures sur un sujet plus pointu et plus sérieux. Elle lui apprenait parfois bien des choses, théoriques évidemment, quand lui lui donnait à entendre des affaires politiques, économiques et parfois même martiale. Elle adorait, petite, le regarder s’entraîner. Parfois avec leur aîné. Parfois sans. Mais ils n’avaient jamais vraiment abordé l’avenir de leur famille, ce qui se passerait quand leur père disparaîtrait. Peut-être parce qu’ils n’avaient pas voulu trop penser à cette éventualité. Alors il était évident que Louis ne savait rien des motivations de sa sœur. De ce qui faisait battre son coeur et courir son esprit. Elle avait pensé que c’était si facile à deviner qu’il n’y avait sans doute pas besoin d’en discuter. De l’en informer.

- Des négoces... Je pense que je pourrais y mettre à profit mes compétences. Je n’ai pas énormément pratiqué jusqu’à présent mais j’ai assez observé pour être certaine de ne pas tout gâcher.

C’était la première fois qu’elle allait devoir mener des négociations. D’ordinaire, elle accompagnait toujours sa mère, lui laissant le soin de faire le gros du travail. Il n’était plus si rare qu’elle intervienne mais elle n’occupait pas la place la plus importante dans la discussion. Leur mère qui était aujourd’hui dans un bien mauvais état. La main de Louis sur son genoux l’empêcha de trembler à cette idée. Mais il dut tout de même sentir qu’elle s’était tendue.

- J’irai la voir. Je ne saurais souffrir plus longtemps de la savoir plus seule que nous le sommes. Si nous nous avons tout deux, elle nous a aussi.

Il avait serré un peu plus son genou et elle avait posé sa tête sur son épaule. Fermant les yeux, elle apprécia, dans le silence, sa simple présence.
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