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 Passer l'hiver au chaud

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Arnoul de Stern
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Arnoul de Stern

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MessageSujet: Passer l'hiver au chaud   Passer l'hiver au chaud I_icon_minitimeMer 8 Mar 2017 - 10:24


Le vieil Arnoul se tenait sur les remparts de l’imprenable castel de Sternburg, ses yeux vieux et fatigués posés sur l’horizon blanchi et annonciateur d’un rude hiver. Il l’avait senti dans ses os, de toute façon. Lui, l’antique, le débris, l’oublié de Tyra… Parce que, vraiment, il commençait à croire que la moche en voile faisait exprès de l’ignorer ! Déjà quatre-vingt-cinq hivers qu’il foulait cette terre de fous et d’imbéciles, et personne pour l’achever, ni sur le champ de bataille, ni dans son lit miteux. Alors qu’il pensait à la longue existence qu’il menait, un vent frais vint le faire grelotter, et lui rappeler que, malgré l’amas de peaux qu’il avait sur son corps, ce dernier restait fragile et vieilli. Il grommela quelques injures en patois…

« Monseigneur, vous devriez rentrer ! Vous allez attraper méchante fluxion ! »

Le Vieux Bouc tourna son visage vers ce jeune premier, ce poupon de fils Ruy-Selan. Son duvet n’avait même pas encore germé qu’il se permettait de l’ouvrir en présence du plus vieux fossile de la région. La réponse d’Arnoul fut sèche.

« La ferme, jeune puçard. Garde tes conseils stupides pour des crétins dans ton genre… Où est la tête de ce foutu Leuze ?! »

Il s’énervait depuis déjà dix minutes de ne pas retrouver cette foutue tête coupée et plantée sur une pique. Le faide avait été plutôt vite réglé… A soixante chevaliers contre une quarantaine de reîtres mal payés, l’échauffourée avait vite tourné au vinaigre pour Cadoc. Brave Cadoc, qui avait tourné le dos aux hostilités, pour mieux se prendre une branche dans le pif. Fâcheux, lorsqu’on sait qu’il s’agissait du seul arbre à trois cent mètres à la ronde… L’escarmouche remportée, les reîtres mis en déroute par les lourds cavaliers sternois, récupérer Cadoc fut aussi aisé que de pénétrer en son castel. Et pour cause. Les gredins l’avaient déserté, emportant ce qu’ils pouvaient, pour fuir à Lün, ou dans le Berthildois. Là où Arnoul ne pourrait les poursuivre, ou du moins, n’y verrait aucun intérêt.

Le vieillard remarqua alors à ses pieds une forme ronde, recouverte de neige. Satisfait, il dit à l’écuyer le suivant :

« Allez, petit. Ramasse-moi ça. »

Le jeune homme fit deux pas, et se saisit de l’objet… qui n’était autre que la tête de Cadoc, bleue comme un saphir, une expression grotesque figée sur son visage marqué. Le jeune garçon paniqua devant telle horreur, et, après avoir poussé un petit cri de fillette apeurée, relâcha brusquement le chef de l’ennemi vaincu, qui alla rebondir contre les créneaux, et s’écraser en contrebas. Arnoul, du haut du parapet, suivit la chute de la tête en silence, sans relever la sienne vers l’écuyer, qui paniquait encore plus, maintenant qu’il prenait conscience de sa bourde. L’absence de remarque du seigneur arétan le rendait chaque seconde plus anxieux, et le faisait se tortiller sur place.

Lorsque le vieillard releva la tête, sourcils froncés, le fils Ruy-Selan bégaya :

« Je… J-j-je l’ai pas fait exprès, s-s-s-seigneur Arnoul ! J’le jure ! »

Arnoul ne dit rien, toujours. Puis, il baissa à nouveau la tête et cracha dans le vide, comme si son mollard avait une chance d’atteindre le visage bleui du mort.

« Sa place est en bas avec les porcs et la populace, de toute manière. »

Le soulagement du jeune écuyer lui fit perdre une toise d’épaules. Le vieil Arnoul, quant à lui,  arrangea son mantel. Il commençait à faire vraiment froid. Il devrait rentrer…

« Comment se porte le sieur Walther ? Des nouvelles de Hohenburg ? »

Le garçon acquiesça, reprenant quelques couleurs.

« Oui… Les blessures infligées par le sinistre Cadoc guérissent bien, selon Dame Hilda. Elle vous bénit pour lui avoir envoyé ces vivres, aux portes de l’hiver. Elle dit qu’elle vous en sera éternellement redevable. »

Arnoul renâcla.

« C’est à son frère que je serai éternellement redevable. Il a prouvé qu’il méritait bien plus qu’être mon vassal... »

Cela faisait un moment qu’Arnoul y réfléchissait. Trop longtemps ses descendantes n’avaient pas été proposées à des partis convenables. Et la mésaventure de sa petite-fille en territoire lauzaque l’avait définitivement convaincu. Le printemps revenu, il proposerait à son Comte un arrangement entre Arnaud et Aliénor, et proposerait sa fille Karla au brave parmi les braves, celui-là même qui l’avait délivrée des serres de ce rat puant de Leuze. Il restait le meilleur parti, à présent. Pas par une quelconque haute naissance, non. Mais parce qu’il avait eu plus de couilles qu’Othar en personne.

« Rentrons. Il fait froid. »

Arnoul marcha lentement vers l’intérieur, la neige ralentissant ses pas qui n’étaient déjà plus très fameux.

« Il sera long, l’hiver, seigneur ? »

« Qu’est-ce que j’en sais, foutredieux ? Les os ne disent pas tout, sire Ruy-Selan ! »
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