AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Rédemption [ Roderik ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Rédemption [ Roderik ]    Ven 17 Mar 2017 - 3:52



Les deux petons embourbé dans une neige déjà abondante et confortablement installée, c’est armé d’une hache aiguisée à souhait, que Louis malmenait un lot de bûches encore intactes et non fendues. Usant d’un martyr comme table de travail, il fit à chaque coup de guillotine s’abattre non seulement le tranchant de son arme contre les rondins, mais évacuait également les frustrations accumulées du passé. Bientôt, une butte de bûchettes érigée par son labeur lui indiqua la fin de son sport du matin. C’est qu’en vérité, faute de ne pouvoir travailler ni la terre ni d’apporter main forte aux misérables, sa nouvelle condition de même que le temps hivernal, l’avait forcé à se trouver de nouvelles activités pour passer ses nerfs. Une tâche réservée aux petites genses, lui rappelait-on lorsqu’il insistait pour jouer de la hache, mais en cela, le jeune Saint-Aimé y trouvait la paix et le bonheur. Un plaisir qui non seulement n’était point chérant, mais qui de surcroît, passait le boulet aux cheville du Régent, qu’il puisse quotidiennement garder les pieds à terre, qu’il puisse ne point sous-estimer le dur labeur de la menuaille.

Positionné devant une flambée forte accueillante et prospère, se frictionnant les deux mitaines ensembles, c’est à la volette qu’il intercepta un de ses obligés qui passait à proximité. « Faites-moi venir le nécessaire pour gratter une dépêche. » Lui ordonnait un Louis encore frigorifié, mais sans dépourvu de sa naturelle gentillesse. Une fois le bout des doigts décongelés, il se mit en quête de rejoindre l’écritoire, où il débuta le griffonnage de sa requête. Une requête qui tôt, fût confiée dans les mains d’un courageux coursier, robuste et muni d’une charpente prête à défier les aléas du temps hivernal. Arétria était visée et Roderik, de même que sa prolifique femme, étaient les principaux concernés.





Au jour premier de la 2ième énéade de Vérimios, à la 9ième année du 11ième cycle



À Roderik de Wenden, Comte d’Arétria,

Soyez d’ores et avant tout salué. Si je prends la peine de vous faire parvenir ce court message, c’est qu’un poids à mon cœur pèse toujours. Ce faix, je ne vous apprendrai rien, fût entretenu et engraissé par votre animosité en mon égard, lors du concile à Cantharel. Ce jourd’hui, si je vous fais parvenir par le biais d’un courageux bonhomme l’extension de ma parole, ce n’est pas pour entériner la chose, mais bien pour que nous puissions démanteler les tensions qui reliaient feu mon Père à votre personne.

Pendant la cacophonie que causa les pourparlers avec le Chancelier, votre femme puisa dans son courage afin de faire entendre son avis sur la chose, un avis que je ne sus considérer dans cet exacte moment. Je tiens désormais à offrir un futur à ses sages paroles, en vous invitant au Castel de Sainte-Berthilde, là où nous pourrons tenter d’élucider et si telle chose était possible, d’éradiquer les tensions entre nos deux familles.

Il est peu avisé d’entreprendre une telle promenade en ce rigoureux hiver, j’en ai conscience, mais les maux qui pèsent sur le Marquisat ne sauraient attendre la fonte des neiges pour être soulagés. Bon Seigneur, venez à Cantharel, nous vous y attendrons, prêt à vous accueillir et à vous faire oublier l’épreuve que fût le chemin de l’allée vers la capitale.

Louis de Saint-Aimé, Régent de Sainte-Berthilde, Seigneur de la Toranne et d’Érignac




Si seulement Louis avait été au fait que le principal concerné se faisait bronzer sur les plages sudistes et, que c’était sa femme, esseulée par son départ, qui serait l’unique concernée … Peut-être en effet aurait-il attendu la fonte des neiges … Faire venir une femme enceinte, de surcroît, ce n’était pas le genre de la maison!


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Dim 19 Mar 2017 - 1:17


L'an IX du onzième cycle
Quatrième ennéade de Verimios - hiver
Le premier jour...


De sa course effrenée le brave messager s'en revint à Sainte-Berthilde les mains vides. Et dans les jours qui suivirent son retour, on s'efforça de guetter un signe en provenance d'Arétria ; mais du tumultueux pays arétan nulle réponse ne vint. Le comté s'était, semblait-il, figé dans une torpeur toute hivernale, et à l'image des premières neiges bien précoces cette année-là, la relation entre le marquisat et le comté, sans avoir jamais été très cordiale, avait rarement semblé aussi froide.

La raison de cette inimitié était connue, mais prenons ensemble un bref instant pour replanter le décor. Si la suzeraineté de Sainte-Berthilde sur Arétria était ancienne et ancrée par les liens solides de la tradition du royaume, ç'avait souvent été de bien mauvaise grâce que les comtes avaient reconnu la préséance de leurs marquis ; et ce n'était que trois ans plus tôt que le comte Anseric, dernier vestige de la maison de Viorel, avait essayé lui aussi de se défaire de la primauté berthildoise, et d'inverser l'ordre des choses. Sans succès.
La nouvelle dynastie comtale d'Arétria, celle des Karlsburg, avait pourtant affiché d'entrée de jeu une loyauté sans faille à l'égard du Berthildois. Malheureusement, Wenceslas de Karlsburg d'abord, puis son oncle Alwin ensuite, avaient tous deux connu une mort précoce, chacun n'ayant régné qu'un peu moins d'un an avant de passer de vie à trépas. Alors Godfroy de Saint-Aimé, marquis de Sainte-Berthilde pour certains, usurpateur pour d'autres, avait désigné parmi les arétans le champion qui épouserait la fille d'Alwin, la jeune et frêle Iselda, elle qui jamais n'avait envisagé d'occuper un jour le trône de pierre de la citadelle arétane. Son choix s'était porté sur Roderik de Wenden, un seigneur arétan qui avait fait ses preuves lors de la guerre d'Oësgardie ; aussi n'hésitait-on pas à dire, côté berthildois, que Roderik de Wenden devait son titre de comte d'Arétria à Godfroy de Saint-Aimé, quand côté arétan on minimisait la chose en affirmant qu'il ne le devait qu'à son épouse Iselda. Cela étant, tant que Godfroy de Saint-Aimé avait été en vie, il n'y avait guère eu de problème ; à aucun moment Roderik n'avait osé se rebeller contre son bedonnant suzerain.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce jour où Godfroy de Saint-Aimé, suivant la mode, avait brusquement calanché et rendu l'âme à son tour. Et alors que le cadavre de celui qu'on appelait marquis était encore chaud, et que son fils Louis devait lui succéder, Roderik s'était joint aux critiques d'une partie de la noblesse du Berthildois qui accusait les Saint-Aimé d'avoir usurpé le marquisat, qui était propriété royale - la faute à cet imbroglio autour de la personne de l'enfant-roi Bohémond, qu'on avait cru mort pendant un temps et qui, finalement, ne l'était peut-être pas vraiment. Bref ! Roderik avait contesté la légitimité des Saint-Aimé, les avait accusé des pires saloperies ; et si Louis de Saint-Aimé lui-même avait finalement accepté de restituer au roi Bohémond la légitimité de son nom pour ne conserver de Sainte-Berthilde que la régence et non le titre de marquis, la famille de Saint-Aimé et ses plus proches partisans gardaient la dent dure à l'encontre du comte d'Arétria, qui leur avait chié dans les bottes et qui, surtout, avait retourné sa casaque comme la dernière des puputes ; lui qui paradait comme un coq et qui avait défié Louis dans le palais de Cantharel la ramenait beaucoup moins à l'époque où Godfroy était en vie.

Depuis ces derniers événements, Louis de Saint-Aimé, que la couronne avait reconnu régent de Sainte-Berthilde tout en laissant miroiter l'éventualité de lui léguer le marquisat en pleine propriété plus tard, reprenait les rênes du pays et manoeuvrait même auprès d'Olyssea, son autre grande vassale ; mais d'Arétria il était sans nouvelle. On en venait à dire que même une franche déclaration d'hostilité aurait pu rendre le climat moins menaçant, car alors, au moins, on aurait su à quoi s'en tenir. Seulement voilà : l'hiver était arrivé vite, et la neige, celle-là même "qui poudroyait dans la solitude de notre enfance", avait investi les routes, paralysant les rares échanges qui auraient pu subsister. Arétria, c'était devenu la grande inconnue ; on ne savait ce qu'y tramait le comte, et s'il était peu probable qu'il ait pu lever des troupes à l'approche d'un hiver aussi rude, il n'était pas impossible qu'il planifie quelque projet un peu vicelard d'ici la fonte des neiges au printemps. Pour quoi faire ? Allez savoir. Seul un arétan sait ce qu'il se trame dans la caboche d'un arétan.

Pourtant, aux prémices de la quatrième ennéade de Verimios, le hasard trouva au-devant de la capitale berthildoise une bande de cavaliers dont les silhouettes, enveloppées par le vent froid, se dessinaient sous un ciel crépusculaire obscurci par la brume hivernale. Tels des fantômes égarés que le blizzard aurait ramené par erreur dans le monde des vivants, ils se présentèrent aux portes de la ville, et l'accent arétan à couper au couteau de leur héraut ne laissait planer aucun doute quant à leur provenance.

« Informez votre seigneur et maître », disait-il, « informez-le que Sa Grandeur Iselda de Karlsburg, comtesse d'Arétria, suzeraine de la malelande et des collines du nord de l'Atral, répond à son invitation et se trouve à sa porte. »

Le visage encapuchonné, son corps fragile emmitouflé sous d'épaisses couvertures, la comtesse d'Arétria attendait bien là, pied à terre sous la garde vigilante de ses chevaliers protecteurs. Elle ne chevauchait point, et l'arrondi de son ventre, qui désormais se devinait même au travers des épaisses fourrures, laissait entendre pourquoi. Ce qui était beaucoup moins clair, en revanche, c'étaient les conditions dans-lesquelles elle avait pu voyager dans son état ; pis, comment avait-elle pu endosser le risque d'entreprendre pareille équipée par un temps aussi rude.
Mais enfin, nous ne sommes qu'au début de notre petite histoire, et nous avons encore tant à dire ! Ne nous égarons pas, nous y reviendrons en temps utile. Si vous ne deviez retenir qu'une chose, amis lecteurs, c'est celle-ci : alors qu'Arétria et Sainte-Berthilde se boudent l'une l'autre, la comtesse Iselda, enceinte jusqu'au cou, a bravé le froid de l'hiver pour se présenter devant Louis de Saint-Aimé...
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Mer 22 Mar 2017 - 5:21




Tardivement, mais tout de même, avait su retrouver ses pas le coursier Berthildois jusqu’à sa niche qu’était Cantharel. Comme l’avait prédit les signes précurseurs d’un hiver rigoureux et sans pitié, c’est les deux petons pratiquement atteints d’engelures, la goutte au nez en guise de rhume et le frisson se montrant constamment tourmenteur de son rachis, que revint bredouille le misérable. Et ce fut un Louis non pas blessé d’avoir en guise de réponse le plus flagrant des vents, mais plutôt appréhendait-il ce qui pouvait découler d’un tel affront. De son mutisme, Arétria venait de réaffirmer sa position, son opposition franche et sans équivoque envers la famille du Saint-Aimé ; car oui, depuis ses primes opprobres au Concile, Roderik n’avait fait preuve d’aucune animosité envers sa patrie, mais plutôt envers feu Godefroy qui après démenti, avait été reconnu coupable d’une des plus grandes supercheries que le Berthildois eut subie. Mais Louis était différent en tous points avec son père et s’il hérita de quelques-unes de ses valeurs les mieux placées, celle d’œuvrer pour le bien de son Pays y figurait, tout en haut du palmarès. Voilà pourquoi essayait-il vaille que vaille de réparer les pots cassés entre leurs deux maisons, ou du moins s’assurait-il que d’autres ne se fracasses au cours d’une prochaine rixe.  

Et l’anxiété gagna peu à peu le Régent du Berthildois qui, non seulement fort bien embesogné par la bataille du médian qu’emportera le printemps avec son arrivée, devait désormais s’attendre du pire venant du fomenteur en chef qu’était le Seigneur de Wenden. Répondrait-t-il à cet appel à la paix par les armes, ou se contentera-t-il seulement d’assener dans le dos un coup de pute au jeune cerf, tel que le ferait un sans scrupules de coupe-jarret ? Le temps seul saurait lui divulguer ce que préparait Arétria, car si l’heure n’était pas miséricordieuse avec la capitale du Marquisat, il n’en était pas moins d’Arétria qui très certainement devait commencer à crouler sous la neige qui s’accumulait de jours en jours, alors que les dépôts des tempêtes hivernales s’imbriquaient les unes sur les autres.

Pourtant, par un beau matin, peu de temps après l’heure du coq, de la plus inopinée des manières, une juvénile recrue se fit interpellée par une cavalière flopée de sentinelles adroitement armées et vêtus pour la grande route. Manquant certes de diplomatie –un manque excusé non seulement par l’importance de leur cargaison, mais aussi par le blizzard naissant qui avait en joue Cantharel-, l’un des soudards cracha les maints titres de leur maîtresse. Et ainsi, prenant jambes à son cou, le jeunot dévala l’interminable couloir qui menait à la salle du trône, là où un Louis alimentait silencieusement l’un des abondants puits de chaleurs. Véritable antonyme de subtilité sur pattes, le garde arriva en branle-bas de combat, faisant tintamarrer en un vacarme pas possible l’ensemble de son harnois.


« Sire! Sire! Ils sont là, les Arétriens! » S’exclama le jouvenceau tout énervé, dans l’espoir que son annonce pardonne son entrée peu distinguée.

« Quoi ?! Roderik est ici?! » Avait-il répondu dare-dare, en prenant pour acquis que le convoi comprenait son vassal en chef.

« Heuh … C’est-à-dire que … Non. Sa femme est là, seulement. Ainsi qu’une pléiade de soldats. »

Alors là … Celle-là, jamais il ne s’en serait attendu. Tous ces jours écoulés et dépensés à la réflexion de leur prochain mouvement, de leur prochaine pensée vengeresse … En vain ? À quoi donc rimait tout ceci ? Et tentant de retomber sur ses pattes, Louis se redressa et redressa le menton de sorte à capter le regard de son héraut.  

« Va faire préparer et le salon à l’étage et la salle à dîner. Je veux que les foyers s’ardrent comme s’il faisait aussi froid que dans les Wandres. Que la pitance soit chaude et préparée de sorte à pouvoir sustenter  non seulement notre hôte, mais aussi ses égides. Tu sais combien ils sont alors, allez, va et fais-toi preste. » Ses directives lancées et obéies, c’est un autre laquait qui fut interpellé par le jeune cerf, à qui il demanda de bien faire pénétrer toutes ces gens, de sorte à réchauffer leur âme et aussi à remplir leurs panses.

Devant le grand portail de Cantharel, seule une minute environ, ou deux, suffirent pour qu’une bleusaille retentisse et ouvre le passage au convoi, tout en leur donnant les directives nécessaires pour se rendre à bon port. Aux braves qui servirent de bras armé à la comtesse, l’heure était à la ripaille, tandis que pour sa Grandeur, un traitement tout autre lui était réservé. Car si la rondelette avait bonne mémoire, les derniers mots étalés sur leur correspondance à sens unique, furent qu’il lui ferait oublier les désagréments de leur aventure au travers le pays. Ainsi, lorsque le guide laissa Iselda au pied de la porte qui menait sur le vaste et ô combien réconfortant salon, c’est solitaire que l’attendait le Régent de Sainte-Berthilde. Vêtu d’un surcot aux teintes abyssales accompagné de quelques dorures, naturellement à l’effigie du cerf, d’une paire de braie doublées et, enfin, de deux pesants bottillons, Louis se retourna à l’arrivée de son invitée de marque.

Comme la bienséance le lui avait enseigné, il voulut baptiser son accueil par l’un de ses avenants sourire, mais en vérité, la mâchoire lui décrocha presque lorsqu’il aperçut, même au travers ses nombreuses épaisseurs de fourrures et autres couvertures, comme la femme était pansue … Et c’est à ce moment précis, à cet exact instant, qu’il venait de réaliser qu’il avait convié non seulement une femme esseulée par son mari, mais en plus avait à sa charge la progéniture de Roderik. Son père s’en serait retourné dans sa tombe, s’il avait vu son fils agir de la sorte : c’est-à-dire en homme bienveillant et non pas la figure d’autorité qu’il aurait dû être.


« Si seulement j’avais su pour votre condition, jamais je n’aurais formulé une telle demande … Ce temps n’est pas prompt à la grossesse et vous le savez … » Et il marqua une pause, pinçant les lèvres en une moue légèrement désolée, les mires déposées sur elle. « Mais il m’est grande joie de vous voir ce jour d’hui, vraiment. » Et ainsi naquit son sourire naturel bienveillant sourire, les traits tirés par la joie de la savoir en un seul morceau. « La route fût sans doute fort bien périlleuse et non sans longueurs, alors sachez que je mettrai à votre disposition, ainsi qu’à celle de votre suite, tout le nécessaire pour que vous vous sentiez ici, chez vous. S’il est quelque chose qui vous manque, vous n’avez qu’à demander. » Et sachant qu’il se montrait un iota trop hospitalier, c’était à sa façon la manière de se racheter pour la bévue qu’il avait commis.

Qu’aurait-il bien pu penser, le fomenteur de Wenden, s’il avait appris que sa femme avait maigrie pendant son voyage ? C'était passé bien près de la catastrophe...


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Jeu 23 Mar 2017 - 23:47


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria

« Ce temps est propice à bien peu de choses », répondit Iselda d'une voix qui ne dissimulait rien de sa lassitude. Point n'était besoin d'être un grand observateur pour voir à quel point la comtesse était fatiguée ; elle se mouvait avec difficulté, si bien qu'on s'était rapidement empressé de lui présenter un fauteuil dans-lequel elle s'était aussitôt laissée tomber. « Le temps était encore au clair lorsque nous avons quitté Arétria. Mais les routes sont devenues difficilement praticables ces derniers jours. » Son char avait fini par s'embourber dans la neige, si bien que, ne pouvant monter à cheval dans son état, elle avait dû cheminer à pied sous l'escorte des cavaliers. Nul doute qu'ils auraient fait demi-tour si l'incident s'était produit plus tôt, mais ils étaient alors plus proches de leur destination que de leur point de départ.
« Voilà longtemps que nous n'avions pas connu hiver aussi rude. » Elle s'interrompit, et ferma les yeux quelques instants, silencieuse, si bien qu'on eut pu croire qu'elle s'était endormie ; mais elle profitait seulement de cet instant d'accalmie.

Dehors, le vent hurlait, froid et menaçant ; il s'engouffrait par les ouvertures en secouant les tentures, tandis qu'une averse de grêle tombait sur Cantharel, martelant la pierre brute avec violence. L'hiver se déchaînait avec tant de force qu'il semblait animé d'une volonté propre ; Iselda prenait cela comme un avertissement. Malgré la chaleur réconfortante de la cheminée, malgré le confortable fauteuil dans-lequel on l'avait installée, enveloppée sous un amas de couvertures douillettes, malgré le calme du logis et la politesse de son hôte, elle ne parvenait pas à faire abstraction de la tempête. Ce vent colérique, c'était la péninsule ; et Iselda avait le pressentiment désagréable que l'hiver, loin de calmer les ardeurs des seigneurs de guerre, ne ferait qu'attiser leur soif de violence. Le retour du printemps s'annonçait bien sombre ; mais le printemps était encore loin.

Elle leva les yeux vers Louis de Saint-Aimé, et se rappela sa colère au moment du Concile. Ce fameux jour où Cléophas d'Angleroy, le régent du royaume, lui avait proposé de continuer à gouverner Sainte-Berthilde mais au nom du roi, Louis avait d'abord refusé, considérant cela comme une insulte faite à son nom. Et il avait conspué tous ses détracteurs, dont Roderik, et même elle, Iselda, qui pourtant avait tenté de jouer l'apaisement, contrairement à tous ces hommes incapables de mettre de côté leurs différends. Louis s'était révélé bien colérique, et pourtant, ce jourd'hui, loin des regards de l'assemblée des nobles du Berthildois, il se montrait courtois et prévenant. Elle réalisa alors qu'il était à peine plus âgé qu'elle ; lui aussi avait perdu son père, lui aussi devait endosser un héritage lourd à porter, plus tôt, bien plus tôt qu'il n'aurait voulu l'assumer. Elle ne savait que trop bien ce que c'était.

« Ne soyez pas trop sévère avec vous-même », dit-elle d'une voix à moitié éteinte mais qui se voulait apaisante ; et comme il ne devait probablement pas comprendre où elle voulait en venir, elle précisa : « ils ont tous essayé de me dissuader de faire ce voyage. Avez-vous vu l'homme qui dirige mon escorte ? Un vieil ours grisonnant, pas aimable. Le seigneur Leudaste de Sorosd, l'âme damnée de mon époux. Croyez-moi, si cet homme n'a pas su m'empêcher de partir, vous n'auriez pas pu vous non plus. » Elle esquissa un sourire, et enchaîna : « mon rôle de future mère me commanderait de demeurer chez moi, mais les Cinq ont voulu faire de moi la comtesse d'Arétria, et ma place est ici, Messire Louis. Elle est ici, car je dois vous assurer que nous ne sommes pas ennemis, et que vous n'avez rien à craindre de nous. »
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Mar 28 Mar 2017 - 5:17




À la seconde où Iselda souleva que l’Hiver se montrait rigoureux, une brise soufflée violemment contre la fenestration s’était introduit au travers un interstice, venant dès lors appuyer les dires de cette dernière. Inexorablement, surpris par la froidure, un frisson lui chatouilla l’échine et lui fit se secouer les épaules sans pouvoir contraindre le réflexe. Alors si le gel pouvait tenailler le damelot, que pouvait-il faire alors contre une femme à la pansue aussi pendue ? Son nourrisson l’avait affaiblie à n’en point douter, car à la mine qu’elle avait, seule, la route n’aurait su arriver à ce résultat.

« Il est possible que ce soit de mauvais augure, mais j’ai crainte que ce ne soit que les prémices de cette saison. Après tout, regardez comme Vérimios se déchaîne sur le nord … Et ce mois précède Karfias, qui risque d’être pis encore. » Avait-il répondu à la présomption de la comtesse, tout en allant quêter quelques carcans de bois empilés là, entre quatre piliers de fer, afin de faire une attisée au feu qui crépitait déjà de quelques rondins.

Enfin, il se retourna vers elle et après avoir jeté un coup d’œil à l’allure qu’elle avait ; c’est-à-dire si elle ne manquait de rien, -pauvre d’elle qui venait de parcourir la moitié du pays, les deux petons enlisés dans la neige- il s’assît sur le fauteuil voisin au sien. Suite à son hâblerie sur le rustre qu’était Leudaste, Louis devait reconnaître qu’Iselda, bien qu’aussi désavantagée par son jeune âge, avait tout comme lui accepté la lourde tâche qu’incombait leurs titres. Ainsi, Louis partagea son sourire amusé et toisa son regard, plongeant ses mires dans celles de sa prestigieuse invitée. Et … Soudain, il se souvint qu’il n’avait été en entretient privé avec aucune autre femme depuis Azénor, feu sa fiancée … S’il fut bon orateur et savait s’exprimer avec aisance, la présence de la gente féminine l’embarrassait et ce, du plus loin qu’il se souvenait. Iselda ne fit point exception à la règle et cela transparaissait légèrement sur le juvénile faciès du cerf de Saint-Aimé. Son assurance d’antan s’était amoindrie, son parlé était un brin moins fluide et même sa posture avait perdu de son allure régalienne. Alors gigotant subtilement en son siège, cherchant une position confortable, quelques mots parvinrent finalement à s’échapper de la prison de ses dents.

« C’est tout à votre honneur … Mais … Le vie de ce petiot, elle aussi, est fort précieuse ; un malheur à votre progéniture nous aurait coûté des remontrances de votre époux pour des décennies à venir … Enfin, vous êtes là et … Je ne peux que m’en réjouir. » Allant par quelques fois humidifier ses lèvres séchées par l’angoisse, Louis inspira profondément pour poursuivre. « Et que la DameDieu m’entende, car les mots que vous me dites ne peuvent me rendre plus jouasse. » Louis marqua une petite pause, puis sautant gauchement du coq à l’âne, il enchaîna un sujet qui allait de pair avec la conversation. « Lors du Concile je me suis montré quelque peu … » Il chercha derechef ses mots, embêté par le choix mais aussi, car la présence féminine d’Iselda le mettait mal à l’aise. « Peu conciliant suite à vos paroles débordantes de sagesse. Pourtant, je sens qu’elles venaient de votre cœur et je désirais m’assurer que vous abondiez toujours en ce sens. Je me suis soumis aux demandes du Chancelier et ferai la guerre, quand bien même j’exècre la chose plus que tout autre … Et maintenant que c’est chose faite, je m’attends et espère non seulement à ce que vous honoriez votre parole, mais aussi … Que vous sachiez trouver les mots justes pour convaincre votre époux d’en faire tout autant. Sainte-Berthilde aura besoin de tous ses vassaux, unis et forts, lorsque la neige fondera. »

S’étant exprimé maladroitement, le fait qu’elle puisse lire et s’apercevoir de son malaise le gênait encore d’avantage. Non par cause de la chaleur qui s’émanait de la prospère flambée du foyer, mais plutôt par son embarras notoire, l’écarlate gagnait désormais ses pommettes.

Qu’avait-il fait aux Dieux pour qu’ils se raillent de lui de la sorte, à lui rendre la chose si éprouvante avec la gente féminine ? Ce n’était pourtant pas un homme à bonhomme …



Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Ven 31 Mar 2017 - 22:10


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria

C'est avec une moue d'étonnement et un brin de réserve qu'Iselda entendit le sire de Saint-Aimé lui présenter ce qui ressemblait presque à des excuses. Bien sûr, elle devait se réjouir de la courtoisie de son hôte ; elle aspirait à rapprocher enfin Arétria et Saint-Berthilde, comme son cousin et son père avaient, en leur temps, cherché à le faire, mettant un terme à la rancune ancienne, archaïque qui opposait les deux pays. Louis faisait un pas vers elle, et c'était une bonne chose, mais cela la surprenait, et parce qu'elle était surprise, immanquablement elle se méfiait. Car qui pouvait se targuer de connaître vraiment Louis de Saint-Aimé ? Il avait montré, lors du Concile, quelques ennéades plus tôt, qu'il ne fallait pas le juger trop vite. Avant cela, Iselda entendait encore son mari persifler que le jeune homme avait la tête remplie d'autant d'idéaux que de candeur, qu'il serait facilement malléable ; il avait vite déchanté. Tout le monde avait encore en mémoire la démonstration d'autorité qu'avait faite Louis ce jour-là. Et comme alors on ne l'imaginait pas capable de fermeté et d'intransigeance, à présent Iselda ne l'imaginait pas enclin au mea culpa. Et cette attitude du repentir n'était peut-être pas, effectivement, dans les habitudes de Louis, à voir l'hésitation qui peu à peu le gagnait à mesure qu'il parlait. Se faisant plus attentive, Iselda remarqua qu'il perdait de son éloquence, qu'il bafouillait, cherchait ses mots. Il semblait même fuir son regard et lorsqu'il le recontra furtivement, il détourna derechef la tête, et Iselda aurait juré, alors - mais peut-être n'étaient-ce que les illusions produites par un reflet du feu de cheminée - que le visage de Louis s'était empourpré.

Un silence s'ensuivit, seulement troublé par les craquements du petit bois dans la cheminée et du souffle du vent dans les tentures, pendant lequel Iselda se demanda comment ce rustre de Godfroy de Saint-Aimé avait pu engendrer un fils doté d'une telle sensibilité. Souvent les hommes se construisent sur le modèle de leur père ; en cela Louis n'avait pas fait exception à la règle, mais s'était érigé comme son exact opposé.

« Je ne saurais dire ce qu'il adviendra d'ici la fin de l'hiver, mais une chose est certaine, Messire : d'ici la fonte des neiges, vous ne trouverez pas mon mari sur votre route. Vous avez sûrement deviné - et vous avez trop de tact pour l'avoir remarqué à voix haute - que son absence à mes côtés n'est pas l'effet du hasard. Les arétans aiment à oublier, parce que je suis une femme, qu'Arétria m'appartient avant de lui appartenir ; à présent, ils seront bien obligés de s'en souvenir, car j'entends régir mon comté comme le fit mon père Alwin. »

Elle s'interrompit quelques instants, voyant le malaise de son interlocuteur dont elle ne comprenait toujours pas la cause. Et puis, elle réalisa que ce qu'elle venait de dire restait assez énigmatique dans l'esprit de son hôte, qui ignorait encore tout.

« Oh ! Je viens de comprendre ce que vous avez cru comprendre. Non, détrompez-vous, mon mari n'est pas mort, Messire. Enfin, hum, pas à ma connaissance, du moins. »

Elle chercha comment aborder la chose, car il était malaisé d'annoncer tout à trac au jeune Saint-Aimé que l'homme qui lui avait chié dans les bottes s'était vu octroyer la charge de Grand Chancelier du Royaume ; oui, c'était malaisé, car annoncer cela donnerait immanquablement au jeune Saint-Aimé l'impression désagréable, nauséabonde, que la couronne avait rétribué Roderik - justement pour lui avoir chié dans les bottes.

« Autant que vous l'appreniez de nous, Messire de Saint-Aimé. Le Chancelier... enfin, l'ancien Chancelier... » - comme tout le monde, elle avait gardé l'habitude de désigner Cléophas d'Angleroy sous le titre de Chancelier même lorsqu'il avait été proclamé Régent du royaume, car si Cléophas avait été nommé légalement Chancelier au su de tous pendant le règne d'Eliam Ier, son titre de Régent, plus récent et octroyé dans des circonstances qu'elle ne connaissait pas, pouvait rester sujet à controverse - « Cléophas d'Angleroy a confié la Chancellerie à mon époux, Messire, et vous seriez en droit de trouver cela stupide : je suis la première à le penser. »
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Ven 21 Avr 2017 - 1:36




La sensation de se faire transpercer d’une pique, afin d’empoigner d’une main de fer vos tripes à l’air libre, dans le but de les tordre et d’en faire des nœuds avec … lui était inconnue, mais cela devait s’apparenter très fidèlement à ce que venait de ressentir Louis à l’écoute de cette nouvelle. Surpris au point d’en ouvrir grands les yeux, il mordit par inadvertance le côté droit de sa langue, venant poser le bout de ses doigts près de sa bouche, afin d’en masquer la grimace douloureuse qui le tenaillait d’afficher. Quand bien même se serait-il amusé de la dernière remarque de son invitée en temps normaux, cette amusante pique le laissa de marbre. On lui avait tout jeune enseigné la bienséance, l’art de se tenir et de réagir en publique ou même, face à des invités de marque, mais une nouvelle de cette amplitude réduisait à néant en un claquement de doigt tous les efforts déployés pour ne rien en laisser paraître.  

C’est que le jeunot avait œuvré depuis le départ de l’ex Chancelier dans l’espoir de le satisfaire, sachant qu’icelui était le seul qui pouvait sans faire couler le sang, lui redonner la juste place que méritait Louis ; le trône de Sainte-Berthilde. Et pour le peu que l’on pouvait en dire, l’héritier des Saint-Aimé avait fait ses preuves ; il avait calmé les ardeurs des principaux soutiens de sa famille, qui écumaient de rage depuis qu’on lui avait refusé officiellement le Marquisat, il s’était fait de Kelbourg, son rival de toujours, un allié potentiel et avait renforcit l’alliance qu’il avait avec son comparse Serramirois. Tout cela pourtant, ce n’était que du vent considérant le fait que Louis croyait son sort dans les mains du nouveau Chancelier, un homme qui était vis-à-vis lui, tout sauf un ami.

Pendant quelques secondes, le temps au moins d’encaisser une telle nouvelle, le cerf retourna toutes les possibilités qui lui étaient offertes et … visiblement, aucune issue ne lui semblait désormais moins sûre ou viable. Le jour venu où en tête à tête il se devrait d’affronter Roderik, Louis aurait-il intérêt à se montrer tranchant et impitoyable, comme le voudrait son aïeul, ou devrait-il jouer la carte de l’amitié et de l’alliance, comme il l’avait souhaité lors de l’envoi de sa prime requête en Arétria … C’était là un casse-tête fort bien embêtant, surtout lorsqu’il se souvint qu’il avait en face de lui l’une des femmes les plus influentes du Marquisat …


« C’est  … Pardonnez mon étonnement, une nouvelle bien inusitée que vous me racontez-là … » À peine remit de ses émotions, alors qu’il tenta de rattraper le coup en se raclant un peu la gorge. « Jamais je ne m’aurais douté que votre mari avait les compétences reliées à cet honneur … Sans vouloir vous vexer, je vous assure. Ce n’est pas chose aisée que d’avoir un tel pouvoir décisionnel, mais si Cléophas vit en lui la capacité d’en obtenir les prérogatives, alors soit … » Ne sachant plus trop sur quel pied danser, affichant plutôt un sourire un rien gêné d’être si piètre interlocuteur. Alors plutôt que de s’acharner sur le fait que cette nomination n’avait ni queue ni tête, il revint sur les premières remarques d’Iselda. « Pas avant la fonte des neiges, vraiment ? Assistera-t-il aux premiers instants de l’être qui pousse en votre panse ? »


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Dim 23 Avr 2017 - 1:09


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria

Le malaise du jeune marquis en devenir n'échappa guère à Iselda - comment l'aurait-il pu ? - mais la comtesse décida de n'en rien laisser paraître. Elle le comprenait, cet état d'esprit dans-lequel devait se trouver ce pauvre Louis. Elle savait mieux que personne ce que c'était, que de se réveiller un jour et de réaliser que votre destin dépend du bon vouloir d'un homme qui ne vous inspire que méfiance. Oui, elle le savait mieux que personne, puisque cet homme-là elle l'avait épousé.
Son visage s'assombrit lorsque Louis évoqua la naissance prochaine de l'enfant qui grandissait en son sein ; à son tour, elle ne put dissimuler la vague d'amertume qui commençait à l'envahir. « L'enfant sera né bien avant qu'il revienne », répliqua-t-elle de mauvaise grâce, sans que l'on ne puisse vraiment comprendre ce qui la contrariait le plus : était-ce la perspective inquiétante d'enfanter pour la première fois, ou l'absence de son époux à ses côtés dans cette épreuve ? Elle-même peinait à le dire. Elle ne goûtait que peu sa présence lorsqu'il était là, bien qu'elle ait su s'accoutumer à lui ; mais d'une certaine manière, le savoir auprès d'elle avait quelque chose de rassurant. Depuis que son père Alwin était passé de vie à trépas, Iselda se raccrochait à cette présence masculine qu'on lui avait imposée, et si Roderik n'avait ni la maturité ni la chaleur d'Alwin de Karlsburg, il lui insufflait une illusion de sûreté, de stabilité. Bien sûr, elle se reprochait souvent ce sentiment de dépendance ; pis encore, elle s'en voulait de s'y conforter, car c'était comme trahir un peu plus le nom de ses ancêtres, lequel était condamné, tôt ou tard, à s'effacer derrière celui des Wenden.
Et pourtant, quelque chose en elle continuait d'espérer que Roderik referait surface avant la fonte des neiges.

« Je me souviens d'un hiver semblable à celui-ci... en des temps pourtant meilleurs, il me semble. » Elle resserra légèrement la couverture autour d'elle en se redressant dans son fauteuil. « Mon père Alwin n'était alors que le frère cadet du seigneur Sigurd de Karlsburg, et nous vivions dans un manoir sur les domaines, à quelques lieues à peine du vieux bourg. Mon père recevait souvent des voyageurs. Des prêtres itinérants qui bénissaient notre maison en échange de notre hospitalité, des bardes qui nous rétribuaient d'un chant... parfois, même, des marchands, car le commerce était plus florissant à l'époque... »

Elle s'interrompit quelques instants, replongeant sans doute dans quelques souvenirs enfouis de sa prime jeunesse, retrouvant avec bonheur et nostalgie ces années de candeur et d'insouciance.

« L'un d'eux, un soir, nous a soumis une énigme ; j'en ai depuis oublié l'énoncé tout autant que la solution, mais je n'ai jamais totalement oublié cette soirée. Mes frères, Bertrand et Ewald, étaient là eux aussi. Mon père a rapidement reconnu qu'il ne pouvait deviner la solution ; Bertrand et Ewald se sont entêtés à la chercher, sans plus de succès. Le voyageur s'est amusé de leur acharnement, et a proposé de leur laisser la nuit pour cogiter. Si je me souviens de cela, Louis, c'est que j'ai découvert à cette période qui étaient vraiment mes deux frères et combien tous deux étaient dissemblables. Bertrand... Bertrand était un peu comme vous. Très droit, attaché à ses principes, travailleur... tout comme vous, il n'aurait jamais voulu s'attirer la moindre gloire, le moindre privilège, sans être convaincu de le mériter. Cette nuit-là, il n'a pas dormi ; il a cogité des heures durant à la recherche de la réponse. Ewald était tout aussi acharné que lui ; il aurait pu se lasser, mais il n'en a rien fait. Il a tiré le marchand de son lit et l'a passé à tabac pour lui arracher la réponse. Au petit matin, il s'est présenté devant notre père, tout fier de pouvoir dire qu'il avait la solution. »

Elle ne s'attarda pas sur le fait que le bon Alwin n'avait pas été dupe de la supercherie et qu'à la vue du visage tuméfié du voyageur, avait vertement tancé son vaurien de fils. Ewald s'était révélé ce jour tel qu'il était, et tel qu'il serait toujours.
Mais toute cette histoire ne concernait pas simplement Ewald.

« Mon mari aime à se présenter comme un homme d'honneur, et assure que tout ce qu'il fait est désintéressé », poursuivit Iselda. « J'ai un temps cru qu'il serait semblable à Bertrand, et je crois qu'il essaye sincèrement de l'être ; mais par certains côtés, il est plutôt semblable à Ewald. Lorsqu'il ne peut obtenir quelque chose à la loyale, il emprunte un raccourci. Avez-vous assisté à sa victoire au tournoi de Serramire ? Elle en dit long. »

Elle marqua une pause, et fixa Louis, de ses yeux fatigués dont le regard brillait pourtant d'une profonde intensité.

« Si je vous dis tout cela, Louis, c'est parce que je ne sais ce que fera mon mari à votre égard. Mais par bonheur, il n'est que Chancelier, et non Régent du Royaume. Ce que je sais également, c'est que Cléophas d'Angleroy n'a nulle raison de vous refuser le marquisat. Je sais aussi que le Berthildois vous réclame vous, et non un enfant qu'ils ne connaissent pas ; peu m'importe cet enfant dont la mère, en élevant ma famille à l'honneur comtal, ne m'a apporté que du malheur. Lorsque viendra le jour où la couronne vous cédera ce qui devrait déjà vous appartenir, je vous rendrais hommage, Louis, mais il n'est nul besoin d'attendre si longtemps pour vous assurer de mon soutien. »
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Lun 24 Avr 2017 - 5:11




Bougre de coquebert! L’incongruité de sa question causa pis qu’une peccadille lorsqu’il aperçut la boule d’amertume qui se frayait difficilement un chemin dans la gorge de son invitée. Sans doutances aucunes, l’engrossée se serait bien passé d’une telle question et avec raisons ; l’arrivée d’un nouveau-né, un premier de surcroît, avait pleinement sa place dans le palmarès des événements majeurs d’une vie. D’entre tous, le mariage, le décès d’un parent, la naissance d’une progéniture, étaient sans équivoque des épreuves qui demandaient d’être vécues loin de la solitude. Et tandis que Louis avait le cœur serré de la voir sombrer en cet état, le pauvre constatait à quel point son doigté avec les femmes s’apparentaient à ceux des manchots avec le combat. Si ses efforts à la rendre un tant soit peu aisée après sa longue chevauchée et l’épreuve qu’elle surmonta en traversant les steppes gelées avaient portés fruit, ceux-ci semblèrent désormais bien vains. Or, l’âtre de sa bouche continuait à s’assécher sous la pression de son angoisse prospère, ne sachant plus comment rattraper les pots cassés. Ses orteils frétillaient dans le fond de ses bottillons et l’envie de tambouriner l’accoudoir de son fauteuil lui chatouillait le bout des doigts. Comment Louis avait-il pu passer de bon hôte et orateur, à si piètre interlocuteur ? Une ultime fois, il déglutit et … se fit interrompre, ou plutôt, se fit sauver d’un autre désastre lorsque la Comtesse aborda un autre sujet.

D’un plongeon magnifique, Iselda tomba dans l’un de ses souvenirs qu’elle narra avec une fluidité sans pareille, ce malgré le fait qu’elle en avait oublié quelques fioritures. Le ton qu’elle employa, nostalgique, la douceur de sa voix et l’intonation qu’elle adopta naturellement agirent en baume sur les maux s’infectaient tantôt, de minutes en minutes. Sa maladresse avec la gente féminine, sa gêne et surtout son inexpérience le changeait du tout au tout, mais la narration d’un tel récit, lui intimant le silence, lui permettait de respirer et de prendre le dessus. Le nez pointé vers son hôte, s’assurant qu’elle ne manquait de rien, son attention ne déviait ni ne défaillait d’icelle. Au fur et à mesure qu’elle explicitait son souvenir, naturellement l’on pouvait pratiquement s’imaginer la scène. Quand bien même n’avait-il pu deviner pourquoi se penchait-elle sur une telle mémoire de son passé avant qu’elle lui lègue le dénouement, Louis s’était accroché à ses lèvres du début jusqu’à la fin. Cette conclusion, à saveur aigre et pourtant éducative, assombri naturellement le faciès concentré du cerf. Pouvait-il évidemment en être autrement, alors que la femme de son principal rival, s’il pouvait le dénommé ainsi, lui livrait sur un plateau d’or qu’elle-même n’était en mesure de prévoir ses prochaines réactions ? Une sueur froide perla à son front et elle n’était, de toute évidence, point causée par les braises du foyer qui chauffait à vive allure.

Lui avait-il livré cette histoire dans le but de l’effrayer ou de le motiver ? Ce jourd’hui jamais il n’en était moins certain, mais une chose était limpide, elle le mettait en garde. En cela, c’était tout à son honneur et prouvait une fois de plus qu’ils avaient tous deux réellement des accointances avec la paix. Puis, elle l’éduqua. Ses fesses se desserrèrent, ses poings se déraidirent, même que ses traits faciaux s’adoucirent à l’écho de cette leçon : le Régent du Royaume, seul, avait le droit de nommer le Marquis …


« Niché haut dans les gradins et empêtré d’une attelle, j’ai bonne souvenance du coup final de votre mari, oui … » Une victoire pratiquement achetée comme on le ferait à une putain, mais payée au prix fort de l’honneur d’un Comte. À quoi bon avait-il pu penser à cet exact moment où son bras dicta le mouvement à entreprendre, où sa lance se devait de pointer son adversaire. L’idée du triomphe, de la victoire et des récompenses suffisaient-elles pour en faire oublier tous les efforts déployés pour en arriver en finale ? Suffisaient-elles et valaient-elles la peine d’entacher l’image que projetait l’illustre cavalier ? De toute évidence, c’était fort possible. « Je serai franc avec vous comme jamais je ne l’eus été avec d’autres hors de ma famille ; j’appréhende la réaction de votre mari car je ne le connais pas. Le tableau que m’en dépeignait feu mon père et mon aïeul ne relève pas des plus belles créations, au contraire et en ceci, alors que j’essaie d’éteindre les feux de paille allumés par Roderik et Thibaud, je redoute amèrement l’échec … » Se confia-t-il, en déviant très légèrement le regard comme si c’était pour lui une première. « Mes gens attendent beaucoup de moi, tandis que celles qui doutent de ma compétence à régner ne peuvent être déçus. On me demande du premier coup, dès le premier jour de ma régence, d’être l’homme que j’aurais dû être dans dix ans … » Du coin de l’œil, il fit un mouvement de la tête vers l’un des laquais près de la porte qui depuis tantôt agissait en ombre, sans le moindre bruit ou mouvement. Ce fût suffisant pour qu’il comprenne que c’était l’heure d’une nouvelle attisée ; des bûches rejoignaient l’âtre ardent pour qu’une chaleur nouvelle imprègne leur salon. « Aussi imprévisible que le temps, je ne sais quoi m’attendre de lui … C’est d’autant plus agaçant car je suis certain que vous l’avez pressenti, je cherche la paix plus que nul autre… S’il devait me montrer les dents, je ne sais comment je réagirais, d’autant plus que je vous sais désormais porteuse de sa descendance … »

Tous ces aveux semblaient bien désordonner il était vrai, mais ceci avait d’autant plus de sens lorsqu’on se souvenait de sa maladresse à s’exprimer en telle situation. Surtout depuis qu’icelle lui avait fait le témoignage d’un soutiens certain …

« Enfin … Lorsque je douterai, j’imagine que je pourrai me réconforter en me souvenant de vos doucereuses paroles, elles me berceront au besoin, j’en suis certain. Il me plait de savoir qu’une femme de votre notoriété embrasse les mêmes valeurs que les miennes, et vous sachez désormais du même côté que le mien, l’avenir m’apparaît moins incertain. » Lui avoua-t-il, non sans un demi-sourire un rien rassuré.


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Sam 29 Avr 2017 - 2:02


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria

« L'on succède toujours trop tôt à son père, Messire Louis... j'aurais aimé moi aussi pouvoir repousser l'échéance de dix ans, mais peut-être ne me serais-je pas sentie plus préparée que je ne le suis maintenant. Vos gens attendent beaucoup de vous, il est vrai... alors que les miens attendent si peu de moi, et qu'ils auraient préféré me voir demeurer au château, entre quatre murs comme dans une geôle, pour assurer la seule mission que l'on veut bien me confier : mettre au monde un futur comte, ou une fille à marier un jour à quelque beau parti de l'Atral. Je n'ai rien à vous apprendre, Louis, car je suis encore plus démunie que vous, mais... depuis un an que me voilà comtesse, j'ai au moins compris une chose : il en sera toujours un pour penser que vous ne prenez pas la bonne décision. Soyez têtu, Louis, n'en faites qu'à votre tête, et parmi ceux qui vous conseillent, gardez-vous d'écouter toujours les mêmes. »

Elle considéra longuement les flammes, le regard perdu dans le vague. La lueur du foyer projetait sur Louis et sur elle ses ombres rougeoyantes, si bien qu'elle dissimulait la pâleur des traits d'Iselda ; mais ses paupières étaient de plus en plus lourdes, et ses clignements répétés trahissaient sa fatigue. Elle était épuisée, tant par son éreintant voyage que par le stade avancé de sa grossesse.

« Si j'ai pu réchauffer nos relations par un hiver si glacial, alors mon voyage n'a pas été vain et... valait bien la peine de braver les routes enneigées », murmura Iselda d'une voix faiblissante. « Je vous demande pardon, Messire Louis, de... devoir écourter cet entretien et de vous brusquer dans... vos devoirs d'hôte... malgré tout l'intérêt de cet entretien, j'ai peine à garder les yeux ouverts. »

Dehors, le vent hurlait toujours, secouant les tentures qui couvraient les fenêtres. La grisaille et le blizzard ne présageant pas d'un retour précoce aux beaux jours, Iselda ignorait quand elle pourrait regagner ses terres. La décision pourrait attendre. Elle n'avait à l'instant qu'une hâte : qu'on la conduise à sa chambre, qu'elle dorme enfin dans un lit entre des murs solides à la chaleur d'un bon feu ; et plaise aux Cinq qu'elle n'ait jamais besoin d'émerger de son sommeil.

« J'espère que nous pourrons bientôt reprendre cette conversation », dit-elle avec une moue d'excuse tandis qu'elle entreprenait le périlleux exercice de se lever de son fauteuil.
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Mer 3 Mai 2017 - 4:57





Ce conseil qu’elle lui légua, ces mots avisés qui fuyaient ses lèvres comme une vérité tranchante mais pourtant si évidente, lui apparaissait comme les mots qu’auraient emprunté son père de son vivant, en de telles circonstances. Il n’était après tout qu’un simple homme, inexpérimenté de surcroît, alors comment devait-il s’y prendre pour sustenter chacun de ses sujets, qui attendaient tous différemment de lui ? Répondre à tous relevait de l’utopie, du rêve ou même du miracle ; seuls quelques-uns, peut-être une majorité, viendraient à supporter ses décisions, mais au moins c’est avec assurance que le régent les aura prises, non avec doutes et remords. « Que depuis peu vous avez gagné vos prérogatives, pourtant, j’entends de vos parole cette même sagesse qui s’adressa à moi lors du concile. Vous vous êtes prestement accoutumée à vos gallons de Comtesse, Iselda. » Lui avouait-il, cette fois éclairé d’un sourire plus à l’aise, laissant croire que le malaise de sa simple présence s’évinçait lentement mais sûrement.

Puis, il remarqua comme il faisait nuit noire, que le temps ne s’était pas ramieuté et que le sommeil avait largement gagnée son invitée de marque.
« Si le gel entre Arétria et Sainte-Berthilde semble moins cuisant, j’espère de tout cœur que votre mari n’embrasse pas le dessein de venir le refroidir d’avantage. Il me plairait, vraiment, que nous puissions entretenir de bonnes et saintes relations, Comtesse. » Puis, sans autres cérémonies, le Régent se redressa pour s’approcher de l’assise d’Iselda, auquel il offrit sa main en guise d’appuis. « Laissez-moi vous raccompagner jusqu’à vos appartements, je vous en prie. »

À l’heure qu’il était, alors que les lunes étaient hautes perchées dans le ciel, excepté les gardes du Castel et ceux qui appartenaient à l’engrossée, peu circulaient dans la pénombre des couloirs aux multiples flambeaux. « Votre couche se trouve à l’étage … C’est un effort à déployer, je vous le concède, mais elle en vaut largement la peine. » Lui avait-il avoué, non sans un brin de gêne, voyant l’effet que la somnolence mélangé à sa condition lui procurait. Son bras, raide et bien solide, lui était tout offert comme support, adaptant le pas au sien, de sorte à ne pas la presser. D’un peu plus haut qu’elle, tandis qu’il la guidait vers l’escalier en colimaçon, l’un de ses regards s’égarait vers Iselda … plus précisément, au panorama du vallon de son buste. Cette vue, ce paysage inspiré et rehaussé par la grossesse lui fit gagner le pourpre aux joues et un surplus de maladresse, car il en oublia l’art de marcher : son pied gauche s’enfargeât dans son homologue de droit, le faisant pratiquement trébucher. D’une main au mur pour prendre le dessus sur son déséquilibre et exerçant une traction contre le bras de la comtesse, Louis retrouva gauchement sa posture naturelle, bien qu’il se trouva près, bien trop près d’Iselda. Lorsqu’il le constata, ce ne fût point que du pourpre à ses joues, mais aussi à son front et même à la pointe de ses oreilles. Si elle s’en douta le long de leur entretient, la chose semblait maintenant claire et limpide ; c’était elle qui perturbait l’assurance du marquis. « Je … Pardonnez-moi, il semblerait que votre fatigue soit contagieuse, je peine à mettre un pied devant l’autre. » S’était-il rattrapé, sans être en mesure de lui sourire convenablement, désarçonné par sa bêtise.

Le chemin semblait plus long et fastidieux, depuis ce comique incident, mais elle arriva tout de même jusqu’à sa chambre, après avoir gravé les marches qui menaient à l’étage. Là, une porte massive se dressait devant eux, menant à ce qui serait pour la nuitée, son petit havre de paix. « S’il vous faut quoi que ce soit, n’hésitez pas, tout ce que peut vous offrir le Castel vous est d’ores et déjà acquis. Vous n’avez qu’à demander. »


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Mer 3 Mai 2017 - 19:27


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria



Iselda remarqua à peine le désarroi de son hôte, tant il lui était difficile de rester debout les yeux ouverts. Si bien que lorsqu'ils arrivèrent au bout de leur marche - laquelle lui parut interminable - elle lui souhaita la bonne nuit dans un chuchotement quasi inaudible, et s'échoua sur la couche sous le regard dépité de sa camérière.

La nuit étendit peu à peu son voile dans un ciel déjà bien sombre au-dessus de Cantharel. Et lorsque revint le jour, soleil pâle timidement caché sous un épais brouillard, Iselda ne quitta pas sa chambre. La comtesse épuisée tint le lit toute la journée, et elle en fit autant le lendemain, et le surlendemain.

Vint cette nuit noire, particulièrement noire comme le sont celles dont raffolent les conteurs quand ils doivent narrer des événements tragiques ou inquiétants. Les ombres s'étiraient dans les couloirs déserts du château endormi, figé dans la torpeur de l'hiver. C'est dans ce silence de mort que retentit le premier cri ; le premier de beaucoup d'autres.

C'était une plainte pitoyable, un cri de souffrance et d'appel à l'aide, qui avait retenti de la chambre de la comtesse pour se répercuter en écho sinistre dans tout le château. Et alors que des courtisans mal réveillés passaient la tête au travers des portes entrebaillées, découvrant des femmes de chambre courant à toute allure dans les couloirs les bras chargés de bassines d'eau et de linges blancs, les veilleurs de nuit, au beau milieu de ce manège, hésitaient quant à la marche à suivre. Devaient-ils réveiller sur le champ leur seigneur, Louis de Saint-Aimé ?
Devaient-ils lui annoncer que son invitée, la comtesse d'Arétria, allait mettre au monde son enfant cette nuit, ici-même à Cantharel ?
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Jeu 4 Mai 2017 - 4:21




Se pouvait-il réellement que la fatigue afflige son invitée de la sorte ? Ou était-ce le petit être qui poussait en elle, qui grugeait autant tout son énergie ? Car à la voir déambuler, à s’accrocher après son bras non pas de manière protocolaire, mais plutôt par nécessité, ce n’était pas un poupon qu’elle mettrait à bas mais plutôt un monstre! Enfin, le sommeil allait plus tôt que tard la gagner et c’était pour le mieux ; demain serait un autre jour et elle s’en remettrait. Il l’espérait …

Aux matines, tandis que l’astre diurne peinait à conquérir les cieux, une clarté bien lâche éclairait les montagnes de neige qui s’étaient accumulées durant la dernière nuitée. Que parce que le Castel abritait une invitée de marque n’allait guère changer les habitudes du régent : que nenni! Bien décidé, il entreprit sa marche matinale jusqu’à l’autel où il pouvait secrètement, se livrer à la Damedieu. Sur son chemin, il croisa les appartements d’Iselda sans plus y prêter d’attention ; tantôt ils se verraient, lorsque l’heure du manger arriverait, c’était chose assurée.

Pourtant, la Comtesse brilla par son absence à la tablée, car jamais on ne la vit. Ni ce matin-là, ni le matin d’ensuite. La chose n’étant point commune, évidemment, le marquis consultât ceux qui gravitaient autour d’elle ; sa camériste, les gardes, tous ceux qui étaient susceptibles de l’avoir aperçue. D’entre tous, personne n’était à même d’élucider ce simple questionnement : pourquoi gardait-elle le lit ? Qu’importait, pas même la galle ou la peste n’aurait retenu Louis de lui apporter l’aide qui lui fallait ; gardes-malade, médecins et tout ce qui était à sa disposition pour prévenir le malaise qui la harassait était désormais au service de la future mère.

Pour le peu qu’il devait s’en faire, cela l’affecta plus qu’il l’eut désiré. L’état précaire qu’on lui avait gauchement décrit de son invitée fût loin de le laisser indifférent, le plongeant plutôt dans le doute et même la crainte. Si elle venait à perdre son enfant à cause de son voyage ? Ou pis encore, si elle avait attrapé la mort, par cause d’une affliction incontrôlée ? Cantharel logerait alors non seulement la défunte comtesse d’Arétria, mais aussi son enfant et par le fait même, engendrerait une colère sans nom pour le veuf que serait Roderik. Non, elle devait se porter mieux, c’était obligatoire.



******


Un feu de paille, vif et ardent, fit s’agiter l’ensemble des responsables qui guettaient jours et nuits devant la chambre de la pauvresse. Les gardes s’éloignaient tandis qu’une flopée de sage femmes s’attroupaient au chevet d’Iselda, interdisant quiconque voudrait conquérir l’entre des souffrances. Curieux, mais surtout perturbés dans leur sommeil, certains sortaient à la conquête de réponses ; pourquoi diable une femme criait-elle à en déranger même les dieux, tant la souffrance lui incendiait les entrailles ? Plus haut, éloigné et à l’abri de ces dérangements, on cogna au portail du régent qui à poings fermés, devait très certainement traiter avec Morphée. « Monseigneur! Monseigneur! La Comtesse! Elle va mettre au monde son enfant! »

Alors ce fut le branle-bas de combat également dans les appartements du marquis-régent : précipitamment certains objets furent bousculés pour fouler le sol sans ménagement aucuns, tandis que s’ouvrait la dernière barrière de l’intimité du Saint-Aimé, lui-même seulement vêtu que d’une paire de braie. « Comment va-t-elle?! »  S’était simplement exclamé le jouvenceau devant le garde qui cherchait à récupérer son souffle, tant la course jusqu’à sa chambre l’avait éreinté. « Personne ne nous laisse entrer … »  Dare-dare, Louis plaqua sa paluche contre le poitrail du garde pour l’écarter pour qu’il puisse quérir les marches jusqu’au niveau des chambres d’invités. Là, plusieurs guettaient, tandis que d’autres faisaient les milles et uns pas au travers des cris arrachés par la souffrante, ceux-ci soufflé depuis la « salle d’opération ».

Tous s’inclinèrent devant le marquis, mais il n’en eut cure, tout ce qu’il souhaitait à cet exact moment, c’était de s’assurer de bien être d’Iselda …


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Jeu 4 Mai 2017 - 19:07


Iselda de Karlsburg
Comtesse d'Arétria

Les traits de son visage livide étaient déformés par la douleur. Le souffle haletant, ses mains reposant dans celles de sa camérière, Iselda écoutait sans vraiment les entendre les recommandations d'une sage-femme. Parfois, le silence retombait dans la chambre quand cessaient ses cris ; puis elle criait de nouveau, et plus fort encore, comme si elle tenait à ce que sa voix porte au-delà des douves jusqu'à la ville, pour que nul à Sainte-Berthilde n'ignorât rien de l'épreuve qu'elle traversait.

L'arrivée du marquis-régent avait surpris tout le monde ; sauf Iselda, peut-être, qui ne semblait plus remarquer grand-chose. Et si certains peut-être y pensèrent, nul n'osa le prier de sortir, tant son air décidé vous laissait entendre qu'il n'en ferait rien.

« Encore un effort, comtesse », murmura la sage-femme d'un ton presque suppliant, car elle avait sans doute conscience du merdier sans nom que ce serait si la parturiente leur claquait ici entre les doigts. « Tenez bon. Tenez bon. »

Tenir bon, et pourquoi ? Iselda ne faisait que cela depuis un an. La mort de son père, le choix d'Ewald de fuir ses responsabilités avaient fait d'elle l'héritière par défaut d'une maison dont la gloire ne serait qu'éphémère. Parce qu'elle était une femme, et que les arétans ne reconnaissaient pas le lignage matrilinéaire tel qu'il existait en d'autres lieux, sa descendance se réclamerait du nom de son époux Roderik. Parce qu'elle était une femme, elle était condamnée, impuissante, à déposséder sa propre famille.
Mais alors, pourquoi se donner tant de mal pour un enfant qui ne se revendiquerait jamais d'elle ? Pourquoi devait-elle tant souffrir pour offrir à un époux ingrat la descendance qui ôterait aux Karlsburg leur comté et leur substituerait le blason des Wenden ? Elle s'était haïe lorsqu'elle était tombée enceinte ; et lorsque Roderik l'avait délaissée pour partir jouer les serviteurs du trône dans le sud, elle avait souhaité que l'enfant ne vienne jamais au monde. Cette idée à demi-consciente avait flotté, latente, dans son esprit lorsqu'elle avait prit la route enneigée de Sainte-Berthilde, malgré le gel et malgré son état.

Mais ni son amertume, ni le froid ni la fatigue n'avaient affaibli l'être qui grandissait en son sein. Envers et contre tout, parce que comme sa mère il voulait trouver sa place en ce bas-monde, l'enfant était résolu à exister.
Et il vivrait.

« Un fils », annonça la sage-femme sur un ton victorieux lorsqu'Iselda, enfin, connut le répit sur son lit de douleur.

On enveloppa l'enfant d'un linge blanc avant de le remettre à sa mère, et Iselda, de ses petits yeux épuisés, considéra longuement le petit être qui lui faisait face. Un fils. Son fils. Peut-être porterait-il les armes d'une autre maison, mais il resterait le sien, et son sang n'était pas moins celui d'un Karlsburg que d'un Wenden.

Elle leva les yeux vers Louis et sembla enfin s'apercevoir de sa présence. Comprenant qu'il s'était trouvé à ses côtés, qu'il l'avait soutenue dans l'épreuve, elle ressentit un élan de gratitude pour le seul homme dont elle voulait pour suzerain.

« Son nom sera Karl », décida-t-elle d'autorité, se fichant bien que Roderik n'aimerait pas ce choix. « Il portera le nom du fondateur de mon lignage et n'oubliera jamais d'où il vient. Tout comme il n'oubliera jamais que son seigneur et marquis fut témoin de sa venue au monde. »
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Jeu 4 Mai 2017 - 23:52




Plus que son invitée, ou même un enjeu majeur dans ce que pourrait devenir les relations entre Cantharel et Arétria, Iselda demeurait une femme qui méritait, au même titre que la plus miséreuse des roturière, un traitement dévoué et absolu des sages-femmes. Les bêlements s’enchaînèrent et se poursuivirent en s’enhardissant à chaque poussée de la victime du miracle de la vie. Par tans, tous se réveillèrent involontairement, tractés hors de leurs profondes rêveries non point par le chant du coq, mais de la poule pondeuse. Le hourvari gardait constance, tout autant que les efforts des bonnes femmes affairées à ne pas perdre la presque mère qui cochonnait allègrement sa suite. Bassines de flotte, torchons et autres linceuls virevoltaient ici et là, alors que certaines accoucheuses retournaient aux étages pour en faire la réquisition.

Si Louis, du haut de son jeune âge, n’avait jamais d’avantage aperçu ce qu’étaient les champs de bataille autrement qu’en récit, il se dit que cela devait à peu près ressembler à ça. Après tout, le compte était bon pour faire le parallèle, non ? Des gens qui couraient tous bords tous côtés, des cris arrachés de souffrance, du sang et de la sueur! La même chose, quoi.

Enfin, le coup de grâce fut porté, car d’un ultime râle plaintif, Iselda acheva sa besogne, ce pourquoi elle existait, mettant au monde un petit poupon d’à peine une soixantaine de centimètres. Ce ne fut plus les cris douloureux qui firent craquer les joints des murs, mais les braillements aigus du nouveau-né. Tout énervement retomba comme la poussière suite à un coup de canon, lentement, sûrement et de manière fort bien agréable. Certaines reprenaient leurs souffles, comme si dans l’action elles s’étaient interdites de le faire. D’autres, s’asseyaient plus loin, épongeant les sueurs froides perlant à leur front, tandis qu’elles affichaient naturellement une bouille illuminée de joie lorsqu’elles virent les yeux amoureux de la nouvellement mère. Louis, quant à lui, desserraient enfin les poings, relaxant les jointures qui avaient menacées de rompre le temps de cette énervante épopée. Ignorant que sa présence signifiait la moindre chose pour la principale concernée, il s’était retrouvé dans une position forte bien désagréable, car son impuissance face à la situation se montra plus cuisante que jamais. Il avait mis à la disposition de la Comtesse toutes les ressources qui lui étaient disponibles, mais lui, en tant qu’homme, s’était retrouvé désarmé, incapable de faire d’avantage qu’acte de présence …

Il s’approcha d’elle, un sourire flottant évidemment sur ses lèvres, alors qu’il lorgna vers le poupon aux yeux encore collés. Les mots premiers qu’elle souffla après son épreuve vinrent décocher un carreau droit au cœur du marquis-régent, le plaçant derechef dans un inconfort auquel il ne s’attendait pas patauger. Un regard vers elle, simple mais franc, apaisant pourtant ce malaise en un tour de main. Il acquiesça en confirmant que tout ce qu’elle venait de dire ne serait oublié un jour.
« Félicitation, Iselda … Votre fils héritera de la ténacité de sa mère, sa venue au monde ne fût pas de tout repos et pourtant, le voilà, en santé et vous de même. Vous avez de quoi être fière, vraiment. »  Puis il s’écarta, lorsqu’une des sages-femmes s’approcha d’eux pour enseigner à la va-vite comment donner le sein afin que l’hérité puisse profiter du colostrum de sa mère.


Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Mar 30 Mai 2017 - 17:00

Cinquième ennéade de Verimios - Hiver
Le premier jour...



Leudaste le Jeune
Seigneur de Sorosd

D'un geste alliant lassitude et mauvaise humeur, Leudaste planta sèchement son tranchoir dans le rôti saignant.
La viande était dure, mais il la découpa avec une précision étudiée ; il avait toujours été doué avec les couteaux. Il commença à mâcher tout en considérant les gens de sa tablée, le visage neutre mais le regard habité d'une lueur malsaine.

Quand il mangeait, ses compagnons de table évitaient toujours son regard. Et l'on en faisait autant lorsqu'il ne mangeait pas. Il recracha un bout d'os qui tomba dans son écuelle avec un bruit métallique. Comme toujours, on entendait le vent hurler aux fenêtres, secouant les tentures. On avait barricadé les fenêtres contre la tempête, si bien que les pièces restaient constamment plongées dans une triste pénombre, et que l'on s'éclairait à la bougie de jour comme de nuit. Qu'il ne puisse plus voir au-dehors ne dérangeait pas Leudaste outre mesure : il avait fini par en avoir marre, de ce paysage blanc immaculé, de la neige, de la neige, chaque jour de la neige. Il n'empêche : à force d'être enfermé dans cette forteresse de malheur où il faisait noir comme dans un drow, il commençait sérieusement à avoir les nerfs en pelote. Si cela n'en tenait qu'à lui, il y a longtemps qu'il aurait mis les bouts et regagné Arétria, mauvais temps ou pas.
Seulement, le temps ne s'arrangeait guère ; la neige vous recouvrait les routes à hauteur de moitié d'homme, et les gentilles bourrasques qui ébouriffaient la gueule du cortège arétan lorsqu'ils étaient arrivés à Sainte-Berthilde étaient sans commune mesure avec ce qui soufflait maintenant dehors.

De toute manière, il était coincé ici. Cette garce de comtesse n'avait rien trouvé de mieux, pour faire son intéressante, que de pondre son moutard ici, en cette citadelle honnie. L'héritier d'Arétria naissant au coeur de Sainte-Berthilde ! Le destin avait le sens de l'humour. Quoiqu'il en soit, tant que la mère n'était pas rétablie et que le morveux n'était pas suffisamment solide, la neige pouvait bien fondre qu'ils n'étaient pas prêts de bouger d'ici. Il en voulait à Roderik, d'avoir si peu bridé sa femme ; le comte l'avait trop mignotée, trop ménagée, et maintenant qu'il était parti dans le Sud, la garce se sentait pousser des ailes et jouait les grandes dames. Ce n'était pas sûrement pas chez Leudaste qu'on verrait telle preuve de faiblesse. Donnez de la liberté à une femme, et elle emploiera toute cette liberté à vous chier dans les bottes. C'est encore heureux qu'elle ne se soit pas déjà trouvée un mignon pour réchauffer son lit cet hiver, la salope. Au moins, tant qu'elle gardait le lit, il n'avait pas à supporter sa mine maussade ; il en avait suffisamment soupé depuis leur départ d'Arétria. Elle est née triste, cette bonne femme, se disait-il souvent, et il avait eu le temps de s'en rendre compte puisqu'elle avait passé la moitié du voyage renfrognée dans son amertume, et l'autre moitié à se plaindre de douleurs. Et puis, elle avait ce regard acerbe, chaque fois qu'elle se tournait vers lui et qu'elle découvrait qu'il la regardait ; un regard plein de dégoût, d'aversion. Chaque fois, Leudaste se sentait humilié. Il lui rappelait un peu le regard de sa nièce, le soir où il l'avait épousée.

« Putain d'hiver », gronda-t-il en se levant de table et, le pas lourd, il quitta la salle où il dînait avec l'escorte de la comtesse.

Il se glissa dans les couloirs de la citadelle. Point n'était besoin de se frayer un chemin entre les serviteurs, on s'écartait souvent à son passage. Leudaste savait depuis longtemps qu'il inspirait cette peur naturelle chez les grouillots, et même chez les guerriers qui n'avaient pas trop la tête brûlée. Il aimait ce sentiment de toute puissance, mais ça expliquait peut-être pourquoi il était souvent tout seul. Il lui arrivait de croiser d'importants personnages, mais nul ne s'attardait pour lui tailler le bout de gras. A deux reprises, il avait croisé le chemin du jeune régent de Sainte-Berthilde, le jeune faon comme l'appelait Roderik. Sa soeur, parfois, aussi : une beauté délicate qui ne le laissait guère indifférent, bien qu'il ait oublié son nom mais point l'harmonie des courbes de son jeune corps. La mère du jeune faon valait aussi le détour ; Leudaste n'eut su lui donner un âge, mais lui qui les préférait très jeunes eut volontiers fait exception pour celle-là. Elles étaient malheureusement, à son égard, aussi distantes, aussi guindées que l'était la comtesse Iselda, et affectaient superbement d'ignorer son existence lorsqu'elles étaient dans la même pièce que lui. Vexé par tant d'indifférence, Leudaste leur promettait dans ses rêves mille malédictions ; il ne pouvait guère faire plus.

Il gagna sans encombre la salle d'armes, où il avait pour habitude de tuer le temps. Cela lui faisait du bien, que de faire un peu d'exercice. Il aimait de temps à autre se mesurer à un adversaire local. Humilier un jeune écuyer berthildois lui rappelait le bon temps de la guerre de l'Atral, quand tout le monde n'avait pas que le mot « paix » à la bouche.
Lorsqu'il entra, ce fut pour découvrir que le jeune faon s'y trouvait déjà.

« Bon seigneur », marmonna-t-il en s'efforçant d'être poli. « Je vous prie de m'excuser, j'ignorais que vous étiez là. »
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Jeu 8 Juin 2017 - 4:09




Depuis sa tendre enfance, ces quatre murs bâtis de crépi et de roches que formaient l’imposant castel de Cantharel, était pour ainsi dire sa maison. Aujourd’hui, alors que la tempête rudoyait inlassablement et sans le moindre répit la région du Berthildois, le mot maison aurait intérêt à se changer pour prison, car c’était en réalité ce qu’elle était devenue. À l’unisson les gardes et autres laquais de l’établissement n’arrivaient pas à enrayer la présence du manteau blanc qui handicapait la cours. Le pont levis peinait à s’ouvrir et même, lorsqu’il y arrivait, le portail se déposait sur une montagne enneigée qui en ferait pâlir certaines des régions Hautvaloises ! Ravitailler le château n’était plus tâche anodine et naturelle ; elle relevait du défi. Une tâche monstre lorsqu’on considérait qu’il ne fallait désormais plus simplement manœuvrer les ânes qui tiraient les charrettes jusqu’à l’établissement, mais qu’il fallait de surcroît : s’assurer du bon fonctionnement des roues qui s’embourbaient d’une facilité déconcertante, escalader certains obstacles qui obstruaient le bon cheminement, pour ensuite les déplacer et finalement, s’assurer que le tout soit fait en temps adéquat, pour que certaines victuailles ne finissent pas congelées !

Ajoutez à cela les maux qui commençaient à harasser petit à petit chacun des résidents, la chose devenait vite déplaisante. Certaines engelures mineures à exécuter certaines besognes extérieures, des rhumes abondants, une diète involontairement exigée par le régent, faute d’avoir l’abondance de nourriture auquel jouissait usuellement le château et par-dessus tout, une nouvelle mère armée d’un bambin criard et aux besoins insatiables. Évidemment, leur invitée de marque ne manquait de rien et n’avait peut-être, pas même eut vent des maux qui commençaient à se ressentir : elle était priorisée, non pas à cause de son patronyme ou de l’importance du bambin qu’elle portait au sein, mais plutôt à cause de sa condition. L’accouchement était une épreuve titanesque pour le corps ; on disait qu’icelui pouvait en ressentir les séquelles jusqu’à deux ennéades après avoir mis à bas! Et encore, c’était parfois pire. Chaque mère avait son histoire et sa pincée de saveur à rajouter, lorsqu’elle la racontait. Certaines se targuaient d’avoir triomphé de cette épreuve sans pousser le moindre cri, alors que d’autres avouaient sans crainte avoir déchirer du con jusqu’au cul, en se dévidant pratiquement de l’entièreté de leur sang! Ahhh, les joies d’être une femme …

Louis préférait nettement être né avec une queue entre les cuisses, car pendant que Iselda grappillait à qui mieux mieux quelques minutes de sommeils entre deux boires, lui, suait à grosses gouttes dans la salle d’entraînement. À défaut de pouvoir trouver un foyer qui saurait lui faire oublier le froid, c’est à grand coups d’épée bâtarde qu’il croisait le fer avec son mestre d’arme. L’acier résonnait férocement et de manière acharnée, comme si l’un ou l’autre des bretteurs ne savait exploiter la faille de l’autre. Pourtant, c’est le mestre d’arme qui eut le dernier mot, en s’approchant suffisamment de son adversaire pour le faire chuter à l’aide d’un croc en jambe couplé d’un coup de coude au poitrail. Le souffle coupé et les yeux exorbités par l’impact, Louis poussa un râle de douleur, qu’il tâcha d’étouffer en crispant la mâchoire. Chose faite, il s’affaira à se redresser péniblement en s’approchant d’un des serviteurs qui vaillamment, patientait pour leur servir de la flotte.
« C’était un beau coup de pute. » S’était-il permit de dire, de suite avant de s’envoyer le gobelet d’eau au grand complet, tout en masquant son sourire narquois.

Le mestre d’arme n’eut pas le temps de répondre, car le jeune Leudaste pénétra sans grande discrétion, s’adressant dare-dare au Sait-Aimé. Louis pivota, tout en achevant son verre, puis en mesurant le vieil homme. Il ne le connaissait pas, pas autrement du moins que l’un des fidèles protecteurs d’Iselda.
« Nul heurt, cette salle n’est pas mienne, tous peuvent l’utiliser à leur bon vouloir. Qui plus est, par ces temps froids d’hiver, je ne pourrais faire mieux que de la recommander à tous ; elle réchauffe plus que saurait le faire une pléiade de cheminée embrasée. » S’était exprimé le faon, en bon gaulthier qu’il était. Bien qu’en vérité, il ne lui échappa point cet air qu’avait adopté le vieillard, en s’affairant péniblement à le saluer. L’Arétan semblait à l’instar de son Comte, posséder quelques remontrances envers le Saint-Aimé … « Étiez-vous à la recherche d’un adversaire, monsieur ? » Ajouta finalement le jeune Louis, tout en épongeant son front du revers de son poignet.

Allait-il mordre à l’hameçon ?



Revenir en haut Aller en bas
Roderik de Wenden
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 845
Âge : 27
Date d'inscription : 25/12/2014

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  27 ans (né en 982)
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Sam 10 Juin 2017 - 1:44


Leudaste le Jeune
Seigneur de Sorosd

Ainsi, le jeune faon lui jetait le gant. Leudaste le toisa, les bras croisés, une ombre sinistre sur son faciès de brute. Pour un mioche, Saint-Aimé en avait dans le slibard ; mais Leudaste savait à quoi s'en tenir avec les têtes brûlées. Il savait faire la différence entre le courage et l'esbrouffe, et soupçonnait le jeune homme d'être plus un fanfaron qu'un vrai dur.

« Je ne voudrais pas m'imposer », lança-t-il d'un ton qui laissait entendre le contraire, tout en faisant, d'ailleurs, le contraire, puisqu'il s'empara d'une épée accrochée à un établi. Il la soupesa, fit quelques mouvements avec, puis acquiesça de la tête. Son regard croisa alors celui du maître d'armes qui, visiblement, se sentait un peu vexé qu'on interrompe sa séance d'entraînement. Leudaste lui répondit d'un simple hochement de tête, l'air de dire « c'est le jeu, mec », puis il se tourna vers Louis. « On va commencer doucement, Votre Seigneurie ; je ne voudrais pas vous abîmer. » Il esquissa un rictus, provocateur jusqu'au bout, puis se mit en garde. Approche, blanc-bec. Une lueur pas bien nette dans le regard, il guettait, attendant que Louis prenne l'initiative, avec la ferme intention de ferrailler bien moins doucement qu'il ne le disait. Il allait le rosser, le jeune faon ! Pas tout à fait rassasié de son dîner, il comptait bien faire du Berthildois son dessert.
Revenir en haut Aller en bas
Louis de Saint-Aimé
Humain
avatar

Masculin
Nombre de messages : 277
Âge : 28
Date d'inscription : 01/08/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 19 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    Dim 11 Juin 2017 - 3:23





La présence de l’Arétan empestait la haine et le dégoût, une puanteur qui transpirait par-delà le regard noir qu’il projeta envers le régent. À défaut d’être un dur de dur, comme ceux qui pouvaient se targuer de manger de la roche au petit déjeuner et de casser des maisons d’un coup de coude, la persévérance du Saint-Aimé l’avait transporté vers l’excellence. L’expérience du champ lui manquait, cela crevait les yeux, mais il n’avait pas croisé le fer avec des enfants de cœurs, que nenni. Quotidiennement, il ne manquait pas de se faire toujours d’avantage de corne sur les doigts en soulevant son acier, afin de parfaire ses compétences martiales. De son temps de simple héritier, le temps pour parfaire cet art ne lui manquait pas, il lui sortait littéralement par les oreilles. À savoir qui du vétéran et du jeune fringuant aurait le dessus ; le mestre d’arme le saurait fort bien trop tôt.

« Puisque je vous dit que je vous invite. » Répondit-il cette fois nettement moins poliment, alors qu’il venait de cadrer ses réelles intentions. Sans autres politesses, ils se retrouvèrent l’un devant l’autre, tous deux armés d’une épée bâtarde dont le raz de la lame avait été arrondi –évidemment pour des raisons de sécurité-. Le vieux débris lui assura vouloir le ménager pour s’échauffer, ce à quoi Louis ne répondit rien d’avantage qu’un hochement du chef entendu. À cet âge, il se peut que « doucement » n’ait pas la même signification, car l’acier chanta haut et fort dès les premières notes.

Surpris, le regard hagard, il jeune régent fut contraint à enchaîner les pas vers l’arrière, tant les assauts se montraient soutenus. En toute hâte, Louis tourna la tête une seconde pour chercher à évaluer la distance avec le mur du fond, mais lorsqu’il revint vers le croulant, un coup franc lui avait été décoché dans l’intention de toucher sa cible. In extremis il para le coup, mais à cette portée, Leudaste assouvit la hargne qu’il avait pour le jeune régent en y faisant glisser sa lame le long de la sienne, jusqu’à ce qu’elle se bute contre sa garde, là où sans hésiter, il placarda le seigneur local contre le mur de son épaule. Comprimé contre le mur et maintenant, bien certain des intentions malsaines du vieillard, Louis chercha à se dérober en jouant du coude vers le poitrail de Leudaste, chose à laquelle il répliqua dans la seconde d’un coup de coude au menton. Les dents du faon claquèrent et lacérèrent sa lèvre inférieure d’un coup sec et douloureux.

Alors c’était ça, il voulait que ça s’donne! Louis cracha au sol et roula contre le mur pour se sortir de cette contraignante position et ainsi, surenchérir sur les échanges musclées. Son épée bâtarde ne cherchait plus à embrasser la sienne, non, elle cherchait à atteindre les failles de l’Arétan pour qu’icelle se fracasse contre ses vieux os! Le maître d’arme voyant que la chose n’avait plus rien d’un entraînement, chercha à s’imposer mais vu la rudesse de leur échange, il eut été fort bien imprudent de s’imposer.

D’autant plus lorsqu’on comprenait que Louis désirait maintenant aller jusqu’au bout. Il n’entendait plus à jouer, mais cherchait à prouver sa valeur de guerrier au soudard Arétan.


Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Rédemption [ Roderik ]    

Revenir en haut Aller en bas
 
Rédemption [ Roderik ]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [UploadHero] Rédemption [DVDRiP]
» Les sentiers de la rédemption [Ambre Natania]
» Les personnages en rédemption
» Redemption RPG
» Rédemption [Background]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Miradelphia :: Royaume de la Péninsule ~ SUD OUEST :: Marquisat de Sainte Berthilde :: Marquisat de Sainte Berthilde-
Sauter vers: