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 Deux héritiers | Ernest

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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Deux héritiers | Ernest   Mer 22 Mar 2017 - 21:45

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Baron le matin, Comte à midi, Poussière le soir >>


9e jour de la 5e ennéade de Barkios
En l'an 9 du XIe Cycle
Missède-la-ville

La lune se levait paisiblement lorsque les quatre chevaux pénétrèrent dans la cité. Ils avaient dut montrer de nombreuses fois patte blanche pour que les soldats les laissent pénétrer dans les murs malgré l'heure tardive... Et l'absence de calèche leur avait été finalement défavorable car convaincre les gardes des portes qu'une dame noble et aveugle préférait voyager à cheval et en cavalier plutôt que de profiter du calme policé d'une voiture quelle qu'elle soit fut une rude épreuve. Les soupçons s'étaient un moment fait si lourds que même la présentation de la chevalière des de Laval avait eut du mal à trouver un échos favorable.

Heureusement, le zèle avait toujours ses limites mais ce n'était pas sans une certaine irritation que la Dame de Beaurivages et trois chevalier s'enfonçaient dans les rues froides de la ville. Malgré l'heure tardive et les passages obligés dans les quartiers populaires, aucune menace n'eut l'audace d'approcher le petit groupe. Et lorsqu'ils mirent pied à terre aux portes du manoir dans l'obscurité nocturne, il n'hésitèrent pas à entrer sans après quelques coups de heurtoir.

A peine était-elle entrer que Cécilie déposa sa canne contre l'angle de mur le plus proche et avança d'un pas mesuré vers le grand salon tout en dégrafant sa sa cape fourrée. Ici, là ou elle avait vécu près d'une moitié de sa vie, elle pouvait se déplacer aussi facilement que si elle voyait.

« Madeline ! Rose ! » appela-t-elle à plein poumon en ralentissant, attendant de rencontrer le bois de la porte à double battant qui séparait la salle de réception du hall d'entrée.

Dans les étages supérieurs, Rose leva le nez de ses écrits en entendant la porte de sa chambre coulissé sur ses gonds. La tête émaciée d'un des garçon qui servaient là passa dans l'encadrement. Elle allait le renvoyer violemment en précisant qu'il n'avait pas à entrer ainsi dans les appartements d'une femme, mais avant qu'elle ne le moleste de la voix et du regard, il lui appris que les grincements et murmures qu'elle entendaient depuis quelques minutes venaient bien d'un ramdam au rez-de-chaussé. Cécilie était de retour accompagnée seulement de trois gardes et Madeline était déjà sortie du lit pour allé à sa rencontre.

Quelques minutes plus tard, Rose faisait irruption dans le grand salon. Sa mère était assise près de Cécilie sur une banquette ouvragée. Un jeune homme blond portant armes et armure restait debout à quelques mètres de là, aussi invisible que la suivante pouvait l'être lorsqu'elle savait que la conversation qu'elle entendait ne la concernait pas.

« C'est Rose qui vient. » Expliqua Madeline à l'aveugle avec un sourire tendre.
- J'ai reconnu son pas, ne t'en fait pas. Je ne t'ai pas réveillé toi aussi j'espère ?
- Non j'écrivais... Mais comment vas-tu ? »

La jeune dame soupira en rendant mollement une étreinte amicale à sa suivante avant que Rose ne s'asseye près d'elle du côté que sa mère n'occupait pas.

« Si on me pose la question encore une fois, il est possible que je commette l'irréparable, mais à part ça, oui, je vais bien. J'étais en train de raconter la cérémonie des hommages.
- Et ça s'est bien passé ?
- Pour faire court : oui malgré les problèmes que père à causé.
- … Rien de grave j'espère. »

La tête haute, Cécilie garda un silence obstiné, finissant par hocher la tête quand la respiration de ses auditrices lui indiqua qu'elles avaient sûrement trouver, si ce n'est la bonne réponse, au moins une idée suffisamment grave pour qu'elle n'ai pas à s'étendre sur le sujet ou a leur dire ou se trouvait aujourd'hui l'ancien seigneur de Beaurivages.

« Mais en fait, je voulais surtout savoir ce qu'il s'était produit en mon absence.
- Rien... Rien de bien important. Aucune annonce officielle de la part du Conseil depuis celle de ton investiture.
- Bien... Et Ernest d'Ethin ?
- Je lui ait fait porté un billet stipulant que tu t'excusais de ne pouvoir être présente à son retour, que Beaurivages mandait ta présence rapide et qu'un décès imprévu t'avais décidé à partir plus tôt que prévu, mais que tu aurais besoin de le voir dès ton retour.
- Bien. Demain matin, dès que l'heure sera propice aux visites de courtoisies, vous l'inviterez officiellement à dîné ici.
- Mais nous n'avons rien prévu pour un dîné officiel ! » S'exclama la gouvernante avec une certaine angoisse.

Cécilie posa la min sur la jambe pressé contre la sienne en signe d'apaisement.

« Calme toi... Ce que je mange il peut bien le manger également. Ce n'est pas comme si on servait du gruau tout de même.
- Oui... Sans doute... 
- Ma chambre est-elle faite ?
- Comme nous ne savions pas exactement quand tu reviendrais, nous l'avons apprêtée oui.
- C'est parfait. Azula a déjà du montée mes fonds de selle.
- Azula ?
- Une jeune fille qu'oncle Renard me demande de prendre sous mon aile. Madeline, peux-tu monter la harpe avec Carl et vérifié qu'Azula ne s'est pas perdue dans les indications des serviteurs ?

Dès que la matrone et le gardes furent sortis, malgré des regards aussi désapprobateurs l'un que l'autre, Cécilie reprit sur le même ton dégagé :

« Rose, j'aurai besoin d'un service. »

La formulation surpris la suivante au delà des mots... Quelque chose qu'elle ne pouvait même pas ordonner... Cela devait être gros... Mais dans les circonstances actuelles, elle ne lui aurait rien refuser. Malgré tous les différents qu'elles connaissaient. L’entorse qu'elle avait fait à la confiance de la jeune dame en prévenant sa cousine de son état alarmant lui pesait déjà sur le cœur... Et elle n'imaginait même pas ce qu'elle devait ressentir avec les événements de la dernière ennéade.

« Demande moi ce que tu veux. » sourit-elle en lui prenant les mains.
- J'ai besoin que tu forme Azula pour te seconder, et à terme te remplacer auprès de moi dans toutes les petites tâches quotidiennes que tu es forcée d'accomplir.
-... Comment ?
- Tu n'es pas une chambrière Rose. Mon père voulait te cantonner à ce rôle mais ce n'est pas mon cas. J'ai besoin de toi d'une autre façon. Cela fait des années que tu es ma plume et mes yeux. J'ai besoin de toi en tant que tel et tu ne devrais pas avoir a faire un travail avilissant à côté de cela. A terme, je veux faire de toi ma conseillère.
- Conseillère...
- Conseillère, Secrétaire appelle cela comme tu voudras. Mais cela va nous prendre du temps, a toutes les deux. Et je ne veux pas que ta vie passe après la mienne.
- Une minute. Stop. Une minutes... tu veux ? »

La jeune femme se leva, faisant quelques pas de gauche et de droite avant de se rasseoir pour empoigner la main de son amie.

« Mais si moi ça me convient ?
- Je t'en prie... nous savons toutes les deux que cette situation est pire qu'un esclavage pour toi. Je ne veux pas que tu reste avec moi par devoir ou par pitié. Ça peut te sembler impressionnant, mais je ne te met pas à la porte. Je ne te repousse pas. Je te permets de vivre la vie dont mon père t'a privé.
- Mais je ne te l'ai jamais demandé ! Tu rentres à Beaurivages sans moi, tu ramènes cette remplaçante comme ça, tu me met devant le fait accomplis en me disant que ce n'est pas pour te débarrasser de moi et tu penses me faire une fleur ?! Non mais avoue que tu te moques de moi !
- Et que voulais-tu que je fasses ? Que je m'épanche pendant des jour avec toi sur la mort de Jindanor ? Ou que je me mure dans le silence en t'ignorant ? railla la noble dame.
- ça n'a pas de rapport avec toi ! »

Leurs mains étaient serrées l'une contre l'autre à en blanchir leurs phalanges. Rose respirait à grand trait à côté de Cécilie, toujours aussi calme.

« Pour une fois ça ne tourne pas autour de toi... » répéta-elle un ton en dessous. « Ne me dit pas que c'est à moi que tu fait une faveur alors que c'est toi que ça arrange.
- Tu préfères rester ma servante jusqu'à la fin de tes jours ?
- J'aurai préféré que tu me montre que je ne suis pas ta servante en me demandant ce que je voulais faire au lieu de m'ordonner de devenir autre chose... comme tu le faisais il y a encore deux ans... Cela fait des mois qu'on ne se parle presque plus. Que je ne suis en effet plus qu'une copiste et une chambrière...Mais c'est toi qui m'a collé dans ce rôle. Pas ton prèe. »

Cécilie perdit un peu de sa superbe.

« Soit... Que veux-tu faire alors ? » Demanda-t-elle incertaine.

Rose soupira en se relevant.

« Je ne sais pas... Mais en attendant je formerai cette... Azula c'est ça ? On verra bien ce qu'il en découle. »

Cécilie allait se lever seule lorsqu'une main se referma sur la sienne. Elle eut un frisson d'étonnement.

« Je t'accompagne jusqu'à ta chambre. Ça me permettra de rencontrer Azula.

- Merci Rose...
- Pas de ça... je t'en prie. »

1er jour de la 6e ennéade de Barkios
En l'an 9 du XIe Cycle
Missède-la-ville

Le lendemain, un serviteur de la maison prenait le chemin de la résidence d'Ethin pendant que d'autres accéléraient dans la direction du marché.
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Deux héritiers | Ernest   Ven 24 Mar 2017 - 22:50


1er jour de la 6ème ennéade de Bàrkios
Automne de l'an 9 du XIe Cycle

Après sa visite à Edelys, une ennéade plus tôt, le seigneur d’Ethin était rentré au Rocher où des affaires locales avaient accaparé le plus clair de son temps. Mais la tâche la plus délicate fut celle qui l’amena à annoncer à Irène la promesse de mariage qu’il avait dû se résoudre à conclure avec Ashal d’Amderran. À la grande surprise du jeune homme, sa sœur ne fut en rien choquée par sa décision. Après tout, elle avait été élevée à la cour d’Ethin et les mœurs de la noblesse ne lui étaient pas aussi étrangères qu’elles pouvaient encore et toujours l’être à Ernest. En outre, elle laissa entendre que grand-mère Edna l’avait soigneusement préparée à cette éventualité dès lors que la souveraineté du fief avait échoué à son frère cadet. Pour autant, la belle Irène ne s’en était pas vue ravi à l’idée de cette union, néanmoins son plus grand souci eut découlé d’un certain déplaisir à la perspective de quitter le Rocher et son atelier de couture où elle confectionnait ses célèbres atours. A ce sujet, Ernest prit soin de la rasséréner ; toutes les modalités de l’accord avec d’Amderran n’avaient pas encore été discutées et il lui promit de tout faire pour que la situation lui soit des plus commodes.



Finalement, le dernier jour de la cinquième ennéade, Ernest repartit pour Missède. La lettre de Rose quant à la situation de sa maitresse avait suscité l’inquiétude du jeune homme. Les bruits de l’élévation de Cécilie de Laval au titre de suzeraine de Beaurivages finirent cependant par arriver à ses oreilles et il s’en trouva quelque peu rassuré. De nombreuses questions restaient néanmoins sans réponse, notamment vis-à-vis de cet homme inconnu auquel la jeune femme envisageait de se marier ; une annonce qui avait fait endêver le seigneur d’Ethin jusqu’à lui en retourner les boyaux. Cependant le récent message de la suivante indiquait que les dispositions de la Dame de Beaurivages avaient changé. Ernest ne savait donc plus à quoi s’attendre. Quant à cette histoire de meurtre, elle parachevait sa préoccupation avec une teinte d’angoisse.



Le lendemain de son arrivée dans la capitale, une invitation à dîner parvint à la demeure familiale. Renvoyant immédiatement une réponse favorable, Ernest dévoua le reste de la journée à faire les cent pas, contemplant toutes les suites possibles qui pourraient résulter de cette rencontre. Le début de soirée vint comme une libération. À l’heure et élégamment vêtu, le jeune homme se présenta à la résidence des de Laval d’où il espérait ressortir, un peu plus tard, repu d’informations précieuses bien plus encore que de mets savoureux.  




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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Deux héritiers | Ernest   Sam 25 Mar 2017 - 13:37

Si Cécilie avait laisser le soin du cadre et du repas à Madeline, il y avait néanmoins un point sur lequel elle n'avait pas transiger une seconde : ce dîné aurait lieu à huis clos, dans l'un des petits salons qu'ils utilisaient au quotidien, non dans la grande salle de réception et aucun garde ne serait toléré à proximité, ce que l'Instructeur redevenu Capitaine après la nouvelle de l'abdication d'Arnaut avait eu en travers de la gorge pendant une bonne partie de la journée. Mais la jeune femme n'en démordait pas.

Elle avait d'ailleurs passé la journée avec son Maître de musique comme Rose avait pudiquement pris l'habitude de l'appeler. Pourtant l'occupation était bien moins innocente, et son on parlait en effet de l'Art, celui de jouer avec les émotions et les sentiments par la force de sa volonté remplaçait chaque jour un peu plus celui du chant dans l'emploi du temps de la rivegeoise. Il n'y avait pas de mystère, cet Art l'apaisait bien plus que des notes sur une harpe. Elle avait de toute façon perdue toute inspiration. La concentration et la volonté nécessaires à l'accomplissement d'un acte magique lui étaient aussi doux que le contrôle qu'elle se sentait avoir sur son environnement. Il n'y avait certes pas que cela qu'elle appréciait dans l'expression de la magie, mais sa rapide progression était d'autant plus grisante qu'elle était peu courante. Ses dix ans passés à répéter les bases semblaient lui avoir donner les fondations et les outils nécessaire pour construire rapidement ce qui pourrait bien ressembler d'ici quelques années de plus à une cathédrale... Point d'émotion volage. Point de questionnements sans fin. Seule une volonté brute et une concentration épuisante rassereinait son Souffle.

En fin d'après-midi, elle avait enfin libérer son mentor, qui pour une fois ne l'avait pas obligé à prendre un repos forcé. Et le reste du temps avant l'heure du rendez-vous, elle l'avait passé en compagnie de Rose et Azula, pour les premières armes de la petite sauvageonne. Peu soigneuse, ses mains rudes de teinturière couverte de bleu jusqu'au coude incapable d'effectuer un travail délicat malgré toute la bonne volonté qu'elle montrait. Rose devait non seulement la tenir à l’œil mais repasser derrière chacun de ses geste... et dans le doute, le peigne était resté hors de sa portée. Pourtant, pas une fois les deux jeunes femmes eurent envie de s'énerver contre la fillette de quinze ans qui en paraissait à peine dix ou onze tant elle faisait preuve d'attention et de patience...

A force de laisser libre court au perfectionnisme de l'une et au désire d'apprendre de l'autre, les heures filaient. Pourtant ce n'était pas tant cela que l'expression exacte de la volonté de la Dame de Beaurivage qui avait fait durer les choses. Brossée, rincée, pincée, polie, blanchie, lustrée, soignée, vernie... aussi bien traitée que le jour de mon mariage, avait-elle dit. Si tous les fameux traitements n'étaient pas des plus agréables, le simple fait de baigner dans l'eau chaude, de se laisser dorloter et prendre en charge était d'un agréable... A un point qu'elle aurait put en devenir coquette si cela n'avait eu aucun sens pour ces yeux inutiles.

Lorsque le jeune Seigneur s'était présenté à la porte cochère, Madeline, venu lui ouvrir, ne l'avait tout d'abord pas reconnu... A sa grande honte. Une fois qu'il s'était présenté, elle avait passé tout le trajet vers le petit salon de l'aile ouest à s'excuser pour sa bêtise. La matrone avait proposé de le défère du lourd pardessus de saison et avait répété être à son service au moins une demie-douzaine de fois sur le trajet le long des couloirs frais du large manoir.

Une fois la porte poussé, une pièce de taille honorable. Plusieurs ouvrages de belle taille reposaient sur une lourde bibliothèque dans un coin de la pièce soigneusement épargné par la proximité des flammes, car l'endroit était éclairé par plusieurs chandeliers muraux et au moins autant posés sur tables et guéridons de manière à ce que le visiteur ne soit pas gêné par la pénombre que la soirée d'automne ne manquerait pas de laisser rapidement tomber. Une large cheminée entretenue avec soin et débordante de brase crachait une chaleur sèche qui donnait à l'endroit une atmosphère bien plus accueillante que les grands espaces du hall et des escaliers. La température y était douce alors qu'à l'extérieur, le temps semblait déjà hivernal, prédisant une saison bien plus froide que d'ordinaire. La flambée était même telle que l'hôtesse, assise sur une banquette, un boulier en main, pouvait porter sans grelotter une robe taillée dans une laine bleue simple quoi qu'assez épaisse. Ses manches interminable, comme le voulait la mode missèdoise, retombaient sur ses mains, ne laissant voir que le bout de ses doigts blanc s'agitant de temps à autres sur les billes de bois polies. Ses cheveux auburn étaient comme toujours depuis son retour du nord, attachés en un chignon complexe ce soir là piqué de perles. Une chaînette d'argent ceignait son front, coinçant une mèche rebelle, comme un accroche cœur sur sa tempe. La lourde broche florale d'or, de cuivre et de vermeille qu'elle portait était la seule chose qui, bien que magnifique, semblait dépareiller.

La porte avait à peine bougée, qu'elle posait déjà son aide de calcul sur un guéridon vide, placé à sa main droite. Elle se leva avec un sourire tout a fait mesuré, son éternel masque de calme placé à la perfection... Cependant par rapport à leur dernière entrevue, il pouvait peut-être percevoir que son sourire avait perdue de sa bienveillance et gagné en... noblesse ? Dans tous les cas, quelque chose dans son apparence donnait l'impression qu'une certaine innocence avait fuit ses traits. Cela restait peu perceptible, mais ceux qui la connaissaient depuis longtemps n'en doutaient pas un instant.

Madeline annonça leur visiteur avec un respect qui confinait à l'obséquieux... enfin qui aurait put si la femme n'avait pas l'air encore si gênée de son impair. Sans chercher la canne qui reposait au coin de l'assise, elle fit un pas vers la porte. Juste un tendant la main pour que son hôte la baise comme elle avait pris l'habitude de le faire depuis son mariage. Peut importe qu'elle ne soit plus mariée à présent, elle se donnait le droit de recevoir ce genre de marque de respect mondain.

« Bonsoir Messire. Je suis heureuse que vous ayez répondu favorablement à mon invitation. Je craignais que vous ne puissiez venir avec un délais si cours... Et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop de m'être envoler si rapidement pour Beaurivages. »

Une fois qu'ils eurent sacrifié aux salutations d'usage, elle l'invita à s'asseoir sur l'autre fauteuil qui bordait la cheminée, lui proposant un verre en attendant que la table soit définitivement dressée. Un serviteur venait déposer un plateau chargé de nombreuses carafes et bouteilles, offrant un verre ampli d'un vin rouge brique d'où s'échappait de fines bulles à la jeune dame qui entama la conversation sur un sujet aussi mondain qu'intéressant pour l'un comme pour l'autre : l'état de leur famille. Bien qu'elle passe sous silence la mort de Jindanor et la tentative d'infanticide d'Arnaut pour ne pas brusquement refroidir l'atmosphère et que les problèmes d'Etherna et d'Odélian l'ai empêché d'avertir sa mère, le fait que son frère lui avait confier penser continuer dans la voie des armes et briguer une nomination à la garde de la bibliothèque malgré l'occasion en or qu'il avait de faire ses preuves à la tête de la chatelainerie semblait une accroche toute trouvée pour briser la glace.

Puis il fallut passé à table. Et avec le potage de potiron au coriandre devait commencer une discussion qui avait une portée toute autre. Alors qu'Ernest prenait plus directement des nouvelles d'Arnaut, peut-être surpris qu'elle n'en fasse pas mention, Cécilie dut se résoudre à revenir sur les sujets funestes.

« Et bien mon père a... Il a été très durement... touché par son abdication forcée. Il a décidé de s'éloigner de la cour pendant quelques temps. Mais puisque nous abordons les sujets délicats, j'aimerai revenir sur un sujet qui nous concerne tout deux... »

Elle reposa son assiette et se tamponna le coin des lèvres. Boire directement le contenant n'était certes pas des plus conventionnel, mais mieux valait une gracieuse rasade qu'une tâche, même convenable, à cause d'une cuillère trop remplie. Les yeux baissés pour ne pas mettre mal à l'aise son interlocuteur, elle reposa les mains sur le bord de la table avant de continuer.

« Je vous dois autant de franchise que vous en avait fait montre. L'homme que je voulais épousé est mort en sauvant mon père d'une cabale, ici même, pendant que nous étions à Langehack. Sachez que cela n'aurait pas été un mariage de convenance et que c'est cette perspective qui m'a poussé à ne pas envisage sérieusement votre proposition malgré son bien fondé. C'est sa mort ce qui m'a décidé à partir plus tôt que prévu. Je ne pouvais envisager de ne pas être présente à ses funérailles... »

Elle aurait voulu continuée. Elle aurait voulu exposer ce qu'elle avait prévu d'exposer...  mais sa voix parfaitement solide aurait légèrement flanchée. Aussi s'arrêta-t-elle un instant pour respirer, s'accrochant à la force qu'elle s'était promise d'avoir en suivant du pouce les lignes gravées dans le médaillon familiale gisant sur sa poitrine. L'ombre d'une tristesse réelle passa sur son visage avant qu'elle ne s'ébroue. A la voix de son hôte ? Ou simplement réussissait-elle a s'extirper de souvenirs douloureux.

« Je ne vous expose pas cela pour vous tirer les larmes et je vous n'êtes pas ici pour que j'entende une quelconque sorte de pitié ou de dégoût dans votre voix. » dit-elle très simplement, sans agressivité ni accusation. Un léger sourire d'amusement désabusé fleurit même sur ses lèvres pour écraser le reste de ces souvenirs malvenus. « Cette fois, étant donné que vous m'avez clairement fait comprendre que vous retiriez votre offre lors de notre première entrevue, c'est moi qui vous demande en mariage, Messire Ernest d'Ethin. »

Incongru ? Allons donc ! Une femme faisant une demande. Mais enfin c'était bien la plus belle décision qu'elle s'accordait. Elle avait fait son choix et elle le faisait en son âme et conscience... Et si elle s'amusait à reprendre sa proposition pour humilier cet homme, ce qu'elle ne comptait certes pas faire, ce serait de son propre chef. Ce simple changement de position modifiait bien des choses...

« Avant que vous ne me reniez une fois de plus pour mon outrecuidance, j'ai plusieurs remarques à faire et questions vous concernant... Certaines de mes remarques pourront vous paraître assez malvenues ou impertinentes, mais croyez bien que si nous finissons par unir nos vies, nombre de ces sujets devront être abordés tôt ou tard. Et dans le cas contraire vous aurez une meilleur vision de ce que j'attends de celui ou celle qui prendra la suite de Théobald.

Tout d'abord, sachez que je n'ai aucune prétention à représenter Missède à l'extérieur de ses murs ou à jouer des coudes dans une quelconque cour pour gagner les faveurs d'illustres inconnus sous prétexte que je les aient déjà croisé d'une façon ou d'une autre. Les devoirs d'un seigneurs sont pour moi principalement dévolus à son peuple et c'est ainsi que je compte me rendre utile, que ce soit à Beaurivages ou ailleurs. Les hauts jeux de politique demandent bien des sacrifices pour la gloire qu'ils rapportent, et si dans l'hypothèse où vous accepteriez, vous aurez mon appuis inconditionnel ainsi que tous les conseils dont je dispose, je ne veux plus m'occuper de négociations étrangères, ou en tout cas je ne veux pas le faire seule.

C'est aussi pour cela que je veux que nous soyons extrêmement clair sur un point : Missède n'a pas vocation à faire la guerre et n'a jamais eu pour visé d'étendre son territoire de façon militaire. Isgaard est une avancé économique d'importance mais les terres étaient à l'époque non contestées et nombre de seigneurs étaient mitigé à l'idée d'étendre notre territoire hors de notre rayon d'action directe. Vous êtes un homme de guerre, aussi vous devez avoir une opinion bien différente de la mienne, mais cela reste capital. Être prêt à se défendre est une nécessité, mais tentez de lancer une offensive et envoyer des gens à la mort pour un quelconque désire de grandeur est une absurdité à laquelle je ne prêterai plus la main.

Sachez au passage qu'Edelys n'a pas plus de valeur à mes yeux que n'importe quel autre terre de Péninsule. Pour moi, Missède passera toujours avant les intérêts de cette baronnie.

J'aimerai également connaître votre avis sur un possible rapprochement envers le roi. Nous avons profité du brouillard de la situation mais je pense que rejoindre le royaume dès que Langehack le permettra est une nécessité.

Enfin j'ai également un requête plus personnelle à formuler. Ma famille à toujours juré que nos terres nous reviendraient en totalités et que le retrait de Chiard, notre ancienne place forte, avait été une traîtrise. J'ai donc le devoir envers ma ligner de demander à ce que nous amorcions, pas dans l'immédiat mais dans les prochaines années, une réunification de Chiard et de Beaurivages.

Mais avant que je vous assomme définitivement, que pensez vous de tout cela ? »
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Deux héritiers | Ernest   Lun 27 Mar 2017 - 17:56



Défait de son pesant manteau, le jeune seigneur arborait une tunique noire qui tranchait fortement avec l’éclat de sa peau naturellement pâle, ses yeux verts et ses cheveux auburn par mèches et flavescents par touffes. L’habit en lui-même avait quelque chose de dérangeant sans qu’aucun œil qui s’y fût posé n’aurait su en révéler la cause exacte ; peut-être était-ce la fine confection du vêtement, ainsi composée de manière à épouser audacieusement les corps des hommes bien faits ; ou bien était-ce la coupe martiale du remarquable tissu qui conférait à son porteur une allure imposante, presque comminatoire ; bien sûr, il y avait aussi la complexité des innombrables passements de soie, tous de cette même couleur d’ébène, qui ne se révélaient qu’à l’œil attentif, dès lors saisi par le griffon ethinien plastronné sur le torse de l’habillé. Ernest était particulièrement oublieux de son apparence et des affaires du semblant, mais, depuis son accession au trône du Rocher, sa sœur Irène veillait à ce qu’il perde autant que possible ses guises soldatesques. La présente tenue semblait faire office de compromis, un habile mélange de noblesse et d’épée.



Faisant preuve de toutes les marques de convenance qu’il maitrisait, Ernest fut introduit auprès de la Dame de Beaurivages, non sans une certaine émotion face aux apprêts de celle-ci. Le jeune homme prit dès lors conscience que son accoutrement ne tairait aucune intumescence des chairs. Accueillant donc volontiers l’invitation à s’asseoir, il écouta attentivement les propos de la maitresse des lieux avant de lui assurer de sa disposition à rencontrer son frère cadet si celui-ci souhaitait s’entretenir du sacerdoce des Vertueux. À table, les discussions prirent une tournure plus politique et Ernest garda le silence jusqu’à ce que la jeune femme eût terminé. Si, d’abord, il ingurgita lentement le potage afin de ne pas ponctuer de bruits de gorge le récit des troubles de la dame, la demande en mariage fut avalée avec un peu moins de délicatesse et donna lieu à une série d’éructations que le jeune homme étouffa dans sa serviette de table. Ernest n’était pas de ces mufles et autres rustres qui se raccrochaient sauvagement à leurs privilèges de masculinité, il n’en restait pas moins qu’il lui était bien aise que la valetaille ne fût présente au moment de cette conversation.



Finalement, l’assurance avec laquelle la jeune femme égrena les conditions de leur union acheva de laisser le seigneur d’Ethin pantois. Lorsque, enfin, elle s’enquit de son avis, Ernest avait toujours le visage à moitié enfoui dans sa serviette. S’essuyant la bouche avant de se laisser tomber au fond de son siège, il planta son regard sur son interlocutrice et s’enferma dans un mutisme de plusieurs longues secondes. Seul le craquement du foyer continuait son bavardage ininterrompu. Et puis, finalement, la voix raque du jeune seigneur sourdait par secousses brusques, chaque phrase venant fendre la longueur de la table avec une justesse péremptoire. « Cette union n’aurait d’intérêt que de préserver l’unité du Comté, vous en conviendrez, et cela à travers la constitution d’un pouvoir comtal fort et rassembleur. Pourtant, je vous écoute, madame, et j’entends que vos premières revendications déprécient un vassal de Missède et font valoir les intérêts de votre propre famille avant tout. Si vous êtes dès aujourd’hui prête à brader Edelys, vous ne saurez prétendre incarner cette autorité tutélaire que commande le titre auquel vous aspirez. Je doute mêmement que certains membres du conseil ne s’alarment point à l’idée que vos prétentions de Comtesse se trouvent si chichement attachées à l’avancement de Beaurivages.    


En outre, je ne saurai deviner ce que vous vous imaginez quant à mes prédispositions à la guerre, mais n’oubliez pas que la défense de Missède et de ses terres fut mon sort et ma charge dès lors que la DameDieu m’accorda le Souffle. Je suis et serai toujours l’humble serviteur de cette cause et rien, pas même la couronne du Comté, ne me détournera de cette mission. Je défendrai nos terres, celles de notre suzerain et celles de nos vassaux, tous nos vassaux. Si je ne peux compter sur votre soutien inébranlable quant à Edelys, vous ne pourrez vous prévaloir du mien vis-à-vis de Chiard et Beaurivages, une affaire qui n’a pas plus de valeur à mes yeux qu’elle n’aurait d’intérêt pour le Comté, d’ailleurs.


Enfin, pour ce qui est du Roy, tout dépendra de l’évolution de nos affaires à Langehack. Le trousse-pet et ses nourrices en hauts-de-chausses peuvent attendre l’hiver. Je n’ai nullement l’intention d’affecter l’aphasie de Théobald, mais Missède se mettra à table lorsque nous le déciderons ; le Roy peut geindre, sa voix ne soumet point encore. Vous serez néanmoins peut-être rassurée de savoir que votre père et moi-même partagions le même avis sur la question.


À mon tour, il serait peut-être raisonnable de vous faire part de mes revendications. Mais, voilà, je n’en ai point, madame. Je suis honoré que vous voyez en moi droiture et franchise. Les intérêts du Comté et de son peuple façonneront toujours mes choix, ainsi vous détenez la réponse à tous vos questionnements envers ma personne ; ceux qui furent, ceux qui sont et ceux qui un jour viendront à être.


Je me tiens à votre côté, Cécilie de Laval. Et j’aspire à voir le griffon et le faucon porter Missède vers des sommets inégalés. Puisse la ferveur rivegeoise et la vertu éthinienne nous guider sur le chemin de la fortune et de la prospérité. » En conclusion à sa réponse, Ernest en profita pour réitérer sa demande de donner naissance à une nouvelle lignée à travers l’alliance de leurs familles. Une idée qu’il lui avait déjà soumise avant le procès de la cour comtale. Cette fois, il alla jusqu’à proposer qu’ils reprennent tous deux le nom fondateur de Missède et détailla les raisons de ce choix.




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MessageSujet: Re: Deux héritiers | Ernest   Mer 29 Mar 2017 - 10:54

La jeune dame ne put retenir un rictus lorsqu'il affirma que ses ambitions coïncideraient toujours avec les intérêts de Missède. Ce genre de phrase avaient plutôt tendance à l'échauder plus qu'autre chose... Elle dénotait au mieux d'une grande naïveté, au pire, d'une volonté réelle de manipulation et de mensonge. Mais elle se tint coite. Inutile de s'étendre sur ce qui restait pour l'instant un détail dans une affaire bien plus épineuse... Pour l'instant, le débat ne se portait pas sur une opinion personnelle... pour l'instant.

" Vous êtes conscient que ce changement de nom pourrait nous coûter toute prétention sur nos châtelaineries respective, n'est-ce pas?" demanda-t-elle sur le ton de la conversation.

« Peut-être pourrions-nous convenir d’un accord qui calmerait les inquiétudes de nos vassaux. Si l’un de nous venait à mourir, sans qu’aucune descendance n’ait été au préalable engendrée, l’autre ne saurait jouir d’aucun droit sur la chatelainerie du défunt. Je gagerais du soutien des seigneurs éthiniens face à la situation. Avez-vous des raisons de croire que Beaurivages ne fera pas de même ? »

Elle agita la main en signe de contestation.

" Non aucun. En réalité, je ne parlais pas vraiment de cela. Plutôt du fait qu'en changeant de nom, nous renonçons d'une certaine façon à nos droits sur ces chatelaineries pour nous consacré à celle de Missède. Même si d'un point de vue de reconnaissance et d'honneur, nous pourrons toujours influer sur elles, je ne sais pas si le Conseil ou même les Seigneurs importants de la chatelainerie de Missède, permettront que nous cumulions les pouvoirs de trois des quatre terres..."


« Croyez-bien que je ne souhaite aucun conflit pour notre Comté. Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence, c’est une prise de pouvoir que nous organisons. Notre légitimité découle de la puissance d’Ethin et de Beaurivages. C’est notre vision des choses que nous devons imposer afin de ramener un pouvoir fort à la tête de Missède. »

"Notre légitimité vient de la force de nos terre et de l'histoire de nos lignées... Mais garder ces terres sous une bannière n'est viable que de notre vivant. Selon les lois d'héritage du Comté, l'aîné de cet union aurait à la fois le titre de Comte, de Seigneur de Missède, d'Isgaard, de Beaurivages et d'Ethin. Tout cela sous le nom des de Missède. Ce n'est pas viable, vous le savez comme moi. Mettre des gouverneurs et autres factotum à la tête des chatelaineries sans leur reconnaître le titre de seigneur engendrera une levée de bouclier. A cela je vois deux solutions.  
Soit nous passons un accord selon lequel nous partageons les titres entre tous nos enfants et ceux devenant Seigneur d'Ethin, de Beaurivages et peut-être d'Isgaard, prendront ou reprendront le nom de la lignée traditionnelle.  
Soit nous devrons abdiqué de ces titres pour laisser un membre de notre famille et sa descendance gouverner ces terres dont nous recevrons les hommages.
Cela vous parait-il saugrenu ?"


Ernest réfléchit longuement à la proposition de la Dame de Beaurivages. Il aurait peut-être pu envisager d’abdiquer à la faveur d’Irène mais maintenant qu’elle avait été promise à Ashal d’Amderran, cela lui était inenvisageable. Quant à Louise… Non, décidément l’abdication n’était pas chose viable. « Très bien. Notre ainé se verra octroyer le Comté, le second, Ethin et le troisième, Beaurivages. » Il éluda la question d’Isgaard qui, selon lui, n’avait pas lieu d’être pour le moment ; l’enclave avait besoin d’un gouverneur militaire tant que la situation du delta n’était pas aplanie.

Les dents de la jeune femme se serrèrent quelque peu. La nonchalance avec laquelle il venait de repousser Beaurivages au second rang d'un revers de la main était tout bonnement... elle ne trouvait pas les mots. Si bien qu'elle avait encor la mâchoire légèrement crispée lorsqu'elle reprit la parole.

" Très bien... en effet... "
Elle inspira doucement pour faire passer le goût amère qui lui empoissait la langue. Cela n'était rien que de l'orgeuril mal placé et mal venu de sa part... rien que de l'orgueil...

Ernest vit le mécontentement de la jeune femme s’étendre sur son visage. Il se résolut finalement à justifier son choix. Une certaine émotion pouvait être décelée dans la voix du jeune homme. « Ma sœur ainée, Irène, est promise à Ashal d’Amderran, frère d’Alcion d’Amderran. Cette alliance a été nécessaire pour amener le seigneur langecin à rejoindre notre cause. Un accord qui m’attriste profondément. Ashal n’est pas le genre d’homme que je souhaiterais voir ma sœur épouser, et encore moins devenir seigneur du Rocher. Le plus tôt notre descendance pourra assurer la succession d’Ethin, le mieux nous éviterons l’ingérence des d’Amderran dans nos affaires missèdoises. J’entends votre suspicion, madame, mais encore une fois, je ne suis mû par nulle ambition. »

Elle déglutit, radoucit sur le champ... et légèrement coupable.

"Je comprends..." elle hésita un instant, partagée entre la culpabilité de ne pouvoir se défaire de sa suspicion et celle de ne trouver que franchise à chaque fois qu'elle pensait entre-apercevoir une quelconque machination. Toutes ces années de cour en cour lui avaient donnée de bien funestes habitudes de conservation... "Puis-je vous appeler Ernest ?" demanda-t-elle finalement. Dans cette question, une part de la distance froide qu'elle respectait depuis le début de l'entrevue semblait s'évaporer.

Le jeune homme accueillit la question de son interlocutrice avec un certain soulagement. « Rien ne me ferait plus plaisir. » Ernest ne sentit aussitôt moins engoncé par les convenances d’un monde qu’il apprenait encore à connaître. « Serait-il raisonnable pour moi de conclure que je peux aussi m’adresser à vous par votre prénom ? Et que, un jour, les missèdois vous reconnaitrons an tant que Comtesse Cécilie de Missède ? »

Elle retint un léger rire

" Les deux choses me paraissent assez éloignées l'une de l'autre... Mais Oui. Pour les deux je l'espère... " devant le silence de son hôte, elle reprit après un léger raclement de gorge " Quand je vous disais un peu plus tôt que certaines de mes questions pourraient vous paraitre incongrues ou impertinente - il me semble que c'était le terme exacte... Je voudrais savoir si vous avez déjà connu des femmes."

Sentant l’atmosphère plus détendue, Ernest décida de reprendre la consommation de son diner mais la question de la jeune femme le coupa net dans son élan. Ne sachant trop ce qu’elle cherchait réellement à savoir, il répondit sobrement : « Oui. » Avant d’ajouter : « Vous inquiétez-vous de ma capacité à pourvoir une descendance ? »

" Entre autre oui.. Après mes déboires avec le Baron de Nelen... Disons que malgré toutes les rumeurs que j'ai put entendre sur lui et le comportement qu'il avait avec toutes les femmes de la péninsule, et étant donné que son jeune frère s'est affiché à notre mariage avec un mignon... Un homme très bien au demerant nous nous entendions à merveille... Quoi qu'à présent je dois lui inspiré plus de dégoût que de sympathie. Enfin ne m'en veuillez pas pour cela. Malgré les murmures qui me suivent en Missède, aucun de mes plédoyés lors de ma désunion n'étaient mensongés... Mais je parle trop, veuillez m'excusez."

Ernest laissa passer un silence avant de répondre. Le temps d’une seconde il se surprit à vouloir parler d’Alden avant de se raviser presque aussitôt. « Je comprends. Et je m’engage à consommer notre mariage la nuit de celui-ci. Si vous désirez procéder à l’inspection de mes parties, j’ai bien peur qu’il vous faille mander un de vos valets. Je doute de pouvoir me défaire de cet accoutrement par moi-même. » Il y avait une certaine pointe d’humour dans les dires du jeune homme mais il n’en restait pas moins sérieux. Il n’éprouvait aucune gêne à se retrouver cul nu devant qui que ce soit. Et si lui tâter les génitoires pouvait sceller leur accord, il en serait même ravi. « Puis-je vous demander si des rumeurs à mon égard sont déjà parvenues à vos oreilles ? »  

Cette fois ce fut à la jeune femme de manquer s'étouffer avec le contenu de son assiette. Franchise avait-elle dit. Et bien elle était servie... « Hmm... Non pas que la proposition ne soit pas tentante, mais ce ne sera pas nécessaire. » articula-t-elle avec un rire nerveux en reposant prudemment son potage avant qu'il ne verse sur la table à la prochaine remarque.
Elle ne cacha pas non plus sa surprise lorsqu'il lui parla de rumeurs le concernant. Jusque là, les seules qui lui étaient parvenue concernaient ses états de services exemplaires et son impitoyable justice.

"Non. Aucune de déplaisante en tout cas. Quelques hauts faits lors de votre service à Isgaard. La crainte de certains sergneurs en voyant la droiture de votre sens de la justice, qui pour eux frôle celle d'un impitoyable général... rien d'autre."

« Très bien. Nous serons amenés à mieux nous connaître avec le temps mais il m’est déjà aisé d’affirmer que vous avez entre vos mains toutes les informations d’importance à mon égard pour décider de si ou non vous consentirez à vous unir à ma personne. Avez-vous d’autres confidences à me faire à votre sujet avant de prendre une décision ? »

"Je pratique la magie." laissa tomber la jeune femme dans la seconde, peu sûre de le faire si elle se permettait de réfléchir à la question. Ce 'détail', personne n'en était au courant en Missède. Et mis à part son professeur actuel, seul Rose et Maélyne devaient savoir qu'elle étaient capable de plus que de jouer de la musique... Et Jindanor bien sûr... Elle retint un haut le cœur , mais poursuivit comme si de rien était. Si elle demandait la vérité, elle devait également la donner... Et plus que tout, il était hors de question qu'elle se retrouve dans une position similaire à celle de Maélyne à la fin de l'année passé... jamais...

« Ah. » fit Ernest avant de réajuster son ton. « Ah ? » La magie n’avait pas très bonne réputation à Ethin, au contraire d’autres régions du Comté. Elle n’était considérée utile et bénéfique que pour ses applications pratiques visant à augmenter les capacités de certaines professions. Ainsi, la célèbre Guilde des Mages-Maçons du Rocher était tenue depuis toujours en bonne grâce par les seigneurs d’Ethin successifs et leur peuple. En revanche, la magie expérimentale et occulte, en cela qu’elle n’était pas au service d’une industrie bien spécifique ou qu’elle servait des intérêts personnels, était largement réprouvée. « Et… pourquoi ? »    

Cécilie ne put d’empêcher d'éclater d'un rire enfantin, s'excusant immédiatement de son éclat tout en ayant du mal à le réfréner. Il n'y avait aucune moquerie, plutôt un soulagement mêlé de surprise après tant de moi à cacher cette activité des moindres yeux et des moindres oreilles. "Pardonnez-moi..." se reprit-elle pour la troisième fois.

« Ne vous excusez pas, donnez-moi plutôt des détails. » dit Ernest, un sourire dans la voix malgré le fait qu’il espérait avec une certaine appréhension qu’elle n’était pas une de ces sorcières voleuses de membres viriles dont les contes éthiniens regorgeaient.

" Hmmm... De toutes les réactions aux quelles j'ai eu droit, c'est la première fois qu'on me répond de la sorte. Et bien... Quand j'étais enfant, c'était pour faire plaisir à mes parents. Je pouvait au moins avoir quelque valeur à leurs yeux. Pas la suite, je dois avouer y avoir trouver une pratique empreinte d'un certain calme. Une... forme de contrôle de moi-même." ajouta-t-elle en se laissant aller à un peu de confiance. "Mais n'ayez crainte, mes capacités sont très restreintes, je ne réussi à obtenir un quelconque résultat que depuis quelques mois et je n'en use que pour me défendre."

« Vous êtes une jeune femme surprenante, Cécilie. Devrais-je m’en inquiéter ? »

" Du fait que je sois surprenante ou pratiquante des Arcanes? "

« Les deux, j’ai bien peur. » répondit Ernest en plaisantant. « Néanmoins, je préfère y voir une nature pleine de ressources plutôt qu’un caractère imprévisible et dangereux. Seul l’avenir nous dira si j’ai raison. Mais pour l’heure, Cécilie, je suis vôtre, si vous êtes mienne. Et ensemble nous nous sommes dorénavant au service de Missède. Cela vous sied-t-il ? »

"Cela me sied tout a fait." sourit-elle avec plus de sérieux cette fois-ci.
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