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 La liberté hivernale

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: La liberté hivernale   Ven 31 Mar 2017 - 21:17




Liberté hivernale





"Ce qu'il faut au bonheur, lorsque souffle la bise,
C'est une porte close, un livre, et dans un coin
Une lampe qui brûle, et qui tout bas me dise
Que, si l'ennui venait, la muse n'est pas loin.

Il faut que d'heure en heure, et d'église en église,
La voix de l'avenir me parle dans l'airain,
Relève par degrés mon âme qui se brise,
Et, d'espoir en espoir, la mène au lendemain.

Surtout que nul amour ne tourmente ma veille,
Ou si dans le passé quelque ombre se réveille,
Qu'elle s'efface vite, et se perde à mes yeux,

Dans ce monde de l'âme, où d'une vie étrange
L'art anime son rêve, être mystérieux
Qui n'est déjà plus l'homme, et n'est pas encore l'ange."



2ièmeennéade de Bàrkios de la 8ème année du 11ème cycle,
Solatriel




Les flots avaient été glacés au départ de l’Apreplaine mais s’étaient peu à peu réchauffés tandis que l’on descendait vers le sud de la Péninsule. ‘Réchauffés’ était néanmoins un bien grand mot car en cet hiver difficile pas grand-chose n’était chaud. Même le cœur de Niklaus, qui pourtant était habituellement rayonnant d’optimisme, n’était pas aussi certain de son fait qu’à l’habituel. Il fallait dire que son grand œuvre semblait butter continuellement sur l’esprit de revanche de beaucoup des grands de ce monde. Son envolée nécessaire dans cette diplomatie des ‘hautes’ sphères lui avait fait plutôt l’impression d’une plongée en eau froide. Les désaccords semblaient si nombreux et si profonds qu’entrevoir une fin à tout cela paraissait illusoire. Et pourtant il espérait encore, pourtant il ne désespérait pas. Niklaus n’était pas un homme porté sur le désespoir.

Lui avait toujours travaillé à défendre et faire prospérer ce qu’on lui avait confié. Et maintenant que la situation s’était cristallisée, il avait retrouvé une certaine forme de liberté d’action. Dans une certaine mesure il se sentait quelque peu soulagé d’en être là. Il n’était plus responsable au premier chef d’un paix illusoire. Il se contenterait de faire ce qui serait possible pour empêcher les dégâts et attendrai de voir ce que les autres souhaitaient. Ainsi devait-il en être depuis le début. Peut-être enfin les choses se tasseraient-elles. Le désengagement avait du bon.

Il était descendu en Ydril pour retrouver des amis de longue date. Les dernières années lui avaient laissé peu de temps pour organiser ses affaires personnelles ou pour retrouver physiquement ses nombreuses connaissances dans la ‘petite’ noblesse. Car Niklaus était issu d’une famille de nobles sans terres qui, s’ils n’étaient pas grands par leurs domaines, étaient connus dans le milieu et avait tissé de nombreuses amitiés avec la petite noblesse terrienne de tout bord. Il fallait dire que la proximité de la cour royale aidait aux rencontres.

Niklaus avait passé quelques jours très agréables auprès de la tante de son épouse à Ydril. Il avait été invité avec son fils et ce dernier s’était beaucoup amusé sur place, d’autant qu’il s’était retrouvé entouré de jeunes gens de son âge. La cousine de feu son épouse avait justement eu des triplés. Il avait été décidé que Franz resterai en Ydril pour quelques ennéades. Niklaus craignait une reprise des hostilités au Médian et préférait protéger son unique enfant. A cela s’ajoutait qu’il avait une bonne compagnie.

La suite de son voyage avait été en direction de Soltariel. Il avait promis quelques semaines auparavant de venir voir la duchesse. Que les choses avaient changées depuis… Il ne savait pas si cela changerait l’ambiance dans lequel il serait reçu, mais cela n’était pas bien grave. Niklaus était un équilibriste de profession à force d’être sans cesse mené de part et gauche par les aléas de l’Histoire et les besoins de la diplomatie.

Le navire était un beau navire marchand, d’une compagnie étrangère sans aucun doute… Certainement même étrangère à la Péninsule, mais comme toujours sur les flots et avec les navires marchands, il était difficile de savoir la provenance et la destination finale des navires. Dans tous les cas il connaissait le capitaine et l’équipage, car avait déjà bien des fois fait route avec eux ou les avait croisé à Syriac. Il aurait sûrement été plus prudent d’affréter un des petits navires d’Apreplaine pour son voyage, mais cela aurait été aussi moins discret.

Trois gardes l’accompagnait, des gardes du corps intelligents et discrets, qui étaient presque, à force de proximité, devenu des amis. Tout du moins les connaissait-il comme s’ils étaient des amis. Car le baron aimait discuter, il aimait prendre le pouls de ses troupes. On finissait toujours par lui raconter ses misères, ses problèmes et ses contrariétés. De fait il les connaissait mieux que de simples domestiques anonymes. Il ne se mêlait pas de leur vie privée. Il n’était pas fouineur, mais il écoutait et discutait volontiers.

Le navire transportait un grand nombre de marchandise et c’est la cale bien remplie que le navire entra dans le principal port du duché. Il accosta en douceur sur des quais en berge du fleuve Tyrion. Le baron savait déjà où aller car il descendait ici aussi chez des amis. Il s’agissait de nobles d’ancienne famille, disposant de terres dans l’est du pays de Soltaar, bien à l’intérieur des terres, mais qui avait consolidé une fortune sur l’artisanat et le commerce à partir de leurs propriété foncières. A cela s’ajoutait que l’attrait de la cour ducale les avait menés vers la ville.

L’hôtel dans lequel ils étaient installés se trouvait non loin des quais. Les retrouvailles furent chaleureuses et l’on discuta longtemps. Niklaus était fort bien installé chez ces gens et fit envoyer un message au palais ducal pour faire savoir qu’il était arrivé et se tenait à disposition des ducs pour l’audience qu’ils avaient envisagé.

La réponse lui revint sans trop tarder. Il avait eu le temps de se changer et de se reposer quelque peu du voyage et c’est donc sans tarder qu’il marcha vers le palais. Ses amis lui proposèrent d’y aller à cheval, mais il déclina la proposition. Il ferait peut-être le retour en calèche, mais pour l’aller, il préférait voir un peu la ville. Il avait du temps jusqu’à l’audience de toute manière.

Avec une ponctualité absolue, il fut donc au palais avec une demi-heure d’avance par rapport à la convocation. Cela laissa le temps de traverser les antichambres et les couloirs pour arriver finalement là où on l’attendait et où on l’annonça.
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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mar 4 Avr 2017 - 0:46


Tibéria était sur le balcon des appartements ducaux. Elle tenait la rampe si étroitement que ses jointures pâlissaient. Elle inspira profondément, laissant l’air entrer dans ses poumons avant d’exhaler lentement. Dans sa poitrine, son cœur ralentissait en suivant le rythme de sa respiration. De sa vie, Tibéria n’avait jamais été aussi nerveuse, exception faite de son premier mariage. L’angoisse lui nouait les entrailles depuis deux jours déjà malgré ses efforts pour ne pas se laisser dominer par ses émotions. Aujourd’hui, elle recevait quelqu’un d’important. Il n’était pas le premier à franchir les portes du palais ni le dernier, mais Tibéria ne mettait pas Niklaus d’Altenberg au même niveau que les autres. La nouvelle de sa récente démission de la Ligue Péninsulaire s’était rependue comme de la poussière au vent et faisait de lui une personne de grand intérêt. Rien n’était garanti encore, mais Tibéria voyait cet entretien imminent comme l’occasion de peut-être lui faire entendre raison une bonne fois pour toutes. S’il reconnaissait Bohémond, ça créerait peut-être un effet d’entrainement et, ultimement, l’unification de toute la Péninsule. À cette idée, elle serra machinalement la mâchoire et son cœur s’emballa une nouvelle fois.

— Allons, allons, ne soit pas stupide. Tu vas rencontrer cet homme, l’inviter à prendre le thé et discuter de choses et d’autres comme : Très cher, j’ai entendu dire que vous avez quitté la Ligue! Que comptez-vous faire maintenant? Reconnaître Bohémond serait très sage de votre part avant que le nord ET le sud ne se pointent à votre porte en disant : coucou, c’est nous! Non… Les hommes aiment beaucoup trop jouer avec leur catapulte, ça m’étonnerait que ce soit aussi simple… Ah…

Elle soupira avant de passer une main sur sa nuque pour tenter de soulager la tension qui s’y était accumulée. Tibéria retourna dans sa chambre au même moment où Cassio entrait.

— Le Baron Apreplaine est arrivé et vous attend dans le grand salon.

— Très bien. Je suis prête…


Tibéria prit les devants, talonnée de près par Cassio. Ce dernier était aussi nerveux que Tibéria, mais il ne le montrait pas. Sans connaître tous les détails, il comprenait que cette rencontre était particulièrement importante. Pour l’occasion, il avait donc enfilé ses plus beaux vêtements. Tous les serviteurs et les esclaves étaient habillés de la même façon avec des différences entre les hommes et les femmes. Cassio n’échappait pas à la règle, mais une fine broderie d’or à la boutonnière le distinguait des autres. Il n’était pas seulement un serviteur, il était au service personnel de la duchesse et il recevait les personnages importants au palais. Il s’assurait que tout soit parfait pour leur arrivée et versait lui-même les boissons selon un protocole très strict. Il éprouvait une grande fierté et beaucoup de dignité dans ce qu’il faisait et Tibéria appréciait ses efforts.

Aux portes du salon, Tibéria s’arrêta un instant. Elle fit signe aux gardes d’attendre avant de lui ouvrir. Elle inspira une nouvelle fois et afficha un sourire de circonstance. Elle était une duchesse et devait agir comme tel. Un mouvement de la tête et on ouvrit la porte devant elle. Tibéria entra d’un pas assuré, toujours souriante.

— Baron, je suis heureuse d’enfin vous rencontrer. Vous avez fait bon voyage?

Tibéria s’avança vers lui pour le saluer comme il se devait. Évidemment, Niklaus la dépassait largement en taille. De toute façon, avec son 1m55, elle rencontrait rarement des gens plus petits qu’elle. Il avait un beau visage et un air sympathique. Il concordait avec l’image qu’on lui avait donnée de lui.

— Voulez-vous quelque chose à boire? J’ai fait demander du thé, mais je peux demander à mon serviteur de vous amener de plus corsé si vous préférez. Prenez place, je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire. Vous savez, les nouvelles voyagent vite.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Jeu 6 Avr 2017 - 22:23


Le baron d’Apreplaine était habillé avec simplicité mais élégance. Il y avait chez lui une certaine forme de rigueur intrinsèque qui semblait émaner de tout son être. Pour autant, ses manières gestuelles, sa corpulence et son visage posé et agréable laissait transparaitre une certaine bonne humeur et affabilité. Il était debout devant la fenêtre à l’arrivée de la maitresse des lieux. Il avait toujours aimé regarder par les fenêtres. Il y avait quelque chose d’un aigle enfermé dans une volière dans le regard qu’il jetait souvent en dehors des fenêtres. Une sorte de mélancolie de la liberté et d’une certaine conscience de grandeur humiliée.
 
Le baron n’était pas un homme simple à saisir, mais il était sans aucun doute marqué d’une histoire complexe, d’un esprit complexe et également d’une position politique n’ayant jamais été simple. L’on sentait que l’administrateur s’était fondu dans la diplomatie par nécessité plus que par conviction. Mais l’on sentait aussi qu’il respectait une certaine forme d’humilité dans ses manières, ce qui allez bien à diplomate.
 
Il se retourna immédiatement lorsque les portes s’ouvrirent. Une jeune femme entra dans la pièce. Si l’on avait dit à Niklaus il y avait seulement quelques mois qu’ils se seraient retrouvé à discuter avec la duchesse du Soltaar en tant que représentant d’une noblesse des domaines royaux à la fois exsangue et plusieurs fois trompée, il n’y aurait jamais cru. Il fit face à la date et fit une révérence respectueuse tout à fait conforme à l’étiquette. L’on pouvait être un simple administrateur de terres et être parfaitement bien éduqué. Cela Niklaus ne manquait jamais l’occasion de démontrer qu’il connaissait l’étiquette sur le bout des doigts.
 
« - Très bon voyage Votre Altesse… Bercé de nostalgie je vous l’avoue. Mais très bon. Je vous remercie… »
 
Il risqua un sourire pour rermercier la duchesse.
 
« - Je serai honoré de partager votre thé Madame… »
 
Sur l’instruction de cette dernière, il prit place dans l’un des canapés qui se trouva être très confortable. Il s’assit avec une certaine droiture, il n’était de toute manière clairement pas du genre à se vautrer. Gardant un sourire un peu voilà à l’énonciation du fait que les nouvelles avaient fait leur chemin. Il n’en doutait pas.
 
« - Je serai heureux, Votre Altesse, de discuter de ce qu’il vous plaira… »
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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mer 12 Avr 2017 - 0:16

En toute honnêteté, Tibéria s’était maintes fois imaginé que les gens de la Ligue ne pouvaient être que des barbares sans la moindre éducation. Pour quelles autres raisons auraient-ils tourné le dos au roi de cette façon? C’était une vision particulièrement réductrice, mais la jeune femme ne pouvait s’empêcher d’être outrée en pensant à ces hommes et ces femmes qui ont anéanti l’unité du royaume. Il fallait avoir l’esprit particulièrement tordu pour se nourrir ainsi du chaos engendré. Malgré qu’on lui ait parlé de Niklaus, Tibéria avait persisté dans ses préjugés, mais dès qu’elle posa les yeux sur lui, ils volèrent en éclats. À vrai dire, il semblait tout à fait normal. Il s’inclina devant elle comme le voulait l’usage démontrant non seulement ses bonnes manières, mais également son respect pour son titre. Après tout, Tibéria était à la tête de Soltariel, endroit où la cour royale se réfugia lorsque les troubles éclatèrent. Normalement, ils devraient se sauter au visage, mais, signe que les temps changeaient, ils étaient l’un en face de l’autre, un sourire respectueux aux lèvres. Heureusement, car il aurait suffi que Niklaus la soulève de terre et la balance par la fenêtre pour se débarrasser d’elle…

— Très bien, je demanderai à Cassio de vous apporter une tasse.


Évidemment, ça ne sera pas nécessaire. Toujours prévenant, Cassio avait prévu deux tasses ainsi que des douceurs pour accompagner le thé. Au même moment, un jeune page se présenta à la porte, les joues rouges par l’effort d’avoir couru. Cassio alla prendre le message avant de le passer à Tibéria.

— Mon époux devait être présent également, mais il est retenu pour l’instant. Il s’excuse pour son retard et viendra nous rejoindre dès qu’il le pourra.

Elle prit sa tasse de thé, profitant de ce bref instant pour organiser ses pensées.

— Vous vous en doutez certainement, mais j’aimerais revenir sur les derniers événements, ceux qui ont mené à votre rupture avec la Ligue. Je crois que tout le monde a été pris par surprise. Personnellement, je vois cela comme un signe clair que les choses ne peuvent pas continuer ainsi plus longtemps. Avec l’hiver, les hommes restent sur leurs terres, mais si la situation perdure au printemps… Elle soupira avant de porter sa tasse à ses lèvres pour en prendre une gorgée. Je ne veux pas la guerre. Je la trouve profondément injuste et si j’admire les gens qui ont le courage de leurs convictions, je ne crois pas que ça en vaille la peine. Il y a d’autres façons de faire, d’autres façons de s’entendre à condition, bien entendu, que chacun y mette du sien. Vous devez connaître la nature de mon allégeance. Nous sommes à Soltariel. Ici même, nous avons accueilli le jeune roi et sa cour. Votre présence ici me laisse espérer une ouverture d’esprit. Évidemment, vous pouvez avoir encore des désaccords, des doutes… Je ne suis pas ici pour vous condamner, d’autres l’ont sans doute fait ou ils le feront. Je vous ai invité pour discuter et entendre ce que vous avez à dire.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mer 12 Avr 2017 - 23:13



Le baron accepta donc la tasse de thé. Il ne prit rien à manger. Il n’était ni affamé ni d’une humeur gourmande à cet instant ci. Il se contenta d’écouter poliment la duchesse dont les premières paroles furent ceux de l’excuse de son époux. Niklaus fit un signe poli pour dire qu’il n’y avait pas d’excuse à présenter. Il conserva son regard attaché sur la jeune femme tandis qu’elle commençait à faire allusion à ce qu’il se passerait au printemps revenu. Il entendit la jeune femme soupirer. Lui-même restait de marbre. Au fond de lui ses entrailles se serraient toujours un peu lorsqu’on commençait un discours en lui expliquant qu’on ne voulait pas de la guerre, mais en menaçant de manière à peine voilée de guerre tout de même. Lui était toujours étonné de constater qu’une force indicible semblait pousser ses interlocuteurs à la fois à lui promettre la guerre mais à la regretter parallèlement.

C’était un jeu diplomatique pour lequel il commençait à avoir la plus grande impatience. Il appelait cela le pacifisme par regret. Lui qui n’avait jamais menacé quiconque de faire la guerre ou de se révolter, lui qui avait toujours pensé que la guerre était un instrument diplomatique dont la portée devait être proportionnelle à l’état d’avancement des discussions, il se trouvait particulièrement calme et raisonnable pour ne pas quitter des pièces à chaque fois qu’on lui avait promis de faire des milliers ou des centaines de milliers de morts. Les gens utilisaient cette menace comme s’il semblait ne connaître que cette manière  de se mettre en position de force. Cela n’avait jamais impressionné Niklaus. Bien au contraire, cela l’agaçait profondément, toujours…

Mais encore cette fois… Cette dixième, vingtième ou trentième fois ?  Il avait perdu le compte. Dans tous les cas encore cette fois il demeura de marbre et se força même à un sourire poli. On lui reconnaissait une certaine ouverture d’esprit paraissait-il et au moins n’était-il pas ici pour se faire condamner d’après les dires de la jeune dame, les autres l’avaient fait pour elle. Quel réconfort vraiment…

Il renouvela son sourire, qui n’était pas moqueur et qui était un peu fatigué. Il n’en voulait pas à la duchesse, qui était peut-être honnête dans sa démarche. Et il était de bonne nature. Naturellement cela ne faisait pas plaisir, mais c’était là le lot des diplomates. Il fallait une certaine hauteur de vue pour éviter de tomber dans l’arène des reproches cycliques. Il se contenait à merveille.


«  - Madame, je tiens à vous rassurer également. Je ne saurai dire si j’ai plus d’ouverture d’esprit qu’un autre mais je pense que la guerre que vous flairez est sans objet réel. Comme d’ailleurs toute cette histoire depuis le début. La noblesse des terres royales - pour celles encore indépendantes - que je représente est légaliste par nature. A ce titre je pense que le problème n’est pas de savoir si nous reconnaissons ou non que ces terres ne soient pas les nôtres, l’argument inverse n’a jamais traversé notre esprit. Mais nous pensons en être à minima les régents en attendant que la propriété éminente en soit conclue. A ce titre nous avons exposé les conditions que nous pensons être nécessaires pour définir que cette propriété est définie. »

Il fit une pause d’une seconde.

« - Ceci est un langage de légaliste Madame… Ce que nous sommes. Mais nous ne sommes pas aveugles. Dans les faits il s’agit ni plus ni moins que de convenir qu’un quorum d’opinion a été trouvé en Péninsule sur la question de l’héritage. Nous allons faire les choses avec le calme et l’ordre qui nous caractérisent, mais nous ne sommes pas en rébellion. Nous ne l’avons jamais été. Nous avions pris acte qu’une contestation existait sur la propriété des terres royales. Plusieurs personnes souhaitaient disposer de cette propriété : M. Bohémond, Mme Alcyne, M. du Lyrion, M. de Velteroc et M. de Saint Aimé. A ce titre nous avons considéré qu’une régence organisée des terres devait être mise en place par nos soins et qu’une discussion diplomatique devait être organisée entre les prétendants au trône pour trouver un compromis. Les choses se sont maintenant décantées sans aucun doute. Nous n’avons pas vocation à être obtus, ou à faire valoir des droits que nous n’avons pas. Laissez-nous simplement le temps de résoudre ces choses dans la légalité, ce qui demande toujours un peu plus de temps que la violence des armes. Vu le pivot de l’Erac, de Langehack et de Sainte Berthilde, il me semble clair que les choses seront rapides. J’anticipe donc que nous serons en mesure d’organiser la transition administrative réelle à la fin du mois, si tout du moins j’arrive à obtenir les entrevues nécessaires. »


L’argumentaire était clinique. Les phrases posées. Sans haine, sans colère, avec le professionnalisme d’un bon capitaine de navire en pleine tempête. Les Altenbergs n’étaient pas connus pour leur sens de l’administration pour rien. Il n’avait pas perdu la duchesse des yeux durant ce petit monologue.

« - Je pense que cela règle cette question. En revanche vient maintenant la question des terres royales qui ont été arrachées par la force des choses. Certaines se sont placées sous votre protection. J’ai toujours été surpris de constater que ces terres soient administrativement placées sous votre tutelle plutôt que la cour royale dont vous parliez à l’instant et que vous sembliez reconnaître. J’entends par là Caïssa et Scylla. Naturellement ces choses ne me regarderont plus, mais il me paraîtrait être une bonne idée que l’organisation de la transition fasse l’inclusion des terres en question. Je pense que la chancellerie royale dont j’ai eu vent que M. de Wenden a récupéré la charge n’est qu’embryonnaire. A sa place néanmoins j’organiserai un audit extensif des comptes et des processus légaux effectués durant l’absence de Couronne. Il serait bon que ces travaux soient menés dans toutes les anciennes terres royales… Quel est votre avis sur cette question ? Si je devais rencontrer M. de Wenden, devrai-je lui dire que nous avons discuté de ce point et lui rapporter certaines de vos paroles ? »

Niklaus avait dit cela avec la clarté d’un homme habitué à ce genre d’exercices. Pour autant, il y avait tout de même une arrière-pensée derrière cette demande. Depuis des énnéades que les terres royales indépendantes s’étaient organisées comme elles le pouvaient, on s’était beaucoup préoccupé de critiquer Niklaus et les siens, mais l’on ne parlait que peu des autres terres royales qui s’étaient vues peu ou prou rattachées par les domaines à proximité. La noblesse de l’administration royale n’avait qu’une parole. Les chartes qu’ils avaient mises en place, ils les respecteraient. Mais restait à savoir si le reste de la Péninsule, si rapide à leur faire des reproches, emboîterait le pas avec vélocité. Pas de chance pour la jeune duchesse, elle était la première à être questionnée sur le sujet.
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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mar 25 Avr 2017 - 9:53


S’il y avait en ce monde une chose que Tibéria détestait par-dessus tout c’était qu’on la fasse se sentir comme une idiote. Elle tendait à s’emporter facilement quand ça arrivait. Après tout, personne n’aimait se sentir diminuer. Il n’y avait aucune animosité dans ce que disait Niklaus, mais il exposait son argumentaire de façon tellement laconique qu’il donnait l’impression de l’avoir répété maintes fois devant un miroir. En fait, il parlait comme un homme de loi et quiconque n’ayant pas été rompu à ce langage pouvait s’y perdre facilement. Une simple tournure de phrase pouvait piéger le plus impulsif des hommes. Elle ne voulait pas se faire avoir, mais elle comprenait un peu plus la position du baron.

— Vous êtes clairement un homme de loi. La façon dont vous vous exprimez, un discours maintes fois répété auquel vous croyez sincèrement. Je l’ai dit, j’admire les gens qui ont le courage de leur opinion. Néanmoins, expliquez-moi comment un homme de loi ne reconnaît pas celle qui régit ce monde depuis… depuis toujours, le droit du sang? Bohémond est l’héritier légitime, car il est le fils du défunt roi. De par son sang, il a un droit indiscutable sur ces terres, comme vos fils en auront un sur vos terres et comme mes enfants pour le duché de Soltariel. Soulevez un doute et vous avez là les prémices d’une guerre inutile où chacun estimant avoir des droits s’affrontera. Évidemment, je reconnais que la situation actuelle n’est pas idéale. À deux ans, Bohémond n’est qu’un bébé encore qui découvre à peine le monde qui l’entoure. Il ne comprend pas encore ce qu’il est et ce qu’il représente. De plus, son jeune âge le rend particulièrement sensible aux aléas des maladies. Toutefois, ça ne le rend pas moins légitime. Nous aurions tous préféré qu’il soit un homme entier ou même un adolescent, mais ce n’est pas le cas. Le mieux que nous pouvons faire est de déterminer un ordre de succession avec Bohémond en haut de la liste. Il devra être entériné par les grands vassaux qui devront s’en tenir, peu importe ce qui arrive. Naturellement, le second aura un lien significatif avec la famille royale. Il est hors de question que j’appuie le quatrième cousin du beau-frère du neveu de l’oncle par alliance de notre défunt roi. À ce compte-là, même moi je pourrais revendiquer le trône, ma mère ayant du sang royal. Cet ordre changera au moment où le roi aura sa propre descendance.

Tibéria cessa de parler, le regard rivé à celui de Niklaus. Elle s’était exprimée calmement, mais son visage, véritable livre ouvert sur ses humeurs changeantes, exprimait son mécontentement. Dans sa tirade, elle n’avait pas parlé du véritable problème quant à la légitimité de Bohémond. En effet, certains croyaient que ce n’était pas le fils véritable du roi, que comme son père, il serait mort et qu’on ferait passer un autre garçon pour lui. Aux yeux de Tibéria, ce n’était qu’une ridicule théorie amenée par des gens qui ont beaucoup plus à gagner si l’enfant disparaissait.

— Je sais que certains parmi vous ne reconnaissent pas Bohémond, car vous croyez que le véritable Bohémond serait mort et que l’enfant que nous protégeons n’est en fait qu’un vulgaire pantin. Aucune preuve ne confirme ou n’infirme cette théorie. Pour quelles raisons aurions-nous fait cela? Quand je dis «nous», j’inclus tous ceux qui appuie l’enfant comme étant l’héritier légitime du trône, évidemment. Voilà, quand le roi meurt, c’est notre devoir en tant que vassaux de reconnaître son héritier. La question ne se pose même pas. Nous avons juré fidélité à une couronne et nous devons respecter ce serment. Ne pas le respecter, c’est non seulement perdre son honneur, mais également détruire notre unité. Vous affirmez ne pas être en rébellion, mais il s’agit pourtant d’un acte de révolte. Elle n’implique pas toujours les armes et le sang. Il suffit d’aller à l’encontre de l’ordre établi et ça fait de vous des rebelles! Il pouvait difficilement nier ce fait et s’il tentait de le faire, Tibéria était bien curieuse d’entendre ses arguments sur le sujet. Avez-vous rencontré Cléophas d’Angleroy? C’est lui qui a assuré la protection de l’enfant. J’ai eu la chance de me rendre sur ses terres et de le rencontrer. L’une des premières choses qu’il m’a dit lors de ma visite c’est qu’il voulait la paix. Je ne pense pas qu’il aurait autant dépensé d’énergie pour protéger un si jeune enfant s’il n’avait pas été le véritable héritier. Ce n’est que mon humble opinion personnelle, mais je n’ai jamais douté de l’identité de l’enfant. Je ne veux pas vous condamner, mais les faits sont là. Je veux vous aider, mais avant tout, vous savez ce que vous avez à faire. Quant à Caïssa et Scylla…

Elle sourit avant de prendre une gorgée de thé. À force de parler, sa bouche s’asséchait.

— Je ne suis pas responsable des actes de mon beau-frère aujourd’hui décédé et en aucun cas je n’ai revendiqué la possession de ses terres. Elles sont tombées sous le giron de Soltariel à la suite de la mort du roi pour en assurer la protection et la stabilité jusqu’à ce que la situation se rétablisse. Pour votre information, Port-Royal a même été officiellement mis à notre disposition par Cléophas d’Angleroy afin de remettre sur pied la flotte royale. Ne le saviez-vous pas? Mon époux a été nommé amiral et ça l’oblige à faire de nombreux allers et retour sur les chantiers. Il faut dire que sa famille a toujours été dans le domaine de la marine. Je suppose que c’est la raison de son retard.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mer 26 Avr 2017 - 20:08


Niklaus fut quelque peu surpris de la réaction de la jeune duchesse. Peut-être avait-il repoussé les accusations de la dame avec trop de brutalité. Pourtant il avait été comme à son habitude relativement clinique dans son argumentaire. Mais peut-être était-ce là justement sa faiblesse et son erreur. La froideur légaliste des anciennes terres royales était peut-être une mauvaise manière de procéder ici à Soltaar où le sang coulait plus chaudement et les paroles étaient perçues de manière plus personnelle.
 
Ce sentiment se vit conforté par la suite de la réponse de la duchesse. Cette dernière était visiblement sur la défensive. Niklaus ne s’en satisfaisait pas. En bon diplomate, et surtout vu sa position, son ambition n’était pas de tenter de mettre son interlocutrice dans l’embarras ou de la mettre trop en défensive. Il avait cherché à recentrer la conversation sur le sujet plus général, mais cela avait visiblement été pris comme un peu méprisant par la dame.
 
Il reposa avec douceur la tasse de thé et écouta avec politesse et sérieux la tirade de la jeune dame. Cette dernière fit d’abord une objection à leur non reconnaissance du droit du sang. Les arguments étaient là bien passionnels et ne correspondaient pas réellement à la situation rencontrée surtout sur les terres royales. Il fut étonné à la mention du fait qu'il était fils de roi, fronçant de fait les sourcils. Le Soltaar n’avait jamais été envahi pour ces questions, lui oui et cela rendait à ces yeux la discussion asymétrique. Mais cela il ne pouvait pas le dire. Du moins pas comme cela.
 
L’âge du garçon n’avait aucune importance aux yeux de Niklaus, et il se contenta de continuer à écouter poliment l’argumentaire de la jeune duchesse. Là où il était étonné était que la dame semblait contrer des objections que Niklaus n’avait pas. En somme elle faisait l’article de Bohémond, mais cela n’importait finalement que peu. Elle était visiblement en colère. Une colère bien compréhensible, et entaché d’une certaine passion -d’autres auraient appelé cela de la naïveté au sens non péjoratif du terme-.
 
Elle continua sur les aspects de savoir si oui ou non Bohémond était bien sauvé des eaux. Là aussi ce discours n’avait aucun impact sur Niklaus, car là aussi, il n’était pas nécessaire de le convaincre d’une manière ou d’une autre. Niklaus avait une vision légaliste et institutionnelle du problème, il ne se plaçait ni du point de vue de la politique, encore moins des passions ou des croyances.
 
Enfin vint la question de savoir si oui ou non ils étaient en rébellion. Niklaus ne savait même pas s’il souhaitait entrer dans ce débat, car visiblement la question, entre vision passionnelle et une vision institutionnelle n’était pas simple à résoudre. Niklaus et la duchesse de Soltariel opéraient sur des plans de raisonnement différents.
 
Puis vint une réponse qui n’était pas inattendue sur les terres royales.
 
A la suite de tout cela, Niklaus lâcha un simple :
 
« - Je comprends ce que vous voulez dire. Votre passion vous honore. »
 
Il n’ajouta rien certainement à la surprise de la jeune femme. Vu l’état d’énervement de la dame, il n’était pas bon de reprendre directement. Il fit un sourire poli et se contenta de reprendre sa tasse avec précision et droiture. Il quitta son sourire pour retrouver sa mine un peu fatiguée et neutre habituelle. Il but une gorgée de thé.

« - Je vais tenter de répondre à certains points. Mais je ne sais pas s’il est bien utile de remuer le passé. Tout cela n’a finalement que peu d’importance. Je me présenterai à M. de Wenden pour présenter à la chancellerie les modalités de transition à son administration des terres royales.
 
Pour autant Madame… Permettez-moi donc de ne pas être en accord avec tous vos dires. Tout d’abord pour l’essentiel de ce que vous avez dit, je me permets de vous souligner que ni moi ni aucun des nobles des terres royales n’avons jamais prétendus que Bohémond était mort ou qu’il était un faux. Il ne vous aura pas échappé Madame que Bohémond n'est pas le fils d'un roi, je suppose que vous avez fait ce lapsus dans l'emportement. C'est le nœud des argumentaires des autres prétendants au trône, au delà des rumeurs de disparition dont vous parlez. Mais je ne souhaite pas entrer dans ce débat stérile.

Car cela n'a pour moi aucune importance car notre opinion à ce sujet n’a aucune valeur. J’ajoute également que le souci formel ici est que vous voulez nous faire reconnaître une légitimité dont nous ne pouvions présager par nous-mêmes. A ma connaissance les terres royales ne se sont rebellés contre personne, je ne pense pas avoir tourné les armes contre quiconque, si ce n’est contre le Médian quand la régence nous l’a demandé. A ce titre je ne me sens vraiment pas concerné lorsqu’on nous accuse de lèse-majesté. Oui nous avons organisé une paix, mais cette situation était nécessaire de facto puisque la légitimité existentielle de l’héritier que vous défendez a été remise en cause par tant de personnes autre que nous. »
 
Il posa la tasse avec douceur.
 
« - Nous constations Madame que de nombreux partis existaient en Péninsule sur qui devait être Roi. La régence souhaitait Bohémond, le Médian les filles de Mme de Hautval. Le Langehack a changé tant de fois d’avis que je doute à présent ce ces gens savent exactement ce qu’ils pensent eux-mêmes. J’ai pour les anciens dirigeants de Langehack peu de complaisance, tant j’ai l’impression que ces gens ne connaissent que la direction dans laquelle le vent politique souffle le plus fort. Sainte Berthilde a soutenu M. de Saint Aimé, puis les filles de Mme de Hautval, puis maintenant Bohémond, ils ne valent guère mieux en termes de girouettes. Le nord était préoccupé de l’invasion sombre à juste titre et non des problèmes royaux, nous pouvons les pardonner de leur absence politique. Dans toute cette liste, je ne pense pas trouver une opinion émise par les terres royales. A ce titre j’estime qu’il est malvenu de nous accuser d’avoir pris parti et de nous être rebellés. J’admets d’autant moins cette critique que les terres royales sont les seules à avoir souffert avec une violence extraordinaire de cette guerre. Et je termine en disant que je suis toujours affligé d’entendre les personnes dire qu’elles veulent la paix en promettant la guerre si les choses ne tournent pas selon leurs volontés.
 
Venez à Castel-Pic Madame, venez à Diantra, et vous verrez exactement ce pour quoi je me bats et ce pourquoi j’essaye de maintenir la paix en allant de compromis en compromis. Des centaines de milliers des sujets de la Couronne sont en danger Madame. Tout ce que nous avons fait est d’installer une régence neutre sur des terres à bout de souffle pour tenter de les maintenir en vie. Arrêtons donc d’essayer de faire croire qu’il s’agissait d’intérêts personnels ou d’ego. Alors oui : j’ai négocié avec M. de Saint Aimé car j’avais besoin de blé pour les sujets de la Couronne, j’ai négocié avec M. de Velteroc et le Langehack car j’avais besoin de paix et conserver un semblant d’administration sur ces terres, j’ai tenté de négocier avec votre prédécesseur Mme d’Ys pour que les frontières au sud restent ouvertes d’un commerce minimal, surtout des plantes médicinales et des épices nécessaires aux conservations. Mon rôle est bientôt fini, si vous voulez me jeter aux loups parce que mes compromis sont selon vous un déshonneur, alors vous pourrez le faire. Mais je mourrai en paix avec ma conscience. »
 
Il fit une courte pause. Sa saillie était légitime, car Niklaus commençait à être à bout de nerf quant aux accusations sans fins sur le déshonneur et les trahisons des terres royales. Lui qui n’avait depuis des mois que tenté à maintes reprises de maintenir la paix était peu patient lorsqu’on l’accusait d’être la source des maux du royaume. Cette guerre de succession, ce n’était pas lui qui en était ni la source ni la continuité à sa connaissance.
 
« - Ceci étant dit et de manière à calmer notre débat, je me permets de vous répéter que tout cela n’a que peu d’importance. La situation transitoire est terminée. Les terres royales ne sont plus occupées par des armées médianes et mon administration reconnaitra l’héritier disposant de la plus grande légitimité auprès des pairs du royaume. Vu l’évolution de la situation, nous reconnaissons sans problème que notre vocation à maintenir un régime de régence neutre n’a plus de raison d’être si Bohémond n’est plus contesté que par une minorité. »
 
Il fit un sourire poli, un peu fatigué.
 
« - Y avait-il d’autres points que vous souhaitiez aborder ? »
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Franco di Celini
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mar 23 Mai 2017 - 15:30


~ Les hommes ne seraient ni traîtres ni menteurs s’ils n’étaient pas faibles ~



Franco avait cravaché à toute allure depuis deux jours. Voilà presque deux ennéades qu’il avait quitté la ville de Soltariel et il avait désormais fort à faire. Ses entretiens avec le grand chancelier ainsi que la baronne d’Ysari avaient été fructueux et il se devait maintenant de rentrer au bercail. Ce voyage sur les routes du duché lui avait permis de s’aérer l’esprit et c’était tant mieux. Il se sentait désormais en pleine possession de ses moyens afin de mettre enfin à exécution certain des plans qu’il préparait depuis de nombreuses années.

Lorsqu’il aperçut enfin les contours de sa ville natale, le soleil était déjà haut dans le ciel. Franco fit presser une ultime fois le pas à ses camarades de voyage. Beaucoup de choses s’étaient passées depuis qu’il avait quitté sa ville chérie. L’hiver se dévoilait être glacial et rude pour les gens du nord. La ligue avait annoncé sa dissolution officielle. Le vent était au changement en péninsule et Nééra seule savait combien Franco aimait profiter du changement. Le changement c’est l’évolution. Et une évolution ne peut être que positive si un individu met la volonté nécessaire pour arriver à ses fins. La troupe qui accompagnait le duc parvint aux abords du palais après une course effrénée. Ils ne firent ralentir leurs destriers seulement après avoir atteint les dernières ruelles à proximité du palais pour éviter d’avoir à renverser les marchands et les carrioles qui trainaient par là. Les jambes engourdies, Franco confia sa monture à un palefrenier qu’il connaissait avant de se diriger vers l’intérieur du palais. Toujours en habit de voyage et assez peu présentable, il se hâta de gravir les marches de pierre pour trouver quelqu’un.

Il cherchait quelqu’un. Et ce quelqu’un c’était sa femme : Tibéria. Il avait nombre de choses à lui dire et ils avaient des décisions à prendre ensemble. Franco rapportait des informations de Merval, mais également des nouvelles des autres terres du duché. Et comme il aimait le répéter assez souvent « On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ». Le duc héla la première domestique du palais qu’il vit afin de se renseigner sur le lieu où se trouvait la duchesse.

- Vous la trouverez dans le salon des audiences, elle reçoit un dignitaire de … La plai… Oui, La Plaine, je crois que c’est ça.


La Plaine ? La Plaine de quoi ? Franco réfléchit un instant et se demanda de quoi cette servante voulait bien parler. Il essaya de se rappeler si Tibéra avait des audiences de programmées et … Altenberg ! C’était l’Apreplaine, pas La Plaine, mais quelle idiote. Sans même prendre le temps de la remercier, Franco fila en direction du premier étage du palais. Il n’était pas dans ses habitudes d’être malpoli avec les serviteurs, mais si Tibéria était confronté à un ancien Ligard, il avait toutes les raisons d’accélérer encore davantage le pas.

En deux minutes à peine, il parvint au niveau du principal salon d’audience du palais. Il vit deux gardes qui étaient postés devant la porte, Tibéria et le baron d’Apreplaine devaient donc être à l’intérieur. Il demanda l’autorisation de passer, qui lui fut accordée instantanément avant de poser sa main sur la poignée de la porte. Il entendit qu’une voix masculine était en train de s’exprimer. Il tendit l’oreille afin de prendre la température de la conversation. Cela lui éviterait de faire une entrée fracassante s’ils étaient en train de parler vêtements.

- La situation transitoire est terminée. Les terres royales ne sont plus occupées par des armées médianes et mon administration reconnaitra l’héritier disposant de la plus grande légitimité auprès des pairs du royaume. Vu l’évolution de la situation, nous reconnaissons sans problème que notre vocation à maintenir un régime de régence neutre n’a plus de raison d’être si Bohémond n’est plus contesté que par une minorité.

Le bougre. Les rumeurs étaient donc bien vraies. Franco franchit la porte d’un geste légèrement brusque. Il jeta un regard éclair à Tibéria et reconnu son expression. La jeune femme avait à peu près la même tête que lorsqu’elle avait négocié avec les Vrais-Soltaris quelques mois plus tôt suite à l’arrestation de feu l’Anoszia. Si avait une pareille mine, c’est que la conversation n’était certainement pas à son avantage.

- Votre honneur, messire d’Altenberg.

Franco ne prit même pas la peine de s’incliner ou de faire plus de salutations formelles. Il prit la parole avant même que le baron n’ait le temps de lui retourner ses salutations.

- De quoi discutiez-vous donc ? De notre alliance à venir ? Ou plutôt de la composition du poison qui a failli occire l’ogre du Médian ? En fait, d’après ce que j’entends à votre sujet Messire, je ne sais plus vraiment sur quel pied danser.

Franco adressa au baron un sourire narquois. Le duc avait beaucoup entendu parler de ce Niklaus d’Altenberg. Duc autoproclamé d’une terre déchue, chancelier d’une alliance coupable du crime de lèse-majesté, baron de terres sujettes à un roi qu’il n’honorait pas. Nombreux étaient les titres mirobolants de cet homme. Intérieurement, le duc de Soltariel se dit que Niklaus était prêt de faire de la concurrence à Arichis d’Anoszia avec tant de gloire à afficher. Mais en le dévisageant, Franco se rendit compte qu’il avait au moins un avantage par rapport au vieux dragon déchu : Il était plus jeune et plus mignon, il avait au moins ça pour lui.

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mar 23 Mai 2017 - 23:15


Le regard posé et calme de Niklaus soutenait le regard de la duchesse avec la politesse et le flegme d’un homme disposant d’une éducation rigoureuse et d’une pratique assidue de la diplomatie. Il espérait lors de son court exposé avoir réussi à recentrer la conversation - au moins un minimum -. Il espérait pouvoir passer dans un court instant à des problématiques moins théorique comme la réouverture des frontières, la question des territoires sudistes du roi, et d’autres sujets encore.

Son optimisme habituel fut néanmoins à nouveau prit à parti par le destin.

En effet un homme entra dans la pièce. Ou plutôt il fit irruption dans la pièce comme un diable sortant de sa boite. L’irruption en elle-même était intervenue dans le dos de Niklaus, ce qui fit lever les yeux de la duchesse au-dessus de l’épaule gauche de Niklaus. Ce dernier ne fit un mouvement de tête pour jeter un œil sur le nouvel arrivant que lorsque ce dernier fut à un quart de tour de tête de Niklaus et tandis que ce dernier égrenait avec une voix déjà assez hostile le patronyme du baron.

Niklaus, qui était un homme éduqué, et qui de plus trouvait souvent un malin plaisir à rappeler à ses interlocuteurs qu’il avait été à meilleur école qu’eux, se leva avec calme en signe de respect pour le nouvel arrivant, sans savoir de qui il s’agissait. Mais pour qu’il appelle Niklaus par son nom sans que la duchesse ne s’offusque, il avait une idée de l’identité de l’homme.

L’homme avait une barbe, un regard bleu assez mauvais qui fusilla Niklaus. Une espèce de grande tige d’homme qui dévisagea Niklaus avec un sourire moqueur. Un jonc tendu comme un élastique et qui lâcha presque instantanément une giclée de venin sur le baron. Par les Dieux qu’il fallait être calme pour être diplomate… Se faire cracher à la figure était devenu le pain commun du baron mais cela ne faisait que rajouter à son extraordinaire flegme.

Les phrases se voulant interrogatives de l’homme étaient aussi courtes que ne semblait être la réflexion qui y avait amené. Niklaus se demanda même si l’homme, qui sans nul doute avait écouté aux portes, ne s’était pas précipité dans la pièce pour déverser le torrent d’insulte simplement pour venir en aide – bien maladroitement – à ce que Niklaus supposait être sa femme.

Niklaus soutint le regard de l’homme. Il attendit plus d’une trentaine de seconde pour voir si la duchesse allait intervenir. Dans tous les cas il finit par lâcher. Ses yeux se plissèrent légèrement, mais pas agressivement. Il eut un sourire agréable, masquant parfaitement son énervement.

«  - Nous n’avons pas été présentés Messire… Pardonnez-moi mais je ne réponds ni aux invectives, ni aux accusations lorsqu’elles sont anonymes… »

Aussi grotesques soient-elles, aurait-il pu ajouter. Mais cela, il se contenta de le penser. Le dernier à s'être lancé dans une discussion diplomatique avec Niklaus avec ce genre de coup d'éclat mal venu était M. de Saint Aimé. Mal lui en avait pris.

C'était une question de principe, mais il s'agissait aussi de rappeler que si ce monsieur se croyait au dessus de la plus élémentaire des politesses, il allait vite déchanter. Niklaus lui rappellerait aimablement qu'il n'était pas là pour se faire traiter comme une serpillère. Il n'était ni le vassal ni le sujet de cet homme. S'il voulait parler avec Niklaus, il devrait retrouver le chemin des bonnes manières. Et vite... Tout hôte qu'il puisse être.
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Franco di Celini
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mer 24 Mai 2017 - 10:20



Des présentations ? Ah, il fallait donc à cet homme que Franco porte une étiquette avec son nom sur son front pour qu’il puisse lui parler. Cela démontrait de quel niveau d’oligarchie était extrait le baron. Qu’est ce qui était donc sous-entendu derrière le fait que cet homme refusait de répondre à des accusations anonymes ? Ce baron soi-disant porte-parole du peuple et élu par ses administrés semblait bien hautain et loin de la conception du populisme que Franco avait.

Le duc de Soltariel ne connaissait pas le baron d’Apreplaine. Il avait beaucoup entendu parler de lui mais ne l’avait jamais rencontré personnellement. On disait de lui que c’était un homme sérieux, procédurier et très bien éduqué à un tel point qu’on pouvait se demandait s’il n’était pas un peu maniéré sur les bords. Rien qu’à voir sa réaction des plus calmes, Franco se dit qu’il avait à faire à un homme sûr de lui et habitué à ce genre de situations. Niklaus semblait être plus jeune que lui et son aisance était presque déstabilisante. Remarque, il se trouvait bien ici, dans le palais même qui avait accueilli sa majesté Bohémond il n’y a que quelques mois à peine, alors que ce même Niklaus prêchait à ce moment la légitimité des filles de la dame du Val. Pour agir avec aussi peu de scrupules, l’homme devait certainement être très coutumier des situations inconfortables.

Voyant que le visage du baron ne laissait pas transparaitre la moindre colère, Franco fit en sorte de rentrer dans son jeu.

- Je vous prie de m’excuser, j’aurais pensé qu’il allait de soi que n’importe qui ne pouvait pas faire irruption dans une audience de la sorte, ici à Soltariel. Je me présente donc, Franco di Celini, duc de Soltariel, Grand Amiral de sa Majesté le roi Bohémond Phyram et marié avec le soleil de ces terres Tibéria de la famille Soltarii-Beronti avec qui vous étiez en train de vous entretenir. Je vous prie également d’accepter mes excuses pour mon entrée pressée, je reviens tout juste d’un long voyage duquel je rapporte nombre de bonnes nouvelles.

Franco adressa un regard rapide à Tibéria. Il voulait vérifier que son entrée ne l’avait pas mise trop mal à l’aise. En fait, elle semblait plutôt surprise. Voyant qu’elle semblait encline à observer la scène, il reprit.

- Voyez-vous, votre honneur, je ne vous connais que sur le papier. Je vais vous dire ce que je sais de vous en essayant de ne pas altérer mes paroles avec mes ressentiments personnels. Vous êtes un homme de loi et un homme d’honneur. Votre droiture plait à vos pairs, de là où vous venez. Vous vous dites le porte-parole des anciennes terres royales et capable de comprendre les honnis comme les notables.


Le duc de Soltatiel n’avait pas pu préparer son échange comme il avait l’habitude de le faire. Cependant, il savait très bien où il venait en venir. Si le baron était ici, c’est qu’il avait des recommandations à formuler à l’attention de la cour de Soltariel. Ayant déjà été assez caustique durant son entrée, Franco fit en sorte de complimenter son interlocuteur et de lui offrir une porte de sortie afin de voir si ce dernier cherchait réellement à obtenir quelque chose ou non.

- En fait, je vais être très honnête mais … Tout un chacun pourrait presque vous envier de pareilles qualités. Franco lui sourit, cette fois-ci un peu plus amicalement avant de reprendre. Maintenant, je me pose une simple question : Pourquoi un homme aussi important que vous pour ses semblables est ici, à Soltariel, alors que la situation est au plus grave sur vos terres ? Deux possibilités s’offrent à nous, la première est que vous avez fait le choix de vous offrir quelques jours de retrait en des terres plus hospitalières que les votre. Si c’est le cas, vous êtes le bienvenu. Je vous proposerais même de vous héberger au palais vous le désiriez. Le duc reprit son souffle et se posa un instant avant de reprendre tout en regardant le baron droit dans les yeux. La seconde possibilité est que vous soyez ici pour nous réclamer quelque chose. Si c’est le cas, je vous prie de bien vouloir formuler vos exigences.

Le ton employé par Franco se voulait mois agressif et plus interrogatif. Cependant, il ne voulait pas perdre de temps avec cet individu s’il était ici pour accuser Soltariel et ses dirigeants de tous les maux du monde.

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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Jeu 25 Mai 2017 - 21:56


L’homme devant elle était piqué au vif. Il gardait son calme, mais ses paroles trahissaient son agacement. Face à lui, Tibéria n’était guère de meilleure humeur. Elle l’écoutait comme elle avait promis de le faire, mais elle ne pouvait s’empêcher de relever les contradictions entre les mots de Niklaus et ses gestes posés. Ces derniers se révélaient nettement plus éloquents et lourds de conséquences que le reste. Néanmoins, il se justifiait en affirmant avoir agi dans l’intérêt de la couronne, alors qu’il n’a réussi qu’à envenimer plus encore la situation. Aurait-il été abusé en se tournant vers les mauvaises personnes? Possible, mais ça n’excusait pas ce qu’il avait fait. Au final, nous sommes responsables de nos actes et de leurs conséquences que ça nous plaise ou non. Niklaus subissait l’inévitable retour du pendule et malgré sa véhémence à défendre ses décisions, il devra un jour ou l’autre admettre qu’il s’est bel et bien trompé.

Tibéria allait lui répondre quand la porte s’ouvrit sur Franco qui entra dans le salon avec l’assurance d’un homme qui savait arriver au bon moment. La duchesse haussa un sourcil interrogateur, alors que le Duc faisait le tour du salon toujours vêtu de ses habits de voyage. Cape poussiéreuse, botte crottée, tête échevelée, il laissait dans son sillage l’odeur d’un homme ayant longuement chevauché en mettant de côté les principes de base de l’hygiène corporelle. Pourtant, il ne semblait pas s’en soucier. Son visage exprimait un sentiment de devoir accompli. Apparemment, son voyage s’était bien passé. Elle ne l’avait pas vu depuis un moment, le bougre ayant déserté le palais peu après leur mariage pour se mettre aussitôt à la tâche. Il avait laissé sa femme derrière pour aller rencontrer personnellement les grands vassaux de Soltariel. Tibéria l’avait laissé faire autant parce qu’elle n’aurait pas pu le faire changer d’avis que parce qu’elle savait que ce voyage ne serait pas inutile. Néanmoins, elle n’appréciait pas vraiment de le voir arriver ainsi en lui donnant l’impression qu’elle ne contrôlait absolument plus la situation. Son attitude était déplacée et ne faisait que mettre leur invité un peu plus sur la défensive. D’ailleurs, le baron d’Apreplaine se braqua face à l’hostilité à peine voilée du duc. Tibéria échangea un regard avec Franco en lui intimant silencieusement de changer d’attitude. Ils étaient mariés, elle pouvait maintenant lui dire sa façon de penser. Après tout, il ne pouvait plus se débarrasser d’elle sans tout perdre. Jusqu’à maintenant, ils n’avaient pas peu eu l’occasion de se prendre la tête, mais Franco était en train de fournir à sa tendre épouse un prétexte pour le faire. Espérons pour lui que ses nouvelles étaient aussi bonnes qu’il le prétendait.

Heureusement, Franco retrouva rapidement l’usage de ses bonnes manières. Après tout, être en désaccord avec quelqu’un ne signifiait pas que ça privait l’autre de tout respect. Ainsi, il se présenta à la demande de leur invité en ajoutant quelques fioritures afin de soit calmer son épouse, soit de s’assurer que Niklaus ne puisse plus avoir aucun doute possible sur les allégeances de Soltariel. Ça devait être un mélange des deux options. Ce que le duc vit comme de la surprise chez Tibéria était en fait un air dubitatif et il avait tout intérêt à l’impressionner dans les minutes à venir… De ce fait, Franco n’était pas du genre à tourner autour du pot. Lorsqu’il voulait quelque chose, il allait droit au but sans s’embarrasser de détours superflus. Il demanda donc au Baron les raisons de sa venue ici en oubliant complètement la présence de sa femme pourtant tout à côté de lui. Tibéria se renfrogna sur sa chaise, n’appréciant pas d’être ainsi mise à l’écart aussi peu subtilement. Elle avait craint dès le début que Franco prenne les commandes du duché en la reléguant à une simple fonction d’hôtesse, bonne uniquement à organiser des fêtes et à divertir les invités pendant qu’il se chargerait des questions importantes. D’abord il était parti de son côté faire le tour du duché en laissant à Tibéria qu’une vague idée de ce qu’il allait faire là-bas et maintenant il prenait le contrôle de cette rencontre dont elle était pourtant l’instigatrice.

— Franco, je suis très heureuse de vous revoir en un seul morceau après tout ce temps passé sur les routes du duché. Je suppose que les nouvelles que vous rapportez sont excellentes sachant que vous n’avez même pas pris la peine de retirer vos habits de voyage. Vous sentez le cheval. Ensuite, le baron est présent à Soltariel à ma demande. S’il a été celui qui a ouvert la discussion le premier c’est parce que j’avais rencontré une connaissance que nous avons en commun lui et moi et qui lui a suggéré de m’écrire après que j’ai exprimé le désir de m’entretenir avec lui. Je suis persuadé qu’il n’est pas venu ici pour subir une attaque en règle. Il connaît déjà mon point de vue sur la question, maintenant il connaît le vôtre. S’il a une demande à formuler, il le fera.

Elle posa ensuite son regard sur le baron.

— Évidemment, Baron, peu importe ce que ce sera, je n’accepterai pas sans condition de votre part. Vous avez dit avoir fait affaire avec Kahina d’Ys pour vous assurer un apport minimal de ressources essentielles… Si vous ne le saviez pas, cette femme, en plus d’être peu appréciée ici, était l’épouse de l’homme responsable de l’exil de ma famille. Vous comprendrez que je me sens peu encline à honorer ses engagements. Donc… Elle regarda brièvement du coin de l’œil Franco avec ce petit air de défi qui précédait généralement un coup d’éclat de la part de la Soltari-Beronti. J’attends de vous que vous reconnaissiez publiquement Bohémond comme étant le roi légitime, rejetant ainsi tous les autres qui prétendent au titre. Faites cela et non seulement nous continuerons à envoyer des vivres, mais nous augmenterons sensiblement les envois afin d’aider les gens de vos terres. Le duc verra avec vous pour les détails. La déclaration sera mise par écrit et signée devant témoins. Lorsque la situation sera totalement rentrée dans l’ordre, nous conclurons un accord commercial qui sera avantageux autant pour vous que pour nous et vos égarements seront officiellement chose du passé. Vous êtes convaincu d’avoir bien fait, mais ce n’est pas le cas. Vos gestes auront des conséquences et vous le savez… Je vous offre l’occasion de vous en sortir sans trop y perdre au change. Je ne peux pas vous forcer à accepter, mais sachez que si vous refusez, Soltariel coupera tout échange avec vos terres et ne vous sera d’aucun appui en cas de guerre, bien au contraire. Évidemment, ça s’applique aussi si vous brisez l’engagement. Il est temps de faire un choix. Est-ce assez clair?

Tibéria n’aimait pas mettre ainsi le baron au pied du mur, mais motivé par le retour soudain de Franco, elle se sentait le besoin de lui prouver qu’elle pouvait aussi s’imposer. De toute façon, Niklaus venait de démontrer que la méthode douce ne fonctionnait pas. Il était à ce point convaincu d’avoir bien fait qu’il ne voulait rien entendre. Toutefois, s’il acceptait le marché, il avait une chance de s’en sortir sans tout perdre.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: La liberté hivernale   Mer 31 Mai 2017 - 18:48



Le baron laissa donc son hôte s’offusquer légèrement du fait que Niklaus ne l’avait pas reconnu. Ou de penser que n’importe qui pouvait s’inviter de cette manière dans une discussion. Pour Niklaus, il n’y avait justement pas de réelle raison de s’inviter aussi grossièrement dans une conversation sans même se présenter, ou s’excuser auprès de son épouse.

Car si Niklaus avait reconnu presque affirmativement le bonhomme, cela aurait pu être un conseiller proche de la duchesse. Ou un parent proche autre que son mari. Néanmoins plus aucun doute ne fut permis. Il fit une description assez lyrique de sa situation matrimoniale. Niklaus ne répondit rien de spécial à nouveau.

Il se contenta d’incliner légèrement l’échine et fit un simple :


«  - Votre Altesse. »

L’homme avait encore bien des choses à dire visiblement et prenant le total contrepied de son attaque verbale d’il y avait un instant, s’empressa d’ajouter des compliments pour Niklaus. Le baron d’Apreplaine ne savait trop s’il s’agissait là d’une tactique mais si c’était le cas cela marcha quelque peu car Niklaus fut désarçonné intérieurement de ce changement. Il se contenta de rester impassible et de voir où cela les mènerait, ne préférant pas parler quand il ne savait pas où allait la conversation, et surtout d’avoir eu le temps d’interpréter un peu mieux son interlocuteur.

Il s’interrogea sur les raisons de la visite de Niklaus. Il fut étonné des hypothèses que l’homme avait lancé, et jeta un coup d’œil à la duchesse. Son mari ne l’aidait pas vraiment si elle avait souhaité quelque chose de plus de la part du baron. Il répondit en ces termes au duc avec un sourire calme :


« - Vous avez raison sur l’état complexe du Garnaad Votre Altesse, mais l’on peut se passer de moi quelques énnéades, d’autant que je dispose de méthodes et d’assesseurs permettant d’éviter, même lors de mes voyages, de me retrouver totalement éloigné de mes affaires. »

Il fixa à nouveau la duchesse, un peu interrogativement, passant son regard d’elle à son mari. Finalement elle prit la parole pour recadrer légèrement son mari. Niklaus laissa la scène se passer. Puis vint la partie presque un peu risible de toute la charmante rencontre. La dame expliqua comment il avait négocié un accord pour maintenir les frontières ouvertes à un commerce minimal avec Kahina. La jeune duchesse était visiblement mal conseillée et peu au fait des dossiers. Lui avait pris contact, mais Mme d’Ys lui avait fait une réponse aussi extraordinairement présomptueuse qu’irréaliste. Depuis les champs pourpres le Garnaad ne vivait que de sa propre force. Ne se reposait que sur lui-même. Abandonné tour à tour par le sud, le nord et devant composer avec les humeurs des vainqueurs. Comme elle se trompait sur la situation…

Niklaus avait la gorge nouée et sentait son estomac, pourtant d’un flegme tout diplomatique, se serrer en une douleur presque physique en entendant tout cela.

Ce que ces gens pouvaient être en dehors des réalités du terrain. Puis vint la partie extraordinaire ou cette dernière vint lui expliquer qu’elle couperait tout commerce avec le Garnaad si ce dernier ne pliait pas à ses demandes. De quel commerce parlait-elle exactement ? Le mystère restait entier. Ne comprenait-elle pas qu’elle posait sur la table des cartes qu’elle ne possédait même pas…


« - Très clair Votre Altesse. Ce qui me semble être moins clair est de quoi vous m’entretenez. »

Le baron dévisagea l’un et l’autre. Il baissa les yeux et secoua un peu la tête de dépit. Il était un homme diplomate, mais là il se devait de marquer avec plus de clarté que d’habitude la grande déception qui était la sienne. Il était prêt à composer avec les approximations et les erreurs de la duchesse. Il pouvait supporter la flamboyance du duc. Il était un homme d’une certaine prévenance mais vu le spectacle d’indignité qui lui était jeté en pleine face, il ne pouvait faire autrement qu’être indigné. Avec sa voix profonde, assurée et calme, il poursuivit :

« - Il doit y avoir une erreur Votre Altesse dans vos informations. Car vous vous méprenez, je le crois, gravement. Je me permets de vous faire respectueusement remarquer que le Garnaad ne dispose d’aucun commerce, d’aucun échange avec vos terres. Pire… Mme Ys a décidé d’appliquer ce que Votre Altesse menace de faire, et que les terres royales, depuis déjà des mois, vivent avec le poids de vos blocus et sous la coupe des vainqueurs des champs pourpres. »

Il laissa ce premier point passer. Laissant quelques secondes pour soutenir le regard des deux acolytes.

« - Concernant l’appui militaire de Soltariel que vous me proposez, je pense Votre Altesse que ce dernier n’est jamais arrivé par le passé, et que jusqu’à cette heure précise je n’ai jamais été approché par le moindre agent de Soltariel pour organiser une reprise des terres royales pour Sa Majesté. Je suis heureux de constater que cette situation est en train de changer et que la sécurité des terres royales redevient une préoccupation de votre duché. »

Son regard dur comme l’acier tomba sur le couple.

« - De Grâce donc… Ne me menacez pas de m’affamer quand chaque sujet de Sa Majesté au Garnaad, moi compris, se rationne pour survivre à l’hiver tout en apportant le secours et la charité aux sujets de Sa Majesté ayant fui Diantra. Pour éviter la famine et la maladie nous avons dû travailler chaque jour que les Dieux ont fait pour obtenir deux récoltes l’année passée au lieu d’une. Nous avons dû couper et stocker deux fois plus de bois que pour n’importe quel hiver, nous avons dû trouver des abris pour des dizaine de milliers de sujets réfugiés de Diantra.

Ne me proposez pas non plus un appui militaire quand j’ai été seul depuis des mois à composer avec les occupants Langecin et du Médian pour redonner aux terres royales un semblant d’indépendance.

J’ai été invité ici par Votre Altesse. Je ne suis pas venu de ma propre initiative. Je ne réclame rien et je n’ai aucune exigence… Je respecte les vœux de Vos Altesses et j’entends que Vous souhaitiez faire preuve de force à mon égard. Mais ceci est une tactique politique à laquelle je ne puis m’associer. J’en suis navré. Car Madame, Monsieur, comprenez bien que je n’ai ni le mandat, ni l’intention de négocier ma vie, les mandats que j’ai pu avoir ou quoi que cela soit d’autre contre des terres que je ne possède pas. »


Il eut un dernier soupir.

« - Je suis navré, Vos Altesses, si je vous déçois. Malgré le tissu de mensonge qui véhicule à mon sujet, il n’en reste pas moins que je n’ai jamais négocié la propriété éminente des terres dont j’ai pu obtenir la garde par mes mandats ou par décision de leurs mandataires. Ces terres sont à la Couronne. Nous tentons de résoudre ce conflit depuis des mois. Nous sommes en passe de réussir. Je ne commencerai pas aujourd’hui à faire des tractations pour ce qui ne m’appartient pas. Si mon action a été mal comprise et si l’on décide que mes actions sont celles d’une traitrise et non d’une tentative pour sauvegarder ce qui peut l’être pour la grandeur future du royaume, c’est là mon problème, non celui de la Couronne. Et je ne compte pas faire payer à Sa Majesté future le prix de mes erreurs.

Je ne négocierai en rien les terres royales, leur appartenance, ou des conditions de commerce avec ces dernières. Sa Majesté disposera de la pleine jouissance de ses terres dans le Garnaad non pas parce que vous me le demandez, ou me l’imposez, mais parce qu’elle disposera de la légitimité de la Couronne. Je rencontrerai M. de Wenden après notre entretien et il entendra la même chose. Et comme je vous l’ai dit plus tôt : je suis certain que Bohémond dispose de la légitimité et que nous sommes dans le processus de la formaliser.

D’ici à la fin du mois ce dernier disposera de ses terres. Et il adviendra de moi ce qu’il adviendra de moi. Mais bien que dans la tempête, je ne négocierai pas un radeau pour mes actions sur le dos de la Couronne. Croyez bien que j’ai cette force et que je la conserverai. »


Il se mura dans le silence.
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