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 La Fraternité du Roi • solo

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Neo l'Irascible
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MessageSujet: La Fraternité du Roi • solo   Jeu 6 Avr 2017 - 15:38






XIe Cycle • An 9 • Vermios d'Hiver
Troisième jour de la 1° Ennéade


Dans la demeure fastueuse de Raffik Toumânlé, des cris aigüe redoublent d'intensité, à mesure que le soleil décline dans le ciel, et ils couvrent le vent qui siffle son désarroi aux volets clos. Au fond sonore s'ajoute les hurlements d'une voix stridente ; parfois une autre voix, celle-là rauque, s'ajoute au raffut semble-t-il, d'un couple qui expose ses différends au vu et su d'autrui.

Quelques mètres plus bas, dans un sous-sol frais et humide, un être vivant s'anime et s'agite devant une poupée en bois. Le pantin n'est qu'un tronc de chêne sculpté, donnant au bois des formes humaines, avec son torse, ses membres et sa tête. Du cuir souple protège les endroits les plus sensibles alors qu'un bâton en sorbier, plus droit que n'importe quel manche d'arme ou d'outil, vient parfois s'abattre sur l'objet : à ce qui serait la tête, la cuisse ou les mains... La personne s'échine visiblement à attaquer le solide mannequin, afin sans doute de s'entraîner, ou de défouler sa rage perceptible. Mais les gestes qu'il réalise pendant plusieurs minutes semblent être mesurés, coordonnés, et lorsqu'il porte l'estocade, un œil avisé percevrait presque la jambe droite qui flanche ; or rapidement le bâton vient rejoindre sa position initiale qui épouse le corps, du pied aux aisselles, recouvrant un fier aplomb.

L'entrainement touche à sa fin lorsqu'enfin lentement l'humain - ses traits sont tels - se retourne et s'éloigne du mannequin, quelques gouttes de sueur sur le front.

À juger l'homme seulement par ses habits et par sa démarche claudiquante, vous pourriez envisager un moine devant vous, de ceux qui sont taciturnes et accariatres. Votre déduction serait à moitié vraie, car si l'homme n'est pas moine, il possède néanmoins la piété de ceux-là ; elle serait à moitié fausse, car si l'homme s'entraîne, il est de fait un guerrier avéré.

Devant un autel en marbre il s'agenouille quelques instants pour une brève prière de circonstance.

Othar... Sous Ta Montagne
Enseveli tu es, Aveugle tu es
Mais point ignare.
Seigneur de la Guerre
Mon Roi, Othar
Par ma main et pour la gloire,
Éliminés seront les couards,

le Constant, le Coléreux
Bénis ton Fils boiteux
Rend lui un peu d'espoir
Sans quoi l'Aegypius
Broiera du noir...


Les quelques mots adressés à son Dieu n'ont pas le temps de s'estomper que l'Aegypius est déjà debout, à quelques mètres d'une porte en bois massive. Autour de sa masse imposante, celle qui raconte tacitement l'appétit passé d'un enfant très gourmand, trop gourmand, une robe virevolte au rythme des foulées. Les pas de colosse sont accompagnés par le claquement étouffé du bâton contre le sol... De comprendre alors que le bâton n'est pas qu'une arme, mais aussi une canne, une troisième jambe, qui aide légèrement l'homme à avancer.

Ils crient encore en haut, de Dieu, jamais ils ne laisseront reposer en paix les fantômes de cette maison...?, se laisse à penser l'homme qui s'approche dangereusement des chandeliers incandescents. Pffhouu... Souffle-t-il sur les bougies. La lumière s'éteint, cédant la place aux senteurs agréables de fumée qui s'élèvent dans la pièce.

Malgré l'obscurité, sur son visage une moue fermée est lisible, figée dans l'expression d'un enfant succeptible, qui froncerait les sourcils pour appuyer ses dires et donner du relief à son mécontentement. C'est avec un grincement de dents qui se touchent et se tassent, que Neo l'Irascible monte une à une les marches qui le mèneront au rez-de-chaussée. La chaleur qui y règne est lourde, dégagée par le feu d'une cheminée d'hiver, contraste d'atmosphère des plus flagrants  lorsque l'on revient d'une cave creusée profondément dans le sol. Ladite cave au sol de terre battue puis voûtée de pierres millénaires, occupe la moitié de la superficie de la demeure, et elle est composée de trois grandes pièces encombrées. Au bout d'escaliers en colimaçon, la porte secrète qui d'un côté laisse paraître un énorme mirroir, se referme derrière le boiteux.

Mais vous allez la fermer ! C'est qu'on s'en fout de vos histoires de cul...
Neo ! Mon ami..., interrompt le maître des lieux, Raffik.
Tu seras désolé plus tard, quand tu me paiera un coup à boire Chez Maggy, pour l'instant tu commences à me gonfler toi et tes femmes ! En s'adressant à la gente féminine. Et toi, Caroli...
C'est pas... C'est Zaïa..., commence à expliquer le querelleur, ami de Neo.
Le dénommé Neo toise la donzelle qui, la bouche entrouverte s'apprête à reprendre son beuglement nocif, le doigt pointé sur son amant.
Ce n'est pas Caroline, et peu importe d'ailleurs.
Eh beh qui que tu sois, déguerpi, allez zou du balais, j'essayais de dormir il y a de ça trois heure, que j'entendais déjà tes vagissements de cochonne, et maintenant que je cherche à lire, je suis sensé écouter tes aboiements de renarde hystérique !? Dehors brave capricieuse, va donc soutirer les faveurs de ton maquereau ! La jolie brune ouvre et ferme la bouche à plusieurs reprises, sous la surprise mais aussi la colère qui fait trembler ses lèvres, aucun son ne sort de sa bouche frémissante.
DEHOOORS !, entonne enfin l'Irascible, avec un geste explicite de la main.
Zaïa s'en va, sans un mot, la larme à l'œil, avec évidemment l'intention de ne plus jamais, jamais revenir ici chez cet enfoiré et ce cinglé en robe, qu'ils aillent se faire enculer tous les deux, rumine-t-elle une fois dehors.

Quand la porte claque, le barbu pointe alors son ami du doigt, en bougeant celui-ci de haut en bas à plusieurs reprises, signifiant un : toi, petit chenapan... Raffik explose de rire. Neo ricanne mais son visage reprend son impassibilité légendaire.

Tu es ce qu'on dirait balèze pour remettre les gens à leur place... Ce qui est dommage pour moi c'est qu'elle ne reviendra plus... Ah... Soupire le guerrier attendri. Raffik est connu pour ses coups d'épées, il a certainement la lame acérée, appréciée par moults donzelles. C'est qu'elle avait une jolie p'tite croupe la mignonne...
Moui... Laissons les croupes aux bêtes, veux-tu ? Ensuite parlons sérieusement... Je guerroie, je n'ai que faire de remettre les gens à leur place, si ce n'est pas au Royaume de la Sœur... Raffik... Neiman me mène-t-il en bateau ? Cette salope de jambe me fera-t-elle toujours mal, malgré les saisons qui s'échappent...? Après avoir caressé du bout des doigts la cuisse meurtrie, le guerrier reprend. Elle me tiraille plus qu'un boeuf attelé qui pataugerait dans la boue...
Courage mon Neo, la guérison est l'épouse du temps, et la patience est maîtresse de celui-ci... Un long silence vient combler le grand hall. C'est que Raffik n'est pas le plus doué des Frères, pour réconforter quelqu'un, il se bloque devant le malheur autrui, et la gène s'installe aussitôt dans son regard désolé... Si nous allions boire un verre, peut-être une rixe pourra dérider tes joues poilues...? En tout cas merci pour la poulette... Je n'arrivais plus à m'en défaire... Je devrais prendre parfois exemple sur toi, l'Irascible... Héhé...

Les deux hommes sortent sans plus de cérémonie, derrière un servant affable qui claque doucement la porte après eux. Raffik, qui est le propriétaire des lieux, et donc maître incontesté des serviteurs et palefreniers, appelle poliment celui qui docilement s'approche.

Maître ?, questionne le bel éphèbe.
Felix mon brave... Kovù est-il parti avec sa jument ?
Négatif messire, il a fait préparer Jasmin et est parti avec, très tôt ce matin...
Très bien alors ; tu la préparera pour Neo, je prendrais Crindor comme d'habitude...

Les deux guerriers attendent au milieu d'une cour intérieure, pendant que les chevaux sont brossés et bouchonnés, puis que de simples tapis en peau de mouton sont sanglés sur leur dos en guise de selle. Quelques instants plus tard, les deux cavaliers passent un portail en fer forgé, s'éloignent des Quartiers Riches, sillonnent Thaar en direction de Chez Maggy.


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Neo l'Irascible
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MessageSujet: Re: La Fraternité du Roi • solo   Ven 7 Avr 2017 - 14:48



L’air rembruni est celui de Neo, oui de cet homme qui pince le nez et soulève ses lèvres en cul de poule. Le cavalier, car il est juché sur une jument, ressent ce froid piquant, de ceux qui titille le bout des doigts et fige les épaules dans un engourdissement sidéral. Il peste contre vents et marées, car ceux sont ces mécréants qui apporte de l'humidité, pour que le froid soit intenable. Il grogne avant d’ébranler son chemin, et se lance dans les rues, guidant l’animal jusqu'à la petite rue de la Capellane, dans les Quartiers Populaires, où se trouve Chez Maggy.

La monte est hardie car l’homme arrive difficilement à talonner, seulement la brave Caly est gentille et obéissante. Elle est âgée d’une vingtaine d'années déjà et elle est connaît la route qui mène Chez Maggy au détour près, car combien de fois n’a-t-elle pas ramené de échoppe à la Caze, Kovù, son propriétaire qui ne pourrait se targuer d'être d'être moins proche du trépas qu’elle.

Lorsque les deux cavaliers ont payé trois sous à P’titHôm, un gamin du quartier qui souvent leur surveille plus que du coin de œil, les montures attachées à quelque façade prévu à cet effet, un rire tonitruant tente de s'échapper à travers mur.

C'est qu'ils se marrent là-bas d'dans, lâche Raffik, et il se lance à l’intérieur, sans bien-sûr oublier d'ouvrir la porte.
Ohéeee la compagnie ! Maggy sers don’ une goutte aux p’tiots ! Si seulement y pouvaient voir leur tronches de bleus ! À ça que ressemblent tous ces nobliaux et leur Goémond du Pommier ! Allez tenez d'la chaleur pour vos pâles visages de maccabées du Septentrion, Maggy et moi on y apporte d’la chaleur, buvez à votre santé ! Et il part d'un rire similaire au précédent, celui-ci avec l’intensité et les postillons impromptus.

Cet homme s’appelle Fredo, et il est le cousin de Luka, un des membres de la Compagnie du Roi. C'est grâce à lui et à sa femme que les Frères trouvent un coin placide où boire un verre, voir du monde, se fondre au sein même de la foule dans l'immensité de Thaar. À l'intérieur de l'échoppe se trouve une vingtaine de tables éparpillées, dont une réservée nuit et jours aux Aegypius. Souvent Maggy chante et Rami souffle dans sa flutte des airs incessants, sombres pour la plupart. Fredo monopolise parfois l'attention d'autrui, lorsqu'il est sobre par des histoires délectables, lorsqu'il est ivre par des élucubrations lurrones, mais il est facilement possible de le faire taire.
Chez Maggy est un lieu de rencontre, souvent fréquenté par des mercenaires en vadrouilles ou des égarés à la recherche de renseignement. L’établissement est simple, commun dira-t-on ; au-dessus de celui-ci se trouve juchée une maisonnette où résident les cousins de Luka, régents du petit bar Thaari par excellence.

Eh Neo alors ta jambe, elle marche comment en s’moment présent, gaffe le pauvre Fredo, ivre et naïf comme il est.
Ne t'avise pas de parler de ma jambe…, prononce l’interpellé en avançant sauvagement vers l’homme au nez rouge. Raffik s’interpose.
Arrête, souffle ce dernier. Fredo, couillon, reprend-t-il, occupe toi de tes oignons, il n’est pas souple le Neo aujourd'hui, tu comprends ?
Ah… Je… Oui, clame alors l’ivrogne qui replonge dans son puit d’alcool, une bouteille de rhum, sans doute la deuxième ou troisième de la journée, qui sait…

Les deux hommes s’approchent de Maggy, qui pendant l'échange entre Neo et son mari, avait cessé de sécher les verres propres, avide de la scène. Lorsqu'elle remet une bouteille d’alcool de poire à Neo, elle esquisse un sourire désolé à celui qui semble être son amant, sans oublier de caresser imperceptiblement la main du guerrier. Pendant qu'ils rejoignent le coin de la pièce vers une table déjà occupée, Neo s’efforce de ne pas boiter. L’homme est susceptible mais depuis que sa cuisse a été arrachée lors d'une Arène de Sol’Dor, il apprend doucement la patience.

Messieurs, déclare le vieux Kovù, qui pourrait assimiler le nombre de cheveux blancs sur son crâne, au nombre de batailles, de combats, de rixes mais aussi de défaites. Asseyez-vous.


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Neo l'Irascible
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MessageSujet: Re: La Fraternité du Roi • solo   Dim 9 Avr 2017 - 16:34







©

Kovù Delsanto

Ancien membre et Chef
de la Fraternité du Roi                     
Né en 948 du Xe Cycle
Mort en Verimios d'Hiver
l'An 9 du XI Cycle

C'est une barbe blanche qui vous interpelle d'abord quand se tient devant vos yeux cet homme imposant, comme sa chevelure nuageuse dans laquelle subsiste encore un peu de noires réminiscences. Les moustaches épanouies et les cils broussailleux donnent un aspect de lion au vieillard, car en effet il est plus proche du tombeau que de l'utérus de sa mère. On dit souvent que l'âge ne fait pas tout, mais Kovù non loin de la soixantaine, devrait être fier d'avoir atteint cet âge, quand on comble sa vie de combats et d'efforts. Au milieu de sa crinière un visage phare, lorsque l'on compare l'homme à un port, un regard lumière qui irradie de milles feux aux marins égarés. Son visage retrace le ruisseau, par des sillons profonds creusés par le sang ; il nous narre son histoire par de vétustes cicatrices gravés par le fer.

Comme je connais vos habitudes, je vous ai aujourd'hui conviés sans que vous ne le sachiez. Mes frères d'armes, ce que j'ai à exprimer est de relative importance, ayez l'amabilité de ne point interrompre un vieillard rabougri. Le rire qu'entonne alors le vieux guerrier, se transforme en une quinte de toux interminable. Avant de reprendre son discours, l'homme avale sa salive au gout tristement métallique.   Raffik et Neo, rien qu'en demandant aux serviteurs de la Caze, quels étaient vos rythmes hivernaux, j'ai su que vous seriez les derniers à venir vous joindre à nous ce soir... Finalement à peu près en même temps que toi, Luka, qui avant de rentrer au bercail viens toujours faire un saut chez ta cousine Mag'... Le regard de Kovù se fait quelques instants lointain, les yeux rivés sur une lumière que lui seul peut distinguer. Lorsqu'ils trinquent et que le chef de la bande retrouve sa conscience enfouie, il s'adresse alors aux deux hommes du groupe qui, s'ils ne sont pas identiques se ressemblent beaucoup.
Les Jumeaux, vous arriveriez bien un jour ou l'autre Chez Maggy, de fait vous étiez là avant moi, et merci pour ses longues heures d'attente en votre compagnie. Même au jeu, vous êtes de braves guerriers, hélas c'est moi le vainqueur, comme souvent. Les deux hommes trépignent sur leur chaise, et s'ils voudraient envoyer fichtre leur ami, ils respectent ses désirs.
Grégoire, notre chevalier des Landes, notre fidèle nobliaux. Kovù caresse l'épaule de l'ancien chevalier Péninsulaire, aujourd'hui Estréventin. Même s'il œuvre désormais avec nous pour le Roi sous la Montagne, l'honneur et le respect qui font un homme, ont étés gravés dans sa caboche dès son plus jeune âge,
en Péninsule. Mais... Mais c'est ici avec nous qu'il a apprit la solidarité d'un groupe et la dignité du guerrier.
Les mots se succèdent soudain lentement. Il est seul à connaître mon secret. N'ayez point de rancœur envers lui, il l'a gardé comme chacun d'entre vous l'aurait fait, pour m'aider et m'obeir. Vous êtes tous de la même trempe. Je lui dois en plus votre présence : Matteo, Kenopi, et Jim. C'est lui qui vous a inventé l'envie subite de boire une goutte, car je ne pouvais prévoir core présence en ce jour... Notre petite réunion s'achève comme elle a commencée, exhale-t-il en un souffle divin.

Tous commencent à s'impatienter, pourvu qu'il accouche promptement, pensent-ils à l'unisson. C'est qu'ils connaissent trop le ton solennel et l'air transit que provoque la logorrhée de leur vieil ami. Mais il est celui qui préside la Fraternité, et aussi son doyen, alors ils ravalent tous leur mal en patience, car ils l'aime et le respecte.

La lettre, maintenant. Kovù arrête là ses paroles pour siroter un peu de gnôle. Le vieux guerrier se rince la bouche et déguste avant d'avaler la douce liqueur inflammable. Elle est ronde et agréable en bouche ; lorsqu'elle descend dans son tube digestif avec lenteur, le vieil homme ferme les yeux et laisse aller sa tête en arrière, ce faisant il arrête de respirer et ses yeux se révulsent.



Dans leur tête à tous bourdonne un mal-être indicible. 

Les neuf frères s'observent tous, puis les regards convergent vers le chevalier qui hausse les épaules, laisse couler une larme, et enfouit son visage entre ses mains calleuses. Ils sont tous sidérés devant celui-là qui les a abandonnés, sans d'autres paroles que celles inscrites sur la lettre. Lorsque Grégoire relève enfin la tête d'entre ses tremblantes paluches, personne au-delà de leur table n'a saisi le moindre soupçon de la scène et ils continuent tous de boire et de rire, comme si la mort était lointaine, impossible dans cette pièce... Sauf... Sauf peut-être Maggy, qui du comptoir les observe et se mouche morve et larmes confondus... 

Il est possible qu'elle ai été au courant de tout comme moi, suppose Grégoire dont la conscience s'étend au-delà de son corps, qu'il a l'impression d'être ici et partout, tant son crâne implose et son sang véloce circule dans ses veines tel un geyser impitoyable.

La lettre qui s'avère être un bout de papier, repose entre la table et la main du mort, et ne recèle qu'une centaine de mots pour toute excuse. Les neufs guerriers pourtant si bavards, n'ont qu'un réflexe, il se la passe en effet après l'avoir lue ; ainsi circule progressivement le parchemin, d'une main à l'autre, d'un gouffre amer à l'autre, d'une âme en peine, à l'autre...

Mes sires, mes amis, mes frères...

Le poison a sans doute déjà anéanti mon système respiratoire, à l'heure où vous lisez mes mots.

Voilà bientôt deux années que je souffre d'une douleur coriace qui me ronge l'estomac... Depuis un an je me traîne alourdi par une excroissance à laine. Combien de fois n'ai-je vu des membres de ma famille ou d'autres succomber à des maux similaires, qui se finissent au lit, en loque, sans plus pouvoir se battre, que ça soit pour l'honneur, pire, pour la vie.

Dès lors je ne suis pas un lâche, mais il est permit à tout un chacun de tirer ses propres conclusions, et d'en extraire le sens. En ce qui me concerne, je pense vous épargner, de la peine et des corvées nauséabondes, humiliantes même...

Croire que je vous ai abandonnés serait insulter ma mémoire et mes heures, je dirais même ma vie dédiée à œuvrer pour mon seigneur, en compagnie de mes frères, ceux que je laisse et ceux que je m'en vais rejoindre...



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Neo l'Irascible
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MessageSujet: Re: La Fraternité du Roi • solo   Jeu 11 Mai 2017 - 15:47




La mort intraitable, qui avait foudroyée son ami, leur ami, avait été rapide et étonnante. C'était un évènement drastique, regrettable, et qui avait tristement plombé cette soirée hivernale, le froid de la mort c'était hélas encore abbatu à Thaar. Celle-ci à l'instar de pleins d'autres avait été préméditée, théâtrale aussi. Le suicide avait été prodigieusement joué. Kovù avait manigancé la scène tel un magicien plein d'humour, si bien qu'aucun de ses frères, à part peut-être le complice, n'avait eu le temps de voir venir le dernier acte. Mais ils n'avaient pas rit,  loin de là, ils avaient tous été plongés dans une bulle léthargique, propre à la mort d'un proche.

Les membres restants de la Fraternité avaient gardé le silence pendant d'incessantes minutes, et celles-ci avaient été lourdes, impitoyables. Leurs visages assombris avaient prit dix ans, les cernes étaient tombées telle la guillotine qui s'abat sur le cou, et leurs gorges nouées ne laissaient passer que la liqueur enivrante de poire.

Pas un mot, pas une moue, leurs traits étaient restés figés comme celui du mort, apposé sur la surface du bois massif. Leurs visages avaient la peine gravée, mais lui avait rendu l'âme avec un sourire en coin résolu. Leur sourire à eux n'était pas prêt de voir le jour avant plusieurs énneades...

Ils s'étaient un à un passé et repassé la lettre, et la bouteille. Cette dernière avait diminuée entièrement une fois, puis deux. Dans leurs estomacs étaient entrelacés les sentiments et la boisson, brûlante ; dans leurs veines coulaient l'alcool et le sang, fluides. À leur grand damne aucun d'eux ne patissait de desinhibition à cause ou grace à l'alcool. Ce dernier avait quand même crée une pesanteur agréable, sauf qu'un perpétuel bourdonnement aiguisé par l'air chaud de la pièce, rendait l'atmosphère dès lors irrespirable. Ils avaient besoin de prendre l'air, tous sans exception, et une fois dehors, peut-être, réussiraient-ils à inspirer grâce à la claque que pourrait occasionner le froid.

Avec un peu de chance.

Mais celle-ci n'avait pas été au rendez-vous. Et prestement ils s'étaient de nouveau engouffrés dans l'échoppe. Tous jouaient, parlaient, et supposaient sans doute que Kovù avait voulu se reposer un peu, le torse en travers de la table, la tête entre les bras, la joue contre la table. Nombre des clients étaient ignares en plantes médicinales, mais ils savaient tous que l'alcool était le meilleur somnifère qui puisse exister, le moins cher aussi. Ils connaissaient aussi le goût prononcé de Kovù pour la boisson. Tout le monde possédait cette information. Ou personne ne l'ignorait. Les Aegypius avaient cependant aujourd'hui apprit pourquoi ce goût s'était prononcé depuis deux ans. Kovù patissait d'une grave maladie, une tumeur maligne qui le faisait souffrir, tant et si bien qu'il avait voulu abréger vie et souffrances. Il avait commencé à noyer sa peine dans ce puit sans fin qu'était l'alcoolisme. Cela l'avait sans doute soulagé au début, mais ce n'était qu'une deuxième maladie qui le turerait à l'identique, à petit feu...
Les Frères savaient aussi que le défunt était un connaisseur hors pair en plantes. Ô combien de fois n'avait-il pas prescrit à chacun de ses amis, une décoction pour la toux, un remède pour la diarrhée, un onguant pour les blessures... C'était fort de cette connaissance qu'il avait sans doute surdosé de simples feuilles anxiolytiques, pour convertir son effet relaxant en un anesthésiant des bronches respiratoires. Il ne s'était pas trompé, il avait enfin trouvé le remède.

Les Jumeaux l'avaient donc porté sur leurs épaules, et ils s'étaient tous retrouvés dehors, ignorant les rires hilares des habitués qui souhaitent ainsi bonne nuit au gros buveur. Ils étaient loin de savoir que celle-ci était sa dernière cuite...
Une fois tous en selle, ils s'étaient rendus ''chez eux'', formant une procession silencieuse jusqu'à la demeure. Kovù était adroitement tenu à Raffik par deux ceintures, une au niveau de la taille et l'autre soutenant le buste du mort au dos du cavalier. Ce dernier montait l'animal délicatement, la technique était rodée car ce n'était pas la première fois qu'elle était mise à l'épreuve. Maintes avaient été les fois où un Aegypius avait l'occasion de s'attacher un poid mort au dos, ainsi déplacer ivrognes ou maccabées. Ce soir, l'ivrogne n'avait pas été attaché en rigolant dans la bonne humeur. La mort avait prit le dessus sur l'alcool.

Dixième jour de la 1° Ennéade 
La Caze


Neo a préféré la solitude, alors que tous se sont regroupés autour du feu, dans la cour intérieure de la Caze. Il est de bien triste humeur, le guerrier, alors que sa main tremblante craque une allumette au-dessus d'une pipe bourrée d'herbes. Après quelques bouffées avides, son esprit est engourdi, et ses tremblements s'estompent docilement.

Ils viennent d'enterrer Kovù. Son corps est resté allongé près d'une enneade, dans une pièce relativement fraîche dans les sous-sols de la demeure. Il repose désormais "non loin de la cité, près de quelque arbre centenaire, entre quelque buisson oublié", ainsi avaient étés ses désirs selon Maggy, qui la veille avait entendu dire cela.

Comme un homme libre, avait il pensé en rendant son dernier souffle.


Aucun ne veut prendre sa place en tant que Chef de la Fraternité du Roi. Ils sont désormais Neuf membres, et ignorent que bientôt il ne seront plus que Huit, et Sept, et Six...

Neo se fend dans la foule Thaari après être resté une semaine cloîtré dans ses appartements.



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