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 Acta est fabula

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Vel Do'Hel Rewt
Drow
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Masculin
Nombre de messages : 89
Âge : 21
Date d'inscription : 20/12/2015

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  376 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Acta est fabula   Mar 16 Mai 2017 - 8:56


Qiryah s’éveillait lentement au contact bienvenu du chaud soleil estréventin. La nuit avait été plus froide que les autres, alors que l’hiver était décrit dans les chroniques et les annales de la région comme l’un des plus froids depuis quelques décennies. Le gel avait fait des dégâts, et nombre de domaines viticoles avaient perdu leurs précieuses vignes face à la morsure du froid… Ce ne serait pas une grande année pour le vin, qu’il soit de Hautval ou d’ici. Dans le Bif et alentours, les commerçants vendant peaux et laines avaient fait fortune, si bien que plus une seule fourrure ne leur restait après un passage rapide en la Cité Libre.

Dans sa chambre douillette, couvert par d’imposantes couvertures plus chères encore que la vie d’un homme, Vel Do’Hel n’avait pas ce problème. Il dormait à poings fermés, et ronflait à en faire craquer le plafond. La pièce avait beau être froide, le lit était un véritable havre pour le corps disproportionné du seigneur qiryain. Cependant, un mince halo de lumière trouva son chemin jusqu’à la joue exposée du Drow obèse, forçant ce dernier à grogner légèrement dans son sommeil, se réveillant petit à petit. Il était doux de se lever ainsi chaque matin, au contact du plus grand bienfaiteur de l’être vivant, de ce majestueux astre faisant pousser les plantes et illuminant le monde. Sans lui, comment quiconque pourrait donc gagner de l’argent ?

Vel Do’Hel ouvrit délicatement ses yeux, mirettes sanglantes encore embuées de sommeil. Une paresseuse mimine boudinée chercha après le pompon lui servant à appeler ses esclaves du matin. Ce pompon décoratif était relié à une clochette par une épaisse corde de chanvre, qui sonnait dans l’officine voisine à la chambrée. Lorsqu’il la trouva, il l’actionna. Un coup signifiait qu’il voulait s’habiller, deux coups qu’il voulait manger, et trois qu’il fallait lui faire couler un grand bain parfumé. Mais, comme à son habitude, il sonna pour un seul et unique coup, se pourléchant les babines alors que de voraces pensées s’emparaient de son esprit, perçant les brumes du petit matin. Anticiper la mangeaille l’aidait à être en forme pour la journée !

Une dizaine de minutes suffit aux esclaves pour rentrer en trombe avec de quoi manger. Vel s’y reprit à deux fois avant de pouvoir se relever, restant toujours dans le fond de son sommier. Les trois esclaves apportèrent alors les plateaux destinés au Maître des Bêtes ; fruits secs, pains blancs, cuisses de poulet accompagnées de saucisses et d’œufs durs, avec deux carafes de jus et un thé en train d’infuser. Vel se frotta les mains. Il n’avait jamais eu une si bonne idée qu’en décidant d’installer une petite cuisine dans l’officine des esclaves. Il attrapa quelques fruits secs, qu’il goûta avec envie. Il remarqua que sa gorge était un peu sèche, aussi, il prit une grasse cuisse de poulet afin de huiler son gosier.

Il la dévora de son redoutable appétit, produisant force bruits de mastication et sons d’engloutissements. Sa gorge avalait tout ce qui passait, et… Et…

Vel s’arrêta de manger. Il y avait quelque chose qui coinçait. Oui, quelque chose qui bloquait dans sa gorge. Il ouvrit les yeux plus forts, et se mit à essayer d’expectorer. Mais rien n’y faisait. La chose restait à l’intérieur, et commençait à l’étouffer ! Il se mit à tousser plus fort, frappant sa poitrine en renversant ses plateaux à terre. Les esclaves se regardèrent, et l’un d’entre eux partit chercher du secours en courant aussi vite qu’un athlète. Les deux derniers esclaves s’approchèrent de Vel, l’un d’eux souhaitant l’aider en le faisant vomir.

Mais alors qu’il s’approchait du corpulent Drow, l’autre l’arrêta en posant sa main sur son épaule. Les deux serviteurs se regardèrent dans les yeux. Et l’un d’eux annonça froidement :

« Cinquante coups de fouets, il y a une semaine. Tu te souviens ? Alors… Cinquante secondes. »

Vel écarquilla les yeux, se saisissant du col de l’esclave. Dans ses amples mouvements, mélange de panique et de spasmes de survie, il tomba de son lit, mais l’os en travers de son gosier ne voulait toujours pas se déloger. Les deux esclaves se rapprochèrent de la grosse carcasse, la regardant se débattre toute seule. Vel Do’Hel essayait d’appeler à l’aide, la bouche ouverte, les yeux comme injectés de sang… Il essayait de s’agripper à quelque chose, mais à part ses couvertures, rien ne semblait vouloir s’approcher de Sa Corpulence. Il vida sa vessie sous le coup de la terreur. Il le savait à présent. Il la voyait, toute drapée d’éther et nue dans les ténèbres…

Et alors même que ses visions s’intensifiaient, ses spasmes se raréfiaient. Les mains bougeaient encore légèrement, et le cou se tordit une dernière fois de douleur, alors que ses membres se raidissaient à une vitesse ralentie. L’asphyxie prenait du temps… Beaucoup de temps… Et lorsque les secours arrivèrent enfin, il était trop tard.

Couché par terre, écrasant sa nourriture renversée, Vel Do’Hel regardait un point fixe vers l’horizon, bouche ouverte comme si elle cherchait désespérément à happer quelque chose. De sa joviale expression du matin, il ne restait guère plus que la chaleur encore vive de son cœur, mais qui ne tarderait pas elle non plus à s’éteindre comme le reflet de son âme dans ses yeux de feu. Un lueur qui s’en va… Un seigneur qui se meurt. Et toute une ville en émoi.






« Silence ! J’ai dit silence, bon sang ! »

C’était la folie, ce matin, à la Société des Guildes. Tout le monde s’empoignait, se hurlait dessus, et essayait de faire valoir sa place au sein de l’organisation, comme pour grappiller des morceaux de l’immense pièce de viande qu’avait laissée Vel Do’Hel en mourant il y a deux heures. La populace n’était pas encore au courant, que ses plus riches membres se disputaient déjà pour se tailler la part du lion. Mais c’était sans compter Alastor Kherban et sa détermination à faire valoir le testament du Prince-Marchand.

« Silence, ou j’en appelle aux Patrouilles Noires ! »

Les querelles cessèrent peu à peu, à la fois rappelées à l’ordre par la puissante voix du banquier, et par la menace palpable de ces reîtres sans honneur. Alastor se racla la gorge.

« Merci. Bien, nous sommes tous réunis ici, disais-je, pour une séance extraordinaire. Notre vénéré Grand-Maître inspirateur, le doux seigneur Vel Do’Hel, est mort ce matin-même paisiblement dans son lit. Alors même que son corps était encore chaud, j’ai encaissé la nouvelle, et c’est avec un immense chagrin que j’ai été chercher son testament, que je gardais précieusement dans le coffre le plus sécurisé de mon Dépôt. »

Il sortit un parchemin qu’il exhiba à tous. Les membres de la Société avaient leur regard rivé sur ce puissant bout de papier, qui était la porte vers une multitude de richesses à en faire baver même le plus aisé d’entre eux.

« En tant que son exécuteur testamentaire, je me dois d’appliquer sans attendre les directives qu’il avait établies en cas de décès, jour funeste que nous traversons aujourd’hui. »

Le Conseil de Qiryah avait déjà été averti, et les politiciens prenaient sans doute des mesures pour annoncer à la population que Vel Do’Hel était mort. Plus encore, une élection devrait se tenir dans le quartier du Myar’isto, afin qu’il soit représenté au Sénat. Le vieil homme déplia le parchemin, qu’il avait déjà lu et donc préparé.

« Le seigneur Do’Hel lègue ses biens à trois bénéficiaires. »

Le suspense s’alourdit dans la salle, chacun se regardant en chien de faïence. Qui pouvaient donc être ces trois favoris qui remporteraient la palme ?

« Les possessions du Bif me seront léguées, pour les bons et loyaux services que je rendis au seigneur Do’Hel en gérant sa villa de campagne et en gardant ses plus précieux trésors. »

Un bruit sourd envahit la salle. Était-ce le parchemin qui parlait, ou Alastor Kherban lui-même ?

« Les animaux de notre défunt Grand-Maître sont légués à Sagoram le Barbu, ainsi qu’une somme de six mille souverains en payement. Le seigneur Do’Hel espère que cet homme prévenant s’occupe de ses animaux jusqu’à leur mort, et qu’il ne les vende sous aucun prétexte. Il lui lègue également sa villa de campagne, afin d’être proche de ses bêtes. »

Tous se regardèrent, intrigués. Qui était donc ce fameux Sagoram ? Devant la confusion générale, Alastor sourit et dit :

« Sagoram est le maître-éleveur qui était au service de notre Grand-Maître. »

Un vent de contestation souleva la Société. Un homme de si basse extraction se voyant céder la villa ? Et toute la ménagerie, par-dessus le marché ? Le grand Vel Do’Hel n’avait-il rien à donner à la Société des Guildes, qu’il avait dirigée depuis sa création ? Au-dessus du bruit, Alastor tonna :

« Troisième et dernier bénéficiaire ! »

Tous se turent aussitôt.

« Le reste de la fortune de notre Grand-Maître inspirateur est léguée avec bienfait à la Société des Guildes elle-même, partagée entre ses membres à raison de seize mille souverains par personne. Une partie de cet argent, néanmoins, devra servir à l’enterrement et aux festivités funéraires pour notre vénéré seigneur Do’Hel. Ainsi, proclame-t-il post-mortem, et avec l’aval du Conseil de Qiryah, sept jours et sept nuits de fêtes. Le premier jour sera consacré aux larmes, mais les autres commémoreront la trépidante vie de notre Libérateur, ainsi que ses actions bienfaitrices pour notre grande Cité. Ainsi dit, ainsi fait. »

Le brouhaha dans la salle était encore plus vivace que lorsque les membres s’étaient tous empoignés. A présent, tout le monde était aux anges. Le grand Vel Do’Hel ne les avaient pas oubliés, eux, ses fidèles collaborateurs ! Humains, Drows et Sangs-mêlés se félicitaient mutuellement. C’était un grand jour pour la Société !

En retrait, Alastor Kherban regarda à nouveau le parchemin testamentaire. ‘Ma fortune sera léguée aux derniers membres de mon illustre famille résidant au Puy. J’exige la dissolution du Conseil, et je nomme le lieutenant Dalharuk d’l’Phish protecteur de la Cité. Il mettra en place la loi martiale.’ Alastor secoua la tête. Il était certaines choses qui devaient être changées.

Pour le bien commun.
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