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 Lorsqu'il faut rendre l'hommage du

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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Mar 16 Mai 2017 - 10:55


5ème ennéade de Vérimios, 9e année du XIe Cycle


Si Renaud s'était entretenu longuement avec ses conseillers et vassaux à Erac avant de partir pour Sainte-Berthilde, et s'il avait prévu son voyage avec minutie, ce n'était pas pour rien. En effet, suite à son entrevue avec Louis, au lieu de rentrer à Erac, il avait prit la route pour Olyssea. L'hiver était rude et la neige rendait les voyages pénibles, toutefois, le jeu en valait la chandelle, il devait clarifier la position de son Duché le plus rapidement possible. La route fut longue pour arriver à Sharas, la tâche ardue de trouver un bateau pour Chiard. Malheureusement, il n'avait aucune possibilité de se rendre d'Erac à Merval à pied sans passer par les terres du médian, territoires qui lui étaient très hostiles. Il avait donc préféré prendre le risque d'un voyage en mer. La navigation fut périlleuse et il regretta plusieurs fois son choix, voyant sa dernière heure arriver, mais le capitaine du bâtiment était un solide marin qui savait ou il allait, celui-ci avait bataillé ferme pour rester à proximité des terres et éviter les vents violents ainsi que les vagues incommensurables, tout en ne s'approchant pas trop pour que son navire ne soit pas rejeté sur les hauts fonds ou la côte. Une fois arrivé à bon port, il fallut ensuite reprendre la route de Chiard jusque Merval, endroit ou Renaud n'avait encore jamais mit les pieds.

Un émissaire avait bien entendu était envoyé en avant afin de prévenir de l'arrivée du Duc et de la raison de sa visite, à savoir le serment qu'il devait à sa majesté Bohémond. S'il chevauchait prestement comme on lui avait demandé, il arriverait bien deux à trois jours avant Renaud qui avait adopté un bon train, tout en ne forçant tout de même pas de trop étant donné la présence de sa soeur, Alcippe, au sein de la troupe. Ils firent une dernière halte dans une taverne de la cité afin de se rafraichir et, une fois décrotté du voyage, revêtir les plus beaux vêtements.

Vêtu donc d'une tunique en laine grise et d'un pantalon bleu foncé, le tout recouvert d'une fourrure d'ours noir comme la nuit, il se rendit au château ou il demanda à être reçu par le régent, laissant son regard trainé sur l'architecture bien différente de celle d'Erac.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Jeu 8 Juin 2017 - 0:07

La baie grande ouverte donnait à voir Merval et l’Olienne plus agitée que d’ordinaire. Le bleu profond de ses eaux avait pâli, un frimas venu du Nord étreignait l’horizon de l’aube jusqu’au midi, débordant sur les quais et les toitures de la ville basse. L’hiver installait ses quartiers, porté par la vigueur du blizzard dont parlaient les négociants vomis d’Alonna et d’Odélian. Les doux hivers mervalois se feraient plus rigoureux cette saison mais ni l’iode, ni les brumes n’empêcheraient le petit peuple mervalois de vaquer à ses occupations, on trouverait au bazar toujours autant d’étals et aux Halles toujours autant de marchands et de banquiers. Du haut du Palais en revanche, l’on n’apprécierait la clarté de l’aube qu’à travers des vitraux – car le mervalois est frileux par nature. Un vent nouveau soufflait sur Merval, un autre aussi dans le Palais. Pour la première fois depuis des ennéades, le Consistoire tenait son Silence en ta présence et tu pouvais déjà sentir l’inquiétude que ton absence avait installée. Pendant plus d’une heure, vous parlâtes du devenir des diantrais installés dans les faubourgs occidentaux de la ville : certains réclamaient leur expulsion pure et simple, d’autres soutenaient qu’il fallait agrandir les faubourgs, d’autres encore que leur conversion à la foi mervaloise était le pré-requis à leur saine intégration. Le Grand Domestique évoqua naïvement la situation du Royaume avant d’être violemment interrompu par le Maître des Offices qui rappela avec diplomatie qu’ils n’en avaient « rien à foutre » mais l’abcès éclata néanmoins. Le Silence se transforma en un joyeux foutoir, le Recteur du Palais s’inquiéta de la présence de plus en plus envahissante du « Nordique » et de « sa cour » recevant l’approbation d’Hespérion et d’une moitié du Consistoire, l’autre étant toujours occupée à débattre au sujet des diantrais, de la capitale, du Royaume, réitérant chaque fois avec plus d’insistance que la précédente qu’ils n’en avaient « absolument rien à foutre ».

La relative autarcie dans laquelle vivait Merval fut paradoxalement menacée lorsque tu y revins, apportant dans tes bagages tous les soucis du Royaume et avec eux l’essaim de « parasites » qui espéraient tirer leur épingle du jeu. Les uns ralliés derrière le Thalassocrate soutenaient que cette ouverture mettait Merval et sa fragile civilisation en péril ; les autres, l’Apoéparque en tête, voyaient au contraire cela comme une chance de redorer le blason de la principauté. Le Maître des Offices, excédé, passait le clair de son temps à insulter ses camarades, Lévantique, aussi muet qu’un menhir, observait la scène avec amusement tandis que le Maître des Requêtes tentait tant bien que mal de rétablir l’ordre. La situation dégénéra sous l’œil hagard du Primicère du Sacré Collège des Alchymistes, plus habitué au véritable silence qu’au silence du Palais, préférant brosser sa barbe que de tirer celle de son voisin comme le fit l’Éparque de Merval de celle du Logothète des largesses sacrées pour le faire taire. Voyant cela, le Maître des Offices, à l’autre bout de la table, lança sa couronne qui percuta bruyamment le crâne de l’Éparque. S’ensuivit une joute des plus grotesque entre une bande de cacochymes avinés et barbus, empêtrés dans leurs toges à galons d’argent, d’indigo, d’ocre et d’écarlate, chacun cherchant à arracher la barbe ou la couronne de son voisin. Le Primicère te regarda, désespéré et confus, tu lui rendis un sourire pour le moins déroutant. Tu voulus lui dire que Merval, c’était ça. Une poignée de vieux os déguisés comme des courtisanes s’écharpant pour des majuscules, des galons et des places en procession. Lévantique toisait le lot depuis la loggia en se curant les ongles. Jugeant qu’il fallait mettre fin à cette farce, tu te levas et ils s’immobilisèrent tous aussitôt. Lévantique reprit place autour de la table, l’Éparque rendit au Maître des Offices sa couronne, Hespérion se réveilla de sa courte sieste…le Silence reprit cours et tu l’achevas par ces mots.

- Vous feriez une belle troupe de saltimbanques. Vous vous effarouchez de ce que les péninsulaires puissent pervertir vos mœurs sans vous rendre compte que vous vous comportez déjà comme eux. Lorsque vous serez dignes des couronnes que vous avez sur le front, vous pourrez commencer à pester contre les péninsulaires et contre mes décisions en attendant, je n’attends rien de vous qu’un rapport et un conseil. Si vous désirez vous décharger de vos passions, allez aux temples mais ne comptez pas sur les Silences pour vous servir d’exutoires. Heureux êtes-vous que personne ne vous voie ni vous entende car vous donnez une bien piètre image de notre demeure. Il en ira des faubourgs comme l’Éparque l’a proposé : on les fera s’étendre au bas des murailles et on dressera une palissade à leurs limites, quant à vous Seigneur Amphilochios, nous étendrons votre juridiction en dehors des murailles pour que les faubourgs ne soient pas une zone de non-droit. Concernant le culte, suivant la suggestion de l’Apoéparque, nous construirons un nouveau temple pentien à l’extérieur de l’Éparchie des Trois-Ports et consacrerons l’ancien temple à la gloire de nos seigneurs ailés, de l’Agni, et du Prince. Concernant la flotte, le Thalassocrate a pour ordre de continuer de bâtir autant de dromons que possible. Concernant l’Illustrissime Roderik de Wenden, Seigneur-Chiron, son passage ici est transitoire mais sa présence est digne et juste. C’est dans notre intérêt que le Royaume trouve la paix, afin que le Roy puisse loger dans sa capitale ainsi que le reste de la cour et c’est à cette fin que le Seigneur-Chiron agit et reçoit, dans nos murs, les représentants de la noblesse du Royaume. Ma dignité de Régent n’empiètera en rien sur –


On frappa à la porte, le Logothète du Drome fit irruption dans la salle. En dépit de son arrivée tardive, il sentait que quelque chose ne tournait pas rond, peut-être était-ce de voir la moitié des carafons de vins éclatés sur la table et les toges débraillés qui lui fit penser au mieux à une rixe, au pire à une orgie…ou l’inverse –le Logothète était connu pour ses mœurs velteriennes. Sa présence fut d’autant plus surprenante qu’elle était interdite. Sachant qu’il contrevenait à une dizaine de canons, il s’empressa de te saluer, de présenter ses excuses et d’expliquer la raison de sa venue. Lapidaire, il lâcha :

- Le Duc d’Erac est aux Portes.


Il n’aurait pu choisir un pire moment. Tu lui fis signe de sortir et conclus le Silence. Le Maître des Requêtes consigna le tout sur un vélin, le Chartulaire de l’Encrier le scella, le Maître des Mémoires l’archiverait et tout le Palais veillerait à ce que ses instructions soient appliquées à la lettre. Cette séance houleuse intervenait à quelques jours du Grand Consistoire, réunissant la totalité de l’aristocratie mervaloise –et elle comptait pour une bonne partie de la population. En de telles conditions tu ne pouvais que redouter la future confrontation avec le reste du pays, de ses petits princes, petits nobles, petits seigneurs sans pouvoirs mais aux grandes ambitions. A la grande gueule, surtout. Quittant la salle du Silence d’un pas pressé, tu retrouvas le Logothète du Drome et lui dis de préparer le Porphyrion pour une audience officielle. Une armée de serviteurs s’activa en coulisses, les uns pour prévenir le Grand Pappias et accueillir la délégation éracienne ; les autres pour faire passer le mot au Recteur du Porphyrion afin d’organiser l’audience. Tu te hâtas de rejoindre tes appartements, tu y enfilas une chlamyde pourpre brodée d’or, les insignes de Régent et ceux dus à ton rang et regagnas le Porphyrion avant l’arrivée du Duc.

Les nuages portés par les vents septentrionaux voilaient le soleil et le Porphyrion en ce jour était particulièrement sombre, éclairé par une lumière sépulcrale ne dévoilant rien de la splendeur des mosaïques mais seulement la couleur du porphyre et des marbres bleus. Tu pris place sur ton trône, on jeta sur les braises des encensoirs les encens hivernaux, les lampes suspendues au-dessus de toi furent allumées une à une, diffusant leur chaude lumière à travers des verroteries vertes et bleues et rouges. Au moment propice, on fit entrer le Duc escorté par une maigre suite de servants jusqu’au bas du trône. Le Logothète s’inclina, puis les pages, puis les silentiaires et tous retournèrent à leur besogne, te laissant seul à seul avec le seigneur Renaud que tu ne connaissais que par les lettres qu’il t’envoya depuis sa retraite éraçonne.

C’était donc à ça qu’il ressemblait. Le Duc d’Erac avait l’air d’un jeune puceau, son usurpateur velterien d’un sodomite et il y en avait qui se demandaient encore pourquoi la dame du Val était si acariâtre. Son visage glabre et ses cheveux flavescents tranchaient avec la jeunesse virile et velue du jeune Roderik mais ils te rappelaient la tienne. Tu te refusas de penser une seule seconde que tu pus être éracien. Chassant cette funeste image qui te fit frissonner, tu t’avanças au-devant de ton trône et souriant, dit enfin à ce jeune seigneur :
- Long a dû être votre trajet pour venir jusqu’ici mais la joie de vous rencontrer est toujours jeune. Qu’est-ce donc qui vous amène aussi loin de chez vous, sous le regard des princes et des gryffons ?
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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Jeu 8 Juin 2017 - 12:00

La moindre des choses que l'on pouvait dire, c'était qu'à Merval, c'était l'ébullition. De ce qu'il avait pu voir, ça courait dans tous les sens dans les couloirs. Nul doute qu'avoir la cour du Roy dans ses murs ne devait pas aider à calmer le jeu, il devait être difficile de combler les désirs de tous les suivants. Tout ici était différent qu'à Erac, la décoration, l'architecture, les vêtements, il était criant que l'on se trouvait plus au sud du Royaume, ne serait déjà que le temps qui était moins rigoureux. Renaud laissait trainer ses yeux, attendant qu'on lui dise ou se rendre. Et attendre, c'est ce qu'il fit un bon moment avant qu'une suite de personnes ne viennent le quérir et le séparer de sa suite. Renaud les suivit tout en laissant ses yeux errer de droite à gauche, cherchant à percer le Régent au travers de ses possessions.

Il semblait que tout était savamment orchestré, et lorsque le Duc fut enfin introduit dans la salle ou l'attendait le Régent, il s'avéra que rien n'avait été oublié. Perché sur son trône comme son titre le permettait, Renaud fut amené jusqu'au bas de celui-ci. Il n'était pas aisé de transporter toute sa garde-robe dans un voyage rapide et à cheval, toutefois, le Duc d'Erac se sentit l'allure d'un paysan en comparaison de Cléophas. Il fit donc tous les efforts possibles afin de que son maintien et sa prestance, droite et des plus digne de sa lignée, fassent oublier son accoutrement. Renaud s'inclina comme il se devait, de Duc à Régent, pas plus, pas moins. Il dévisagea ensuite, autant que possible, sans paraitre désobligeant, l'homme qui lui faisait face. Le contraste avec sa rencontre à Sainte-Berthilde était flagrante. Lors de sa visite, il avait été accueillit par Louis dans un endroit feutré, et installé sur un fauteuil qui les mettait à égalité. Leur jeunesse était criante, Renaud l'avait souligné et s'en était attristé. Cette fois, le Régent mettait le prestige et le rang en avant, assit sur un trône en hauteur, et son âge, tout comme son faciès, laissait deviner une sagesse, ou du moins une ruse, que le temps et les épreuves avaient façonné. Renaud se dit qu'il devait réfléchir à ses mots avant de les laisser sortir de sa bouche, conscient qu'il jouait très gros sur cette rencontre, pour son avenir et celui de son duché. Il ne devrait pas faire d'impair, tout en ne s'abaissant pas, jeu qui serait compliqué par le fait que tous les vassaux de juré d'Erac étaient la cause principal du désordre et de la fuite du Roy. Erac était en position de faiblesse criante, mais cela ne devait pas faire de Renaud un reclus. Heureusement, Erac n'avait pas prit part aux champs pourpres et les seuls reproches que l'on pourrait lui faire était du fait de son frère qui était décédé, à savoir la tentative de prise de la couronne et l'adhésion à la ligue. Renaud étant le responsable de la destruction de cette dernière, voila un affront qui devait être lavé

"Le chemin fut ardu et laborieux, avec cet hiver qui semble vouloir piéger le Royaume dans une blanche torpeur, du moins dans sa partie nord. Une fois la difficile traversée m'ayant permis de me rendre ici sans traverser les terres hostiles du médian, ce fut au tour de la pluie et de la boue de vouloir m'empêcher de me rendre en votre belle demeure. Toutefois, cela est bien peu de choses en comparaison à la joie de pouvoir faire mon devoir. C'est un réel plaisir que de me retrouver devant vous en chair et en os."

Voila des débuts bien pompeux, Renaud espérait qu'il n'en faisait pas de trop, ne sachant pas très bien ce qu'attendait le Régent

"Quand à ce qui m'amène ici, il s'agit du devoir qui incombe à chaque Seigneur. Je suis venu pour rendre à sa majesté ce qui lui est dû, et rendre le serment qu'Erac doit au Roy."

Des demandes, il y en avait encore d'autres, mais elle-ci était la principale, et celle qui devait primer sur tout le reste. Renaud était très attaché à la royauté, et le fait que le Roy, par le biais de sa régente et mère Arsinoé, avait enfin reconnu le titre usurpé par Trystan en faveur de son père ne devait pas être remise en question à cause des décisions catastrophiques de ses frères. C'était aussi pourquoi, avant de venir rendre l'hommage, Renaud avait tout entrepris pour défaire cette ligue, chose qui était arrivé bien plus vite que prévu, afin de faire amende honorable, et d'avoir un haut fait en faveur du Roy de la part du duché.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Mer 21 Juin 2017 - 14:45

Le jeune homme ne manquait pas d’entrain. A croire qu’il ne te connaissait vraiment pas. Cela te changeait du défilé habituel de mines abattues ou sérieuses, ne venant que pour une chose : de l’or ou des épées –pour deux choses donc et d’autres encore que tu laissais à Roderik. Or celui-là se disait porté par son sens du devoir qui ne se mesurait pas par la vigueur du soldat ou la taille de ses armées –Erac en était assez dépourvu d’ailleurs- mais par ce simple acte de foi. La candeur du duc t’interpella, à l’image de ses pommettes encore rondes qui témoignaient de sa jeunesse. Il te rappelait un autre jeune homme, naïf aussi, qui se rendit à la capitale pour prêter serment au régent d’alors, mû par une loyauté infaillible croyait-il à l’égard de cet homme qu’il voulait être juste. L’Ivrey l’avait reçu et envoyé au pays d’Erac. De ce jour tu ne connus rien que les miasmes de la guerre et des conspirateurs, arraché à la tranquillité d’une vie mervaloise, accomplissant ce que tu croyais être ton devoir.

Renaud savait-il ce que tu lui demanderais ? Avait-il déjà posé les limites de son obéissance en arrivant ici ou ne s’était-il simplement pas imaginé qu’avec son serment viendraient d’autres devoirs à l’égard du Roy ? La loyauté est un don rarement remboursé, un sacrifice si grand qu’aucune montagne d’or ne pourrait l’égaler. Prêter serment à un Roy si petit, si jeune, si faible ; vouloir servir une Couronne exsangue c’était certainement preuve de noblesse. Ou de naïveté. Renaud n’avait pas grand chose à offrir aussi n’allait-il pas chercher à extorquer le Roy comme ses infâmes cousins du Nord. Le pauvre est rarement perfide. Il n’a pas le temps de l’être. Il cherche son pain, puis un toit, puis un père – rarement il s’égare dans les conspirations qu’il ne peut en aucun cas soutenir. Le petit Renaud, que voulait-il en venant ici ? Son pain, son toit ou son père ? Se placer sous l’égide de la Couronne ces temps-ci relevait de la poésie plus que de la stratégie car l’égide du Roy était aussi petit que sa couronne. Il n’avait rien à offrir, rien à demander. Il venait simplement pour te regarder.

- Je me réjouis de voir qu’il existe encore au Médian des hommes qui soient dignes de foi. Je peux recevoir votre serment en son nom si tel est votre souhait. Pour l’heure, l’enfant est fatigué mais cela nous laisse grand temps pour deviser de l’avenir du Royaume et de la place de votre terre. Erac est meurtrie, c’est une plaie béante qui peine à se refermer malgré vos efforts. Nous ne connaissons pas sa situation car voilà bien longtemps que nous y sommes allés. Nous l’avons quittée à feu, à sang et à larmes et le règne du crypto-duc velterien n’a pas été, je crois, source de bénédictions pour qui que ce soit. Votre sortie de la Ligue est honorable bien que la Ligue n’ait jamais rien représenté de tangible. Mais le seigneur velterien est tangible et sa femme aussi. Vous les connaissez l’un et l’autre. A l’un je souhaite appliquer la peine qu’il a reçue lors de son procès, de l’autre j’aimerais une réponse à ma lettre qui est restée sans réponse.

Sur eux repose la paix du Royaume, pas sur le Berthildois, ni sur le Serramirois, moins encore sur le Langecin mais sur eux. S’ils tombent, tout tombera avec eux. Le Langecin revient de son errance inexpliquée, le Nord clame son attachement au Roy et à la Couronne, le Soltaar reste fidèle aux serments qu’il a prêtés. Il ne nous manque plus que le Val et le Roc. L’un doit fléchir et l’autre mourir. Je ne sais quel crédit la dame du Val accorde à votre parole mais vous étiez ligard et le seigneur d’Altenberg aussi. Liguez-vous à nouveau pour le Roy et obtenez-moi les serments qu’il lui manque. Cette farce a bien trop duré et je me refuse à l’achever par le sang, comme le voudraient ces barbares du Nord mais le temps presse. Bientôt les neiges fondront et elles découvriront les corps restés sans sépultures et ceux qui viendront les rejoindre si nous ne faisons rien. Oui l’hiver est rude mais nous aurons plus encore du mal à quitter nos terres lorsque le joug de la mort se sera à nouveau abattu sur elles. Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, mais voilà ce que moi, j’attends de vous, seigneur Renaud.


Tu descendis les marches pour être presque à son niveau et lui posant les mains sur les épaules lui dis :

- Je conçois que cet accueil soit moins chaleureux que ce que vous imaginiez mais l’hiver ne doit laisser place ni au confort ni à la torpeur. Le temps est traître car il continue de s’écouler tandis que la nature hiberne. L’orgueil seul ne dort pas, n’attend pas, n’hiberne pas –lui seul veille tandis que les autres dorment. Or je veux le frapper au talon mais seul ne le puis. Vous, que voulez-vous et que venez-vous faire et jusqu’où vous portera votre devoir, Renaud ?


Triste plaisir que de celui de recevoir en ce jour un serment. Un rayon de soleil perça les vitraux et éclaira la mosaïque du Prince Tissapherne IV dit le Pur, cuirassé, lance à la main. Le jour de sa mémoire, on brûlait dans toutes les villes des bûchers et des hommes de paille, au temps des foins. Douloureuse joie que de voir le peuple se réjouir du Prince qui purgea la côte des païens par le Feu. Certains disent que sans lui, les pharétans n’auraient jamais pu faire grandir leurs cités et asseoir leur domination en péninsule, d’autres et tu en faisais partie, regrettent qu’il ait fallu, pour cela, brûler de jour comme de nuit, des centaines de villageois, de pêcheurs et de pasteurs. Fallait-il à nouveau purifier la Péninsule de ses derniers infidèles ? On pleurerait un temps mais qui sait, peut-être dans des siècles dirait-on de toi, Cléophas, que tu auras été le restaurateur de la dynastie…
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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Jeu 22 Juin 2017 - 11:47


Renaud écouta religieusement ce que le Régent avait à lui dire. Il comprit beaucoup de choses, mais au fur et à mesure que le monologue de Cléophas avançait, certaines idées, certains mots, que le Duc d'Erac entendait le surprenait. Heureusement, il était noble, et Duc, aussi feindre et masquer ses sentiments ou ses réactions étaient comme une seconde nature. Il parvint donc à conserver son attitude neutre et digne à la perfection. A la fin, plusieurs solutions s'ouvraient à lui, soit il interprétait mal ce que le Régent lui disait, soit celui-ci ne faisait pas attention à ce qu'il disait, soit il pensait que la jeunesse et la situation d'Erac lui permettait de se moquer de son invité ouvertement. Enfin une chose à la fois, il fallait avancer pas à pas et découvrir le fond de l'état d'esprit du Régent avant de se fourvoyer dans une réponse qui couperait court et qui serait funeste pour la suite

"Messire Régent, je vous remercie pour votre proposition, toutefois, si vous le permettez, je préfère attendre que notre bon Roy soit réveillé pour lui rendre mon hommage, et le faire publiquement. Je ne remet en rien votre honneur ou votre parole en cause, par contre vous comprendrez sans aucune difficulté que le doute envers ma personne persiste au sein des Seigneurs du Royaume, encore plus avec la participation d'Erac à la ligue. J'escompte que mon serment public saura faire comprendre à tous que mon engagement est total et que ma loyauté est acquise à notre bon Roy Bohémond Ier."

Renaud ne voulait pas qu'on le suspecte d'avoir prêté un serment en catimini afin de pouvoir se rétracter, n'engageant que la parole du Régent et la sienne, sans aucun témoin. En marquant le coup, personne n'aurait rien à redire, ce serait des plus officiel et nul de pourrait faire le moindre reproche à Renaud quand à son hommage. Renaud prit ensuite le problème que lui avait posé Cléophas à l'envers. La torpeur et le confort, en voila une idée, ne se tenait il pas devant le Régent, à Merval, alors que le froid avait submergé la péninsule. Il avait prit le risque d'un voyage ardu, allant même jusqu'à prendre un bateau malgré les conditions, nul doute qu'il ne s'endormait pas sur ses acquis, loin de la. Le Duc regardait le Régent droit dans les yeux lorsqu'il reprit la parole, démontrant toute sa fierté et la pureté de son acte de foi

"Servir le royaume est mon seul désir. J'entends faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre au Roy ce qui lui est dû, et surtout rétablir son bon droit sur le Royaume"

Renaud était très attaché à la monarchie, et donc au Roy, mais aussi à ses Seigneurs et aux fiefs. Il devait donc maintenant aborder le principal point qui l'avait chagriné. Avait il bien entendu Cléophas dire qu'il voulait récupérer les serments de Velteroc, Hautval et Ancenis pour lui ? alors qu'il s'agissait de terres de jurés appartenant à Erac ? Sans doute avait il mal compris, mais comment aborder cette question sans le froisser, surtout si la compréhension était mauvaise. Il fallait biaiser

"Votre mansuétude à l'endroit de la dame de Hautval vous honore, seigneur. En ce qui me concerne, j'entends obtenir justice pour la séquestration de mon père, et la spoliation de mes terres vassales. De fait, si elle répond favorablement à mon dernier courrier, me rendant mon parent, et si elle accepte de refaire le serment qui lui incombe à mon encontre, alors je serais ouvert à l'apaisement. Quand au sire de Velteroc, aucun pardon ne peut lui être accordé après ce qu'il a fait à l'encontre du Roy et du Royaume. J'escompte bien faire rentrer dans le droit chemin ce median qui a lourdement fauté, d'une manière ou d'une autre. "

Renaud était un esprit noble, pour lui, tout devait redevenir comme ça aurait toujours dû l'être, chacun étant à sa place.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Ven 30 Juin 2017 - 0:35


- Vous escomptez, sire Renaud d’Erac ?


Tu marquas un silence. Le mot aurait pu t’arracher un maigre sourire s’il ne t’avait pas tant fait grincer des dents. Surprise ! Le jeune Duc d’Erac était…jeune, avec tout ce que cela impliquait de maladresses – tu espérais en tout cas que ce ne fut pas de la bêtise ou la ténébreuse insolence des jeunes chevaliers, pétris dès l’enfance dans l’idée qu’ils seraient la fine fleur d’un Royaume florissant, les colonnes soutenant le trône de leur bon et juste Roy. Oh tu admirais le zèle de l’enfant maudit du Médian. De tous les seigneurs de la Péninsule, aucun ne vint pour autre chose que quémander une épée, une faveur tandis que le sire aux doux yeux s’avança n’ayant rien à demander. Rien à offrir non plus mais tu n’espérais plus grand chose des seigneurs du Sud à part leur bonne volonté. Vouloir plus de Renaud d’Erac serait revenu à lui retirer sa cotte de mailles, son castel et le peu de gens qui le servaient encore. Tu ne décelais en lui aucune arrière pensée, ni méchanceté – comme en sont dénués les petits des vaches et des chevaux. Il avait traversé les terres royales pour voir le Roy et le Roy dormait.

Faute de mieux, pensait-il, il attendrait. Il attendrait que l’on sorte un bambin de son berceau, qu’on le prépare, qu’on le coiffe de sa Couronne, qu’on réunisse toute la cour en une pompeuse cérémonie dégoulinante de vins sucrés, de mets acides et gras-amers, sous la clameur du cor, de la lyre, du tambourin et que l’entière cour du Palais royal à témoin, le héraut appelle le Duc Renaud d’Erac à s’avancer aux pieds du trône d’où il présenterait au Roy hommage, honneur et louange. L’image était assurément belle et vibrante pour le cœur d’un homme de son âge. La seule ombre au tableau : qu’il soit à Merval et non plus à Diantra.

- J’ai grand joie de me trouver en présence d’un homme qui soit encore rempli d’espoir, croyez-moi mais dites-moi Messire, qui escomptez-vous au juste ? Qu’avez-vous vu au dehors ? Et sous ces toits, qu’y-a-t-il devant vous ? Avez-vous croisé sur votre route un homme qui n’ait ni le teint ni l’accent de Merval ? Un seul soldat portant la livrée de notre seigneur et Roy ? Voyez autour de vous, Renaud d’Erac. Le seul public que vous pourrez escompter n’est fait que de statues de cire, de visages mosaïcés dans l’or et l’opale et dont les noms, sans doute, ne vous diront rien. Là Tissapherne et là Clavel et là encore Nicéphore, Absalos, Nephtalein, Argyros...Pour vous ce ne sont que des visages gravés dans le marbre, pour le Royaume ils ont été des ennemis, pour Merval des héros. Nous ne sommes pas ici à Diantra, seigneur d’Erac et ce n’est pas le Palais de notre Roy. Voilà ma douleur, voilà mon cri depuis l’incendie de la capitale ! Bohémond, orphelin, se retrouve sans abri et son dernier protecteur manqua d’être aussi son bourreau. Merval n’est point la capitale, Renaud, le Porphyrion n’est pas le Palais. Ce n’est, ce ne sont qu’une étape, la seule auberge daignant ouvrir ses portes au Roi de la Péninsule en attendant que lui soit rendue la demeure que l’Ogre a brûlée, pillée, dévastée. Je ne suis qu’un pauvre hospitalier, Renaud. Et le Roy est, ici, invité. Qu’attendiez-vous, en venant ici, comme invités ? La cour demeure en Soltaar, elle se disperse à Scylla ou tient bon dans le peu de terres que le Roy a conservé dans la région du Garnaad mais vous ne trouverez ici ni grands seigneurs, ni petits seigneurs, tout au plus quelques secrétaires de la Chancellerie et peut-être un nobliau traînant ses savates attendant une aumône de son Petit Prince. Le Roy pourra vous recevoir en audience mais ne vous y trompez pas, Renaud, ce n’est pas lui qui vous répondra. Vous ne doutez pas de ma probité pour autant celle-ci ne vous suffit pas…je me demande, Renaud. Qu’a-t-il ce pauvre nobliau diantrais que je n’ai pas ? L’honneur ? Je l’ai. La parole ? Aussi. Alors dites-moi, Renaud, que manque-t-il au Duc d’Erac pour qu’il daigne prêter serment à son Roy, puisque le Roy lui-même ne lui suffit pas ?


Tes dents finirent par grincer, ta mâchoire par se crisper. Tu comprenais le jeune homme mais tu en avais assez des jérémiades et des exigences de ces princes dont le seul mérite fut de ne pas entièrement se déshabiller devant l’ennemi. L’un voulut s’arroger l’Erac et le Trésor, il finit par dépouiller les deux ; l’autre réclamait le sénéchalat et maintenant, Renaud venait se présenter les poches vides, exigeant qu’on fasse venir n’importe quel guignol en loques diantraises comme si le Roy et toi ne suffisaient pas. Le sang bouillait en tes veines et le cœur t’en palpitait de rage mais tu contentas de serrer les dents et ravaler ta bile car cet enfant disait vrai. Il craignait, à raison, que ta parole ne suffise pas au reste des seigneurs, lesquels se faisaient attendre quant à prêter serment. Tu ne te faisais pas d’illusions : ce Nord sécessionniste armé jusqu’aux dents ne te reconnaissais pas. Et tu tâchais de le lui rendre. La Couronne avait détourné son regard de ce vivier de renégats bien avant l’avènement du Roy Aveugle et ces enfants désoeuvrés, en mal de père, cherchaient par tout moyen à regagner son attention, quitte à saccager tous ses biens…avait-on jamais prêté à l’enfance quelque sens de la logique ? Ils asphyxiaient la Couronne et gémissaient de n’avoir plus de mère ; ils dansaient sur la tombe du Roy et sanglotaient de n’avoir plus de père. Matricides, patricides, ils s’étaient naturellement faits parricides. Le jeune éracien le savait. Il le craignait.

- Si votre parole et celle de la Couronne n’est pas assez pour les seigneurs de la Péninsule, que leur faudra-t-il, seigneur Renaud ? Celui qui est sceptique au matin, l’est toujours au coucher car son âme tout entière est fermée à la lumière de la vérité comme d’une pièce aux volets toujours fermés. Ils exigent des gages superfétatoires que la loi elle-même ne requiert pas car leur cœur n’est pas à la justice mais à la malice. Votre serment sera reconnu devant les hommes et les Dieux ? Qu’avez-vous à faire des autres ? De seigneurs fidèles au Roy, il y en a peu : comptez le Sud et le Berthildois et le pays d’Odélian dont les ambassades se succèdent à nos portes. Pour le reste je n’en puis rien savoir. Le Langecin joue un jeu dangereux quant au Nord des Nords, tel que mes prédécesseurs je le vois d’un oeil méfiant. Comme vous j’espère que ses intentions sont nobles mais ne me veux point faire d’illusion et vous non plus. Ceux qui ont prêté serment au Roy, qui croient en lui et oeuvrent en vérité pour son bien croiront en lui et vous reconnaitront comme Duc d’Erac. Quant aux autres…ils n’auront rien à envier au velterien qui massacre un pays tout en clamant agir pour son bien. Vous dites vouloir servir le Royaume et je vous crois. C’est pourquoi, Renaud d’Erac, il vous faut rentrer en votre terre et la préparer pour le dernier assaut, réarmer vos hommes et donner à votre Roy de quoi défendre son pâturage et de faire valoir ce que de droit. Une chose enfin…


Tu repensas à ses paroles concernant la dame du Val et de fait, l’homme n’avait pas tort. Folle d’amour ou folle tout court, Blanche piétina allègrement l’honneur et le sang de l’Erac en accordant sa volonté à celle de son maudit époux. Elle, victime, vraiment ? Femme elle l’était. Instigatrice de cette guerre fratricide, sûrement, voulant par elle venger son honneur bafouer au nom de ses filles délaissées. Qui connaissait les limites à l’hystérie des femmes ? A ce titre, Blanche était la plus féminine de toutes les femmes de la Péninsule. En furie puisque blessée, aussi…l’ourse défendant ses petits, au péril de sa vie. Tu la comprenais si bien car de même aussi tu défendais Bohémond au péril de la tienne. L’irrationnel amour paternel qui te guidait trouvait sa ressemblance dans la folie de l’Obsidienne. Pour ses crimes tu la condamnais, pour l’amour tu la justifiais. Mais Renaud comprenait-il cela ? Du haut de ses quelques hivers, comprenait-il ce que cela signifiait, d’aimer jusqu’à la folie ? D’aimer jusqu’à en perdre raison, jusqu’à perdre le sens du vrai et du faux, du juste et de l’inique, du bien, du bon, du beau, du vrai ? D’aimer jusqu’à mourir ? Se laisser mourir. Se donner la mort. De mourir pour rien d’autre que l’amour ; ni la fierté, ni l’honneur, ni la loyauté mais seulement par amour, pour l’amour puisqu’il n’y a rien d’autre qui unisse une mère à ses enfants, puisqu’une mère ne tue son enfant qu’en ne l’aimant trop ou trop peu, puisqu’en dehors d’eux il n’est point de vie car ils sont la vie ; car la mère meurt en donnant la vie, elle enfante dans le sang, la douleur, l’angoisse, la terreur. Aux premières contractions, elle voit la mort venir comme point la nuit ; qui s’unit à son corps qui gémit et se tord. Elle devient à la fois l’autel et le sacrifice, le visage rincé de larmes et de sueur elle s’immole pour que vive l’enfant, et, dans un dernier effort, le cœur palpitant, les veines brûlant, les yeux révulsant, dans un dernier râle elle expulse son enfant. Soudain son cœur se tait et son corps refroidit. La nuit est là. Elle s’évanouit. Sans qu’elle ait pu compter les heures ou les jours elle rouvre les yeux sur son corps inerte. Il y a autour d’elle des rires et du sang. Doucement elle se relève de son tombeau, de son linceul on a fait des langes pour l’enfant. Il pleure. Elle revit. Et le jour se lève. Il n’y a plus pour elle de vie, il ne lui reste que son enfant. Ce vide creusé dans son sein par les mois, il est là devant elle, contre elle et il pleure maintenant mais il ira en grandissant – le vide comme l’enfant.

Mais Renaud d’Erac comprenait-il cela ? Qu’il n’y ait rien qui puisse séparer une mère de l’amour pour son enfant, puisqu’aimer son enfant, c’est aimer la vie même ?

Tu l’avisas un instant…

- Justice sera faite, sire Renaud et le manchot répondra des crimes dont il a été jugé coupable en haute cour. Quant au reste, si je m’en tiens à ce que vous me dites, vous ne serez ouvert à l’apaisement que lorsque la paix sera actée…or, seigneur, la paix ne se forge pas à la flamme de l’inimitié. Il ne me sert pas que Blanche se mure plus encore dans son silence aussi, en cette affaire, la charité a primauté. Si vous voulez la faire revenir dans le droit chemin, il ne s’agira pas que de justice car justice sans charité n’est que dureté et un cœur dur ne reçoit qu’amertume en échange. N’ayez crainte pour autant car si le Roy est charitable, il est juste aussi. Vos terres vous seront rendues si tant est, seigneur d’Erac, que vous prêtiez secours au Roy dans cette affaire. Votre diligence à l’égard de la dame du Val vous rendra vos terres, votre promptitude à lever des épées vous les conservera aux temps d’adversité et croyez-moi, Renaud d’Erac…ceux-là sont proches.


Non…

Il ne pouvait pas le comprendre.
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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Re: Lorsqu'il faut rendre l'hommage du   Mer 5 Juil 2017 - 12:42

Apparemment, les mots utilisés par Renaud ne semblèrent pas au gout du régent. Escompter, qui avait il de grave à espérer ? Renaud n'en savait rien, mais il nota intérieurement qu'il devrait faire attention à ses propos ultérieurs. Peut être la signification n'était pas la même aux yeux de Cléophas qu'à Renaud, et qu'il y avait vu une offense. Récupérer son père, les terres de juré d'Erac, refaire briller le duché et servir son Roy, quoi de plus naturel pour le fils de Léandre qui espérait voir le nom de ses ancêtres être reconnu de nouveau parmi les plus grands comme cela aurait toujours dû être. Plus Erac serait puissante, et plus le Roy serait protégé, en plus de ses possessions. Du moins, si tant est qu'il accepte l'aide de son voisin. Servir son Roy était la première étape du redressement d'Erac, Renaud en était certain, tout comme des alliances qu'il devrait forger, et espérer qu'elles soient solides, et non hypocrites. Sans doute était il un idéaliste, d'autant plus que sa troisième place dans la fratrie ne lui avait pas offerte une éducation dans le but de diriger un duché, même si elle avait été des meilleures en tant que noble. Cela le desservait peut être à cet instant ou il parlait avec un puissant, quelqu'un d'habitué à la cour et aux sombres manipulations de ceux qui venaient quérir une faveur au Roy. La n'était pas le but de Renaud qui était venu en preux chevalier faire le devoir qui lui incombait en tant que Duc du Royaume.

"Messire, je crois qu'il y a méprise, et que je me suis mal exprimé, pardonnez moi. Votre parole me suffit amplement, et je ne désire aucunement tout le faste de la cour pour rendre mon serment. Je suis prêt à le prêter comme il vous plaira. J'ai pleinement conscience que ce n'est pas le Roy qui entendra mon serment. Quand à votre hospitalité messire Régent, je ne doute pas que, lorsqu'il sera en âge de comprendre, le Roy vous en sera gréé, il vous doit la vie.

La seule chose que je désirerais, c'est que vous rapportiez mon serment auprès des Seigneurs du Royaume, qu'ils sachent qu'Erac est loyal à sa Majesté. Mes frères ont fauté et Erac s'est acoquiné à la ligue, tous le savent. Je crains qu'au printemps, les foudres de la justice royale ne s'abattent sur mon duché en même temps que sur les rebelles. Il serait dommage que des épées amies s'affrontent et n'affaiblissent l'ost qui déferlera sur les ennemis de notre bon Roy. Ma principale préoccupation est de rendre ses terres au Roy et de punir ceux qui l'ont frappé, n'en doutez point."


L'énumération des fiefs fidèles au Roy par le régent fit froid dans le dos de Renaud. Il n'était pas un expert en complot, ni en politique, mais sans doute qu'il devrait prendre des cours intensifs. En effet, de ce qu'il savait du positionnement de Godefroy de Saint-Aimé, il se serait méfier de Sainte-Berthilde, même si le fils ne semblait pas du tout de la même souche que son paternel. Et à l'inverse, Aymeric de Brochant, le marquis de Serramire, lui avait paru une personne zélée envers Roy. Sans doute n'avait il pas toutes les cartes en mains pour dénouer l'écheveau dans lequel le Royaume se trouvait

"J'aurais cru que le Marquis de Serramire ferait parti de la liste que vous avez énoncé. D'un échange avec lui, il m'a semblé être un homme droit, éprit de justice, et un fidèle sujet de sa Majesté."

Encore une fois, Renaud s'était sans doute mal exprimé, Cléophas semblait penser qu'il ne serait pas prompt à négocier avec Hautval tant que l'épée n'aurait pas quitté son fourreau. Ce n'était absolument pas la pensée de Renaud qui avait d'ailleurs déjà tendu la main et attendait de voir si on la prendrait

"Certes non, je suis déjà ouvert à l'apaisement, je vous l'assure. Bien que rien ne pourra sauver le sieur de Velteroc, vu la lourdeur de ses fautes, j'ai déjà tendu la main à la dame du Val. Je ne sais si elle saura saisir l'opportunité que je lui ai donné, mais si elle fait preuve d'un bon jugement, alors je saurais mettre de côté mes griefs pour le bien du Royaume et de mon duché"

Renaud idolâtrait son père et sa libération était une priorité pour lui. Il n'avait pas encore d'enfant et il ne connaissait pas l'amour paternel, mais il connaissait bien celui d'un fils envers son père. Cela ouvrait une porte à Blanche d'Ancenis pour négocier. Toutefois, elle devrait saisir sa chance tout en prenant garde de ne pas être trop gourmande car, même si c'était le cœur brisé, Renaud endosserait ses responsabilités, même si cela devait condamner son père. Et si l'on en arrivait la, alors que Néera protège Blanche car Renaud serait impitoyable. Les mots de Cléophas sur la droiture du Roy et les terres qui seraient rendus rassurèrent le Duc

"J'ai déjà commencé à levé Erac et demandé aux Seigneur d'être prêts au printemps. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre au Roy son dû, je m'emploierais à préparer au mieux le duché pour répondre à votre appel."
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