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 L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.

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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Dim 28 Mai 2017 - 21:20



Au 2ème jour de la 3ème ennéade
Vérimios, mois d'hiver
De l'an 9 du 11ème cycle

A son Illustre Grandeur, Roderik de Wenden,  Grand Chancelier du Royaume, Comte d’Arétria et seigneur de Wenden

Au nom des signataires de cette missive, je vous informe qu’une délégation est en route pour s’entretenir avec son Illustre Grandeur quant aux évènements se déroulant actuellement en Etherna.

Sachez déjà, messire, qu’il n’est nullement question de guerre mais plutôt d’un conflit politique né autour d’une mésentente entre son Excellence, le Marquis d’ Odélian et ses vassaux Etherniens.

Je gage que les représentants que nous vous avons envoyés seront se montrer clair et précis sur les requêtes que la majorité des seigneurs du pays Ethernan ont à vous soumettre.

Au vu des mauvaises conditions en mer et la dangerosité qui en découle quant à un éventuel voyage marin, sachez que c’est par voie terrestre que nos émissaires arriveront, augmentant ainsi le temps de voyage nécessaire pour se rendre auprès de sa Majesté, en la Principauté de Merval.

Que les cinq vous gardent.

Guillaume de Clairssac + sceaux des nobles Etherniens (ouest, centre, est, sud)





1er jour de la 5ème ennéade
Verimios, mois d’hiver
En l’an 9 du 11ème cycle.

En route pour Merval, la joyeuse petite troupe d’Etherniens que Maélyne dirigeait avait décidé d’emprunter la route coupant les marécages pour se rendre plus rapidement en Merval. Le temps ne leurs simplifiait pas la tâche vu que les routes ressemblaient dorénavant à des bourbiers plus qu’autre chose. Voyager en carrosse était donc devenu impossible, il fallait chevaucher, et je parle bien d’équitation.

« Baaaaaah »
« Mais enfin, Ecbert, un peu d’enthousiasme voyons ! » S’exclama Maélyne qui chevauchait en tête à côté de deux gardes.
« D’enthousiasme, votre honneur ?! »
« Je vous ai déjà dit, Ecbert, que je n’étais pas votre baronne ! »
« D’enthousiasme, ma Dame ?! Nous sommes tellement recouvert de merde que je ne reconnais même plus la moitié d’entre-vous !  »
« Baaaaaah »
« Les grandes joies du voyage durant la saison hivernale mon ami. Soyez content,  on dit que la boue rend le teint plutôt lumineux. Je gage qu’une fois arrivé à Merval, vous aurez rajeunit de quelques années ! »
« Je n’ai point besoin de rajeunir ! Mon teint me sied déjà à merveille et sent meilleur qu’une rose à la rosée du matin. »
« Cela ne veut rien dire, une rose à la rosée du matin. » répondit Jean-Eudes d’un ton terriblement las.
« Baaaaaah »
« Votre honneur ! Nous aurions dû prendre la route d’or ! »
« Cela n’aurait fait qu’allonger notre voyage et nous sommes déjà terriblement en retard. »
« Mais nous aurions pu voyager en carrosse ! Ne croyez-vous pas que chevaucher dans… ces marécages boueux nous ralentit bien plus ? »
« C’est vous qui nous ralentissez Ecbert, à chaque jérémiade, nous perdons un précieux temps. »
« Baaaaaah »
« Oh mais flute Cunégonde, fluteuuuh ! Ce n’est qu’un peu de boue ma chérie, cela ne va te tuer bon sang ! »
« Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela… » Marmonna-t-elle entre ces dents. « S’il-vous plaît, rassurez-moi, dîtes moi que nous arrivons bientôt ? »
« Baaaaaah »
« Nous y voilà ! Je vois un village ! Par Néera, je vais pouvoir me libérer de cette merde putride qui me gratte les fesses ! »
« Épargnez nous les détails, Ecbert, je vous en serez gré. Nous nous arrêterons le temps de nous laver, une heure, pas plus, nous devons gagner Merval au plus vite. »
« Un bain ! Un bain ! Un Bain ! Un bain, un bain, un bain, un bain, oui, oui, oui, oui, ouiiii » s’écria le joyeux Ecbert avant de faire galoper son cheval en direction du village. « UN BAIIIIIIIIIIN. »
« Dites-moi, Jean-Eudes. Est-il toujours à ce point… euhm… hm. » La jeune femme grimaça, cherchant le mot approprié.
« Non, ma Dame, il n’a jamais été façonné pour les longs voyages. »
« Ah ben, oui je vois cela. Combien de temps nous reste-t-il avant d’atteindre la capitale ? »
« Nous y seront ce soir, si Ecbert ne se noie pas dans son bain. »
« J’avoue l’espérer, Jean-Eudes. Que Néera me pardonne. »

Fort heureusement -ou malheureusement- la troupe repartit au complet et pressa dorénavant le pas pour arriver au Palais en fin d’après-midi. Ils furent accueillit et redirigés immédiatement vers des chambres où des servantes seraient mis à leurs disposition. Des bains furent préparés, à croire que l’odeur de la boue ne s’était pas complètement évanouie lors de leur première halte. Des parfumeries mervalloises leurs furent offertes mais Maélyne préféra ses propres produits de bains Lourmellois aux senteurs si particuliers des forêts du nord. Elle ne refusa néanmoins pas la robe qu’on lui proposa. Le tissu et la coupe représentait typiquement les styles du sud. Ses épaules seraient nues tout comme une bonne partie de son dos. La saison était toutefois hivernale, la Dame décida donc de porter sa peau de vison, rajoutant ainsi une touche nordique à sa tenue qu’elle trouva bien trop légère.

En début de soirée, après s’être longuement apprêtée, Maélyne rejoignit ses compagnons de route.


« Votre honneur… »
« Chut Ecbert ! Ne venez pas me causer un incident diplomatique. »

Le silence refit son apparition. La respiration de la Dame s’intensifia, non seulement elle avait l’avenir d’Etherna sur ses épaules mais elle devrait le plaider devant Roderik. Elle se souvint alors subitement de Blanche et de la révélation qu’elle lui avait faite. Priant Néera pour lui donner la force de garder son calme devant lui, les gardes du palais ouvrirent enfin les portes, permettant ainsi aux représentants d’Etherna de s’avancer avec la Dame de Lourmel à leur tête.


« Votre Illustre Grandeur. » Commença-t-elle, affichant un léger sourire crispé aux lèvres tout en faisant une révérence.  « Nous sommes honorés que la couronne ait accepté de nous recevoir. » Les autres émissaires firent de même. La suite de la soirée risquait fortement d’être un véritable défi pour Maélyne. « Veillez nous excuser du retard que nous avons prit. Les mauvaises conditions météorologiques n'ont point aidé à rendre les routes facilement praticables. »


Dernière édition par Maélyne de Lourmel le Mer 21 Juin 2017 - 21:14, édité 4 fois
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mar 30 Mai 2017 - 11:39

« Saloperies d'oiseaux », grondait Athaulf, l'écuyer de Roderik, en pelant une pomme de terre affalé sur un banc. « Ça chante, ça piaille, ça crie, on sait même pas ce que ça raconte.
- J'en connais un autre comme ça », lança Roderik en esquissant un rictus.
« Et ça chie partout », continuait Athaulf sans relever la pique de son maître, « ça chie, ça chie, et quand ça vous tombe sur un coin de l'armure, pas moyen de décoller cette merde sans faire rouiller le matos. Par les poils pubiens d'Othar, si je tenais l'enfant d'gredin qui a fabriqué des machins pareils, je lui en ferais voir.
- C'est de vivre près des côtes, ça. Il y a des mouettes, voilà tout. Et puisqu'il commence à faire froid cet hiver, elles sont souvent malades.
- DECANILLEZ, VOLATILES DE MES DEUX !!! » s'égosilla Athaulf tout en balançant sa pomme de terre à moitié pelée sur une mouette, laquelle prit son envol pour éviter le projectile.
« J'ai besoin d'un peu de calme, Athaulf. De l'air. Pitié, de l'air.
- Ouais, désolé Seigneur, j'ai un peu gueulé...
- Fous le camp.
- Oui, Seigneur. »

L'écuyer s'éloigna d'un pas lourd, la mine un peu boudeuse. Cela faisait près de deux ans qu'Athaulf était au service de Roderik ; à l'époque, le seigneur de Wenden s'était pris d'affection pour le garnement, dont le père avait trouvé la mort pendant la première campagne de Sgarde. Athaulf était grossier, balourd, avec une tendance à la fainéantise et la débauche, autant de qualités qui expliquaient probablement que Roderik n'ait pas encore envisagé l'éventualité de l'adouber. Pourtant, le gamin était attachant. Il lui avait même sauvé la vie à Nebelheim. D'une certaine manière, Roderik aimait bien avoir le gamin sous son aile ; il avait pour lui une affection presque paternelle, lui qui aimait qu'on l'écoute, car cela le confortait dans l'idée qu'il était sage et qu'il avait des choses à enseigner. Bien sûr, il passait plus de temps à le sermonner qu'à le complimenter, mais quelque part, il avait besoin de cette relation ; Athaulf, d'une certaine manière, avait pris la place de ce fils qu'on lui avait arraché trop tôt.
Cela dit, jamais, ô grand jamais Roderik n'aurait voulu que ses véritables enfants ressemblassent à Athaulf.

Loin, très loin au nord de Merval, par-delà les chaînes de l'Avosne et les contrées berthildoises, l'attendait son fils véritable. Il était né quelques ennéades plus tôt, alors que Roderik se trouvait déjà au Porphyrion et endossait son nouveau rôle de Grand Chancelier. Le devoir était cruel : se fut-il trouvé en Arétria lorsque l'enfant était venu au monde, Roderik aurait probablement aimé ce fils au-delà de toute imagination. Mais ici, au chevet du Royaume qu'il cherchait à rebâtir, ce fils n'était plus qu'une idée bien abstraite, et lorsqu'il avait appris son existence sur les lignes mornes d'un vélin rédigé à la hâte, tout au plus avait-il songé qu'il avait maintenant un héritier. Un héritier, c'était bien ; il porterait son nom, celui des Wenden, mais sa maligne d'épouse avait également veillé à ce que l'enfant demeure attaché à sa lignée maternelle en l'affublant du patronyme de Karl. Aussi roublarde qu’acariâtre, ma tendre comtesse. Ainsi Roderik apprenait l'existence de son fils, du même coup qu'il apprenait qu'on lui en arrachait la moitié. Que sa maudite mère se réjouisse tant qu'il lui plaira, si cela peut égayer ses journées tristes et solitaires, pensait Roderik. Ici-même à Merval, c'était un autre enfant qui occupait son attention, et pour-lequel il se battait avec la rage d'un père. Cet enfant, ce n'était pas Athaulf, les dieux nous en gardent - c'était le roi Bohémond.

« Messire Chancelier ? » bégaya le jeune clerc Lysandus, qui était arrivé silencieusement et dont la voix mal assurée sortit Roderik de ses rêvasseries. « La délégation ethernienne est arrivée.
- Putain, les Etherniens ! Je les avais oublié, ceux-là. »

Il avait été avisé, quelque temps plus tôt, de la venue "imminente" d'une délégation venue d'Etherna, soi-disant pour lui présenter les requêtes de la "majorité" des seigneurs locaux. D'emblée, Roderik avait senti que quelque chose puait : la "majorité", qu'est-ce que cela voulait-il dire exactement ? On ne savait plus très bien, en Etherna, qui représentait le pouvoir. Ce que l'on savait, en revanche, c'est qu'Etherna et Odélian étaient au bord de la guerre, et dans ce charivari, Roderik avait cru comprendre que le marquis Gaston cherchait à éjecter les Clairssac de leur trône baronial. Difficile de lui en vouloir, pensait Roderik, qui ne portait pas vraiment les Clairssac dans son coeur. L'aîné, Jérôme, n'était pas un mauvais bougre, et d'une certaine manière Roderik l'aimait bien, mais il avait accumulé un certain nombre de bourdes politiques qui lui collaient aux basques comme de la merde d'oiseau ; ça expliquait sans doute pourquoi Jérôme avait finalement renoncé à ses titres en faveur de son frère cadet Guillaume. Or, celui-là, Roderik lui vouait une haine aussi immense qu'irrationnelle : il était l'époux de Maélyne de Lourmel, la femme dont Roderik demeurait, aujourd'hui encore, en dépit de toute raison et au-delà de toute limite, éperdument amoureux. Entre deux rêves, il lui arrivait encore, certains soirs, de s'imaginer le tuer de ses mains ; et, tout couvert encore du sang de l'Ethernien, il fuyait avec la belle élue de son coeur, loin du monde, loin des hommes, et loin des dieux auprès desquels il leur faudrait renier leur parole.

C'est donc un Roderik peu disposé à leur égard qui s'apprêtait à accueillir les Etherniens. La grande salle du Porphyrion était clairsemée, en cette fin d'après-midi, et Roderik se tenait comme à son habitude debout au pied des marches du trône, faisant face à la grande porte. Il portait l'un de ces longs manteaux noirs qu'il affectionnait, et sa longue chevelure et sa barbe étaient tout aussi noires, si bien qu'il vous faisait l'effet d'une ombre dans le clair-obscur de la salle mal éclairée. Et c'était heureux pour lui, car ainsi nul ne vit son visage se troubler, nul ne vit ses yeux s'écarquiller lorsqu'il reconnut le fameux ambassadeur que lui envoyait Guillaume de Clairssac et ses acolytes. Maélyne. Il la trouva belle à en mourir, et une immense amertume le saisit au coeur ; prenant sur lui, il parla d'une voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu pour mieux masquer ses sentiments.

« Nous sommes là et nous vous écoutons ; parlez, Dame Maélyne. »
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mar 30 Mai 2017 - 14:00


Durant un court instant, Maélyne avait hésité sur l'identité de la silhouette qui venait de les accueillir. Habillé de vêtements sombres tout en arborant une pilosité tout aussi obscure, son allure et sa prestance ne lui rappelait guère l'Arétan poussiéreux auquel elle s'était habituée lors de leurs précédentes rencontres. La vie à la cour du Roy l'avait changé, sans doute un peu trop vu le ton qu'il s'était permis d'avoir à son encontre. Il était clair, pourtant, que Maélyne ne cautionnait guère ce que son époux avait entreprit avec Caerlyn en Etherna mais elle ne s'imaginait nullement en faire les frais à ce point. Son rôle d'épouse l'obligeait à se trouver aux côtés de son mari, mais pas à l'appuyer officiellement.

Pourtant, et ce malgré les troubles pour lesquels elle fut envoyé ici, la jeune femme ne put s'empêcher de faire face à ses propres tourments.
Ne le juge plus, après tout, il n'est pas celui que tu croyais être s'était-elle dit sur l'instant, se rappelant son mariage avec Iselda puis son aventure avec Blanche. Combien de femmes a-t-il berné ainsi? Il a du être bien gâté en paires de cuisses depuis qu'il a c't'allure de corbac. A la simple pensée de le voir entourée de dizaines de yeux de biches, s'en était déjà trop. Maélyne sentit son sang ne faire qu'un tour, ses muscles se crisper et sa petite voix dans sa tête s'emballer pour essayer de calmer ses mains qui n'avaient que pour seule envie de gifler ce poilu visage à maintes reprises.

« Tiens, lui aussi est passé par les marécages? Il aussi noir que la merde accroché à mes fe...» Souffla Ecbert dans un murmure à son frère, Jean-Eudes. « C'est son manteau et sa barbe, imbécile. » répondit il prestement le coupant ainsi dans son élan. Cet échange, audible que par la petite bande qu'ils formaient à néanmoins eu le bénéfice de sortir Maélyne de ses songes.

Sa présence ici n'était pas souhaitée, elle a juste profité du voyage pour partir à la rencontre de sa cousine. Mais maintenant qu'elle était là, il fallait bien faire ce pourquoi on l'avait envoyée.

« Je viens porter la voix des seigneurs Etherniens dans le conflit qui les oppose actuellement à son Excellence, Gaston Berdevin, Marquis d'Odélian et Baron d'Etherna » Son ton était terriblement las, on pouvait aisément sentir qu'elle souhaitait actuellement, par dessus tout, être ailleurs et que ce conflit ne l'intéressait guère plus que la merde accroché au cul d'Ecbert ce midi.

« Ceux-ci demandent à la couronne de se porter comme juge sur ce-dit conflit, d'écouter leurs revendications et de statuer sur celles-ci. Evitant ainsi d'en venir à un conflit armé. »  Maélyne fit quelques pas en avant, dans l'unique but de s'éloigner d'Ecbert et de son parfum bien trop odorant.

« Sachez que les Etherniens respecteront la décision du Roy » bah tient, manquerait plus qu'ils ne la respectent pas. «et si je puis me permettre de parler librement, moi qui les représentent aujourd'hui, il serait préférable, pour le bien du pays et du Nord que la couronne accepte de considérer attentivement cette demande. En cas de réponse favorable, je ne manquerais pas d'exposer toutes leurs demandes et de vous expliquer les raisons qui les ont poussés à vous les soumettre » Maélyne s'était arrêté là, préférant attendre une quelconque première réaction de la part de Roderik. En réalité, au vu des demandes qu'elle allait devoir émettre, ce que la jeune femme souhaitait à présent c'était de retarder au maximum le moment où elle allait devoir les dévoiler.

Son regard ne quitta point celui de son ancien amant tandis que ses lèvres se crispèrent sous la tension qu'elle ressentait actuellement. La Dame se souvenait encore de cette réunion, en présence de Charles d'Hardancour qui demandait aux Etherniens de s'opposer à la décision de la couronne. Fort heureusement, Guillaume su réagir et, après s'être entretenu maintes fois avec ses soutiens, décida de mettre ce conflit entre les mains du Roy. Ni la période, ni les revendications ne méritaient, pour lui, un conflit qui mènerait à un bain de sang, à un nouvelle purge d'Etherna. Caerlyn avait beau avoir de la rancœur pour les Berdevin, cela ne lui laissait point le droit, toujours selon Guillaume, de mettre ainsi autant de vies en danger. Le jeune Clairssac avait alors réussit à convaincre la majorité qui l'entourait de remettre ce conflit entre les mains d'une tiers personne. Le Marquis Brochant fut même nommé au départ mais au vu de l'échange fétide que reçut Guillaume de la part du sénéchal Serramirois, il valait mieux qu'il ne se retrouve plus face à lui.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mar 30 Mai 2017 - 16:29


Elle était audacieuse, constatait Roderik. Volontaire et courageuse, comme elle le montrait en cet instant en prenant la parole devant l'assemblée. Et belle. Le mariage ne l'avait pas rendue laide et acariâtre comme il le faisait avec bien des femmes. En cet instant, Roderik était si transi d'admiration qu'il peinait à réaliser que c'était bien à lui qu'elle s'adressait. Parce qu'elle s'adressait au Chancelier, et non à l'homme qu'elle avait un jour aimé, Roderik était troublé par cette soudaine distance ; et s'il n'avait pas gardé un souvenir aussi vivace de leur romance passionnée, il se serait presque demandé si les moments qu'ils avaient partagé avaient été réels, et non pas de simples fantasmes rêvés issus de son imagination fertile.
Bordel, il faut vraiment que je garde la tête froide, pensa-t-il.

« J'entends bien, Dame Maélyne, et puisque les seigneurs d'Etherna en appellent à la couronne, mon devoir en tant que Grand Chancelier est d'entendre ce qu'ils ont à me dire avec la plus grande droiture et la plus grande justesse. Cependant... »

Il aurait voulu lui dire qu'il n'avait pas besoin d'entendre ses suppliques, qu'il acquiescerait à tout ce qu'elle venait lui demander ; qu'il dirait oui à tout, pourvu qu'il put lui être agréable. Mais l'ancien amant s'effaçait derrière le Grand Chancelier. Il fit quelques pas en avant, jusqu'à ce qu'il put mieux la discerner dans l'ombre.

« Ainsi que vous venez de le nommer, Gaston Berdevin est le baron d'Etherna. Votre... mari », dit-il en prononçant ce mot comme si c'était du poison, « l'a lui-même reconnu, renonçant du même coup à revendiquer ce titre. Mieux encore, il lui a prêté l'hommage-lige. »

Il hésita à mettre en avant le fait que les Clairssac avaient décidément une curieuse manie de prêter hommage-lige pour changer d'avis juste après. Jérôme de Clairssac l'avait démontré une première fois, en prêtant un tel hommage au marquis de Serramire puis en abdiquant de ses titres moins d'un mois plus tard. A son tour, Guillaume de Clairssac prêtait l'hommage-lige à Gaston, et voilà que son nom était aujourd'hui associé à ce vent de rébellion qui soufflait en Etherna. Oui, Roderik aurait pu mentionner cela, mais il ne voulait pas humilier plus que de raison les Clairssac devant la cour, car l'humiliation en serait retombée sur Maélyne, et cela, il ne le souhaitait à aucun prix.
A bien des égards, il craignait déjà par trop de la décevoir.

« Puisqu'il ne fait nul doute pour personne que Gaston Berdevin est maître d'Etherna comme d'Odélian, j'avoue être dans l'ignorance des griefs que peut nourrir la noblesse ethernienne à l'encontre de son baron. Je sais que vous allez répondre à mon ignorance, Maélyne ; et je vous écouterais. Mais avant que vous ne m'expliquiez tout cela, je veux que vous compreniez que... que je vous aiderais autant que possible à éviter un bain de sang, si je le peux ; mais que la couronne ne s'interposera pas entre un baron et ses vassaux. »

Sa bouche se tordit en une vilaine grimace. C'était dur, plus dur qu'il ne l'aurait cru. Il n'en dit pas davantage ; le moment était venu, pour Maélyne, de demander enfin ce qu'elle était venue demander.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mar 30 Mai 2017 - 22:09


Au fur et à mesure que le chancelier parlait, Maélyne sentit doucement le refus lui arriver en pleine face et qui dit refus, dit guerre ouverte. Or, même si elle n’appréciait guère la manière de faire de son époux et de son acolyte Caerlynois , les griefs qu’ils portaient à Gaston étaient toutefois recevable selon elle. Ce n’était donc point le moment de relâcher la pression, il fallait rebondir, directement et sans attendre.

« Lorsque le maître se comporte mal, il ne faut pas s’étonner de voir le chien mordre. » Répliqua-t-elle dans un premier temps.

« Vous semblez oubliez qu’Etherna est une terre viagère dont Feu notre Roy Trystan de Diantra confia la responsabilité au comte d’Odélian. Du moins, ce sont les propos tenus par les Berdevins depuis que la vassalité d’Etherna se doit d’être envers Odélian, la passation de pouvoir de la baronnie ne se fait donc pas héréditairement parlant. Jérôme abdiquant de la charge que lui avait confié Feu, Grégoire Berdevin à l’époque, ce fut un Guillaume, soutenu par la majorité des Etherniens qui se présenta devant son Excellence dans l’espoir de se voir offrir la même responsabilité, il ne s'est d'ailleurs point fait annoncer comme Baron mais bien comme simple seigneur. Pourtant, et ce, sans même écouter le moindre mot, ni désir des seigneurs Etherniens, Son Excellence s’appropria la charge. Comment auriez-vous voulu que mon Mari -elle insista sur ce mot- réagisse face à une telle situation ? Après tout, Etherna appartient à Odélian par décret royal. N’est-il pas ? Croyez-vous que leur désir est de trahir leur roi une nouvelle fois ? Avaient-ils donc autre choix que de le reconnaître comme tel ? Qu'aurait donc pensé la couronne si les Etherniens avaient refusé d'obéir au pouvoir décisionnel que celle-ci octroya aux Berdevins? »

Maélyne fit une pause pour faire quelques pas, son regard se tourna ensuite vers l’assemblée pour qu’elle puisse s’adresser à tous -et oublier un instant les beaux yeux de son ancien amant-.

« Et alors que les Etherniens pensaient rentrer chez eux en emportant pour seul souvenir la déception, voilà que les portes du Castel d’Odélya se refermèrent devant eux. Insultes, irrespect, condamnation à mort sans aucun procès, voilà ce que son Excellence servi aux Etherniens, dorénavant privé de regagner leurs propres terres après avoir accepté que celui-ci reprenne la charge qu’ils auraient voulu voir revenir à un seigneur Ethernien. Si ceux-ci ne s’étaient point rebellés, plusieurs têtes de chevaliers auraient rougit le sol.

Est-ce ainsi qu’on s’approprie la loyauté de ses vassaux ? Sur ce point, son Excellence devrait sans doute prendre exemple sur son homologue voisin. »


Maélyne parla du Marquis de Serramire, qui lui, une fois les armées Etherniennes rentrées eut la patience nécessaire pour fidéliser les derniers seigneurs récalcitrant à sa montée sur le trône. Lourmel faisait d’ailleurs partie de ceux-là, la décision de prêter serment vint de l’initiative de la Dame et depuis, jamais n’avait elle fait défaut à son Suzerain et ce, même dans les macabres situations. Jamais son suzerain n’eut à user d’insultes, de menaces ou d’autres mauvais procédés pour obtenir ce qu’il désirait, en cela, Brochant était un bien meilleur marquis que le jeune Berdevin.

« Je tiens toutefois à rappeler que je ne représente point ici qu’une poignée de seigneurs mais bien l’intégralité des seigneurs Etherniens du pays. »  Certains fiefs ne figuraient pas parmi les rebelles vu que ceux-ci appartenaient à des seigneurs d’Odélian.  « Je vous demande donc de ne pas prendre cette demande à la légère car celle-ci n’est point fondée sur les idioties habituelles que peuvent rencontrer suzerains et vassaux. Cette situation mérite réellement toute votre attention. »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 31 Mai 2017 - 14:18


Roderik fronça les sourcils. Il peinait à comprendre le raisonnement de Maélyne, et ce lien qu'elle tissait entre l'obéissance au roi, l'obéissance au marquis et le devoir des seigneurs etherniens lui paraissait très décousu. Qui plus est, il trouvait Maélyne bien agressive. « Vous semblez oublier », disait-elle ; oh non, il n'oubliait rien. Ce n'était pas lui qui avait feint l'amnésie pour faire comme si ce qu'ils avaient vécu n'avait jamais eu lieu, et qui avait demandé à sa cousine aux yeux débiles de l'éconduire. Il ressentit remonter en lui un élan de colère à ce souvenir. Il aurait voulu la faire taire ; la faire taire, et s'emparer de sa bouche, et l'embrasser jusqu'à son dernier souffle.

Au lieu de quoi enfonça-t-il le clou.

« Je ne vous suis pas, Maél... Dame Maélyne. La missive qui annonçait votre venue fut écrite au nom d'une majorité de seigneurs etherniens, et vous me dites maintenant les représenter tous. En ce qui concerne Etherna, je n'oublie rien. Mais vous le dites vous-même : le seigneur Guillaume s'est présenté au marquis d'Odélian comme simple seigneur, sans se revendiquer baron. Il semble clair que votre époux a accepté de remettre la destinée d'Etherna entre les mains du marquis ; et maintenant que sa décision ne le satisfait pas, que voulez-vous donc que fasse la couronne, Madame ? Nous ne pouvons exiger de Gaston d'Odélian qu'il tienne une promesse qu'il n'a pas faite. En n'honorant point le seigneur de Clairssac, il est dans son droit. Tout comme il est dans son droit d'exiger de votre époux le respect de l'hommage-lige. »
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 31 Mai 2017 - 18:26

La rancœur extrêmement tenace, Maélyne essayait tant bien que mal de ne pas s'énerver face au Grand Chancelier du Royaume, retenant insultes, moqueries ou autres mots déplacés dans son esprit, sauf qu'elle oubliait une nouvelle que son jardin secret était partagé par un petit être bien trop curieux.

« Je ne vous suis pas, Maél... Dame Maélyne. La missive qui annonçait votre venue fut écrite au nom d'une majorité de seigneurs etherniens, et vous me dites maintenant les représenter tous. »
Je parlais de seigneurs, la lettre parlait des domaines. C’est à se demander si vous savez lire et écouter.
- de quoi tu parles ?
« En ce qui concerne Etherna, je n'oublie rien. Mais vous le dites vous-même : le seigneur Guillaume s'est présenté au marquis d'Odélian comme simple seigneur, sans se revendiquer baron.»
- hein ?
J’ai l’impression d’avoir parlé à un mur. Pourtant, j’ai été clair non ? Terre viagère, décision du marquis, aucune revendication possible et cetera, et cetera…
- hum ? Mais de quoi tu parles? Je comprends rien à ce que tu racontes !

Maélyne soupira lentement.

« Il semble clair que votre époux a accepté de remettre la destinée d'Etherna entre les mains du marquis ; »
Mais bon sang ! Est-ce si compliqué de comprendre qu’il n’avait pas le choix !?
- Eho t’énerves pas, j'ai rien fait!! De quel choix tu parles?

« et maintenant que sa décision ne le satisfait pas, »
Oh mais il n’y a pas qu’à lui que cette décision ne satisfait mais allez-y, mettez donc tout sur le dos de mon mari si cela vous peut vous donner quelconques satisfactions !!!!
- Dis, dis, dis, on bouffe quand ?

« que voulez-vous donc que fasse la couronne, Madame ?»
Oh bah rien du tout, après tout, ce n’est pas comme si vous alliez faire quoi que ce soit si ce n'est que retourner besogner une nouvelle pouliche.
- J’ai pas envie de chasser ce soir, allez dis-moi on bouffe quoi ?
- Je suis occupée là, Arth. Et arrête de lire mes pensées qui ne te sont pas destinées parbleu !

« Nous ne pouvons exiger de Gaston d'Odélian qu'il tienne une promesse qu'il n'a pas faite. »
Mais quoi ??? Mais je n’ai pas parlé de promesse, ni même de revendications ! Je n'ai encore rien demandée !
- T’as fini quand ?
- Arth ! Je suis occupée !
- Mais j’ai faim moi !
- LAISSE-MOI TRANQUILLE BON SANG !

« En n'honorant point le seigneur de Clairssac, il est dans son droit. Tout comme il est dans son droit d'exiger de votre époux le respect de l'hommage-lige. »
Quel hommage-lige ? Ah ! Sans doute parle-t-il de Lourmel….  Pourquoi me parle-t-il de cela ? Boh, et puis, d’ici peu, ce sera plus d’actualité donc ce n’est pas la peine de s’y attarder.

Elle eut alors un regard vers les deux idiots qui l’accompagnaient, cherchant un moindre signe qui pourrait l'aider à s'en sortir. Cette situation l’ennuyait fortement. Ne venait-elle pas de révéler les agissements qu’eut Gaston envers les Etherniens ? La Couronne cautionnait donc ce genre de comportement ? Tout ceci était absurde, depuis quand pouvait on se permettre d’insulter ses vassaux sans que ceux-ci n’aient le droit de protester ?

Maélyne avait comparé les vassaux à des chiens quelques instants plus tôt, elle se rendit compte qu’ils étaient encore moins que cela en réalité.


Pffff. Elle est bien belle la couronne.
- Quoi tu t'en est encore achetée une?

Et voilà que c’était elle qui devait subir tout cela, que c’était à elle qu’on rappelait le statut de ses seigneurs qui n’avaient, sembleraient-ils, aucun droit. Et tout cela venant du seul homme qu’elle aurait préféré ne plus jamais croiser. Non, elle ne s’humilierait pas une seconde de plus. Si la couronne acceptait les agissements de Gaston.

Eh bien qu’il en soit ainsi, pardi !
- Tu as encore craqué, c'est ça? Et moi? Tu m'as prit quelque chose?

Au plus vite le message serait transmis aux Etherniens, au plus vite Maélyne pourrait se soustraire à cette situation rocambolesque.

« Très bien. Si la couronne ne peut exiger, ni intervenir, alors je ne m’accaparerais point plus de votre temps. Je vous remercie de nous avoir reçu et –surtout- de nous avoir écouté si attentivement.  Je transmettrais vos paroles et j’espère que ceux-ci arriveront à faire entendre raison aux seigneurs Etherniens. »

Ses deux acolytes la rejoignirent en faisant quelques pas en avant. Tout trois firent la révérence, saluèrent le Grand Chancelier du Royaume ainsi que l’assemblée qui se dressait devant eux. Ils furent alors raccompagnés en dehors de ce qu’ils appelaient le Porphyrion. Ce n’est qu’une fois à l’air libre qu’Ecbert ouvrit enfin la bouche :

« mais, mais… mais… Ils vont rien faire ? »
« N’avez-vous donc point écouté vous aussi ? Ils estiment que Gaston est dans son droit, alors ils n’interviendront pas. »
« Oui donc ils ne feront rien… c’est bien ce que je disais… non ? »
« Au contraire, ils viennent de tout faire. La balance est en faveur de votre Marquis et Baron, Gaston d’Odélian, Ecbert ! La guerre va pouvoir prendre fin. N’est-ce pas une bonne nouvelle ? »
« Eh bien, euh… »
Jean-Eudes grogna.
« Dites-moi ? Et si nous passions la soirée en ville ? J’aimerais assister au coucher de soleil sur la plage. »
« Oui mais, où allons-nous dormir ? Je dois dire que je suis peu enclin à passer la nuit dans une auberge, aussi suderonne soit-elle ! C’est on ne peut plus poussiéreux, et la poussière, ça m’gratte les fe… »
« Eh bien nous irons loger chez un ami, il possède une belle bâtisse à quelques minutes de la cité. Cela vous rassures-t-il Ecbert ? »
« Le palais m’aurait sied d’avantage, à vrai dire. »
« Eh bien retournez leurs demander le gite si vous le désirez, Ecbert. Jean-Eudes ? »
« Je vous accompagne. »
« Très bien, mais avant tout, il nous faut rassembler nos affaires. Allez-donc les chercher, je vous rejoindrais aux portes du Palais. »
« Bon très bien, très bien. Vous avez gagné. Je me rends ! Je vais vous accompagner. Après tout, vous risquez d’avoir besoin de ma prestance naturelle pour accéder aux plus beaux endroits de la ville. »

Maélyne regarde un instant Ecbert, d’un air on ne peut plus dépité puis elle tourna les talons, sans dire un mot, retournant vers la bâtisse qui accueillait la chambre qu’on avait mis à sa disposition un peu plus tôt dans la journée.

« Mais quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? QU’EST-CE QUE J’AI FAIIIT ? DAME MAELYNEUUUUH ! » se mit-il a crier en la poursuivant en courant.
Néera, je vous en prie, faites le disparaître.
- Mais j'ai rien fait moi !
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Ven 2 Juin 2017 - 10:20


L'entretien avait tourné court ; sitôt qu'ils avaient su à quoi qu'en tenir, les Etherniens avaient prit la poudre d'escampette, à défaut d'avoir obtenu celle de perlimpinpin. Roderik resta impassible lorsque Maélyne le salua et quitta la salle. Derrière cette courtoisie très formelle, il devinait combien elle était amère. Mais que pouvait-il faire ? Ce n'était pas lui qui l'avait poussée à épouser un Clairssac. Car il semblait bien, à présent, que Jérôme n'était pas le seul de sa fratrie à avoir un problème avec les serments ; son frère cadet Guillaume avait lui aussi hérité de ce trait familial qui consistait à s'empêtrer jusqu'au cou dans des querelles féodales. Et il ne lui avait pas fallu bien longtemps. C'est de sa faute à lui, se dit Roderik, buté jusqu'au bout dans la jalousie qu'il nourrissait contre son rival. Maintenant que son mari s'est foutu dans la purée, qu'elle ne vienne pas me demander de l'en sortir.

Du reste, il savait qu'il n'avait pas à regretter sa décision. Bien au contraire, il avait su faire taire ses sentiments personnels, il ne s'était pas laissé influencer par son désir de plaire à la Dame de Lourmel. Il avait dit ce qui devait être dit. La couronne n'appuyait pas les rébellions seigneuriales contre leurs suzerains légitimes ; c'eut été porter atteinte à l'ordre établi, un ordre que même le roi se devait de respecter. Du reste, Roderik n'avait connaissance d'aucune revendication sérieuse de la part de Guillaume de Clairssac et de ses affidés ; à entendre Maélyne, il ne s'agissait là que de la volonté de seigneurs etherniens de servir un baron ethernien. Roderik pouvait le comprendre, mais n'en faisait pas argument ; les arétans étaient eux aussi attachés à leur terre, ce qui ne les avait pourtant pas empêché de prendre pour l'un des leurs le comte Anseric, plus serramirois qu'arétan. On voyait mal, au vrai, quelle grande différence il y avait entre un ethernan et un odélian, outre la manière de cuire le pain et de brasser la bière ; ces deux cultures nordiennes étaient si proches l'une de l'autre qu'elles s'assimilaient sans grande peine. Mais quand bien même cela n'eut pas été le cas, les attaches locales n'avaient pas force de loi ; ce qui faisait loi, c'étaient les serments, et un serment avait été rendu.

Oui, il n'avait rien à regretter. Et pourtant, alors que les Etherniens avaient quitté la salle depuis un certain temps, Roderik s'élança subitement à travers la salle. Il passa les grandes portes de la salle du trône et s'aventura dans les couloirs et escaliers du Porphyrion, traversa les galeries suspendues, fendit la presse des courtisans, des nobles et des hauts fonctionnaires en ignorant leur regard interloqué, parfois accusateur ; il descendit les marches interminables pour gagner, hors d'haleine, les quartiers où l'on logeait les visiteurs étrangers. Il la chercha, encore et encore, avant de demander à un valet :

« la chambre de la Dame de Lourmel, laquelle est-ce ?
- La chambre de... c'est-à-dire que...
- Oh, ça va ! » s'emporta-t-il, agacé que le monde entier semblât sans cesse s'interposer entre Maélyne et lui. « Je veux juste lui parler, je ne viens pas la culbuter ! Elle est où ?
- Elle vient juste de partir, Messire Chancelier. Elle est passée pour récupérer ses affaires. »

Ben tiens. Il aurait dû s'y attendre, à ce qu'elle ne restât pas ici, à dormir au pied de la colline du Porphyrion, dans ce palais où sa requête désespérée s'était heurtée à une fin de non-recevoir.
Mais puisqu'elle venait à peine de partir, il était encore temps de la rattraper. C'est sur les marches extérieures menant à la ville qu'il la retrouva, en compagnie de ses gardes, d'une bonne femme et des deux comiques qui l'avaient accompagnée tout à l'heure. Un vent frais soufflait sur Merval, ébourriffant les cheveux bruns de l'arétan alors qu'il marchait vers eux et lançait, d'une voix suffisamment forte pour couvrir le brouhaha des abords de la colline sacrée :

« Puis-je vous parler seul à seul, Dame Maélyne ? »
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Ven 2 Juin 2017 - 12:25


Dans sa chambre, après avoir soigneusement claqué la porte au nez qu’Ecbert qui hurla tant la douleur lui sembla atroce, Maélyne rassembla les quelques affaires qu’elle avait apporté. Rien d’extravagant, en réalité, la plupart des objets qu’elle se devait de trimbaler servait à son acolyte à deux pattes. Rappelant la couturière, celle qui lui prêta généreusement la robe qu’elle portait actuellement. La remerciant pour le geste, la lourmelloise offrit quelques piécettes, se rhabillant ensuite d’une robe bien moins attrayante qui lui servait aux voyages.

- Arth, nous partons
- Comment ça, nous partons ? Mais on n’a pas mangé ! D’habitude on nous donne à manger quand on arrive chez tes copains.
- Nous ne sommes pas chez des amis, Arth, mais nous y seront ce soir, après la tombée de la nuit
- Hein ? Quoi ? Mais j’ai faim moi !
- Eh bien va chasser !
- On est en pleine ville ici, et manger des rats me donne des gaz.
- Eh bien trouves autre chose !

De retour à l’extérieur, Jean-Eudes, Ecbert et Cunégonde se trouvaient au point de rendez-vous. Les Gardes lourmellois étaient également prêts à partir. La première destination ne serait autre que la plage. La joyeuse petite troupe descendit enfin les marches lorsqu’une voix se dessina parmi les autres.


« Maélyne ! Maélyne ! Le chancelier ! Le chancelier ! » S’extasia Ecbert, lui qui espérait se voir offrir le gite dans l’une des somptueuses chambres de ce magnifique palais. Jean-Eudes, lui, grogna.

L’astre jaune avait commencé à disparaître derrière l’horizon. Je peux dire au revoir à mon couché de soleil s’était-elle dit sur le coup mais par après, c’était plutôt le questionnement qui vint à son esprit. Qu’est-ce qu’il me veut encore, lui ? Puis vint place à l’appréhension. - Ne me dit pas que tu as encore fait une bêtise Arth ! Mais elle n’obtint aucune réponse. Elle soupira longuement. Après tout, il était mÔsieur le chancelier, elle se devait de faire bonne figure et de ne pas l’envoyer sur les roses.

« Hélas... » Commença-t-elle, remontant les marches pour se rapprocher de lui. « Le temps me manque, Messire Chancelier. Je dois partir avant la nuit. » Son regard se tourna alors vers l’horizon dont la couleur changeait de minute en minute. « Que puis-je pour vous ? »

C’est là qu’Arth décida de faire son grand retour, se posant délicatement sur l’une des épaules de Maélyne avec... un poulet déplumé entre ses crocs. Soudainement, la jeune femme perdit toute attention pour son ancien amant, et fit la grimace en voyant ce cadavre de volatile pendouiller à seulement quelques centimètres de son visage.

« Mais enfin, Arth ! Va manger ailleurs voyons ! » Grognant, le drâke, mesurant dorénavant un peu moins d’une trentaine de centimètres descendit de son épaule pour se poser un peu plus loin sur les marches, dévorant sa proie à gros coups de mâchoire.

« Mais attend ! » Reprit-elle en se rapprochant de lui. « C’est un poulet que tu manges ?! Ne me dit pas que tu en as encore volé un ! »
-Non ! On me l'a offert celui-ci !
« Comment ça, on te l'a offert ? Me prendrais-tu pour une quiche par hasard ? »
Le dragonnet releva la tête pour regarder sa maîtresse puis lui pose une question essentielle :
-C’est quoi une quiche ?

Son attention portée sur son compagnon d’esprit, Maélyne n’avait point fait attention qu’elle parlait à haute voix, encore peu habituée à s’adresser à lui par l’esprit, surtout dans les moments où la surprise était au rendez-vous. Mais il n’y avait pas que cela comme problème... effectivement, le dräke attirait tous les regards de curieux se trouvant eux aussi sur les marches. Ils s’approchèrent de plus en plus prêt en marmonnant des paroles incompréhensibles à l’oreille de la Dame. Arth lui ne se doutait de rien, il bouffait.

- Reviens sur mon épaule.
-laisse-moi manger
« Reviens sur mon épaule, tout de suite ! » Il avala la dernière patte puis s’exécuta. Maélyne reporta alors son attention sur Roderik, puis regarda à nouveau autour d’elle.
« Ahem... Il serait préférable de discuter ailleurs, à l'abri des regards, votre illustre grandeur. S’il-vous-plaît... »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 3 Juin 2017 - 14:02


« Euh... ouais », furent les deux seuls mots que Roderik trouva à répondre suite à cette entrée en matière un brin rocambolesque. Maélyne avait raison, mieux valait s'éloigner ; il venait de remarquer que les passants s'étaient arrêtés autour d'eux, et qu'un groupe d'indiscrets toisait la Dame de Lourmel en échangeant des messes basses. Roderik avait d'abord pensé que, comme lui, les badauds s'étaient émus de la voir parler à son espèce de lézard ailé, comme si l'animal pouvait lui répondre, à la manière d'une vieille fille tapant la causette avec son chat. Il s'était dit qu'on l'avait prise pour une folle ou pour quelque amuseur public, une sorte de montreur d'ours mais sans ours, et que c'était elle qui suscitait toute cette attention. Mais à bien y regarder, ces braves gens ne regardaient pas Maélyne ; ce qui les intéressait, c'était la bête. Allez savoir ce qui les intéressait tant chez cette immonde bestiole, Roderik n'en avait pas la moindre idée et n'en avait cure. Mieux valait ne pas prolonger cette agitation plutôt malvenue, d'autant plus que l'attroupement au pied de la colline sacrée déplaisait, de toute évidence, aux gardes du Porphyrion, lesquels affichaient une mine patibulaire.

« Venez avec moi. Vos amis peuvent vous attendre ici ; ce ne sera pas long. »

Il fut tenté de lui demander de laisser à ses compagnons de route son animal de malheur, mais il ne voulait pas paraître désobligeant ; aussi préféra-t-il laisser Maélyne en décider d'elle-même.

Ils regagnèrent ainsi les marches de la Colline Sacrée, probablement au grand dam de Maélyne qui dut se retaper la montée des marches alors qu'elle aurait voulu quitter cet endroit plus vite encore qu'elle n'y était entrée. Pendant un long moment, ils marchèrent tous deux en silence entre les coursives de marbre blanc. Roderik, à vrai dire, n'allait nulle part ; ne cherchant que le calme, il ne brisa le silence que lorsqu'ils se trouvèrent enfin dans un couloir totalement désert, loin des oreilles indiscrètes. Là, tout en continuant de marcher, il lança comme à l'improviste :

« Pourquoi vous a-t-il envoyée, vous ? »
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 3 Juin 2017 - 16:49


Le silence qui s’était installé devenait pesant. Maélyne s’interrogeait sur les raisons qui ont poussés le chancelier à la rappeler. Espérant que ce ne soit pas personnel, ne pouvant assurer son sang-froid dans ce genre de cas, Maélyne le suivait tranquillement, restant à quelques pas derrière lui, à bonne distance. De là, elle pouvait l’observer sans se faire observer en retour. Vint ensuite la question, qui brisa enfin ce mutisme qu’ils semblaient s’imposer depuis un long moment.

« Pourquoi vous a-t-il envoyée, vous ? »
Tout ça pour cela ? Mais il se fiche de moi ?! Pensa-t-elle immédiatement après s’être immobilisée. Les lippes entrouvertes, elle voulut répondre mais se retint au dernier moment. Était-il bien sage de lui révéler que Guillaume espérait que ses sentiments personnels viennent influencer son jugement ? Cela n’aurait fait que rajouter une couche de chierie sur un tas déjà bien trop conséquent. Mais vu que la vérité ne pouvait être révélée, un mensonge se devait d’être inventé. Et des mensonges, Maélyne n’en avait aucun qui lui venait subitement à l’esprit. Elle se permit alors quelques pas de plus, se rapprochant d’une ouverture sur l’extérieur pour s’accorder une bouffée d'oxygène. La nuit s’installait doucement, rafraichissant ainsi un peu plus l’air ambiant. Au loin, Maélyne pu apercevoir quelques éclairs et la mélodie des coups de tonnerres commença à arriver aux oreilles des habitants de la colline.

« Quelle importance ? » Voilà donc sa première réponse oubliant bien vite l’identité de la personne à qui elle s’adressait et le rang que celui-ci avait auprès de la couronne. Soupirant, se rendant compte de son erreur, elle reprit : « Je ne sais pas exactement pourquoi il m’a envoyée. Je le soupçonne de vouloir m’éloigner de la guerre. Car il est certain qu'en cas contraire, il aurait amplement trouvé quelqu’un de plus compétent que moi. » Une fois le mensonge tissé, la jeune femme se retourna pour ainsi lui faire face. « Était-ce donc pour satisfaire votre curiosité que vous vouliez me parler, Messire chancelier ? » La prunelle de ses yeux fixant l’œillade du chancelier, Maélyne se sentit soudainement vaciller. Sans doute l’assemblée lui avait donné la force nécessaire de lui faire face et de soutenir son regard, mais là, seuls dans un couloir, cette force semblait lui échapper et pour cause ; leurs solitude ne lui donnait qu’une seule envie, celle de régler ses comptes une fois pour toute pour ainsi, enfin espérer pouvoir… l’oublier. Son visage se tourna alors dans une grimace de dégoût, rompant ainsi ce tourment qu’elle s’infligeait. Il valait sans doute mieux continuer de marcher.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mar 6 Juin 2017 - 23:17


Roderik ne répondit pas. Tout juste fit-il la grimace en l'entendant lui donner du « Messire Chancelier », car dans la bouche de Maélyne, cette formule impersonnelle suintait le mépris. Il continua de marcher, sans trop savoir quoi penser de son explication. L'idée que Guillaume de Clairssac ait envoyé sa douce épouse jouer les ambassadrices en herbe pour la mettre à l'abri du conflit aurait pu lui sembler touchante, si elle ne lui donnait pas envie de vomir. En fait, il soupçonnait surtout le baronnet déchu de ne pas assumer sa part de responsabilité dans l'engrenage qui le menait aujourd'hui à la révolte. Sans doute trouvait-il plus commode de laisser Maélyne endosser publiquement ses erreurs. L'ordure.

Leur marche silencieuse les mena dans un cloître taillé dans la roche, entourant un jardin baigné de lumière entièrement désert. Au centre d'un carré herbeux, une sculpture en marbre représentait un homme aux dimensions athlétiques, élancé, au travers duquel un fin jet d'eau se déversait dans une fontaine. Lorsqu'il était arrivé à Merval, Roderik n'avait cessé de s'étonner de cette mode très sudienne qui consistait à représenter, par des tableaux ou des sculptures, des individus le sifflet à l'air ; plus encore quand ils s'adonnaient aux activités les plus basses. Avec le temps, il avait fini par s'y habituer, comme il lui avait fallu s'habituer à bien des choses.
Prenant place sur un banc de pierre, Roderik sortit enfin de son mutisme.

« Je ne me réjouis pas de vous trouver au milieu de tout ça, Maélyne. »


C'était dit comme sur un ton d'excuse, mais Roderik n'alla pas au bout de sa pensée. C'eut été maladroit, de lui dire qu'il se sentait coupable de tout cela. C'eut été maladroit, car ça aurait aussitôt remis tout leur passif sur le tapis ; mais ce n'en était pas moins vrai. Après tout, c'était le dépit qui avait poussé Maélyne à marier ce grand benêt de Clairssac. Elle s'était jetée dans cette union irréfléchie, aveuglée par la jalousie et le chagrin, parce que Roderik avait manqué à sa parole. Rien n'aurait dû se passer ainsi. S'il avait fait un choix différent, s'il avait préféré le coeur à la raison, Roderik ne serait ni comte d'Arétria, ni Chancelier du Royaume ; et Maélyne ne serait pas l'épouse d'un seigneur ethernan, elle serait son épouse à lui, et elle serait loin, bien loin de cette rébellion que fomentaient Clairssac et ses alliés. Et elle aurait, sans doute, encore sa fille. Roderik n'entendait pas refaire le monde, mais il ne pouvait s'empêcher de voir qu'en l'abandonnant, il l'avait mise en danger.

Il leva les yeux vers elle, et constata qu'elle évitait son regard. Elle était mal à l'aise, ce qui, en fait, n'avait rien d'étonnant. Roderik se rappela alors qu'elle ne savait toujours pas pourquoi il lui avait demandé de l'accompagner. Du même coup, il se rappela qu'il ne le savait pas très bien lui-même. Il avait le vague sentiment qu'entre eux, tout ce qui devait être dit ne l'avait pas été ; pourtant, la dernière fois qu'ils avaient abordé le sujet, la conversation avait tourné court, et il semblait que les choses étaient on-ne-peut-plus claires.
Mais entre-temps, il y avait eu ces mots griffonnés à la hâte sur le vélin, ce vélin que Roderik avait trouvé dans la chambre où il logeait pendant le mariage de Maélyne, à l'Auberge du Cul Qui Brille. Quelques mots tout simples, accompagnés d'un lacet de cuir tout aussi simple, symbole du lien qui les avait tous deux unis lorsque Roderik se battait à Amblère et ne brûlait que de l'espoir de la retrouver. Quelques mots qui lui avaient rappelé, alors, qu'aussi grande soit la rancoeur que Maélyne éprouvait contre lui, elle l'aimait encore, bien plus qu'elle n'aimerait jamais l'autre. Qu'elle le veuille ou non.
Ironie du sort, il avait rêvé ce jour-là de dévaster le pays d'Etherna pour arracher sa dulcinée des griffes de Clairssac. Si la situation n'avait pas été aussi grave ni aussi sérieuse, peut-être aurait-il trouvé de bon ton d'adresser ses félicitations au marquis Gaston, qui était en train de faire le boulot pour lui.

« J'ignore ce que trament votre mari et les autres seigneurs ethernans, et jusqu'où va leur rancune contre le Berdevin au point de mener des actes de guerre en plein hiver. Ce que je veux vous dire, Maélyne... c'est que vous n'êtes pas obligée d'y retourner. L'hiver est rude, et la route dangereuse. Je préférerais vous savoir en sûreté. J'aimerais... que vous restiez. »

Et comme pour être aussi inconvenant dans les actes que dans les paroles, Roderik prit les mains de Maélyne dans les siennes. Un bref instant, il éprouva une pointe de remord ; il avait apprit tout récemment qu'il était père, et sans s'être enquit de la santé de la mère de son fils, voilà qu'il se prenait à rêver de vivre une illusion de vie maritale avec son ancienne amante, ici à Merval. Là résidait la force de cette enclave du royaume, qui vénérait ses propres dieux et suivait ses propres traditions antiques ; on y vivait dans l'oubli du monde extérieur. Après tout, ils étaient loin, les Cinq ; on chuchotait que leur pouvoir ne portait pas jusqu'au Porphyrion, et si Roderik refusait de croire à ces prêches impies, il n'en éprouvait pas moins le sentiment qu'à Merval, il était libre de tout serment. Là-bas, il était le comte d'Arétria et l'époux d'Iselda ; ici, il n'était que le Chancelier du Royaume, et la femme qu'il aimait était là, devant lui.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 7 Juin 2017 - 2:34


Le mutisme dans lequel Roderik se plongea une nouvelle fois ne fit qu’agacer d’avantager la jeune femme. Ce ne sera pas long… voilà ce qu’il s’était permit de lui promettre en venant l’arracher de ses acolytes sur ces escaliers. Pourtant le temps défilait et les mots se faisaient toujours aussi rares. A la place, il l’emmena dans un autre lieu, tout aussi désert mais bien plus charmant que les couloirs qu’ils parcouraient depuis un certain temps. Durant un bref instant, Maélyne s’imagina être tombée dans un guet-apens. Elle se remémora leur promenade sous les étoiles au milieu de ce champ de merde lorsque les Arétans campaient en terres Serramiroises.  Cette demande si particulière de l’Arétan, simple seigneur à l’époque, de ce bracelet de cuir qu’elle lui confectionna puis de cette première nuit qu’ils passèrent ensemble. Ses craintes furent confirmées lorsqu’il lui demanda de rester, prétextant un hiver bien rude et des routes dangereuses, le comble vint ensuite... lorsqu’il se permit, dans un doux geste, de lui attraper ses mains.

Son sang commença soudainement à bouillir. Il a osé... se répéta-t-elle plusieurs fois. Sa respiration s’intensifiait, restant toutefois silencieuse. Son cœur se mit à battre à la chamade, mais ce n’était point l’amour qui lui donnait ce rythme effréné, mais bien la colère et la haine. Sur le point d’exploser, son visage se transforma lentement en une vilaine grimace, puis… vint la révélation. Son regard scrutait le visage du chancelier, et à cet instant, elle le trouva bien laid, horriblement laid. Il ne méritait pas toute cette énergie qu’elle déployait pour le haïr, cela ne faisait que prouver qu’elle l’aimait encore et cet amour, Roderik avait perdu le droit de se vanter de le posséder.

C’était donc une Maélyne calme et relaxée qui prit la parole sur un ton plutôt doux qui aurait aisément pu paraitre pour désintéressé.

« L’hiver est rude et les routes dangereuses, il est vrai. Mais voyez-vous, Roderik, je ne souhaite nullement rester ici. Je ne souhaite plus croiser ce visage qu’est le vôtre. »

Ses mains toujours prisonnières des siennes, celles-ci, certes habituellement froides, l’étaient d’autant plus encore, au point tel qu’un cadavre putride gisant dans le gel depuis des ennéades aurait paru plus chaleureux au Chancelier.

« Je crois néanmoins que vous méritez une explication. Car je vous sens toujours aussi intéressé à mon égard et cela doit cesser. »

Son regard croisa le sien, un instant, elle hésita puis se lança, gardant les mains du comte dans les siennes.

«  Vous souvenez-vous de notre échange a Cantharel ? Ce soir-là, je vous ai appris ce que les traitres Lourmellois m’ont fait subir. Mais il y a une chose, semblerait-il, que vous n’avez point comprit. Mes enfants arrachés… Ils ont jeté ma fille du haut d’une tour, mais ils m’ont également arraché mon second enfant, d’un coup de poignard, juste ici. »

Les mains -toujours aussi glaciales- de la Dame vinrent attirer celles du comte pour les placer sur son bas-ventre, les contenant par la suite, comme si la jeune femme voulait le forcer à ressentir l’horrible cicatrice par-dessus le tissu de sa robe.

« Je portais votre enfant, Roderik. Et c’est ce fait qui a poussé ces traitres à se rebeller. »

Face à lui, elle s’accroupit, reprenant possession de ses doigts, qu’elle décida d’entrelacer avec les siens. Dorénavant à une hauteur équivalente au Chancelier, elle reprit.

« J’ai appris récemment que suite à cette blessure, je pourrais malheureusement… plus jamais concevoir d’enfant. » Sa voix trembla terriblement lorsqu’elle annonça sa stérilité. Elle prit alors quelques instants pour se calmer, puis reprit. « Voilà que, dorénavant, Lourmel se retrouve sans héritier direct, condamnant la cité à être héritée par une branche Missédoise que Brochant n’hésitera point à écarter par la guerre. Mais après tout, qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? Vous vouliez être dans la lumière, vous voilà sur la deuxième plus haute marche du Royaume, il y aura donc au moins l’un de nous deux qui aura obtenu ce qu’il désirait, n’est-ce pas ? Mais… aussi inconcevable que cela puisse paraitre, ce n’est point cela qui aujourd’hui emplit mon cœur de colère à votre égard. »

Un sourire puis un léger rire jaune vint s’emparer de Maélyne alors que son regard commençait à miroiter. C’est à cet instant précis qu’elle eut toutes les peines du monde à retenir sa haine et à conserver son calme.

« Il y a de cela un mois maintenant… J’ai appris que, sur le chemin qui vous ramenait en Arétria, revenant d’Etherna après vous être invité à mon mariage -alors que j’ai risqué cette union pour vous faire parvenir mes sentiments-… dans une auberge… vous vous êtes compromis. Vous avez brisé les vœux solennels de votre mariage, non pas avec celle que vous prétendiez aimer, mais avec Blanche d’Ancenis, Duchesse du Médian, Baronne de Hautval, épouse du boucher responsable du massacre des champs pourpres, celle qui mena le roi que vous êtes vous-même, maintenant, en train de servir loyalement, à l’exil ! »

Maélyne se releva subitement, lâcha ses mains puis s’installa sur le banc de pierre, à distance raisonnable du chancelier. Elle lui laissa quelques instants pour se remettre de ce petit discours mais reprit avant de lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit.

« C’est bien aimable de votre part de vous soucier de ma sécurité, mais je me passerais volontiers de votre fausse galanterie. » Son ton était dorénavant plus léger, plus taquin mais également plus méprisant. « Oh et, rassurez-vous. Votre petit secret sera sous bonne garde… Concernant votre proposition de rester… Finalement, je vais l’accepter. Mais je logerais en ville, cela va-de-soit. Durant notre marche silencieuse, j’ai réfléchit à comment calmer la révolte Ethernienne. La décision de la couronne de ne pas intervenir aurait certainement sied à Guillaume mais pas aux autres seigneurs, ce qui aurait mené le pays à une guerre ouverte. Certains estiment que son Excellence usurpe le droit aux Etherniens de nommer leur propre baron car il aurait obtenu ce dit-droit par décret royal. Je souhaiterais pouvoir obtenir l’autorisation d’accéder -de manière accompagnée par un représentant Royal bien évidemment- aux archives de sa Majesté. Si je parviens à retrouver ce décret, cela mettrait un terme définitif au soulèvement.  »  

Maélyne fit une pause puis se permit de regarder Roderik. Voilà que son sac venait d’être vidé, et alors qu’elle avait attendu ce moment depuis maintenant un mois entier, elle sentit soudainement que cela n’avait rien changé. Aucun soulagement ne vint la libérer de son tourment. La jeune femme se rendit alors compte qu’elle venait d’être méprisante, menaçante et insultante envers lui, et tout cela pour rien. Mais à présent, il était trop tard. Le mal était fait.

« C’est tout ce que je vous demande, Roderik. Après quoi, je ferais tout ce qui est en mon possible pour pacifier ce conflit. Je vous laisserais à votre ascension au sein du royaume en compagnie de votre charmante et platureuse maitresse. » et ce, malgré un sang froid plus ou moins maîtrisé tout au long de son discours, c'est à la fin, qu'elle craqua. Décrivant son amie plutôt envieusement, elle qui s'était promis de ne pas en vouloir à Blanche. La jalousie était finalement trop forte.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 7 Juin 2017 - 11:25


Roderik accusa le coup. Tous ces secrets déballés en même temps pesaient lourd. Il encaissa le choc, difficilement. Lorsqu'il leva de nouveau les yeux vers elle, son visage n'exprimait ni colère, ni chagrin ; rien d'autre qu'une profonde lassitude.

« Que voulez-vous que je vous dise, Maélyne ? Vous pouvez m'accabler de votre haine, si c'est tout ce qu'il vous reste. J'ai manqué d'élégance avec vous, c'est vrai ; mais je ne vous aurais pas abandonnée. Je vous aurais protégée de toutes mes forces, si seulement je vous avais su en danger. Et j'aurais reconnu l'enfant comme le mien, peu importent les conséquences. Mais je n'ai aucune excuse : tout ce que j'aurais pu faire n'a plus d'importance, ce qui est arrivé est arrivé. Je n'ai pas le pouvoir de changer le passé. »

Il haussa les épaules. Au final, toutes ces révélations ne changeaient rien ; il savait qu'elle n'avait cherché qu'à l'atteindre, qu'à lui faire du mal. Elle y était parvenue, mais Roderik n'était pas tout à fait dupe. Ce qu'elle lui reprochait vraiment était beaucoup plus terre-à-terre. Elle était jalouse à en mourir, au moins autant qu'il l'était lui-même. Elle avait accepté le fait qu'il en ait épousé une autre, mais ne pouvait lui pardonner de s'être aventuré entre d'autres cuisses que les siennes. Chercher à comprendre les femmes, c'est comme chercher à comprendre les dieux, pensa Roderik avec sagesse, sauf que les dieux, au moins, se comprennent eux-mêmes.

« Quant à Blanche d'Ancenis, puisque je vois que cela vous préoccupe plus que tout le reste... j'ignore comment vous l'avez su, mais ça m'est bien égal. Cela ne vous concerne en rien. C'est mon épouse que j'ai trahi cette nuit-là, pas vous ; nous ne nous sommes jamais jurés l'un à l'autre, Maélyne, et puisque vous ne m'êtes pas plus fidèle que je ne le suis, je n'ai aucun compte à vous rendre là-dessus. De grâce, épargnez-moi votre leçon sur la fidélité conjugale. Nous en reparlerons lorsque, des maîtresses, votre mari en aura eu quelques-unes à son actif ; cela ne manquera pas d'arriver, croyez m'en. »

Il se leva de son banc. Le clapotis de l'eau de la fontaine résonnait, murmure apaisant dans le jardin du cloître. Roderik ne tenait pas à troubler plus avant la sérénité de cet endroit en poursuivant une conversation qui s'annonçait orageuse. Debout face à Maélyne, il prit le temps de regarder son visage haineux, se souvenant du temps où elle était pour lui si aimante, à une époque pas si lointaine, quand tous deux vivaient de l'autre côté du royaume. Si près d'elle, il pouvait respirer le parfum de son eau de senteur. Il dût s'arracher à cette divagation incongrue.

« Cherchez votre fameux décret, si cela vous chante », déclara-t-il. « J'espère que vous vous complairez dans la solitude de la salle des archives royales. Couvrez-vous bien, Maélyne : il fait plutôt froid dans cette grande pièce austère. » Il esquissa un rictus, puis se refit plus sérieux. « Et lorsque vous cesserez de perdre votre temps à courir après une cause perdue, vous reviendrez me voir ; non pour parler de lui, mais de vous. Car je ne peux aider Etherna, mais ce que j'ai dit est toujours vrai : je ne vous abandonnerais pas, quand bien même vous m'y forceriez. »
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 7 Juin 2017 - 12:49


« Je ne cours pas après une cause perdue, Roderik. Que la guerre se termine en faveur de l’un ou de l’autre, peu me chaut tant qu’elle prend fin au plus vite. C’était ce que j’étais venue chercher et que vous n’êtes point en mesure de m’offrir. »

Non, elle ne hausserait pas la voix, ni réagirait à son discours sur l’infidélité. Tout cela lui importait peu, désormais. Il connaissait dorénavant le fond de sa pensée, les blessures qu’il lui avait infligées et se les excusait en répliquant bêtement que cela appartenait au passé et qu’il ne pouvait plus rien y faire. Maélyne se leva à son tour, puis s’éloigna quelques peu de son ancien amant. Son regard scruta les plantes du jardin, bien différentes de celles que l’on pouvait trouver, loin, au nord.

« Vous avez néanmoins raison sur un point. Notre histoire appartient au passé, et vu qu’on ne peut le changer, ni y retourner, alors le mieux à faire, c’est encore de l’oublier. Trop d’erreurs ont été commises pour pouvoir ne serait-ce qu’espérer retrouver un semblant de ce bonheur illusoire que l’on partageait, vous et moi. »

La jeune femme s’éloigna encore plus, prenant la direction de ces longs couloirs obscurs. Ce n’est qu’une fois arrivée à l’entrée de ce lieu qui aurait pu être magique en d’autres circonstances qu'elle reprit la parole. Son regard se faisait moins sévère et son ton devint plus formel.

« Grand Chancelier du Royaume, Comte d'Arétria et Seigneur de Wenden. C’est dorénavant ce que vous serez pour moi, et je vous conseille d’en faire de même à mon égard, car jamais, Roderik, jamais je ne reviendrais vers vous. Que ce soit pour vous parler de lui, ou de moi. » La jeune femme fit une légère pause, baissant son regard. « Je vous remercie de me donner accès aux archives, je tâcherais de faire au plus vite. » Puis, elle lui adressa une révérence, clôturant ainsi ses dernières paroles.
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Ven 9 Juin 2017 - 20:35


« Je n'en crois rien, et vous non plus », furent les dernières paroles qu'il lui lança, d'un ton buté, alors qu'elle disparaissait dans les galeries. Renonçant à la suivre, il demeura un moment seul dans le cloître, le visage défait et les mains tremblantes de colère. Il resta là, seul avec la statue qui glougloutait dans la fontaine. Il se laissa choir sur le banc, prit sa tête entre ses mains, inspira une grande bouffée d'air et encaissa ce revers comme un homme, un vrai, sait le faire. C'est de sa faute à elle, se dit-il, à elle et son amour-propre de grande bécasse qui lui interdit de perdre la face devant moi. Le voudrait-elle qu'elle ne pourrait me pardonner, par principe ; et elle le veut.

Il passa un moment à maudire les femmes et leur damné orgueil, et leur manie de tout mettre en oeuvre pour être malheureuses. Ah ! Eut-elle mis de côté sa rancœur qu'ils auraient pu vivre leur amour ici exactement comme ils l'auraient voulu. Loin d'Iselda, loin de Guillaume, ils auraient vécu comme mari et femme, si ce n'est devant Néera. Mais puisque Néera était si peu vénérée à Merval, comment l'aurait-elle su ? Et Néera ne prônait-elle pas l'amour, le vrai, le véritable ? Il n'en était plus si sûr ; Roderik craignait par trop que sa fascination pour Maélyne fut l'oeuvre d'Arcam. Mais le dieu était maître de l'illusion et du mensonge, et Roderik était certain que l'amour qu'il vouait à la Dame de Lourmel n'avait rien à voir avec le chaos, la malice et la sournoiserie d'Arcam.
A moins que l'amour ne soit justement le chaos, la malice et la sournoiserie, pensa-t-il. Cette réflexion lui fit peur tant elle semblait plausible. Il en conclut qu'il avait passé bien trop peu de temps à prier la DameDieu depuis qu'il se trouvait à Merval. Il n'avait pas le sentiment de s'être détourné d'elle, mais la déesse se serait-elle détournée de lui ? Il avait rompu ses vœux en s'accouplant avec la baronne de Hautval, qui, en plus de n'être point son épouse, était son ennemie. Et ne s'était-il pas compromis en servant un régent dont les croyances étaient douteuses, dans une cité rongée par le paganisme ? Pourtant, il servait la quête la plus sacrée qu'un pentien puisse imaginer en œuvrant à sauvegarder le trône des Fiiram, ceux-là même qui avaient porté la voix des Cinq et bâti le royaume pour leur gloire. Mais alors, oui, alors ? Où étaient les dieux, et comment jugeaient-ils ses actes ?

Perdu dans ses raisonnements, Roderik quitta son banc pour se laisser tomber à genoux sur le sol poussiéreux et couvert de lierre, et s'abandonna à la prière. Un autel eut été préférable, mais il y avait la fontaine et la statue qui pisse : à défaut d'autre chose, ça ferait bien l'affaire.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 10 Juin 2017 - 0:12


Les couloirs semblaient être sans fins. L’esprit complètement ailleurs ainsi que le regard perdu dans le vide, la jeune femme se sentit marcher mais ne semblait point guider ses propres pas. Cela faisait si longtemps que sa rancœur la dévorait qu’elle en avait fini par répéter chaque jour les mots qu’elle aurait voulu lui balancer au visage. Maintenant que c’était fait, un sentiment de culpabilité vint quérir son cœur et un goût amer s’empara de sa bouche, et pour cause ; jamais elle ne s’était imaginé que le blesser à ce point reviendrait à la blesser elle-même. Serait-elle donc devenue insensible à ce point ?

Enfin face à ce qui se révéla être une entrée donnant accès à ces escaliers où il était venu la quérir plutôt dans la soirée, Maélyne se vit alors bousculer par une forte rafale qui s’engouffra dans le couloir, l’empêchant de mettre le moindre pied dehors. La tempête s’était rapprochée mais la Dame y voyait plutôt un signe. L’amour qu’elle lui portait auparavant s’était peut-être évanoui, obscurcit par cette colère si envahissante, mais cela ne lui donnait en aucun cas le droit de le traiter de la sorte. Après un bref instant d’hésitation, elle reparti en direction du cloitre. Ses pas se firent plus pressant et son regard plus vif mais la jeune femme opta tout de même pour une approche silencieuse à la vue de cette lueur lunaire perçant l’obscurité.

Se tenant à nouveau à l’entrée, là où elle avait coupé court à leur discussion,  à moitié cachée par une pénombre plus insistante, Maélyne regarda Roderik, à genoux, priant la Damedieu. C’était bien la première fois qu’elle le voyait aussi pieux, lui qui, d’habitude, mentionnait les dieux qu’au travers d’innombrables expressions, qui s’avéraient bien souvent fortement en leur défaveur. S’avançant de plus en plus, Maélyne vint déposer une main sur son épaule.


« En la Déesse tu auras foi, et ses conseils avisés tu suivras. Dans la mesure de tes capacités, au respect du Bien tu veilleras. Par les choix et non la condition tu jugeras, et tes bienfaits à tous tu prodigueras. Conseils et possibilités de Choix, à tous tu t'efforceras d'apporter. Les conflits tu aideras à bannir, privilégiant la sage médiation. A toute personne sincèrement désireuse de l'entendre, ton enseignement tu dispenseras. La vie tu respecteras et protégeras. Les lois terrestres et spirituelles tu respecteras. La Magie Divine et l'Energie de la Déesse tu ne gaspilleras point. Nous sommes si peu à respecter ces dogmes pourtant nous sommes les premiers à nous étonner lorsque l’on se rend compte que les dieux semblent nous avoir oublié. Je ne les ai point respectés ce soir et je tiens à réparer mes fautes. »

Sa main vint libérer son épaule puis elle vint s’agenouiller à ses côtés. « J’aurais dû utiliser d’autres mots pour vous faire comprendre mon ressentiment à votre égard. N’y voyez-là point méchanceté supplémentaire mais je l’avoue, je voulais vous blesser. Et je le regrette sincèrement. Je n’aurais point aimé être la cible dans cette histoire et je me suis montrée indigne de ces préceptes que je viens de vous citer. Je ne vous demande pas de me pardonner, ce serait inconvenant de ma part. Je ne peux vous demander cet effort alors que je suis moi-même incapable de le faire pour vous. Pourtant je suis désolée, Roderik. J'aurais aimé que cela se passe autrement. » Soupirant, l’orage éclata subitement au-dessus de leurs têtes, une forte pluie vint terminer le spectacle. Se redressant puis s’éloignant à nouveau, Maélyne aurait voulu lui prodiguer un conseil, une dernière chose avant de le laisser. Celui de ne plus chercher le bonheur auprès d’une femme mais de le construire auprès de ses enfants. Pourtant aucun mot de plus n’arriva à franchir la barrière de ses lippes alors que l’obscurité des couloirs l’accueilli à nouveau, elle qui était dorénavant trempée jusqu'aux os.
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 10 Juin 2017 - 1:09


Il l'entendit arriver avant qu'elle pose la main sur son épaule ; il savait que c'était elle, sans trop oser y croire. Lorsqu'il sentit la main de Maélyne contre lui, Roderik comprit que la déesse l'avait entendu. C'est un signe. Néera l'approuvait ; leur amour était bel et bon, il était sincère et juste, et il n'avait pas à en avoir honte. Je renoncerai à Iselda, décida-t-il, je renoncerai au comté. Tout était simple, à présent, ou du moins, tout était simple à ses yeux ; il oubliait bien vite qu'Iselda venait de lui donner un fils, mais bah ! Peu lui importait en vérité. Il pria silencieusement, adressant en pensée un remerciement à la DameDieu, tandis que Maélyne à ses côtés récitait sa prière. Puis elle s'agenouilla près de lui, et Roderik se sentit bien. Il l'écouta faire son mea culpa, sans trop savoir où elle voulait en venir. Il songea à l'embrasser ; c'est à ce moment-là qu'éclata l'orage, et qu'elle l'abandonna précipitamment pour partir s'abriter. Une averse aussi soudaine que violente lui tomba sur la tronche, alors qu'il ne comprenait toujours pas ce qui venait de se passer.

Et puis il se décida subitement. Il se mit à courir après Maélyne, et il la rattrapa dans le couloir ; là, sans la moindre sommation, il la plaqua contre le mur de pierre parsemé de lierre et embrassa sa bouche humide, se pressant contre son corps trempé de pluie.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 10 Juin 2017 - 11:46


Qui trop embrasse, mal étreint. Il y avait toutefois quelque chose de rassurant, à ce retrouver là, acculée contre le mur, enlacée dans ses bras. Ses lèvres répondirent immédiatement à l’appel de l’amant, embrassant fébrilement les siennes, libérant ainsi toute l’ardeur accumulée depuis leur dernière passion, à Lourmel.  Pourtant il y avait quelque chose de différent. La rancœur avait mauvais goût et le cœur se rappela que trop bien le nom d’un autre homme, celui d’un chevalier qui venait à bien trop occuper ses pensées. Cependant, Roderik ne manquait pas d’entrain, ni de talent. Il avait ce don de l’enivrer au moindre contact, de la faire succomber à ses nombreux charmes, de la plonger dans un entêtant échange sans trop de difficultés, il lui suffisait de l’embrasser.

Suspendue à son cou, Maélyne se sentit doucement tressaillir lorsqu’une voix résonna au loin.
« DAME MAELYNE ? DAME MAELYYYYNE ? » Ses lèvres vinrent s’arracher des siennes dans un long soupire. « Je les avais oubliés, ceux-là... » Chuchota-t-elle avant de venir déposer une multitude de baisers au creux de son cou. « DAME MAELYYYYYYYNEUUUUUH ? OU ETES-VOUUUUUUUS ? » Son regard vint chercher le sien, elle aurait voulu qu’il l’emmène et qu’il l’enlève le temps d’une nuit, mais ces Etherniens étaient sous sa responsabilité et ils n’avaient dorénavant plus de chambre au palais. Maélyne se devait donc de les amener au sec. « Je vais devoir vous laisser. » Finit-elle par lâcher à contrecœur. « Sinon il va finir par se mettre tous les gardes du palais à dos. » Un sourire vint s’afficher sur son visage, comme si l’idée de voir Ecbert  se faire courser par une centaine d’hommes en armure lui plaisait. La jeune femme mit alors fin à l’étreinte et le repoussa lentement, remettant ainsi une distance normale entre eux. La voix se rapprochait, et il aurait été de mauvaise augure que ce seigneur Ethernan la voit dans les bras d’un autre, surtout après la révélation de Guillaume sur leurs mariage.

« Aaaaah, vous voilà ! Je vous ai cherché partout, Dame Maélyne ! Messire Chancelier... » Finit il en appliquant la révérence de mise.
« J’ai cru comprendre, oui. »
« Regardez-moi donc l’état de votre rode, parbleu ! » S’étonna-t-il tout d’un coup. « Cela ne va pas, tout ça. » Reprit-il en inspectant sa jupe et sa coiffure. « Allons, allons...  Maélyne... Je vous ai connue plus coquette. »
« Je suis juste trempée Ecbert. »
« Nous devons partir dans ce cas, vous risqueriez d’attraper froid ! Par Néerra, si jamais Guillaume apprend que vous êtes tombée malade, je risque d’y perdre la tête ! »
« N’exagérez-rien. Veuillez nous laisser quelques instants, nous n’avions pas terminé. »

Les pas de l’Ethernan s’éloignèrent légèrement de Maélyne et de Roderik, leurs laissant tout le loisir de converser sans être entendu.

« Pourrais-je avoir le loisir de vous revoir ? » Maélyne jeta un regard a Ecbert, il attendait à quelques mètres, si proche, ce qui l’empêchait d’embrasser son amant une dernière fois.
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Sam 10 Juin 2017 - 20:42


Tout accaparé par leur étreinte, Roderik se laissa emporter par l'intensité du moment, faisant abstraction de tout le reste ; ce n'était plus qu'elle et lui, au milieu de nulle part, et plus rien d'autre ne comptait désormais ; rien d'autre que l'amour, le vrai, celui que Néera semblait bénir. Eperdu d'amour, Roderik s'enivra de ses lèvres douces et humides et de la chaleur moite de sa peau et de son souffle, et entre deux baisers il murmurait inlassablement « je vous aime, je vous aime », sans la moindre retenue et peu soucieux qu'on puisse les surprendre, comme s'ils étaient seuls au monde.
Si seulement...
Oui, si seulement ; car, alors qu'il enlaçait sa Maélyne de ses bras puissants, euphorique à l'idée qu'elle redevienne enfin sienne, leur étreinte fut interrompue par l'importun Ecbert. Plus soucieuse que lui des convenances, Maélyne réagit dès qu'ils entendirent les premiers appels du fâcheux. Et lorsqu'Ecbert déboula devant eux, Roderik affecta, très mal, une expression innocente, regardant le sol en se frottant les poignets et en pinçant les lèvres. Putains d'Etherniens, ils ont vraiment le don de me faire chier en toutes circonstances, pensa-t-il amèrement, lui qui n'attendait qu'une occasion d'embrasser à nouveau sa bien-aimée. Mais autant se rendre à l'évidence : il n'aurait pas sa ration d'amour ce soir.

Le cœur battant, et tout ému du fait qu'elle veuille le revoir, il hésita ; il aurait voulu la retenir ici, lui interdire de l'abandonner ; elle ne pouvait pas s'en aller, pas maintenant après ce qui venait de se passer, pas après tout ce qu'il avait espéré et espérait encore. Mais il ne devait pas la mettre dans une posture délicate vis-à-vis des Etherniens. Ce ne serait pas bien. Il inspira un bon coup avant de prendre la parole d'un ton calme et dégagé :

« Venez à la Chancellerie demain. Je vous aiderais à mettre la main sur ce fameux décret dont vous me parliez. »

Il se fichait du décret comme d'une guigne, mais il voulait la revoir au plus vite ; et ainsi, ils en finiraient au plus vite avec le problème ethernien. Guillaume de Clairssac irait voir chez Tyra s'il y était, de même que ce Ecbert, de même que tous les autres ; quand tout ça serait fini, Roderik et Maélyne pourraient enfin parler d'eux. Il songea qu'il lui faudrait reporter certaines affaires qu'il aurait dû traiter le lendemain, et cela n'était point dans ses habitudes, mais la présence de Maélyne de Lourmel à Merval était tout sauf une habitude. Le royaume avait peut-être besoin de lui, mais Roderik avait besoin d'elle.
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Mer 21 Juin 2017 - 21:31


L’orage s’en était allé aussi vite qu’il n’était apparu, laissant place à un ciel dégagé, assez rare lorsque l’hiver battait son plein, encore plus cette année au vu de sa rudesse. Maélyne était installée sur le rebord de la fenêtre, adossée au mur, les volets complètement ouverts. Elle s’était enroulée dans des vêtements chauds des pieds à la tête. Sa peau de vison recouvrait ses épaules, une couverture faisait office de seconde robe alors que ses pieds étaient venus se réfugier dans une seconde paire de chausses. Le feu de cheminée rendait l’âme petit à petit, ses flammes se firent plus petites, plus frêles, doucement vaincues par l’air glacial qui s’engouffrait dans la pièce. Pour rien au monde, la jeune femme n’aurait raté le spectacle qui s’offrait à elle ; le ciel s’illuminait de mille feux et en cette période, ses lumières étaient d’autant plus brillantes. Peu en parlaient, de crainte de s’attirer les foudres de cette potentielle nouvelle divinité, mais la « nouvelle lune » vibrait en cette nuit d’un nouvel éclat. Ses reflets dorés, si timides d’ordinaires se firent plus distinctifs. Était-ce là un nouveau signe ou alors les rêveries de Maélyne qui lui jouaient des tours ? Qu’importe. Accompagné de ses nombreuses étoiles, cette lune fixe offrait un spectacle qui méritait amplement l’absence d’une quelconque source de chaleur.

La tête posée sur un petit coussin, son regard passa d’un point à un autre ; du ciel à la colline. Il y avait quelque chose qui la rendait terriblement triste. Son cœur s’était alourdi. Il faisait mal, sans que la jeune femme ne puisse déterminer l’origine de la détresse qu’il semblait lui hurler. Ressassant sans cesse son échange avec Roderik, Maélyne ne put s’empêcher de se remémorer le passé qu’elle partageait avec lui, mais aussi celui qu’elle partagea avec les autres hommes de sa vie. Son premier mari était aimable mais l’amour ne les avait pas unis, Roderik était aimant, oui, jusqu'à ce que son opportunisme ne se mette entre eux, Guillaume était respectueux jusqu’à ce que la guerre éclate et Tancrède… Tancrède était une histoire à oublier, à effacer.

La jeune femme se remémora quelques souvenirs qu’elle partageait avec Lyanna et Cécilie, une scène innocente où les trois poupées, se rapprochant de l’âge fatidique où elles pourraient se fiancer, ne rêvaient que de beaux princes et d’amour. (Bon, Lyanna rêvait également de richesse,  mais passons.) Pourtant ses quelques expériences se sont toutes soldées par de terribles échecs, des échecs douloureux, des échecs qu’elle ne supporterait plus.

Maélyne avait retrouvé un Roderik différent, pas seulement physiquement, mais également moralement. La solitude semblait l’avoir gagné, lui, le nordien loin du nord et noyé entre les suderons mais aussi l’homme loin de sa femme et de son futur enfant. Était-ce cette solitude qui le poussait à nouveau vers elle ? Était il sincère ? N’allait il pas refaire une nouvelle erreur ?

A la simple pensée de se voir une nouvelle fois rejetée, que ce soit dans un futur proche ou lointain, la jeune femme se sentit soudainement éprises de quelques timides sanglots. Non, elle ne supporterait pas. Était il donc prudent de prendre un si gros risque ? Le temps lui avait pourtant apprit que le bonheur était possible, sans aucun homme à ses côtés. Alors pourquoi hésitait-elle tant ?

La nuit se rafraichissait de plus en plus, le temps passait lentement. Maélyne se sentit envahir par le sommeil, et alors que ses paupières se fermèrent, une légère brise vint l’arracher à son début de sommeil. La jeune femme regagna alors son lit après avoir fermé les volets et fait repartir le feu. Malgré ses nombreuses interrogations, c’était finalement avec l’esprit léger qu’elle gagnait un doux repos. Demain était un autre jour.


2ème jour de la 5ème ennéade
Verimios, mois d’hiver
En l’an 9 du 11ème cycle.



Le soleil voilé par de nombreux nuages, avait passé son zénith avant que la Dame gravisse à nouveaux ses nombreuses marches.
« Combien de fois allons-nous devoir les monter ces maudites marches ? » Maugréa la jolie rondelette qui accompagnait Maélyne.
« Autant de fois qu’il le faudra pour que vous fesses finissent par fondre, Cunégonde. » Répliqua la jeune femme sur un ton on ne peut plus taquin.
« Elles sont très bien mes… hum ! »
Maélyne éclata alors de rire, un rire comme elle n’en avait plus eu depuis longtemps. De ce fait, elles furent rapidement rejointes par deux curieux, à la traîne, qui accélèrent le pas, piqué au vif par leurs curiosité de voir ainsi Maélyne s’esclaffer.
« Que se passe-t-il donc ? »

Cunégonde ne répondit rien, préférant se focaliser sur son souffle tout en continuant de gravir les quelques marches restantes. Une fois en haut, le rire terminé, Maélyne la regarda puis décida de la prendre dans ses bras et de lui offrir cette légère tendresse. Il n’en fallut pas plus pour émouvoir la petite aux formes généreuses, qui versa une larme qu’elle chassa bien vite de son doigt boudiné.

La Dame s’éloigna alors, prenant la direction de la chancellerie en lançant un simple « ne faites pas de bêtises. » Sur quoi Ecbert répliqua, un peu déçu : « Et moi ? Je n’ai pas droit à un câlin ? Dame Maélyne ! Attendez ! Je mérite aussi un peu de tendresse ! Dame Maélyne !! Dame Maélyyyyne ! » Mais il était trop tard, le pas pressé de la lourmelloise la conduisait tout droit vers un autre homme.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Ven 30 Juin 2017 - 8:46


La paperasse s'amoncelait sur les rayonnages de pierre de la salle aux archives, annexe de la Chancellerie. Décrets, édits, ordonnances, actes de mutation, procès-verbaux de justice, une masse compacte de documents avait été tirée des Archives Royales de Diantra dans les jours qui avaient précédé l'arrivée de l'Ogre du Médian. Ces archives avaient par la suite transité de Soltariel à Merval, suivant les pas du petit roi. Difficile de dire quelle quantité de vélin s'entassait là ; les clercs avaient manqué de temps pour procéder à un classement efficace, et Roderik n'était pas certain que la collection mervaloise soit complète. Les archives, de toute manière, se recyclaient au fil du temps ; combien de volumes rendus illisibles par le passage des âges avait-on jetés ? Roderik n'accordait pas grande valeur aux écrits ; ces actes rédigés par les clercs n'étaient pas toujours fidèles à la pensée des hommes dont ils étaient supposés restituer les décisions. Les écrits n'étaient jamais que des preuves ; la loi était orale. Mais Maélyne avait besoin d'une preuve, et Roderik avait besoin de Maélyne ; aussi était-il présent ce jour-là pour l'aider à mettre la main sur le document qu'elle cherchait. Il l'attendait, assis sur une table à l'écart des rayonnages. Devant lui, une bougie éclairait faiblement la pièce sombre ; l'éclairage était réduit au strict minimum par mesure de prudence, car les Archives Royales, au fil du temps, avaient été incendiées plus d'une fois. On se défiait donc de la lumière, quitte à écarquiller les yeux pour lire dans l'ombre, et tant pis si cela vous rendait bigleux.

Il leva la tête lorsque Maélyne se présenta avec ses joyeux drilles. Outre le fait que ses amis soient excessivement bruyants, Roderik prit ombrage de la voir venir accompagnée. Il savait bien qu'elle n'était pas venue pour lui, mais il avait espéré, d'une certaine manière, que cette rencontre soit l'occasion d'un autre tête-à-tête et, qui sait, qu'ils puissent reprendre ce qu'ils avaient commencé la veille. L'obscurité de la salle aux archives s'y prêtait fort bien.

« Bonjour, Dame Maélyne », dit-il du ton le plus neutre possible pour ne pas éveiller les soupçons des autres. « Je vous attendais ; mettons-nous à la recherche de votre décret dès maintenant, si vous le voulez, car je crains que cela ne nous prenne du temps. Les documents sont rangés n'importe comment, c'est un vrai merdier, je vous jure, il y en a partout. » Il se leva puis, désignant d'un signe de tête la table à laquelle il s'était trouvé, précisa : « juste une chose : pas de bougie entre les rayonnages, surtout ; les documents ont beau être stockés dans des étagères en pierre, ils s'enflamment en un rien de temps. Si vous mettez la main sur quelque chose d'intéressant, amenez-le ici pour l'étudier à la lumière. » La mise en garde faite, ils pouvaient commencer. « Répartissons-nous en deux groupes puisque nous sommes cinq, cela ira plus vite. Vous trois, les deux messieurs et la dame, vous n'avez qu'à aller ensemble de ce côté-là, et, hum, Dame Maélyne et moi prendrons ce côté-ci. »
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.   Lun 3 Juil 2017 - 11:45


Sa bonne humeur s’était immédiatement envolée lorsque le chancelier proposa de former deux groupes bien distincts. Les Etherniens ne se doutaient de rien mais Maélyne y voyait là un plan « machiavélique » de Roderik qui cherchait sans nul doute à ce qu’ils se retrouvent seuls, une fois de plus. Le sourire qui trônait sur son visage depuis ce matin laissa alors place à l’appréhension. L’on dit souvent que la nuit portait conseil mais dans ce cas-ci, la nuit avait surtout apporté assez de distance entre les deux amants pour que la raison vienne conseiller le cœur. Pour l’heure, l’affaire Ethernienne était bien plus importante que celle qui les liait ensemble, ces deux-là, et Maélyne craignait que le chancelier cherche n’importe quel prétexte pour reprendre ce qu’ils avaient commencé la veille.

Bon, je me fais sans doute des idées. Se dit-elle alors que ses pas suivaient ceux du comte. Et dire que rien n’est classé, on va en avoir pendant des jours. La jeune femme décida de rester à bonne distance de son ancien amant, par crainte de succomber une fois de plus à ses éventuelles avances, puis se mit à l’ouvrage. Ses petites mains vinrent agripper des rouleaux pour les amener au plus près de son visage, permettant ainsi la lecture des premiers écrits. Maélyne enchaina les décryptages, sans succès jusque-là. Un silence quasi studieux s’était installé entre elle et Roderik, comme pour contrebalancer les voix portantes de ses acolytes Etherniens. L’obscurité grandissant au fur et à mesure qu’elle s’engouffrait plus loin dans les rayonnages, Maélyne sentit alors un malaise s’installer. Il lui fallait briser ce silence, devenu pesant.

« Comment se porte votre épouse ? » C’était demandé sans grande réflexion derrière et Maélyne se rendit compte que cela n’allait certainement rien arrangé a l’embarras qu’elle ressentait déjà, mais il était trop tard, la conversation avait été engagée. « Et l’enfant qu’elle porte ? » rajouta-t-elle in extrémis comme pour dévier l’intérêt qu’elle portait soudainement à Iselda. N’eut il point encore répondu que son cœur se serra déjà à l’idée d’entendre une réponse qu’elle n’était pas prête à écouter, pourtant, la jeune femme allait devoir tendre l’oreille.

A peine s’était-il retourné qu’une autre voix féminine se fit entendre. Cunégonde semblait avoir trouvé quelque chose et elle le faisait facilement savoir.

« Dame Maélyne ? Dame Maélyne ? » S’exclama-t-elle, arborant différentes allées de cette sombre salle. La Dame, quant à elle, ne put s’empêcher de soupirer avant de laisser Roderik seul au fond de leur allée, rejoignant d’un pas pressé celle qui semblait avoir déniché un trésor. Elles se retrouvèrent près de la table, là où une seule bougie offrait la lumière nécessaire à une inspection plus minutieuse du document. Le posant délicatement sur la table, Cunégonde n’attendit pas un instant de plus pour s’exprimer :
« Je l’ai trouvé parmi l’inventaire des archives royales à Diantra. Je me suis dit qu’au départ, il faudrait savoir si le décret que nous cherchions a bien été déplacé ou non. »
« Très bien, voyons cela. » Toutes deux, elles prirent place et se mirent à étudier le parchemin à la longueur peu commune. Le dit écrit était noircit de tout son long, répertoriant les documents les plus importants des archives ainsi que leurs emplacement. Maélyne se rendit alors compte que l’importance du document qu’elle tenait entre ses mains et mesurait ainsi la confiance que Roderik lui portait.
« Ici. » Dit-elle alors subitement à l’encontre de Cunégonde. Les deux autres Etherniens revinrent alors près d’elles et une discussion entre eux débuta.
« Il est inscrit ici que le décret que nous cherchons se trouvait dans une aile est de la salle des archives. » Lisait-elle à haute-voix.
« Cela nous aide pas beaucoup. » se permit alors Ecbert.
« En réalité, si. » Maélyne soupira une nouvelle fois, complètement exaspérée.
« Cette aile a été ravagée par les flammes. » Un silence s’installa quelques instants puis Maélyne reprit :
« Nous ne pourrons donc pas nous appuyer sur ce décret. »
« Que pouvons-nous faire alors ? »
« Eh bien, rentrer au pays, déjà et annoncer la décision du Roy, que voulez-vous qu’on fasse de plus Ecbert ? Nous ne pouvons forcer la couronne à plaider en votre faveur alors que tout est contre vous. »
« Cela dépend du point de vue, Ma Dame, si je puis me permettre… »
« Je comprends vos motivations, Ecbert, sinon je ne serais point-là. Mais vous devez avouer que cette révolte tombe au plus mal… vu l’hiver que nous subissons. »
« Oui, Ma Dame. Mais je ne pense pas que la décision du Roy changera quelque chose à l’état d’esprit actuel de votre mari et de ses partisans. »
« Je ferais en sorte que oui. J’ai horreur que le peuple souffre à cause des querelles de la noblesse, Ecbert. L’hiver frappe fort cette année, les hommes mobilisés ont certainement envie d’être auprès des leurs plutôt qu’entassé dans les casernes des cités. »
Ecbert ne répondit rien, tout comme Jean-Eudes et Cunégonde, ils savaient tout trois que Maélyne avait raison, mais ce qui les inquiétait avant tout, c’était de voir cette révolte mourir dans l’œuf, eux qui estimaient cette cause juste.
« Rentrons en Etherna, l’avenir nous dira ce qu’il adviendra de cette révolte, faisons en sorte que le moins d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de cette guerre. Rentrez au manoir et préparez nos affaires, je vous rejoins. »
Les Etherniens quittant la pièce, Maélyne se releva et prit le soin de remettre le parchemin en place. D’un pas décidé, elle se dirigea vers Roderik, resté en retrait de cette discussion. Ses bras vinrent immédiatement s’enrouler autour de son cou alors qu’elle le sera contre elle dans une étreinte qui se voulait douce et forte à la fois.  Elle avait bien comprit qu’il la voulait auprès d’elle mais la guerre était sur le point d’éclater en Etherna entre deux camps, qui jusque-là s’étaient contenté de s’envoyer des regards à partir de leurs cités respectives.
« Je dois y retourner. » Finit-elle par murmurer. « Mais je reviendrais, si toutefois vous voulez bien que je revienne… Je... Comprendrais si ce n'était pas le cas.»
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L'or brille, même recouvert de boue | Roderik de Wenden.
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