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 Sous le parvis, la bravade - Cécilie & Irys

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Ernest de Missède
Humain
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MessageSujet: Sous le parvis, la bravade - Cécilie & Irys   Mer 31 Mai 2017 - 2:46


9ème jour de la 7ème ennéade de Verimios
Hiver de l'an 9 du XIe Cycle


Comme toutes ses terres voisines, Edelys se préparait à se voir rudoyer par la poigne de l’hiver. La route d’or s’effilochait à mesure que les voyageurs et marchands s’y faisaient de plus en plus rares. Les greniers étaient pleins, les réserves de bois, déjà bien entamées, furent réapprovisionnés en vue de l’arrivée du son illustre froideur, et chaque chaumière laissait échapper, sans discontinuer, une colonne de fumée qui s’élevait jusqu’à un plafond de nuages si gris et tellement bas. Pourtant, Ernest ne se trouvait pas auprès de l’âtre crépitant d’un de ces foyers. Bien au contraire, le Comte de Missède, la Comtesse et leur suite étaient juchés au point le plus haut, et donc le plus froid, de toute la région. La saillie rocheuse, sur laquelle, autrefois, la résidence royale fut érigée, offrait une vue imprenable sur tout le pays édelysien. Ernest se réjouit de voir que le vent n’était pas aussi violent que lors de sa dernière visite. Il n’en restait pas moins que l’air était glacial et que le souffle expiré par chacun produisait d’épais filets de vapeur semblables à ceux que les maisons de la région expugnaient elles aussi. Pour l’occasion, tous, jusqu’au plus simple domestique de la suite, furent pourvus de lourds manteaux de fourrure ; Ernest n’avait pas lésiné à ce sujet, et tant pis si, sous ces pelisses, on ne distinguait guère le suzerain de l’écuyer ; le froid avait cet effet de ranimer les instincts grégaires.

 

Le Sanctuaire des Cinq ne manquait pas d’allure. Ernest ne se rappelait pas avoir jamais vu pareil endroit. Au sommet de l'impressionnant promontoire rocheux, au bout du long et large chemin pavé qui montait en l’enserrant, cinq arches de pierre étaient agencées en demi-cercle. Les deux premières, à gauche et à droite, étaient celles d’Arcamenel et de Kyria. Les deux suivantes, plus imposantes que les précédentes, celles de Tyra et d’Othar. Et enfin, au fond du sanctuaire, l’immense arche de pierre de Néera surplombait les autres par sa taille et sa carrure. A l’abris de ces structures de pierre, cinq autels supportaient des bustes taillés selon les plus belles iconographies des dieux et suivant les normes édictées par l’abbaye de Nostredame-de-la-Bien-Venue. De nombreuses inscriptions couraient également sur les pierres et sur le parvis central où un large calice abritait une flamme chaloupant au grès des bourrasques de vent, mais sans jamais faillir. Le relief vertigineux et l’architecture simple mais puissante du monument octroyaient à ce lieux un mysticisme pesant qui donnait l’impression prodigieuse que les regards des Cinq y était fixé.

 

Ernest s’approcha d’une des dalles du parvis sur laquelle on pouvait lire :


LE SANCTUAIRE DES CINQ
ÉRIGÉ PAR JEAN DE LA HERSE
SOUS LA BIENVEILLANCE D’ERNEST ET DE CÉCILIE DE MISSÈDE
ET LA BÉNÉDICTION DE LA HAUTE-PRÊTRESSE DE NÉERA
EN L’AN NEUF DU XIEME CYCLE DE NOTRE ÈRE  
 

C’était donc l’inauguration de ce sanctuaire qui valait la présence d’Ernest et Cécilie à Edelys. Ils avaient, pour l’occasion, invité la Haute-Prêtresse du Culte à faire le chemin depuis Diantra et à être leur invitée d’honneur au château de Cornels, propriété du Comte de Missède, jusqu’au lendemain où le couple devrait regagner la capitale du Comté. Mais c’était au Sanctuaire des Cinq qu’ils devaient d’abord se rencontrer et il ne tarda pas avant que le son d’un cor annonçât l’ascension et l’arrivée imminente d’Irys d’Arosque au sommet du rocher.

 


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Irys d'Arosque
Humain
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MessageSujet: Re: Sous le parvis, la bravade - Cécilie & Irys   Ven 2 Juin 2017 - 20:02

Le promontoire édelysien arracha quelques sifflements d’admiration chez les prêtres chevauchant avec Irys, dès que les derniers tournants de routes eurent permis la vue de la saillie rocheuse. Elle s’élevait, comme une bravade aux cieux grisâtre, un signe que l’Homme avait réussit à grimper là où il n’y a nulle prise, à construire où les sols sont instables. Pourtant, le ciel domine toujours les monts. La petite compagnie passa au travers de la cité, où les fumées des maisonnées rejoignaient les nuages. Les pavés étaient vides, si l’on exceptait le gel qui avait recouvert la pierre la nuit durant.
Et le chemin monta ; pour se séparer en cinq. Sous les bourrasques qui se voulaient malgré tout bienveillantes en cette saison, Irys emprunta celui qu’elle supposa avoir été pavé pour Néera. Le froid mordait, malgré les pelisses et les fourrures dont tout le cortège avait été fournis ; à tel point que les robes bleues étaient parfois difficilement discernables.
La route fut d’une durée relativement longue et mis les chevaux hors d’haleine. Plusieurs petites pauses régulières furent nécessaires pour qu’ils mènent à bien leur tâche. Arrivés au sommet, la Haut-Prêtresse demanda à ce que l’on les nourrisse bien, qu’ils soient brossés et reposés, puis s’en alla à la rencontre du couple comtal.

Revoir une nièce sous le son du cor, qu’elle avait quitté il y a bien trop longtemps déjà, lui procura un plaisir intense. Après avoir salué les deux souverains de Missède, c’est donc en faisant fi de l’étiquette qu’Irys prit Cécilie dans ses bras pour lui partager une étreinte. Une étreinte qui, à ses yeux, valait bien toutes les missives et toutes les paroles échangées depuis plusieurs mois.
«– Petite Colombe… » murmura-t-elle. Ce n’est qu’après plusieurs secondes que la prêtresse libéra la jeune femme et recula pour de nouveau faire face, non plus à sa nièce, mais au Comte Ernest de Missède et la Comtesse Cécilie de Missède.

Enfin, elle posa ses yeux sur le magnifique sanctuaire qui les entourait. Obnubilée par la présence de la jolie Mériale de Beaurivages, elle n’avait détaillé le monument qui s’élevait au plus haut de la Cité d’Edelys, à l’emplacement exact de l’ancien palais. Cet honneur, lourd d’implication, était d’une intention des plus nobles. L’ouvrage, lui, était un chef d’œuvre

«– Vos Grandeurs Ernest et Cécilie de Missède, c’est avec un plaisir – que j’espère partagé – que je représenterai notre Divine DameDieu lors de cette inauguration. Merci de faire honneur à ce sanctuaire et à tout ce qu’il représente, par votre simple présence aujourd’hui à cette heure. »

Les yeux brillants d’une foi peu commune, elle déclara à l’attention de toute l’assemblée ;

«– Car la DameDieu nous regarde et que, par son infinie sagesse, nous guide dans nos Choix et nos Actes. Vous, peuple d’Edelys, de Missède, de Diantra : peuple de la Péninsule ; les Cinq nous regardent, en ce jour particulier. C’est à eux que nous devons tout. Faisons leur honneur, comme il en doit être. »

Ses pupilles fixèrent le visage angulaire du Comte et elle lui sourit, avec un hochement de tête. Plus que le sanctuaire, c’était un renouveau, gage de stabilité et de prospérité, que la Haute-Prêtresse était venue célébrer aujourd’hui.
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Sous le parvis, la bravade - Cécilie & Irys   Dim 18 Juin 2017 - 14:42

<< Les premiers pas d'une Comtesse à venir >>


Après le retour d'Ernest de son voyage à Merval, la grande discussion pour savoir s'ils pouvaient prendre la route malgré le mauvais temps et s'ils pouvaient déjà s'absenter de Missède avait été longue et houleuse... Peu encline à voyager par un tel temps après ses péripéties dans le Nord et encore plus rétives à l'idée de laisser la Cité sans que l'un d'eux ne reste, Cécilie avait pourtant fini par rendre les armes. Le voyage avait été fort long compte tenu du froid. S'ils étaient arrivé jusqu'à Ethin sans trop d'encombre bien qu'au ralenti en passant par la route d'or et en bifurquant vers le pays natal du Comte pour permettre aux hommes de se reposer un peu, la suite avait été plus rocambolesque. L’essieu de leur carrosse s'était brisé sur une congère et ils avaient du faire halte chez un petit seigneur local connu par Ernest grâce à ses voyages réguliers et s'armer de patience suffisamment longtemps pour qu'une accalmie leur permette de finir leur voyage avec Jean de la Herse, prévenu de leur misérable aventure. En totalité au lieu des deux ou trois jours habituels, ils avaient passés près de près d'une ennéade depuis leur départ de Missède.

On disait que le jeu en valait la chandelle, ne serait-ce que pour voir le sanctuaire. Étrangement, Cécilie en doutait.

Mais elle n'émit pas la moindre objection, restant d'une patience sans limite lors des déboires qu'ils avaient rencontrés, soutenant les actions et décision d'Ernest et de leur escorte sans montrer la moindre angoisse. Le froid ne la gênait pas plus que ce genre de petits tracas de voyages et elle avait passé beaucoup trop de temps sur les routes pour s'en trouver angoissé. Elle avait même conseiller une ou deux solutions, telles qu'elle les avaient connus dans le Nord durant les hivers d'Etherna ou de Serramire.

L'arrivée au sanctuaire fut tout de même une petite victoire... et Cécilie bouillait intérieurement à l'idée de rencontrer à nouveau sa tante après tout ce qui s'était passé... Elle espérait tant qu'elle ne lui en voudrait pas... mais elle aurait compris qu'il n'en soit pas ainsi.

Alors lorsque les bras de la haute-prêtresse se refermèrent sur elle, Cécilie enfouit son visage dans le col de la pelisse de voyage pour profiter de ce geste d'affection. Le surnom la fit sourire.

" Ma tante... " lui répondit-elle à voix basse en resserrant son étreinte.

Une pensée singulière lui traversa l'esprit. Ce qu'elle aurait pouvoir dire " Ma mère" ... Son imagination fertile la fit sourire de plus belle et elle ajouta :

" Je suis si contente de vous retrouver. "

Puis revint le temps des devoirs. Un temps qui n'avait rien de lourd pour une fois. Les tracas du voyage oubliés, ils avaient une raison bien précise d'être là et l'idée de pouvoir diné le soir même avec Irys n'enlevait rien à la bonne humeur de la journée.

" Nous n'aurions put rêver mieux."
assura la jeune Comtesse avant que sa tante ne s'adresse à l'assemblée.

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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Sous le parvis, la bravade - Cécilie & Irys   Hier à 20:56



C’était la première qu’Ernest rencontrait la Haute Prêtresse de Néera ; à vrai dire, c’était la première fois qu’il rencontrait une Haute Prêtresse. De toutes les châtellenies missèdoises, Ethin était celle dont la ferveur religieuse était de loin la moins exaltée, c’était bien connu ; ainsi, la prêtresse Archipiade, prieure de Notre-DameDieu d’Hautecombe, n’avait pas manqué de feindre une certaine surprise à voir un seigneur du Rocher lui rendre visite à l’automne dernier. On racontait qu’Hautecombe avait, jadis, abrité un ordre religieux puissants dont les fanatiques, les Damedieusards, avaient causé beaucoup de soucis aux suzerains d’Ethin. Certains annalistes et chroniqueurs allaient même jusqu’à considérer ces évènements comme la cause principale de cette tiédeur éthinienne eu égard à la chose religieuse. Et si Ernest avait grandi à Missède et non pas au Rocher, sa famille n’avait pour autant jamais pris l’initiative de s’employer à le pourvoir d’une quelconque instruction spirituelle. Néanmoins, les Vertueux étaient renommés pour leur dévotion au culte, la splendeur de la petite chapelle de la Couyure en témoignait à elle seule, et ce fut parmi ses frères d’arme qu’Ernest avait finalement cultivé un esprit de piété ; esprit qu’il façonnait encore à ce jour mais qui s’était d’autant plus enrichi au contact des Edelysiens et de Jean de la Herse en particulier.



Après le discours de la Haute-Prêtresse, Ernest s’avança vers elle accompagné d’un jeune homme visiblement nerveux. « Votre Bienveillance, accordez-moi l’honneur de vous présenter Jean de la Herse. C’est lui qui est à l’origine de ce sanctuaire. Il en a eu l’idée et en a supervisé l’exécution. Je n’ai jamais vu pareille ferveur animer un seul homme. Et je suis certain que vous et lui serez amenés à composer de grandes choses à l’avenir. » Jean se prosterna si bas devant Irys d’Arosque qu’il manqua de glisser sur le parvis gelé du sanctuaire. « Les Edelysiens vous sont fort reconnaissants de votre présence en ces lieux, Votre Bienveillance. Missède nous a relevés d’une cruelle déchéance mais c’est la foi qui, aujourd’hui, nous fait avancer. Les représentants de Tregor, d’Aryeoded, d’Efflam et de Plestin se joignent à la Ferté-Edelys pour vous rendre grâce et vous implorer de prier pour le bien-être de notre beau pays. » Ernest sourit aux paroles du jeune homme ; sans le savoir, Jean traçait la voie qu’Ernest avait découvert depuis peu.



La cérémonie achevée, tout le monde fut heureux de retrouver la chaleur de leur demeure respective. Pour Ernest, Cécilie et la Haute-Prêtresse, ce fut au coin du feu d’un petit salon du château de Cornels qu’ils eurent le loisir de revigorer leurs membres engourdis par le froid. Le Comte se tint en retrait pendant un long moment, laissant son épouse et sa tante jouir des joies de leurs retrouvailles. Il les observa tout en dégustant la collation de fin d’après-midi qu’on fit servir quelques minutes après leur arrivée, l’âtre craquait sans discontinuer. Un domestique fit bientôt une entrée discrète et remit à Ernest un parchemin scellé que le Comte avait demandé un peu plus tôt. Au moment qu’il jugea le plus opportun pour interrompre les conversations de son épouse et de la Haute-Prêtresse, il s’approcha de cette dernière et lui tendit le rouleau. Les quelques pas qu’il firent jusque-là lui parurent lourds, comme si une part de lui était encore sujette au doute. Mais lorsque le parchemin quitta finalement le creux de sa main, il sentit poindre en lui une effervescence ravissante et l'air grave que son visage affichait se dissipa peu à peu. Sans un mot, il alla se tenir derrière son épouse, posant une main sur son épaule.




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