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 L'assassiné du Cairn

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Roderik de Wenden
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Roderik de Wenden

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MessageSujet: L'assassiné du Cairn   L'assassiné du Cairn I_icon_minitimeMer 31 Mai - 15:37

[Prologue]


L'an IX du onzième cycle
Première ennéade de Verimios
Le premier jour...


L'assassiné du Cairn Maxres10




L'Auberge du Poney Malade était un havre de paix bordant la forêt d'Hedda sur la route de Wenden. Située à quelques heures de marche du fort éponyme, c'était souvent la dernière étape pour le voyageur quittant le doux pays arétrian pour s'aventurer sur les chemins de Serramire. A l'approche de l'hiver, l'auberge désemplissait. Mais l'été, lorsque la route charriait son content de marchands et de pèlerins, c'était un lieu plein de vie ; on y dégustait les produits locaux, l'on y comparait à loisir le serramirou et le coulant lünois, et l'on y servait de cette piquette infâme que certains esprits téméraires essayaient de faire passer pour du vin arétan. Le soir venu, lorsque l'auberge était comble, on dormait à loisir à la belle étoile, le ventre repu ; et l'on y chantait, au coin du feu, la légende de Théodebald de Viorel, le cavalier noir, qui chassait les goules et brûlait les sorcières lors d'un passé ténébreux et lointain. Parfois, un barde reprenait plus ou moins les mêmes vers, modifiant quelques mots ici et là pour faire passer cela pour la légende d'Alwin de Karlsburg combattant une horde de nécromanciens à Nebelheim, remportant la victoire sur un ennemi supérieur en nombre à la seule force de son marteau de guerre, tout en payant de sa vie sa bravoure. La supercherie marchait, généralement, les gens étant trop avinés pour remarquer qu'il s'agissait de la même chanson et de la même histoire.

Mais l'hiver était là, triste et morne, et la route était désertée, abandonnée aux frimas et aux premières neiges ; et lorsqu'il passerait, l'on ne s'arrêterait plus à l'Auberge du Poney Malade. L'on n'y chanterait plus les exploits de Théodebald de Viorel ni d'Alwin de Karlsburg ; l'on n'y boirait plus de mauvais vin, l'on n'y mangerait plus de fromage de pays.
L'assassiné du Cairn Leudas10
Leudaste le Jeune
Seigneur de Sorosd

Quand Berchaire du Cairn avait disparu sans laisser de traces, ça n'avait d'abord intrigué personne. Ce fils prodigue, cadet d'un vavasseur miteux du pays de Sorosd, avait l'habitude d'aller où bon lui semblait, se laissant porter par le vent là où le menaient ses distractions viriles. Adoubé un an plus tôt par le comte Roderik en personne au retour de la campagne d'Oësgardie, Berchaire servait aujourd'hui le seigneur de Sorosd. Plus vaurien que chevalier, il s'adonnait à la débauche et au pillage avec sa clique de sergents et d'écuyers, et, ma foi, il semblait bien s'amuser.
Cela étant, son absence avait été remarquée au milieu du mois de Barkios, lorsque son seigneur Leudaste avait convoqué ses chevaliers en vue d'aller asticoter un vavasseur insolent. Le temps passant, Leudaste avait fini par s'en intriguer, et avait jugé bon d'enquêter.

C'est au hasard d'une halte dans le pays de Wenden qu'il eut vent de la macabre découverte qu'avait faite un péquenaud du coin dans une auberge de voyageurs. « Tous crevés, Monseigneur, tous ! J'ai vu leurs cadavres à moitié bouffés par les vers, aussi vrai que j'vous vois, M'Sire. » Leudaste s'y était rendu, et ce qu'il avait vu confirmait ses craintes. Il y avait pas moins de sept cadavres là-dedans, autour-desquels virevoltait une nuée de mouches dans un ballet aérien morbide. L'odeur indiscible qui y régnait avait suffoqué Leudaste, qui passait pourtant pour connaître le parfum de la mort et dont l'estomac était solide ; vu la puanteur, ça faisait un bout de temps que ces sept-là étaient canés. Il s'était avancé entre les corps en se couvrant le nez et la bouche, ses bottes glissant sur le parquet maculé de sang séché. Il avait examiné un à un les corps, ou ce qu'il en restait. L'un des hommes avait eu les mains coupées et la tête transpercée ; les autres présentaient des blessures semblables. On s'était battu à l'épée là-dedans. Leurs vêtements avaient prit une tête grisâtre et baignaient dans une humidité encrassée de sang, d'urine et d'eau, mais il reconnut néanmoins les plastrons de cuir des hommes d'armes ; sur les sept corps, deux étaient vêtus d'habits civils. Intrigué, Leudaste s'était penché vers la jeune fille, dont les cheveux couverts de sang séché collaient le visage. Il avait agité la main pour en éloigner les mouches. Près d'elle se trouvait un homme à la face décomposée.

« Le tenancier de l'auberge et sa fille », avait commenté Beirand de Pisfroid qui titubait sous la puanteur. « Ils tenaient l'établissement ensemble.
- Les cinq autres sont Berchaire et ses hommes », avait déclaré Leudaste en mettant en évidence l'emblème de la taupe, à moitié effacé, qui continuait d'orner le plastron de l'un des corps.
On s'était battu dans l'auberge, et on avait tué un chevalier, son écuyer et ses sergents. Leudaste, alors, réfléchit ; c'était la juridiction de Wenden, aussi le comte d'Arétria était-il concerné, mais le comte était parti dans le sud, et c'était un chevalier de Sorosd qu'on avait occis. C'était à lui, Leudaste, de s'occuper de ça. Berchaire était une tête brûlée doublée d'un idiot, mais c'était un homme à lui. Il le vengerait.

« Qu'on creuse une fosse dans le potager qui jouxte la bâtisse, avait-t-il ordonné.
- Pour le tenancier et sa fille ?
- Et les hommes de Berchaire. Qu'on les enterre sans tarder. Ramener le cadavre de Berchaire suffira bien ; à lui seul, il pue déjà assez. » Et le seigneur du Cairn apprécierait.


~~ ~~


« Qui ? »

La voix chevrotante du seigneur du Cairn résonnait dans la chambrée. Alité, le vieillissant chevalier finissait ses jours dans l'intimité sinistre de son manoir miteux, juché en pente raide sur un escarpement rocheux bordant la forêt. Ca sentait le renfermé, et il flottait aussi dans la pièce une odeur entêtante qui n'était pas sans rappeler celle du coulant lünois, ce fromage de caractère qu'on prisait dans les vieilles demeures arétanes.

« Nous l'ignorons encore, Messire, mais n'ayez crainte : justice sera faite.
- J'ai neuf fils, seigneur Leudaste », bougonna le vioque, « et Berchaire était la pire andouille d'entre eux ; mais m'en prendre un, c'est me les prendre tous. Si je cane avant  que vous n'attrapiez les meurtriers, je vous prie d'exaucer la prière d'un vieillard : clouez leurs mains sur la porte de ma maison.
- Si ça vous amuse.
- Avez-vous au moins une piste ?
- Tout au plus des suppositions. Ce n'est probablement pas l'oeuvre de vulgaires bandits : on s'est battu à l'épée, non à la faux ou au gourdin. Les cadavres n'ont pas été lacérés, comme aiment le faire les reîtres ; et ils n'ont pas été dépouillés non plus. Ce n'est pas l'oeuvre de détrousseurs, et on imagine mal des détrousseurs s'en prendre à un chevalier armé et à ses hommes. Je pencherais pour un règlement de comptes ; j'ignore pourquoi le tenancier et sa fille ont également été tués, mais peut-être était-ce dans le feu de l'action.
- J'ai confiance en vous, Seigneur. Je sais que qui que ce puisse être, vous retrouverez ces fils de jardiniers et leur ferez passer le goût du pain. »

Il fallut peu de temps pour que la mort du jeune Berchaire devienne le cheval de bataille du seigneur Leudaste. Certes, Leudaste ne versait aucune larme sur le sort de ce jeune coq et se fichait du chagrin de son vieux croulant de père ; mais il avait trouvé là une occasion idéale de s'immiscer dans les affaires de ses voisins. Depuis que Roderik était devenu comte d'Arétria, l'on ne voyait plus si souvent le jeune Bouclier de l'Est séjourner dans son fort frontalier de Wenden. Parce qu'il avait l'amitié du comte, parce qu'il en était un cousin éloigné, et surtout parce qu'il était ambitieux, Leudaste se voyait bien endosser le rôle de premier seigneur de l'Est que le comte ne détenait plus qu'en théorie.

Alors il dépêcha des messagers à ses voisins, annonçant la tragédie de celui qu'on nommait déjà l'Assassiné du Cairn, et son souhait de châtier les responsables, et son appel à toutes les bonnes volontés. En des mots bien choisis, les messagers attisèrent la célèbre furie vengeresse des seigneurs malelandois : un vulgaire assassinat dans une auberge, était-ce là une démonstration de courage ? Ce ne pouvait être là l'oeuvre d'un arétan ! Les arétans règlent leurs comptes au grand jour, ils s'étripent dans la plaine, et le vainqueur arbore fièrement la tête du vaincu ; il la plante au bout d'une pique afin que tous la voient, que tous sachent que l'affront est lavé et, d'une certaine manière, que le mauvais sang est passé et que la victime et son meurtrier sont réconciliés. Les meurtriers de Berchaire, eux, avaient fui dans la nature tels de vulgaires assassins, abandonnant sur place les corps de Berchaire et de ses compagnons, trop honteux d'avouer leur acte ; dans la malelande, le secret passait toujours pour couvrir quelque infâmante lâcheté. C'était comme uriner sur le parvis du Temple de Sainte-Deina à Diantra : ça ne se faisait pas.

La traque aux meurtriers dégénéra rapidement en une inquiétante chasse aux sorcières. Parce qu'on jurait que le crime n'eut put être commis par un arétan, et que c'était forcément l'oeuvre d'un guerrier et non d'un lambda, on se mit à traquer les étrangers. Quiconque n'était pas du coin et ressemblait de près ou de loin à un soudard était jeté pieds et poings liés devant le seigneur de Sorosd ; invariablement, Leudaste soumettait ses captifs à la question. Tôt ou tard, quelqu'un aurait quelque chose à dire ; et alors, on saurait. Et on agirait.
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