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 Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Jeu 14 Sep 2017 - 22:45

La baronne avait passé une très bonne nuit. Loin des préoccupations de la journée, elle s'était endormie à peine posée sur sa couche et ne s'était levée qu'avec le soleil. Un sommeil réparateur qui lui donnait le teint frais et la mine enjouée. Elle était d'excellente humeur, ce qui soulagea ses gens qui l'avaient connu bien trop maussade ces derniers temps. Le poids de sa charge sûrement, peut-être une inquiétude plus profonde. Nul n'aurait su le dire, et à vrai dire la cause de ses démons internes avait peu d'importance ici. Elle rayonnait, souriant à qui croisait son chemin. Elle avait toujours dégagée un grand charisme – on l'avait longtemps formé à cela -, mais ce jourd'hui alors même que l'on posait ses yeux sur sa silhouette gracieuse, l'on se sentait pousser une grimace contente sur le bord des lèvres. L'hiver se tenait alors bien loin des pierres chauffées d'Alonna les Trois-Murs, au dehors, alors que tombait la même neige fine.

Alanya, matinale, s'était en premier lieu rendue auprès de sa jeune fille. La petite faisait ses dents, menant la vie dure à sa nourrice tant par son caractère que par les nuits toujours plus courtes qu'elle lui imposait. Pour sûr, la belle Pénélope à la crinière claire avait déjà tout de l'impétuosité de sa génitrice : quiconque connaissait l'Héritière la craignait pour ses colères. La petite de presque un an avait un avis fort bien tranché sur ce qui lui plaisait et ce qu'elle n'aimait guère ; et pas même sa mère ne parvenait à la raisonner. Son éducation serait bien difficile et déjà la baronne songeait à ses précepteurs et l'environnement dans lequel son enfant évoluerait. D'ici ses cinq années, elle envisageait de l'envoyer à Broissieux pour qu'elle y vive une enfance loin de la cour. Ce n'était pas un milieu sain pour un enfant, du moins il éveillait en elle des craintes constantes qu'elle ne parvenait à étouffer qu'en imaginant son unique fille loin du tumulte de la noblesse.

Si elle souffrirai certainement autant de l'éloignement, c'était la solution la viable. Elle se garda pourtant d'en parler à ses conseillers. Ce n'était point à eux de choisir pour ses décisions de mère, quand bien même l'avenir de la terre en dépendait. Convaincue, elle déambulait presque une heure plus tard dans les couloirs en direction de la grande salle, accompagnée de Hugues. Ce drôle de bonhomme la suivait comme son ombre, et même son ombre semblait moins fidèle que ce parvenu. Arrivé à son service peu de temps après son accession à la baronnie, elle ne savait presque rien de lui, sinon qu'il servait ses intérêts aussi bien qu'elle l'aurait fait elle-même en monnayant quelques avantages. Ainsi fût-il très promptement promu au titre de héraut, puis d'intendant. Son ambition ne semblait jamais se tarir et cela l'inquiétait un peu : il arriverait un jour où elle ne pourrait lui permettre de poursuivre son impressionnante ascension. Tous deux parlaient d'administration, plus pour passer le temps que pour prendre de réelles mesures. Cela, il ne s'en occupait pas.

« Pensez-vous que le fringuant Saint-Aimé vous rejoindra ? »
Elle souriait, le cœur léger. « S'il a passé une aussi douce nuitée que la mienne, alors je n'en doute pas un instant ». Et à vrai dire, elle ignorait encore si son petit stratagème avait fonctionné – et même s'il avait échoué, elle restait persuadé qu'il se pointerait aussi sagement qu'à son habitude.

Et il ne la fit pas mentir. Il avait franchit les portes avec souplesse, le pas léger et la mine fatiguée. Un indice qui ne la dupa pas : la nuit de l'homme avait dû être courte et mouvementée. Restait à savoir s'il s'agissait d'un bon signe ou non. Elle ne se leva pas, affichant simplement un sourire poli et accueillant. « Oui, installez-vous mon bel ami ! ». Elle lui indiqua la place tout près d'elle, en le regardant s'asseoir presque aussitôt. « Votre nuit a-t-elle été bonne ? ». Si elle avait dit cela avec innocence, le fond de la question l'était beaucoup moins. Outre sa curiosité, elle voulait savoir si elle était parvenue à ses fins une fois de plus...
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Ven 15 Sep 2017 - 2:58




Qu’avait-il à faire des manières ce matin, alors qu’un si beau soleil guettait sur les Trois-Murs? Il passa outre ce petit manque et de toute façon, il n’en avait que peu à faire ; il n’était pas là à titre protocolaire et entres amis, se devaient-ils de s’adresser la parole de manière ampoulée ? Il se laissa choir sur la chaise à ses côtés, non sans un radieux sourire placardé contre sa bouille toutefois tirée d’éreintement. Des poches pesaient sous ses yeux brillants, son teint était un peu plus laiteux et malgré ce qu’il chercha à laisser voir, l’heure du couché s’est vu tardivement arrivée et donc, son allure en pâtissait. À peine eût-il posé son séant sur son fauteuil, qu’il reçut en pleine poire « la » question qui tue. Posé si prestement, il se demanda même comment avait-elle sût tenir le coup toute la matinée sans venir le questionner directement. Au fond de lui, que ce soit railleries ou simplement de l’amusement, les yeux pétillants de la Baronne le charmait et peu lui chaut l’avis qu’elle se ferait de lui. Il mit tout de même un instant à répondre et, bien qu’il tâche de ne pas lui donner la vérité toute crue dans le bec, simplement croiser son regard confirmerait les soupçons de la coquine Broissieux. « La nuitée fut venteuse à souhait m’est d’avis, car elle m’a semblé forte turbulente. J’ai peiné à fermer l’œil, heureusement que la couche que vous m’aviez préparée m’était forte aise, même si à un moment, je me suis senti étouffé par la chaleur. Sans doutance n’étais-je point familier à ce genre de literie! Mais c’est un luxe auquel je saurais m’accoutumer, soyez en persuadée! » Son sourire se rehaussa en quelque chose de plus coquin, bien qu’il sembla aussi plus complice. Il ne lui en voulait pas pour ce coup monté, elle avait bien fait. Aux matines, c’est un Louis éreinté, mais changé qui s’était présenté à la grand salle. Ses démons l’avaient quitté pour tourmenter un autre misérable, le laissant grandit de cette expérience on ne peut plus satisfaisante.

Sans plus attendre, Louis se retourna pour interpeller Hugues qui, fidèle à ses habitudes, tentait –je dis bien tentait- de rester tapis dans l’ombre de sa maîtresse. Le bougre avait tout le tour du ventre des raisons de manquer de discrétion et même, autour des cuisses et des bras! Le gras-du-bide n’en était pas pour autant discourtois, il semblait même à l’opposer, toujours faire montre d’un respect des plus total envers la Baronne ainsi qu’à son invité.
« Hugues dites-moi que nous avons bon à nous mettre sous la dent, mon estomac hurle famine! » Souligna-t-il, tout guilleret qu’il était. À cette question rhétorique, Hugues disposait et disparaissait, telle une ombre obèse en quête d’exécuter la requête du Régent. « Tout de même, la bonne fortune s’est montrée généreuse, lorsqu’elle a laissé en son sillage un être aussi serviable à votre main. Si seulement mes gens pouvaient être à moitié comme l’est votre Hugues … Alors nous nous bousculerions pour vivre à Cantharel, m’est d’avis! Mais dites-moi, j’ai manqué aux convenances, votre nuitée fut-elle aussi paisible que la mienne ? Vous me semblez si … Rayonnante! Auriez-vous souvenance d’avoir rêvé bonnement ? »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 7 Oct 2017 - 19:42


Ils avaient l’air de deux amis ainsi accoudés à une table désespérément vide, se souriant non pas par obligation mais par envie. Ils semblaient si proche, au point de se conter la vie et les jours moroses de l’hiver qui peinait à s’éteindre pour laisser place au fier printemps. Pour une fois les yeux ne se détournaient guère et les bouches ne s’asséchèrent pas. Pour sûr, ce fût une belle journée que celle-là. L’agitation autour d’eux sonnait les derniers préparatifs avant l’événement le plus attendu du mois. Chacun avait préparé sa tenue avec soin, et d’aucun ne manquerait pareille sortie pour rien au monde ! Au dehors le temps paraissait bien plus clément qu’il ne l’avait été de toute la saison, et le vent froid s’en venait balayer de sa main délicate les flocons déposés la veille. Et alors que tout rayonnait, la baronne ne pouvait s’empêcher de guetter les mirettes de son invité. Elle le dévisageait sans pudeur – ou presque – s’arrêtant çà et là sur les traits irréguliers du jeune homme pour en apprécier les formes. Non pas qu’elle le désirait, elle avait pour cela son content d’hommes à ses pieds, mais la bouille intrépide lui rappelait de lointains souvenirs. Louis de Saint-Aimé exultait d’une chose mêlant la fierté, le soulagement et la quiétude. Au fond de ses prunelles scintillantes, il venait d’acquérir ce que tout homme se doit de se pourvoir pour devenir plus sage. Et s’il ne lui répondit pas directement – préférant à cela la malice -, il ne pouvait mentir ; son corps le trahissait bien malgré lui.

Et si rien n’aurait su troubler la bonhommie du moment, le départ d’Hugues la ravie encore plus. Ce curieux personnage avait l’habitude de se glisser là où on ne le souhaitait guère, farfouillant de ses esgourdes grandes ouvertes – et par les Cinq ! elles étaient foutrement grandes – les malheureux et leurs ragots. Si elle n’en avait point de preuves, il ne lui aurait été guère difficile de concevoir ce gourdiflot comme la source de tous les commérages de sa cour. Après tout l’estréventin s’en était venu un jour pour ne plus repartir : et pire encore, accroché à la basque de sa maîtresse, il la sucer comme une vilaine tique.  Bien qu’il ne fût pas encore une grande menace, pas plus qu’une inquiétude récurrente, elle le gardait sagement à l’œil. L’ambition lui plaisait mais il aurait été stupide et bien brave que de s’opposer à elle ; toutefois l’on ne pouvait écarter cette possibilité. Le pouvoir mis dans des trop petites mains consumait l’âme avant que l’on puisse s’en apercevoir. Ce temps-là, fort heureusement pour eux, n’était pas encore venu et si l’omniprésence du ventrue laquais lui pesait, il n’était ni un fardeau ni un danger.

« Croyez-moi bien que tout serviable qu’il semble être, il ne tardera pas à l’être bien moins si je n’en viens pas à le considérer à la hauteur de ses efforts ». Ses lippes étaient toujours étirées avec un air badin, comme si ce qu’ils se disaient-là n’avait rien d’important. « Et j’ai presque aussi bien dormi que vous. Aucun rêve n’a troublé la quiétude du repos, si bien que lorsqu’on s’en est venu toquer à ma porte aux matines, j’étais tout à fait prête à affronter la longue journée qui nous attend ». Elle lissa un pli de sa robe en glissant un regard entendu vers le Berthildois. « Je gage que vous auriez aimé ma prime visite. Une belle plante que c’était, de quoi vous ravir une fois encore les yeux de nos plus délicates prouesses ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 29 Oct 2017 - 22:26




« Et n’existe-t-il pas meilleur méthode pour apprécier une journée, que d’avoir pioncé sans n’avoir été perturbé par le moindre miaulement, le moindre bruit, le moindre son ? Il me plait de vous savoir toute florissante, loin de cette affreuse fatigue qui saurait vous fatiguer les sens en un tour de main! » Dit-il, ne montrant pour sa part aucun symptômes de fatigue, outre les ravages confortablement installés contre son faciès un peu blafard. « Adoncque? Cette fleur ne serait-elle pas joliment affublée de quelques pétales de feu ? Une cascade embrasée sur laquelle s’affiche un minois fier et digne, à la juste mesure de ce qu’a de plus beau l’Alonna ? Car il se peut en effet qu’elle ait croisé mon chemin également la veille, si c’est ce que vous désirez entendre. » Conclut-il, tandis qu’il offrit à son hôte l’un de ses plus charmants sourires.

Le petit déjeuner continua son déroulement sans accrochage, si évidemment tous les sous-entendus qu’ils s’échangèrent à propos d’un « probable événement nocturne » n’en étaient pas. Au court de ce maigre repas, de malicieux comme d’amusés regards s’échangèrent, de même que des sourires qui allaient de pair. Non, c’était sans équivoque, l’un comme l’autre semblaient s’accorder également pour la première fois depuis leur rencontre. Car d’aucuns ne penserait le contraire : Louis tirait de l’arrière sur sa malicieuse hôtesse depuis son arrivée, ors la dernière nuitée l’avait changé. Il semblait plus naturel, plus sûr de lui : à l’image de ce qu’il était au quotidien, lorsqu’un boulet de timidité et de honte ne lui était pas boulonné à la cheville. À la fin, lorsqu’ils terminèrent leurs gamelles et que les couverts étaient posés définitivement, Louis prit une pause pour s’essuyer le bec à l’aide d’un torchon posé là, à sa disposition, puis se retourna vers Alanya. L’œil joueur et brillant d’amusement, il lui proposa ces quelques mots :
« Par ma faute, la journée est d’ores et déjà bien avancée, si bien que par tans, les soleils atteindront sûrement leur zénith. Or je vous propose que nous nous interdissions l’un à l’autre jusqu’à la fin du bal. Nous n’aurons droit de nous voir qu’une fois nos masques retirés et même si d’advertance l’un de nous deux venait à deviner notre identité cachée, ne pourrons nous nommer par nos prénoms. Je crois vous avoir fait souffrir suffisamment longuement de ma présence pour vous octroyer un congé de ma personne. Du moins, jusqu’à ce que se termine le bal. » Louis ponctua son offre de l’un de ses sourires les plus avenants et naturels. Il retrouvait avec son offre son cœur d’enfant et pendant l’ombre d’un instant, en oublia ses soucis les plus imminents ainsi que ceux à venir. « Sommes-nous d’accord? »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 5 Nov 2017 - 17:25

Et ils se quittèrent avec légèreté. A la fois impatients et taquins, ils avaient tous deux convenus de finir la journée loin de l’autre ; si le jeu eut plu à la baronne – qui s’était habituée à mener la danse – elle ne parvint à se retirer de l’esprit le curieux Marquis. Il était jeune, une jeunesse qu’elle lui envia un peu : il avait la fraîcheur qu’elle n’avait plus, mais surtout le chevalier avait le cœur brave. Il était de charmante compagnie, remplaçant les jours mornes du castel en aventure. Pour sûr elle aurait bien du mal à le laisser rentrer chez lui. Il était le soleil dans le Long Hiver, la chaleur dans la Tempête. Une visite fort curieuse qui apaisait son âme meurtrie. Qui se doutait qu’une ombre planait toujours sur le cœur de la belle ? Se retrouvant pour le jour sans compagnie, la désarçonnait ; elle déambulait l’esprit occupé, pantin sans destination. C’est que le gourdiflot lui avait lestement coupé l’herbe sous le pied ! Ainsi prise à revers dans sa propre gaminerie, Alanya n’avait d’autre choix que de respecter l’accord entrepris dans la grande salle. Elle acceptait la filouterie non sans mal, mais la tempérance semblait de mise : n’était-ce pas elle qui s’était évertuée à mener la vie dure à son invité ? Tantôt le mettant mal à l’aise, tantôt lui faisant faux bond, il avait bien mérité de se venger – surtout avec la courte nuit qu’il avait passée. Pourtant, et ce fût bien la première fois !, l’Alonnaise regrettait son geste. Ce n’était point à elle de lui forcer la main, pas plus qu’il n’était correct de le mettre dans de délicate situation : le jeune homme était de vaillante constitution pour ne point être déjà enfuit loin de la Folle. Qu’aurait donc dit Arichis à sa place ?

Ses devoirs l’empêchèrent de briser la promesse même si l’envie ne manqua pas. Plusieurs fois on l’eut croisé le pas déterminé avant qu’un ministre ne l’alpague pour une question urgente. Ah ! Comme elle regretta sa charge et comme elle l’aima à la fois ! Il semblait fort peu probable qu’elle ne donna la victoire au Saint-Aimé ; elle était bien trop fière pour s’avouer vaincue. Toutefois, elle remuait tant et tant sa mauvaise conduite qu’elle ne pouvait demeurer sans se faire pardonner. En vérité, elle l’aurait pu, et elle aurait laissé le temps réparer ses torts comme avec n’importe qui. Le chevalier avait pour lui une sympathie qui mettait à mal l’inflexible hôte. Ce gaillard n’avait rien demandé, et se retrouva bien malgré lui dans les serres du Faucon. Alors, s’essayant à oublier la bataille qui faisait rage dans son cœur, elle s’impliqua toute la journée dans les préparatifs et les affaires baronniales. D’abord elle supervisa avec l’aide indéfectible de son intendant la mise en place de la tablée, donna ses instructions pour les musiciens, veilla à ce qu’il ne manque de rien. Puis, elle attrapa Galainier et tous deux s’enfermèrent dans son bureau. Le prime ministre l’écouta longuement et ensemble ils griffonnèrent sur maints papiers jusqu’à être totalement satisfait. Cela lui sembla une éternité ; le temps n’arrivait plus à s’écouler et il lui languissait d’être au soir. Non pas seulement pour revoir ses invités, mais aussi parce que le bal soulagerait ses sujets. Le Long Hiver était terrible et si tous espéraient qu’il touche à sa fin, elle n’en était pas pleinement convaincue. Le rationnement de ses gens et la guerre n’aidait en rien à garder le moral alors, elle croyait que cela suffirait à remettre un peu de baume au cœur des siens.

Angélique frappa à sa porte. Fin prête, la jeunette resplendissait. Son aînée ne put cacher bien longtemps un sourire à la fois fier et aimant : sa sœur possédait tout ce qu’elle aurait aimé avoir. La cadette était belle, douce et bienveillante. Des attributs qu’avait sans mal sublimé la dame tisserande. Le tissu de satin bleu ondulait comme l’eau du fleuve, brillant et glissant parfaitement sur son corps. Pour sûr, elle était magnifique. Mais rien – non rien – ne put décrire la baronne ce soir-là. Engoncée dans un drapé noir, ce dernier épinglé aux épaules lui tombait sur le visage si bien que seule sa bouche demeurait visible. Les fils soyeux s’entremêlaient avec des brins d’argent. Telle la nuit, elle restait sombre, inquiétante et pourtant si éclatante. Il n’y avait pas deux femmes comme elle dans tout le royaume. Non pas qu’elle fût la plus belle de toutes – elle avait connu bien des filles plus charmantes qu’elle ne serait jamais ; elle avait une chose, presque animale, qui la démarquait de la foule. Lorsqu’elles arrivèrent à la grande salle, le monde s’était déjà massé et l’orchestre jouait des airs doux. Si elle parvint à en reconnaître quelques-uns derrière le masque, certains ne lui disaient rien : la magie des bals masqués opérait. Elle s’avançait dans la pièce, saluant çà et là mais ses yeux cherchaient en vain. Il n’y avait qu’une personne qu’elle désirait revoir ce soir-là. Si bien qu’elle ne s’aperçu même pas que sa sœur s’en était allé vers deux gaillards fort bien habillés.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 11 Nov 2017 - 1:18





L’engouement pour le bal improvisé mais non moins attendu était désormais palpable. La domesticité caletait d’un bout à l’autre du castel afin de peaufiner les derniers arrangements, comme si le fouet les attendait. Personne ne leur criait par la tête les ordres à suivre : tous étaient au fait de leurs tâches et s’affairaient à les mener à bien dans les plus brefs délais. Ainsi, assiégé par la cohue de larbins le castel était pour le moins le dernier endroit propice au repos et à la quiétude. Néanmoins, cet obstacle sembla pour notre jeune régent, le dernier de ses soucis car ce fût d’une facilité alarmante qu’il s’effondra le ventre rond, sur la literie de sa couche. Les heures s’écoulèrent, une, puis deux, puis trois … Jusqu’à ce que poing fermé, d’un mouvement pratiquement empreint de violence, l’on brutalise la porte de sa chambre. « Ouvre! Louis, ouvre cette damnée porte! » Tonna une voix étouffée par le portail de bois. En sursaut, Louis posa ses deux petons contre le sol gelé, l’air confus étampé contre son faciès somnolent. Le pas pesant, pratiquement en se traînant les pieds, le marquis ouvrit la porte sans même se questionner. Au simple déclenchement du penne de la porte, c’est en trombe qu’entra Rhedgar, les bras soutenant une montagne de vêtements et d’autres accessoires, ceux-là tous déposés contre le chaotique lit du faon.

« Que fais-tu?! Il nous faut aller au bal, pardi! As-tu vu ta sale trogne?! J’ai déjà zieuté des cul de Wandrais plus séduisant que tu l’es en ce moment! » Hurla son confrère, tout paniqué, les yeux pratiquement sorti de leur orbite.

« Du calme … Il fallait bien que je dorme, je croulais sous la fatigue. Alanya l’aurait de suite remarqué. Tu sais que rien ne lui échappe. Elle est dotée d’une clairvoyance qui dépasse l’entendement. » Souligna Louis en plaidoirie, tout en se frottant les paupières d’un poing, non sans le début d’un sourire.

« Oui oui … J’ai eu ouie dire pour ta nuitée d’hier … On m’a dit qu’elle fût forte mouvementée, moi je crois plutôt que c’est ton braquemart qui a fort bouger, mais tout ceci, ça te regarde! » Pratiquement sous des airs de reproche, alors qu’en temps normaux, lui seul aurait crié victoire à le savoir dépucelé. « Mais peu importe, le temps file et il te faut te vêtir. Enfile la tunique qu’on nous a préparé, point de temps à perdre! »

« Depuis quand Rhedgar le conquérant, le coureur de jupon, l’homme-à-femme, l’impitoyable cocufieur, ressent-il la pression, la nervosité et l’anxiété ? Le simple fait de te voir là, fin prêt et disposé à te présenter adéquatement ne te ressemble point, mon ami. Quelque chose te tracasse? » Répondit Louis, tout en enfilant les premières couches de tissus que comportaient son riche habillement –ou déguisement- c’était selon.

« J’ai à cœur que tout se passe bien, voilà tout. Pour une fois que … Enfin, que tu t’amourache d’une femme, il me plairait de ne pas te voir tout gâcher, comme tu sais le faire si habillement. »

« Pardon? Cela ne me ressemble en rien! Puis qui te dit que je me suis amourachée de qui que ce soit? »

« Point qui que ce soit, tu es fou amoureux d’Elle. De la veuve noire. D’Alanya de Broissieux. »

« Maudit sois-tu, toi et ta prétention! Fais-moi le plaisir de déguerpir d’ici dare-dare et laisses-moi me préparer seul, satané sac-à-vin. » Et tandis que Louis s’affaira à se changer, à ficeler les différents cordages de ses affublements, Rhedgar devint un piquet immuable, décidé à ne pas bouger d’un poil, qu’importe la menace qui le guettait. Et à le voir faire, Louis préféra adopter le silence, de sorte à ne pas exploser de rage avant de se présenter à la foule, même si son visage serait couvert et que le cramoisi de ses pommettes soit masqué. Les minutes s’écoulèrent sans que mots ne vaillent, jusqu’à ce que Louis trouve une astuce afin de détendre l’atmosphère. « Mon ami, j’ai une idée qui risque de te plaire … »


****


Enfin, le moment était venu. Ensembles, ils pénétrèrent dans l’immense salle où se déroulerait leur première festivité hivernale –et ce moment de gaîté n’était pas de trop, compte tenu de la hardiesse du long hivers-. L’un couvert d’un masque de loup, muni de quelques poils, d’un nez retroussé et de quatre dents pointues sortant de sa gueule, l’autre masque de cervidé aux bois abondants et prospère. À l’instar d’un aimant, ils attirèrent les regards –des regards qui leur étaient bien évidemment inconnus-, puis se déplacèrent afin de libérer la grande place afin que les premiers pas de danses s’effectuent. Aussitôt arrivés, aussitôt accostés par une femme, le cerf décrocha son attention d’icelle sans même la saluer, alors qu’il s’éloigna en quête d’un plus gros gibier.

Arrivé au niveau de la belle drapée d'ébène et de charbon, le cerf use de son assurance -ses bois sont imposants et portants, il n'a peur de rien-, puis va au baise-main sans hésitation, redressant le nez afin de percer le drapé qui couvrait le faciès de la belle. Alors, au travers le tintamarre ou le boucan de l’événement, il s'adresse à elle en se présentant de la manière la plus courtoise. « À mon arrivée, l'émerveillement que je ressenti à la vue de ces décorations utopiques s'est vite fané à l'interdection d'y voir la profondeur de vos yeux. »


Ainsi, la femme se montra fidèle à ses habitudes, répondant d'une aisance alarmante, tout sourire collé aux lèvres. « Il n'existe lueur plus profonde que celle de la nuit, et vous, mon cher, semblez bien hardi pour vous y frotter »


« Et pourtant vous seriez surprise, j'ai fait d'elle mon alliée. Car seul la nuit je me mus aussi librement, sans contraintes ni entraves. La nuit m'inspire et me fascine, car elle m'épaule et m'enseigne ; ainsi  vivent les cervidés. »


« Alors vous vous trouverez ce soir fort aise. A moins que les quelques flammes vous incommode » Affirma-t-elle, tout en serrant sa main en toute délicatesse.

« Nous verrons, le feu a tendance à m'effrayer. Je suis un animal fier, mais qui connait désormais ses limites. Et si nous allions à la rencontre de d'autres convives? » En réponse à l'étreinte de ses doigts, il les entrelaça sans gêne, faisant fit des convenances, comme si le mystère de son masque lui avait fait poussé des ailes. Se dirigeant vers l'homme qu'il avait tantôt délaissé, il la laissa entreprendre les premiers pas.


Le geste osé lui fait froncer les sourcils mais elle le suit de bon cœur et de dégage doucement pour poser sa main sur l'épaule de sa soeur. « Bonsoir messire Loup »


Un iota moins assuré que le prestigieux cerf, mais tout aussi habille que ce dernier, des salutations toutes aussi distinguées lui furent réservées. Baise-main ainsi que le regard similaire, cherchant à percer le drap qui couvrait la tête de la femme d'ébène.
« Il est rare de voir une nuit sans sa lune, auriez-vous égaré la votre? »


« Il semblerait que je viens de la retrouver. La réception vous sied ? » Ponctua-t-elle d'un sourire franc et lumineux.

Et à cette déclaration, il ne sût répondre dans l'immédiat, préférant lui rendre la pareille, d'un sourire franc, incapable de s'en empêcher. Se terrant sous le mutisme, le cerf cru bon de répondre à sa place, dans l'espoir sans doutances de rattraper le coup. « Tout me semble à point, si ce n'est qu'il me tarde d'enchaîner quelques pas. Dame Nuit, me feriez-vous l'honneur? »



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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 11 Nov 2017 - 21:08




« Pour sûre, la damoiselle serait bien meilleure cavalière que moi, et elle appréciera davantage votre compagnie ». Alanya dirigeait en douceur sa sœur vers le compagnon Cerf, et la jeunette fût bien heureuse que son masque dissimule le rouge qui lui monta aux joues. Elle n’était point dupe la baronne ; elle connaissait peut-être le cœur doucereux d’Angélique mieux qu’elle-même. Et sans prêter plus d’attention aux yeux perdus de la débutante, elle se retourna vers le Loup. « Du faon au loup, voilà un bien grand changement ». Il n’y avait plus de place au doute : l’espièglerie des messieurs avait bien faillit l’avoir, si le jeune Berthildois n’était point si cérémonieux. Pour peu, elle serait allée jouer dans les bras de son comparse ! D’ailleurs, ce dernier dont l’orgueil blessé avait causé une prime réticence, se saisit de la main de la petite pour l’emmener danser.
« Vous perdrez au change. Nous sommes moins graciles que ces cervidés, vous vous douterez. Etes-vous bien certaine, dame Nuit ? ».

Certaine, elle l’était depuis toujours. Jamais son instinct n’avait failli, et quand bien même l’aurait-il fait qu’elle ne l’aurait avoué. C’était une femme fière et pourtant si fragile qu’un courant d’air aurait pu la blesser. Une fragilité qui l’avait rendu forte, elle s’en assurait un peu plus chaque jour. Alors, elle s’approchait un peu, gardant entre le Loup et elle une distance respectable ; un sourire resplendissant accroché au peu de visage qu’il était possible de distinguer sous son voile. « Aussi certaine que vous connaissez ma préférence pour votre charmante compagnie. Et quand bien même ! Il est souhaitable que je ne danse point, il ne faudrait pas effrayer les convives ».
« Allons, allons… La nuit n’a rien d’effrayant, c’est ce qui se passe lorsqu’elle se manifeste qui l’est ». Le gaillard lui offrit un bras plus assuré qu’elle attrapa avec légèreté. Ce bal la complaisait réellement. Après le rude hiver, la joie qui animait la grande salle lui redonnait l’espoir – et pourtant, personne mieux qu’eux deux savaient ce qu’il se passerait au retour des beaux jours. « Et de nous deux, le Loup effraie davantage, je serai votre faire-valoir ».

A ces mots, il l’entraîna malgré sa réticence au milieu de la foule. Les couples s’agitaient harmonieusement, virevoltant au son des musiciens qui laissaient doigts et souffle guider leurs instruments. Une forme de candeur planait sur les convives, comme si au dehors le temps s’était arrêté. Ni la guerre, ni la faim, ni le froid ne les atteignait ici, seules les flammes vibrantes du brasero demeuraient assez vives pour souligner les corps et les âmes. Lorsqu’ils s’installèrent, quelques regards curieux se portèrent sur eux ; la maîtresse des lieux se retrouvait dans les bras d’un curieux Loup et elle entendait déjà jaser les rumeurs. Mais d’aucun n’osa les arrêter lorsqu’ils se mirent en branle dans un chaos harmonieux. « Je dois avouer que la dame Tisserande s’est surpassé avec votre costume ». L’homme se montra fringuant cavalier, l’entraînant dans sa course sans hésitation aucune - et en partenaire, elle le suivait tant bien que mal. Loin de la gêne, de l’angoisse ou du malaise, la grande main de l’homme trouva ses hanches avec une aisance incroyable. Elle le découvrait à nouveau.
« Je crois ne jamais mettre affublé d’aussi beau atours, imaginez alors comme je me sens ». Il s’approcha entre deux pas, ses lèvres, son souffle et son corps frôlant le sien avec désinvolture et grâce.

A demi-mot, à mesure qu’il l’attirait à lui, il semblait bien différent du chevalier qu’elle avait rencontré la prime soirée. « Avouez que vous êtes de mèche avec elle, je me trompe ? C’est vous qui avez manigancé pour que nous nous retrouvions nus comme à nos premiers jours devant elle ».
« Grands Dieux, plus loin je me tiens de cette Terrible Araignée, mieux je me sens ». Le Faucon fronça les sourcils, soudain soucieuse que son artisane n’ait franchit le seuil de la bienséance. « Elle et moi ne nous entendons que peu, pour autant je ne peux nier son talent ». Elle accrocha un sourire crispé, se tenant fermement pour que les soucis ne l’écartent point de l’air que jouait la troupe. « Vous a-t-elle mené la vie dure ? ».
Mais le talent de la baronne pour ces choses ne semblait que peu intérésser son cavalier ; le grand homme l’aurait sans doute porté si cela lui avait permis de partager quelques minutes de plus à ses côtés. « Deux fois plutôt qu’une. Bien qu’à un moment je me suis questionné et me suis demandé si je vous avais fait du tort, qu’ainsi vous me donniez punition ».
Elle aurait voulu le serrer tendrement – comme une mère pour son fils – le rassurer sur le bien-fondé de ses sentiments envers lui. Sans trop savoir pourquoi, elle avait pour le jeune cerf une sympathie. Peut-être était-ce simplement ce qu’il représentait, ou peut-être sa candeur ? « Cette vieille chouette n’a que peu de considération pour les titres. Peut-être devrais-je lui rappeler ses devoirs de respect ». Elle se tût, laissant la musique s’emparer de l’instant. « Si elle vous a causé du tort, je vous prie de m’en excuser Louis ».
« A Cantharel, une femme de son rang n’aurait su sortir de cette histoire indemne, tant le manque de respect est passible de forte sentence ». La Broissieux ne pipa mot, préférant réfléchir au sort de la très douée tisserande plus tard. L’heure n’était pas à ces choses-là. Un frisson lui parcourut involontairement l’échine quand sa main glissa de sa hanche vers le bas de son dos. Un geste anodin, certainement, mais qui assurait à la belle que le jeunot avait bel et bien plus d’assurance qu’il n’osait bien le croire. Jamais elle ne l’aurait imaginé si habile et si peu soucieux qu’en cet instant. « Mais ces derniers jours, j’aurais pardonné quiconque m’aurait offensé, du moment qu’il me fasse penser à vous ».
« A moi ? Que voulez-vous dire ? »
« Je veux dire que je me sens plus léger. Voire même grandi, depuis que j’ai plus amplement fait votre connaissance ».
« Vous avez le temps de grandir encore. Je ne serais point la seule à vous y aider ».
Alors elle virevolta d’un geste plus loin de lui, alors que la musique s’estompait pour laisser court à un nouvel air. Il lui souriait, profitant tous deux d’une intimité toute excusée par la chaleur des instruments. « Merci. Merci d’avoir été si bonne envers moi. J’emporterai demain un souvenir de vous qui je l’espère, ne s’estompera jamais ».
Elle se pencha, s’inclinant légèrement avec déférence, comme il lui était dû par son rang et non sans un rictus amusé. « Vivez Louis. Vivez comme si ne pourriez plus jamais inspirer du bon air. Vous aurez alors une vie entière pour m’en remercier ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 0:08




Le libretto parcouru de long en large par les mélomanes, Louis accorda à sa compagne le temps d’une pause, qu’eux deux puissent s’entretenir sans l’interruption d’un écart, d’une vrille ou d’une salutation, telles qu’on avait habitude de les vivre lors de ces danses mondaines. L’avant-bras tendu en sa direction, il l’invita à le suivre, l’arrachant ainsi de la place centrale où sans répit, différents couples énigmatiques s’échangeaient leur partenaire afin de découvrir les richesses que contenaient les différents masques.

« Belle amie, la soif vous guetterait-elle ? »
« Maintenant que vous le dîtes, il se peut, oui. » Tout naturellement, lui réservant au passage un sourire, juste avant d’épier du coin de l’œil sa sœur fort occupée par le cerf. « Charmant, votre ami. »
« C’est un drôle de personnage, en effet. Il n’en reste pas moins l’un de mes plus vaillants chevaliers, même si ce dernier possède son lot de défauts. Enfin, nous sommes en quelque sorte tous dans la même situation, n’est-ce pas? » Évidemment, Louis n’attendait pas d’elle une réponse, évidemment que tous possédaient leurs défauts propres. À proximité d’un asservi portant à sa main un plateau muni de godets de vinasse, Louis délaissa la Nuit pour s’emparer de deux breuvages qu’il rapporta sagement à cette même femme. Ainsi, une fois le tout remit, il trinqua avec elle, tout sourire contrastant avec les traits sauvages de son masque poilu.
« À notre santé, je bois à la Damedieu de vous avoir menée à moi et moi à vous. Que cette soirée s’imprime à jamais en nos mémoires respectives. » Puis de ces paroles, passer à l’acte en noyant son gosier de lourdes rasades. À son bras toujours, il la guida au travers les convives sans s’arrêter, préférant en sa compagnie épier les différents costumés. À ce jeu, point de doutes ne persistaient, tous deux s’assemblaient lorsque vint temps d’analyser, d’observer et même, de juger. À l’unisson, elle comme lui poussèrent un rictus lorsqu’ils aperçurent au loin, un Hugues tout engoncé d’un costume en tous points trop fluet. Serré à la taille, aux mollets ainsi qu’au cou, son fard lui donnait des airs de boudin ficelé plutôt que ceux d’un gentilhomme masqué.
« Qu’attendez-vous pour trouver à votre sœur un vaillant sur lequel icelle puisse se suspendre au bras? » Mais il n’obtint dans l’immédiat aucune réponse claire, si ce n’est que d’un sourire vague, comme si cette dernière ne savait pour la peine quoi répondre.
« Je crois avoir la faiblesse de lui laisser les choix que je n’ai point eu. Est-ce un mal ? »
« Nous en avons longuement discuté, lorsque vous me fîtes visiter vos si charmants thermes. Ce n’est sans doutances pas le choix judicieux à faire, il est vrai … Mais notre jugement se voit souventefois altéré lorsqu’il est question d’êtres qui nous sont chers. » Louis marqua une pause, réservant pour sa sœur cadette une pensée solennelle. « En tous les cas, ne le laissez pas au bras de cette boursemolle, il me peinerait de la savoir entraînée dans la malechevance. Tout comme vous, elle mérite ce qu’il y a de mieux en ce monde. » Et à cette allégation, d’une œillade discrète, il tâcha de deviner les airs qui se cacha sous le voile d’ébène de son hôte. Hélas, la fin de la soirée se devait de se présenter avant qu’il ne puisse déceler de son visage les moindres détails. Du moins paraissait-elle amusée, puisque sa réplique tira de son amie un doux rire.

« Croyez-moi bien que si votre compagnon souhaite une donzelle pour la nuit, ce n’est point ma sœur qu’il aura au bras. La petite est docile, mais se montre on-ne-peut-plus revêche sur la question. Je lui trouve beaucoup de similitude avec vous d’ailleurs. » Surenchérissait-elle en détournant son regard drapé vers lui.
« Est-ce en Alonna mal vu pour un homme, que de ne point compter le nombre de montures montées pour prouver sa virilité ? »
« Cela ne change guère des autres contrées du Nord m'est avis. Un homme tout apte à satisfaire une femme, saura donner un bel enfant et combler sa douce » Elle s'arrêta en attrapant deux coupes. « Et puis, vous êtes généralement assez vantard pour en faire l'étal et orgueilleux pour jouer à qui le plus entre vous. »
« Et à ce jeu, je m’y retrouve toujours bon dernier. Mais cela n’est pour vous plus un secret. » Il s’envoi quelques gorgées consécutives de vin, se sentant d’humeur festive, la dirigeant sournoisement et lentement vers l’âtre principal, où brûlaient en d’ardentes flammes nombres de bûchettes empilées les unes sur les autres. Saurait-elle soutenir cette accablante chaleur, elle qui était tapis sous de si nombreux drapés et qui chérissait tant les frissons que procurait la froideur de l'hiver??
« Et vivez-vous plus mal pour autant? »
« Pour le mieux que je sache, je suis celui qui tient à son bras la plus belle et séduisante à son bras. Or non, je ne pourrais être plus heureux. »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 17:51

Si l’air était à la joie, son cœur ne voguait que par la mélancolie. Les accords ne comptaient plus tant l’amertume de son âme semblait bien loin de toute salvation. Et lui, sous son masque vilain, brillait de pureté. Ainsi, ils formaient un étrange tableau où la délicate Dame de noire vêtue s’opposait par cent fois au très chaste chevalier. Pour sûr, la femme était un démon mis sur la terre pour corrompre l’homme. Les yeux perdus dans les flammes crépitantes de l’âtre, elle semblait perdue dans quelques pensées – bien loin de l’agitation qui régnait autour d’eux. « Certaines femmes dans cette salle me valent dix fois mon ami. Souvent plus belles, parfois plus éclairées mais pour sûr plus douces et passionnées que je ne le serais jamais. Je n’oserai prétendre dès lors au titre que vous m’affublez ».
Elle ne porta pas un regard sur son visage masqué. Il était jeune et avait le cœur tendre. Et elle, maudite, l’abimait chaque jour un peu plus de ses griffes. Que lui faudrait-il faire pour qu’il s’en vienne à la haïr ? « Cette nuitée pourtant, sur le visage de chacune d’elles sont déposés masques et voiles – tout comme vous l’êtes. Mais je détiens au moins souvenir de vos beaux yeux. J’ai crainte qu’aucune ne vous égale, non ».
Il sembla si franc que son petit cœur se serra durement. Jamais il n’aura ce qu’il attendait désespérément, et plutôt que de l’en dissuader, elle n’avait la force que de l’attirait toujours un peu plus à elle. Alors elle détourna les yeux de la flamboyante forme pour les poser sur le preux à son côté. « Ne m’idéalisez point Louis, vous serez déçu ». Voilà bien le seul conseil qu’elle lui eut donné qui n’avait aucun prix pour elle ; le brave homme se retrouverait bientôt dépenaillé devant l’étendue de la noirceur du cœur de la Belle, mieux valait alors l’en avertir céans.
« Sans vous idéaliser, je sais reconnaître ce que mes yeux voient, tout de même ».
La réplique lui tira un rire amer. La pauvre âme ne savait rien d’elle. Il n’était guère plus un enfant et pourtant il n’avait pas plus appris de la vie qu’un bambin ; il avait vécu à l’ombre d’un riche castel, choyé et aimé. La vie lui avait été douce jusqu’ici, et peut-être le serait-elle encore longtemps ! Mais pour la baronne, il en allait autrement – et le jouvenceau n’en mesurait pas l’infini tristesse qui la rongeait. « Vous yeux voient de moi ce que je leur autorise de voir ».

« Et je reconnais qu’il me tarde de voir davantage. Mais n’oubliez pas que pas plus tard que cette après-midi, les rôles étaient inversés ». Et la conversation s’en retrouvait d’une humeur plus badine, ce qui ne désenchanta point la maîtresse des lieux. Elle avait assez à faire avec ses états de conscience pour qu’il n’en rajoute plus encore. D’ailleurs, elle ne lui en voulait même pas, de lui ajouter autant de tracas. Il s’agissait certainement d’un retour de l’équilibre ; le Karam puis le Stra.
« Allons, j’avais assez à faire pour ne point souffrir de votre absence ». Quelle savante menteuse ils avaient là ! Elle n’avait pas même hésité une seconde, et l’avait prononcé avec un tel aplomb qu’on ne pouvait avoir doutance de la véracité des propos. Pour autant, c’était loin d’être vrai : elle avait langui toute la journée d’être le soir, s’occupant les mains et l’esprit autant que possible. Mais si elle l’avait dit au Berthildois, nul doute qu’il se serait réjoui comme un enfant gâté. Il n’était point question qu’elle lui donne satisfaction.
« Je vous évite de vous raconter ma journée, tant elle fût elle aussi éprouvante. Je crois que de nous séparer fût la bonne décision à prendre ».
« Je peux facilement l’imaginer, messire. Un gaillard comme vous doit-être fort pris lorsqu’il est l’invité d’honneur d’une femme qui s’assure qu’il ne manque de rien ». Et ainsi il fût fait. Il était moins bon tricheur que la dame et le silence s’installe comme toute réponse, tandis qu’il afficha un sourire charmé sur ses lippes délicates. Non seulement il n’avait pas quitté le château ce jourd’hui, mais en plus l’on raconta qu’il s’était cloitré dans sa piaule jusqu’au soir. Il n’y avait guère besoin d’être savant pour entendre que le jeunot souffrait de sa courte nuit. D’ailleurs, elle l’appréciait mieux lorsqu’il était frais ; au moins ne risquait-il pas de s’endormir dans sa soupe.
« Le silence en dit long votre Excellence. Sachez que ne plus vous tourmenter me manquera certainement ».
« Sachez que vous serez chez moi toujours la bienvenue. Quant à notre séparation, n’y pensons point ; cette nuit est encore jeune, festoyons ! ». Et d’un geste, il l’incita à finir sa coupe avant de faire de même. Il avait raison, il n’était pas encore venu l’heure de faire grise mine alors elle s’exécuta sans latence. Une vieille habitude qui la troubla un instant ; l’ivresse était une vieille ennemie qui lui avait valu quelques ennéades difficiles – et si personne n’en parlait au Trois-Murs, ils n’avaient pas oublié pour autant.
Lorsqu’elle lui tendit le verre, il était bien vide. « Souhaitez-vous me saouler Louis ? A ce rythme, je ne pourrais garantir de voir la mi-nuit ! ». Et bien qu’elle soit encore loin de cet état, l’idée lui parût à présent bien plus alléchante mais qu’aurait donc dit son ami si elle se saoula jusqu’à plus soif ? Ce n’était pas convenable, ni pour lui ni pour elle.
« Je suis trop gentilhomme pour m’attabler autour de cette tâche. Mais je n’écarte pas la possibilité de vouloir m’enivrer moi-même. Qui, ici, pourrait juger le Loup ? »
« Je le pourrais, moi ». Si elle souriait, la réplique ne s’était pas fait attendre. Et d’ailleurs, si le Marquis venait à se murger, nul doute qu’elle le jugerait sans pitié aucune. En cela il ressemblait à son père : l’Effroyable faisait bien trop souvent fi des bonnes manières. Elle attrapa au passage d’un serviteur deux nouvelles coupes bien pleines d’un clairet ma Foi respectable ; ce n’était pas le millésime mais cela ravissait assez le palet pour ne point en souffrir. « Mais je vous comprends, noyer ses démons soulage ».
«[color:d0fc=# ccffcc] Vous êtes désormais dans la confidence et connaissez plus que certains ceux qui me hantent. Un jour j’aimerai pouvoir vous rendre la pareille, si vous me le permettez ». Elle lui offrit un godet et trempa ses lèvres dans le sien. Il était encore bien loin d’imaginer les atrocités qu’elle avait pu commettre, et la culpabilité qui l’accablait désormais.
« Vous ne seriez pas prêt à l’entendre ».
« Vous n’imaginez pas à quel point il me plairait de pouvoir vous délester de quelques soucis, ne serait-ce qu’en étant pour vous une oreille attentive ».
Mais cela, elle l’avait déjà. Elle remerciait les Cinq d’avoir mis sur son chemin le vaillant Niklaus, qui contre toute attente, était devenu un ami cher. Et si cela lui brisait encore le cœur, elle ne pouvait nier qu’Arichis lui avait été d’une grande aide aussi. Le Patriarche avait ses défauts, et s’ils s’aimaient sans se le dire, il avait été un roc. Jamais il n’avait faibli. Pour autant l’attention que lui portait Louis la soulageait. Mieux encore, il mettait du baume sur ses plaies béantes sans qu’elle ne sût expliquer comment. Alors, brisant la distance, elle déposa sur sa joue un chaste et tendre baisé – telle qu’aurait pu embrasser une enfant. « Nous verrons bien ». C’était tout ce qu’elle fût capable de lui dire. Pas même un merci. La baronne s’écarta pour regarder l’assemblée qui s’amusait jusqu’à ce que ses mirettes se posent sur Jean. L’homme d’arme ne riait guère, pas plus qu’il ne parlait aux convives. Il avait le visage fermé et les prunelles braquées sur le couple masqué – prêt à bondir à la moindre occasion. « Tout le monde n semble pas trouver la réception à son goût », se désola-t-elle.
A son tour, le Saint-Aimé observa l’homme. « Peut-être devriez-vous faire profiter votre présence à d’autres convives ? Vous êtes leur suzeraine, nombreux doivent se languir de danser à vos côtés ». S’il montra de la contenance, sa voix – elle – trahissait la déception. Il était vrai qu’il l’accaparait presque exclusivement depuis le début de la soirée, mais rien n’avait empêché les uns et les autres de se porter à sa rencontre.
« Je ne danse pas d’ordinaire. Vous avez eu de la chance, à me clouer sur la piste, car c’est un art auquel je goûte fort peu. Tous ici présents savent qui vous êtes, et ce que vous représentez pour l’Alonnan. Ceux qui ne le savent pas… Eh bien ! Ceux-là ne méritent pas une grande considération – pour ce soir du moins ».
« Ce que je représente pour eux ? Ma foi, fort peu ; la portée de mon pouvoir s’est arrêtée à la frontière Serramiroise. Que peuvent-ils escompter de moi, autre que de vous arracher égoïstement à eux ? ».
Elle eut un rire franc cette fois, cessant d’arpenter la salle du regard pour reporter son entière attention sur le bel homme. Le masque de Loup ne la trompait point à présent : il demeurait le Louis d’avant. « Ici l’on m’appelle la Veuve Noire ». Elle arracha une lampée de vinasse salvatrice. Le sobriquet dont on l’avait fustigé ne lui plaisait guère mais il aurait été idiot de l’ignorer pour autant. « Je me retrouve sans époux et avec une unique fille. Voyez, vous êtes un beau parti Louis – que vous le vouliez ou non. Et ce que mes gens veulent – ce qu’ils veulent tous d’ici à Ydril – c’est la prospérité ». Ses mirettes brillaient sous son voile. Elle parlait sans détour à présent.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 21:33





« Mais ces gens ne sont pas les miens, peu me chaut de leurs préoccupations. En revanche, les vôtres m’importent, mon douce amie. » Ce qui au passage lui fit gagner le sourire de sa belle.
« Vous êtes brave mon ami, mais je ne peux me soustraire à l'avis de mes gens - bien qu'il m'en plairait parfois. Je ne suis point baronne par le sang, et l'Alonnan est une terre qui a bien trop souffert du manque de stabilité »
« Insinuiez-vous vouloir devenir mon épouse pour satisfaire les petites gens? » Dit-il perplexe, alors que la Veuve Noire éclata d’un rire franchement amusé, sa petite mitaine se posant contre son avant-bras.
« Rassurez-vous, je n’ai point cette prétention. »
« Et si l’occasion se manifestait? » Rajouta le marquis, après un instant de réflexion, bien que le ton dénotait quelques teintes d’amusement.
« Croyez-vous réellement Aymeric capable de laisser telle chose se produire? » Questionna-t-elle le Régent, en détournant la question. À dire vrai, elle semblait vouloir toujours sauf y répondre.
« Il est fort à parier que non. Mais la question à poser serait plutôt : est-ce que cela m’empêcherait? »
« Vous êtes assez téméraire pour oser le demander –du moins je le crois. Mais cela impliquerait bien trop pour envisager la chose. » Ce à quoi Louis répondit, un peu las de la tournure que prenait la discussion :
« Parfois, certaines choses nous échappent, Dame Nuit. »
« De quoi parlez-vous? »
Louis soupira un moment, mais trouva moyen de préserver son sourire envers elle. Elle avait son lot de soucis et il n’entretenait pas le dessein de lui rajouter d’avantage de désarroi, surtout compte tenu l’ambiance festive qui se devait d’être préservée.
« Avant que cet homme ne décide de démarrer une bagarre avec moi, peut-être devriez-vous songer à aller vous entretenir avec ce dernier. J’ai peur qu’il entretienne pour moi quelques griefs qui m’échappent. »
« Jean? Il n’oserait point. C’est un garde fidèle qui prend simplement sa tâche à cœur. » Le changement radical de conservation la troubla quelque peu, mais il était clair que Louis ne comptait pas s’étendre d’avantage sur le sujet.

Enfin, leurs regards portaient au loin, vers un homme qui au visage n’avait de secrets pour personne ; sa tâche de garde du corps ne permettait point congé. Aussi s’était-il mit point d’honneur à ne pas respecter le ton du bal : son visage démontrait un agacement sans pareil, une joie de vivre complétement absente et manquante. Plutôt, ses sourcils froncés et son air froissé laissaient sous-entendre que quelque chose le dérangeait, ou plutôt quelqu’un. Et avec la subtilité d’un ogre furibond, poignardait le marquis des yeux ; c’était limpide.

« Tellement à cœur qu’il considérerait ma présence comme une menace potentielle ? »
« Qu’est-ce qui vous fait croire cela? » Elle lança un regard à Jean qui se tenait droit comme un piqué, à l’autre bout de la salle. Pour une raison obscure, elle s’était mis des œillères pour ne pas se rendre compte de cet écart de comportement, ou la vinasse s’était déjà emparée de son jugement.
« Je ne saurais dire avec exactitude. Il me laisse croire que ma présence à vos côtés l’exècre totalement. »
« Il n’est aimable avec personne. Mais, si vous le souhaitez, nous pouvons tirer cette histoire au clair dès à présent. » Sa confiance envers le gaillard était de roc, mais son attitude ne donnait point tort au Marquis. Ainsi, en s’approchant dudit Jean, la Baronne lança un regard à ce dernier afin qu’il se joigne à eux pour s’éloigner de la grand salle de réception. En sortant, ils virent comme l’heure avait filé, car nombres de couples d’amis et de cœur allaient et venaient dans les couloirs attenants à la salle de réception, godet à la main et ricanements au visage. Le bon vin avait fait son chemin et enivrait les convives, de cela personne ne pouvait le contredire. Mais notre trio faisait fit de ce fait, car sans avoir atteint cet état de liberté qu’était l’ivresse, ils s’éloignèrent des oreilles indiscrètes pour atterrir dans un couloir où seules quelques torches crépitaient solitairement. Alors, pendant que la belle avait le dos tourné, un grognement surpris et étouffé dérangea la quiétude de l’endroit : Jean venait de plaquer contre le mur le jeune faon, faisant l’usage de toute sa robustesse. Pris au dépourvu, le cerf vint s’agripper instantanément contre son poignet afin de le déloger et ultimement, de se libérer farouchement. « Tu es fol! » Grogna un Louis étouffé à moitié par la poigne de fer de Jean.
« N’approchez pas d’elle! » Menaça le garde, toujours en maintenant sa main autoritaire contre le col froissé du Berthildois. Ce à quoi, sans plus attendre, la Baronne ajouta en ordonnant sans autres ambages :

« Lâche le Jean! » Impératrice, s’approchant au pas de course des deux contrevenants. Et malgré l’ordre clair et pourtant si simple, il n’en fit rien. De toute façon, Louis n’attendit pas plus longuement avant de passer à l’offensive, lui décochant un droit directement sur la joue. Enfin, sa gorge était libérée de l’oppressante main, laissant un Jean reculer de quelques pas, la pommette ouverte et un peu désorienté. Sans se soucier du jaloux ou du fou-furieux –c’était selon-, Ala se tourna directement vers Louis en lui demandant comment allait-il. Toujours le souffle court, Louis omit la présence de sa charmante hôte, s’approchant de Jean comme s’il embrassait l’envie de le frapper derechef.

« Sais-tu seulement qui je suis, pour t’en prendre à moi?! »
« Ne t’approche … pas d’elle. » Rumina Jean, tout en essayant de retrouver contenance. Prêt à lui sauter au visage pour sa couardise, Louis avait les poings fermés à s’en perforer la peau des ongles. Pourtant, il n’en fit rien et, par respect pour son hôte, préféra questionner du regard Alanya. Elle était calme, comme une étendue d’eau immuable, inébranlable. Il était cependant peu risqué de s’imaginer la rage qui bouillonnait en elle, tandis qu’elle fusillait du regard Jean. Elle retira son voile – au grand désarroi de Louis qui aurait tout donner pour le lui retirer lui-même- et posa ses spinelles grises sur le Marquis.
« Est-ce que vous allez m’expliquer ce qu’il vient de se passer? »
« C’est plutôt à lui de nous l’expliquer, parce que votre protégé vient d’agresser le Marquis de Sainte-Berthilde. »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Ven 17 Nov 2017 - 22:49


Etait-il si aviné qu’il en avait oublié sa place – et a fortiori, l’implication de ses actes ? Pour sûr, la baronne fulminait intérieurement ; non pas d’inquiétude mais de colère. L’homme d’arme mettait à présent l’Alonnan tout entière dans une fâcheuse situation dont l’issue lui semblait de plus en plus inextricable. Peut-être le Marquis se montrerait clément envers elle, peut-être pas. Toujours était que les deux hommes se faisaient face, se toisant du regard sous l’air devenu lourd – presque irrespirable. Si elle devait agir, elle devait le faire céans, mais elle ne trouva guère la force de s’interposer davantage : non pas par peur mais parce que son cœur brûlait. Elle se connaissait assez pour ne point avoir envie de s’engager plus en avant ; alors faute de se calmer, elle serra les dents. Jean, quant à lui, se fichait bien de se tenir devant un Marquis. Eut-il était prince ou roturier que sa jalousie éperonnerait son âme avec la même violence. Il était irraisonné, les yeux braqués sur sa victime, le meurtre aux lèvres. « Rien que messire ne méritait Madame ».
« Ah oui ? Et vous ne vous êtes pas dit, Jean, que le seul qui mérite châtiment ce jourd’hui c’est vous ? ». La rage au ventre, ses veines s’incendiaient à mesure que la discussion avançait. Si cela n’était guère utile pour l’heure, elle aurait volontiers collé sa main sur son visage : à défaut de parvenir à contenir l’homme, cela lui aurait au moins été salvateur.
« Vous m’avez fait promettre de vous protéger »
« Et en quoi avez-vous jugé bon de me traiter comme une menace ? ». Louis était bien loin de son habitude douce – du moins celle qu’Alanya lui connaissait. Il avait les traits tendus et tout son corps semblait prêt à se mouvoir en un instant. Une telle carrure avait de quoi impressionner, et à dire vrai, elle fût bien heureuse de ne point se retrouver devant pareil bestiaux.
« Je connais les hommes comme vous ». Le temps commençait à devenir long, bien trop long aux yeux de la belle qui s’impatientait devant ce petit jeu dénué d’intérêt.
« En trois jours, vous avez su cerner le genre d’homme qui se présentait à vous ? Alors allez, je vous en prie, expliquez-moi, au moins saurais-je dans quel danger ai-je plongé la femme que j’ai gardé à mon bras toute la soirée ».
Jean serra ostensiblement le poing mais se garda bien de lui mettre dans la face. Pour sûr, cela devait le démanger mais une part de lui – certainement la plus raisonnable – contrôlait encore ses pulsions. « C’est vous le danger. Vous minaudez comme si elle vous appartenait ! ». Et abasourdie par ces mots, Alanya demeura coi. La colère la quitta presque à l’instant où les mots franchirent ses lippes. Si la belle s’en était longuement douté, elle n’aurait jamais osé imaginer qu’il puisse sans honte ni gêne l’avouer à quiconque passait ici. Non pas que cela estompait sa rancœur – bien au contraire – mais il l’avait surpris.
« Minauder ? Moi ? Comment osez-vous prétendre de telles accusations ! Êtes-vous seulement atteint de cécité pour déformer la réalité tel que vous le faites ? ». Et plus les minutes s’égrainaient, et plus Louis de Saint-Aimé se contenait. Sa voix se pinça, comme si Jean avait touché quelque chose, là au fond de lui. A dire vrai, le jouvenceau devait faire grise-mine : alors même qu’on le retrouvait invité et faisant sa première fois, on le disait fort entiché de la maîtresse des lieux. Il n’est guère d’hommes qui n’aurait pas eu l’égo de répliquer – et ce, même si on lui aurait bien accordé son cœur volage !
« Je ne prétends rien, voyez ! Elle se tient encore gaillarde auprès de vous ! Vos paroles sont du poison, et par ma Foi et ma vertu, je l’en sauverai ! ». Le soldat fronça sévèrement les sourcils. « Il n’est ici d’homme aveugle pour entendre ce que vous lui voulez réellement ».
Dans un élan de colère et d’angoisse, elle vociféra. « Il suffit ». Ses mots résonnèrent contre les murs de pierre du castel, vaguement éclairés par quelques flammes indiscrètes, puis apparut non loin la silhouette hâtée de sa cadette talonnée par le preux Redghar. Insouciant, ils approchaient loin d’imaginer le drame qui se déroulait alors. « Vous êtes ici les Rois, vous êtes en mesure d’aller où bon vous semble mais il n’en reste pas moins que beaucoup commencent à se questionner ». Le Berthildois semblait guilleret, mais au regard de son suzerain se referma presque aussitôt – se tendant presque imperceptiblement.
Ce dernier rageait tant et plus que ses beaux yeux bleus n’avaient plus rien du doux reflet paisible qu’elle avait connu. A dire vrai, c’était un tout autre bonhomme qui se tenait là, impassible. « Je crois que nous en avions terminé ». Il avait tranché sèchement.
« Nous sommes loin d’en avoir fini. Angélique, va chercher la garde. Je veux qu’on le jette aux fers, et son Excellence décidera de son sort avant son départ ». Et alors qu’elle tourna la tête pour s’en remettre à sa sœur qui décampait presque aussitôt, le poing de fou frappa le Marquis sans crier gare. Peu de mots semblaient alors assez forts pour entendre le sang bouillir dans le corps du solide gaillard. S’il était venu dans l’espoir d’élucider un questionnement – qui influerait bien certainement dans l’avenir conjoint des deux dirigeants – on l’affublait à présent d’une fort mauvaise réputation. Lui n’était venu que pour elle, et s’était retrouvé à apprécier la compagnie de sa conseillère – veillant depuis des années à maintenir sa renommée de gentilhomme. Louis se jeta sur son assaillant corps et âme et commença à le ruer de coup. Il n’était plus envisageable d’arrêter ces ceux-là ; même Redghar s’en tînt assez loin après n’avoir réussi à les séparer.  Le Marquis ne reconnaissait plus l’ami de l’ennemi, et frappait avec sa force furibonde. Il frappait comme un damné. Les minutes parurent alors siècle et le visage déconfit de la belle ne retrouva contenance qu’à l’arrivée en fanfare des gardes. Leur armure résonnait à chaque pas, alors qu’ils trottaient vers la mêlée. Si elle fut soulagée, elle les accueillit sans pitié. « Louis, lâchez-le avant de vous salir les mains de trop ! ».
Son masque était défait, et sa lèvre s’était écorchée dans la bataille, laissant une trainée rougeâtre couler sur son menton. Ses jointures aussi s’étaient rougies à force de baiser avec les dents du Jean. Le souffle court, il se redressait enfin pour mieux s’enfuir dans les couloirs du château. Il ne se tempérait plus, et préférait passer ses nerfs ailleurs. « Emmenez-le hors de ma vue ». L’ordre avait été sifflé entre ses ratiches serrées alors qu’elle s’élançait à sa suite, intimant à l’ami de son invité de rester là. Elle préférait s’y rendre seule.

Ils ne marchèrent pas longtemps avant qu’elle se glisse après lui dans un petit salon privé des plus austère. Les minutes de silence qui avaient précédés lui avait noué le ventre – et alors que la porte se fermait, elle inspira profondément. « Louis… ». Un chuchotis, rien de plus.
« Vraiment ? Comme si vous m’apparteniez ? ». Il n’avait pas démordu des paroles incensées de son adversaire, essuyant sa bouche du revers.
« Laissez-moi voir ». Elle s’approcha prudemment, non pas par peur de le voir s’énerver à nouveau mais peur de le voir s’enfuir. Il était comme une bête acculée, aussi dangereuse et fragile. « Il ne savait plus ce qu’il disait. Le vin a dû lui brouiller l’esprit, comme a tant d’autres ».
Il la laissa faire sans broncher. « Vous continuez à le couver. Il n’a pas bu une seule goutte ! ». Son air était devenu amère, et lorsque que ses mirettes se fixèrent sur elle, elle eut mal. L’on ne pouvait se résoudre à imaginer un être aussi doux autant blessé – non pas de plaies visibles – mais plutôt par quelques paroles. Par du vent. Son attention tomba sur ses mains contre les siennes, laissant le mutisme s’instaurer à nouveau. Le temps s’écoula – paisible – avant qu’il n’ose affronter les yeux d’aciers de la suzeraine. « Au moins cet évènement m’aura permit d’apprécier pleine ce que m’interdisait le voile ».
« J’espère que vous saurez me pardonner pour cet incident ».
« Est-ce qu’il existe quelque chose que je ne puisse vous pardonner, mon amie ? ».
Elle lâcha sa main meurtrie délicatement et s’écarta d’un pas. « Vous auriez toutes les raisons d’en vouloir à Alonna… De m’en vouloir », conclut-elle.
« Je n’en veux qu’à un homme. Et encore, l’amour est parfois porteur de mauvaises intentions. Cet homme vous aime, à n’en point douter ». Son timbre se serra un peu, tandis qu’elle prenait finalement place sur un fauteuil en soupirant.
« L’amour… Je vous souhaite de ne jamais aimer Louis. C’est un sentiment bien trop douloureux pour les simples Hommes que nous sommes ».
« A mon rythme, je commence à bien le comprendre mon amie. Cela est pourtant souvent contre notre gré ».
Elle tourna la tête vers lui, soudain attiré par la mélodie de sa voix. Non qu’elle ignorait ce dont il parlait à demi-mot ; elle préféra simplement ne point comprendre. « Je ne savais point que vous vous étiez entiché ».
« Cessez de vous jouer de moi, je vous prie. Vous le savez depuis un moment ».
Elle détourna le regard pour s’en retourner fixer la porte. A défaut du Marquis, c’était le point de chute qui lui sembla le plus honorable compte tenu de la scène qui se jouait là. Elle n’aurait pu affronter l’air attristé du jeunot. « Nous ne nous connaissons que depuis peu messire. Je doute que vous n’éprouviez pour moi autre chose que l’excitation de la nouveauté ».
« Ce n’est pas impossible, votre clairvoyance jusqu’à présent s’est avérée plus qu’efficace… Mais pour une fois, j’aimerai que vous vous trompiez ».
« Louis, vous savez toute la sympathie que je vous porte mais il est encore tôt et mon cœur est meurtri par le souvenir d’un autre ». Elle se releva et se saisit doucement de ses grandes paluches ; les siennes paraissaient bien ridicules à côté. « Vous êtes un jeune homme bon, qui saura rendre heureuse n’importe quelle femme du Royaume. Ne me languissez point je vous prie. Il me tuerait de vous savoir malheureux par ma faute ». Elle s’arrêta mais ses lèvres esquissèrent un mouvement avant de se clore aussitôt. « Laissez-vous du temps et apprenons à nous connaître. Il n’est nullement nécessaire de se hâter ».
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