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 Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Jeu 14 Sep 2017 - 22:45

La baronne avait passé une très bonne nuit. Loin des préoccupations de la journée, elle s'était endormie à peine posée sur sa couche et ne s'était levée qu'avec le soleil. Un sommeil réparateur qui lui donnait le teint frais et la mine enjouée. Elle était d'excellente humeur, ce qui soulagea ses gens qui l'avaient connu bien trop maussade ces derniers temps. Le poids de sa charge sûrement, peut-être une inquiétude plus profonde. Nul n'aurait su le dire, et à vrai dire la cause de ses démons internes avait peu d'importance ici. Elle rayonnait, souriant à qui croisait son chemin. Elle avait toujours dégagée un grand charisme – on l'avait longtemps formé à cela -, mais ce jourd'hui alors même que l'on posait ses yeux sur sa silhouette gracieuse, l'on se sentait pousser une grimace contente sur le bord des lèvres. L'hiver se tenait alors bien loin des pierres chauffées d'Alonna les Trois-Murs, au dehors, alors que tombait la même neige fine.

Alanya, matinale, s'était en premier lieu rendue auprès de sa jeune fille. La petite faisait ses dents, menant la vie dure à sa nourrice tant par son caractère que par les nuits toujours plus courtes qu'elle lui imposait. Pour sûr, la belle Pénélope à la crinière claire avait déjà tout de l'impétuosité de sa génitrice : quiconque connaissait l'Héritière la craignait pour ses colères. La petite de presque un an avait un avis fort bien tranché sur ce qui lui plaisait et ce qu'elle n'aimait guère ; et pas même sa mère ne parvenait à la raisonner. Son éducation serait bien difficile et déjà la baronne songeait à ses précepteurs et l'environnement dans lequel son enfant évoluerait. D'ici ses cinq années, elle envisageait de l'envoyer à Broissieux pour qu'elle y vive une enfance loin de la cour. Ce n'était pas un milieu sain pour un enfant, du moins il éveillait en elle des craintes constantes qu'elle ne parvenait à étouffer qu'en imaginant son unique fille loin du tumulte de la noblesse.

Si elle souffrirai certainement autant de l'éloignement, c'était la solution la viable. Elle se garda pourtant d'en parler à ses conseillers. Ce n'était point à eux de choisir pour ses décisions de mère, quand bien même l'avenir de la terre en dépendait. Convaincue, elle déambulait presque une heure plus tard dans les couloirs en direction de la grande salle, accompagnée de Hugues. Ce drôle de bonhomme la suivait comme son ombre, et même son ombre semblait moins fidèle que ce parvenu. Arrivé à son service peu de temps après son accession à la baronnie, elle ne savait presque rien de lui, sinon qu'il servait ses intérêts aussi bien qu'elle l'aurait fait elle-même en monnayant quelques avantages. Ainsi fût-il très promptement promu au titre de héraut, puis d'intendant. Son ambition ne semblait jamais se tarir et cela l'inquiétait un peu : il arriverait un jour où elle ne pourrait lui permettre de poursuivre son impressionnante ascension. Tous deux parlaient d'administration, plus pour passer le temps que pour prendre de réelles mesures. Cela, il ne s'en occupait pas.

« Pensez-vous que le fringuant Saint-Aimé vous rejoindra ? »
Elle souriait, le cœur léger. « S'il a passé une aussi douce nuitée que la mienne, alors je n'en doute pas un instant ». Et à vrai dire, elle ignorait encore si son petit stratagème avait fonctionné – et même s'il avait échoué, elle restait persuadé qu'il se pointerait aussi sagement qu'à son habitude.

Et il ne la fit pas mentir. Il avait franchit les portes avec souplesse, le pas léger et la mine fatiguée. Un indice qui ne la dupa pas : la nuit de l'homme avait dû être courte et mouvementée. Restait à savoir s'il s'agissait d'un bon signe ou non. Elle ne se leva pas, affichant simplement un sourire poli et accueillant. « Oui, installez-vous mon bel ami ! ». Elle lui indiqua la place tout près d'elle, en le regardant s'asseoir presque aussitôt. « Votre nuit a-t-elle été bonne ? ». Si elle avait dit cela avec innocence, le fond de la question l'était beaucoup moins. Outre sa curiosité, elle voulait savoir si elle était parvenue à ses fins une fois de plus...
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Ven 15 Sep 2017 - 2:58




Qu’avait-il à faire des manières ce matin, alors qu’un si beau soleil guettait sur les Trois-Murs? Il passa outre ce petit manque et de toute façon, il n’en avait que peu à faire ; il n’était pas là à titre protocolaire et entres amis, se devaient-ils de s’adresser la parole de manière ampoulée ? Il se laissa choir sur la chaise à ses côtés, non sans un radieux sourire placardé contre sa bouille toutefois tirée d’éreintement. Des poches pesaient sous ses yeux brillants, son teint était un peu plus laiteux et malgré ce qu’il chercha à laisser voir, l’heure du couché s’est vu tardivement arrivée et donc, son allure en pâtissait. À peine eût-il posé son séant sur son fauteuil, qu’il reçut en pleine poire « la » question qui tue. Posé si prestement, il se demanda même comment avait-elle sût tenir le coup toute la matinée sans venir le questionner directement. Au fond de lui, que ce soit railleries ou simplement de l’amusement, les yeux pétillants de la Baronne le charmait et peu lui chaut l’avis qu’elle se ferait de lui. Il mit tout de même un instant à répondre et, bien qu’il tâche de ne pas lui donner la vérité toute crue dans le bec, simplement croiser son regard confirmerait les soupçons de la coquine Broissieux. « La nuitée fut venteuse à souhait m’est d’avis, car elle m’a semblé forte turbulente. J’ai peiné à fermer l’œil, heureusement que la couche que vous m’aviez préparée m’était forte aise, même si à un moment, je me suis senti étouffé par la chaleur. Sans doutance n’étais-je point familier à ce genre de literie! Mais c’est un luxe auquel je saurais m’accoutumer, soyez en persuadée! » Son sourire se rehaussa en quelque chose de plus coquin, bien qu’il sembla aussi plus complice. Il ne lui en voulait pas pour ce coup monté, elle avait bien fait. Aux matines, c’est un Louis éreinté, mais changé qui s’était présenté à la grand salle. Ses démons l’avaient quitté pour tourmenter un autre misérable, le laissant grandit de cette expérience on ne peut plus satisfaisante.

Sans plus attendre, Louis se retourna pour interpeller Hugues qui, fidèle à ses habitudes, tentait –je dis bien tentait- de rester tapis dans l’ombre de sa maîtresse. Le bougre avait tout le tour du ventre des raisons de manquer de discrétion et même, autour des cuisses et des bras! Le gras-du-bide n’en était pas pour autant discourtois, il semblait même à l’opposer, toujours faire montre d’un respect des plus total envers la Baronne ainsi qu’à son invité.
« Hugues dites-moi que nous avons bon à nous mettre sous la dent, mon estomac hurle famine! » Souligna-t-il, tout guilleret qu’il était. À cette question rhétorique, Hugues disposait et disparaissait, telle une ombre obèse en quête d’exécuter la requête du Régent. « Tout de même, la bonne fortune s’est montrée généreuse, lorsqu’elle a laissé en son sillage un être aussi serviable à votre main. Si seulement mes gens pouvaient être à moitié comme l’est votre Hugues … Alors nous nous bousculerions pour vivre à Cantharel, m’est d’avis! Mais dites-moi, j’ai manqué aux convenances, votre nuitée fut-elle aussi paisible que la mienne ? Vous me semblez si … Rayonnante! Auriez-vous souvenance d’avoir rêvé bonnement ? »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 7 Oct 2017 - 19:42


Ils avaient l’air de deux amis ainsi accoudés à une table désespérément vide, se souriant non pas par obligation mais par envie. Ils semblaient si proche, au point de se conter la vie et les jours moroses de l’hiver qui peinait à s’éteindre pour laisser place au fier printemps. Pour une fois les yeux ne se détournaient guère et les bouches ne s’asséchèrent pas. Pour sûr, ce fût une belle journée que celle-là. L’agitation autour d’eux sonnait les derniers préparatifs avant l’événement le plus attendu du mois. Chacun avait préparé sa tenue avec soin, et d’aucun ne manquerait pareille sortie pour rien au monde ! Au dehors le temps paraissait bien plus clément qu’il ne l’avait été de toute la saison, et le vent froid s’en venait balayer de sa main délicate les flocons déposés la veille. Et alors que tout rayonnait, la baronne ne pouvait s’empêcher de guetter les mirettes de son invité. Elle le dévisageait sans pudeur – ou presque – s’arrêtant çà et là sur les traits irréguliers du jeune homme pour en apprécier les formes. Non pas qu’elle le désirait, elle avait pour cela son content d’hommes à ses pieds, mais la bouille intrépide lui rappelait de lointains souvenirs. Louis de Saint-Aimé exultait d’une chose mêlant la fierté, le soulagement et la quiétude. Au fond de ses prunelles scintillantes, il venait d’acquérir ce que tout homme se doit de se pourvoir pour devenir plus sage. Et s’il ne lui répondit pas directement – préférant à cela la malice -, il ne pouvait mentir ; son corps le trahissait bien malgré lui.

Et si rien n’aurait su troubler la bonhommie du moment, le départ d’Hugues la ravie encore plus. Ce curieux personnage avait l’habitude de se glisser là où on ne le souhaitait guère, farfouillant de ses esgourdes grandes ouvertes – et par les Cinq ! elles étaient foutrement grandes – les malheureux et leurs ragots. Si elle n’en avait point de preuves, il ne lui aurait été guère difficile de concevoir ce gourdiflot comme la source de tous les commérages de sa cour. Après tout l’estréventin s’en était venu un jour pour ne plus repartir : et pire encore, accroché à la basque de sa maîtresse, il la sucer comme une vilaine tique.  Bien qu’il ne fût pas encore une grande menace, pas plus qu’une inquiétude récurrente, elle le gardait sagement à l’œil. L’ambition lui plaisait mais il aurait été stupide et bien brave que de s’opposer à elle ; toutefois l’on ne pouvait écarter cette possibilité. Le pouvoir mis dans des trop petites mains consumait l’âme avant que l’on puisse s’en apercevoir. Ce temps-là, fort heureusement pour eux, n’était pas encore venu et si l’omniprésence du ventrue laquais lui pesait, il n’était ni un fardeau ni un danger.

« Croyez-moi bien que tout serviable qu’il semble être, il ne tardera pas à l’être bien moins si je n’en viens pas à le considérer à la hauteur de ses efforts ». Ses lippes étaient toujours étirées avec un air badin, comme si ce qu’ils se disaient-là n’avait rien d’important. « Et j’ai presque aussi bien dormi que vous. Aucun rêve n’a troublé la quiétude du repos, si bien que lorsqu’on s’en est venu toquer à ma porte aux matines, j’étais tout à fait prête à affronter la longue journée qui nous attend ». Elle lissa un pli de sa robe en glissant un regard entendu vers le Berthildois. « Je gage que vous auriez aimé ma prime visite. Une belle plante que c’était, de quoi vous ravir une fois encore les yeux de nos plus délicates prouesses ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 29 Oct 2017 - 22:26




« Et n’existe-t-il pas meilleur méthode pour apprécier une journée, que d’avoir pioncé sans n’avoir été perturbé par le moindre miaulement, le moindre bruit, le moindre son ? Il me plait de vous savoir toute florissante, loin de cette affreuse fatigue qui saurait vous fatiguer les sens en un tour de main! » Dit-il, ne montrant pour sa part aucun symptômes de fatigue, outre les ravages confortablement installés contre son faciès un peu blafard. « Adoncque? Cette fleur ne serait-elle pas joliment affublée de quelques pétales de feu ? Une cascade embrasée sur laquelle s’affiche un minois fier et digne, à la juste mesure de ce qu’a de plus beau l’Alonna ? Car il se peut en effet qu’elle ait croisé mon chemin également la veille, si c’est ce que vous désirez entendre. » Conclut-il, tandis qu’il offrit à son hôte l’un de ses plus charmants sourires.

Le petit déjeuner continua son déroulement sans accrochage, si évidemment tous les sous-entendus qu’ils s’échangèrent à propos d’un « probable événement nocturne » n’en étaient pas. Au court de ce maigre repas, de malicieux comme d’amusés regards s’échangèrent, de même que des sourires qui allaient de pair. Non, c’était sans équivoque, l’un comme l’autre semblaient s’accorder également pour la première fois depuis leur rencontre. Car d’aucuns ne penserait le contraire : Louis tirait de l’arrière sur sa malicieuse hôtesse depuis son arrivée, ors la dernière nuitée l’avait changé. Il semblait plus naturel, plus sûr de lui : à l’image de ce qu’il était au quotidien, lorsqu’un boulet de timidité et de honte ne lui était pas boulonné à la cheville. À la fin, lorsqu’ils terminèrent leurs gamelles et que les couverts étaient posés définitivement, Louis prit une pause pour s’essuyer le bec à l’aide d’un torchon posé là, à sa disposition, puis se retourna vers Alanya. L’œil joueur et brillant d’amusement, il lui proposa ces quelques mots :
« Par ma faute, la journée est d’ores et déjà bien avancée, si bien que par tans, les soleils atteindront sûrement leur zénith. Or je vous propose que nous nous interdissions l’un à l’autre jusqu’à la fin du bal. Nous n’aurons droit de nous voir qu’une fois nos masques retirés et même si d’advertance l’un de nous deux venait à deviner notre identité cachée, ne pourrons nous nommer par nos prénoms. Je crois vous avoir fait souffrir suffisamment longuement de ma présence pour vous octroyer un congé de ma personne. Du moins, jusqu’à ce que se termine le bal. » Louis ponctua son offre de l’un de ses sourires les plus avenants et naturels. Il retrouvait avec son offre son cœur d’enfant et pendant l’ombre d’un instant, en oublia ses soucis les plus imminents ainsi que ceux à venir. « Sommes-nous d’accord? »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 5 Nov 2017 - 17:25

Et ils se quittèrent avec légèreté. A la fois impatients et taquins, ils avaient tous deux convenus de finir la journée loin de l’autre ; si le jeu eut plu à la baronne – qui s’était habituée à mener la danse – elle ne parvint à se retirer de l’esprit le curieux Marquis. Il était jeune, une jeunesse qu’elle lui envia un peu : il avait la fraîcheur qu’elle n’avait plus, mais surtout le chevalier avait le cœur brave. Il était de charmante compagnie, remplaçant les jours mornes du castel en aventure. Pour sûr elle aurait bien du mal à le laisser rentrer chez lui. Il était le soleil dans le Long Hiver, la chaleur dans la Tempête. Une visite fort curieuse qui apaisait son âme meurtrie. Qui se doutait qu’une ombre planait toujours sur le cœur de la belle ? Se retrouvant pour le jour sans compagnie, la désarçonnait ; elle déambulait l’esprit occupé, pantin sans destination. C’est que le gourdiflot lui avait lestement coupé l’herbe sous le pied ! Ainsi prise à revers dans sa propre gaminerie, Alanya n’avait d’autre choix que de respecter l’accord entrepris dans la grande salle. Elle acceptait la filouterie non sans mal, mais la tempérance semblait de mise : n’était-ce pas elle qui s’était évertuée à mener la vie dure à son invité ? Tantôt le mettant mal à l’aise, tantôt lui faisant faux bond, il avait bien mérité de se venger – surtout avec la courte nuit qu’il avait passée. Pourtant, et ce fût bien la première fois !, l’Alonnaise regrettait son geste. Ce n’était point à elle de lui forcer la main, pas plus qu’il n’était correct de le mettre dans de délicate situation : le jeune homme était de vaillante constitution pour ne point être déjà enfuit loin de la Folle. Qu’aurait donc dit Arichis à sa place ?

Ses devoirs l’empêchèrent de briser la promesse même si l’envie ne manqua pas. Plusieurs fois on l’eut croisé le pas déterminé avant qu’un ministre ne l’alpague pour une question urgente. Ah ! Comme elle regretta sa charge et comme elle l’aima à la fois ! Il semblait fort peu probable qu’elle ne donna la victoire au Saint-Aimé ; elle était bien trop fière pour s’avouer vaincue. Toutefois, elle remuait tant et tant sa mauvaise conduite qu’elle ne pouvait demeurer sans se faire pardonner. En vérité, elle l’aurait pu, et elle aurait laissé le temps réparer ses torts comme avec n’importe qui. Le chevalier avait pour lui une sympathie qui mettait à mal l’inflexible hôte. Ce gaillard n’avait rien demandé, et se retrouva bien malgré lui dans les serres du Faucon. Alors, s’essayant à oublier la bataille qui faisait rage dans son cœur, elle s’impliqua toute la journée dans les préparatifs et les affaires baronniales. D’abord elle supervisa avec l’aide indéfectible de son intendant la mise en place de la tablée, donna ses instructions pour les musiciens, veilla à ce qu’il ne manque de rien. Puis, elle attrapa Galainier et tous deux s’enfermèrent dans son bureau. Le prime ministre l’écouta longuement et ensemble ils griffonnèrent sur maints papiers jusqu’à être totalement satisfait. Cela lui sembla une éternité ; le temps n’arrivait plus à s’écouler et il lui languissait d’être au soir. Non pas seulement pour revoir ses invités, mais aussi parce que le bal soulagerait ses sujets. Le Long Hiver était terrible et si tous espéraient qu’il touche à sa fin, elle n’en était pas pleinement convaincue. Le rationnement de ses gens et la guerre n’aidait en rien à garder le moral alors, elle croyait que cela suffirait à remettre un peu de baume au cœur des siens.

Angélique frappa à sa porte. Fin prête, la jeunette resplendissait. Son aînée ne put cacher bien longtemps un sourire à la fois fier et aimant : sa sœur possédait tout ce qu’elle aurait aimé avoir. La cadette était belle, douce et bienveillante. Des attributs qu’avait sans mal sublimé la dame tisserande. Le tissu de satin bleu ondulait comme l’eau du fleuve, brillant et glissant parfaitement sur son corps. Pour sûr, elle était magnifique. Mais rien – non rien – ne put décrire la baronne ce soir-là. Engoncée dans un drapé noir, ce dernier épinglé aux épaules lui tombait sur le visage si bien que seule sa bouche demeurait visible. Les fils soyeux s’entremêlaient avec des brins d’argent. Telle la nuit, elle restait sombre, inquiétante et pourtant si éclatante. Il n’y avait pas deux femmes comme elle dans tout le royaume. Non pas qu’elle fût la plus belle de toutes – elle avait connu bien des filles plus charmantes qu’elle ne serait jamais ; elle avait une chose, presque animale, qui la démarquait de la foule. Lorsqu’elles arrivèrent à la grande salle, le monde s’était déjà massé et l’orchestre jouait des airs doux. Si elle parvint à en reconnaître quelques-uns derrière le masque, certains ne lui disaient rien : la magie des bals masqués opérait. Elle s’avançait dans la pièce, saluant çà et là mais ses yeux cherchaient en vain. Il n’y avait qu’une personne qu’elle désirait revoir ce soir-là. Si bien qu’elle ne s’aperçu même pas que sa sœur s’en était allé vers deux gaillards fort bien habillés.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 11 Nov 2017 - 1:18





L’engouement pour le bal improvisé mais non moins attendu était désormais palpable. La domesticité caletait d’un bout à l’autre du castel afin de peaufiner les derniers arrangements, comme si le fouet les attendait. Personne ne leur criait par la tête les ordres à suivre : tous étaient au fait de leurs tâches et s’affairaient à les mener à bien dans les plus brefs délais. Ainsi, assiégé par la cohue de larbins le castel était pour le moins le dernier endroit propice au repos et à la quiétude. Néanmoins, cet obstacle sembla pour notre jeune régent, le dernier de ses soucis car ce fût d’une facilité alarmante qu’il s’effondra le ventre rond, sur la literie de sa couche. Les heures s’écoulèrent, une, puis deux, puis trois … Jusqu’à ce que poing fermé, d’un mouvement pratiquement empreint de violence, l’on brutalise la porte de sa chambre. « Ouvre! Louis, ouvre cette damnée porte! » Tonna une voix étouffée par le portail de bois. En sursaut, Louis posa ses deux petons contre le sol gelé, l’air confus étampé contre son faciès somnolent. Le pas pesant, pratiquement en se traînant les pieds, le marquis ouvrit la porte sans même se questionner. Au simple déclenchement du penne de la porte, c’est en trombe qu’entra Rhedgar, les bras soutenant une montagne de vêtements et d’autres accessoires, ceux-là tous déposés contre le chaotique lit du faon.

« Que fais-tu?! Il nous faut aller au bal, pardi! As-tu vu ta sale trogne?! J’ai déjà zieuté des cul de Wandrais plus séduisant que tu l’es en ce moment! » Hurla son confrère, tout paniqué, les yeux pratiquement sorti de leur orbite.

« Du calme … Il fallait bien que je dorme, je croulais sous la fatigue. Alanya l’aurait de suite remarqué. Tu sais que rien ne lui échappe. Elle est dotée d’une clairvoyance qui dépasse l’entendement. » Souligna Louis en plaidoirie, tout en se frottant les paupières d’un poing, non sans le début d’un sourire.

« Oui oui … J’ai eu ouie dire pour ta nuitée d’hier … On m’a dit qu’elle fût forte mouvementée, moi je crois plutôt que c’est ton braquemart qui a fort bouger, mais tout ceci, ça te regarde! » Pratiquement sous des airs de reproche, alors qu’en temps normaux, lui seul aurait crié victoire à le savoir dépucelé. « Mais peu importe, le temps file et il te faut te vêtir. Enfile la tunique qu’on nous a préparé, point de temps à perdre! »

« Depuis quand Rhedgar le conquérant, le coureur de jupon, l’homme-à-femme, l’impitoyable cocufieur, ressent-il la pression, la nervosité et l’anxiété ? Le simple fait de te voir là, fin prêt et disposé à te présenter adéquatement ne te ressemble point, mon ami. Quelque chose te tracasse? » Répondit Louis, tout en enfilant les premières couches de tissus que comportaient son riche habillement –ou déguisement- c’était selon.

« J’ai à cœur que tout se passe bien, voilà tout. Pour une fois que … Enfin, que tu t’amourache d’une femme, il me plairait de ne pas te voir tout gâcher, comme tu sais le faire si habillement. »

« Pardon? Cela ne me ressemble en rien! Puis qui te dit que je me suis amourachée de qui que ce soit? »

« Point qui que ce soit, tu es fou amoureux d’Elle. De la veuve noire. D’Alanya de Broissieux. »

« Maudit sois-tu, toi et ta prétention! Fais-moi le plaisir de déguerpir d’ici dare-dare et laisses-moi me préparer seul, satané sac-à-vin. » Et tandis que Louis s’affaira à se changer, à ficeler les différents cordages de ses affublements, Rhedgar devint un piquet immuable, décidé à ne pas bouger d’un poil, qu’importe la menace qui le guettait. Et à le voir faire, Louis préféra adopter le silence, de sorte à ne pas exploser de rage avant de se présenter à la foule, même si son visage serait couvert et que le cramoisi de ses pommettes soit masqué. Les minutes s’écoulèrent sans que mots ne vaillent, jusqu’à ce que Louis trouve une astuce afin de détendre l’atmosphère. « Mon ami, j’ai une idée qui risque de te plaire … »


****


Enfin, le moment était venu. Ensembles, ils pénétrèrent dans l’immense salle où se déroulerait leur première festivité hivernale –et ce moment de gaîté n’était pas de trop, compte tenu de la hardiesse du long hivers-. L’un couvert d’un masque de loup, muni de quelques poils, d’un nez retroussé et de quatre dents pointues sortant de sa gueule, l’autre masque de cervidé aux bois abondants et prospère. À l’instar d’un aimant, ils attirèrent les regards –des regards qui leur étaient bien évidemment inconnus-, puis se déplacèrent afin de libérer la grande place afin que les premiers pas de danses s’effectuent. Aussitôt arrivés, aussitôt accostés par une femme, le cerf décrocha son attention d’icelle sans même la saluer, alors qu’il s’éloigna en quête d’un plus gros gibier.

Arrivé au niveau de la belle drapée d'ébène et de charbon, le cerf use de son assurance -ses bois sont imposants et portants, il n'a peur de rien-, puis va au baise-main sans hésitation, redressant le nez afin de percer le drapé qui couvrait le faciès de la belle. Alors, au travers le tintamarre ou le boucan de l’événement, il s'adresse à elle en se présentant de la manière la plus courtoise. « À mon arrivée, l'émerveillement que je ressenti à la vue de ces décorations utopiques s'est vite fané à l'interdection d'y voir la profondeur de vos yeux. »


Ainsi, la femme se montra fidèle à ses habitudes, répondant d'une aisance alarmante, tout sourire collé aux lèvres. « Il n'existe lueur plus profonde que celle de la nuit, et vous, mon cher, semblez bien hardi pour vous y frotter »


« Et pourtant vous seriez surprise, j'ai fait d'elle mon alliée. Car seul la nuit je me mus aussi librement, sans contraintes ni entraves. La nuit m'inspire et me fascine, car elle m'épaule et m'enseigne ; ainsi  vivent les cervidés. »


« Alors vous vous trouverez ce soir fort aise. A moins que les quelques flammes vous incommode » Affirma-t-elle, tout en serrant sa main en toute délicatesse.

« Nous verrons, le feu a tendance à m'effrayer. Je suis un animal fier, mais qui connait désormais ses limites. Et si nous allions à la rencontre de d'autres convives? » En réponse à l'étreinte de ses doigts, il les entrelaça sans gêne, faisant fit des convenances, comme si le mystère de son masque lui avait fait poussé des ailes. Se dirigeant vers l'homme qu'il avait tantôt délaissé, il la laissa entreprendre les premiers pas.


Le geste osé lui fait froncer les sourcils mais elle le suit de bon cœur et de dégage doucement pour poser sa main sur l'épaule de sa soeur. « Bonsoir messire Loup »


Un iota moins assuré que le prestigieux cerf, mais tout aussi habille que ce dernier, des salutations toutes aussi distinguées lui furent réservées. Baise-main ainsi que le regard similaire, cherchant à percer le drap qui couvrait la tête de la femme d'ébène.
« Il est rare de voir une nuit sans sa lune, auriez-vous égaré la votre? »


« Il semblerait que je viens de la retrouver. La réception vous sied ? » Ponctua-t-elle d'un sourire franc et lumineux.

Et à cette déclaration, il ne sût répondre dans l'immédiat, préférant lui rendre la pareille, d'un sourire franc, incapable de s'en empêcher. Se terrant sous le mutisme, le cerf cru bon de répondre à sa place, dans l'espoir sans doutances de rattraper le coup. « Tout me semble à point, si ce n'est qu'il me tarde d'enchaîner quelques pas. Dame Nuit, me feriez-vous l'honneur? »



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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 11 Nov 2017 - 21:08




« Pour sûre, la damoiselle serait bien meilleure cavalière que moi, et elle appréciera davantage votre compagnie ». Alanya dirigeait en douceur sa sœur vers le compagnon Cerf, et la jeunette fût bien heureuse que son masque dissimule le rouge qui lui monta aux joues. Elle n’était point dupe la baronne ; elle connaissait peut-être le cœur doucereux d’Angélique mieux qu’elle-même. Et sans prêter plus d’attention aux yeux perdus de la débutante, elle se retourna vers le Loup. « Du faon au loup, voilà un bien grand changement ». Il n’y avait plus de place au doute : l’espièglerie des messieurs avait bien faillit l’avoir, si le jeune Berthildois n’était point si cérémonieux. Pour peu, elle serait allée jouer dans les bras de son comparse ! D’ailleurs, ce dernier dont l’orgueil blessé avait causé une prime réticence, se saisit de la main de la petite pour l’emmener danser.
« Vous perdrez au change. Nous sommes moins graciles que ces cervidés, vous vous douterez. Etes-vous bien certaine, dame Nuit ? ».

Certaine, elle l’était depuis toujours. Jamais son instinct n’avait failli, et quand bien même l’aurait-il fait qu’elle ne l’aurait avoué. C’était une femme fière et pourtant si fragile qu’un courant d’air aurait pu la blesser. Une fragilité qui l’avait rendu forte, elle s’en assurait un peu plus chaque jour. Alors, elle s’approchait un peu, gardant entre le Loup et elle une distance respectable ; un sourire resplendissant accroché au peu de visage qu’il était possible de distinguer sous son voile. « Aussi certaine que vous connaissez ma préférence pour votre charmante compagnie. Et quand bien même ! Il est souhaitable que je ne danse point, il ne faudrait pas effrayer les convives ».
« Allons, allons… La nuit n’a rien d’effrayant, c’est ce qui se passe lorsqu’elle se manifeste qui l’est ». Le gaillard lui offrit un bras plus assuré qu’elle attrapa avec légèreté. Ce bal la complaisait réellement. Après le rude hiver, la joie qui animait la grande salle lui redonnait l’espoir – et pourtant, personne mieux qu’eux deux savaient ce qu’il se passerait au retour des beaux jours. « Et de nous deux, le Loup effraie davantage, je serai votre faire-valoir ».

A ces mots, il l’entraîna malgré sa réticence au milieu de la foule. Les couples s’agitaient harmonieusement, virevoltant au son des musiciens qui laissaient doigts et souffle guider leurs instruments. Une forme de candeur planait sur les convives, comme si au dehors le temps s’était arrêté. Ni la guerre, ni la faim, ni le froid ne les atteignait ici, seules les flammes vibrantes du brasero demeuraient assez vives pour souligner les corps et les âmes. Lorsqu’ils s’installèrent, quelques regards curieux se portèrent sur eux ; la maîtresse des lieux se retrouvait dans les bras d’un curieux Loup et elle entendait déjà jaser les rumeurs. Mais d’aucun n’osa les arrêter lorsqu’ils se mirent en branle dans un chaos harmonieux. « Je dois avouer que la dame Tisserande s’est surpassé avec votre costume ». L’homme se montra fringuant cavalier, l’entraînant dans sa course sans hésitation aucune - et en partenaire, elle le suivait tant bien que mal. Loin de la gêne, de l’angoisse ou du malaise, la grande main de l’homme trouva ses hanches avec une aisance incroyable. Elle le découvrait à nouveau.
« Je crois ne jamais mettre affublé d’aussi beau atours, imaginez alors comme je me sens ». Il s’approcha entre deux pas, ses lèvres, son souffle et son corps frôlant le sien avec désinvolture et grâce.

A demi-mot, à mesure qu’il l’attirait à lui, il semblait bien différent du chevalier qu’elle avait rencontré la prime soirée. « Avouez que vous êtes de mèche avec elle, je me trompe ? C’est vous qui avez manigancé pour que nous nous retrouvions nus comme à nos premiers jours devant elle ».
« Grands Dieux, plus loin je me tiens de cette Terrible Araignée, mieux je me sens ». Le Faucon fronça les sourcils, soudain soucieuse que son artisane n’ait franchit le seuil de la bienséance. « Elle et moi ne nous entendons que peu, pour autant je ne peux nier son talent ». Elle accrocha un sourire crispé, se tenant fermement pour que les soucis ne l’écartent point de l’air que jouait la troupe. « Vous a-t-elle mené la vie dure ? ».
Mais le talent de la baronne pour ces choses ne semblait que peu intérésser son cavalier ; le grand homme l’aurait sans doute porté si cela lui avait permis de partager quelques minutes de plus à ses côtés. « Deux fois plutôt qu’une. Bien qu’à un moment je me suis questionné et me suis demandé si je vous avais fait du tort, qu’ainsi vous me donniez punition ».
Elle aurait voulu le serrer tendrement – comme une mère pour son fils – le rassurer sur le bien-fondé de ses sentiments envers lui. Sans trop savoir pourquoi, elle avait pour le jeune cerf une sympathie. Peut-être était-ce simplement ce qu’il représentait, ou peut-être sa candeur ? « Cette vieille chouette n’a que peu de considération pour les titres. Peut-être devrais-je lui rappeler ses devoirs de respect ». Elle se tût, laissant la musique s’emparer de l’instant. « Si elle vous a causé du tort, je vous prie de m’en excuser Louis ».
« A Cantharel, une femme de son rang n’aurait su sortir de cette histoire indemne, tant le manque de respect est passible de forte sentence ». La Broissieux ne pipa mot, préférant réfléchir au sort de la très douée tisserande plus tard. L’heure n’était pas à ces choses-là. Un frisson lui parcourut involontairement l’échine quand sa main glissa de sa hanche vers le bas de son dos. Un geste anodin, certainement, mais qui assurait à la belle que le jeunot avait bel et bien plus d’assurance qu’il n’osait bien le croire. Jamais elle ne l’aurait imaginé si habile et si peu soucieux qu’en cet instant. « Mais ces derniers jours, j’aurais pardonné quiconque m’aurait offensé, du moment qu’il me fasse penser à vous ».
« A moi ? Que voulez-vous dire ? »
« Je veux dire que je me sens plus léger. Voire même grandi, depuis que j’ai plus amplement fait votre connaissance ».
« Vous avez le temps de grandir encore. Je ne serais point la seule à vous y aider ».
Alors elle virevolta d’un geste plus loin de lui, alors que la musique s’estompait pour laisser court à un nouvel air. Il lui souriait, profitant tous deux d’une intimité toute excusée par la chaleur des instruments. « Merci. Merci d’avoir été si bonne envers moi. J’emporterai demain un souvenir de vous qui je l’espère, ne s’estompera jamais ».
Elle se pencha, s’inclinant légèrement avec déférence, comme il lui était dû par son rang et non sans un rictus amusé. « Vivez Louis. Vivez comme si ne pourriez plus jamais inspirer du bon air. Vous aurez alors une vie entière pour m’en remercier ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 0:08




Le libretto parcouru de long en large par les mélomanes, Louis accorda à sa compagne le temps d’une pause, qu’eux deux puissent s’entretenir sans l’interruption d’un écart, d’une vrille ou d’une salutation, telles qu’on avait habitude de les vivre lors de ces danses mondaines. L’avant-bras tendu en sa direction, il l’invita à le suivre, l’arrachant ainsi de la place centrale où sans répit, différents couples énigmatiques s’échangeaient leur partenaire afin de découvrir les richesses que contenaient les différents masques.

« Belle amie, la soif vous guetterait-elle ? »
« Maintenant que vous le dîtes, il se peut, oui. » Tout naturellement, lui réservant au passage un sourire, juste avant d’épier du coin de l’œil sa sœur fort occupée par le cerf. « Charmant, votre ami. »
« C’est un drôle de personnage, en effet. Il n’en reste pas moins l’un de mes plus vaillants chevaliers, même si ce dernier possède son lot de défauts. Enfin, nous sommes en quelque sorte tous dans la même situation, n’est-ce pas? » Évidemment, Louis n’attendait pas d’elle une réponse, évidemment que tous possédaient leurs défauts propres. À proximité d’un asservi portant à sa main un plateau muni de godets de vinasse, Louis délaissa la Nuit pour s’emparer de deux breuvages qu’il rapporta sagement à cette même femme. Ainsi, une fois le tout remit, il trinqua avec elle, tout sourire contrastant avec les traits sauvages de son masque poilu.
« À notre santé, je bois à la Damedieu de vous avoir menée à moi et moi à vous. Que cette soirée s’imprime à jamais en nos mémoires respectives. » Puis de ces paroles, passer à l’acte en noyant son gosier de lourdes rasades. À son bras toujours, il la guida au travers les convives sans s’arrêter, préférant en sa compagnie épier les différents costumés. À ce jeu, point de doutes ne persistaient, tous deux s’assemblaient lorsque vint temps d’analyser, d’observer et même, de juger. À l’unisson, elle comme lui poussèrent un rictus lorsqu’ils aperçurent au loin, un Hugues tout engoncé d’un costume en tous points trop fluet. Serré à la taille, aux mollets ainsi qu’au cou, son fard lui donnait des airs de boudin ficelé plutôt que ceux d’un gentilhomme masqué.
« Qu’attendez-vous pour trouver à votre sœur un vaillant sur lequel icelle puisse se suspendre au bras? » Mais il n’obtint dans l’immédiat aucune réponse claire, si ce n’est que d’un sourire vague, comme si cette dernière ne savait pour la peine quoi répondre.
« Je crois avoir la faiblesse de lui laisser les choix que je n’ai point eu. Est-ce un mal ? »
« Nous en avons longuement discuté, lorsque vous me fîtes visiter vos si charmants thermes. Ce n’est sans doutances pas le choix judicieux à faire, il est vrai … Mais notre jugement se voit souventefois altéré lorsqu’il est question d’êtres qui nous sont chers. » Louis marqua une pause, réservant pour sa sœur cadette une pensée solennelle. « En tous les cas, ne le laissez pas au bras de cette boursemolle, il me peinerait de la savoir entraînée dans la malechevance. Tout comme vous, elle mérite ce qu’il y a de mieux en ce monde. » Et à cette allégation, d’une œillade discrète, il tâcha de deviner les airs qui se cacha sous le voile d’ébène de son hôte. Hélas, la fin de la soirée se devait de se présenter avant qu’il ne puisse déceler de son visage les moindres détails. Du moins paraissait-elle amusée, puisque sa réplique tira de son amie un doux rire.

« Croyez-moi bien que si votre compagnon souhaite une donzelle pour la nuit, ce n’est point ma sœur qu’il aura au bras. La petite est docile, mais se montre on-ne-peut-plus revêche sur la question. Je lui trouve beaucoup de similitude avec vous d’ailleurs. » Surenchérissait-elle en détournant son regard drapé vers lui.
« Est-ce en Alonna mal vu pour un homme, que de ne point compter le nombre de montures montées pour prouver sa virilité ? »
« Cela ne change guère des autres contrées du Nord m'est avis. Un homme tout apte à satisfaire une femme, saura donner un bel enfant et combler sa douce » Elle s'arrêta en attrapant deux coupes. « Et puis, vous êtes généralement assez vantard pour en faire l'étal et orgueilleux pour jouer à qui le plus entre vous. »
« Et à ce jeu, je m’y retrouve toujours bon dernier. Mais cela n’est pour vous plus un secret. » Il s’envoi quelques gorgées consécutives de vin, se sentant d’humeur festive, la dirigeant sournoisement et lentement vers l’âtre principal, où brûlaient en d’ardentes flammes nombres de bûchettes empilées les unes sur les autres. Saurait-elle soutenir cette accablante chaleur, elle qui était tapis sous de si nombreux drapés et qui chérissait tant les frissons que procurait la froideur de l'hiver??
« Et vivez-vous plus mal pour autant? »
« Pour le mieux que je sache, je suis celui qui tient à son bras la plus belle et séduisante à son bras. Or non, je ne pourrais être plus heureux. »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 17:51

Si l’air était à la joie, son cœur ne voguait que par la mélancolie. Les accords ne comptaient plus tant l’amertume de son âme semblait bien loin de toute salvation. Et lui, sous son masque vilain, brillait de pureté. Ainsi, ils formaient un étrange tableau où la délicate Dame de noire vêtue s’opposait par cent fois au très chaste chevalier. Pour sûr, la femme était un démon mis sur la terre pour corrompre l’homme. Les yeux perdus dans les flammes crépitantes de l’âtre, elle semblait perdue dans quelques pensées – bien loin de l’agitation qui régnait autour d’eux. « Certaines femmes dans cette salle me valent dix fois mon ami. Souvent plus belles, parfois plus éclairées mais pour sûr plus douces et passionnées que je ne le serais jamais. Je n’oserai prétendre dès lors au titre que vous m’affublez ».
Elle ne porta pas un regard sur son visage masqué. Il était jeune et avait le cœur tendre. Et elle, maudite, l’abimait chaque jour un peu plus de ses griffes. Que lui faudrait-il faire pour qu’il s’en vienne à la haïr ? « Cette nuitée pourtant, sur le visage de chacune d’elles sont déposés masques et voiles – tout comme vous l’êtes. Mais je détiens au moins souvenir de vos beaux yeux. J’ai crainte qu’aucune ne vous égale, non ».
Il sembla si franc que son petit cœur se serra durement. Jamais il n’aura ce qu’il attendait désespérément, et plutôt que de l’en dissuader, elle n’avait la force que de l’attirait toujours un peu plus à elle. Alors elle détourna les yeux de la flamboyante forme pour les poser sur le preux à son côté. « Ne m’idéalisez point Louis, vous serez déçu ». Voilà bien le seul conseil qu’elle lui eut donné qui n’avait aucun prix pour elle ; le brave homme se retrouverait bientôt dépenaillé devant l’étendue de la noirceur du cœur de la Belle, mieux valait alors l’en avertir céans.
« Sans vous idéaliser, je sais reconnaître ce que mes yeux voient, tout de même ».
La réplique lui tira un rire amer. La pauvre âme ne savait rien d’elle. Il n’était guère plus un enfant et pourtant il n’avait pas plus appris de la vie qu’un bambin ; il avait vécu à l’ombre d’un riche castel, choyé et aimé. La vie lui avait été douce jusqu’ici, et peut-être le serait-elle encore longtemps ! Mais pour la baronne, il en allait autrement – et le jouvenceau n’en mesurait pas l’infini tristesse qui la rongeait. « Vous yeux voient de moi ce que je leur autorise de voir ».

« Et je reconnais qu’il me tarde de voir davantage. Mais n’oubliez pas que pas plus tard que cette après-midi, les rôles étaient inversés ». Et la conversation s’en retrouvait d’une humeur plus badine, ce qui ne désenchanta point la maîtresse des lieux. Elle avait assez à faire avec ses états de conscience pour qu’il n’en rajoute plus encore. D’ailleurs, elle ne lui en voulait même pas, de lui ajouter autant de tracas. Il s’agissait certainement d’un retour de l’équilibre ; le Karam puis le Stra.
« Allons, j’avais assez à faire pour ne point souffrir de votre absence ». Quelle savante menteuse ils avaient là ! Elle n’avait pas même hésité une seconde, et l’avait prononcé avec un tel aplomb qu’on ne pouvait avoir doutance de la véracité des propos. Pour autant, c’était loin d’être vrai : elle avait langui toute la journée d’être le soir, s’occupant les mains et l’esprit autant que possible. Mais si elle l’avait dit au Berthildois, nul doute qu’il se serait réjoui comme un enfant gâté. Il n’était point question qu’elle lui donne satisfaction.
« Je vous évite de vous raconter ma journée, tant elle fût elle aussi éprouvante. Je crois que de nous séparer fût la bonne décision à prendre ».
« Je peux facilement l’imaginer, messire. Un gaillard comme vous doit-être fort pris lorsqu’il est l’invité d’honneur d’une femme qui s’assure qu’il ne manque de rien ». Et ainsi il fût fait. Il était moins bon tricheur que la dame et le silence s’installe comme toute réponse, tandis qu’il afficha un sourire charmé sur ses lippes délicates. Non seulement il n’avait pas quitté le château ce jourd’hui, mais en plus l’on raconta qu’il s’était cloitré dans sa piaule jusqu’au soir. Il n’y avait guère besoin d’être savant pour entendre que le jeunot souffrait de sa courte nuit. D’ailleurs, elle l’appréciait mieux lorsqu’il était frais ; au moins ne risquait-il pas de s’endormir dans sa soupe.
« Le silence en dit long votre Excellence. Sachez que ne plus vous tourmenter me manquera certainement ».
« Sachez que vous serez chez moi toujours la bienvenue. Quant à notre séparation, n’y pensons point ; cette nuit est encore jeune, festoyons ! ». Et d’un geste, il l’incita à finir sa coupe avant de faire de même. Il avait raison, il n’était pas encore venu l’heure de faire grise mine alors elle s’exécuta sans latence. Une vieille habitude qui la troubla un instant ; l’ivresse était une vieille ennemie qui lui avait valu quelques ennéades difficiles – et si personne n’en parlait au Trois-Murs, ils n’avaient pas oublié pour autant.
Lorsqu’elle lui tendit le verre, il était bien vide. « Souhaitez-vous me saouler Louis ? A ce rythme, je ne pourrais garantir de voir la mi-nuit ! ». Et bien qu’elle soit encore loin de cet état, l’idée lui parût à présent bien plus alléchante mais qu’aurait donc dit son ami si elle se saoula jusqu’à plus soif ? Ce n’était pas convenable, ni pour lui ni pour elle.
« Je suis trop gentilhomme pour m’attabler autour de cette tâche. Mais je n’écarte pas la possibilité de vouloir m’enivrer moi-même. Qui, ici, pourrait juger le Loup ? »
« Je le pourrais, moi ». Si elle souriait, la réplique ne s’était pas fait attendre. Et d’ailleurs, si le Marquis venait à se murger, nul doute qu’elle le jugerait sans pitié aucune. En cela il ressemblait à son père : l’Effroyable faisait bien trop souvent fi des bonnes manières. Elle attrapa au passage d’un serviteur deux nouvelles coupes bien pleines d’un clairet ma Foi respectable ; ce n’était pas le millésime mais cela ravissait assez le palet pour ne point en souffrir. « Mais je vous comprends, noyer ses démons soulage ».
«[color:d0fc=# ccffcc] Vous êtes désormais dans la confidence et connaissez plus que certains ceux qui me hantent. Un jour j’aimerai pouvoir vous rendre la pareille, si vous me le permettez ». Elle lui offrit un godet et trempa ses lèvres dans le sien. Il était encore bien loin d’imaginer les atrocités qu’elle avait pu commettre, et la culpabilité qui l’accablait désormais.
« Vous ne seriez pas prêt à l’entendre ».
« Vous n’imaginez pas à quel point il me plairait de pouvoir vous délester de quelques soucis, ne serait-ce qu’en étant pour vous une oreille attentive ».
Mais cela, elle l’avait déjà. Elle remerciait les Cinq d’avoir mis sur son chemin le vaillant Niklaus, qui contre toute attente, était devenu un ami cher. Et si cela lui brisait encore le cœur, elle ne pouvait nier qu’Arichis lui avait été d’une grande aide aussi. Le Patriarche avait ses défauts, et s’ils s’aimaient sans se le dire, il avait été un roc. Jamais il n’avait faibli. Pour autant l’attention que lui portait Louis la soulageait. Mieux encore, il mettait du baume sur ses plaies béantes sans qu’elle ne sût expliquer comment. Alors, brisant la distance, elle déposa sur sa joue un chaste et tendre baisé – telle qu’aurait pu embrasser une enfant. « Nous verrons bien ». C’était tout ce qu’elle fût capable de lui dire. Pas même un merci. La baronne s’écarta pour regarder l’assemblée qui s’amusait jusqu’à ce que ses mirettes se posent sur Jean. L’homme d’arme ne riait guère, pas plus qu’il ne parlait aux convives. Il avait le visage fermé et les prunelles braquées sur le couple masqué – prêt à bondir à la moindre occasion. « Tout le monde n semble pas trouver la réception à son goût », se désola-t-elle.
A son tour, le Saint-Aimé observa l’homme. « Peut-être devriez-vous faire profiter votre présence à d’autres convives ? Vous êtes leur suzeraine, nombreux doivent se languir de danser à vos côtés ». S’il montra de la contenance, sa voix – elle – trahissait la déception. Il était vrai qu’il l’accaparait presque exclusivement depuis le début de la soirée, mais rien n’avait empêché les uns et les autres de se porter à sa rencontre.
« Je ne danse pas d’ordinaire. Vous avez eu de la chance, à me clouer sur la piste, car c’est un art auquel je goûte fort peu. Tous ici présents savent qui vous êtes, et ce que vous représentez pour l’Alonnan. Ceux qui ne le savent pas… Eh bien ! Ceux-là ne méritent pas une grande considération – pour ce soir du moins ».
« Ce que je représente pour eux ? Ma foi, fort peu ; la portée de mon pouvoir s’est arrêtée à la frontière Serramiroise. Que peuvent-ils escompter de moi, autre que de vous arracher égoïstement à eux ? ».
Elle eut un rire franc cette fois, cessant d’arpenter la salle du regard pour reporter son entière attention sur le bel homme. Le masque de Loup ne la trompait point à présent : il demeurait le Louis d’avant. « Ici l’on m’appelle la Veuve Noire ». Elle arracha une lampée de vinasse salvatrice. Le sobriquet dont on l’avait fustigé ne lui plaisait guère mais il aurait été idiot de l’ignorer pour autant. « Je me retrouve sans époux et avec une unique fille. Voyez, vous êtes un beau parti Louis – que vous le vouliez ou non. Et ce que mes gens veulent – ce qu’ils veulent tous d’ici à Ydril – c’est la prospérité ». Ses mirettes brillaient sous son voile. Elle parlait sans détour à présent.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 12 Nov 2017 - 21:33





« Mais ces gens ne sont pas les miens, peu me chaut de leurs préoccupations. En revanche, les vôtres m’importent, mon douce amie. » Ce qui au passage lui fit gagner le sourire de sa belle.
« Vous êtes brave mon ami, mais je ne peux me soustraire à l'avis de mes gens - bien qu'il m'en plairait parfois. Je ne suis point baronne par le sang, et l'Alonnan est une terre qui a bien trop souffert du manque de stabilité »
« Insinuiez-vous vouloir devenir mon épouse pour satisfaire les petites gens? » Dit-il perplexe, alors que la Veuve Noire éclata d’un rire franchement amusé, sa petite mitaine se posant contre son avant-bras.
« Rassurez-vous, je n’ai point cette prétention. »
« Et si l’occasion se manifestait? » Rajouta le marquis, après un instant de réflexion, bien que le ton dénotait quelques teintes d’amusement.
« Croyez-vous réellement Aymeric capable de laisser telle chose se produire? » Questionna-t-elle le Régent, en détournant la question. À dire vrai, elle semblait vouloir toujours sauf y répondre.
« Il est fort à parier que non. Mais la question à poser serait plutôt : est-ce que cela m’empêcherait? »
« Vous êtes assez téméraire pour oser le demander –du moins je le crois. Mais cela impliquerait bien trop pour envisager la chose. » Ce à quoi Louis répondit, un peu las de la tournure que prenait la discussion :
« Parfois, certaines choses nous échappent, Dame Nuit. »
« De quoi parlez-vous? »
Louis soupira un moment, mais trouva moyen de préserver son sourire envers elle. Elle avait son lot de soucis et il n’entretenait pas le dessein de lui rajouter d’avantage de désarroi, surtout compte tenu l’ambiance festive qui se devait d’être préservée.
« Avant que cet homme ne décide de démarrer une bagarre avec moi, peut-être devriez-vous songer à aller vous entretenir avec ce dernier. J’ai peur qu’il entretienne pour moi quelques griefs qui m’échappent. »
« Jean? Il n’oserait point. C’est un garde fidèle qui prend simplement sa tâche à cœur. » Le changement radical de conservation la troubla quelque peu, mais il était clair que Louis ne comptait pas s’étendre d’avantage sur le sujet.

Enfin, leurs regards portaient au loin, vers un homme qui au visage n’avait de secrets pour personne ; sa tâche de garde du corps ne permettait point congé. Aussi s’était-il mit point d’honneur à ne pas respecter le ton du bal : son visage démontrait un agacement sans pareil, une joie de vivre complétement absente et manquante. Plutôt, ses sourcils froncés et son air froissé laissaient sous-entendre que quelque chose le dérangeait, ou plutôt quelqu’un. Et avec la subtilité d’un ogre furibond, poignardait le marquis des yeux ; c’était limpide.

« Tellement à cœur qu’il considérerait ma présence comme une menace potentielle ? »
« Qu’est-ce qui vous fait croire cela? » Elle lança un regard à Jean qui se tenait droit comme un piqué, à l’autre bout de la salle. Pour une raison obscure, elle s’était mis des œillères pour ne pas se rendre compte de cet écart de comportement, ou la vinasse s’était déjà emparée de son jugement.
« Je ne saurais dire avec exactitude. Il me laisse croire que ma présence à vos côtés l’exècre totalement. »
« Il n’est aimable avec personne. Mais, si vous le souhaitez, nous pouvons tirer cette histoire au clair dès à présent. » Sa confiance envers le gaillard était de roc, mais son attitude ne donnait point tort au Marquis. Ainsi, en s’approchant dudit Jean, la Baronne lança un regard à ce dernier afin qu’il se joigne à eux pour s’éloigner de la grand salle de réception. En sortant, ils virent comme l’heure avait filé, car nombres de couples d’amis et de cœur allaient et venaient dans les couloirs attenants à la salle de réception, godet à la main et ricanements au visage. Le bon vin avait fait son chemin et enivrait les convives, de cela personne ne pouvait le contredire. Mais notre trio faisait fit de ce fait, car sans avoir atteint cet état de liberté qu’était l’ivresse, ils s’éloignèrent des oreilles indiscrètes pour atterrir dans un couloir où seules quelques torches crépitaient solitairement. Alors, pendant que la belle avait le dos tourné, un grognement surpris et étouffé dérangea la quiétude de l’endroit : Jean venait de plaquer contre le mur le jeune faon, faisant l’usage de toute sa robustesse. Pris au dépourvu, le cerf vint s’agripper instantanément contre son poignet afin de le déloger et ultimement, de se libérer farouchement. « Tu es fol! » Grogna un Louis étouffé à moitié par la poigne de fer de Jean.
« N’approchez pas d’elle! » Menaça le garde, toujours en maintenant sa main autoritaire contre le col froissé du Berthildois. Ce à quoi, sans plus attendre, la Baronne ajouta en ordonnant sans autres ambages :

« Lâche le Jean! » Impératrice, s’approchant au pas de course des deux contrevenants. Et malgré l’ordre clair et pourtant si simple, il n’en fit rien. De toute façon, Louis n’attendit pas plus longuement avant de passer à l’offensive, lui décochant un droit directement sur la joue. Enfin, sa gorge était libérée de l’oppressante main, laissant un Jean reculer de quelques pas, la pommette ouverte et un peu désorienté. Sans se soucier du jaloux ou du fou-furieux –c’était selon-, Ala se tourna directement vers Louis en lui demandant comment allait-il. Toujours le souffle court, Louis omit la présence de sa charmante hôte, s’approchant de Jean comme s’il embrassait l’envie de le frapper derechef.

« Sais-tu seulement qui je suis, pour t’en prendre à moi?! »
« Ne t’approche … pas d’elle. » Rumina Jean, tout en essayant de retrouver contenance. Prêt à lui sauter au visage pour sa couardise, Louis avait les poings fermés à s’en perforer la peau des ongles. Pourtant, il n’en fit rien et, par respect pour son hôte, préféra questionner du regard Alanya. Elle était calme, comme une étendue d’eau immuable, inébranlable. Il était cependant peu risqué de s’imaginer la rage qui bouillonnait en elle, tandis qu’elle fusillait du regard Jean. Elle retira son voile – au grand désarroi de Louis qui aurait tout donner pour le lui retirer lui-même- et posa ses spinelles grises sur le Marquis.
« Est-ce que vous allez m’expliquer ce qu’il vient de se passer? »
« C’est plutôt à lui de nous l’expliquer, parce que votre protégé vient d’agresser le Marquis de Sainte-Berthilde. »


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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Ven 17 Nov 2017 - 22:49


Etait-il si aviné qu’il en avait oublié sa place – et a fortiori, l’implication de ses actes ? Pour sûr, la baronne fulminait intérieurement ; non pas d’inquiétude mais de colère. L’homme d’arme mettait à présent l’Alonnan tout entière dans une fâcheuse situation dont l’issue lui semblait de plus en plus inextricable. Peut-être le Marquis se montrerait clément envers elle, peut-être pas. Toujours était que les deux hommes se faisaient face, se toisant du regard sous l’air devenu lourd – presque irrespirable. Si elle devait agir, elle devait le faire céans, mais elle ne trouva guère la force de s’interposer davantage : non pas par peur mais parce que son cœur brûlait. Elle se connaissait assez pour ne point avoir envie de s’engager plus en avant ; alors faute de se calmer, elle serra les dents. Jean, quant à lui, se fichait bien de se tenir devant un Marquis. Eut-il était prince ou roturier que sa jalousie éperonnerait son âme avec la même violence. Il était irraisonné, les yeux braqués sur sa victime, le meurtre aux lèvres. « Rien que messire ne méritait Madame ».
« Ah oui ? Et vous ne vous êtes pas dit, Jean, que le seul qui mérite châtiment ce jourd’hui c’est vous ? ». La rage au ventre, ses veines s’incendiaient à mesure que la discussion avançait. Si cela n’était guère utile pour l’heure, elle aurait volontiers collé sa main sur son visage : à défaut de parvenir à contenir l’homme, cela lui aurait au moins été salvateur.
« Vous m’avez fait promettre de vous protéger »
« Et en quoi avez-vous jugé bon de me traiter comme une menace ? ». Louis était bien loin de son habitude douce – du moins celle qu’Alanya lui connaissait. Il avait les traits tendus et tout son corps semblait prêt à se mouvoir en un instant. Une telle carrure avait de quoi impressionner, et à dire vrai, elle fût bien heureuse de ne point se retrouver devant pareil bestiaux.
« Je connais les hommes comme vous ». Le temps commençait à devenir long, bien trop long aux yeux de la belle qui s’impatientait devant ce petit jeu dénué d’intérêt.
« En trois jours, vous avez su cerner le genre d’homme qui se présentait à vous ? Alors allez, je vous en prie, expliquez-moi, au moins saurais-je dans quel danger ai-je plongé la femme que j’ai gardé à mon bras toute la soirée ».
Jean serra ostensiblement le poing mais se garda bien de lui mettre dans la face. Pour sûr, cela devait le démanger mais une part de lui – certainement la plus raisonnable – contrôlait encore ses pulsions. « C’est vous le danger. Vous minaudez comme si elle vous appartenait ! ». Et abasourdie par ces mots, Alanya demeura coi. La colère la quitta presque à l’instant où les mots franchirent ses lippes. Si la belle s’en était longuement douté, elle n’aurait jamais osé imaginer qu’il puisse sans honte ni gêne l’avouer à quiconque passait ici. Non pas que cela estompait sa rancœur – bien au contraire – mais il l’avait surpris.
« Minauder ? Moi ? Comment osez-vous prétendre de telles accusations ! Êtes-vous seulement atteint de cécité pour déformer la réalité tel que vous le faites ? ». Et plus les minutes s’égrainaient, et plus Louis de Saint-Aimé se contenait. Sa voix se pinça, comme si Jean avait touché quelque chose, là au fond de lui. A dire vrai, le jouvenceau devait faire grise-mine : alors même qu’on le retrouvait invité et faisant sa première fois, on le disait fort entiché de la maîtresse des lieux. Il n’est guère d’hommes qui n’aurait pas eu l’égo de répliquer – et ce, même si on lui aurait bien accordé son cœur volage !
« Je ne prétends rien, voyez ! Elle se tient encore gaillarde auprès de vous ! Vos paroles sont du poison, et par ma Foi et ma vertu, je l’en sauverai ! ». Le soldat fronça sévèrement les sourcils. « Il n’est ici d’homme aveugle pour entendre ce que vous lui voulez réellement ».
Dans un élan de colère et d’angoisse, elle vociféra. « Il suffit ». Ses mots résonnèrent contre les murs de pierre du castel, vaguement éclairés par quelques flammes indiscrètes, puis apparut non loin la silhouette hâtée de sa cadette talonnée par le preux Redghar. Insouciant, ils approchaient loin d’imaginer le drame qui se déroulait alors. « Vous êtes ici les Rois, vous êtes en mesure d’aller où bon vous semble mais il n’en reste pas moins que beaucoup commencent à se questionner ». Le Berthildois semblait guilleret, mais au regard de son suzerain se referma presque aussitôt – se tendant presque imperceptiblement.
Ce dernier rageait tant et plus que ses beaux yeux bleus n’avaient plus rien du doux reflet paisible qu’elle avait connu. A dire vrai, c’était un tout autre bonhomme qui se tenait là, impassible. « Je crois que nous en avions terminé ». Il avait tranché sèchement.
« Nous sommes loin d’en avoir fini. Angélique, va chercher la garde. Je veux qu’on le jette aux fers, et son Excellence décidera de son sort avant son départ ». Et alors qu’elle tourna la tête pour s’en remettre à sa sœur qui décampait presque aussitôt, le poing de fou frappa le Marquis sans crier gare. Peu de mots semblaient alors assez forts pour entendre le sang bouillir dans le corps du solide gaillard. S’il était venu dans l’espoir d’élucider un questionnement – qui influerait bien certainement dans l’avenir conjoint des deux dirigeants – on l’affublait à présent d’une fort mauvaise réputation. Lui n’était venu que pour elle, et s’était retrouvé à apprécier la compagnie de sa conseillère – veillant depuis des années à maintenir sa renommée de gentilhomme. Louis se jeta sur son assaillant corps et âme et commença à le ruer de coup. Il n’était plus envisageable d’arrêter ces ceux-là ; même Redghar s’en tînt assez loin après n’avoir réussi à les séparer.  Le Marquis ne reconnaissait plus l’ami de l’ennemi, et frappait avec sa force furibonde. Il frappait comme un damné. Les minutes parurent alors siècle et le visage déconfit de la belle ne retrouva contenance qu’à l’arrivée en fanfare des gardes. Leur armure résonnait à chaque pas, alors qu’ils trottaient vers la mêlée. Si elle fut soulagée, elle les accueillit sans pitié. « Louis, lâchez-le avant de vous salir les mains de trop ! ».
Son masque était défait, et sa lèvre s’était écorchée dans la bataille, laissant une trainée rougeâtre couler sur son menton. Ses jointures aussi s’étaient rougies à force de baiser avec les dents du Jean. Le souffle court, il se redressait enfin pour mieux s’enfuir dans les couloirs du château. Il ne se tempérait plus, et préférait passer ses nerfs ailleurs. « Emmenez-le hors de ma vue ». L’ordre avait été sifflé entre ses ratiches serrées alors qu’elle s’élançait à sa suite, intimant à l’ami de son invité de rester là. Elle préférait s’y rendre seule.

Ils ne marchèrent pas longtemps avant qu’elle se glisse après lui dans un petit salon privé des plus austère. Les minutes de silence qui avaient précédés lui avait noué le ventre – et alors que la porte se fermait, elle inspira profondément. « Louis… ». Un chuchotis, rien de plus.
« Vraiment ? Comme si vous m’apparteniez ? ». Il n’avait pas démordu des paroles incensées de son adversaire, essuyant sa bouche du revers.
« Laissez-moi voir ». Elle s’approcha prudemment, non pas par peur de le voir s’énerver à nouveau mais peur de le voir s’enfuir. Il était comme une bête acculée, aussi dangereuse et fragile. « Il ne savait plus ce qu’il disait. Le vin a dû lui brouiller l’esprit, comme a tant d’autres ».
Il la laissa faire sans broncher. « Vous continuez à le couver. Il n’a pas bu une seule goutte ! ». Son air était devenu amère, et lorsque que ses mirettes se fixèrent sur elle, elle eut mal. L’on ne pouvait se résoudre à imaginer un être aussi doux autant blessé – non pas de plaies visibles – mais plutôt par quelques paroles. Par du vent. Son attention tomba sur ses mains contre les siennes, laissant le mutisme s’instaurer à nouveau. Le temps s’écoula – paisible – avant qu’il n’ose affronter les yeux d’aciers de la suzeraine. « Au moins cet évènement m’aura permit d’apprécier pleine ce que m’interdisait le voile ».
« J’espère que vous saurez me pardonner pour cet incident ».
« Est-ce qu’il existe quelque chose que je ne puisse vous pardonner, mon amie ? ».
Elle lâcha sa main meurtrie délicatement et s’écarta d’un pas. « Vous auriez toutes les raisons d’en vouloir à Alonna… De m’en vouloir », conclut-elle.
« Je n’en veux qu’à un homme. Et encore, l’amour est parfois porteur de mauvaises intentions. Cet homme vous aime, à n’en point douter ». Son timbre se serra un peu, tandis qu’elle prenait finalement place sur un fauteuil en soupirant.
« L’amour… Je vous souhaite de ne jamais aimer Louis. C’est un sentiment bien trop douloureux pour les simples Hommes que nous sommes ».
« A mon rythme, je commence à bien le comprendre mon amie. Cela est pourtant souvent contre notre gré ».
Elle tourna la tête vers lui, soudain attiré par la mélodie de sa voix. Non qu’elle ignorait ce dont il parlait à demi-mot ; elle préféra simplement ne point comprendre. « Je ne savais point que vous vous étiez entiché ».
« Cessez de vous jouer de moi, je vous prie. Vous le savez depuis un moment ».
Elle détourna le regard pour s’en retourner fixer la porte. A défaut du Marquis, c’était le point de chute qui lui sembla le plus honorable compte tenu de la scène qui se jouait là. Elle n’aurait pu affronter l’air attristé du jeunot. « Nous ne nous connaissons que depuis peu messire. Je doute que vous n’éprouviez pour moi autre chose que l’excitation de la nouveauté ».
« Ce n’est pas impossible, votre clairvoyance jusqu’à présent s’est avérée plus qu’efficace… Mais pour une fois, j’aimerai que vous vous trompiez ».
« Louis, vous savez toute la sympathie que je vous porte mais il est encore tôt et mon cœur est meurtri par le souvenir d’un autre ». Elle se releva et se saisit doucement de ses grandes paluches ; les siennes paraissaient bien ridicules à côté. « Vous êtes un jeune homme bon, qui saura rendre heureuse n’importe quelle femme du Royaume. Ne me languissez point je vous prie. Il me tuerait de vous savoir malheureux par ma faute ». Elle s’arrêta mais ses lèvres esquissèrent un mouvement avant de se clore aussitôt. « Laissez-vous du temps et apprenons à nous connaître. Il n’est nullement nécessaire de se hâter ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Mar 12 Déc 2017 - 15:35




C’était donc ça, ce boulet encombrant mais pourtant discret qu’elle arborait à la cheville lors de leur entretient nocturne. Il se remémora l’avoir vue s’assombrir lorsque les questionnements du cœur s’étaient soulevés, sans jamais s’ouvrir à lui comme lui le fît envers elle. Quelqu’un avait écorché froidement le cœur de sa belle et malgré que l’envie lui brûlait les lèvres de lui demander le nom de ce sagouin, il s’en priva. Plutôt, il se rattacha aux dernières paroles de son hôte : apprenons-nous à nous connaître. En soit, il ne venait pas de vivre un refus catégorique, mais la gorgée lui restait tout de même amère et dure à avaler. De plus, constater l’étendue de sa bêtise, à se livrer aussi mochement à celle qui faisait palpiter son cœur, le gêna atrocement. Il s’était tantôt figuré qu’il lui aurait confié son secret en faisant la conquête de ses lèvres, à la suite d’une danse endiablée, lorsqu’elle lui aurait permis de lui retirer son châle … Plutôt, c’est pratiquement un gamin effarouché et pleurnichard qu’il avait baissé les bras, préférant tuer les derniers doutes des sentiments qu’il lui réservait secrètement. Cela ne lui ressemblait en rien et pis encore, ce refus lui sembla plus douloureux que le plus affûté des coutelas.

Un silence lourd de sens plana dans l’antichambre, où Louis n’osa pas même défier le regard d’Alanya. Était-ce par couardise qu’il ne trouva point force de soutenir les mires de son aimable geôlière? Ou simplement car les mots lui manquaient, de même que de claires idées? Il était venu dans l’Alonna et s’était imposé en invité de marque, alors que sa présence était motivée par de faux prétextes, mais se fit rapidement prendre de court par la joueuse émérite qu’était la veuve noire des Trois-Murs. Il devint l’attraction de l’araignée, mais ne s’était débattu en aucuns moments ; même qu’il se montra favorable à la laisser l’enrouler dans sa toile, à sa façon, jusqu’à ce qu’il s’en retrouve confortable … Alors pourquoi, maintenant qu’il était sien, ne profitait-elle pas du goûter qu’elle avait si brillamment apprêté ? Tantôt, il serait libre et d’autres prédateurs pourraient lui priver de sa présence, notamment cette pute, la guerre.

Qu’importait la réponse à ces houleux questionnements, au moins tâcherait-il de ce rejet partiel, y emporter le souvenir d’une accolade si intensément désirée. Sans réfléchir, sans se soucier des répercussions, eut été d’une gifle, un regard malaisé ou d’un rejet cette fois bien carré, il s’empara de ses lèvres afin de lui voler un baisé. Et voler, pour ce qu’il s’attendait de sa réaction, était le bon mot …


Elle resta immobile un instant, pétrifiée. Non pas qu'elle eut envie de plus, mais l'audace du geste l'avait laissé coi. Le pauvre homme se retrouvait dans une bien fâcheuse situation par sa faute, et elle n'avait pas l'âme à lui briser le cœur et les espoirs. Le souffle court et le cœur palpitant, battant une mélodie organique, elle planta ses mirettes dans les siennes.
« Ne rendez pas les choses plus difficiles, je vous en prie... »

Il avait déjà suffisamment poussé l'audace pour qu'un tel refus n'ait autre finalité que de le refroidir. Alors, sa main lui livra une ultime caresse à la joue, descendant à son genou pour s'y poser candidement et de lui répondre doucement, sans être heurté par le mur qu'elle lui imposa : « Au moins emporterais-je ce souvenir heureux, lorsqu'entre deux chevauchées votre présence me manquera. » Elle soupira, le cœur contrit par le remord et l'amertume. Lui avoir donné l'espoir fût une belle bêtise, et elle en venait maintenant à le regretter. « Que la Damedieu vous apporte le bonheur que je ne pourrais vous offrir Louis... Je ne suis point de celle qui vous sera profitable, d'autant que jamais nous ne pourrions vivre à deux. » La réalité rattrapait le rêve, et l'ombre d'Aymeric planait soudain sur la scénette. « Profitable ou pas, ces derniers jours m'apparurent comme les plus heureux depuis aussi loin que je me souvienne. De surcroît, que ce soit lié à la nouveauté, comme il vous plait à le sous-entendre, ou que mes sentiments soient véritables, peu me chaut : la vie mérite d'être vécue sans penser au lendemain. »

Elle faisait front, immobile et sévère. La pièce lui paraissait bien petite à présent - elle étouffait presque. « Et en cela je reconnais la jeunesse ; votre fougue vous la perdrez sous peu, Louis. Il n'est pas concevable - pour vous comme pour vos gens - que vous n'envisagiez le futur. Nous ne travaillons pas pour le jour présent, mais pour que ceux qui viennent après nous puissent mieux exister que nous le faisons. » « Les histoires de cœur ne concernent en rien le peuple ; à moi seul je peux apporter aux petites gens ce qu'ils désirent. Mariage ou pas, ils ne s'en porteront pas mieux. C’est au patrimoine familial que rapportent ces alliances, pour ce qu’on m’a enseigné. » Trouva-t-il a expliquer, sans nécessairement tenter de la convaincre du bien de leur probable union. « La guerre que cela amènerait les concerne d'autant plus, Louis. » Rétorqua la veuve noire des Trois-Murs, la mine grave.

Le faciès de Louis s'aggrava au fil de la conversation. Ce n'était plus temps à débat, mais aux confidences et révélations. Quant à lui, il avait fait sa part et ne comptait pas partir sur une mauvaise note. « Je ne partage pas votre avis, ma belle amie. Aussi respecterais-je votre choix sans plus vous opportune, cela je vous le jure. » Elle fronça les sourcils, mécontente. Elle le voyait fuir la discussion une fois encore. Il apparaissait comme le jeune homme qu'il était - et non comme l'homme qu'il aurait dû être. Pour sûr, le jeune Berthildois avait bien des qualités mais il lui restait du chemin à faire. « Cessez donc de fuir. Je doute que votre mère vous ai appris à vous défiler d'une telle manière ; pensez-vous réellement avoir le choix de vos actes ? Pensez-vous sérieusement que cela ne changera rien - pour vous, vos gens, le Nord ? »

Louis se choqua, voyant qu'elle n'était pas à même de s'apercevoir que le moment n'était pas aux débats. Il venait tout de même de lui livrer ses sentiments sur un plateau d’argent et pour le gaillard, ce n’était pas tâche aisée. Alors soit, il lui montrerait qu'il n'était plus un jouvenceau sans cervelle. « Me croyez-vous un instant à ce point naïf que je plongerais mes gens dans le chaos pour une histoire de cœur ? Oui, cela ne changerait rien pour le Nord, dans la mesure où les choses sont faites, et bien faites. » Elle ne bougeait pas pour autant, stoïque face à l'homme. « Et comment comptez-vous que cela se passe bien quand vous spolierez à Serramire sa terre vassale ? » « Dans l'absolu tout est possible lorsqu'on connaît les points sensibles de tels pourparlers. Peu me chaut d'emporter vos terres, mon Duché est bien assez vaste pour qu'il n'hérite d'une terre éloignée, aussi prospère soit elle. Tout ce qui m'importe sont les sentiments que j'entretiens en votre égard, Alanya. » Si elle n'avait pas le cœur à rire et pourtant, la nervosité lui força la main. Elle gardait pourtant cet air sérieux, la conversation ne prêtait en rien à la marrade. « Aymeric ne le permettra pas, et croire le Brochant capable de l'accepter est bien irréaliste. » « Tout comme l'est cette situation. Je suis venu de l'autre bout du nord et je l'ai traversé sous le couvert d’un simulacre raison, simplement pour m'évader. Alors que je suis sur le point de quitter, me voilà éprit de mon hôte. N'est-ce point à votre goût irréaliste? »

Son cœur eut un loupé. Il n'avait pas tort dans le fond. « Ne faites pas cela. Aymeric vous tiendra responsable, qu'importe le bien fondé de votre demande. » « Si notre avenir n'en tenait qu'à lui, c'est demain à l'aube que je m'engagerais à lui expliquer. Qu'importe le prix, moi et lui sommes devenus bons amis et j'en suis certain, il saurait comprendre. Mais qu'importe puisque je joue le rôle de l'intrus, en tentant de déloger l'homme qui fait toujours battre votre cœur. » « Votre certitude pourrait vous faire mal mon ami... » Et elle ne le souhaitait pas - pour rien au monde d'ailleurs. « Si j'aime encore, ce n'est qu'une ombre, un fantôme. Peut-être le temps saura vous donner raison Louis, et en tout point vous me paraissez excellent candidat. Prions dès lors que vous ne m'oubliez point, et que la souffrance ne s'aggrave guère plus avec la distance. » Ainsi, la chose n'était pas traitée comme un refus clair et net. Peut-être une promesse de jours meilleurs, où tous deux sauraient développer mutuellement des sentiments similaires. « La distance ne m'effraie pas. Je crains d'avantage que la guerre m'emporte avec elle, de même que les espoirs que j'entretiens de nous voir réuni à nouveau. » « La guerre vous emportera toujours un peu ; si ce n'est de votre corps que vous payerez le prix, votre âme se blessera tout autant. Promettez-moi de ne pas jouer les braves quand sonnera le clairon. Je préférerai mille fois assister à votre mariage - fut-il avec la sœur Brochant - qu'à vos funérailles. J'ai connu bien trop d'hommes morts pour vous tolérer cet échec. »« Je veux bien retenir ces sages paroles et les réciter à voix haute s'il le faut, au moment opportun. » Dit-il, cette fois sous le couvert d'un sourire doux, conquis, de toute évidence. Au moins s'en irait-il le cœur allégé et non appesanti par la tristesse. « Croyez-moi bien que s'il me faut vous rejoindre au royaume de Tyra pour vous occire une seconde fois de mes propres mains, je le ferais. » Le ton faussement moralisateur finit de détendre l'atmosphère. La pièce paraissait bien moins pesante à présent, même si elle gardait le cœur lourd. « Louis ? » Lunatique un instant, il redressa son regard lorsqu'elle l'interpella. Ses mires tombèrent dans les siennes aussi franchement qu'elles l'avaient fait lorsqu'il l'avait confronté tantôt. « Oui? »

« Que comptez-vous faire de Jean ? » Dans sa voix, rien ne transparaissait. Elle ne voulait pas le dissuader de quoi que ce soit en vérité, mais le malheureux lui faisait peine. Elle n'avait rien vu depuis tout ce temps, et elle culpabilisait. Jean avait pour elle sans l'ombre d'un doute une certaine importance. Et il n'épousait en aucuns moments l'envie de lui causer de la peine, qu'importe la faute que ce gredin avait commise. Or, probablement qu'il se montrerait magnanime, dépendamment de la suite des choses ... « Que lui auriez-vous fait payé, si la sentence n'en tenait qu'à vous? » Elle resta silencieuse un moment, fuyant ses perles bleues. Ses lèvres s'entrouvrirent à regret. « Il n'aurait certainement pas vu la lumière du jour. » La baronne avait une réputation sanglante bien à défaut : seule la guerre avait tué, elle ne s'y était guère résigné le cœur léger. Pour autant, la faute commise était bien trop grave pour qu'elle épargne le malandrin. « Si vous ne m'aimiez pas, qu'elle aurait été votre choix ? »

« La potence. »
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Sam 16 Déc 2017 - 23:36

La dernière phrase lui glaça les sangs. Pour sûr, elle ne l’imaginait guère en bourreau, lui qui avait su préserver tout au long de sa visite une candeur amusante. Là, il se posait en homme fier ; s’il semblait peu enclin à la violence, elle le découvrait intransigeant. Une qualité qui l’effraya d’autant plus : le pauvre homme se retrouvait aux mains d’une terrible préceptrice qui lui ôterait bientôt sa dernière pitié. Non pas qu’elle n’en avait jamais eu ; seulement l’amertume avait peu a peu gangréné son cœur ne laissant à la place que la froide et morne réflexion. L’aplomb dans la voix du Faon la déstabilisa encore plus. Nul doute que le preux siégerait avec intelligence – et que si beaucoup avait craint le père, ils n’étaient guère prêts à subir le fils. « Il vous appartient dès lors de disposer de sa vie comme s’il était un de vos gens… ».
« Je ressens en votre voix un brin d’incertitude. Souhaitez-vous voir sa sentence amoindrie ? Car si oui, il est le temps de le manifester mon amie. Je vous donne l’opportunité de changer son sort ».
Elle prit un instant pour réfléchir à l’offre qu’il lui faisait. S’il ne lui plaisait guère que l’on discute ses choix, elle savait que le chevalier ne le faisait en rien pour amoindrir son autorité ; il lui proposait simplement une alternative plus louable, peut-être moins lourde pour la conscience de la baronne. Et pour sûr, en d’autres temps elle lui aurait concédé sa faiblesse sans contrepartie mais pas aujourd’hui. Elle se tenait droite, prête à affronter la suite comme il lui incombait de faire depuis qu’elle était arrivée à la tête de l’Alonnan. « A chaque faute sa punition. Il me peine de perdre un vaillant homme, mais qui serais-je si je venais à pardonner que l’on se soulève contre un suzerain, quel qu’il fût ? Toutes et tous doivent entendre leur place : il n’appartient pas plus à Jean qu’à moi d’en décider autrement ». Elle soupira, las. « Peut-être pourrions-nous ne point faire étalage de ses méfaits ? ».
« Vous n’avez pas à offrir votre pardon à qui que ce soit. Ma question était toute personnelle et je comprendrais si la perte de ce Jean vous incommoderait. Mais si vous partagez mon avis à son sujet, alors soit, sa sentence sera telle que je l’ai prononcée. Quant à ses méfaits, peu me chaut si nous omettons de les énoncer ».
Elle acquiesça, le cœur serré. Jean n’était pas un ami, ni même un confident mais il était un repère sûr jusqu’à présent – alors que sa vie semblait s’emballer dans un chaos digne des Cinq. A vrai dire, elle était perdue. Et Louis qui se tenait si près d’elle, était comme le sel sur la plaie : elle aurait voulu lui offrir ce dont son âme de jouvenceau rêvait. Elle aurait aimé lui dire ce que son esprit voulait entendre, mais rien. Elle demeurait statique, absolument incapable du moindre geste – tétanisée. Non pas qu’il l’intimidait, seulement la réalité de sa solitude lui revenait au visage comme la merde aux mains du palefrenier. « Pourquoi pensez-vous que cela… M’incommoderait ? ». Elle l’interrogeait avec sincérité, l’ambivalence de ses sentiments pouvant dérouter à tout moment le jeune Berthildois.
« Tantôt, je voyais rouge lorsque me frappa votre garde, mais je vous ai vue également : pantoise, silencieuse et incapable de vous imposer en la suzeraine que vous êtes. Nécessairement, vous devez tenir à cet homme ». Il était vrai qu’elle n’avait guère agit, mais la réplique lui piqua l’égo. Elle n’aimait pas ce genre d’insinuation.
Elle haussa finalement les épaules, un peu moins enjouée. « Je préférais me tenir de vous deux plutôt que de m’assommer avec un mauvais coup. Mais vous n’avez pas tort en une chose : Jean a été un repère, pour autant je n’en oublie pas sa place ».
« Alors ma décision est prise. Ce sera la corde et le nœud pour Jean. Il apprendra que la jalousie et la violence sont toutes deux proscrites par la Damedieu ».



Le silence s’installa un moment avant qu’elle ne se décide à le briser. Elle prenait le temps d’imaginer qu’au lendemain, la vie l’homme fou serait oté par un bourreau qu’elle ne connaissait qu’à peine. Non pas qu’elle doutait de la bonté d’âme du Marquis, mais elle ne raffolait guère du sang. « Votre compagnon a tenté de vous suivre tout à l’heure. J’aurais cru qu’il nous suivrai jusqu’ici ». Elle tentait de se divertir l’esprit par un babillage plus simplet, moins lourd pour son cœur déjà pesant.
« Sans doute me croyait-il en sécurité, une fois qu’il vit que vous veniez à ma rencontre ».
« Il est bien maladroit de croire que je vous tiens en sécurité ». Un sourire malicieux glissa sur les lèvres de la Belle, qui s’apaisait un peu après la montée d’émotions qu’ils avaient tous deux connus un peu plus tôt dans la soirée. Au moins retrouvaient-ils le chemin de la taquinerie.
« Si seulement il avait idée de tous les tourments que vous me faites subir depuis ces deux derniers jours… ».
« M’en voudrait-il ? »
« Que pourrait vous en vouloir ? »
« Votre ami. Il a l’air de beaucoup tenir à vous ».
« Où voulez-vous en venir, mon amie ? »
« Nulle part. J’essaye d’en connaître subtilement plus sur l’homme qui tient ma cadette à son bras ». Elle lui sourit, heureuse que la conversation retrouve un ton plus badin. Bien sûr, on ne traitait pas ici d’avenir, mais cela n’enlevait rien à l’intérêt qu’elle porta sur ce qu’ils se disaient alors.
« Fichtre ! Voilà que cela m’était complètement sorti de l’esprit. Alors je serai franc : veillez à ce qu’ils ne se revoient en d’autres contextes. Rhedgar est un homme bon, vaillant et courageux, mais le moindre beau regard suffit à le désarçonner. Aussi bien vous dire qu’il n’a su jamais être l’homme d’une seule femme ». Comme la plupart des hommes, mais cela, elle se garda bien de lui, préférant ricaner un brin.
Elle se doutait que le curieux était un sacré coureur – mais que Louis ne minimise en rien son envie envers les femmes finis de la convaincre tout à fait. « J’entends mieux votre malaise face aux dames, si votre ami volage en venait à vous charrier tous les jours ».
« Au moins se gardait-il de le faire dans la confidence et en taquineries. Mais enfin, toujours est-il que c’est un bon vivant qui mérite d’être connu ». Elle sentait au fond de la voix du régent un brin d’admiration. Le chevalier devait faire belle impression pour que le futur marquis l’emmène à sa suite, l’invitant jusqu’à la table de son hôte quand les autres gaillards Berthildois n’avait point eu le même hommage.
« Et vous, comment vous décrieriez-vous ? »
« Allons, mon amie… Vous savez bien comment je suis, depuis. Je dirais même qu’il n’existe pas femme qui le sache mieux que vous ».
Elle sourit et glissa une main lentement sur sa joue, d’un geste tendre et protecteur. « Il y demeure une grande différence entre ce que je sais de vous et la manière dont vous vous voyez. Alors dîtes moi quel homme vous pensez être ? ».
Evidemment, le passage de sa main le fit raidir. Point comme vous le pensez, mais plutôt l’immobilisa comme si de la savoir si près de lui était un privilège. « Je crois… Enfin, je m’évertue à être bon et droit. Et qui serait prêt à vouloir le croire, à mettre de côté les possibilités que ce soit une façade à laquelle mon titre de Marquis exige, le comprendrait ».
« En cela je vous envierai toujours Louis. Votre âme est si belle qu’elle n’a de commune mesure dans le Nord – si ce n’est peut-être votre sœur. Cela me fascine, je dois bien l’avouer ».
« Je ne sais quoi répondre à cela… Si ce n’est que de vous remercier sincèrement. Vous êtes la première à me tenir de tels propos et je n’en suis pas déçu pour autant, car ceux-ci valent d’autant plus ».
Elle l’observait avec calme. La paix était revenue derrière les épais murs du castel et le jeune homme retombait lentement dans ses travers de jouvenceau. Non pas que cela lui déplaisait d’ailleurs, elle reprenait de l’assurance elle aussi. « Nous sommes tellement différent mon ami, et si j’avais pu changer ma vie, j’aurai sans peine choisie de la vivre davantage comme la vôtre ».
« Je ne sais pas si vous auriez préféré la mienne. N’oubliez pas que mon père portait le sobriquet de l’Effroyable ! Et puis, votre condition n’est pas à plaindre. De nous deux, je suis le seul qui est jugé comme illégitime ». Elle lui attrapa délicatement la main et l’entraîna sur le sofa non loin de là. Il avait si peu confiance en lui, qu’elle en avait de la peine.
« Louis, j’ai été mariée de force à mon propre cousin – que je considérai comme mon frère – par l’homme en qui j’avais le plus confiance au monde. Je ne suis point devenue baronne par le sang, non. C’est le sang de mon peuple qui jalonne mon chemin. Votre père n’était certes pas le plus commode, mais votre mère est une femme intelligente et aimante envers vous. Vous n’avez pas eu à connaître la terreur – jusqu’à récemment. Alors croyez-moi, je donnerai beaucoup pour pouvoir vivre ne serait-ce qu’un peu du privilège de la vôtre ». Elle lui sourit tristement en baissant les yeux pour lisser un pli du tissu qui couvrait ses jambes.
Il restait contrit, un peu mal à l’aise de la conversation qu’il venait d’impulser bien malgré lui. La baronne avait son lot d’ombres et d’effroi, pour autant elle préférait la vérité dite que l’omission. « Au moins ce passé a-t-il fait de vous cette femme ravissante, forte et fière que vous êtes ».
Ses lèvres se pincèrent dans un demi-sourire amusé. Il n’avait point tort, et elle ne regrettait pas tout ce que la misère lui avait apporté – et a fortiori appris. Elle en connaissait davantage que ce que le jeune Louis pouvait espérer un jour savoir. Et le savoir restait une partie du pouvoir. « Mais quel homme voudrait d’une femme plus forte et plus fière que lui ? Même vous, cela vous lasserait bien vite ».
« J’aime croire que l’on puisse tirer sa force différemment. Et la fierté a trop forte dose n’est point qualité. Mais j’ai le sentiement que vous soyez tout à fait mesurée, que votre tête sagement posée sur vos épaules sache vous instaurer les limites à ne pas atteindre. Or, non, j’ai bien peur de ne jamais me lasser de vous mon amie ».
« Et si mes limites étaient bien différentes des vôtres ? Assurément, n’importe quel mâle fusse-t-il noble ou non, ne voudrait d’une femme comme moi pour épouse, car je ne peux assurer rien de ce que l’on attend d’un tel engagement. Je ne suis guère fidèle, agissant davantage par conviction – cette humeur de dame – plutôt que par loyauté. Je ne suis point trop aimante, bien trop absente et j’affectionne l’indépendance... »
Ennoncé de la sorte, qui voudrait d’elle en effet ? Assombrissait-elle son propre tableau pour tenter de le rebuter, ou avait-elle si mauvaise estime d’elle-même ? Certainement un peu des deux, à en croire son visage si placide mais ses yeux si peu sûrs. Toutefois, la bougresse demeurait fort bonne actrice, et peut-être qu’il ne percerait jamais le mystère de la comédie de sa vie. « Vous êtes telle que vous êtes, cela est chose certaine. Mais l’amour fait oublier ces choses, que vous rebutez ce sentiment ou non. Alors le jour arrivera et vous serez obligé de voir que quelqu’un vous affectionne suffisamment pour outrepasser tout cela ».
« L’amour fait faire tant de concessions, mais vit-on plus heureux pour autant ? Adviendra le jour où accepter les travers ne suffira plus, ou souffrir silencieusement finira. Louis, loin de moi l’idée de vous brusquer plus encore, mais avez-vous songer à tout cela ? La passion ne dure qu’un temps, et après reste l’amertume et les souvenirs ». Elle serra l’immense main avec douceur. La baronne tentait de luis faire prendre conscience de la mauvaise idée que tout ceci représentait. Et plus elle insistait, et plus l’homme semblait déterminé.
« La passion s’entretient. Si l’on ne peut s’octroyer le temps de s’y investir, c’est qu’au bout du compte oui, la chose n’en valait pas la peine. Il ne reste à savoir qu’au bout du compte : cela en vaut-il la peine ? J’aime à croire que oui. Sans doute me prendrez-vous pour quelqu’un de naïf, un rêveur même mais c’est de la sorte que j’ai décidé de vivre ».
Et c’était bien ce qu’elle pensait de lui, mais non point aussi médiocrement qu’il semblait le croire. C’était de belles illusions et une candeur toute jeunette dont il se tapissait l’esprit, et elle ne pouvait que le comprendre quand le reste du monde n’était qu’une immensité de désolation. Elle tenta une fois encore de déchiffrer ses prunelles d’azur sans y parvenir. Il était à la fois jeune et insouciant et pourtant si réfléchis et plein de conviction que son ambivalence rendait les conversations fortes intéressantes. Débattre s’imposait alors peu à peu comme une coutume entre les deux. « Je prie pour que les Cinq vous donne raison Louis. Mais je ne peux me résoudre à vous laisser partir sans vous faire entendre que je ne vous apporterai rien d’autre que des déceptions, quand d’autres pourraient vous donner ce dont vous rêvez ».
« Nous pourrions débattre de la chose encore longtemps, mais nous ne saurons jamais réellement le goût alléchant, avant d’y avoir goûté à pleine cuillère. Mais à la fin, je me suis résolu et je m’en remets à votre décision. Nous apprendrons à nous connaître, du moins, ceci me plairait et nous nous échangerons quelques discussions épistolaires, si tant est que la chose puisse vous faire sourire ».
« Ce que je souhaite mon ami, c’est que vous ne vous priviez pas – quand bien même votre âme reste un peu ici, à Alonna. Vivez comme si nous ne pourrions jamais être ensemble ; buvez, courtisez qui bon vous semble et lorsque vous m’écrirez, n’omettez aucun détail. Ainsi je ne pourrais souffrir de vous tenir au piège ».
« Vous savez pertinemment que je ne suis rien de tout cela », ajoutait-il simplement presque avec innocence.
« Alors promettez-moi de ne point écarter celle qui voudrait vous courtiser. Vous êtes homme à présent, et votre titre n’a d’écho que votre solitude dans la régence de vos terres. Beaucoup viendront à votre cour pour tenter de gagner vos faveurs alors Louis, ne leur refusez pas cette opportunité ».
« Cela, je peux bien vous le promettre. Mais avec la guerre qui vient, je ne me sens point de m’occuper de ces choses ». Il souriait naturellement, délicatement, chassant la main de la Baronne qui s’était tantôt posée sur lui. S’il ne pouvait profiter de sa proximité, alors il préférait s’en éloigner. La tentation est chose à éviter, surtout lorsqu’on tient à s’y esquiver.
Elle en profita pour se lever afin de fouiller les lieux à la recherche d’un peu de clairet. «] D’ailleurs, nous n’en avons encore guère parlé mais quelle est votre position pour la guerre à venir et l’avenir de vos terres ? Je me suis autrefois entendue avec votre mère et je regrette que nos échanges n’aient été portés plus en avant ».
« Mes intérêts vont dans le même sens que ceux de votre Marquis mon amie. J’aspire à délivrer les terres du Médian qui ont lâchement été dérobées au Roi. Quant à mes terres, j’entends m’éloigner des contrecoups de la guerre dans un premier temps et mener à terme les projets de ma mère, qui sont directement liés à l’économie du Berthildois ».
« Je ne vous demandais pas ce que vous comptez faire durant cette guerre, mais ce que cela vous apportera en un sens, tant à vous qu’à votre peuple. Chaque partie qui s’y engagera ne le fera point uniquement pour notre bon Roi, car je crains que la défection de l’ennemi nous rapproche un peu plus de l’inévitable ».
« Eh bien... Dans un sens, j'essaie de racheter la faute de mon défunt père envers le Roy. Là ou il manquait à son rôle de vassal, j'essaie à mon tour de me montrer indéfectible en ma fidélité. Quant à ce que pourrait apporter mon soutiens à cette entreprise par rapport à ma condition de Régent... Vous devinerez assez tôt ce que cela pourrait m'apporter. »
« Avez-vous préalablement négocié la restitution de votre titre ? Je dois vous avouer être restée bien loin de vos intrigues »
« C'était à la base même de la guerre car voyez vous, même si cette entreprise semble venir du Brochant, nous sommes les premiers à avoir été sollicités par le Chancelier et Régent du Royaume. Mais dernièrement, cet homme s'est montré bien discret et plus le temps avance plus je me dis que cet accord est conpromis. »
Elle extirpa d'un meuble un flacon où baignait un liquide rougeâtre puis en versa deux coupes. « Méfiez-vous. Je me suis rendue jusque dans le Missédois à sa racontre, et Cléophas n'a pas même daigné me recevoir. M'est-avis que la parole de cet homme importe peu ; d'autant que son silence et l'absence de conseil de régence véritable n'est point en votre faveur ». Elle lui tendit une des flasques. « Et avec Aymeric ? Avez-vous convenu de tenir les positions tant que les accords ne seraient pas respectés ? »
« Ce que nous ferons une fois nos engagements accomplis n'a pas été clairement indiqué. Heureusement nous avons jusqu'à maintenant su parler le même langage et bien que nous aspirons tous deux à de différentes choses, notre but est le même. Rendre au Roi ce qui lui appartient, autant ses terres que son pouvoir. »
« Je sais que je l'ai que trop dit mais gardez vos distances avec Aymeric. C'est un homme habile, mais loin de prendre gare aux intérêts d'autrui - je suis bien placée pour le savoir.
D'entre toute choses, s'il y en avait une qui agaçait le Marquis, c'était que tout le monde se méfiait de tout le monde. Certes le monde politique cachait ses intrigues et les principaux joueurs étaient sans doute passés expert à ce jeu, mais fallait-il en tout temps douter de tout? « Tant mieux, car mes intérêts servent indirectement les siens. Je suis prêt à parier que ce dernier préfères un Saint-Aimé à la tête du marquisat, qu'un inconnu qui chercherait à prouver sa valeur au peuple en essayant de de briller aux dépends de ses voisins immédiats. ».
Elle laissa tomber ses barrières, préférant l'intimité et la chaleur de leurs échanges à la méfiance dont elle était habituée. « Je ne saurais à présent où sont mes intérêts Louis ». Elle s'interrompit de peur de faire trop de mal mais se ravisa. « Vous êtes jeune et beau parti, je ne saurais ignorer votre cour et pourtant... Vous parvenez à me déstabiliser dans mes certitudes ». Elle laissa le silence s'instaurer peu à peu.
Si elle avait su taire la profondeur de ses sentiments envers lui, il aurait préféré qu'elle s'y tienne après le refus qu'il avait encaissé. Tantôt la porte s'était fermée, puis un interstice au pan de la porte s'était vu s'ouvrir et voilà ce même portail désormais un brin plus ouvert. Que cherchait-elle donc au détour de ces révélations ? « Jamais n'ais-je aspirer à vous mettre en mauvaise posture, tout au contraire, Alanya ... Seulement, quand bien même avez-vous tenté de me dissuader à votre sujet, jamais je n'ai été en mesure de vous chasser et même que, depuis notre prime regard ce matin, votre sourirre hante mes pensées. »
Elle fronça les sourcils. Il n'avait jamais guère connu d'autres femmes, peut-être s'agissait-il là d'une lubie. Elle avait assez souffert pour ne point s'engager plus en avant. « Je ne vous dissuade pas mon ami, je vous fais paraître la vérité telle qu'elle est. Il serait vain de vous mentir, et si mon coeur en aime un autre, je ne saurais être insensible à vos avance - tant pour le titre que pour la personne que vous êtes ».
À vrai dire, elle était franche mais il ne savait trop quoi faire de ces évidences. Quelle conclusion devait-il en tirer, comment devait-il réagir maintenant qu'il avait été mit au fil de ses émotions? « Eh bien, que dire, si ce n'est que le temps nous dévoilera la suite? J'imagine qu'il est seul à pouvoir faire évoluer, dans un sens comme dans l'autre, ce que nous ressentons mutuellement... ».Une triste fatalité qui pourtant était livrée dans un cadre doux et amical. Il comprenait les aversions qu'elle avait à propos des histoires de coeur et le respectait, à la fin il restait à lui de lui prouver l'inverse.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Dim 17 Déc 2017 - 3:43





Elle but la liqueur d'une traite. Elle n'était guère bonne - un vin jeune, éventé qui se trouvait dans son auge depuis bien trop de temps. Pourtant l'amertume qui caressa sa gorge la rassura, et elle s'y accrocha comme un Saint à sa Foi. Au moins l'âpre expérience lui était moins douloureuse que d'affronter le regard du chevalier qu'elle venait de mettre en déroute. Que pouvait-elle dire de plus qui pourrait apaiser son coeur ? Rien, et sans doute le jeune Berthildois se porterait mieux sans elle.
« Vous avez ce qui me fait le plus défaut mon ami. »
À son tour, il trempa ses lèvres dans la coupe sanguine. Et le mauvais goût -car oui, le picrate était immonde- lui ôta l'envie d'étancher sa soif. Du coup, la voir déglutir avec passion cet âpre liquide lui indiqua qu’il n’avait sans l’ombre d’un doute le nez d’un sommelier. Pourtant, l'arrière-goût qui lui colla à la langue, voir même au palais, n'était rien à côté de cette réalité qu'il vivait à l'instant même. Alors, c'est en retenant un soupire las, qu'il se risquait à demander :
« C'est-à-dire? »
« La foi en toute chose. » Elle lui offrit un sourire contrit - non pas qu'elle fût gênée mais plutôt désolée. Par mille fois elle aurait préféré pouvoir offrir à ce brave ce qu'il attendait d'une femme, et a fortiori d'elle-même. Trois jours lui avaient suffi, c'était une telle évidence qu'ils se retrouvaient maintenant tous deux dans une situation malaisante.
« Encore faut-il y croire réellement, autrement elle peut être perçu comme de la naïveté. Et d'ailleurs, certains s'accordent à dire que ce mot me colle à la peau, mais entre vous et moi, c'est mal me connaître. » Lui livra un Louis, qui se doutait bien que nombres des conseils de son hôte, provenait de ce jugement hâtif.


Ses lèvres s'étirèrent encore un peu plus, alors qu'elle jouait de sa coupe entre ses doigts. Sûr qu'il était sur certain sujet bien plus naïf qu'il n'aurait voulu l'être ; mais pour cela, le temps ferait son oeuvre. En attendant de mûrir comme le bon vin, il se devait de s'entourer de gens bons et de confiance afin de ne point tomber dans les travers de son âge.
« En quoi croyez-vous donc réellement alors ? »
Dans quelle sorte de discussion s'étaient-ils tous deux enfoncés ? D'un bal masqué, où réjouissance régnait en maître, à rencontre intime où était soulevé d'aussi profonds sujets, il y avait un pas!
« Eh bien ... Je ne sais, l'amour, la foi, la confiance, le devoir ... Ces sujets qui pour certains, leur gardent une place plus ou moins importante. » Entre-temps, il s'était retourné légèrement, de sorte à faire face à elle et ainsi, pouvoir l'affronter si jamais elle l'observait de ses spinelles bleutés.
Elle ne pouvait retirer son regard perçant de son corps, de son visage, détaillant chaque courbe et chaque trait ; non pas pour l'admirer comme l'aurait fait une amante, mais plutôt pour en comprendre la mécanique. Il était chevalier dans le cœur et dans l'âme, loin des humeurs maladives qui rongeaient le bon peuple - et même elle. Il était si pur que cela l'intriguait. Elle s'employait à comprendre sans y parvenir jamais tout à fait.
« Comment y parvenez-vous ? L'amour vrai n'existe point, la Foi est gangrenée, la confiance rarement vue et le devoir abandonné même par les plus imminentes personnes. Rien, non rien ne vous aide à y croire... »
Peu à peu, il se demanda si en fait, sa compagne n'était pas atteinte de pessimisme aigu. Voyait-elle clair, ou était-elle seulement désillusionnée après quelques malheurs qui l'auraient percutée trop farouchement ? Que ce fût une raison ou une autre, elle gardait en elle un bien mauvais tableau de toutes les convictions du chevalier et pour cela, il se devait de corriger le tir, du moins tenterait-il.
« Allons, êtes-vous sur toute la route bien sérieuse? Si vous ne pouvez croire en ceci, alors à quoi ? » Trouva-t-il plus simple de lui demander, avant de poursuivre sur une argumentation plus poussée.
En quoi croyait-elle ? En peu de choses, pour autant, accrochant un énième sourire sur son visage elle s'approcha jusqu'à ce qu'une main délicate se pose sur la joue du Saint-Aimé. Elle avait l'oeil vif, et l'esprit clair.
« Je crois qu'un jour, quelqu'un de bon changera durablement les travers de ce monde. Et jusqu'à ma mort, je m'emploierais à donner à ceux qui le méritent la prospérité. Voilà où va ma Foi. »
Il ne broncha pas, même à la présence de sa petite mitaine. Ses yeux par contre, trouvèrent les siens pour ne plus être en mesure de s'en décrocher, si tant bien que la main à sa joue semblait pour lui comme des menottes à son attention. Elle la tenait, du bout des doigts, sans qu'il ne puisse regarder en d'autres directions.
« Toute Foi n'est pas dédiée aux Dieux, mon amie, vous venez de le prouver. Pour offrir ce soutiens à cet homme, il vous faudra lui vouer votre confiance et, pour le bien qu'il apportera à vos gens, vous lui témoignerez une sorte d'amour. Dans tous les cas, ceci est votre devoir, vous le voyez seulement autrement. »
Elle caressait de son pouce sa joue, à peine un demi-bras les séparant tandis qu'elle écoutait avec attention ce qu'il lui disait. Pour sûr, il y avait des sujets sur lesquels ce n'était point un enfant, et sa réflexion était plaisante. Au moins montrait-il de l'esprit, là où la plupart s'en serait tenu à changer de discussion.
« Je n'ai point dit qu'il aura quelconque soutien de moi ; j'aspire simplement à ce qu'il exécute ce pour quoi il a été fait. Nul confiance ou amour là-dedans : je crois simplement qu'il existera. »

Quelle déception, à la fin. Alors, elle se contentera de le regarder faire, lui à tenter de réparer et maintenir l'ordre des choses et elle, simple et vulgaire spectatrice? Cela n'avait de sens, pas avec les ambitions qu'il lui connaissait.  
« Allons donc, mon amie! C'est de la mauvaise foi, que soutenir ne rien vouloir faire pour aider l'amélioration. Cet homme, ne peut surgir de nulle part et tout régler de ses dix doigts ; il lui faut de l'aide, du soutien, qu'en sais-je! » Jamais il ne tenta de la distancer, maintenant de toute évidence, sous le charme de ses candides caresses.
« Cet homme sera bien plus fort et bien veillant que je ne le serais jamais. Je travaille à ma mesure, mais mon cœur est corrompu aux choses des Hommes : comment de fait pourrais-je prétendre améliorer les choses, si je ne le fais que par simple égoïsme ? » Son pouce effleura ses lèvres tandis que sa voix se faisait douce mais ferme. Elle était geôlière à présent, et ses longues serres s'étaient à nouveau refermées sur le cervidé.
Un frisson lui électrisa la nuque, parcourant tout le long de son échine. Ses idées n'étaient plus claires, ou s'embrouillaient à mesure que le temps passait et que les griffes velues de la veuve noire persistaient contre sa joue. Son respire manqua un instant, de sorte à préserver son calme. La discussion portait en une direction bien précise, mais s'était vue dérangée par une idée qui flottait, sournoisement derrière la tête de sa compagne. S'il eut désiré répondre aussi limpidement que ses dernières répliques, c'était peine perdue.
« Je ... Je ne sais trop ... »
Alanya fronça les sourcils en se reculant doucement. Si l'idée qu'il n'avait point trop changé la rassura, sa réponse était à la mesure de sa perplexité.
« Effectivement. Ma foi repose sur l'abnégation la plus totale, et si je parviens à y croire encore, je ne pourrais prétendre m'y plier. »
D'autres mots, d'autres paroles, d'autres gestes, peut-être aurait fait gagner quelques secondes à la main de son aimée à sa joue. Plutôt, il retrouva ses vieilles botines de jouvenceau, maladroit et inhabile.
« Enfin, vous l'avez dit et vous semblez tenir à y croire : nous sommes bien différents tous deux. N'empêche, que cette différence n'est pas symbole de discorde, au contraire. »
Elle lui sourit en haussant les épaules.
« Non c'est exact. Vous me complétez assez à vrai dire. »

Louis termina sa coupe, enfin. Cette atroce piquette n'était plus et, c'était tant mieux. Enfin, Louis démontra qu'il était temps de quitter lorsqu'il détachait ses yeux des siens, pour les poser vers la porte de la sortie.
« Mon amie, il se fait tard et ... bien que l'idée me déplaise, il me faut aller quérir ma couche. Demain sera un long jour et il me faut temps pour prier température clémente ... »
Elle hocha la tête avant de se raviser :
« Peut-être serait-il sage que vous fassiez un détour par la grande salle avant d'aller dans vos appartements. Que je n'y apparaisse pas n'inquiétera personne, mais en votre qualité d'invité d'honneur et de Marquis, il serait malaisé de nous enfuir si tôt pour ne point revenir. Il ne me plaît guère d'endiguer les bruits de cour, même pour vous. » Elle lui sourit franchement.
« À cette requête je veux bien accepter, mais me feriez-vous l'honneur d'y être à mon bras ? »
« A condition que vous m'offriez une ultime danse. »
« Personne ne le souhaiterait autant, Alanya. »
L’invitation lancée, c’est à deux qu’ils se dirigèrent jusqu’à la grand salle de bal, où encore et toujours festoyaient les convives de la Baronne. Depuis, les matassins improvisés, sacs à vin de fortune et tous les autres âmes heureuses, eurent temps d’avoir chaud et de suer à grosses gouttes tant l’animation portait à la danse. Certaines beautés ne semblaient désormais plus mériter ce titre, à en voir leurs coiffures dérangées par l’excitation et leurs joues rosies par l’alcool. Accompagné à son avant-bras de la Baronne, c’est ainsi que se présenta Louis devant les convives, après avoir poliment refusé le masque que son amie lui confiât, comme s’il fût avisé qu’il l’enfile afin de masquer l’estafilade à sa lèvre inférieure.

Ah, comme il était bon de faire tomber tous les miaulements, les chuchotis et autres rumeurs à leur propos, du temps qu’ils se côtoyaient, tous deux la mine masquée. Point de place n’était désormais disponible au doute ; c’était bien le régent de Sainte-Berthilde qui tenait à son bras l’illustre et magnifique maîtresse des lieux. Or, la piste de danse se vida comme le plancher d’une taverne après que le tenancier ait annoncé ses stocks d’alcool désintégrés. La musicaille festive reçut d’ailleurs un droit en pleine figure, car à peine les deux imminents personnages s’étaient présentés l’un à l’autre sur la piste, les troubadours changèrent du tout au tout leur répertoire, s’acoquinant à une thématique plus adéquate et de propos. Alors, la danse débuta sans que personne n’ose poser le bout des orteils près d’eux, leur laissant leur moment en leur rappelant qu’ils étaient devant eux, leurs vassaux.

Respectueuse, nette et exécutée avec brio, cette danse n’avait rien de complexe, mais restait somme toute bien explicative quant à l’image qu’elle projetait. D’une grâce sans pareille, ses gestes faisaient montre d’un respect des plus total, l’un envers l’autre, mais aussi d’une proximité qui laissait sous-entendre le plaisir qu’il y avait entrés elles deux à se côtoyer. Nuls mots ne furent échangés, car seul le regard avait son droit de parole et le leur, continuaient d’en apprendre mutuellement. Enfin, les notes s’estompèrent decrescendo pour n’en finir qu’en doux murmures, alors que Louis serra entre ses dix doigts l’une des mitaines délicates de sa comparse pour venir lui livrer un baisé, cette fois qui n’avait rien d’un candide baisemain.

« Je crois que c’est désormais pour moi le temps de me retirer et de vous donner congé de ma personne, mon amie. Ainsi, je vous laisse dans l’espoir de vous savoir prompte au repos, car j’entretiens l’envie de vous voir une ultime fois, avant mon départ aux aurores. Dormez bien, nous nous reverrons bien assez tôt. » Lui confiât Louis, avant de la libérer pour s’en aller bredouille vers l’extérieur et finalement, vers ses luxueux appartements.

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Lun 18 Déc 2017 - 0:38

« Non ». Les bougies vacillèrent devant l’aplomb de la dame qui, assise sur sa chaise, avait bien du mal à garder son sang-froid quand s’agitait autour d’elle ses dames. Elles peignaient ses cheveux, ajustaient le corsetage tandis qu’au fond de la pièce, debout et droit, se tenait le jeune Ministre Galainier. L’homme tenait dans ses mains un tas de paperasse qui la lassait déjà alors même que les matines n’avaient sonnés. Tout le monde au château dormait encore – tout le monde sauf elle. D’ailleurs, au vu de sa mine terne, elle n’avait guère dû dormir plus d’une heure, cogitant dans ses draps froids et son lit vide. L’humeur taciturne de la suzeraine n’était plus à prouver : la solitude lui pesait et le poids des responsabilités rendait sa position plus que précaire. Et dans ses moments de faiblesse – elle le savait -, guettait les Affamés de la cour, avide de tirer de son pouvoir à leur profit. Mais depuis ces longs mois, ces vassaux n’avaient point retenu une chose d’elle : les rapaces jamais ne gagnaient.
« Donner à son Excellence le pli, je vous en conjure, au nom de tout votre Ministère ma Dame. La neige finira par fondre et les dépenses prévues… ».
Un geste de la main lui coupa la chique pour de bon, alors que dans le silence imposé, elle se leva. Le bruit de ses pas résonna le temps qu’elle se retrouve face à lui, alors qu’il fuyait son regard inquisiteur. Le trouvait-elle sotte pour lui conjurer quoique ce soit ? Le pouvoir de ces hommes n’était qu’illusoire. Le conseil de gouvernance demeurait une vaste plaisanterie ; non, ici elle était seule capitaine d’un bateau, car comme chacun le sait un navire ne dispose que d’un seul et unique gouvernail. « Le dépenses prévues – comme vous le dîtes si bien -, sont prévues. Mon ministère me croit-il inapte à prendre des décisions politique pour ma terre ? ». Qui pourrait croire à cet instant toute la fragilité de la belle ? Assaillit par des océans de doutes, elle demeurait impassible.
« Non, votre Honneur ».
« Splendide ! Alors vous comprendrez aisément Matthieu que je ne puis donner ces propositions économiques à notre invité sans en avoir pris connaissance auparavant ».
« Mais vous pouvez… »
« Assez ! Prenez congés avant que votre langue ne bouge de trop, et déposez ces textes dans mon office avant d’aller chercher le prisonnier ».
Il s’inclina respectueusement, non sans un froncement de sourcils désapprobateur. La baronne ne jouissait guère d’une franche popularité au sein de ses vassaux mais s’attirait depuis son accession les bonnes grâces de son peuple ; elle incarnait l’indéfectibilité de ses gens, la fierté de ses origines et l’impétuosité nécessaire afin de rendre enfin prospère l’Alonnan. Pour sûr, la tâche qui lui incombait était sans doute mille fois trop difficile pour qu’elle y parvienne en une vie – mais au moins s’évertuait-elle à suivre la seule chose en laquelle elle croyait encore. Un sourire se greffa sur sa face alors que s’éloignait dans les couloirs endormis son conseiller. La conversation de la veille avec Louis lui revenait en mémoire, non pas avec amertume ; elle l’avait trouvé fort plaisante, et si la mise en lumière de leurs différences n’était point un sujet facile, il avait su rendre le tout agréable. A vrai dire, elle aimait converser avec lui. La baronne ne lui trouvait pas un esprit particulier – elle-même n’était pas une lumière en toute chose – mais elle avait la nette impression de pouvoir s’entretenir de tout, même de ce qui n’était pas plaisant.
Et si elle se trompait, alors le temps lui permettrait d’en être certaine. Car à n’en pas douter, ils se quittaient aujourd’hui pour mieux se retrouver demain. Elle marchait à présent, fin prête, vers la cour où déjà devait l’attendre ses invités et le bourreau. Dans la nuit, elle avait veillé aux préparatifs de départ comme à ceux de l’exécution avant de se retirer. C’était donc sans grand étonnement qu’elle fût rejointe bientôt par Hermance Lesdiguières, son sénéchal et par Hugues, ce curieux ventripotent. Ils lui laissaient tous deux l’avance qui était dû à son rang, alors que la marche franche, elle franchit les dernières alcôves chaudes de sa demeure. Elle serra ses pelisses alors que le ciel encore sombre laissait choir çà et là quelques flocons indélicats. La baronne s’arrêta net devant le Marquis et s’inclina avec respect, comme le souhaitait son rang. Car ici demeurait les apparences, et nul n’aurait été prompt à s’en donner à trop de familiarités – quand bien même la jeune Broissieux était jugée progressiste. Autour d’eux se massaient les hommes du Berthildois, quelques ministres parmi lesquels se tenait Matthieu Galainier, quelques vassaux mais seulement des hommes, un prêtre de Néera et le bourreau. La belle avait veillé à ce que la mise à mort ne s’ébruite pas.
« Votre Excellence a-t-il passé une agréable nuit ? »
« Je n’avais pas si bien fermé l’œil depuis fort trop longtemps. J’en viendrai tôt à m’ennuyer du confort de votre castel ». Une lueur triste passait sur son visage, à l’aube de leur séparation. Elle aussi le regretterait surement en un sens. Il avait animé sa cour peu de temps, mais celui lui avait redonné du baume au cœur.
« Et nous nous languirons de vous assurément. Vous demeurez le bienvenu, lorsque le temps sera plus clément, pour qu’on puisse s’étendre davantage sur des sujets politiques ». Elle lui offrit un sourire intime. Ils se devaient de faire montre de réserve face à ces gens.
« Et il est fort à parier que la politique demandera son lot d’attention, au vu des prochains imminents évènements. Qu’à cela ne tienne, nous nous reverrons bien assez tôt, car je m’y engagerai personnellement. Alonna et ses gens m’ont conquis et je quitterai en emportant un doux souvenir d’eux ». Sans équivoque, son regard était posé contre celui de la maîtresse des lieux, auquel il espérait qu’elle en comprenne tous les sous-entendus.
Et alors qu’ils s’adonnaient à de la représentation publique, le prêtre s’avança vers eux. Il était grisonnant, les traits tombant et la mine grave qu’avait les hommes de foi.
« Messeigneurs, si vous voulez bien, nous pourrions commencer… ».
Alanya ne laissa point le temps à Louis de répondre qu’elle acquieça. Elle n’aimait guère ces prêcheurs, et encore moins la drôle de situation dans laquelle ils allaient devoir se mettre. Elle se saisit délicatement de la main du chevalier. « Votre Excellence va devoir se confronter au prisonnier et à la Sainte Foi avant de prononcer devant Père Philippe la sentence, et le mener après à l’échafaud ».
Pour une seconde fois depuis son séjour, son regard s’aggrava. Sa mâchoire se crispa, ses sourcils et ses yeux se froncèrent et il inspira à pleins poumons afin de contenir tout commentaire désobligeant. S’attendait-il à devoir jouer le rôle du bourreau avant son départ ? Certainement pas. « Procédons ».
Et alors que tous s’en allait en avant d’eux, elle le retint d’une légère pression, glissant un regard désolé vers Louis. Jamais elle n’avait souhaité cela, et elle comprenait déjà combien il lui coûtait de se plier à l’exercice. « Si vous ne le souhaitez plus, j’endosserai la charge mon ami… ».
L’air lui collait au visage, dur et sévère, laissant sous-entendre l’agacement qui l’habitait. La même expression que la veille, alors que les hommes se rouaient de coups. Il paraissait bien différent de l’homme bon qu’elle connaissait : ici il avait enfilé son air de suzerain, et si cela la peinait qu’il en soit obligé, cela ne lui déplaisait guère ; elle apercevait ainsi le chef qu’il deviendrait bientôt. « Non, je m’en occuperai. Mais sachez toutefois que si je me dois de faire abattre la sentence sur lui, ses crimes seront automatiquement affichés, au contraire e votre vouloir ».
Elle garda le silence un bref instant, affichant bientôt le même masque froid et indifférent qu’elle se devait d’arborer dans son lieu – surtout avec les faits qui seraient bientôt révélés. «[color:ac56=006666] L’acte du devoir est au-dessus du vouloir. Et jamais nous ne devons laisser notre cœur guider nos mains et notre jugement ». Pour seule réponse, il lui serra un peu plus la paluche. Et ils s’en allèrent dans les geôles. Seul le prêtre monta les étroites marches avec eux : il n’était pas convenant que les autres suivent leurs traces, alors qu’un homme allait donner ses ultimes pêchés. S’il avait tenu sa langue jusqu’alors, le Père Philippe se retourna brièvement, le souffle court alors qu’il gravissait les ultimes marches : « Votre Excellence a-t-il déjà pris des confessions ? ».
« En aucune occasion je n’en ai eu la chance, mon Père ». Le cœur de la baronne eut un loupé et ses yeux s’assombrissaient encore. Voilà donc ce qu’imposait la suzeraine à son invité, et s’il donnait bonne contenance, elle allait marquer au fer rouge son âme si pure. Toutefois, elle se garda bien de le dire.
« Bien, son Honneur pourra vous assister si vous le souhaitez. Je ne suis pas tenu d’être là, dans la geôle avant la remise de votre jugement devant les Cinq ». Et il s’arrêta alors que la lourde porte s’ouvrir sur le couloir de barreaux.
« Cheminons, que les choses soient faites ». La voix était sèche et laisser entendre la lourde besogne qu’il s’apprêtait à faire.
Le prêtre s’arrêta peu après alors que déjà montait de chacune des prisons des suppliques larmoyantes. La plupart des mécréants qui étaient là avaient été enfermé par la baronne à la suite de la guerre civile, les autres étaient là depuis plus longtemps encore. On cracha sur son passage, on l’insulta même mais pouvait-elle leur en vouloir ? Ils étaient là par sa faute. Les clefs tournèrent dans la même du soldat en service, et les gonds grincèrent alors que se tenait assis au fond de la cellule un Jean abimé. L’œil gonflé, des ratiches en moins, il était clair que Louis ne l’avait point épargner.
Louis ne semblait pas réellement en quoi demeurait la lourde tâche qui l’incombait mais il garda bonne contenance. « Jean, vous arborez actuellement nombreux graves chefs d’accusation et, votre pénitence sera pesée à la juste mesure de vos crimes. Avez-vous des choses à dire pour votre défense ? »
Le visage tuméfié se leva vers lui après avoir craché une glaire ensanglantée. Alanya se tenait en retrait, laissant le jeune cerf prendre la place qui lui était dû dans cette affaire. Elle n’avait point à intervenir. « Je mourrais le cœur léger, car le seul de nous qui doit faire pénitence, c’est bien vous ».
« Cette nuit dans cette geôle glacée ne vous a donc pas refroidie l’esprit ? D’où tirez-vous cette rancœur mal placée, alors que vous ne connaissez pas plus que le nom de votre bourreau ? ».
Ses yeux quittèrent l’imposante carrure du Berthildois pour se fixer sur la silhouette fluette de sa suzeraine. « J’ai juré devant les Cinq de donner ma vie pour la vôtre, et jusqu’à mon dernier souffle je ne faillirais. Cet homme vous blessera plus encore que l’Anoszia… Je vous en prie, écoutez-moi ! ».
Louis se retourna pour entendre ce qu’avait à dire son amie, mais son regard en disait déjà long. L’évocation d’Arichis lui avait encore plus soulevé le cœur et aucune pitié ne transpirait d’elle à présent. Le choix était fait, la sentence serait claire. A quiconque s’en venait à Alonna, devait apprendre à craindre le courroux de la belle. « Mourrez avec vos pêchés Jean, et ne tenez personne d’autre responsable de votre mort : vous êtes ici le seul coupable de folie ».
Le faon déposa sa paluche contre l’un des barreaux vers la sortie de la cage, invitant de ce fait sa compagne à quitter les lieux, sans ajouter quoique ce soit. Il semblait néanmoins troublé des révélations qui s’étaient faites ici – et elle aussi devrait faire face au jugement du Marquis une fois la sentence prononcée. Le Père s’approcha et s’inclina à nouveau, laissant entrevoir le début de calvitie sur le sommet de son crâne. « Messeigneurs ont-ils entendu les repentir de l’homme ? »
« Hélas non, j’en ai peur. Cet homme est bien résolu à mourir en emportant avec lui ses pêchés sans une once de remords ».
« Ne vous en fustigez point votre Excellence. C’est le lot de la plupart des petites gens… De fait, en qualité de représentant locale de la Foi Pentienne, quelle est votre sentence ? »
« Cet homme prétend vouloir œuvrer jusqu’à son dernier souffle, or il profitera jusqu’à ce que lui en prive. La potence sera son exutoire ».
Un regard du prête vers la baronne et déjà deux gardes se saisirent du corps endoloris. Il se débattait mais la fatigue et la poigne de fer le découragèrent bien vite. Alors seulement Alanya repris son rôle de suzeraine. « Menez-le à l’échafaud, le bourreau l’y attend ».
Et tous se dirigèrent vers la cour qu’ils avaient quitté un peu plus tôt. En aucun moment, Louis ne s’était montré aussi silencieux qu’à cet instant. L’ambiance était lourde et pesante, accablante même. Et alors qu’ils avançaient dans cette morne ambiance, elle sentit son souffle près de son oreille. « Cet homme que mentionna Jean serait celui qui tourmente encore votre cœur ? ».
Elle lui jeta une rapide œillade, consciente qu’elle n’échapperait pas aux questions plus longtemps. Pour autant, le statut très controversé du Régent d’Ydril la laissait précautionneuse ; ici trop de monde pouvait entendre. Elle hocha simplement la tête. « Je suis prête à répondre à chacune de vos questions, mais point ici mon ami ».
Alors ils cheminèrent jusqu’au point culminant de leur entreprise, l’endroit où la prochaine marionnette serait créée, à une chose près qu’icelle aura la corde autour du cou. Là, Louis se positionna toujours à la dextre d’Alanya, prêt à entendre la sentence tomber mais aussi à la soutenir le cas échéant. Pourtant, la baronne ne faiblissait plus : droite et digne, rien de transparaissait sur ses traits froids et durs. Elle était la baronne de ces lieux, plus la simple femme. Les quelques personnes se massèrent à nouveau et le pauvre Jean se débattit jusque dans la poigne du bourreau, les yeux exorbités et intensément fixés sur le couple.
« Que son Excellence Louis de Saint-Aimé, Seigneur de Saint-Aimé, de la Toranne et d’Erignac, Marquis de Sainte Berthilde énonce les présents pêchés de cet homme devant l’assemblée ! »
« Le criminel Jean est accusé de ces chefs d’accusations : agression à la haute noblesse, mensonge et félonie. Le coût de ces pêchés est : la mort ».
Et la corde fût mise à son cou, puis la trappe ouverte plus vite qu’elle ne l’aurait cru. La nuque se brisa, si bien que le corps n’eut qu’un soubresaut avant de s’immobiliser à jamais. La belle n’avait pas détourné les yeux, immobile. Elle attendit peut-être une minute avant de s’avancer vers le prêtre et la garde. « Détachez-le. Cela fait une bien macabre décoration dans ma demeure ». Ils acquiescèrent et elle s’en retourna vers le chevalier Berthildois. « Je suis désolée, Louis ».
« Vous n’avez pas à l’être. Certaines choses sont hors de notre contrôle et nous nous devons de vivre avec, quoi qu’il advienne. La chose est faite, désormais ».
Elle abandonna peu à peu la rigueur pour retrouver son visage expressif. Elle était sincère, et elle aurait aimé donné une bien meilleure image de l’Alonnan à son ami mais la chose était faite comme il le disait si bien. Elle l’entraîna un peu plus à l’écart, afin qu’ils puissent converser plus librement. « Si j’avais su qu’il s’agissait de votre prime jugement, je ne vous aurais donné ce fardeau ».
« J’ai souventefois dû faire séance de justice, en ordonnant l’exécution de certains malfrats. Mais jamais ais-je dû faire confesser ceux-là et encore moins odir qu’iceux ne regrettaient rien ».
Elle esquissa un maigre rictus compatissant. Elle-même ne s’était encore faîte à cela et peut-être était-il humain de jamais s’y faire tout à fait. « C’est une loi qui a vu le jour après l’accession de Constance par le conseil Alonnais, après qu’elle eut vendu l’Alonna à Goar. Cela devait refreiner ses ardeurs meurtrières, en confrontant l’âme du suzerain à la dure et violente réalité, afin que chaque innocent pèse sur la conscience. Cela apprend la parcimonie et force à réfléchir ».
« Une loi qui ne manque pas d’efficacité en soit ». Concis, peut-être même un brin évasif, cette fois peu déterminé d’en débattre. Elle soupira devant le mur de glace qui se tenait à présent devant lui. Elle avait imaginé les choses bien autrement pourtant.
« Et ce que vous avez entendu plus tôt… ». Elle se tût. Elle ne savait trop comment il allait réagir à tout cela, ni même s’il était prêt à l’entendre.
« Oui. A propose de l’Anoszia… Vous avez tenu une relation avec… L’un d’eux ? ». Il marchait sur des œufs, non pas seulement pour la position délicate de la famille du sud mais surtout parce qu’il connaissait les sentiments de la belle pour le patriarche. Du moins, en entendait-il la profondeur.
« Je n’ai aimé qu’une fois Louis, et ce n’était aucun de mes époux. Après avoir perdu feu son Honneur Desmond de Broissieux, je me suis retrouvée dans l’un d’eux. Une symbiose destructrice car nous avons toujours su que jamais nous ne pourrions vivre librement nos sentiments ; pour autant, jamais mon cœur ne s’est tût ».
« Comme je vous l’ai déjà dit, certaines choses nous dépassent et font parler notre cœur. Quoi que l’on en dise ou l’on en pense ». Il se contenta de ça, sans jugement et, au fond, elle l’en remercia.
« Louis, vous êtes le seul qui connaisse son nom – pour des raisons évidentes… Puis-je avoir confiance en vous ? Si cela venait à se savoir… ». Elle ne finit même pas.
« Vous le pouvez et vous le savez ». Encore évasif, il se saisit de sa main, et la belle, le cœur au bord des lèvres n’osa en dire plus dans un premier temps. Moins il en savait et moins sa tête était menacée. Et si ce n’était la sienne, ses pensées se tournèrent vers sa fille. La jeune Pénélope n’avait pas à payer des forfaits de sa mère. Et s’il devenait gênant, elle règlerait le problème comme elle l’avait toujours fait : avec un peu de poison.
« M’en voulez-vous de vous faire subir tant de tracas ? »
« Un autre homme sans doute en aurait tenue rigueur. Mais je ne le peux, pas envers vous… ». Il haussa les épaules, comme s’il lui expliquait par cette mimique qu’il ne comprenait pas lui-même.
Elle eut un petit rire nerveux, caressant du pouce la main qu’il avait saisi un peu avant. « Toute le royaume m’en tiendrait rigueur plutôt ! »
« Et je m’en voudrais de prendre les armes contre celui-ci dans le but de vous en préserver ».
« Il n’est pas fautif de ma peine, et aussi noble puisse être votre action, il est aujourd’hui en exil. Mais rassurez-vous, je vous préviendrais si d’aventure je devais m’en prendre à quelqu’un ». Elle se moquait gentiment, touchée par la dévotion dont il faisait preuve.
« Que vous êtes aimable, merci ! ». Le ton de la plaisanterie était à mille lieues de la froideur de la pendaison prononcée un peu plus tôt. Et même s’il avait su garder de la distance, la conversation dériva peu à peu sur une note plus joyeuse dont elle se félicita par un large sourire.
« Allez, ne prenez pas la mouche, je vous préviendrais aussi pour d’autres choses ». Elle était complice, plus qu’elle ne l’avait été jusque-là. Il semblait déjà faire plus beau, tandis que le marquis dévoila ses dents dans un sourire bien amusé.
« Je prierai la Damedieu afin que vos mots me trouvent plus tôt que tard le chemin de Sainte-Berthilde et qu’à distance, nous poursuivons nos conversations interminables ».
« Interminables ?! Me voilà prise pour une cocotte de mauvaise compagnie ! Allons mon ami, pour vous faire pardonner, il vous faudra prendre la plume en premier et envoyer votre meilleur coursier car je vous le jure : je ne lui laisserai pas la tâche facile ». Elle essaya de réprimer son amusement mais elle en fût bien incapable.
Et à lui de répondre franchement, même en ayant les deux pieds bien profondément enlisé dans la bouse de la situation : « Je n’aurais pas su attendre les vôtres en premier, pour tout vous dire ».
La suzeraine glissa un regard malicieux. « Alors nous nous entendons. N’attendez point trop, ou je risque d’oublier qui vous êtes ».
« Êtes-vous toujours aussi exigeante avec vos invités ? »
« Seulement ceux méritent mon attention »
Louis poussa un rictus non dissimulé, lorsqu’il goûta derechef de sa répartie de fer. « Je ne sais comment remercier la Damedieu de vous avoir mise sur mon chemin. Depuis tout ce temps, je me permets d’affirmer que j’en avais grand besoin ».
Elle secoua la tête en serrant sa mimine un peu plus fort. « De quoi aviez-vous besoin ? »
« D’excellente compagnie ».
« Vous avez des amis Louis. Ils vous sont loyaux et peuvent être, je pense, d’aussi bonne compagnie que je ne le suis avec mes interminables conversations ».
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]   Lun 18 Déc 2017 - 2:29



« Vous devez être bien humble pour ne pas constater tout le bien que vous me fîtes, lors de mon séjour en Alonna. Mes amis, ma famille, n'auraient réussis en une ennéade ce que vous avez accompli en une journée à peine. M'amuser, me conseiller, me divertir et m'épater. Non, c'est à moi de vous remercier pour tout cela, mon amie. »
« Si je l'ai fait en une journée, eux y participent depuis votre naissance Louis. Mais vos mots me touchent, et j'étais sincère tout à l'heure : vous êtes libre de revenir quand bon vous semble. »
« J'y passerai mais point pour une visite courtoise je le crains. L'ost prendra la route, et je n'aurais guère le temps de m'arrêter mais au moins aurais-je foulé vos terres. » [i"> Elle eut un petit sourire triste. La guerre était une pute qu'il ne lui tardait pas de retrouver.
« Évidemment, la guerre risque de former de franches barrières entre nos deux personnes. Lorsque tout ceci sera histoire ancienne, venez, je vous en prie ; vous y serez accueillie à bras ouverts. »
« J'y viendrais dans ce cas. Nous pourrons terminer les travaux de votre mère, et j'aurais un œil sur vos prétendantes. »
« Peut-être même saurez-vous me préserver des mauvaises candidates. On dit des femmes qu'elles ont ce don, de flairer le mauvais du bon, trier le grain de l'ivraie ... »

« Tiens d'ailleurs, comptez-vous recevoir la soeur d'Aymeric ? »
Louis se gratta la nuque, un moment, visiblement agacé à l'idée que la chose était plus qu'envisageable.
« Il n'en tient qu'au Brochant de mettre le tout en branle et prochainement, ce genre d'entreprise sera à mon sens, le dernier de ses soucis. Alors le temps nous le diras, j'imagine. »
Elle fronça les sourcils et posa les mains sur ses hanches dans une posture réprobatrice. Elle n'était pas convaincue par la réponse qu'il venait de lui donner - et elle s'assurait qu'il l'entende.
« Et cela vous arrange Messire Saint-Aimé, alors ne jouez pas le finot avec moi ! Si vous ne le voulez pas, dîtes le au Corbac, sinon vous me ferez le plaisir de recevoir cette donzelle plus prestement que moi - auquel cas je vous réprimanderai comme un enfant ! »
Jouait-elle la comédie ? Car sinon, déjà, elle se montrait bien chiante!
« Vous savez tout comme moi comme il m'est délicat de lu imposer mon refus, aussi catégorique qu'il soit ... Et alors que mes obligations me demanderaient de la rencontrer en bon et due forme, mon coeur me dicte l'inverse. Et je ne me sens point en mesure d'étouffer les sentiments qu'il entretient envers votre personne. Pas maintenant. »
« Le Brochant n'oubliera point, mais je puis vous aider à retarder l'échéance avec lui. Mais il vous faudra bien trouver une épouse un jour, Louis, et les bon parti encore libre se font rares. » Elle lui sourit finalement comme une vieille amie. Elle lui devait bien cela.
« Et évidemment par bon parti, vous vous excluez. » Le ton joueur, toujours en la tenant par la main, en direction de la sortie de son castel. La marche était longue et, sans demander son avis, Louis bifurquait toujours en des couloirs qui ralongeait leur escapade.
« Non seulement vous refuseriez l'offre de Serramire mais en plus, en nous mariant, vous pourriez imposer un héritier unique pour Alonna et Sainte-Berthilde - sans compter la vassalité contestée. » Il était plus sage de refuser, même si elle était persuadée qu'il aurait fait un excellent mari, non pas seulement pour son titre mais parce qu'il était bon avec elle, même si elle ne partageait pas entièrement ses sentiments.

« Et pour prendre femme, oui, de suite après la guerre, je m'y engagerai à temps plein. »
Si elle garda contenance, son cœur se serra un peu. Elle n'aimait guère la compétition, et encore moins lorsqu'elle avait déjà gagné une première fois. Le savait-il qu'il l'agaçait en jouant à ce jeu ?
« Vous seriez prêt à vivre avec Etherna entre nos deux terres, au Nord la menace du Brochant et moi, complétement entourée entre Serramire, Etherna et Oësgard ? Vous êtes sûrement meilleur stratège militaire que moi, alors expliquez-moi comment nous ferions pour nous sortir d'une telle situation sachant qu'en plus, il serait dans son bon droit ? »
« Je vous l'ai dit. Jamais je ne vous mêlerais à une situation qui vous plongerait dans de mauvaises conditions pour la plus simple des raisons : je vous aime. Et lorsque je tiens à quelqu'un -réellement, j'entends - rien ni personne ne peut m'empêcher d'y parvenir. Je ne suis ni fourbe, ni sournois, ni fol, mais bien lucide, avisé et prêt à confronter le Brochant afin qu'aucun conflit n'éclate. Nous sommes tous deux mains liés au futur de ce Royaume en levant nos armées pour la Gloire du Roy, ce dernier n’endentera pas faire sombrer ses terres dans le chaos après leur avoir promis la paix, suite à la conquête du Médian. »
« Il est orgueilleux, et je doute que cela n'aboutisse à rien d'autre qu'à tendre vos rapports mais fort bien ! Essayez, Louis. Si vous parvenez à garantir la sécurité de nos gens, alors soit. Sinon, nous nous en tiendrons à une franche amitié qui elle, ne posera de problème certainement qu'à votre future épouse. » Elle glissa un sourire en coin. C'était une demi-promesse après tout.


Sa main se resserra contre ses doigts, qu'il caressait d'ailleurs d'un mouvement machinal du pouce, comme s'il ne s'en rendait plus compte. Hélas, enfin, elle semblait désormais inévitable la sortie du castel, même si icelle avait été par maintes fois esquivée par quelques couloirs et autres dédales du Castel. Devant le porche de la porte, l'attendait l'un de ses serviteurs tenant ses nombreuses pelisses. Il les enfila avec lenteur et s'assura qu'aucuns lacets ne le menaceraient de lui priver de quelques couches bien chaudes.
« J'appréhendais ce moment depuis notre séparation hier au soir et, avec raisons, j'espérais que ce dernier ne vienne ... » Louis s'approcha d'elle, lui saisit la main et déposa contre ses joues deux bises, profitant au passage pour lui murmurer : « Soyez aux aguets, vous pourriez recevoir du courrier au moment où vous vous en attendrez le moins. »
Elle sourit devant ce geste d'intimité.
« Faîtes bonne route Messire, si le temps semble plus clément depuis hier rien ne présage à ce que cela dure. Si vous souhaitez m'écrire, il vous faudra tous vos doigts... »
Il lui rendit ce sourire sans se faire prier, puis acquiesça silencieusement, pour ensuite descendre les marches qui donnaient à son canasson. Une fois en selle, il se retourna vers elle afin de lui envoyer solennellement :
« Je prierai, mon amie. Qu'à notre rencontre prochaine vous ne m'ayez point oublié. »
Elle lui répondit, à voix basse ne sachant s'il saurait lire sur ses lèvres - donc plus pour elle que pour lui :
« Alors ne vous faîtes point languir »


FIN

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Elle est bonne, sa sœur ? [ Alanya ]
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