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 Bella matribus detestata

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Constance de Malbuis
Humain
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Masculin
Nombre de messages : 9
Âge : 26
Date d'inscription : 26/12/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  28 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Bella matribus detestata   Sam 10 Juin 2017 - 15:31


Dixième année du onzième cycle
Première ennéade de Karfias - Hiver
Le troisième jour...


Dans le vent furieux de l’hiver, une coterie de chevaliers et de sergents à pied claquaient haut leurs étendards sur la route du bourg d'Erac. Le ciel était encore gris et monotone, et Constance, attendant au bord du chemin au côté de son fils Martial, scrutait la colonne d'hommes en armes. L'un d'eux, un homme solidement bâti au visage émacié et revêtu d'une broigne de cuir cloutée, aperçut Constance ; il s'éloigna un court moment du groupe, échangea avec elle quelques mots, puis rejoignit ses frères d'armes.

Le soir venu, Constance le retrouva attablé dans une auberge de la ville, un pichet de bière à la main. Si le destin n'avait point souri à Constance, il s'était montré tout aussi cruel avec l'aîné de ses frères, Enguerrand de Malbuis ; mais celui-ci n'en avait pas pour autant perdu son inaltérable optimisme. Elle s'en rendit compte alors qu'ils s'enlaçaient ; son frère était tout agité, le visage illuminé de bonne humeur. Elle en déduisit qu'il avait du nouveau à lui apprendre, ce qu'il ne tarda pas à lui confirmer.

« Je vais devenir riche, ma sœur. »

Constance demeura dubitative. Elle le connaissait assez pour se méfier de ses lubies ; ses grandes idées se révélaient parfois bien décevantes.

« De ce que j'ai vu, ça a sans doute un lien avec ton armure...
- C'est une broigne.
- Et avec ces hommes en armes que tu accompagnais tantôt.
- Un chevalier m'a pris à son service, Constance.
- C'est donc lui qui est riche, Enguerrand.
- Ce n'est qu'un début », répliqua Enguerrand, un brin irrité de la voir le remettre en cause. « Je n'ai que mes bras à offrir, tu le sais bien, et mon maître m'a armé et équipé. Je vais me battre ; je vais me battre et prouver ma valeur, et l'on me récompensera pour mes hauts faits. Après la guerre, je serais chevalier.
- Tu devrais déjà l'être. »

A vingt-sept ans, Enguerrand eut dû être adoubé depuis fort longtemps, en effet. Il n'était qu'un écuyer au moment de la bataille de Pont-Lamor, quand les partisans de Léandre avaient été vaincus par les troupes de l'Ivrey, et que les terres de nombre de chevaliers avaient été confisquées et redistribuées par le vainqueur. En tant qu'aîné de la fratrie, Enguerrand eut dû hériter des terres de leur père Valérian - tout comme Martial, le fils de Constance, eut dû hériter des terres de son époux Symmaque. Tous ces héritages avaient disparu, et il leur avait fallu vivre autrement. Constance se battait depuis lors pour son fils, cherchant pour lui un protecteur ; pendant ce temps, Enguerrand avait mené une vie de débauche, s'était mêlé à la pègre, au jeu, ayant trop cultivé l'oisiveté pour envisager de travailler. Il était pauvre ; si bien qu'aujourd'hui, entrer au service d'un chevalier était, en effet, la meilleure chose qu'il puisse espérer.

« Notre ancienne vie est derrière nous maintenant, Constance. J'ai changé, crois-moi ; j'ai passé trop de temps à me lamenter sur ce que nous avons perdu.
- Et tu pars guerroyer.
- Oui, en effet. Le duc nous appelle à l'ost. Au printemps, nous allons combattre pour la couronne, ma soeur. Contre tous ces maudits rebelles. »

Constance haussa un sourcil, interloquée.

« La couronne, dis-tu ? Celui qu'ils appellent roi n'est autre que le fils de l'Ivrey. Enguerrand ! As-tu donc tout oublié ? Ne vois-tu pas que Renaud d'Erac combat pour notre ennemi ?
- Notre ennemi, c'est l'ennemi de notre duc », répliqua Enguerrand d'un ton buté. « Et je tuerais tous ses ennemis, et il me donnera des terres en échange ; ainsi vont les choses.
- C'est l'Ivrey qui nous a confisqué nos terres ! » s'écria Constance, furieuse, attirant du même coup l'attention des clients sur eux. « Sans l'Ivrey, tu posséderais les villages, les manoirs et les chevaux de notre père ; et mon fils posséderait les villages, les manoirs et les chevaux de mon époux. L'Ivrey nous a tout pris, comment peux-tu ne pas le voir ? Comment peux-tu être aussi aveugle ?
- Constance, Constance, ma chère Constance... c'est toi qui t'aveugle, si tu penses un seul instant que nous récupérerons nos biens. Les villages de notre père, j'en ai fait mon deuil. Cette guerre qui vient, c'est ma chance. Si je me montre brave, je ne doute pas que mon seigneur m'accorde un nouveau fief. Il y aura beaucoup de terres à prendre, lorsque nous en aurons chassé les Velteriens.
- Si vous gagnez.
- Nous gagnerons.
- C'est la ruine du royaume si vous gagnez, Enguerrand. Qu'est-il, sinon une marionnette du sud, cet enfant qu'on tente de nous faire passer pour un vrai Fiiram ? Son sang royal est trop dilué par la bâtardise. Les Fiiram ne sont plus, mais vous êtes trop aveugles pour le voir.
- Il n'y a pas d'autre roi, ma soeur.
- Il y avait Harold, répliqua-t-elle tristement.
- Harold nous a menti à tous, Constance. »

Constance hocha négativement la tête. Cela ne l'étonnait guère qu'Enguerrand ait gobé ce qu'on racontait au sujet d'Harold ; la cabale qu'avaient organisé contre lui tous ses ennemis avait bien fonctionné auprès des simples d'esprit, qui ne demandaient qu'à le croire coupable. Une haute-prêtresse y avait laissé des plumes ; une autre avait pris sa place, grâce à l'appui de tous ceux qui avaient eu un intérêt à faire tomber le duc d'Erac.

« Ne vois-tu pas comme cet hiver est froid, Enguerrand ?
- C'est le propre de l'hiver, ma chère. Il fait froid.
- Ne sois pas idiot. Cet hiver n'est pas comme les autres. On dit qu'il gèle jusque dans le sud du royaume, et que des blizzards hurlants dévastent les villages dans le nord. Je suis souvent sur les routes, mon frère ; crois-moi quand je te dis que je n'ai jamais rien vu de pareil. Il neige, il neige, à chaque heure du jour et de la nuit, et les routes entières en sont recouvertes. Le froid nous prendra tous, si nous persistons à ne pas voir ce qu'il signifie.
- Et que signifie-t-il ?
- Les Cinq nous envoient un message. Ils sont mécontents, Enguerrand. Mécontents des affronts que leur ont fait les hommes. Néera a désigné Harold, que cela te plaise ou non. Elle l'a désigné, qu'importe que la haute-prêtresse, Lucillia d'Erac, ait été diffamée par un clergé corrompu. La Ligue a trahi Harold ; Nimmio de Velteroc par jalousie, Niklaus d'Altenberg par faiblesse. Ils se sont débarrassés de lui, et maintenant, il n'est plus, et son frère nous appelle à soutenir un enfant-roi dont les dieux ne veulent pas. Voilà pourquoi les dieux nous envoient l'hiver. »

Enguerrand s'apprêtait à répliquer, mais il resta silencieux, la bouche ouverte ; les propos de sa soeur semblaient avoir instillé le doute dans son esprit. Ne sachant comment répondre, il finit par hausser les épaules :

« Bah, peut-être. Que peut-on y faire, Constance ? Je ne suis qu'un homme. Harold est mort, désormais ; et même s'il était monté sur le trône, crois-tu qu'il nous aurait rendu nos terres ? J'en doute. Tout ce que je peux faire, à présent, c'est soutenir Renaud et espérer que cela me réussisse. Tu devrais me confier Martial ; il a besoin de s'endurcir, et je pourrais garder un oeil sur lui, s'il venait avec nous.
- Non », répliqua Constance d'un ton qui ne souffrait aucune discussion. « Non, je ne veux pas. »

Elle savait que son refus n'était pas rationnel, mais elle n'y pouvait rien. Elle répugnait à le voir s'éloigner d'elle, tout en sachant que son fils bouillonnait de cette rage de vivre adolescente, qu'il avait le sang chaud, et qu'il manquait d'une présence masculine apte à canaliser ses nerfs. Mais elle préférait lui trouver un protecteur digne de confiance, qu'il puisse servir en temps de paix, non à la guerre. L'idée qu'il soit tué sur le champ de bataille lui serait par trop insupportable, et elle connaissait assez son butor de fils pour savoir qu'il prendrait tous les risques, novice qu'il était.

Enguerrand devina sans doute ce qui la tracassait tant, puisque, prenant sa main dans la sienne, il lança d'un ton apaisant :

« Il serait plus en sécurité entouré de chevaliers et d'hommes en armes qui le verraient comme leur frère. Toi-même, Constance, tu devrais cesser de courir les routes. L'hiver est rude, tu le sais, mais les routes également ; le pays n'est pas sûr. Le mois dernier, nous traquions encore les bandits, mais le duc a décidé que cela n'était plus une priorité. Il veut que les hommes aptes à se battre se rassemblent aux frontières plutôt que de les employer à protéger les routes. Crois-moi, rejoindre l'ost est bien plus sûr que d'arpenter les chemins en solitaire... »

A la table voisine, un homme aux allures de vétéran, qui n'avait visiblement rien de mieux à faire qu'épier leur conversation, s'empressa d'acquiescer.

« Il dit vrai, madame. Le duc concentre ses forces pour la guerre, croyant que l'hiver cantonnera les malandrins à l'abri dans leurs forêts. Mais il y a pire : à l'heure qu'il est, ses agents vident les réserves de blé dans les campagnes pour les stocker en ville. Dans deux ennéades tout au plus, les villages isolés se contenteront de leurs maigres réserves, si tant est qu'ils arrivent à les défendre des bandes armées. Si une famine venait à éclater, je vous conseille d'être à l'abri : les gens deviennent fous quand ils ont faim.
- Le duché ne mourra pas de faim, répliqua Constance. Quand Erac manque de grain, les guildes en achètent.
- Et à qui, madame ? » s'amusa le vétéran. « Velteroc et Hautval ? C'est fini, désormais, nous sommes à couteaux tirés avec eux. Toutes les marchandises qui passent la frontière entre Erac et ces deux pays risquent d'être saisies, d'où qu'elles viennent d'ailleurs. Il n'y a guère que Sainte-Berthilde, en fait, et il paraît qu'ils ont du grain, oui ; mais de toute manière, avec ce temps, les routes sont quasiment impraticables. Ça facilite le boulot pour Velteroc et Hautval, d'ailleurs : pas difficile de repérer une charrette embourbée en ce moment. Que voulez-vous, la bouffe, ça circule mal en terrain accidenté. »

Constance hocha nerveusement la tête, inquiète. L'homme avait raison ; tout au long de l'année, elle allait et venait entre les nobles maisons eraciennes qui, à tour de rôle, lui offraient le gîte, mais elle ne pouvait jamais abuser longtemps de leur hospitalité, si bien qu'elle était perpétuellement en route. Cet hiver, elle n'irait nulle part. Elle allait devoir rester à Erac. Louer une chambrée, et si ses maigres économies ne lui assuraient pas le gîte et le couvert, elle risquait fort de devoir travailler. L'idée même lui était insupportable ; certes, si Martial partait à l'ost, cela lui ferait une bouche en moins à nourrir - et une bouche sacrément gourmande. Pourtant, elle persistait à vouloir le garder auprès d'elle. Elle était intimement persuadée que la guerre qui s'annonçait n'était pas une opportunité à saisir pour son fils, et que Martial avait tout intérêt à rester loin de ce conflit qui n'honorait ni le royaume, ni la DameDieu.

« Martial et moi demeurerons à Erac. Je trouverais bien à nous loger en ville. »
Enguerrand ouvrit des yeux ébahis.
« Toi, tu séjournerais un mois durant dans une vulgaire auberge ? Je n'ose l'imaginer. Bon courage avec le fiston ; il t'en fera voir de toutes les couleurs, je gage. Quand il nous verra partir aux frontières avec le duc, il fera tout pour te fausser compagnie et nous rejoindre. Garde-le à l’œil, tant que tu le peux... »
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