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 Le Gambit de la Dame

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AuteurMessage
Judith d'Hardancour
Humain
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Féminin
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Date d'inscription : 15/03/2016

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
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MessageSujet: Le Gambit de la Dame   Lun 19 Juin 2017 - 14:46


1ère énnéade de Karfias, la nuit du départ à Merval.

Judith était une femme consciencieuse. Feuilletant prudemment l’ensemble des feuillets, des comptes et rapports qu’elle comptait présenter au comte Roderik ainsi qu’à ses aides, elle vérifia une dernière fois que ces derniers ne comportaient aucune incohérence. Un courant d’air glacé traversa la pièce. Ce n’était pas elle qui déposa une bûche dans le foyer, mais l’un des gardes à l’extérieur de la salle, mandé par force tintement de cloche. Silencieusement, un homme s’introduisit, posa quelques buches de plus dans le feu avant de sortir. Mais la froideur restait, aussi Judith décida de s’attaquer à la réelle cause.

Judith était une femme méthodique. Fixant l’étui noir de jais cerclé de ver, orné de l’îcone du cerf doré berthildois, la mise en scène n’était pour elle que peu significative. C’est le contenu, qui importait, et elle invita son espion et confident, à ouvrir l’étui. Il ne le fit pas, présentant l’objet d’intérêt directement dans la paume de sa main. L’examinant  pendant un bref instant, elle fixa l’homme en face d’elle.

« Après si longtemps, » murmura-t-elle…  « En êtes-vous seulement sûrs ? »

« Le travail de toute une carrière,»
avoua son interlocuteur, non sans une certaine fierté. «Les responsables ont été dûment identifiés, même s’ils étaient particulièrement prudents. Il semblerait qu’ils aient gardé l’objet en leur possession. »

« Il comptaient sans doute le revendre dans quelques années pour s’assurer une belle retraite, » supposa-t-elle. Mais alors qu’elle allait rentrer dans le vif du sujet, l’homme d'un certain âge la contredit.

« Non. Ils avaient reçu l’ordre de ne pas y toucher jusqu’au moment venu ? »

« Comment ça ? Qui aurait pu… »

Nuit laissa quelques instants à Judith pour digérer la nouvelle.

« Godfroy… Depuis tout ce temps, tu ne mentais pas… »

Judith était une femme curieuse. Elle voulait comprendre les motivations de chacun. Après tout, c’était une nécessité que d’avoir une longueur d’avance sur ses rivaux. Une bonne administration n’était bonne que par rapport aux autres, et il ne servait à rien d’être compétent si l’on ne reconnaissait pas les compétences des autres. Et si elle avait reconnu la compétence de  Cléophas pour garder l’ambigüité la plus totale sur ce sujet, elle avait sous-estimé celle de Godfroy. Personne n’avait gobé l’histoire des pêcheurs, pas même Roderik. Mais personne ne s’était douté qu’il y avait anguille sous roche.

Personne ne s’était demandé comment savait-il que ces pêcheurs avaient enterré l’enfant et subtilisé la bague de manière totalement impunie. C’était passé dans le vent de la discussion, comme ça.

« C’est donc pour cela que Godfroy voulait tant convoquer ce chancelier à Sainte-Berthilde. Mais que celui-ci n’était jamais venu. »

« Jusqu’à sa mort et au concile. »

« Il l'attendait de pied ferme, et le chancelier le savait. Fats que nous fûmes, de le laisser jouer sur le sens du devoir du comte arétan et notre désir de paix.»

Elle tourna la bague autour de son doigt, et tenta d’y introduire, non sans grande peine, son annulaire. Trop petit, même pour elle. L’émeraude, symbolisant discrètement les couleurs berthildoises et la culture thaarie de feu sa mère, Arsinoé. Si tout ce que disait Nuit était vrai, alors il ne faisait nul doute quant à l’origine de la bague.
Mais Judith était une femme cynique. Ce n’était pas avec une bague qu’elle comptait renverser le pouvoir royal ; elle n’en avait même pas l’intention.

« Godfroy devait avoir meilleure garantie que cela, non ? Il ne comptait sûrement pas révéler la supercherie avec l'aide d'un simple bibelot. »



« Bien sûr que non. Pour une telle mystification, Il ne nous en faudra pas moins de deux. Ouvrez donc l’étui, Madame. »



D’une main légèrement tremblante, elle posa sa main sur l’étui. La rouille avait atteint certaines des articulations de l’étui, qui s’ouvrit non sans grincer, laissant apparaître un objet tout aussi rouillé. Facture estréventine, ornée d’une émeraude, cerclée d’or.

« Par Celle qui tient mon âme de sa main gauche, est-ce... ? … Godfroy, après tout ce temps… »

L’orage claqua. Et de nouveau, un blizzard s’abattait sur eux, claquant et vidant ses nuages sur Cantharel et ses environs. Demain allait donc s’annoncer comme un bref sursis, pour peu que les vilains aient terminés de nettoyer le pont-levis de la neige qui allait l’alourdir. Judith avait tout préparé. L’itinéraire, les négociations et les discussions à venir. Tant de choses qui lui permettaient d’accomplir, à un terme incertain, son projet secret.
Elle rangea l’étui, remerciant silencieusement Nuit, faisant le vide dans son esprit tandis qu’elle contemplait la petite baguelette.

« Trystan, fit-elle en répétant, mot pour mot, les troublants derniers mots de Godfroy sur son lit de mort.
Tu nous a pris notre Marquisat. Nous te prendrons ton Royaume. »
Judith était une femme fidèle.
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