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 Le prix du sang [Kelbourg PV]

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Le prix du sang [Kelbourg PV]   Dim 16 Juil 2017 - 12:51



Que Kelbourg soit recouverte de neige ou non n'y changea rien au fait qu'elle resta la cité la plus lugubre du Berthildois. Bien que la vie y soit encore plus arrêtée qu'à l'état normal, nuls bruits ni nuls échos ne vinrent des halles où des rues habituellement piétonnes. Seuls quelques cliquetis en provenance de la haute-cour finirent par interrompre ce morne et sinistre silence. Là-bas, dans cette cour boueuse, s'entraînaient une vingtaine d'hommes en tenues d'entraînement. On ne lésinait guère sur les coups envoyés et la plupart finissaient le cul trempé dans la mêlasse. Attentif aux moindres faits et gestes, Thibaud les observait se battre comme s'il avait assisté à un combat de chiens. Sur son visage pourtant, nulle trace de joie où d'excitation. Plus que quiconque, le connétable savait que la guerre n'était plus très loin. La neige finirait par fondre et le manteau blanc serait remplacé par une longue étendue de verdure et de terre. Alors le ban serait levé et l'ost s'en irait guerroyer dans le médian pour commencer, puis plus au sud, là où l'ancienne province royale s'était élevée au rang de duché. Bientôt, se dit-il, ces hommes comprendront leur erreur et regretteront le jour même de leur naissance. Bientôt, une déferlante brutale et meurtrière en provenance du nord s'abattra sur les fiefs suderons. Il n'y aura alors plus aucune place à la pitié et l'honneur. Le nord se fera vengeur lorsque le médian cherchera la rédemption. Cela ne faisait aucun doute.

Il restait néanmoins moults détails à régler avant que la campagne ne soit lancée. Sinon quoi, le succès voulu allait se transformer en fiasco fumant digne de l'escapade berthildoise en pays ethernan. N'ayant nullement l'envie qu'une telle chose se produise, Thibaud avait ordonné les premiers préparatifs dans l'Argonnois. Chaque homme faisant partie de la milice savait désormais ce qu'il adviendrait de lui dès le printemps. Les nobles, eux, avaient encore l'hiver pour s'armer et se préparer à la bataille. Ce pourquoi il y avait eu des allées et venues incessantes depuis les dernières énnéades et non pas que de l'Argonne mais bien du berthildois tout entier. A sa demande, les renseignements concernant les fiefs voisins étaient parvenus. Non sans mal l'évidence. La plupart ayant rechigné à fournir de tels chiffres à l'un des seigneurs le plus imprévisible du pays. L’estampille de connétable joua pourtant fortement au succès de sa mission ordonnée par le régent en personne. Il sut ainsi de combien d'hommes seraient composés l'ost de berthilde et ce qu'il en résulterait en terme logistique.

Thibaud savait une chose que de nombreux seigneurs préféraient ignorer où déléguer. Le succès d'une campagne ne reposait non pas sur une seule bataille où une seule prise de guerre. Certainement pas. La campagne serait longue et fastidieuse et nécessiterait une intendance capable d'approvisionner plus de dix mille hommes. Ne point penser à une telle chose causerait la perte inéluctable d'une pareille entreprise. Alors bien sûr, les terres, les cultures, les villages et les grands domaines seraient pillés pour alimenter les intestins. Qu'adviendrait-il seulement si les terres parcourues étaient incendiées ou même pis, les récoltes et l'eau empoisonnées ?

Cela ne saurait se produire sans qu'une solution y soit apportée. Thibaud y avait veillé et n'escomptait point se reposer sur le hasard pour partir en guerre. L'idée était simple : Point de percée éclair sans possibilité d'établir une ligne d'approvisionnement. Il y aurait bien quelques troupes mobiles parcourant les terres pour semer le chaos, mais celles-ci ne seraient guère assez nombreuses pour devoir compter uniquement sur l'intendance.

-Pardonne moi de t'interrompre en pleine réflexion mon frère mais le seigneur de Laraus est arrivé.

Thibaud jeta un regard froid à celui qui avait mit fin à ses pensées. Ce qui n'empêcha aucunement Henri de garder une étonnante et troublante bonne humeur.

-Fais-le venir dans mes bureaux, ordonna-t-il. Qu'as tu pour me regarder de la sorte, Henri ? Te gausses-tu de ma trogne ?

-Nenni, mon frère ! Tu devrais néanmoins te rafraîchir le visage avant de te montrer à tous.

-Qu'ai-je donc pour devoir subir de telles avanies ? S'enquit-il violemment.

-Il ne fait point bon de s'endormir sur un encrier, Thibaud, surtout lorsqu'on a la responsabilité de mener plusieurs milliers d'hommes à la bataille, lâcha Henri en ne pouvant se retenir de rire.

Thibaud se garda d'une belle et bonne humiliation en retrouvant le corps de logis non pas sans haïr un tant soit peu son frère. Après s'être nettoyé la bobine et frotté l'encre séchée du mieux possible, il regagna ses appartements où devait déjà l'attendre le seigneur Vosker. En entrant, il le vit bel et bien. Le Laraussien l'attendait assit confortablement au fond d'un fauteuil non loin de la grande cheminée. Toujours la même tête, toujours la même allure. Kerthan Vosker avait plus du reître que du noble berthildois. L'on eut dit à chaque rencontre que l'homme s'en était revenu d'un bordel où d'une vulgaire taverne. Il était un homme de peu d'aloi, certes, mais qui détenait pourtant un savoir faire indispensable à l'art de la guerre.

-Heureux de vous revoir messire de Kelbourg !

Sans mot dire, Thibaud vint s'asseoir non loin après lui avoir serré la main succinctement. Il régnait dans cette salle un froid de canard suffisamment éprouvant pour recracher de la buée à chaque expiration. Les flammes, bien que grandes, n'y suffirent pas à ramener une douce chaleur évitant le claquage de dents. Messire Vosker tâchait de garder un air normal sans montrer qu'il se les caillait. Cela l'amusa un bref instant avant qu'il ne débute les hostilités.

-Un plaisir de vous revoir chez moi, nous vous avons préparé une chambre pour la nuit si vous le souhaitez.

Vosker eut le plus grand mal du monde à cacher sa peine.

-C'est fort aimable de votre part.

-Trêve de commérages, voulez-vous, il nous faut parler de certains points avant que l'hiver nous quitte. Après il sera trop tard.

-Toujours à comploter Kelbourg ? J'ai pourtant cru comprendre que vous vous étiez entiché de jeune faon. Serait-il plus à votre goût que ne l'était son père ? S'esclaffa Kerthan. Un titre de connétable après le coup que nous lui avons fait. Soit c'est un imbécile, soit vous avez bien joué votre comédie lors du concile, ponctua le sire de Laraus.

-Fermez là donc avant de dire des âneries, Vosker. Le petit faon redoutait un soulèvement de ses nobles. Il m'a offert le titre pour que je cesse de lui mettre des bâtons dans les roues et que je prenne le sens du vent.

-C'est ce que j'ai cru voir lors du dernier conseil lorsque vous demandiez l'emprisonnement et la mort de son grand père. Pas de doute là dessus, vous avez pris le bon sens, rajouta Vosker en ne cessant d'exprimer une certaine jubilation qui avait le don de l'irriter.

-L'expédition ethernienne n'était point de mon fait, vous le savez parfaitement. A la place de l'hardancour et si j'avais voulu récupérer cette maudite contrée, je me serai contenté d'approvisionner en vivres et en armes les rebelles, et ce pour qu'Etherna implose d'elle même sans que l'on eut besoin de plonger entièrement dans une bassine de merde.

-Une guerre longue, des innocents morts par milliers, un dénouement invisible, je reconnais bien votre patte, Kelbourg.

-Quel est le problème ? Etherna était condamné de toute manière. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que le marquis de Berdevin ne comprenne que ses vassaux lui chiaient sur les chausses depuis trop longtemps. J'aurai probablement fait de même que ce blondinet arrogant.

-Heureusement que ce n'était point vous alors, émit Vosker sans masquer son sarcasme. Une autre guerre nous attend maintenant et j'imagine que vous avez déjà votre petite idée de son déroulé n'est-ce pas ?

-C'est la raison pour laquelle je vous ai mandé.

-A quel sinistre complot voulez vous me lier maintenant ?

Il eut le plus grand mal à masquer son agacement. Cette buse de Laraus commençait à lui taper sur les nerfs. Son arrogance et ses sarcasmes n'arrivaient qu'à le provoquer un peu plus. La patience et la diplomatie n'étaient clairement point sa tasse de thé.

-Ce n'est non pas d'un complot mais de stratégie dont je voulais vous parler.

-Fort bien, je m'y connais aussi.

-Un conseil de guerre doit avoir lieu à la fin du mois. Il rassemblera tous les grands seigneurs qui participeront à l'effort.

-M'invitez-vous à vous...

-Je n'y serai pas, coupa-t-il. Louis ira seul pour faire entendre sa voix. Quant à moi, je resterai à Cantharel afin de préparer la campagne en attendant les premières mesures. Mais il faudrait être sot pour ne pas pouvoir prédire quel sera notre premier lieu de pèlerinage. Le berthildois aura pour mission première de marcher sur Hautval afin d'y déloger la grognasse et ses chiards. Les vôtres seront sûrement réquisitionnés afin d'y installer le siège.

-C'est probable oui.

-Néanmoins, Hautval aura eu tout le temps de prévoir sa défense. En plus de jouir d'une excellente position stratégique, nous ne pourrons prendre la ville qu'en un mois dans les meilleurs délais et sans facteurs extérieurs. Autant dire que nous risquons de casser notre élan après seulement deux ennéades de marche alors qu'il nous faudra venir à bout des Velteriens, Christabellois et Esteriens avant de pouvoir marcher sur la capitale.

-Les guerres de siège sont toujours longues et fastidieuses de toute façon. Ce n'est point vous qui allez révolutionner l'art de la poliorcétique je le crains.

-Je ne puis avoir une telle prétention, c'est certain. Je puis néamoins avoir un peu de jugeote et une once de pragmatisme.

-Vous avez toute mon attention, messire Thibaud.

-Inutile de prendre Hautval, ni même Velteroc ou les autres. Nous n'aurons pas à risquer le moindre assaut contre les murailles puisque nous resterons sagement à l'extérieur derrière plusieurs enceintes de barricades. Non, point d'assaut, seulement une destruction totale et entière des cités après avoir fait chanter vos précieux trébuchets et autres joyeusetés.

-Pensez-vous un seul instant que le régent vous laissera détruire des cités de fonds en combles en exterminant les populations réfugiées à l'intérieur ? Il m'a semblé voir en ce jeune homme un certain honneur tout de même.

-Pour la population justement, je pense que nous pourrions utiliser les épidémies pour en venir à bout...

-Je vous savais dérangé, messire Thibaud, mais nous parlons là de centaines de milliers de vies ! L'arrêta Kerthan.

-Je ne laisse guère de place à la pitié. Ces hommes et femmes se sont tous rendus coupables de félonie en soutenant leurs suzerains respectifs.

-C'est pure folie ! Lança Vosker. L'on ne vous surnommera plus l'empaleur mais le fol si vous parvenez à vos fins.

-Le médian et la ligue doivent payer le prix du sang et le nord doit se montrer digne d'accomplir cette dette. Quant à mon surnom, je n'en ai que foutre que l'on me nomme le boucher ou le bourreau. Alors un peu de couilles, voulez-vous. N'allez donc pas devenir comme ces pleurnichards du sud qui pensent que la guerre se règle à coup de reîtres et de sodomites en harnois. Je parle là d'économiser nos hommes et de mener une campagne rapide et propre.

-Nous n'avons pas la même conception de la propreté, répondit-il après un bref moment de réflexion. Je dois néanmoins avouer que nous économiserions bien des vies de notre côté en se limitant à la destruction.

-Faire table rase du passé pour reconstruire sur des bases saines. Tout simplement.

-Laissez moi juste le temps à la digestion et je verrais comment m'organiser.

-Fort bien, nous parlerons demain de votre union avec ma fille.
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