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 Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Jeu 10 Aoû - 5:22




Jour 8 de la 9ième ennéade de Vérimios
An 10 de ce cycle



Au cœur du Berthildois bourdonnait une joie de vivre que certains n’arrivèrent totalement à saisir la cause. La roture eut son lot de malheurs durant le long hiver, ça, personne ne pouvait le nier. Tous essuyèrent tempêtes après tempêtes, pelletèrent à s’en faire pousser des cloches sur les mains, bûchèrent à en rompre l’acier de leur hache et endurèrent un nombre aberrant d’ennéade de vache maigre! Alors, peut-être furent-ils guillerets au simple constat qu’il n’avait ni neigé, ni venté depuis trois journées entières ? Tous profitèrent du beau temps comme d’une drache passagère et spontanée lors des temps de sécheresse! Frais, ça, oui, toujours! Mais au moins, la froideur avait-elle l’avantage de ne pas être honnie, puisque les vents semblaient favorables et que, de surcroît, le soleil plombait. Enfants comme adolescents prirent tôt aux matines les jambes à leur cou et dévalèrent la citée jusqu’à trouver endroits propices à la glisse, à la construction de forts et aux envolées de balles de neige. Quant aux adultes, évidemment, ils n’eurent autre choix que de continuer à gagner leur vie, bien qu’en ces trois jours d’agrément, certains s’octroyèrent de changer de métier, passant d’un métier quelconque à marchant. Le troc revint à la mode et nombres y trouvèrent leur compte, échangeant pain et grain contre de douillets vêtements, par exemple. Oui, Cantharel vivait une effervescence telle que l’ombre d’un moment, on arriva presque à en oublier que le long hiver n’était pas ponctué de la sorte par hasard ; loin était encore le moment où on en verrait son dénouement.

Au castel, ce fût presque semblable : à toute chose près que les gens ne crevaient pas de faim, ni plus qu’ils devaient se débattre pour sortir de chez eux, une fois le soleil levé. Là, plutôt que de s’adonner au troc ou aux gamineries, certains entraînements furent à l’extérieur, les petons bien enlisés dans la merdasse immaculée. Ou encore, femmes comme autres bourgeois visitaient quelques coins du passé, oubliés depuis la tombée des premiers flocons ; jardins, sentiers éloignés et autres endroits condamné sous la pesanteur des collines laiteuses. Pour l’unique fois depuis l’arrivée de cette triste saison, l’enceinte du castel semblait se vider de ses gens, le babil incessant s’amenuisait, le charivari des servants et autres obligés faisait preuve de discrétion, tandis que même aux endroits les plus prisés, on aurait pu y voir voler une mouche! Voilà l’hiver auquel le commun du Berthildois était habitué de subir, une température qui ne frôlait guère le ridicule, comparé à la mascarade qu’ils subirent depuis les premiers instants de Vérimios.

Au soir du troisième jour d’allégresse, Louis ordonna que se passe au château un sobre bal, afin que la bourgeoisie puisse célébrer ensemble la miséricorde dont la Damedieu leur accorda. Dans la grand salle, décoration hivernales furent disposées et mises de l’avant afin de rappeler que le printemps sommeillait toujours, en l’attente des fontes. Flocons géants, banderoles immaculées, lustres argentés et autres fioritures agencées au thème, tout sembla paré à l’accueil des convives. Ce ne fût que plus tard, alors que tous commencèrent d’ores et déjà à deviser sur tout et rien, qu’un crieur quémanda le silence afin de faire l’annonce de l’arrivée du Régent.

« Seigneur et Prieur de Saint-Aimé, Seigneur de la Toranne et d’Érignac, Louis de Saint-Aimé, votre Régent! » Alors le jeune Saint-Aimé fit son entrée, non sans être acclamé et enterré sous les applaudissements des riches convives. Armé de son fidèle sourire avenant, le cerf salua à son passage quelques bonnes connaissances, de même que de ses amis les plus chers. Au passage, il attrapa la main d’une jouvencelle qui lui barra le chemin, tant elle cherchait à se faire remarquer. Oh, comme il eut désiré la chasser sèchement! D’une claque sur le pif il l’aurait envoyé valser, qu’elle aille chialer à son père la joue bien rosie, au moins aurait-il connaissance de son manque éducationnel!

Il n’en fit pourtant rien. Plutôt, il lui cueilli la main, courba le rachis puis épousa l’extrémité de sa menotte à ses lèvres, afin de lui déposer un candide baisé. Chose faite, il ne se débarrassa de cette main qu’une fois qu’il l’avait guidée hors de son chemin, afin qu’il puisse atteindre son trône, là où il pourrait observer de haut les danses à venir.

Le tout aurait été parfait, si seulement sa sœur pouvait lui faire le bonheur d’arriver avant la fin …




Dernière édition par Louis de Saint-Aimé le Mer 23 Aoû - 11:35, édité 2 fois
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Jeu 10 Aoû - 21:47


Enfin un peu de calme. Ou plutôt, avait-on déplacé l’agitation. Mais elle s’entendait de nouveau vivre au sein du château et cela lui faisait un bien fou. Mieux, elle était en joie ! De voir tout ce monde sortir pour profiter des rayons de soleil, ce qu’elle même ferait sans doute un petit moment, ne pouvait plus la ravir. Elle s’était d’ailleurs habillée de telle sorte qu’il n’était pas possible de manquer son enthousiasme. Surtout après le décès douloureux de son père, son deuil qui n’avait semblé pas finir et l’hiver glacial et terne qui s’était installé par la suite. Elle n’avait revêtu que du noir ou du brun, parfois rehaussé de quelques broderies rouges ou bleues, d’une couleur jamais trop vive. Elle aimait perdre son esprit dans la neige, le laisser glisser sur les étendues immaculée et s’envoler avec les flocons qui semblaient danser. Seulement, elle était aussi lassée du froid constant, d’être cantonnée au château avec tous ses habitants parce que l’extérieur était impraticable et elle se languissait de l’arrivée du printemps.

Mais pour cette journée et celles qui les avait précédées, elle avait passé une robe verte, puis une bleue foncée, puis aujourd’hui une carmin. C’était une de ses préférées, qu’elle ne mettait qu’en automne ou en hiver généralement. La couleur se prêtait peu aux saisons chaudes et aux centaines de fleurs qui venaient alors d’éclore. Elle avait demandé à ce qu’on remonte ses longs cheveux en un chignon travaillé et elle avait laissé quelques mèches s’en échapper pour encadrer son fin visage. Eléonore s’était longuement regardé dans le miroir, jaugeant son décolleté, son cou finement dessiné, ses lèvres dont elle avait encore rosie la couleur, son nez délicat, jusqu’à ses yeux profondément bleu. Elle était belle, elle le savait. Ses traits étaient fins, comme si on avait passé des heures à les façonner pour les rendre toujours plus harmonieux, plus élégants. Elle se réjouissait de n’avoir pas hérité de la carrure de son père. Quand elle avait jugé que plus aucune poudre ni que plus aucun bijou ne manquait à sa tenue, elle était sortie avec le sourire aux lèvres et avait salué les quelques personnes qui restaient encore dans les couloirs. Elle appréciait grandement le vide et le calme, tous relatifs, et elle s’était mise en tête de trouver son mestre pour un débat théologique qu’elle désirait depuis le lever.

Elle avait fini par le trouver dans son office et elle l’en avait tiré, sans aucun mal, pour l’emmener dans un coin de la bibliothèque qui était particulièrement lumineux aujourd’hui. Son mestre l’adorait, il la connaissait depuis quelques années maintenant, sans doute sept ou huit elle ne se souvenait plus du début de son enseignement avec lui, et à mesure qu’elle grandissait, il lui cédait de plus en plus de choses. Peu importait ce qu’il faisait alors dans son bureau, elle voulait quelque chose de plus important. Elle était plus importante. S’il avait fait semblant de grommeler, de ne pas être heureux de la voir ainsi débarquer, elle savait qu’il n’en était rien et elle le dérida en quelques petits traits d’humour. Alors qu’elle venait d’en finir avec son mestre et, bien entendu, qu’elle restait complètement pensive, elle se rappela qu’aujourd’hui, Louis avait organisé un bal.

Retournant aussi vite qu’elle le put dans ses appartements, elle appela ses servantes pour réarranger sa tenue. Ses cheveux étaient à refaire, plus de bijoux et plus de finesse, elle voulait qu’on lui trouve plus élégants collier et bracelets, qu’on lui remette au cou et aux poignets une touche de parfums, tandis qu’elle repassait de la poudre et de la couleur sur son visage. Elle n’autorisait personne à le faire parce qu’elle le faisait mieux que personne. Sans doute aussi parce qu’elle adorait le faire. Elle ne changea pas sa robe mais il fallut lui mettre un autre jupon, le noir était trop terne et elle préférait adoucir sa tenue avec un vieux rose. Il relevait ainsi les couleurs de son visage et ne le fondait plus dans sa chevelure de jais. Pour tout dire, elle était rayonnante. Comme à son habitude, elle aimait qu’on la voit, qu’on la remarque et qu’on s’émerveille de sa beauté. Elle aimait voir dans les yeux de son frère la fierté qu’il avait à la présenter à tous, même s’ils la connaissaient déjà, et elle savait qu’il la suivrait des yeux tout au long des festivités. Autant qu’elle soit agréable à regarder !

Quand elle arriva enfin dans la grande salle, le bal allait déjà de bon train. Elle jeta un rapide coup d’oeil à la décoration en se disant intérieurement qu’elle aurait pu faire mieux mais que ce n’était pas non plus désastreux. Restant un instant en retrait, elle observa d’abord les convives, essayant de remettre un nom sur les visages. Certains vinrent très rapidement, tandis que d’autres restaient complètement flous. Les connaissait-elle même ? Elle n’aurait su dire. Mais une fois qu’elle eut terminé son repérage, elle se dirigea vers Louis qui venait de lui sourire. Lui donnant une légère révérence en pliant les genoux, elle lui sourit avec joie.

 - Seigneur de Saint-Aimé, mon régent. J’espère que je n’arrive pas trop tard, il m’était complètement sorti de la tête que le bal devait avoir lieu ce soir. J’espère être assez apprêtée, je me suis dépêchée pour venir au plus tôt.

Elle savait pertinemment qu’elle était assez apprêtée. Elle s’était regardée dans le miroir sous toutes les coutures jusqu’à ce qu’elle soit certaine que tout était parfait. Eléonore ne serait pas sortie sans cela et Louis le savait. Mais il y avait dans ses mots une certaine ironie, parce qu’elle savait qu’ils feraient sourire son frère. Et ce soir, comme tous les autres, elle voulait le rendre joyeux. Convives ou non, elle arrivait toujours à ses fins.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Ven 11 Aoû - 13:12


La candeur de ce repos en plein milieu de l'hiver, Aurel n'y goûta pas. Ou plutôt, il ne se trouvait pas dans l'état d'esprit qui convenait pour pouvoir en jouir pleinement. Tandis que tous quittaient les murs de Cantharel pour profiter des jardins, son père insistait lourdement pour qu'il rende son insigne et qu'il reprenne sa place de noble aussi rapidement que possible. Pourtant, Richard ne prévoyait pas de rentrer à Lantenes avant encore quelques jours. Le moment venu, il forcerait son fils à cheminer avec lui mais avant cela il souhaitait l'entretenir au plus tôt de la situation actuelle de son domaine et des accords qui étaient en cours ou à venir. Sans oublier les négociations pour faire de lui un Baron...
Aurel n'avait pas eu d'autre choix que de finir par céder après quelques jours. Ses obligations en tant qu'Egide n'étaient pas compatibles avec son nouveau statut de Seigneur, puisque son paternel l'avait déjà nommé. Il avait donc replié ses affaires et libéré son lit et sa malle dans le dortoir de Cantharel. Il avait salué ses frères d'armes ainsi que ses supérieurs, visiblement aussi réjouis que lui de le voir partir. La seule différence pour lui était qu'il était en colère, victime d'un complot fomenté dans son dos ainsi que d'un odieux chantage. Cette colère, il l'avait en partie évacuée lors de ses entraînements quotidiens. Depuis son entretien avec Richard, il n'avait pas croisé Eléonore, ce qui avait permis de ne pas réalimenter les braises qui ne parvenaient pas à s'éteindre. Sans doute les choses iraient mieux lorsque ce serait fait et que Sybille ne risquerait plus rien. Tout du moins, c'était ce qu'il espérait.

Malheureusement, son calme tout juste retrouvé allait être mis à l'épreuve. Le jour-même de sa démission, Louis donnait un bal et avait invité son ancien Egide à y prendre part. Une façon de le lancer dans le monde politique maintenant que l'on faisait tant de projets pour lui ? Il espérait que cela se cantonne à ça. Toujours était-il qu'il n'avait pas vraiment la possibilité de refuser et son père avait pris grand soin de le lui faire ce rappel inutile. En plus de l'invitation ouverte à tous, il avait reçu une invitation à son nom. Le Régent tenait donc réellement à sa présence et il ne pouvait se dérober. Que ce soit par respect ou obéissance à son Seigneur ou pour des raisons politiques -Louis devant défendre sa cause auprès du Roi-, il se devait d'y assister.

-Tu te souviens de tes cours de danse j'espère ?
-Si j'étais réputé pour ma maladresse, ça se saurait. Avait-il sèchement répondu, faisant allusion à ses compétences martiales avant toute chose.

Rompu à l'entraînement, il maîtrisait parfaitement son corps. Cependant, il n'avait pas dansé depuis des lustres et il espérait pouvoir y échapper encore aujourd'hui. Son père pensa à voix haute qu'il aurait besoin de petites séances de rattrapage avant le mariage. Aurel ne dit rien, se contentant de soupirer. Son aïeul était bien plus penché sur ce mariage que lui. Mariage pour l'heure toujours hypothétique car encore fallait-il qu'il devienne Baron...
La soirée était déjà entamée lorsqu'il se fit violence pour enfiler la tenue que son père lui avait fait préparer et laissé sur un valet de chambre. Richard savait pertinemment qu'Aurel n'avait que peu de vêtements civils et qu'il ne prendrait pas plus que ça soin de son apparence. Aussi avait-il pris la liberté de lui choisir ses vêtements pour le bal. Il s'agissait d'un costume sombre plutôt élégant et brodé d'argent sur les extrémités de la veste. Une tenue somme toute plutôt sobre et signe de son statut actuel. Il ne fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué... Au moins, il n'avait pas pris quelque chose de trop voyant ou criard que son fils aurait aussitôt troqué contre ses frusques habituelles. Il s'habilla rapidement puis quitta la chambre qui lui avait été attribué en tant que Seigneur invité de Sainte-Berthilde pour rejoindre la salle de bal.

Les festivités avaient commencées et battaient leur plein. On s'activait ardemment sur la piste de danse tant dit que la pièce était emplie de musique, de voix qui jacassent et de rires exagérés. La soirée promettait déjà d'être longue... A peine était-il apparu sur le pas de la porte que son père fusa vers lui (enfin, à la vitesse maximale de ses jambes usées) et l'aborda.

-Te voilà enfin !
-Je suis obligé d'être présent, pas d'être parmi les premiers arrivés. Répondit-il sur un ton sarcastique.

Richard l'aurait bien rabroué verbalement pour son insolence mais ce n'était ni le lieu, ni le moment. Au moins, ils avaient encore quelques heures devant eux et Aurel ne ferait pas seulement acte de présence. Tout du moins ne lâcherait-il pas son fils afin de s'en assurer. Il toisa le jeune homme une seconde. Les habitudes militaires avaient la vie dure et le port de sa tenue était impeccable. Pas un faux pli, pas un bout de tissu qui dépasse, pas un fil indiscipliné. De ce point de vue, il était parfait. En revanche, il grimaça en montrant du doigt le fourreau accroché à sa ceinture.

-Tu étais vraiment obligé ?
-Je ne me sépare jamais de mon épée.
-Tu n'es plus Egide.
-Je reste un soldat, quelque soit le titre que je porte.
-Hmrf. Lâcha Richard.

Décidément, il y avait certaines choses qu'il n'aurait pas le temps de changer avant que l'inévitable ne se produise pour lui. Au moins, il était là.

-Vas saluer Louis.

Aurel regarda dans la direction du trône. Bon nombre de nobles se pressaient encore pour lui présenter ses hommages. En revanche, le siège à côté de lui se trouvait vide. Eléonore n'était pas encore arrivée.
Le jeune Seigneur détourna le regard vers le reste de la salle, observant les personnes présentes mais sans chercher quelqu'un en particulier.

-Il me fera appeler bien assez tôt, j'en suis sûr. Répondit-il, sûr de lui.

Il devait y avoir une bonne raison pour que Louis l'ait invité directement. Il s'agissait soit d'Olyssea, soit d'Eléonore, si ce n'était pas les deux. Dans tous les cas, il saurait lui faire savoir quand il aurait besoin de lui et il était hors de question qu'il aille s'aplatir devant lui comme tous ces lèches-bottes. Il ne voyait pas cela comme un manque d'un respect dont il ne manquait pas envers son Seigneur, mais plutôt comme une preuve d'intégrité. En attendant, il pouvait vaquer à ses occupations. Richard ne semblait pas d'accord mais n'objecta pas. Le Régent était suffisamment occupé pour le moment de toute manière et il garderait un œil sur lui pour aller s'incliner lorsqu'il serait disponible.
Mais puisque son fils était là...

-Viens. Il y a un certain nombre de personnes que tu dois rencontrer.

Claudiquant, le vieil homme ouvrit la marche, bientôt suivi par un Aurel résigné à faire son devoir envers sa famille, ses terres et sa patrie. Il rejoignit donc un petit groupe d'hommes en train de discuter avec sérieux. Richard introduisit son fils en le présentant de manière très officielle. La discussion alla bon train. On parla de la situation d'Olyssea autant que de Sainte-Berthile mais aussi de Diantra et du trône. Tout le monde s'était rangé sur l'avis prescrit : Bohémond devait reprendre sa couronne. En revanche, il avait hérité de bien trop de terres de ses deux parents et il devrait en céder s'il voulait s'assurer la fidélité de tous. Le marquisat et ses vassaux suivraient le mouvement mais, en contrepartie, la grande majorité espérait la nomination de Louis. Ce fut à ce moment-là que le regard d'Aurel fut attiré par une forme mouvante venant de la porte, passant non loin de lui et traçant aussi droit que possible vers le trône. Il aperçut une silhouette qu'il reconnut pour avoir veillé sur elle à quelques reprises. Mais, si lui l'avait vue et la connaissait un peu, elle ne l'avait probablement jamais vraiment remarqué. Qui prêtait attention aux gardes dont il était affublé ?
Eléonore était parée de toute part. Une belle robe dont elle avait probablement choisie les couleurs avec soin, les joues poudrées, les lèvres reteintées, des bijoux autour du cou, des poignets, des oreilles... Elle n'avait pas besoin de tout cela pour être belle. Ce n'était qu'un moyen d'être remarquée. C'était sûre, l'un comme l'autre aurait pu tomber plus mal d'un point de vue strictement physique mais il n'appréciait guère cette façon d'attirer les regards. Fort heureusement, il savait que la demoiselle n'était pour autant pas une coquille vide. Elle s'intéressait à la religion et à la politique. Elle jouait de son apparence pour orienter les choses en sa faveur. Pour autant, pouvait-on prendre vraiment au sérieux quelqu'un qui semblait si superficiel ? Il savait quel jeu elle jouait et ne s'y ferait pas prendre mais il déplorait ce constat pour elle. 
Alors qu'elle n'avait pas encore rejoint sa destination, il se tourna à nouveau vers la conversation qui se déroulait toujours à côté de lui et qu'il avait suivi d'une oreille. On ne parlait pas du trône vide d'Olyssea et personne n'avait abordé le sujet. Il n'y avait pas de prétendants connus et rien n'avait été officialisé concernant Aurel. Tout du moins, la discussion n'en était pas arrivée à ce stade lorsqu'un homme l'interpela après quelque minutes.

-Aurel de Lantenes ?

L'ex-Egide se retourna pour apercevoir un des serviteurs proches de Louis.

-Le Régent vous fait mander.

Aurel leva le regard dans la direction du Seigneur et constata qu'il n'était plus seul à son trône. Il serra brièvement les mâchoires. La raison de sa présence ce soir semblait se dessiner de manière plus précise. Alors qu'il n'était pas passionné par l'échange qui venait d'avoir lieu, il s'excusa auprès de ses interlocuteurs et prit congé à contre cœur, suivi de loin par son père curieux d'assister à l'entretien qui allait se dérouler. Il fallut contourner la piste de danse qu'il était désormais impossible de traverser et zigzaguer entre les petits groupes en train de bavasser de choses et d'autres. Après plusieurs minutes seulement, ils purent atteindre le trône. Aussitôt, le serviteur l'introduisit auprès du Régent.

-Aurel Fribourg, Seigneur de Lantenes.

Aurel s'inclina, penchant le torse en avant, une main sur le pommeau de son épée. Il avait dû retenir son poing afin qu'il n'aille pas frapper son torse comme il l'aurait fait en tant qu'Egide. Il n'était plus l'un de ses hommes mais, indirectement, l'un de ses vassaux. Il devait donc le saluer en tant que noble et plus en tant que soldat. Il resta ainsi quelques secondes, le temps qu'on lui adresse la parole. Lorsqu'il entendit la voix de Louis, il se redressa et posa ses yeux marrons sur lui. Il était égal à ce que le Régent avait pu voir de lui jusqu'alors. Son regard sombre durcissant ses traits déjà durs, le dos droit, la tête haute. Un homme plein dassurance mais respectueux qui semblait difficile à percer à jour. Seule une légère tension dans la nuque aurait pu trahir sa tension. Le prétendant au trône de Sainte-Belthilde avait attendu que sa sœur arrive pour le faire chercher. Il était peu probable qu'il s'agisse d'un hasard. Quant à savoir s'il voulait les présenter officiellement ou simplement le désigner à Eléonore, il devrait se montrer patient. La réponse viendrait bien assez vite.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mer 16 Aoû - 23:18




L’entrée d’Éléonore fût telle qu’elle n’aurait su être égalée même par une reine, si le Royaume en possédait une. En ses enseignements avisés et rigoureux, Judith forgea sa fille à l’image d’une œuvre d’art, qui plaisait à l’œil et à l’esprit. Encore une fois, tous pouvaient le constater car lorsqu’elle pénétra dans la salle du trône, alors qu’on annonça son entrée aussi dignement qu’elle se présenta à tous, pas la moindre paire d’yeux n’y échappa! Tous se concentrèrent sur elle, à l’étudier d’haut en bas, à l’admirer et à l’aimer comme la favorite qu’elle était. Sa gentillesse, sa sagesse et sa manière de s’exprimer avait su conquérir tous les cœurs de ceux avec qui elle s’était entretenue et, pour ceux qui n’eurent par jamais cette chance, ils furent séduits par les yeux. Quant au régent, si ses traits n’avaient su jusqu’à présent faire montre de l’ampleur de son enthousiasme, ceux-ci s’illuminèrent comme un ciel sans nuage assailli par un soleil matinal. La vue de sa sœur –qu’elle fût endimanchée comme elle l’était en ce moment même, ou vêtue d’un simple peignoir – avait cet effet de raviver la flamme de son cœur, lui offrant chaque fois un sourire à en avoir mal aux joues.

Alors il se leva, interrompant une futile conversation qu’il avait avec l’un de ses chevaliers, pour patienter la venue de sa tendre cadette. Arrivée à son niveau, elle ne fit point exception à ses habitudes et se présenta en bon et due forme, cela même si elle se trouvait à être la personne la plus importante à ses yeux. Plus amusé cette fois, son sourire tenait bon, tandis qu’il s’approcha d’elle les allonges s’ouvrants de sorte à l’accueillir contre son poitrail en une étreinte chaleureuse, accompagnée de deux baisés aux joues. Au passage, il souffla à son oreille ces quelques mots :
« Comme tu es protocolaire, ma jeune sœur … » Puis il fit deux pas vers l’arrière pour s’adresser à elle plus franchement, que les curieux puissent l’entendre. « Magnifique, ravissante, éblouissante! Le temps vous a fait défaut et pourtant, nulle n’a su se montrer plus belle que vous l’êtes en ce moment. » Les présentations achevées et la plupart des convives arrivées, nombres de corvéables retentirent avec des plateaux touffus de coupes généreusement remplies de pinard. Ainsi, Louis conquis deux marches du piédestal de son trône pour lever son breuvage, haut, afin de s’exprimer envers tous : « À nous, levons notre verre afin de souligner la bravoure de tous ceux et celles qui ont affrontés ce rigoureux hiver la tête haute! »

Bardes et ménestrels reprirent avec harmonie là où ils avaient laissé leur envoûtante symphonie. Aucun ne pouvait prétendre ne pas avoir l’envie de sourire gaiement : l’alcool coulait comme l’eau pendant les giboulées, les danses s’enchaînaient avec aisance et tous trouvèrent partenaire à leur bras, les discussions fusaient et allaient de bon train, et il en fut autant pour la famille des Saint-Aimé. Louis discutait avec sa mère, tandis qu’Éléonore était préoccupée à entretenir quelques mots à certains de ses précepteurs.

Puis, il aperçut, au loin, au travers la masse tassée de jouasses jeunes gens, l’homme qui allait bientôt faire pour le Régent, s’assombrir sa soirée. Les minutes s’écoulèrent, jusqu’à en devenir dizaines puis, sous l’inspiration de quelques mots avisés, Aurel vint se présenter devant Louis, face au trône.
« Il m’est bon de vous revoir, Général. Vous avez bonne mine ; vos nouvelles prérogatives vous sied-t-elles ? » Et la question n’avait pas tout à fait à être répondue, bien sûr qu’elles lui allaient. Il avait le cœur bon et grand, toujours à désirer vouloir défendre l’opprimé! Sa nouvelle position lui donnait des bottes qui sauraient botter les culs de ceux qui sortaient du rang et qui sévissaient à Olyssea.

Mais il n’était guère plus temps aux politesses et autres obséquiosités, ce qui devait être fait … Se doit d’être fait.
« Éléonore, ma sœur … Venez par ici, voulez-vous ? » Dit-il en direction d’icelle, sans se soucier des propos qu’elle traitait avec son interlocuteur. « Il me faut vous entretenir quelques mots ... » Ce ne fut que lorsqu’elle arriva que Louis perdit un peu de son éloquence, du moins, de son air jovial et immanquablement avenant. « Je souhaiterais vous présenter Aurel de Lantenes, le Général des armées Olysséennes. » Il marqua une pause, assez menue, mais suffisamment allongée pour qu’iceux puissent s’adresser un regard premier. « Et … possiblement votre prochain époux. »

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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Lun 28 Aoû - 0:00

Son frère lui fit une remarque sur la manière dont elle l’avait salué et elle lui répondit par un sourire amusé. Un flot de compliments sortit ensuite de sa bouche et elle ne put s’empêcher de sourire à pleines dents, charmée par tant de vérités. Elle lança un rapide coup d’oeil à l’assemblée, s’assurant qu’ils entendaient tous Louis. Lorsque les coupes arrivèrent, elle en saisit une pour la lever aux côtés de Louis et pour le plaisir d’y tremper ses lèvres par la suite. Elle ne buvait de l’alcool que lorsqu’on lui en proposait, mais elle aimait tout particulièrement cela. Toute occupée qu’elle fut à discuter ensuite, elle ne remarqua pas qu’un invité tout particulier avait désormais retenu l’attention de Louis. Quand il l’interrompit sans se soucier de sa discussion, elle sut qu’il retournait de quelque chose d’important. Eléonore ne se fit donc pas prier et elle mit fin à l’échange aussitôt, pour rappliquer aux côtés de son frère. Une fois arrivée à sa hauteur, face à l’homme avec lequel il discutait, elle vit son sourire disparaître, son regard éviter le sien et sa voix se fit plus grave. Elle savait qu’il ne lui annoncerait rien de bon. Pourtant, elle souriait toujours, seul Louis aurait pu lire son inquiétude dans son regard. Mais il l’évitait sciemment.

- Général, ravie de vous rencontrer.

Du moins croyait-elle l’être, ce avant que son frère ne rajoute quoi que ce soit. Quand il lui annonça qu’elle avait en face d’elle son potentiel futur mari, son coeur manqua un battement. Depuis quand pensait-il à la marier ? Ne lui avait-il pas dit peu après la mort de père qu’ils n’étaient pas prêts d’être séparés ? Un instant, elle bloqua sa respiration, comme si elle pouvait arrêter le temps. Mais elle ne le pouvait pas, alors serrant les dents, son sourire complètement retombé, ses yeux cherchant ceux de son frère, elle expira lentement. Une fraction de seconde s’était passé. Elle voyait dans les yeux du fameux Aurel combien la nouvelle le ravissait aussi, mais elle voyait que ce n’était pas la première qu’on le lui disait. Depuis combien de temps était-ce prévu ?

- Et bien… Je pense que vous devriez m’inviter à danser.

Elle n’avait pas trouvé mieux comme réponse. Elle en voulait terriblement à Louis et chaque instant qui passait son coeur se déchirait un peu plus. Si elle ne bougeait pas maintenant, elle ne tarderait pas à se faire porter pâle, parce qu’elle ne pourrait retenir plus longtemps ce chagrin naissant. C’était lancé, on allait la dérober à son frère. On allait l’arracher à sa présence, à son quotidien, à son affection. Et elle ne e supporterait pas, jamais. Eléonore lui en voulait terriblement de la faire tant souffrir. Elle lui en voulait de ne pas lui en avoir touché mot lorsque cela lui avait traversé l’esprit. Elle lui en voulait de n’avoir rien dit jusqu’à ce jour, elle lui en voulait de ne pas lui avoir demandé son avis. Ne comptait-elle donc que si peu ? Elle qui avait cherché son regard plus tôt le fuyait maintenant. Aurel ferait mieux de se décider au plus vite, sans quoi elle se verrait dans l’obligation de quitter ce maudit bal pour ne pas fondre ici et maintenant en larmes.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Lun 28 Aoû - 14:17

Aurel était un peu surpris par l'accueil du Régent mais n'en montra rien. La fête semblait l'avoir rendu particulièrement enjoué et ce fut sur un ton des plus guillerets qu'il s'enquit de son ressenti quant à sa récente promotion. Il aurait été malvenu de lui répondre quoi que ce soit de négatif et il fallait qu'il se fasse un minimum à la politique. Il ne s'en était pas préoccupé étant Lieutenant mais un Général ne pouvait avoir la même insouciance. Hélas. Néanmoins, il lui était difficile de véritablement apprécier ses nouvelles fonctions sans s'être encore rendu là où on l'attendait. Il avait repoussé son départ pour pouvoir assister à ce bal sans même savoir pour quelle raison sa présence était requise.

-Difficile de vous répondre pour le moment. J'attends de voir ce qui m'attends à Olyssea.

Aurel se montrait tout simplement honnête. D'aucun se serait senti plein d'orgueil d'avoir obtenu ce grade avant ses trente ans mais Louis ne serait sans doute pas surpris de voir que ce n'était pas son cas. L'héritier des Fribourg cherchait avant tout à remplir son devoir correctement. Or, il ignorait encore quel accueil lui serait réservé et, surtout, quel était l'état des troupes et des ressources sur place. Il avait pu glaner quelques informations durant sa conversation toute récente mais il préférait se rendre compte par lui-même. Un tour des différents forces et territoires en présence ne serait sans doute pas un luxe d'ailleurs.
Le Général s'apprêtait à poursuivre la discussion sur le sujet mais le Régent se détourna de lui et appela sa sœur. Aurel sentit alors son dos se tendre tandis que ses mâchoires se serraient et son regard se durcissait. Il ne l'avait donc pas fait venir pour parler de sa nouvelle mission...

A l'approche d'Eléonore, la tension sur les vertèbres du Seigneur s'accentua et eut pour effet de le faire se redresser légèrement. Lorsqu'elle le salua, il s'inclina en réponse avant de se relever. Il n'ajouta pas un mot, laissant à Louis le soin de finir son propos. Il vit alors dans les yeux de la jeune femme qu'elle n'était nullement au courant... Curieuse manière de lui annoncer la chose que de le faire ainsi en public. Elle savait probablement depuis toujours que son mariage serait arrangé mais ne s'y attendait pas pour maintenant a priori. Cela n'aida pas à apaiser la colère d'Aurel qui était subitement remontée.
Cependant, Eléonore conserva un certain aplomb en lui proposant de danser. Cela ne manqua pas de surprendre le Général qui fronça brièvement les sourcils sans la quitter des yeux. Il prit une seconde pour la jauger avant de lui répondre.

-Si c'est ce que vous souhaitez. Dit-il avant de se tourner vers Louis pour lui demander son accord qu'il ne tarda pas à obtenir. Mais c'est à vos risques et périls. Ajouta-t-il en tendant la main droite vers la jeune femme pour l'inviter.

Eléonore était prévenue... Il n'était pas forcément bon danseur. Non pas qu'il soit incompétent mais ça remontait à si loin... Mais elle avait lancé la proposition, il la voyait mal reculer maintenant. Les doigts d'Aurel se refermèrent sur ceux de la jeune femme dès qu'ils entrèrent en contact avec sa peau. Ses mains n'étaient pas des plus douces, tannées comme elles l'étaient par le maniement des armes. Elle en avait peut-être l'habitude avec son frère.
Ainsi maintenue, il l'a guida jusqu'aux abords de la piste de danse, non sans avoir remarqué un signe de son père lui demandant de sourire et d'être aimable. Comme si ça se faisait sur commande... Aucun d'eux n'étaient enchantés et cela se comprenait. Aurel s'arrêta un instant pour observer les danseurs, réalisant qu'il ne se souvenait vraiment pas de ces fameux cours de danse... Mais Eléonore connaissait les risques. Il se contenterait d'éviter de lui marcher sur les pieds.

Après une courte minute, il s'avança de nouveau, les faisant entrer sur la piste. De la main, il la guida pour qu'elle se place face à lui, s'inclina comme à chaque début de danse puis il commença à imiter ceux qui les entouraient, tenant toujours sa main. Un pas sur le côté, un pas en avant, un pas en arrière, un pas de l'autre côté, on pivote chacun sur sa gauche, on avance en tournant pour inverser nos places, on fait un pas vers l'autre, on recule, on s'incline, on s'avance encore, on pose une main sur la taille de l'autre, on tourne en se regardant dans les yeux pour reprendre sa position initiale et on reprend la main de l'autre en faisant un pas en arrière. Et on recommence... C'était assez rébarbatif mais c'était ainsi que l'on dansait sur ce type de musique parmi les nobles. C'était un peu plus vivant dans le bas peuple... Ça lui manquait déjà.
Entamant leur troisième tour à l'identique des deux précédents, Aurel ne se débrouillait pas trop mal pour quelqu'un qui n'avait pas dansé ainsi depuis dix ans. Il avait pris le coup de main, même s'il n'était pas à l'abri de se tromper encore. L'atmosphère n'était pas non plus des plus propices et il sentait sa partenaire pour le moins ailleurs. Il entendait parfaitement qu'elle n'ait pas la tête à danser, même si l'idée venait d'elle, tout comme il ne s'attendait pas non plus à la voir sauter de joie. Il le savait depuis moins d'une ennéade et aurait eu de mal à faire croire qu'il s'était fait à l'idée...

-J'imagine que vous avez des questions. Dit-il d'un ton neutre, sa voix grave rompant le silence désagréable qui les entouraient.

C'était le bon moment pour les poser... En cet instant, sans doute étaient-elles confuses et trop nombreuses pour être exploitées de manière logique mais il pourrait l'aider à organiser ses pensées en lui soumettant les premières par exemple. Il n'aurait sans doute pas réponse à tout, surtout si certaines de ses interrogations concernaient la décision de son frère. Cependant, c'était le moment ou jamais pour elle d'en apprendre plus pour lui. Le Général des armées d'Olyssea ne pouvait pas demeurer indéfiniment à Sainte Berthilde, surtout lorsqu'une guerre se préparait.
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Dim 10 Sep - 23:46

Quand il l’invita à danser, elle soupira longuement et releva la tête. Glissant sa main dans la sienne, elle descendit de l’estrade sans jeter un seul regard à Louis. La main d’Aurel était rugueuse, façonnée par l’épée, sans doute. Elle lui rappelait un peu celle de son frère et elle eut un léger mouvement de recul. Mais rien de flagrant et elle se ressaisit une fois au milieu de la piste. Elle sentait son cavalier peu à l’aise, ce qu’elle trouva fort dommage parce qu’elle aimait beaucoup danser. Elle décida de ne pas faire de remarque et laissa Aurel se faire au rythme. Il ne tarda pas à se caler sur elle, ou sur les autres, et elle put danser sans s’en soucier. Elle essayait d’oublier ce qui était entrain de se passer, pour essayer de s’amuser un minimum. Elle adorait les bals et elle aurait été très déçue de ne pouvoir en profiter. Se laissant porter par la musique, elle oublia un instant avec qui elle dansait. Un semblant de joie revint dans ses yeux et elle dansa un peu plus gaiement. Avant qu’on lui dise qu’elle devait avoir des questions.

Vraiment, des questions ? Oui, elle en avait une centaine. Mais pas pour lui. Elle en avait pour son frère, celui qui l’avait trahie. Pour celui qui l’avait vendue sans lui dire. Celui qui avait comploté dans son dos et qui la mettait devant le fait accompli. Que pouvait-elle faire, que pouvait-elle lui demander ? S’il était quelqu’un de bon, s’il était un homme de confiance ? Sans doute, Louis ne l’aurait pas laissée à un monstre, du moins l’espéra-t-elle profondément. Parce qu’elle eut un doute à cet instant. Elle se dit que s’il était capable de ne pas lui toucher mot de ce qu’il lui réservait pour l’avenir, peut-être était-ce à cause du prétendant qu’il lui avait dégotté. Alors elle le regarda un peu plus franchement. A vrai dire, il n’avait pas l’air bien méchant. Fermé, en colère, peu enclin à la discussion bien qu’il ait essayé d’en lancer une. Bientôt il saurait qu’elle était l’instigatrice de ces dernières. Qu’il était vain de vouloir lui parler quand elle n’en émettait pas le souhait. Vraiment parler, s’entendait.

- Pas ici, pas maintenant.

Et elle recommença à danser. Désormais, elle le regardait. Et elle déplorait qu’il n’apprécie pas pleinement sa cavalière. N’était-elle pas la plus belle de toutes celles présentes ici ce soir ? N’était-elle pas ce qu’il avait vu de mieux ? Elle serait son épouse, du moins si elle en croyait les dires de son frère, et il ne semblait pas apprécier ce qu’il voyait.

- Comment trouvez-vous ma robe, Général ? Est-elle à votre goût ?

Elle espérait qu’il réponde par l’affirmative. Parce qu’il ne pouvait pas la déprécier. C’était impossible. Tout le monde ici l’aurait dite resplendissante. A commencer par Louis qui l’avait crié haut et fort. S’il répondait de manière approprié à sa question, elle l’entraînerait hors de la piste, dans un coin un peu plus tranquille. Là et seulement là ils pourraient réellement discuter. En attendant, elle continuait de faire voleter sa jupe et de se mouvoir gracieusement, un sourire d’apparat sur les lèvres.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Lun 11 Sep - 20:38

Aurel soutenait le regard qu'Eléonore posait sur lui après qu'elle ait repoussé à plus tard ses questions. Il se demandait d'où lui venait cet intérêt soudain pour lui alors qu'elle avait à peine posé les yeux sur lui jusque là. Que pouvait-il bien se passer dans sa tête ? A quoi pensait-elle ? Peut-être imprimait-elle simplement ses traits dans son esprit ou essayait-elle de lire quelque chose en lui. Ce qu'elle devait y voir ne devait pas vraiment la rassurer... Il avait parfaitement conscience du ressentiment qu'il affichait mais ne parvenait pas à faire autrement. Il le contenait tant bien que mal seulement il lui était impossible de le cacher complètement. Pas après le coup que venait de lui faire Louis. Cela le rendait peut-être plus distant, une manière pour lui de prendre du recul sur la situation.
Lorsque la jeune femme lui posa sa question, Aurel haussa un sourcil. Était-ce réellement ce qu'elle se demandait ? Était-ce vraiment la première chose qu'elle voulait savoir ? S'il aimait sa robe ? Elle ne l'avait pas assez bien regardé, il fallait croire.

-Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui se soucie des apparences ?

Rien dans sa tenue ne suggérait qu'il était Général, ou même officier. Tout juste comprenait-on qu'il était militaire à sa façon de se comporter. Il n'avait pas profité de sa montée en grade pour se faire confectionner des habits luxueux et il en serait très probablement de même s'il devenait Baron. Il n'avait pas besoin de richesses pour vivre et ne supposait pas de jouer la comédie des faux semblants.
Cependant, il voyait bien qu'Eléonore n'appréciait pas sa réponse. Elle était habituée à recevoir tous les compliments du monde sur son physique qu'elle aimait tant mettre en avant. Rien de très étonnant pour la fille d'un Marquis et la sœur d'un Régent. Il soupira tandis que son regard s'éloignait d'elle l'espace d'un instant avant de revenir sur sa partenaire de danse. Profitant d'une proximité offerte par leur chorégraphie répétitive, il marqua un temps d'arrêt un peu plus long pour plonger ses yeux dans les siens.

-Vous êtes toujours à votre avantage. Mais je ne m'intéresse pas tant à ce que les gens veulent bien montrer d'eux qu'à ce qu'ils sont réellement.

Tandis que les autres couples faisaient un pas en arrière, il attendit une seconde de plus avant de suivre le mouvement et de reprendre la danse. Il n'eut que peu de mal à les rattraper, laissant à Eléonore le loisir de juger si sa réponse lui convenait ou non. Il se souvenait des revendications de son père qui lui disait qu'il était essentiel qu'elle l'apprécie un minimum ou au moins qu'elle ne le trouve pas désagréable au point de refuser le mariage. Car, si personne ne le lui avait dit, elle avait encore le loisir de lui dire non. Mais ce ne serait certainement pas lui qui l'en informerait. Ce n'était ni dans son intérêt, ni dans celui de Sybille. Il passerait également sur le fait qu'il aurait du mal à l'apprécier physiquement étant donné leur écart d'âge. Il voyait en elle sa petite sœur et non sa future épouse...
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mar 12 Sep - 17:58

Il n’avait donc pas compris. Ou alors, il se fichait éperdument d’être poli, noble et charmant. Evidemment qu’il n’avait pas l’air de se soucier des apparence, en commençant par la sienne. Chose qu’elle ne supporterait qu’un temps, ceci dit. Elle ne pourrait décemment pas sortir à son bras accoutré comme il l’était aujourd’hui. C’en serait hors de question. Mais ce n’était pas une question qu’ils régleraient maintenant. Il essaya peut-être de se rattraper face à son silence, lui disant qu’elle était toujours à son avantage. Dieux merci, elle le savait déjà. Ne pouvait-il pas se contenter de répondre franchement à ses questions ? Il partait mal. Esquiver, contourner, pour finalement répondre à peine, elle appréciait peu. Elle préférait les réponses directes même si elle avait l’habitude de ce genre d’attitude… avec des femmes. C’était donc ce que Louis lui avait dégotté ? Sans doute mieux qu’une brute, certes.

- Vous devriez. Bien souvent ils montrent plus qu’ils ne le pensent. Je suis toute aussi resplendissante « réellement », Général. Je vous prie de ne pas en douter, ce serait encore une fois manquer de délicatesse.

Et quand elle en eut l’occasion, elle cessa de suivre la danse pour l’emmener un peu à l’écart. Pas trop, parce qu’elle ne le connaissait pas. Elle ne voulait pas qu’il lui arrive quelque chose, même si elle doutait fortement qu’il fut dans son intérêt de lui faire du mal. Elle voyait Louis la surveiller de temps à autres et elle ne sut ce qu’il pensait de cet éloignement soudain. Malgré tout, il veillait sur elle. Eléonore eut un pincement au coeur quand elle se dit que ce ne serait plus de cette façon dans peu de temps. Que celui qu’elle avait en face d’elle devrait prendre ce rôle. Serait-il à la hauteur ? Sans doute jamais, son frère donnerait tout pour elle, de ça elle en était persuadée. Croisant les mains à plat sur le haut de son jupon, elle vérifia rapidement que son dos était bien droit et son menton bien positionné. Il était hors de question qu’elle se tienne mal, peu importait les circonstances, mais encore plus lorsqu’il s’agissait de converser pour la première fois avec son potentiel futur époux.

- Je pense que je pourrais commencer par m’excuser de l’accueil assez froid que je vous ai réservé mais le votre n’a pas été des plus chaleureux non plus. N’êtes-vous pas ravi d’avoir réussi à obtenir ma main ? Je veux dire, il est sans doute connu que ni mon père ni Louis ne m’auraient marié au premier venu. Et vous n’êtes que général, alors j’imagine qu’il a choisit ce qui doit être… disons le meilleur parti pour moi ? Comment l’avez-vous convaincu, dites moi. Je suis très curieuse de le savoir. Lui avez-vous promis de lui faire garder le silence jusqu’à aujourd’hui ?

Si tout ceci était de sa faute, alors elle irait s’excuser aussitôt auprès de Louis. Parce qu’après tout, rien de ceci ne serait de sa faute. Elle était certes déçue de voir se dessiner son avenir loin du château familial mais elle savait qu’elle devait se marier un jour. Elle ne pouvait décemment pas rester ici éternellement, quand bien même elle seconderait son frère mieux que quiconque.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mar 12 Sep - 20:52

Même son rattrapage n'eut pas l'effet escompté. Il n'avait pas répondu ce qu'elle voulait alors rien de ce qu'il pourrait dire ne saurait trouver grâce à ses yeux. Elle était bien trop habituée à ce que l'on aille dans son sens. A avoir tout ce qu'elle désirait. Tout du moins était-ce l'image qu'elle lui donnait en cet instant. Il la savait capricieuse mais n'avait pas encore eu l'occasion de constater à quel point. Cela ne faisait que renforcer cet aspect d'enfant qu'il voyait partout en elle.
Sa réplique ne lui fit ni chaud ni froid. Resplendissante ? Elle était si sûre d'elle... Certes, elle était jolie, mais tout était toujours une affaire de goût. Là où certains voyaient quelqu'un de bien, d'autres voyaient un salaud. N'était-ce pas le cas ici d'ailleurs ? Aurel avait la réputation d'être un homme d'honneur voulant faire le bien. Pourtant, Eléonore le méprisait déjà presque. Certes, il y avait une histoire de contexte dans le cas présent mais en aurait-il été autrement si elle avait été avertie de leur union et de leur rencontre plus tôt ? Ou s'il avait été un autre ?

Cette soirée ne lui semblait pas être une bonne idée...

Profitant de la transition entre deux morceaux, la jeune femme l'entraîna un peu plus à l'écart, serrant ses doigts sur les siens afin de le maintenir près d'elle et s'assurer qu'il la suive. Aurel se laissa faire, se doutant qu'elle souhaitait poursuivre leur discussion dans un endroit un peu plus propice et à l'abri des oreilles indiscrètes. Il ne regrettait pas le moins du monde de quitter la piste de danse. Il ne maîtrisait plus assez bien cet art pour parvenir à parler et gesticuler en mesure en même temps. Ils ne s'isolèrent toutefois pas complètement. Sans doute le craignait-elle et il ne pourrait pas vraiment lui en vouloir étant donné l'humeur qu'il affichait depuis leur rencontre.
Eléonore se positionna dans un maintien parfait tandis qu'il passait ses mains dans son dos pour se tenir comme à l'accoutumée. Elle l'assaillit alors d'un flot de paroles où se mêlaient plusieurs questions. Les voilà donc enfin... Il avait presque pensé qu'ils allaient se contenter de danser, voire de répondre à des choses sans importances, avant de finalement trouver une excuse pour s'éclipser. Les interrogations de la jeune femme étaient légitimes mais elle se trompait sur son compte.

-Si vous espérez pouvoir reporter sur moi la faute de tout ce qui vous arrive ce soir, je vais vous décevoir une fois de plus. Cette promesse de mariage est la conclusion d'accords passés entre mon père et votre frère. J'ai moi-même appris la nouvelle une fois que tout a été scellé. Je ne me suis même jamais entretenu avec Louis avant tout à l'heure. J'ignorais qu'il allait nous présenter ce soir et je déplore d'ailleurs qu'il ne vous ai pas fait part de ses projets auparavant.

Il avait bien compris qu'elle essayait de dédouaner son frère de la façon dont les choses se passaient mais il fallait bien qu'elle comprenne qu'il n'y était pour rien. Il n'avait rien demandé à personne. On était venu le tirer de son univers qui lui plaisait pourtant parfaitement. Pire encore, on lui avait forcé la main et soumis à un odieux chantage qu'il n'avait pas le droit d'évoquer avant la fin de ses noces ou l'échec de leurs fiançailles dont la responsabilité ne devait pas lui incomber. Il était victime tout autant qu'elle du choix qui avait été fait pour eux.

-Quant à savoir comment Richard a pu acquérir votre main, je pense que ma réputation a suffit. Sans compter qu'il a obtenu de Louis qu'il négocie le trône de la baronnie d'Olyssea en mon nom.

Si elle craignait de se retrouver simple femme de militaire, elle pouvait être rassurée : tel ne serait pas le cas. On avait pour lui de bien grands projets auxquels il n'avait pas aspiré. Tout du moins pas au départ. Depuis, son père l'avait convaincu de se plier à cette volonté dans l'intérêt de leur patrie. Si le Roi le voulait bien, il serait donc bientôt un parti plus qu'acceptable pour elle.
Enfin... Sur le papier.
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mar 12 Sep - 23:17

Sa réponse la soulagea au même titre qu’elle lui fit de la peine. Elle ne pouvait blâmer que Louis, personne d’autre. Lui même n’était pas au courant qu’ils seraient présentés ce soir. Il disait n’avoir pas pris parti dans cette manigance. Que tout cela était le résultat d’accord entre son propre père et Louis. Et pour répondre à la suite de ses questions, il évoqua sa réputation. Sans doute bonne, pour qu’elle suffise à convaincre son frère. Et ce dernier négocierait pour lui le titre de baron. Légèrement soulagée de ne pas être condamnée à être femme de général, elle soupira. Mais avant cela, la surprise s’était peinte sur son visage. Et elle avait chassé tout signe d’hostilité. Se mordant légèrement la lèvre, elle arrêta aussitôt, se rappelant qu’elle les avait peintes plus tôt. Tournant la tête un instant vers Louis, elle se ravisa avant d’avoir croisé son regard et revint vers Aurel.

- Vous n’évoquez pas votre consentement dans cette histoire. Il semblerait que vous n’avez pas vraiment eu le choix, je me trompe ?

Elle pouvait se tromper mais sur ce genre de choses elle se trompait rarement. S’il était forcé, alors elle comprenait un peu mieux le manque d’amabilité venant de sa part et le ressentiment qui émanait de lui. Personne ici ne devait vraiment avoir envie de l’approcher et on l’avait, elle, forcée. Elle hésitait à lui demander s’il voulait se marier avec elle parce qu’elle savait qu’elle ne trouverait sans doute pas autre bon parti. Si Louis lui présentait Aurel ce soir c’était parce qu’il savait qu’elle ne craignait pas grand-chose. Du moins elle ne craignait pas de revivre ce que leur mère avait vécue et même cela, avait-elle cru comprendre, était assez doux. De ce qu’elle savait, père portait à mère une certaine affection. Elle y croyait moyennement mais si cela avait permis à Judith de se faire une raison, elle n’était personne pour le remettre en doute.

- J’espère que vous êtes quelqu’un de bien, général. Les gens bons sont bien trop peu nombreux aujourd’hui.

Et elle se passa de faire une blague sur l’hiver et le manque de nourriture. Elle ne connaissait pas son humour et ne voulait pas risquer de le froisser. Surtout qu’il avait l’air plutôt renfrogné. Laissant là les discussions qu’elle appelait de démarrage, elle se rapprocha un peu plus de lui, les yeux droit dans les siens.

- Avant toute chose, puis-je vous appeler Aurel ? Qu’allons-nous faire maintenant ? Aucun de nous n’a réellement envie de se marier et je peux encore refuser votre main. Louis me laissera faire si c’est une demande sérieuse. Qu’en est-il de votre côté ? Qu’est-ce qui vous oblige à être ici et à faire semblant d’apprécier danser en ma compagnie ? Je sais que vous me voyez comme une enfant et que je ne vous attire pas le moins du monde. Est-ce là ce que vous voulez comme épouse ?

Elle parlait un peu moins fort. Bien plus proche d’Aurel qu’auparavant elle avait retrouvé son sérieux et sa gravité. Elle ne faisait plus de caprice ici. Elle demandait seulement ce qui allait se passer. Comment il comptait jouer cette partie et quel rôle il lui attribuait. Parce qu’elle allait devoir jouer avec lui, elle savait qu’elle n’avait pas d’autre choix.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mer 13 Sep - 20:34


Aurel ne répondit pas à la première question d'Eléonore. En effet, il n'avait pas eu le choix. Dans le cas contraire, il se montrerait bien plus agréable, surtout en sachant que la relation entre Louis et elle était telle qu'un seul mot de la part de la jeune femme pourrait tout annuler. Alors il se contenta de conserver son regard dans le sien sans mot dire en guise de confirmation.
Quant à savoir s'il était un homme bien...

-On a déjà employé ce qualificatif en parlant de moi. Mais vous n'avez pas à vous contenter de ma parole ou de celle des autres.

N'importe qui pouvait dire qu'il était quelqu'un de bon ou non sur ses seuls actes mais cela ne présageait pas de sa véritable personnalité. Tout dépendait de la compatibilité des caractères qui pourraient à eux seuls faire changer quelqu'un d'avis. Aurel était loyal, dévoué, bienveillant... Mais il était aussi caractériel, peu avenant et ne souriait pratiquement jamais. Il était très loin de ce qu'Eléonore avait l'habitude de côtoyer car il n'essayait pas de plaire. C'était un diamant brut qui ne pouvait se façonner. Nombreux étaient ceux qui avaient essayé... En revanche, il pouvait être plein de douceur. Tout dépendait de son attachement aux autres et aussi de l'attention qu'ils voudraient bien porter à ses actions.

Lorsque la jeune femme se rapprocha de lui, il l'observa avec plus d'intérêt, fronçant les sourcils face à ce geste quelque peu surprenant. Elle ne le connaissait pas davantage et n'avait donc pas confiance en lui. Il était assez cavalier de sa part de tenter une telle proximité physique, même si c'était pour réduire le risque d'être entendue.
A sa première question, il soupira en détournant le regard. Il ne cherchait personne en particulier, il se faisait à l'idée. Puis il revint vers Eléonore au bout d'à peine quelques secondes.

-Etant donné les circonstances... Cela semble plutôt approprié. Répondit-il d'un ton dur qui contrastait fortement avec ses mots.

En soi, le fait qu'elle l'appelle par son prénom ne le dérangeait mais cela rendait leur prochaine union bien plus réelle... Il aurait préféré éviter tout ce qui lui pourrait lui rappeler ce mariage mais il faudrait bien qu'il finisse par se faire à l'idée. Alors, si le contexte auquel sa demande se rapportait ne lui plaisait guère, il devait néanmoins la lui accorder. Cela ne pourrait que l'aider à faire entrer cette possibilité dans la tête.
Il écouta le reste de son propos avec attention. Elle avait bien changé depuis tout à l'heure. Si tantôt elle se comportait comme une enfant gâtée, à présent, elle semblait lucide, intelligente et posait des questions plutôt pertinentes. Aurel était quelque peu ennuyé. Il ne pouvait lui répondre avec une entière franchise sans quoi il révèlerait ce qu'on lui avait interdit d'évoquer. Il devrait donner des éléments pour la satisfaire mais sans tout dire pour autant tout en obtenant qu'elle ne demande pas la rupture de leurunion. Il prit donc une seconde de réflexion avant de se lancer.

-Si vous avez encore le loisir de dire non, je ne l'ai plus. Vous n'êtes pas la première qu'on lui me propose dépouser et j'ai profité de ma liberté aussi longtemps que je le pouvais. Trop sans doute parque aujourd'hui je ne peux faire autrement que me résoudre à ce qui été décidé. C'est vrai, vous êtes une enfant à mes yeux. Probablement parce que votre âge est bien plus proche de celui de ma jeune sœur que du mien. C'est elle que je crois voir quand je vous regarde.

Dans son esprit, Aurel avait l'impression de se retrouver en situation de presque inceste. Certes, l'écart entre Lesceline et Richard était similaire mais sa mère était déjà mère depuis plus de dix ans à l'époque. Certes, Eléonore allait sur ses dix-huit ans, mais cela ne lui faisait que deux bonnes années de différence avec Sybille tandis qu'il avait onze ans de plus qu'elle. Jamais elle ne pourrait rattraper cela. Enfin... Si. Peut-être. Elle venait de faire montre de bien plus de maturité en quelques instants qu'elle ne l'avait fait depuis leur présentation. Son comportement de tantôt ne l'avait pas aidé à la considérer comme adulte, mais elle pourrait le faire changer d'avis.

-Montrez-moi que vous n'êtes plus une enfant, mon regard changera sans doute. Quant à mon ressentiment, il passera. Je lutte depuis des années pour ne pas être contraint au mariage et je n'ai été informé qu'il y a à peine quelques jours. J'ai encore du mal à l'avaler.

On lisait dans ses yeux la colère qui bouillait en lui mais qu'il contenait tant bien que mal. Le simple fait d'évoquer l'injustice dont ils étaient tous deux victimes. Cela lui rappelait le couperet qui attendait au dessus de sa tête le moment où il tomberait. Parce qu'il était inévitable qu'il tombe... Que ce soit pour sonner la fin de sa liberté ou celle de sa sœur, c'était la sanction pour avoir voulu rester libre. Eléonore ignorait encore la chance qu'elle avait de tomber sur lui plutôt qu'un autre mais il faudrait que sa colère lui passe pour qu'elle s'en aperçoive. Heureusement, la guerre prochaine repousserait l'échéance de son titre et donc de leur mariage. Cela lui laissait un peu de temps pour se calmer. Même lui pouvait convenir qu'il savait être bien plus agréable qu'il ne l'était à cet instant précis. Seulement il était incapable de faire autrement pour le moment...
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Sam 16 Sep - 15:00

C’était presque mignon la manière qu’il avait de ne pas vouloir se mouiller. Affirmer qu’il était quelqu’un de bien n’aurait cependant pas gêné Eléonore. Quand on est bon, on le sait. Il n’était pas question de devoir juger, il n’était pas question de modestie, il n’était pas question d’être objectif. Certes il pouvait toujours mentir mais elle avait trop confiance en Louis pour qu’elle doute de quoi que ce soit. Il consentit assez rapidement à ce qu’elle l’appelle Aurel. Elle sentit que ce ne fut pas de bon coeur, qu’il aurait préféré garder un peu de distance. A quoi bon ? S’ils se mariaient, chose qu’elle ne réalisait certes pas à cet instant, ne devraient-ils pas réduire cette distance ? Elle savait qu’ils allaient acquérir une certaine proximité et elle préférait que cela se fasse avant la cérémonie. Il était hors de question qu’elle promette devant les dieux ce qu’elle ne ressentait pas dans son coeur. Elle nota qu’elle devait d’ailleurs en faire part à Louis. La suite la laissa avec quelques interrogations.

- Je ne sais quel chantage on vous fait. Mais sachez qu’il n’est pas question de troquer votre liberté. De plus, notre société me prive d’avantage et je risque d’y perdre quelques privilèges, contrairement à vous. Quant à votre sœur, je ne la connais point. Je ne pourrai donc juger du réel fondement de cette comparaison. Je ne suis plus une enfant, ne vous en faites pas. Mais étant encore certes très jeune, je peux encore jouer cet aspect. Voyez-vous Aurel, tous les moyens sont bons pour obtenir ce que nous voulons.

Mais celui qui se tenait en face d’elle ne semblait pas être de cet avis. Il allait sans doute lui répondre que la fin ne justifiait pas les moyens. Elle était persuadée du contraire. En politique, il le fallait. Si on essayait de jouer selon les règles dictées par la morale on finissait par échouer lamentablement. Peut-être le saurait-il un jour, peut-être pas. Peut-être qu’il incomberait à Eléonore de jouer ce jeu là et qu’il fermerait simplement les yeux. Après tout, pourquoi pas ? Elle avait conscience de l’atout qu’elle était. Elle était belle, intelligente, bien élevée. Elle savait faire rapidement bonne impression, discuter de tout et n’importe quoi sans vraiment discuter de n’importe quoi.

- Alors si je comprends bien Aurel, vous ne pouvez pas vous rétracter. Vous avez appris il y a peu ce qui vous attendait. N’avez-vous pas été soulagé lorsque vous avez appris que j’étais votre promise ? Je sais que beaucoup me convoitent et, visiblement, vous êtes celui qui a obtenu ma main. Je serais légèrement déçue que cela ne vous mette pas un peu de baume au coeur. Enfin, je veux en venir au fait que si vous me dites ne pas avoir le choix, je pense que c’est parce que vous ne voulez pas que je le prenne non plus. Soit. Je pense que Louis sait ce qu’il fait en me promettant à vous.

Même si elle le détestait à cet instant, elle savait l’amour qu’il lui portait. Lui retirer ça aurait été de bien mauvaise foi. Elle savait être juste, malgré tout.

- Mais s’il est presque certain que nous allons nous marier, Aurel, j’aimerais que vous montriez ne serait-ce qu’un peu d’enthousiasme. Comment puis-je l’être moi même si vous êtes si peu chaleureux à mon égard ? Vous comprendrez que j’en ferai alors certainement part à mon frère, vous savez comme nous sommes proches.

Il était hors de question qu’elle soit vue en compagnie d’un râleur en colère qui n’avait pas su faire le nécessaire pour lui plus tôt. Elle refusait qu’il la blâme pour ses erreurs. Il se devait de faire face à son futur avec aplomb et sans se lamenter encore et encore sur son sort. N’avait-il pas eu mille autres occasions ? Elle était sa dernière et, heureusement pour lui, la meilleure.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Sam 16 Sep - 21:41

Ça, pour ne pas être de son avis... Aurel n'avait pas l'esprit d'un diplomate. Seule sa loyauté pourrait le contraindre à mentir à son ennemi mais il avait du mal à concevoir une relation autrement que baignée d'honnêteté et de franchise. Il connaissait les qualités de la jeune Saint-Aimé dans ce domaine qui n'était pas le sien et voyait sans mal son potentiel en tant que diplomate. N'ayant pas été destiné à occuper des fonctions telles que celles de Baron, il savait déjà qu'il lui faudrait s'entourer de nombreux conseillers possédant des compétences dans différents domaines. Eléonore était tout juste adulte mais elle était bien plus versée que lui dans la politique. Elle avait le talent, il ne lui manquait plus que l'expérience.

-Je suis un militaire, pas un diplomate. Acquiesça-t-il avant de poursuivre. On dirait qu'on se complète sur ce point.

Elle avait peur de perdre des privilèges en se mariant ? Ce n'était pas son intention. Si elle le souhaitait, elle pourrait avoir un réel rôle à jouer. Et il n'entendait pas par là la gestion de la maisonnée, de la décoration, des enfants et des réceptions. Si elle aimait faire de la politique, il n'aurait rien contre le fait qu'elle s'y investisse. Au contraire, cela l'arrangerait, lui qui n'aimait pas cela. Olyssea était un territoire foncièrement guerrier et son expérience en la matière était plus qu'appréciable, mais elle ne suffirait pas.

La question suivante de la dame lui fit lâcher un soupir. Est-ce qu'elle lui convenait ? Il aurait dû s'attendre à ce qu'elle le lui demande, coquette comme elle était. Il observa ses traits un instant. En tant que garde, il avait rarement eu l'occasion de la voir d'aussi près et encore moins que la détailler. Cela ne fit que confirmer ce qu'il savait déjà : elle était très belle. Cependant, il n'arrivait pas à se départir de leur écart d'âge... Dans sa situation, elle était un moindre mal. Tant d'un point de vue physique que personnel. Elle était certes capricieuse mais il ne lui connaissait pas d'autres véritables défauts, considérant la coquetterie plus inutile que comme une tare. Mais il ne devait pas formuler la chose de cette manière...

-Si je n'étais pas opposé aux mariages arrangés, je serais sans doute ravi. En effet.

En vérité, il était devenu fou de rage en apprenant qu'il s'agissait d'elle. Non seulement elle aurait pu avoir quelqu'un qui lui ressemblait davantage mais il aurait également préféré une femme qui soit plutôt de sa génération. Un second mariage, pourquoi pas. Au moins, il aurait eu la sensation dès le départ d'avoir eu une véritable femme à son bras et la nuit de noces aurait soulevé moins d'intérêt. Il évitait autant que possible de penser à ce moment avec Eléonore... Il ne doutait pas de sa pureté et les conventions sociales les poussant à consommer leur union le jour-même rendaient cette étape du mariage abjecte à ses yeux.
D'autant plus si on exigeait la présence de témoins !
Non. Ça, il ne le supporterait pas. C'était hors de question.

La jeune femme s'inquiéta de son manque d'enthousiasme à l'idée qu'il se marie avec elle. Décidément, elle n'avait pas l'air de comprendre... Elle s'était visiblement résignée au fait d'être contrainte d'épouser un inconnu, ce qu'il avait toujours du mal à avaler. Ce n'était pas sans raison s'il était toujours célibataire à son âge. Eh bien, il tenterait de lui expliquer une nouvelle fois...

-Veuillez croire que ma colère n'est en aucun cas tournée contre vous. Je vous considère comme autant victime que moi dans cette affaire car je doute de correspondre à l'idéal que vous vous étiez fait de votre mari. Il avait eu une légère hésitation sur ce dernier mot, rechignant à le prononcer en sachant qu'il s'agissait de nul autre que lui... La seule personne contre laquelle j'ai des griefs est mon père. Et un peu votre frère pour la façon dont il vous a annoncé la chose. Ça passera. Je suis caractériel mais je ne mords pas. Et, rassurez-vous, notre mariage est conditionnel.
Je dois obtenir le titre de Baron pour être un parti acceptable.


Enfin, il n'avait jamais "mordu" une femme tout du moins. Même sans rien ressentir pour Eléonore, il devrait être capable de contenir sa colère en sa présence. Alors lui faire du mal... Jamais.

-D'ailleurs, puisque vous y aviez déjà pensé, je suis assez curieux de savoir quelles craintes vous avez par rapport à votre époux. Vous avez évoqué le fait de perdre des privilèges, lesquels ? Y a-t-il autre chose ?

S'il ne pouvait lui montrer aucun signe de sympathie en l'état actuel des choses, il avait d'autres leviers pour faire pencher la balance en sa faveur et éviter que la jeune femme ne fasse annuler le mariage. Il ne pouvait agir sur le cœur, il restait la raison. Le fait que lui ne puisse pas se dégager de l'accord qui avait été passé ne suffirait pas, pas sans en dévoiler davantage et cela compromettrait tout. En revanche, si Eléonore comprenait à quel genre d'homme elle avait affaire, peut-être se rendrait-elle compte de la chance qu'elle avait. Certes, il souriait peu... Mais avec lui, elle aurait d'autres assurances qu'elle ne serait pas sûre de trouver ailleurs. Alors, s'il pouvait faire taire certaines de ses craintes à son égard, c'était une carte à jouer...
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Dim 17 Sep - 22:09

Selon lui, ils se complétaient. Mais aurait-elle vraiment besoin d’un soldat ? Il savait manier l’épée, certes. Sauf que s’il devenait baron, il devrait manier les mots. Et elle n’avait pas besoin d’une lame, on le lui en aurait enseigné le maniement si cela avait été le cas. Non, elle n’avait besoin que de sa tête. Des gens étaient payés et entraînés pour la protéger. Des hommes allaient au combat pour elle, des hommes souffraient, des hommes mourraient. En quoi son mari se devait d’être un bon guerrier ? Peut-être qu’elle le saurait plus tard. Pour l’instant, Louis n’avait pas eu à faire preuve de son adresse et elle était presque certaine qu’il n’aurait pas à le faire avant longtemps. Il lui dit ensuite qu’il n’était pas pour les mariages arrangés. Etrange, elle n’avait jamais rencontré un homme tenant ce discours. D’ordinaire, les femmes s’en plaignaient, parce que c’était elles qu’on forçait, elles qui épousaient quelqu’un qui ne leur plaisait pas. Mais les hommes n’avaient que l’embarras du choix et, si jamais ils piochaient la mauvaise carte, alors ils pouvaient toujours prendre une amante. Ce qu’elles, en tant que femmes, n’avaient strictement pas le droit de faire. Il était impensable qu’une épouse ne trouve pas satisfaction auprès de son mari, sans compter qu’elle devait lui donner à lui et à personne d’autre un héritier. Comment savoir de qui était l’enfant si on se laissait aller dans différentes couches ? Et que dire de l’époux, alors ? Il ne pouvait se permettre qu’on pense de lui qu’il ne tenait pas sa femme, qu’elle avait la main mise sur lui et qu’elle pouvait le souiller encore et encore sans qu’il ne puisse y faire quelque chose.

- Vous êtes contre les mariages arrangés ? Vous seriez alors de ceux qu’on décrit dans les contes, de ceux qui cherchent leur princesse et qui croient au véritable amour ? Voyez-vous Aurel, j’aimerais y croire aussi. Mais je pense que l’amour se construit, que ‘laffection s’acquière. Il n’y a que dans les histoires pour enfants qu’un homme et une femme tombent simultanément amoureux au premier regard.

Peut-être qu’ils ne s’apprécieraient pas avant leur premier, leur second ou leur troisième enfant. Peut-être qu’il leur faudrait un temps considérable pour se tolérer, puis ensuite encore pour s’apprécier et finalement peut-être finiraient-ils par s’aimer. Mais il enchaîna sur les griefs qu’il avait contre son père et ceux un peu plus léger contre Louis. Elle pouvait le comprendre, du moins le pensait-elle, puisqu’elle était elle aussi agacée par le comportement de son frère. Lui révéler ça ce soir, devant Aurel, c’était un manque de respect total. Elle avait du se contenir, ravaler ses questions, son mécontentement, sa peur, pour faire dignement face à celui qui serait, apparemment, son époux. C’était certes conditionnel mais elle savait qu’il obtiendrait sans doute le titre de baron, sans quoi Louis aurait encore attendu avant de faire les présentations.

- Quelles craintes ai-je ? Ici, je suis traitée comme une reine. Je suis le bijou de mon frère, ce qu’il a de plus précieux. Je sais qu’il ne m’arrivera rien tant qu’il est à mes côtés. Je sais qu’il mettra tout en œuvre pour me protéger. Mais vous ne m’aimez pas. Vous me méprisez un peu.Vous pensez peut-être que je ne vaux pas le coup. Alors qui me dit que vous vous battrez pour moi ? Je ne suis pas sûre que vous vous préoccupiez de mon bien. Vous aurez sans doute plus important à gérer. Vous êtes un piètre orateur, pardonnez ma franchise, et je crains que vous n’écoutiez mes conseils que d’une oreille. Après tout, je suis une enfant à vos yeux, vous me dites maintenant que nous nous complétons mais qu’en sera-t-il lorsque vous serez baron et que vous aurez le pouvoir ?

Si vous me voyez comme une enfant, qui me dit que vous ne prendrez pas amante et que vous ne souillerez pas ma dignité ? Ici, je suis libre de partir et de revenir quand je le souhaite. Demain ne ferez-vous pas semblant de craindre pour ma sécurité dans le but de me cloîtrer « chez nous » ? Vous avez parlé de perdre votre liberté. Je suis tout autant attaché à la mienne. Il est hors de question que je la sacrifie. Je saurai me comporter convenablement,
bien mieux que lui pensa-t-elle, lorsque nous serons en public. Mais je ne vous serai pas soumise, jamais. Je ne serai pas votre objet. Je ne comblerai pas le moindre de vos désirs. Je serai une épouse modèle seulement en surface. Du moins si c’est ce que vous voulez qu’on voit.

Enfin, quelle place occuperai-je à vos côtés ? Serai-je figurative, seulement belle pour vous mettre en valeur ? Ou serai-je votre atout, votre bras droit, votre soutien ? Je ne vous blâmerai pas si vous n’avez jamais pensé à cela. Je veux dire, nous venons seulement de nous rencontrer, il serait naturel que vous ne sachiez répondre.

Voilà une liste non exhaustive de mes craintes. Vous convient-elle ?


Il avait plutôt intérêt à la rassurer. Sans cela, elle ne pourrait avancer plus avec lui. Qu’il soit quelqu’un de bon, quelqu’un appelé à faire de grandes choses ou autres. La seule raison pour laquelle elle ne demanderait pas à briser ce mariage résidait en la nécessitait pour les Saint-Aimé de s’allier aux Lantenes. La seule et l’unique, s’il ne réussissait pas à la rassurer.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Lun 18 Sep - 21:22

Aurel fronça les yeux en écoutant Eléonore lui parler de princesses et d'amour. Que connaissait-elle à l'amour ? A la vie ? La vraie, pas celle qu'elle avait connue entourée et protégée comme elle l'était. A bien des égards, ce n'était qu'une enfant et elle pensait pouvoir lui donner des leçons ? A lui qui avait côtoyé la faim, la douleur, la mort. Lui qui avait connu la tendresse (à défaut d'amour) et qui connaissait le contact charnel. Elle n'était pas la mieux placée pour lui faire la morale, surtout qu'il s'agissait là d'un jugement hâtif et on ne pouvait plus arbitraire. Elle avait une opinion de lui tout à fait fausse et semblait même se croire mieux que lui. Mais ils n'avaient tout simplement rien de comparables... Ils avaient eu une vie différente. Ils avaient donc des préoccupations et des avis différents.

-Comme si un militaire avait le luxe de croire aux contes de fées. Je n'ai pas la prétention de me prendre pour un preux chevalier, même si certains vous diront que j'en ai le cœur. J'aurais simplement voulu avoir le luxe de choisir mon épouse par affection et non par obligation. Mais mon père n'a plus le temps d'attendre et voudrait me voir marier de son vivant.

Ceci étant dit, la jeune femme répondit à sa question et ne cessa de parler pendant plusieurs minutes. Des craintes, elle en avait. Et pas qu'un peu. Est-ce qu'il la protégerait aussi bien que Louis ? Est-ce qu'il saurait entendre sa parole ? Est-ce que le titre de Baron changerait ses opinions ? Est-ce qu'il trahirait le serment du mariage en la trompant ? Est-ce qu'il la priverait de sa liberté ? Quel avenir lui réservait-il à ses côtés ? Il y en avait bien d'autres encore, il n'en doutait pas. Mais elle ne semblait pas avoir compris à qui elle avait affaire... Il lui avait laissé entendre qu'ils se complétaient mais elle n'avait visiblement pas compris le message. Tout comme elle ne comprenait pas en quoi ce genre d'union lui était détestable. Il devrait peut-être commencer par lui expliquer son point de vue pour apaiser ses craintes...

-J'entends tout cela. Et c'est en fait la raison précise pour laquelle je suis opposé aux mariages arrangés. J'ai nourris un autre idéal pour moi, c'est vrai, mais le but premier était que je ne voulais pas d'une épouse qui se trouve contrainte de vivre en la compagnie d'un homme qu'elle n'aime pas. Pire, qu'elle connaît à peine. Ce sort est souvent exécrable pour elle. Il est rare qu'un amour finisse par naître d'une telle union. Tout au mieux, elle peut espérer un minimum d'affection si elle n'est pas simplement ignorée en temps que femme. Le sort des autres n'est pas plus enviable. Vous avez peur que je vous enferme ? Que je mette la honte sur vous ? Que je ne vous accorde ni attention, ni crédit ? Vous avez peut-être même peur que je vous batte ou que sais-je encore ?

Il n'oserait pas utiliser le mot tellement il le répugnait mais l'idée était là. Il savait parfaitement quelles craintes étaient les siennes. Il les connaissait pour les avoir vues dans les yeux de sa mère. Pour les avoir observées dans les actes de son père. Son véritable père. Celui dont le sang coulait dans ses veines... Mais il n'était pas comme lui. Il avait toujours fait en sorte de ne pas lui ressembler, refusant jusqu'à vivre le même malheur qui l'avait conduit à se montrer aussi odieux envers un femme qui n'aurait pas voulu de lui si elle en avait eu le choix. Le simple fait de repenser à tout ceci le mettait en colère. Il se contrôlait, serrant ses points et sa mâchoire, contenant sa voix qui aurait normalement dû se faire plus puissance. Il prit un instant pour inspirer et expirer une ou deux fois avant de reprendre.

-Je ne peux pas vous garantir d'avoir un jour des sentiments pour vous. Mais je peux vous assurer que votre sort ne sera pas celui-là. Je vous protégerai autant que je peux protéger ma sœur mais je ne vous empêcherai pas de vivre pour autant. Je ne manie pas les mots aussi bien que vous, j'en conviens. Je me serais davantage penché sur la question si le pouvoir m'avait intéressé une seule seconde. Je sais reconnaître un homme honnête quand j'en vois un mais pas faire des phrases détournées. Or, je sais que cela peut être utile parfois. Pourquoi croyiez-vous que j'affirmais que nous sommes complémentaires ? Si la politique vous sied, je ne vous empêcherai pas d'en faire. J'ai justement besoin d'être entouré dans ce domaine. Concernant la sphère privée, vous apprendrez que je suis un homme d'honneur. Jamais je ne trahis ma parole et, par la force des choses, je suis déjà engagé envers vous. Si notre mariage abouti, il n'en sera jamais autrement. Il se rapprocha légèrement, empruntant une voix toujours aussi sévère mais plus basse. Et il est hors de question que je pose la main sur vous si vous n'y consentez pas.

Son regard était perçant et son ton très sec. Il détestait avoir à dire tout cela. Non pas parce que ça le faisait parler de lui mais parce qu'il devait expliquer son point de vue pour la pire des raisons. Cela l'obligeait également à admettre son union prochaine mais il n'avait pas d'autres choix. Il fallait qu'elle comprenne... Même si cela devait lui donner davantage confiance en elle et qu'elle devait lui en faire baver plus encore avec son caractère, il lui aurait été insupportable qu'elle ait peur de lui. Il risquait d'en prendre pour son grade. Mais, à choisir, il préférait que ce soit lui plutôt qu'elle... Il savait encaisser les coups, il avait commencé jeune.
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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Lun 9 Oct - 17:27

On lui avait dit que sa mère avait eu de la chance d’être mariée à Godfroy. Parce qu’il n’était pas si mauvais avec elle au fond. Il y avait bien pire, disait-on. Le pire, elle ne voulait pas le connaître. Parce que de ce qu’elle savait, Judith n’était pas chanceuse. On l’avait soumise, on l’avait forcée, on l’avait contrainte. Et si elle s’en sortait tout de même remarquablement, grâce à Nééra mère était une battante, elle savait qu’au fond, on l’avait brisée. Il était hors de question qu’on la brise elle aussi. Même si ce n’était pas de la pire des manières, même si elle resterait encore chanceuse. Alors oui, elle craignait beaucoup, parce qu’elle avait vu beaucoup. Que cela l’attriste, le déçoive ou peu importe quoi d’autre, c’était le cas. Elle savait que dans leur époque, et sans doute jusqu’à la fin des temps, ce serait ainsi. Elle craindrait pour ses filles et elle craindrait pour ses garçons. Pour ce qu’ils deviendraient plus tard, pour ce qu’ils subiraient et feraient subir. Il lui parla alors de sentiments. On lui avait dit que les sentiments naissaient au fur et à mesure du temps. Mère avait sans doute fini par éprouver de l’affection pour père, lui était devenue loyale et fidèle, ce malgré ce qu’elle avait enduré.

- Les sentiments importent peu. Ils viendront sans doute parce que nous serons ensemble pour le restant de nos jours. Mais s’ils ne viennent pas, je ne courrai pas après. Quant au reste, cela me semble viable. Je ne serai pas plus difficile, tant que je suis assurée de ne pas subir ce que subissent la plupart des femmes, cela me va. Devrions-nous rejoindre Louis ? Ne vous inquiétez pas, vous êtes sans doute ma meilleure chance de vivre une vie correcte, je ne gâcherai pas ça.

Elle recula alors d’un pas, l’invitant à la suivre. Qu’il le fasse ou non, elle devait retourner vers Louis. Elle lui en voulait un peu moins. Il aurait certes pu le lui dire au lieu de la prendre en traître. Il aurait pu la tenir au courant de ce qu’il manigançait avant de la mettre devant le fait accompli. Etait-ce trop demander ? Elle soupira profondément et se dit qu’elle aurait tout le temps d’en décider plus tard. Maintenant, elle devait discuter avec Louis. Au moins devait-elle lui donner son verdict. Ce fut le coeur lourd qu’elle marcha vers lui, sans se retourner. Qu’Aurel la suive ou non n’avait que peu d’importance. Arrivée devant son frère, elle posa sa main sur son bras pour lui demander son attention un instant. Elle attendit qu’il le lui accorde pour l’éloigner un peu des autres.

- Rapidement, à propos d’Aurel. Je ne pense pas que ce soit le moment d’en discuter en détail mais d’accord. Il me semble correct, je sais que je n’aurai pas mieux. On en reparlera au besoin, j’imagine. Du moins pour notre prochaine entrevue et pour planifier notre mariage une fois qu’il sera baron. Je ne pense pas être en état de continuer à m’amuser ici, alors si vous me donnez la permission mon régent, je me retirerai pour la soirée.

Cette fois, il n’y avait d’humour, elle ne le taquinait pas. Elle était blessée et elle voulait juste se retrouver seule. Pour encaisser la nouvelle et l’accepter. Pour revoir ce que seraient les prochains mois pour elle. Parce qu’elle n’avait pas pu le faire avant, elle n’avait même pas vu cette éventualité se profiler si rapidement. Et pour cela, elle en voulait à Louis.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Jeu 12 Oct - 12:47


Eléonore lui proposa de rejoindre le Régent avant d'accepter l'union qu'on venait de lui présenter de la pire des manières. Les épaules d’Aurel se relâchèrent dans un soupir tandis qu’il ne quittait pas la demoiselle des yeux : il avait accompli la tâche qui lui incombait ce soir. Pourtant, il n'en ressentait ni soulagement, ni fierté. Pouvait-il seulement ressentir de la satisfaction alors qu’il venait de jouer un rôle dans le mariage forcé d'une jeune femme ? L'ex-Egide connaissait son caractère et, s’il respecterait Eléonore, il avait l’honnêteté de reconnaître qu’il n’était pas nécessairement un cadeau. Il n'était pas mécontent de constater par lui-même que sa future épouse en avait apparemment assez pour ne pas s'en montrer impressionnée. Cela promettait des soirées certes mouvementées mais au moins elle n'aurait pas peur de lui. Même si elle n'aurait sans doute pas avec lui la vie dont elle aurait pu rêver...
Lui non plus d'ailleurs... Mais pour bien d'autres raisons.

Eléonore s'éloigna sous le regard d'Aurel qui ne la suivit qu'après quelques secondes de latence. Savait-on jamais, Louis voudrait peut-être s'entretenir avec lui maintenant que leur alliance entre leurs familles se confirmait un peu plus. Il lui emboîta donc le pas après avoir lâché un nouveau soupir, de résignation cette fois. Il ne traînait pas les pieds mais il n'avait pas vraiment le désir de l'accompagner. Son allure était donc plutôt lourde et stricte, presque martiale.
Arrivée près de là où se tenait les deux de Saint-Aimé, le Général conserva une distance plutôt respectable entre eux et lui. Ils s'étaient mis un peu à l'écart, aussi était-il évident qu'ils étaient en conversation privée. Il faisait probablement l'objet de tout ou partie de la discussion mais il leur laissait leur intimité. Cependant, après quelques mots échangés, Eléonore s'inclina avant de s'éloigner. Manifestement, elle n'avait plus goût à la fête et prenait congé. Cela pouvait aisément se comprendre... Mais alors qu'il projetait de rester le temps de voir si Louis voulait s'adresser à lui, l'oreille d'Aurel fut attirée par une voix toute proche.

-Seigneur de Lantenes ?

L'intéressé tourna la tête pour croiser le regard d'un serviteur qui lui semblait plutôt empressé.

-Lui-même.

Sans plus attendre, l'homme franchit les quelques pas qui les séparaient et se pencha à son oreille. Quelques phrases furent rapidement débitées. Le regard d'Aurel, perdu devant lui, se durcit au fur et à mesure qu'il parlait. Lorsqu'il eut fini, il se détacha prestement de l’homme pour lui faire face.

-Où est-il ?
-Il allait vers sa chambre mon Seigneur.

Sans plus attendre, Aurel prit la direction de la sortie tout en continuant d'interroger le serviteur qui le suivit aussitôt.

-Vous avez fait mander un médecin ?
-Il est en chemin.

Le Général se fraya un passage parmi le flot d'invités qui étaient toujours présents malgré l'heure qui avançait. Il lui fallut néanmoins quelques minutes pour atteindre la sortie. Sitôt fait, son pas se fit plus rapide alors que la foule dans le vestibule devant la salle de bal était déjà bien plus éparse. Dans le couloir, enfin, elle était clairsemée et il put enfin se permettre de courir. Se faisant, il ne réalisa même pas qu'il dépassait sa potentielle fiancée, préoccupé qu'il était d'atteindre la source de son inquiétude. Il parcourut ainsi plusieurs couloirs, se dirigeant d'un pas sûr dans la direction que le serviteur lui avait indiqué. Il aurait été malheureux qu'après deux ans dans la garde rapprochée des maîtres des lieux, il ne les connaisse pas sur le bout des doigts... Et encore, il n'utilisait là que les voies officielles. Celles qu'avaient dû emprunter le malade qu'il cherchait.
Au détour d'un couloir, les deux hommes découvrirent un petit attroupement. Tous regardaient par terre. Certains étaient même penchés au-dessus du sol. En se rapprochant, on pouvait voir les deux pieds d'une personne allongée dépasser de ce cercle de curieux et inquiets.

-PLACE !! Cria le serviteur alors qu'ils se trouvaient encore à quelques pas de là. Laissez-le respirer !

L'intervention soudaine du domestique eut le mérite d’attirer l’attention des indiscrets qui se redressèrent et s’écartèrent en voyant les deux hommes arriver en courant. Découvrant la silhouette bien connue au sol et percevant sa respiration sifflante, Aurel lui fit savoir qu’il était là.

-Père !

La seconde suivante, il mettait genou à terre à côté de Richard. Ce dernier prit la main qui était venue se poser sur son épaule et leva les yeux vers son enfant. Malgré toute la colère qu’il avait envers lui, il remplissait encore son devoir de fils… D’aucun lui avait dit qu’il commettait une erreur en adoptant la progéniture d’un simple bourgeois mais il lui prouvait une fois de plus qu’il ne s’était pas trompé. Il aurait voulu le lui dire, lui demander pardon pour l’avoir blessé même s’il était sûr d’avoir fait les bon choix mais il en était incapable.
Tandis que le serviteur tentait tant bien que mal d’éloigner les curieux, Aurel constata bien vite l’état dans lequel son père se trouvait. Il haletait et peinait à reprendre de l’air. Ses respirations étaient brèves et probablement inefficaces. Il se tourna alors vers le médecin qui était en train de l’ausculter lorsqu’il arrivait.

-Qu’est-ce qu’il a ?
-Sa toux est descendue sur les bronches puis les poumons. Je le suis depuis son arrivée mais tous les traitements se sont révélés inefficaces. Expliqua le médecin, manifestement désemparé. Il y eut une seconde de flottement puis il ajouta : Je… Je suis désolé…

Au moins, le message avait le mérite d’être clair… Et l’expression d’Aurel se fit moins inquiète et plus sombre. Il ne s’attendait pas à ce que son père vive encore très longtemps mais il ne pensait pas que cela viendrait si vite… Il ne l’appréciait guère, mais de là à souhaiter sa mort, il y avait un monde. Et puis, cela restait une perte pour sa famille, notamment pour sa soeur qui l’aimait sincèrement. Lui-même avait de nombreux sujets de désaccord avec lui mais il s’était révélé un bien meilleur époux que son père de sang. Il avait offert à ses deux enfants adoptifs la même chose qu’à sa fille légitime. Certes, il y trouvait son intérêt mais rien ne le forçait à faire quoi que ce soit pour Rosemarie… En bref, il n’était pas mauvais en soi. Il était simplement un homme de cette époque et de ce pays.
Alors qu’Aurel restait là à regarder son père pour le soutenir de sa présence, deux hommes, au service du médecin, arrivèrent avec une civière. Ils la posèrent à côté du malade et le Seigneur de Lantenes les aida à y installer son père. Il se leva en même temps qu’eux mais ne les suivit pas tout de suite. En cet instant, il ne pensait plus à l’armée olysséenne, ni au trône, pas plus qu’à son mariage. Seulement à la nuit et aux jours qui allaient venir. Il resterait au chevet de son père, bien évidemment. Il avait vu mourir des frères d’arme, leur avait tenu la main dans leurs derniers instants, il pouvait bien en faire de même pour l’homme qui l’avait accueilli comme un fils. Il avertirait sa mère et sa soeur mais plus tard. Lorsque tout serait fini. Elles n’avaient pas besoin d’être inquiétées pour le moment, cela ne serait que les faire souffrir deux fois.

La civière était presque au bout du couloir. Il était peut-être temps qu’il lui emboîte le pas…
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]   Mar 31 Oct - 2:55




L’air sembla s’appauvrir, son trône lui provoqua d’atroces courbatures, Louis ahanait carrément à la vision d’une telle mascarade. Une pièce de théâtre dramatique à laquelle lui seul portait le chef de l’auteur ainsi que du producteur. Tout ceci n’avait à ses yeux de sens ; comment en était-il venu à orchestrer cette chienlit alors qu’icelui s’était toujours présenté comme le protecteur de sa douce et tendre sœur ? La livrer à un autre, quand bien même eut-t-il été couvert de tous les mérites et de tous les honneurs, relevait du sacrilège, du parjure! Et maintenant que la chose était entamée, la voir faussement roucouler avec ce rustre au cœur de pierre lui levait le cœur. Sa poigne se refermait avec force contre l’accoudoir de son fauteuil, cherchant à contenir autant ses frustrations que ses déceptions. De son prime regard, alors qu’il lui annonça la triste nouvelle, il la sut dès lors bouillonnante, furibonde à souhait et ce, qu’importe l’expression de son visage. Éléonore était une dame de la cours, capable de maquiller la moindre émotion inadéquate et d’exposer celle qui siérait d’avantage. Pourtant, elle savait que malgré son jeu d’actrice hors pair, elle avait touché sa cible en plein centre, lorsqu’elle fusilla son frère d’un regard accusateur.

Le bal se poursuivit sans accrocs, si ce n’est que certaines corneilles trop loquasses, croassaient en messe basse leurs commentaires à propos de l’agacement –non dissimulé- du marquis-. Alors que la soirée s’était annoncée comme réjouissante et porteuse de bonne humeur, des participants à ce festif événements nuls ne perçu le marquis se déhancher. Plutôt, ce dernier s’en tint à de faux sourires, à une bouille un peu boudeuse et à l’humeur renfrogné. Il regrettait et la chose sembla pour le premier informé, bien limpide.

Enfin, les deux promis se délaissèrent et des deux, la seule qui comptait vraiment aux yeux du faon s’approcha de lui afin de lui entretenir quelques mots. Respectueusement, il la laissa vider son sac la première, question qu’il puisse s’expliquer sans envenimer la situation. Il la savait instable lorsque la colère lui montait et, il n’était ni temps ni moment pour aggraver ce litige. De son discours concis et bref, quelques mots interloquèrent le régent. Pas mieux, disait-elle ? Vraiment ? Ainsi, sans pouvoir se retenir d’avantage, Louis dût corriger le tir ou du moins, lui faire valoir son opinion sur la chose.
« Ma sœur, ma très chère sœur … Si tu savais comme je regrette d’avoir choisi cet instant pour te faire part de la chose. J’ai cru que l’atmosphère festive aurait agi en baume sur cette dure réalité. Je tiens à m’excuser, pardonnes-moi pour la manière dont je t’ai traitée, pardonnes-moi pour cet humiliation à laquelle je t’ai si lâchement exposée. Mes mots n’ont jamais été teintés de mensonges, il n’est personne en ce monde qui compte d’avantage à mes yeux que toi. Cela ne changera jamais et jusqu’à ce que je pousse mon dernier souffle tu seras ma protégée. Cet homme est bon, vaillant et droit ; loin de ce que peuvent les rustres du nord. Il est certes froid, distant, mais jamais il ne t’empêchera de t’épanouir. Ce mariage pour l’instant n’est que du vent, car s’il n’obtient pas ses galons de baron, l’idée de cette alliance sera caduc et non avenue » Louis aurait aimé lui cueillir la main, mais il ne tenta même pas la manœuvre. Elle sembla pour l’instant quelque chose de trop risqué, ainsi il préféra poursuivre son exposé en s’assurant qu’ils maintiennent tous deux un contact visuel. « Tu mérites tellement mieux, ma sœur … Et t’entendre dire que ce dernier est pour toi le meilleur des prétendants me rend malade. Sache que tu es à mes yeux le plus précieux des joyaux du Berthildois et qu’en ce Royaume, je considère qu’aucun ne te mérite. Je tenais à te le faire savoir … »

Évidemment, il la laissa ensuite filer sans tenter de l’empêcher. Ne lui avait-il pas assez fait de tord pour qu’elle lui témoigne d’avantage de véhémence ? Sans tarder, le bal tira à sa fin et tous rentrèrent dans leur tanière, pour la majorité exténués et le cœur léger, tandis que d’autres ruminaient cette nouvelle accablante. Le bonheur n’était pas denrée accessible en tout temps et à toute personne.


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Puisqu'il le faut. [ Éléonore - Aurel ]
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